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 Des mystères au secret

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Des mystères au secret   Mer 4 Avr 2007 - 18:09

Des mystères au secret.

29 euros 95 pour une simple « visite à domicile », y compris les frais de déplacement à plus de trente kilomètres, il n’y avait là pourtant rien d’exagéré. Or, ainsi libellé, l’acte constituait enfin l’ infraction qu’ils entendaient relever pour, (dixit) «me solder définitivement le compte ». De cela, je me doutai qu’ils ne l’emporteraient pas en paradis, mais je me gardai sur le moment de proférer un tel présage susceptible d’aggraver encore mon cas. On me passa les menottes pour que les journalistes, comme par hasard déjà sur le pied de guerre devant ma porte, pérorent dans tous leurs médias sur l’énormité de mon crime. Pensez s’ils allaient pouvoir en vendre du papier grâce à « l’exotisme » de ma profession ! La modeste notoriété que je m’étais difficilement bâtie au cours de ces dernières années allait ainsi leur offrir la possibilité de faire fortune par le juteux colportage des ragots. D’ici à ce que mon procès eut lieu, chacun bénéficierait largement des « libertés » qu’allait prendre la presse à mon égard. Peu importe en effet la vérité quand il s’agit, à coup de scoops, de battre des records de tirages.
De son côté, le parquet avait également délivré un mandat de perquisition. Si bien, que dès mon arrivée au commissariat, la garde à vue débuta par un interrogatoire « serré » sur le listing des morts. Comme il comportait à l’époque cent soixante dix sept noms que j’avais patiemment collectés puis enregistrés dans le carnet d’adresses de ma messagerie avec pour certains (quand j’avais pu les connaître) l’adresse des derniers domiciles et numéros de téléphone connus, vous comprendrez que ce pointilleux répertoire les inquiéta au plus au point. En effet, depuis que j’avais « informatisé » mon agence par l’achat inconséquent d’un ordinateur portable, j’avais pris goût au classement. Grâce au savant système de fichiers de l’appareil, j’emmagasinai désormais toutes les nouvelles données qui surgissaient aux détours de mon passionnant travail. Ainsi, moi qui jusqu’alors avais vécu dans l’à-peu-près et dans ce qu’il faut bien appeler un joyeux capharnaüm, je m’étais pris depuis plus d’un an dans la folie du rangement. Or, s’il n’y avait eu jusque là que la poésie de mon bric-à-brac pour expliquer les soupçons voire les calomnies qui se propageaient parfois à mon propos, ce fut cet excentrique goût de l’ordre qui, paradoxalement, me perdit. Quand les gens tiennent à tout prix à se persuader du pire, il n’est pas toujours sain de faciliter leurs maladives investigations.
-Si vous abandonnez de votre mystère, vous perdrez de votre pouvoir ! : m’avait prédit Léontine qui n’avait guère vu d’un bon œil l’arrivée de cette « machine ». Elle, ce qui l’intéressait avant tout, c’était le respect des traditions. Aussi, ce modernisme tonitruant que je tentai maladroitement de greffer sur un domaine qui de tout temps avait puisé dans les choses du passé plutôt que dans les futilités de la mode, horrifia littéralement ma vieille bonne.
-Tout cela ne nous apportera que du malheur ! : ronchonnait-elle plutôt que d’être au peu de ménage dont je l’avais chargé. Et ses sombres imprécations contre le monde moderne occasionnaient dans l’arrière-fond de la boutique un bruit lancinant aussi envahissant que toutes ces araignées oeuvrant à notre singulier décor et qu’elle se refusait obstinément à chasser.
-Ce sont des bêtes du Bon Dieu ! : plaidait-elle pour leur défense quand il m’arrivait de pester timidement contre ce laissez-aller. Puis, elle repartait dans ses psalmodies de vieille chouette où il était obscurément question de la naïveté de ma jeunesse et, par contagion, de la perversité du monde entier. Je ne pouvais alors croire qu’il leur serait si aisé de me condamner au silence. Et maintenant que s’est définitivement évanoui tout ce brouhaha médiatique, en guise de nostalgie, flottent à nouveau ces prémonitoires mélopées comme de lointains fantômes revenus me hanter.

