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 D'ou vient l'argent de Paul Grignon

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ZAZA 54
Ouillette D'Inde
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MessageSujet: D'ou vient l'argent de Paul Grignon   Sam 4 Oct 2008 - 21:05

Une tite vidéo qui en dit long :


http://vimeo.com/1711304?pg=embed&sec=1711304

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
C'est ainsi que je veux écrire. Avec autant d'espace autour de peu de mots. Je hais l'excès de mots. Je voudrais n'écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer le silence. En réalité, les mots doivent accentuer le silence. »

Etty Hillesum
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alejandro
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MessageSujet: Re: D'ou vient l'argent de Paul Grignon   Dim 5 Oct 2008 - 18:48

J’ai envie de faire quelques commentaires, dans la limite, dois-je avouer, de mes maigres connaissances économiques.

Je m’y retrouve dans certains points abordées par le film. Que l’argent est une idée abstraite dont on fait ce qu’on veut qu’il soit. Dans le fait que les banques et, de façon générale, les instituts financiers, organisent la vie économique à leur seul profit, dans le fait que l’émission d’argent devrait être une prérogative exclusive de l’État, c’est-à-dire, en principe, de nous tous collectivement, et non d’intérêts privés ; et, bien évidemment, l’idée que l’État ait à emprunter de l’argent comme une quelconque entreprise est une absurdité sans nom.

On parle souvent d’économie en utilisant l’image du partage du gâteau (les richesses d’une nation) et on dit que toute la question économique est de savoir qui tient le couteau. Si autrefois la richesse et, donc, le pouvoir, reposait sur la possession de la terre – et de la possession de ceux qui la travaillaient – aujourd’hui il repose sur l’argent et que tout l’enjeu économique est une lutte entre ceux qui cherchent à la partager, la majorité, et ceux qui cherchent à le concentrer entre leurs mains, une minorité qualifiée d’élite économique. Inutile de préciser qui, en ce moment, mène haut la main cette lutte. Ca m’avait inspiré un jour un texte parodique que j’avais appelé « le manifeste néo-féodaliste. »

Il faut cependant préciser que le film a été manifestement fait par des Américains, et qu’apparemment ils ne réalisent pas que les États Unis se trouvent dans une situation unique. Leur domination militaire fait d’eux les garants la sécurité dans le monde, des souverains qui prélèvent leur dîme sur le reste de la planète. Ils peuvent faire, en matière monétaire, ce qu’ils veulent – s’endetter indéfiniment, faire tourner la planche à billets à volonté –, ils savent que tous les autres pays payeront pour eux, et drainent ainsi toute l’épargne mondiale. Le reste du monde se voit imposer une rigueur comptable à laquelle eux ne sont pas soumis ; certains n’ont d’autre choix que de s’y soumettre, l’Amérique latine et l’Afrique, principalement ; d’autres réussissent à s’en émanciper et à se développer, notamment les pays asiatiques. L’Europe, elle, fait office de chien de garde pour les Américains. En tout cas, c’est comme ça que nombre d’analystes interprètent l’état d’agitation permanente dans laquelle les États Unis maintiennent toute la planète ; sans elle, son rôle de gendarme du monde ne se justifierait pas. Autrement, l’agressivité et la brutalité des Américains serait incompréhensible.

Si j’ai bien compris le film, l’argent revenait autrefois à posséder des titres de propriété sur divers objets, principalement des métaux précieux et surtout l’or. Tout le mal proviendrait de l’invention de l’argent reposant sur la dette, un procédé qui fait que les banques prêtent un argent qu’elles n’ont pas et qu’elles se voient rembourser avec intérêts ; ce qui revient à faire surgir de l’argent de nulle part. Le développement du système n’est possible qu’en usant des ressources naturelles qui se répercutent sur un indicateur dit macro-économique : la croissance du produit national brut (le PIB). Pour que l’argent existe dans le système actuel, il est nécessaire qu’il y ait croissance économique et, sauf si on sort de ce système, jusqu’à la destruction de la planète.

