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 Gohelan

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gohelan

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MessageSujet: Gohelan   Lun 24 Déc 2007 - 16:36

DEMON DE MIDI

« Azzuro, le ciel est bleu la vie est rOse, en Iiiitalie »…le refrain de la chanson gnangnan de Régine lui gonfle les oreilles depuis ce matin pendant qu’il prépare sa valise.
C’est Marie-Jo qui lui a parlé de ce voyage d’étude dans la région de Bologne et il n’a pas hésité. Les amis italiens renvoient l’ascenseur de leur invitation d’octobre, pourquoi refuser !
« Chausser la botte », pour la première fois de sa vie, chez nos voisins du sud, c’est un vieux rêve. De plus, les interprètes sont prévus, il se voyait mal balbutier ce latin presque oublié et inefficace et son vocabulaire italien se résume à quelques mots ridicules, à vrai dire l’essentiel du dictionnaire bof : squaddra azzura, e pericoloso sporgersi, o sole mio, gruppetto, qui dit tout de suite ses centres d’intérêts sportifs, ferroviaires et musicaux.
Le groupe au départ est hétéroclite. De la vieille militante bien usée mais si respectable, quoique, …si elle continue à leur parler des mains en même temps qu’elle les conduit à l’aéroport, la destination va peut être devenir l’hôpital !
Pour complèter la vieille 205, deux animatrices jeunettes et discrètes, premières expériences de travail et déjà en voyage d’affaires ! Il se dit, à la cinquantaine dégarnie, qu’il aurait aimé commencer comme ça. Les pauvrettes ont du mal à cadrer le bavardage péremptoire de celle qui a beaucoup vu, entendu , résolu, mais n’a peut-être pas pris le temps de vivre. A peine arrivés au parking de l’aéroport, ils en connaissent déjà plus de son histoire que de celle de collègues de vingt ans.
Il y a là encore un couple de producteurs, le président d’une grosse association, jeune retraité vieux scout, au chemin droit et généreux, un autre producteur aux savoir-faire innombrables, un directeur de centre de formation qu’il sent moins bien : trop chasseur d’opportunités aux couleurs de rapace. Puis sa collaboratrice, hautes études, l’éclat de rire à au moins 90 décibels, limite au-delà du seuil admis, bien plantée, le regard clair qui pétille ou s’éteint, c’est selon …Il aura la révélation dans l’avion qu’elle risque de se retrouver bientôt au chômage et c’est son chef, présent là qui doit en décider ! Echanges vinaigre en perspective.
Enfin il y a Françoise, l’organisatrice. Un peu stressée, mal dans le dos. Elle l’a troublé à leur première rencontre : grande mince brune, le regard chaud noisette, les mains longues comme un rêve de peintre et cette voix suave qui coule comme un solo de violoncelle. L’appréciation semble mutuelle mais il sera vigilant à garder la bonne distance, troublé mais pas séduit. Il croit comprendre que c’est réciproque, les yeux disent tout, mais chacun a ses chaînes .
Allez, on décolle ! A la grosse oppression succède ce sentiment de liberté, ils volent ! Et il ne se lasse pas de ce rêve d’enfant.
Sous les nuages rangés moutons en longues courbes parallèles qui font comme les lignes de la main ou les sillons après la marée, il observe le patchwork paysager que les générations de paysans ont tracé en exploitant tous les accidents et les opportunités du sol…c’est beau comme une tapisserie de haute lisse.
Plus tard dans une mer d’ouate, des colonnes blanches telles des fantômes immobiles. De la couette n’émergent plus que les sommets enneigés des Alpes.