A vrai dire, j’avais cru employer Léontine plus par pitié que par nécessité. Les trente-cinq mètres carrés du local ne justifiaient nullement l’emploi à temps plein d’une « technicienne de surface » d’autant qu’à l’époque, les notions d’hygiène demeuraient pour moi étrangement floues. Mais, elle avait été ma première cliente et plutôt que de lui réclamer un quelconque honoraire pour mes « brillants » services, avec l’insouciance d’un débutant, je l’avais embauchée. Suite au décès du curé qu’elle avait servi dans la plus grande dévotion pendant plus de trente ans, il m’était alors apparu scandaleux qu’elle pointe, ne serait-ce qu’une seule journée, aux Assedics. Ainsi, s’imposa-t-elle à moi, charitablement. Sa reconnaissance bourrue mais surtout sa « science des choses » affermirent durablement sa place à mes côtés et face à ce monument d’humanité, seule de par sa forme extra-plate, la « machine » sut s’immiscer dans notre étroite collaboration. Il me faut encore avouer que s’érigea ainsi l’unique rempart apte à endiguer son insatiable curiosité, étant évident que, « pour ne pas perdre son âme, jamais, au grand jamais elle n’entrerait dans un ordinateur ». Par conséquent, je crus pouvoir impunément enfouir dans cette crypte tout ce que je souhaitais, transformant à mon insu ses mystères en secrets. Et c’est cela qu’ils n’ont pas supporté !

Pour bien comprendre l’esprit des choses, la façon dont il se déplace, la manière avec laquelle il opère, il faut toujours l’étudier dans son contexte. En le privant de toutes possibilités de mouvements, l’observation « in vitro » n’avait évidemment plus aucun sens. Mais, l’isoler ainsi sur mon disque dur me procura sur le moment l’illusion et le plaisir de m’en sentir maître, et seul le stress suscité par l’échéance proche de la soutenance de ma thèse justifie a posteriori cette étrange et soudaine pingrerie. Moi qui jusqu’alors avais tout partagé de mes impressions avec ma « précieuse collaboratrice », je m’étais mis à lui faire des cachotteries en minaudant ostensiblement devant elle avec cet objet dont je ne contrôlais vraiment pas la logique. Avides, les gigas de mémoire artificielle enregistraient tout, absolument tout ce que je leur confiais, sans broncher! Soulagé en cela des sempiternels mais indispensables persiflages de Léontine, je me sentais enfin devenir cartésien. Les « apparences » ainsi méthodiquement collectées sans le nécessaire filtre de son incommensurable médisance, étaient instantanément transformées en une secrète alchimie numérique qui, utopiquement enfouie dans les tréfonds de l’appareil devenait par là-même imprudemment diffusable via le web vers n’importe quel profane. Candide, j’amassai donc tous les mystères de la ville dans une boîte qui, si elle était absolument hermétique pour Léontine, pouvait s’ouvrir instantanément à l’ensemble de nos concitoyens rendant ainsi encore bien plus volatiles les mauvais esprits que j’avais mission de capter.

Pourtant, durant tout mon enseignement, le maître avait été des plus clairs quant à leur assimilation :
-Tu es un prédateur. Tu dois calculer ta proie. Savoir si tu peux la mâcher. Comme le jaguar calcule le pécari ! Ne gobe pas de mauvais esprits que tu ne pourrais digérer : ils faisanderaient et te boursoufleraient. Si tu ne sais comment les manger, fais-les d’abord saliver par d’autres bouches aux langues plus pendues que la tienne. Ainsi amplement mastiqués, leur digestion n’entraînera-t-elle pas d’inconfortables flatulences!

Le vieil indien m’initia encore à la façon dont les esprits circulaient librement de la forêt à l’économie de sa tribu, de l’extérieur à l’intérieur des corps et des huttes et combien cette respiration était nécessaire à la purification de tous, objets, plantes, animaux, humains, vivants et défunts. Il m’invita à papoter avec ce monde invisible qui, par son animation perpétuelle fait que nous existons. Alors, parfois, dans cette lointaine Amazonie, je capturai de leur essence les effluves comme s’y attrapent les papillons. Car là-bas, s’enseigne la façon espiègle dont l’esprit nomade s’amuse de nos filets et de la vaine matérialité de nos certitudes.