Une alternative serait de revenir à l’étalon or (ou au métal argent, ou les deux), mais, étant donné que tout le monde n’en aurait pas, ça aurait comme conséquence un déséquilibre des richesse et la concentration de tout l’argent entre quelques mains seulement. Le film propose donc que l’argent repose sur un travail horaire et/ou qu’il serait créé par l’État pour couvrir ses besoins, et ses besoins seulement.

Il y a dans les fondamentaux des points dans lesquels je m’y retrouve pas. D’abord, à écouter le film, l’argent artificiellement créé par ce système correspondrait aux ressources naturelles qui surgiraient toutes seules de la terre. Ensuite, l’argent serait quelque chose qui, comme une bûche dans une cheminée, se consumerait en l’utilisant et ne laisserait que des cendres. Il y a dans le film une critique implicite du concept de croissance comme indicateur de bonne santé économique. Ca correspond à ce que disent des auteurs que j’ai lus, mais pas pour les mêmes raisons. Il se trouve qu’un pays peut réaliser des performances en termes de croissance et autres indicateurs macro-économiques tout à fait médiocres, et se porter comme un charme, et qu’un autre ait d’excellents indicateurs mais qui soit aux abois, sur le point de s’écrouler. C’est ce qui arrive aux pays du tiers monde qui suivent les directives du FMI, lequel semble confondre économie (discipline issue des sciences humaines) et comptabilité (technique issue des mathématiques).

Le film semble aussi oublier que dans un pays, les gens travaillent, et qu’en travaillant, ils créent des richesses. La croissance d’un pays – en tout cas, la croissance d’un pays industrialisé – c’est d’abord ça : la richesse créé par le travail. Et l’argent, en principe du moins, sert à ça : à créer des richesses. Un type les mains dans les poches entre dans une banque pour emprunter de l’argent afin de monter une boulangerie. Il obtient un crédit, monte sa boulangerie, fabrique du pain, se fait payer pour ça et avec ce qu’il a gagné, il en vit et il rembourse sa dette. L’argent revenu à la banque est détruit mais, entre-temps, il s’est passé quelque chose : le type devenu boulanger s’est enrichi, pour le plus grand plaisir de ses clients. Et cette richesse correspond bien à quelque chose, il correspond à son travail. Pour que le système soit viable il est impératif que l’argent prêté soit remboursé ; si la boulangerie ne fonctionne pas, que le type fait faillite et qu’il ne peux pas rembourser, à ce moment-là il y a en circulation de l’argent qui ne correspond à rien et le système entre dans une spirale inflationniste. On prêtera donc de l’argent à des projets réalistes, et on le refusera à celui qui par exemple veut ouvrir une boutique de voiliers trois mâts et plus dans le Jura.

Le film parle de taux d’intérêts peu élevés. C’est vrai aux États Unis où, on l’a vu avec les subprimes, on a prêté de l’argent en dépit du bon sens (en fait, sciemment, sur une idée fort crapuleuse et qui a mal tourné). En Europe, en revanche, les taux d’intérêts sont exagérément élevés à cause de la Banque centrale européenne. C’est quelque chose qui désespère les personnalités politiques, qui doivent, malgré tout, se faire élire, mais ils ne peuvent rien faire parce que avec le système mis en place avec Maastricht et aggravé avec le traité de Lisbonne, la BCE est indépendante du pouvoir politique et Jean-Claude Trichet peut tranquillement faire un bras d’honneur à la représentation démocratiquement élue.

Qui tient le couteau pour se partager la richesse créé par le travail ? Comment est partagé le gâteau ? Ce sont les taux d’intérêts directeur établis par la BCE qui en décident. Si les taux sont peu élevés, on peut emprunter facilement, ça favorise l’activité économique, ça fait baisser le chômage, repartit les rapports de forces à l’heure du partage du gâteau, le système s’enrichit, ça valorise le travail au détriment de la rente. La contrepartie est l’inflation, mais le salarié, du moment que la hausse de salaires est plus importante que l’inflation, il s’en fout. L’entrepreneur et le commerçant y gagnent aussi, parce que leur dette grignotée par l’inflation diminue d’elle-même. Les perdants sont ceux qui ne travaillent pas, mais vivent de prêter leur argent, car leur richesse s’érode, encore une fois, à cause de l’inflation. Contrairement à ce qu’on dit, ce qui est mauvais pour les riches ne l’est pas nécessairement pour le reste de la société ; Keynes voyait dans l’euthanasie du rentier un impératif pour la bonne santé économique d’un pays.