Côté italien se succèdent la plaine du Pô puis les Apennins et commence la longue glissade vers Bologne.
La gare de la grande ville a gardé affichée l’heure de ce terrible attentat terroriste …la date leur échappe…il avait oublié, le terrorisme n’était pas le monopole des peuples du sud, l’Allemagne, la France ont eu leur lot. Il ne peut pas faire que condamner, ces attentats sont quelque part la conséquence des inconséquences politiques : il y aurait tant à dire sur la manière qu’ont ceux qui ont tout d’oppresser ceux qui n’ont rien…
Après une longue attente où évoquer tout cela, deux heures de voyage debout dans un tortillard bondé surchauffé. Les blagues fusent avec la fatigue et l’impatience. Verra-t-on l’Adriatique à cette heure noire ? Oui, grâce à un petit clair de lune embrumé sur le flot qui frisotte.
Ils croyaient bien la route à son terme, mais non, Roberto les attendaient à la sortie du train pour un dernier transit jusqu’au village d’accueil.
Ah, Roberto, quel personnage ! Le type du flambeur italien près de la cinquantaine, pseudo pilote de formule 1 , laxiste avec ce volant qu’il laisse s’exprimer pendant que ses mains racontent ou manipulent le portable qui sonne toutes les deux minutes et qu’il se retourne vers les passagers, le pied à fond sur l’accélérateur. Le visage de sa voisine a l’aspect d’une luciole : vert fluo, ce qui ne l’empêche pas de tenir la conversation. En fait tous ont les yeux rivés sur l’autoroute, sauf leur chauffeur. Il fait traduire un message à l’ami lui demandant à quelle heure est l’atterrissage. Ce qui a l’avantage de le faire rire et tempérer la vitesse.
Après quelques pas dans le village, c’est le restaurant, enfin. Il est quand même 22h 30. Les hôtes les accueillent, ils ont attendu poliment. L’ambiance est joyeuse, un peu criarde, mais on ne se mélange pas pour ce premier soir.
Dans ce tourbillon chantant d’italien s’est produit pour lui le flash…brutal, inespéré, inattendu, imparable, comme un coup au foie, un uppercut, sur le ring, il serait compté KO. Elle n’a pourtant rien d’une sirène et son expérience de dessinateur averti ne l’aide pas aujourd’hui. Il sait d’habitude analyser cette émotion ressentie aux lignes et à la moue d’une bouche parfaite, à l’amande des yeux, à l’effacement des pommettes, au duvet de la nuque…Là, il est pris, absorbé, englouti… Depuis quand n’avait-il plus ressenti ce sentiment d’évidence, de chaleur interne qui vous prend au dépourvu dans un cadre quelconque devenant tout à coup magique, toutes expériences effacées au débotté d’un dépaysement qu’il n’aurait même pas envisagé il y a seulement un mois.
Il s’est laissé grisé sans boire et presque sans toucher à la nourriture abondante et parfumée. Le revoici adolescent à ses premiers émois. Plus rien n’existe que ce jeu de piste à chercher les yeux, à capter les indices indicibles qui conforteront l’intuition primaire…
Tous se disent « arrivederci » sur le parking de la résidence campagnarde. Lui lève la tête vers la voûte céleste si pure et soudain traversée d’une raie fulgurante et lascive. Il n’en dit rien, ferme les yeux. Cette étoile filera en boucle dans sa nuit éveillé et ce visage souriant, en alternance, ne le quittera pas. Vers trois heures, il lui faut rallumer sa lampe, chercher son carnet et écrire :
« Ca vous prend au détour d’un regard qui s’attarde
Et ça ne vous lâche plus,
Les yeux cherchent les yeux
S’échappent, se rejoignent,
C’est le bal de l’attrait
Le magnétique abîme
Au flux et au reflux du doute et de la foi
Qui le premier ira vers l’autre
Pas maintenant, plutôt demain
Là sont les autres
Qui gesticulent, palabrent, rient
Ils sont drôles à voir bouger
Quand on s’abstrait de ce qu’ils disent
Dans ce théâtre je te contemple
Toi.
Ton étoile a filé, fulgurante
Dans la nuit de mon ciel vide
Et ma seule hâte est de la suivre
Jusqu’à me perdre.
Je tremble et mon sang bat
Me gagne et me ronge le feu de l’évidence
Tu es mon astre, je le sais.
………………………………………………………………….( à suivre)
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gohelan

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MessageSujet: Re: Gohelan   Lun 24 Déc 2007 - 16:38

DEMON DE MIDI 2

Autant dire que le matin, il n’avait plus l’esprit au voyage d’étude. Il s’est réveillé tôt, aux sifflets d’un vent sec. Sa hâte était de rejoindre les autres mais il était bien trop tôt pour le petit déjeuner. Il s’occupa à dessiner sur son inséparable carnet les vieux meubles de montagne qui occupaient la chambre.
C’étaient de simples objets de sapin dont les cernes tendres s’étaient érodés laissant le bois dur former des sillons. Pas vraiment de la menuiserie, presque du bricolage de berger qui a quand même tout son temps pour ajouter ici un chanfrein, là un décors sculpté ou pyrogravé.
Entre deux coups de crayon, il revenait tranquillement à elle. Il se disait qu’à aucun moment depuis le départ il n’avait pensé à celle qu’il avait laissée. Normal, l’entente est depuis longtemps au plus bas. A peine s’ils se parlent, et ils ne se touchent plus depuis, depuis…depuis quand au fait ? Peu importe, il ne retrouve même plus le motif qui a occasionné leur froid et aucun d’eux n’a fait le pas vers l’autre. Pourtant, jamais il n’a pu aller vers une autre femme. Les occasions n’ont pas manqué et il se demande même quelquefois ce qu’elles lui trouvent d’attirant. Son charme disent-elles. Admettons. Mais là, ce qu’il ne croyait plus possible et qu’il ne voulait plus d’ailleurs, lui tombe dessus….
Il lui faut à nouveau écrire. Il l’a toujours fait, depuis longtemps. C’est comme une façon d’exorciser ses démons, de déverser les trop pleins, et pendant cette dernière année où il a retrouvé un peu de temps disponible, écrire est devenu l’absolue nécessité quasi quotidienne. Allez, il faut qu’il se lâche :