Pour valider mon cycle d’ethnologie, à vingt quatre ans passés, je m’étais donc établi comme chaman dans cette petite bourgade de l’Ouest de la France et les esprits m’y étant jusqu’alors favorables, voilà plus de dix ans que j’y exerçai mon sacerdoce. Bien sûr, les débuts ne furent pas faciles et s’il n’y avait eu Léontine, j’eus tôt fait de mettre la clé sous la porte. Heureusement, elle avait de suite compris combien notre association pouvait nous être à chacun profitable, moi pour mon doctorat et elle pour revaloriser son statut de « bonne du curé » qui après la lente désaffection des paroissiens pour les choses du culte et la mort du dernier prêtre, était dégringolé au plus bas de l’échelle sociale. A soixante ans, elle m’offrait donc sa « science » pour que nous puissions profiter tous deux de mon futur diplôme qui, tout en m’assurant une prometteuse carrière universitaire, la mettrait à l’abri du besoin en lui octroyant une honorable retraite. Bonne de curé où bonne de chaman, rien ne sert d’être par trop regardante alors que tout le monde est depuis longtemps devenu athée. Et puis, Dieu reconnaîtrait les siens, elle en savait quelque chose depuis le temps qu’elle le côtoyait. Aussi, ne resta-t-elle pas trop longtemps habitée par « l’esprit du curé », et ce fut avec une vaillance insoupçonnée pour une personne de son âge qu’elle sauta à pieds joints dans l’animisme.

Dans sa tradition catholique, le recueil des mauvais esprits s’opérait au moyen d’une grande caisse en bois dénommée « confessionnal ». Le sujet y était enfermé en même temps que le prêtre, et s’y troquait dans l’obscurité et le plus grand des mystères un sac de mauvaises pensées contre un lot de pénitences. Le soir, le prêtre rentrait à sa cure avec tous ces balluchons sur le dos. Craignant d’être indisposé pour la nuit par leur contenu, il les déballait bien vite à sa bonne avant que de faire honneur au dîner. Profitant du Benedicite, celle-ci enfermait prestement toutes ces saletés dans une grande lessiveuse, qui contenait déjà les vieilles soutanes, et tout cela, avant que de servir le rôti. A la fin du mois, elle porterait ce lourd récipient au lavoir paroissial afin d’y trier et récurer tout ce linge sale au milieu des commères. Les tâches les plus incrustées seraient ainsi absoutes par les bulles de savon que le ruisseau emporterait et les miasmes méthodiquement récupérés par chacune serviraient aux prochaines soirées-contes. Là, devant les flammes de l’âtre, les bonimenteuses filant quenouille tricoteraient au village sa mythologie. Toutes ces veillées avaient connu en leur temps un énorme succès car jamais personne, sans se l’avouer, ne souhaitait longtemps rester dupe des dessous d’autrui et chacun s’y délectait de sous-entendus dissimulés dans des racontars finement alambiqués. S’y goûtait le piquant des choses. Et, de la lente distillation de la parole, s’exhalait un hydromel dont les vapeurs s’agglomérant, recomposaient la facétie de la paroisse un instant égarée par quelques âmes trop bien pensantes.