A contrario, des taux directeurs élevés sont bons pour les riches – de nos jours les instituts financiers plus que des personnes, et ceux qui travaillent pour ces institutions – ; l’argent qu’ils prêtent est plus cher, ils gagnent donc plus, et la rareté du crédit les met en position d’exiger des conditions au-delà du viable, ce qui oblige les entreprises à gonfler artificiellement leurs bénéfices : en comprimant les salaires, en licenciant, en arrêtant des unités de production, en recourant à des astuces comptables plus ou moins honnêtes. Et, bien sûr, c’est mauvais pour l’emploi, pour les salaires (le fameux pouvoir d’achat), pour les entreprises, pour l’économie en général.

Évidemment, je n’ai pas de solution à proposer. Mais je constate que les conceptions keynésiennes ont plutôt bien marché pendant trente ans et j’aurais tendance à un retour à ce système plutôt qu’à des expérimentations bizarres.
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Novocaïne

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MessageSujet: Re: D'ou vient l'argent de Paul Grignon   Lun 6 Oct 2008 - 0:38

J'ai beaucoup aimé ton intervention Alejandro.
Et je t'avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre où sont véritablement les intérêts aujourd'hui.
Je ne comprends pas non plus qu'il existe encore à ce jour une différence entre le mécanisme de la micro et de la macro-économie car elles sont intrinsèquement liées.
Les intérêts devraient se tourner vers une augmentation du PIB, donc de croissances, d'emplois. Mais en même temps, comme tu le soulignes aussi, une minorité élitiste de l'économie souhaiterait la croissance de ses capitaux avec un maximum de rentes , ce qui ne fait pas bon ménage avec l'augmentation du PIB.
J'essaye de comprendre...
Si la valeur marchande peut encore espérer s'envoler, nous serions sauvés. Si ce n'est pas le cas; il faudrait alors fondre le virtuel au réel et effacer les ardoises proportionnellement par rapport à chaque pays endetté. Aucun intérêt pour les Etats ni pour l'élite économique.
On retournerait très vite à notre désastre.
Et si les seigneurs du monde avaient assz joué et qu'ils décidaient de changer les règles du jeu?
Je sais, mon intervention est clownesque mais, franchement, je nage dans la 4ème dimension et j'essaye de voir pointer un semblant d'explication accessible à mon ancienne façon de conceptualiser l'économie mondiale.
En résumé, j'ai perdu mes points de repères.
L'Etat joue à la poule aux œufs d'or tenue en laisse par la banque nationale.Et l'Etat, c'est nous.
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alejandro
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MessageSujet: Re: D'ou vient l'argent de Paul Grignon   Lun 6 Oct 2008 - 2:29

Novocaïne a écrit:

Et je t'avoue que j'ai beaucoup de mal à comprendre où sont véritablement les intérêts aujourd'hui.
[…]
Les intérêts devraient se tourner vers une augmentation du PIB, donc de croissances, d'emplois. Mais en même temps, comme tu le soulignes aussi, une minorité élitiste de l'économie souhaiterait la croissance de ses capitaux avec un maximum de rentes , ce qui ne fait pas bon ménage avec l'augmentation du PIB.
J'essaye de comprendre...

Je ne suis pas un spécialiste de la chose, mais je peux imaginer qu’il y a tout un tas d’éléments qui se conjuguent.

On m’a expliqué le fonctionnement monétaire d’un système économique avec l’image suivante : Imagine que tu es très célèbre et très populaire dans ton quartier. Tout le monde considère que tu es une femme épatante, sérieuse, généreuse et soucieuse du bien-être général. Tant et si bien que ta signature fait office de monnaie d’échange. Ainsi, un bout de papier sur lequel tu as écrit « 1 courone novo » permet de régler une baguette, parce que le boulanger a confiance en toi. Un type désire ouvrir une boucherie, et par le système expliqué plus haut, tu signes dix bouts de papier où il y a écrit dessus « 100 couronnes novo » et tu les lui prêtes. Grâce à ces bouts de papier il va pouvoir ouvrir sa boucherie, s’enrichir, salarier des employés et te rembourser, avec éventuellement des intérêts minimes qui vont compenser l’inflation que cette activité économique ne manquera pas de créer. Tout va bien, les gens travaillent, s’enrichissent et le PIB du quartier augmente.