A toi

Je suis venu à toi comme un enfant émerveillé
Je te connais depuis toujours
Et ne t’ai vue qu’une fois
Je t’ai reconnue entre toutes
Elles étaient pourtant foule
Et seule tu paraissais
Ton aura m’a happé dans son halo de lumière
Irrésistible et aveuglante
Je ne veux pas retrouver la vue
Et rien ne me retiendra
Rien d’autre que ta main
Permets moi d’être en ta maison
De prendre place à ton côté
De mon bras tu seras maîtresse
Et mon corps sera ton rempart
Si tu le veux je te chanterai des beautés qui t’envoûteront
Je te soufflerai le vent du sud
Qui éveille le printemps
Et vient gonfler le voile de la fenêtre ouverte
Un matin d’avril
Je te dirai la pluie qui perle en diamants
Aux feuilles fauves de novembre
Je te peindrai l’ancolie bleue et la digitale
La folle avoine et le pâturin
Qui dansent au soleil et chuchotent la vie
Je te nommerai ces arbres majestueux dans leurs robes changeantes
Et te dirai comment ils relient terre et ciel
Le mitant de ma vie n’aurait donc été que ton attente ?
Je le crois désormais
Je pensais qu’il ne me restait qu’à mourir
Et je veux aujourd’hui vivre éternel
Si c’est avec toi
Je ferai vivre à tes yeux les pierres rugueuses
Que je polirai à l’infini de mes mains besogneuses
Qu’elles soient belles à ton regard et douces à ta marche
Je t’ouvrirai des fenêtres sur des horizons de sens
Et ensemble nous prendrons le chemin
Sinueux sans doute
Mais nous irons de l’avant
Je ne parlerai pas de ces pensées intimes
Qui vont se poser nues dans tous les plis du corps
Il sera temps de les explorer
Au creux de nuits trop courtes
Je ne suis pas impatient
Notre force ajoutée fera plus que deux
Et nous rayonnerons
De la joie qui prend source
Aux liens de ceux qui se sont enfin trouvés.

Il n’a pas cherché les mots qui sont venus naturellement. Il a relu dix fois pour se redire dix fois qu’il ne rêvait pas : il est emporté dans un fleuve dont il ne connaît pas la destination. Les bords sont trop loin pour s’y raccrocher. Penser à surnager….
Mais il est l’heure de rejoindre la bande.
Il n’a pas touché au petit déjeuner copieux, a seulement siroté un café, loin, très loin des copains de voyage occupés, entre deux bouchées gourmandes, à échanger leurs premières impressions et à interroger le programme du jour.

La douce rigueur du climat de moyenne montagne, les paysages boisés roux aux monts chauves d’où saignaient roses des coulées de calcaire, toute cette beauté le ramenait à l’ivresse calme de ses sentiments amoureux.
Ils ont joué toute la journée au chat et à la souris au fur et à mesure des visites. Il la cherchait, elle se cachait. Quand il faisait mine de s’intéresser à ce vieux château, à cette fromagerie ou à cette démonstration de recherche de « tartufo »(truffe), il sentait sur lui peser deux yeux curieux…
……………………………………………………………………………( à suivre)………….


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gohelan

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MessageSujet: Re: Gohelan   Lun 24 Déc 2007 - 16:39

DEMON DE MIDI 3

Dans la nuit indigo de son ciel de novembre
Une étoile a jailli filante inespérée
De ses vingt cinq printemps flottaient les cheveux d’ambre
Dans le halo diffus d’une lune moirée…

Pendant qu’il s’attardait sur ces vers qu’il voudrait si romantiques, il pensait : « ce serait bien tous les deux ». En un éclair cette étoile dans la nuit, il l’avait vue briller au fond de ses yeux gris bleu.