Léontine avait donc été à la meilleure place pour tout connaître des démons du village. Il exista même une époque où, de honte, chacun baissait les yeux à l’idée de croiser en plein jour son regard. A présent, il s’agissait pour elle, par l’utilisation ésotérique de mes « concepts ethnologiques » de retrouver ne se fusse qu’une partie de ce pouvoir.
Bien se repérer dans le domaine des morts est absolument nécessaire pour qui veut comprendre les histoires d’héritage. Pour cela, il m’aurait suffi de faire confiance à la gigantesque mémoire de Léontine et j’admets volontiers aujourd’hui que ce fichier nommé « défunts » fut ma plus grande erreur. Il représentait en effet une bombe pour qui connaît un tant soit peu l’imbroglio de nos entreprises familiales et la cuisine de nos respectables études notariales. Aussi le chaos qu’eût engendré la divulgation de son contenu, aurait fait des ravages bien au-delà des frontières de notre paisible bourgade. Mais, ce ne fut pas cette prescience qui les effraya : avant l’analyse de mon disque dur, ils ne soupçonnaient absolument pas l’existence et l’ampleur de mes recueils généalogiques. Non, mes premiers ennuis vinrent du cabinet médical et (je me doute) de la pharmacie : nous « guérissions » trop vite et risquions de mettre à mal des activités bien lucratives ! Pourtant, j’avais pris grand soin de m’affilier mes confrères « scientifiques » en les distrayant de plusieurs soirées diapos sur les tribus Chipawak. Comme toujours, ces petites conférences en comités réduits avaient connu un succès tel que les médecins avaient pu y traîner leurs prétentieux collègues du CHU ne voyant pourtant chez leurs modestes confrères provinciaux que des « bouseux » de campagne. J’avais opéré de la même façon avec la caste des enseignants du lycée et l’on m’assura que l’on parlait de moi en haut lieu. Chacun attendait donc avec une curiosité mi-enjouée mi-inquiète ma prochaine publication sur le folklore de leur chef-lieu de canton. De par ma profession officielle, on me permettait de venir accompagné de Léontine aux lunchs de la sous-préfecture car souvent cette « excentricité » sauvait de la torpeur ces tristes réunions. Notre notoriété clownesque nous permettait ainsi de lancer de haut des rumeurs farfelues quoique expérimentales. Ces sondages et nos techniques d’observation en milieu ouvert nous rapportaient donc énormément de matériel et nous progressions à grand pas dans le relevé topographique du labyrinthique et nauséabond réseau d’égouts où stagnaient plus que ne circulaient les mauvais esprits de la ville. Mais, (péché de jeunesse dirait à présent Léontine) pour sans doute « ventiler la chose », lors d’une soirée plus arrosée que de coutume, je crus intelligent de proclamer la sortie imminente de ma thèse. De retour au laboratoire, je dus subir les foudres de mon associée. Il faut dire que nous travaillions alors de concert sur les cachotteries entourant les relations adultères de la femme du sous-préfet avec le proviseur du lycée.
-Vous ne les connaissez pas ! Pourquoi vous dévoiler ainsi avec votre air narquois de grand savant? Ils vont vous massacrer ! Faites comme-moi, continuez à jouer l’innocent, « cher vieil étudiant farfelu » !

Mais mon rôle d’amuseur public me pesait ! Les ans passants, je m’étais peu à peu identifié à mes sujets. Aussi, sans m’en rendre compte, avais-je été, petit à petit, contaminé par leurs tournures d’esprit et voilà que désormais, je souhaitais que l’on me prenne au sérieux ! Ils en ont tout de suite déduit que je savais tout et cela les paniqua. Alors, ils ont exigé du conseil de l’ordre qu’il portât plainte contre moi pour exercice illégal de la médecine! C’était facile après toutes ces consultations gratuites où chacun d’entre eux avait pu épancher, (pour mes fiches), ses problèmes de cœur. Il n’y eut alors plus rien de mystérieux : tous les esprits se liguèrent contre moi…

J’attendrai certainement de longues années la levée d’écrou pour que je puisse enfin publier mes chroniques ethnologiques, ne serait-ce qu’à compte d’auteur. Léontine ne m’attendra pas. Aussi pour l’instant, afin de prévenir tout relent d’amertume et me « solder de tous ces contes », à l’atelier-écriture de la centrale, je m’essaie à rédiger cette nouvelle en guise de bain de bouche car aujourd’hui que je suis au secret, il me faut encore cantiner!
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MessageSujet: Re: Des mystères au secret   Jeu 5 Avr 2007 - 23:01

Indéniablement, ton style est là, comme marque de fabrication, riche et savoureux.
Ce faisant, la question vint à me titiller : comment ce sujet t'est-il venu à l'esprit ?

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Des mystères au secret   Ven 6 Avr 2007 - 8:55

Le boulot. Ecouter des familles raconter ce qu'elles croient ou ne croient plus. Une communauté humaine tient debout grâce à son âme. Que ce soit une famille, une entreprise, un village, Un forum.
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Romane
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MessageSujet: Re: Des mystères au secret   Ven 6 Avr 2007 - 12:49

La déduction était pourtant facile, j'aurais du deviner toute seule.
Accepterais-tu un interview sur ton métier ? Je voudrais pouvoir cerner des métiers, en connaître la difficulté, l'intérêt, la richesse, la place dans notre société.

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