Tu as un voisin de pallier qui est très riche, pour une raison ou pour une autre il est assis sur une montagne de couronnes novo qui s’amenuise au fur et à mesure à cause de l’inflation. Il est très malheureux.

Et voilà qu’un bon jour tu te dis que tu en as assez. Tu es de mauvaise humeur ou tu as mal à la main à force de signer des couronnes novo et tu dis que le crédit presque gratuit, c’est fini. Vers qui vont se tourner les gens qui veulent ouvrir des commerces ? Vers ton voisin de pallier qui va, du coup, pouvoir imposer les conditions qu’il veut. Par exemple, des intérêts dix fois plus élevés que ce que tu demandais, il va demander des participations dans les nouveaux commerces, exiger des dividendes, fermer le robinet à crédit à ceux dont la tronche ne revient pas et favoriser ceux qui lui disent « Votre Majesté », et il sera très heureux. Déjà parce qu’en asséchant la masse monétaire et, donc, en réduisant l’activité économique, il n’y aura plus d’inflation et sa richesse ne va pas s’éroder. Ensuite parce que les intérêts qu’il exige l’enrichiront encore plus ; enfin, plus ça avancera, plus il aura droit de vie ou de mort sur les commerces du quartier. Les riverains s’appauvrissent, des gens se retrouvent au chômage, le PIB du quartier ralentit, mais ton voisin, lui, il s’est énormément enrichi et, surtout, a acquis un immense pouvoir.

Il y a aussi que dans le monde est venu s’ajouter la spéculation, qui permet de faire des gains bien plus importants que si l’on se contente de pressuriser les entreprises, dont la croissance est plafonnée par la réalité du monde, et qui par multitude de mécanismes, s’est développée de sorte à faire transférer le risque liée à la spéculation sur les entrepreneurs et, surtout, les salariés.

J’ai remarqué que lorsqu’on écoute attentivement les gens qui gravitent dans les hautes sphères du pouvoir économique, non pas lorsqu’il font de la propagande néo-libérale mais lorsqu’ils ont des accès de sincérité, finalement, ils n’accordent pas autant d’importance que ça à l’argent à proprement parler. Ils en parlent comme d’un moyen, pas comme d’une fin en soi.

Je me suis aussi posé la question suivante : imaginons un type qui gagne annuellement une somme énorme, mettons 25 millions d’euros. Avec des tels gains, on doit bien pouvoir s’acheter vraiment tout ce qu’on veut ; on peut imaginer que à ce niveau là, vouloir gagner plus d’argent encore n’a pas de sens : plus d’argent pour quoi faire ? Est-ce que ça vaut le coup de lever le petit doigt pour gagner 25 millions supplémentaires ? Eh bien si, il va lever le petit doigt pour les gagner ces 25 millions d’euros supplémentaires, et il est même prêt à affamer des millions de personnes ou mettre sur pied des guerres s’il le faut ; pour ces 25 millions, et pour 25 millions encore, et encore, et encore. Mais pourquoi ?

J’ai aussi remarqué quelque chose. J’ai passé mon adolescence en Norvège, dans les années 80. C’est à ce moment-là que la déferlante néo-libérale à démarré mais nous étions encore habitués aux conceptions d’après-guerre, et, de plus, je vivais dans une société particulièrement égalitariste. Et, dans cette société, où il n’y a pas de pauvres, où le moindre travail non qualifié suffit à s’acheter son appart, sa maison de campagne et deux voitures, il était mal vu d’être riche. J’en ai fait les frais un jour où je me suis amené au collège avec un pull Lacoste, je me suis copieusement fait traiter de snob. D’où la question : à quoi ça sert d’être riche dans une société où tout le monde est plus ou moins riche ? A rien. Être riche ne procure de statut social que si l’on vit au milieu de pauvres.