De ces choses qu’on rencontre une fois dans la vie comme ce fameux rayon vert, fulgurante fluorescence sur l’horizon de la Manche, un soir d’été. Inoubliable.
De temps à autre un paysage, un objet, un mouvement ou un geste de grâce lui faisait cet effet d’étincelle émotionnelle et il était capable d’en fixer la teneur entière, encore quelques heures plus tard, par le dessin ou l’écriture,-mais n’est-ce pas quasiment la même chose ? – A quoi cela tenait d’être ainsi ?
Plus qu’une plaque photographique qui ne saisit jamais qu’une image et la restitue plate, il imprimait l’humidité, la musique, la profondeur, les odeurs…cette atmosphère que seul un travail sur le vif permet au peintre de capter. Il en avait fait l’expérience lui-même et encore quand il comparait ce qu’il pouvait ressentir à la vue d’un chef d’œuvre en réalité ou en photo.
De même entre la vibration d’une voix à la radio ou dans la salle de concert. Seuls les très grands sont capables de faire vibrer, de faire passer leur magie, même indirectement.

Et voilà ce qu’il saisissait de ce regard appuyé, souriant et mouillé de tendresse : je suis ta sœur, ta semblable, ta complice…Ne dis rien, pense le seulement et je le saurai. Prends ton élan et je connaîtrai ta destination. Regarde-moi et je lirai tes yeux. Ton aura est ma lumière, mon repère dans la nuit des jours. Ma douceur est l’égale de ton cœur généreux. Je suis humble et tu es simple. Savoir être est notre fil rouge, que nous importe d’avoir.

Comme moi tu sais qu’au fond des tripes se cache un diamant que nous n’aurons de cesse de mettre à jour parce que nous continuons de croire que le mal n’est pas une fatalité, et qu’il y a du plaisir à s’élever l’âme. Un plaisir bien plus profond et durable que celui de la jouissance des corps qui ne règle, comme la violence, qu’une tension du désir ou de la peur et qui laisse le vide.

Tu es mon âme sœur, mon prolongement, mon reflet vivant. Mieux : mon jumeau. Et il revoit ces deux chênes si proches que leurs branches se nouent. Eloignés l’un de l’autre, ils perdraient l’équilibre, leur harmonie. Ils seraient manchots, incomplets, laids. Ils sont inséparables.
Mais n’est ce pas un peu abusif de fourrer toutes ces affirmations dans une seconde d’échange perceptif ? N’interprète-t-il pas un peu ?
Non, décidément, il est convaincu du contraire. Dans ce qu’il a saisi d’elle et de son intériorité, il y a aussi les signes extérieurs : ses vêtements, sa manière d’être avec les autres, la qualité de sa présence…Et il a tellement l’habitude de ces entretiens où, au-delà des mots, le regard seul crie la vérité de l’interlocuteur. Il a tant de fois vérifié ses intuitions qu’il ne peut avoir aucun doute.

Sa certitude sur cela se rattachait à deux rencontres. Celle d’un adulte à qui il s’était confié, adolescent, et qui lui avait renvoyé, non pas la réponse à ses mots, mais ce qu’il avait lu dans ses yeux : il s’était senti déshabillé de l’intérieur. Et plus tard, celle d’un médecin qui lui avait montré comment on pouvait être présent à l’autre, disponible au point de devenir le miroir de son dedans. C’est à ces moments qu’il avait compris comment il pouvait réagir spontanément, sans indice clair, à une présence, en s’adaptant immédiatement à ce qu’attendait l’autre sans qu’il l’ait exprimé. Cela lui avait évité bien des difficultés, surtout en présence de personnes aux réactions compulsives, incontrôlées. Quelquefois des flics, quelquefois des collègues ou des proches, plus souvent ceux dont il s’occupe professionnellement…Conscient de cette force, il savait désormais amener n’importe qui sur le terrain de la négociation, du dialogue. Il savait ne plus se mettre en colère, gérer ses peurs et ses pulsions agressives. Il en riait quelquefois intérieurement tant cela semblait inscrit dans son physique même, au point de faire tomber une tension par sa seule entrée dans un lieu.