On notera que s’il y avait une logique, la montée du chômage, de la pauvreté et de la précarité, devrait inciter les plus riches, par décence, se montrer un peu discrets avec l’étalage de leur richesse, du moins en attendant que cette pauvreté se résorbe. Ce n’est pas précisément comme ça que le monde a évolué ces trente dernières années.Charles de Gaulle payait lui même sa note d’électricité à l’Élysée. Maintenant on a Sarkozy, qui ne paye certainement pas sa note d’électricité à l’Elysée.

Imaginons qu’avec une machine à remonter le temps on se retrouvait en pleine Europe médiévale. Nous irions voir un seigneur dont les serfs souffrent de la famine et de la maladie et nous lui proposons un système économique où tout le monde dans le domaine serait riche ; les serfs seraient presque aussi riches que le seigneur mais, lui garantirions-nous, ils continuerait à vivre dans le même confort et, même, le même luxe qu’auparavant. Accepterait-il ? Non. Non, parce que lui c’est un seigneur, lui c’est un noble, lui a une ascendance glorieuse conquise par les armes, lui est à sa place au sommet d’une pyramide à pente raide, et les serfs à la leur écrasés à la base de cette même pyramide. C’est très bien comme ça et où irions nous si tout le monde se valait. Sans doute invoquerait-il un quelconque ordre divin pour justifier cette hiérarchie, mais ici, le prétexte importe peu. Je suis effaré d’entendre le mépris avec lequel l’élite économique parle du commun des mortels (jamais en public, évidemment), et, puisqu’on vit en démocratie, la nécessité de canaliser la volonté populaire, de faire de la pédagogie, de stigmatiser le populisme ; ils raisonnent en termes de classes : eux, c’est pas comme nous. Où irait le monde si on laissait les gens décider de leur destin.

En bref : le but pour ces gens n’est pas d’augmenter le PIB, leur but est de concentrer les richesses entre leurs mains et d’en priver les autres ; pour le pouvoir bien sûr et, je pense, ou, à tout le moins, j’en émets l’hypothèse, pour creuser l’écart entre les statut social entre les hautes sphères et la piétaille, et ainsi mettre leur propre statut social en valeur.

Edit : bon, j’ai encore laissé les doigts se balader sans retenue sur le clavier, mais tu m’en a donné une trop belle occasion. Que ceux qui n’aiment pas les longs post veulent bien m’excuser.
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MessageSujet: Re: D'ou vient l'argent de Paul Grignon   Dim 19 Oct 2008 - 4:39

Alex, je n'aime pas les posts longs d'habitude, mais là j'ai dévoré ce fil, car le film m'a interpellé. Du coup je vais poster long aussi !
Je suis assez d'accord avec toi dans l'ensemble, bien qu'accordant peut-être plus que toi crédit à ce qui est dit dans le film.
En revanche, permets-moi de remettre en question deux passages de ton analyse :
Citation :
Le film propose donc que l’argent repose sur un travail horaire et/ou qu’il serait créé par l’État pour couvrir ses besoins, et ses besoins seulement
En fait, Paul Grignon (au fait il est canadien, pas américain) propose également dans le film d'autres "solutions" plus importantes (utopiques & inapplicables en l'état actuel, on est bien d'accord) :
Il faudrait que les gouvernements puissent créer eux-même l'argent, au lieu de l'emprunter aux banques privées avec intérêts inremboursables.
Il faudrait aussi que les banques soient taxées sur leurs bénéfices.
Il faudrait également réduire leur taux multiplicateur (j'ai oublié le nom de cet indice) : du 9/1, on est passé à 30/1 et certains jusqu'à 60/1
Il faudrait que les banques soient des organismes au service du peuple et non à la recherche de leur propre profit
Il faudrait également supprimer les intérêts payables par les emprunteurs.
Il faudrait pour voir que tout le monde essaye de décider ensemble de retirer son argent des banques, ce qui obligerait à tout refonder sur du concret (le plus utopique évidemment).

Citation :
à écouter le film, l’argent artificiellement créé par ce système correspondrait aux ressources naturelles qui surgiraient toutes seules de la terre.
À écouter le film, j'ai plutôt eu l'impression que l'argent créé artificiellement correspond au montant des dettes ou hypothèques, bref de rien de concret, du vent, de "l'argent négatif"

Citation :
Ensuite, l’argent serait quelque chose qui, comme une bûche dans une cheminée, se consumerait en l’utilisant et ne laisserait que des cendres.


Ne dit-il pas au contraire que l'argent passe d'une banque à l'autre et sert à nouveau de base pour créer ex nihilo à nouveau de l'argent ?

Citation :
Il y a dans le film une critique implicite du concept de croissance comme indicateur de bonne santé économique.
C'est clair ! Mais vu par les yeux des banquiers et des riches rentiers dont le profit est le seul but. La critique principale vise plutôt la "décroissance" des possibilités de rembourser les dettes, puisque sans dettes il n'y aurait plus d'argent. L'augmentation des dettes (et pas seulement nationales) met un sacré bémol à toute annonce de soi-disant croissance économique, qui serait en fait une baisse infime des dettes en surface, mais qui produit donc plus d'argent encore.

Mais ce que je remarque pourtant, c'est que dans ta réponse à Novo, tu sembles finalement argumenter complètement dans le sens du discours du film (d'ailleurs bravo pour ta parabole du quartier et du voisin).

Mais moi non plus je ne m'y connais pas en économie, et tu as le droit de fustiger mes arguments !

Je cite ici deux commentaires : le premier, c'est celui qui a posté ce film sur le web. Son pseudo est "Bankster" et son blog porte également ce nom :

Citation :
Depuis 1974 en France, à l’époque du serpent monétaire européen, l’État —et c’est pareil dans les autres pays européens— s’est interdit à lui-même d’emprunter auprès de sa banque centrale et il s’est donc lui-même privé de la création monétaire. Donc, l’État (c’est-à-dire nous tous) s’oblige à emprunter auprès d’acteurs privés, à qui il doit donc payer des intérêts, et cela rend évidemment tout beaucoup plus cher.
On ne l’a dit pas clairement : on a dit qu’il y avait désormais interdiction d’emprunter à la Banque centrale, ce qui n’est pas honnête, pas clair, et ne permet pas aux gens de comprendre. Si l’article 104, disait "Les États ne peuvent plus créer la monnaie, maintenant ils doivent l’emprunter auprès des acteurs privés en leur payant un intérêt ruineux qui rend tous les investissements publics hors de prix mais qui fait aussi le grand bonheur des riches rentiers", il y aurait eu une révolution.

Ce hold-up scandaleux coûte à la France environ 80 milliards par an et nous ruine année après année. Ce sujet devrait être au coeur de tout. Au lieu de cela, personne n’en parle.

En France ça aurait pu être différent, et ça l'était. On a confié au gouvernement la création monétaire en 1789 pour qu'il s'en serve AU BENEFICE du peuple, et non pas pour qu'il l'abandonne aux banques privées à qui il doit payer des intérêts et qu'on nous demande aujourd'hui de sauver par dessus tout avec capital et intérêt en empruntant à ces mêmes personnes.
Ça remonte donc à 1973, sous Pompidou (directeur de la Rothschild) quand Giscard passa le décret qui interdit à la France de créer son propre argent exempt d'intérêts.
La dette publique française est donc un canular mis en place en 1973, par VGE, dont le conseiller était PEBEREAU , aujourd'hui directeur BNP-Parisbas, membre EBF et FED. Un autre Rothschild était présent, Jacques Henri Bujard qui aujourd'hui vérifie les comptes de la France. D'ailleurs Thierry Breton est senior adviser chez Rothschild également.

2e citation : un extrait du livre "Demain, C'est l'An 2000 !" (1950) de J-G Bardet :
Citation :
C'est le mécanisme bancaire qui multiplie les méfaits de l'usure et du crédit.
L'usure a toujours été interdite. Le catéchisme du concile de Trente est formel : "Tout ce qu'on prend au delà de ce qu'on a donné est usure... c'est pourquoi le prophète Ezéchiel (18-17) dit que Celui-là sera juste qui n'aura rien pris au-delà de ce qu'il aura prêté. Et Notre Seigneur nous ordonne, dans Saint-Luc (6-35), de prêter sans en rien espérer. Ce péché a toujours été considéré, même par les païens, comme un crime très grave et très odieux" et le concile ajoute, "c'est ce qui fait dire à Ciceron que prêter à usure ou tuer un homme c'est la même chose. Et en effet, ceux qui prêtent à usure vendent deux fois une même chose, ou ils vendent ce qui n'est point".
Il faudrait bien peu connaître l'histoire des civilisations pour s'imaginer qu'il ne s'agit là que d'un principe de morale et non pas d'un principe fondamental de bonne organisation de la société civile.