Et pourtant, et pourtant, malgré sa certitude, il ne fera pas ce qu’il meurt d’envie de faire : se laisser emporter par cette lame de fond. Trop lâche, pas assez fou ? Il ne sait pas un traître mot de cette langue italienne et ce qu’il a à lui dire ne supporte pas d’intermédiaire. Il prend sur lui. Ses collaborateurs ne la lâchent pas d’une semelle et sous quel prétexte s’isoler ? Il va, il vient pour la voir encore ou se cacher d’elle. Un fauve en cage. Il sait à côté de quelle chance il passe et ne sait pas franchir le pas. Que ces chaînes sont lourdes et ces pieds de plomb ! Il lui reste donc une miette de prudence à savoir ainsi jusqu’où ne pas aller trop loin maintenant ?



J’ai beau me dire elle est si jeune
Et moi trop vieux bientôt
J’ai beau me jeter dans la foule
De vaines agitations
Son regard me poursuit
Et son visage d’ange
Ses mains longues et douces
Et ces instants furtifs volés
Que je feuillette aux souvenirs
Et questionne :
M’aimerais-tu comme cette fièvre qui m’envahit
M’aimerais-tu, dis-moi,
Jusqu’à la mort ?

J’ai beau me dire ce qui nous sépare
Et que jamais ne pourrai franchir
Les différences telles des montagnes
Les chaînes déjà nouées
Elle m’attend au réveil
Et quand elle n’y est pas
Je cours affolé la chercher
La peur devient panique
Quand se trouble son image
Reviens moi ou je meurs

J’ai beau me dire qu’il est injuste
Que l’automne au printemps se marie
La perdre me tuera

J’ai beau me dire qu’elle ressemble
A ce fond de vin rubis
Qu’un soleil inespéré de novembre enflamme
Je n’ose y poser les lèvres
En boire la gorgée dernière
Enfin vider ce verre
Dont je crains après
Le bris.


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gohelan

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MessageSujet: Re: Gohelan   Lun 24 Déc 2007 - 16:40

DEMON DE MIDI Fin

Rien de nouveau pendant le jour qui suivit, encombré de visites à fatiguer debout, de grand messe communicante aux successions d’interventions aussi multiples qu’ennuyeuses.
Dégustation en fin d’après midi : la truffe blanche dans tous ses états culinaires.
Et cette oppression qui continue avec le jour du départ qui s’annonce et le recul, toujours plus loin, d’un moment minimum d’échange…
C’est le dimanche matin , il a fallu se presser en dernière minute à cause d’une erreur d’horaire de train. Rageant. Il ne peut même pas lui faire signe .

Dans le train presque vide du retour, il s’est réfugié dans sa mélancolie amère. Une tristesse presque miel, une amertume joyeuse, un deal oxymoron qui le ramène dans une enfance très lointaine où la tendresse d’une grand’mère avait côtoyé un abandon brutal et inexpliqué de sa mère, le temps de la naissance d’un frère. Qui lui rappelle aussi, plus tard, ce temps d’internat où le dur d’un nouvel éloignement se mêlait au plaisir d’avoir des copains merveilleux. Il avait donc à subir un destin oxymoron. Il n’en montra rien aux compagnons de voyage, sachant se composer une apparente froideur à décourager les plus aimables.

A nouveau Bologne. Une nuit d’hôtel avant l’avion. Ils décident de visiter la ville. Bien sûr, il s’isole et flâne dans les rues très fréquentées à l’heure du crépuscule. Il devait y avoir une foire ici, aujourd’hui. De grands stands sont encore envahis de monde. Plus loin, quelques brocanteurs attirent les derniers clients en rangeant leurs étals. Il cherche quelques pierres polies à offrir au retour quand deux enfants viennent virevolter autour des casiers et poser un tas de questions au vieux marchand. C’est comme un parfum de fraîcheur qui l’enveloppe, il sourit, se retourne et n’en croit pas ses yeux. Une femme est là, sans doute la mère des gosses, et elle ressemble tant à celle qui ne le quitte pas en image qu’il a failli l’aborder.
Mais non, ce n’est pas possible. Une sœur aînée ? Il en reste très troublé, immobile. Cette italienne doit se demander s’il est dans son état normal. Il se ressaisit pour choisir quelques objets.

Comment comprendre ce signe ? Il ne sait pas. Il vous arrive quelquefois de ces choses bizarres, redondantes et dans le crépuscule de cette ville aux kilomètres d’arcades, dans cette demie nuit envahie de murs massifs et menaçants , il courbe sous le poids d’une angoisse.
Au retour, il entre dans la Basilique. Ce qu’il n’avait plus fait depuis longtemps. On n’y voit plus grand chose. A gauche de la nef centrale, des familles viennent ajouter aux cierges déjà nombreux quelques flammes en plus. Il n’ira pas jusqu à faire de même mais se prend à prier. Prier qui, pourquoi ? « Prends toi par la main, vieux ! » se dit-il.