Précisons que le mot usure ne s'applique pas au taux pratiqué mais au caractère du prêt (Il n'en est pas de même du mot : usurier. Cependant les auteurs anglais qualifient d'usure le prêt à la production de l'argent qui n'existe pas, de l'argent négatif). Le prêt de consommation est seul qualifié d'usure dans les textes canoniques, le prêt à la production n'est pas un prêt, mais un apport de capital à une entreprise dont l'activité fournit des bénéfices. Ce prêt à la production n'est-il pas licite? Oui, dans certaines limites du taux de l'intérêt, mais non quand celui-ci atteint 50% à 60%, tel est cependant le taux réel des avances bancaires modernes.

L'Encyclopaedia Britanica (article Money, édition de 1929) souligne que l'écroulement de la Grèce au VIème siècle comme l'effonfrement de l'Empire romain sont également dus à l'usure. Ainsi que l'a montré G. Ferrero dans: la Grandeur et le déclin de Rome, Jules César fut brisé pour s'être montré incapable de résoudre "la gigantesque accumulation d'intérêts inaliénables qui avaient concentré toute la richesse en quelques mains, réduisant les petits propriétaires en esclavage".

Le système bancaire actuel, autrement dit l'usure-à-l'argent-négatif, ne peut rien créer de positif, il est très exactement inverti. Il prospère en temps de guerre, s'épanouit, apporte la prospérité matérielle aux ouvriers requis en usine, aux fournisseurs de l'État et aux fabriquants de munitions, pendant que la fleur de la nation est tuée ou mutilée. Il languit en temps de paix, se contracte, apporte le rétrécissement du pouvoir d'achat, les faillites, banqueroutes, le chômage et toutes les misères à la clé. Pourquoi ce paradoxe ?

Il y a toujours assez de pouvoir d'achat pour les buts de guerre PARCE QUE les biens créés sont détruits. Ainsi la sous-consommation peut être ordonnée au nom du patriotisme, tandis que la surproduction est liquidée.


Il ne s'agit point de mettre au pilori les banquiers actuellement inconscients, mais de considérer les faits. Les faits sont les suivants, ils crèvent les yeux : l'usure-à-l'argent négatif conduit à fournir toujours assez d'argent pour la guerre, la mort et la destruction et jamais assez pour la paix, la vie et la construction. Plus la guerre est terrible, dévastatrice, plus de pouvoirs d'achat sont créés, plus le flot d'argent-négatif s'enfle ainsi que les bénéfices des usuriers. Mais ce gonflement ne peut avoir lieu avec des biens qui encombreraient le marché, puisque les salaires sont toujours insuffisants pour les acheter, et ne peut avoir lieu que dans un seul cas, celui de la destruction délibérée des stocks. Le système ne fonctionne avec efficacité que si l'on détruit des biens réels. Il conduit implacablement à la guerre.

J-G Bardet


J'ai récemment revu le film "Les dieux sont tombés sur la tête". À un moment, l'occidental paye un service à un Bushman avec des billets. Le Bushman regarde ces bouts de papier et les refuse, il n'en a pas utilité. L'homme les lui donne quand même, car "c'est la loi" (la sienne, la nôtre, bien entendu). Sur le chemin du retour, le Bushman les jette par terre, car dans sa société tribale, il n'y a pas d'argent, ni même de mot pour le désigner (ni les mots "vol" & "coupable" d'ailleurs), tous les biens et les services sont échangés contre des biens et des services concrets, comme au début du film lorsqu'on voit les indiens près de leur tente qui échangent un collier contre un bison. Ça fait rêver, mais bien sûr il est trop tard pour nous.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
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