Nouvelle « insomnuit » à l’hôtel au luxe insipide où la barmaid se la joue garçonne en vantant ses alcools forts. Attente interminable à l’aéroport où ils ne pourront pas prendre le vol prévu…comme s’il ne fallait pas qu’il parte.
Une tonne d’heures encore à Roissy pour la correspondance avant d’arriver enfin .
Tel un somnambule, il est rentré au radar à l’appartement. Sa compagne l’attendait, plutôt souriante, mais elle a vite compris qu’elle n’avait pas à espérer un morceau de dialogue.

Le lendemain, il lui a dit : «je n’arrive pas à atterrir, je suis resté là-bas, j’ai rencontré quelqu’un. Je ne m’y attendais pas, cela m’est tombé dessus, il faut que tu me laisses digérer. » Ils se sont expliqués, cette fois sans colère et ont convenu de se laisser du temps avant de prendre des options définitives.
Quelques jours plus tard, il est passé à la librairie acheter un livre d’italien. Il a écrit un mot, retravaillé un poème, a cherché son adresse et lui a envoyé comme une bouteille à la mer vers l’île au trésor.

Quelque part dans les Apennins une fille attendait un signe de celui qu’elle regrettait avoir laissé partir sans avoir pu échanger d’autres mots que bonjour et au revoir. Mais la lettre n’arriva jamais.
A croire qu’elle s’était perdue au fond d’un sac postal. L’histoire est plus sordide.
Le matin où le facteur à vélo devait lui amener le courrier de France, Roberto les a renversés, lui et sa bicyclette, au-dessus du pont, avec sa béhem neuve, le portable à la main, en train de se disputer avec sa femme qui ne supportait plus qu’il drague à tout va. La lettre avait tourbillonné dans le vent jusqu’à la surface de l’eau, s’était accrochée plus loin dans le courant à la branche d’un saule puis, à la crue d’hiver s’est trouvée emportée jusqu’à la mer , dépecée, engloutie, perdue à jamais.

Il désespéra de la réponse qui n’arrivait pas, écrivit encore : « non mais tu t’es vu pauvre pomme ! Comment croire un instant que tes yeux ravagés, tes boursouflures puissent lui plaire ? Dans le miroir, le vide, et dans le dos, un chapelet de casseroles lourdes, brinquebalantes, à traîner jusqu’à la tombe. Tu auras beau pleurer en te regardant dans les yeux, tu es trop vieux, trop con, trop mou, trop moche, ensablé jusqu’au cou baie du mont sainte solitude. Il est trop tard, finie la cueillette aux étoiles filantes, l’effeuillage marguerite.
Plus que la mare guérite, trou d’eau sale, nymphéas fanés sur fond vaseux qui pue. Guérite, abri de fortune et d’infortune, mi veille mi ennui, mi exposée mi sûre, hors la maison et le château, assez près pour voir, trop loin pour goûter…mais qu’est ce que tu racontes ? Ce sera le dernier verre, mon vieux, on ferme. »

Il s’en est allé titubant, a cogné la porte, remonté le col du manteau, le pas traînant la douleur, le nez reniflant le désespoir, la dignité en poche, bien au fond. Un peu plus courbé, un peu moins vivant, se criant au-dedans que demain ne soit pas.
Parvenu au jour tombant sur le pont de la rivière, il s’arrêta, hésita et franchit le parapet pour sauter dans l’eau.

On entendit pas de plouf, mais un grand craquement de branches : il était tombé dans la barge du service de nettoyage des eaux et forêts qui rentrait en silence au quai de la prochaine écluse.
A bord, Robert n’en revint pas : « mais, mais, qu’est ce que vous faites ? ». Le temps de s’approcher et il reconnut Jérôme qui grimaçait. « Mais Jérôme, qu’est ce que tu fais là ? »
« Eh ben,…je venais te dire que je pouvais pas venir à ta fête ». Sidération de Robert. « Mais Jérôme, comment tu pouvais savoir ? Et puis pourquoi pas appeler à la maison ? » Il comprit la blague, l’audace du hasard et partit de son rire Kalachnikov à vous transpercer la coque de 15 mm. Jérôme l’imita et ils finirent la nuit à boire des coups dans la cale. Bière pour bière, autant goûter à celle qui mousse plutôt qu’à celle qui vous met dessous…dessous la mousse.
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