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 Novocaïne

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Novocaïne

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MessageSujet: Novocaïne   Novocaïne EmptySam 9 Juin 2007 - 23:59

Je me suis posée là, à l'ombre d'un platane frémissant de vent frais, de musiques douces, de tendresses invisibles.
J'ai laissé ces lunettes noires qui cachent la moitié de mon visage et j'ai plongé dans un verre de vin rouge pour oublier encore ce qui m'a mené là.

Le vent se répand dans mes cheveux, on dirait Medusa, on dirait une toile.
Je te regardes partout, surtout là où tu n'es pas. Je vois son reflet, son ombre, sa démarche mais ce n'est jamais lui.

J'écoute cette musique qui m'a portée à toi, cette triste musique qui m'a portée en moi.

Je pense encore que nos mains se ressemblent, que ta voix est à moi et tes deux océans faient pour noyer mon âme.

Ce rêve absolu qui existe, tellement qu'il fait mal, tellement qu'il est loin, est une cigue qui réveille des douleurs en bouquet de drogues.
Ces fleurs du mal que l'on achète dans l'espoir vain de s'achever mais qui prolonge notre souffrance en délices de manques.

Je suis assise là, en longue robe noire, les cheveux en branches se mélangeant à l'arbre, les lèvres sanguinolantes d'un vin pas encore assez fort. Assez fort pour tuer ses images, tuer son souvenir.
Et je regarde sans voir les passants qui eux, vivent!

Je les vois tourbillonner, chanter , marcher vite et courrir vers ce qui importe, vers ce qui les emporte.
Je pensais les vivants parmis les vivants et les morts avec les morts lorsque d'un éclat de verres la réalité frappa, je me vis en fantôme être morte sans toi...

A B.
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Novocaïne

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MessageSujet: Jour maudit   Novocaïne EmptyDim 10 Juin 2007 - 0:04

L'espace est l'abri qu'il m'a laissé, comme on offre un manteau au démuni, comme on donne à boire à l'ivrogne, un présent qui ne comble rien, qui donne l'illusion...du plein vide!
C'est arrivé un jour de printemps, à l'heure où l'arbre se réveille sous ses fleurs, où la mésange revient joyeuse de son long voyage, où le soleil réchauffe doucement nos visages et éclaire à nouveau nos vies souvent trop grises.
Un jour qui m'avait été donné de lire par anticipation, un jour prévu, un jour qui avait annoncé son arrivée en fanfare par sirènes d'alarmes; sons stridents qui résonnent encore...Un jour que l'on hait, un jour que l'on souhaiterait détruire, annuler.
Dans un livre, j'aurais simplement sauter la page, les chapitres qui parlaient de lui, j'aurais peut-être même arraché les pages quitte à ne plus rien comprendre de l'histoire pour ne pas me perdre dans ces sensations obscures que je déteste par dessus tout: l'abandon...

J'étais là, assise au volant de ma voiture, les pieds tendus sur le frein, les bras anesthésiés, le corps engourdi, les membres disloqués, la voix tremblante et le coeur au ralenti...Rien de surprenant pourtant: c'etait comme si on vous avait donné le planning pour votre semaine, que vous l'aviez étudié minutieusement mais que vous hurliez sur l'organisateur parce qu'il aurait oublié de préciser qu'il fallait vraiment en tenir compte pour votre organisation! Ce serait aberrant n'est ce pas?
Et bien, c'est ce que j'ai fait! Voilà comment j'ai réagis...
Je ne me l'explique toujours pas aujourd'hui...je ne me le pardonne pas non plus.
Comment peut-on rester figé quand les secondes sont comptées, que le compte à rebours est lancé avant le départ définitif?

L'humain est un animal sous-développé! Un chat qui se sent en insécurité, bondit, courbe son échine en arc tendu, le poil hirsute, babines rebroussées, toutes griffes dehors et tout ces gestes sont synchronisés à la seconde où le danger frappe! Mais l'Homme est sans doute anesthésié par ce qui l'entoure, trop habitué à manger ce qui est prémaché, trop formaté à réagir dans des contextes répétitifs sans doute...Je n'en sais rien, j'essaye de comprendre en fait ce qu'il nous arrive quand la foudre tombe et qu'on oublie de se mettre à l'abri...J'essaye aussi de me visualiser en chat au moment de l'impact, est ce que j'aurais eu cet instinct de penser à mon centre de gravité? Je veux dire, penser plus à comment mon corps doit réagir plutôt que de penser à ce qu'il va se passer....
Je vous entraîne contre mon gré dans mes pensées stériles, c'est vrai, mais comment faire pour accepter ce qui est inacceptable? Je cherche encore la solution...

Je le sentais en moi, les sirènes devenaient même assourdissantes mais je mettais les mains sur mes oreilles, je fermais les yeux, je me cachais sous les draps, je partais dans le sens opposé de le bonne marche à suivre!
Je perdais le nord et c'est peu de le dire, car c'est justement là que je devais aller! La boussole de ma vie tournait sotte et les aiguilles de ma montre s'étaient arrêtées comme si elles étaient en pouvoir de suspendre le temps!
Alors que la vie me mettait en condition quotidiennement, m'habituant à affronter, à me battre, je devenais en un instant un bébé à qui on doit apprendre à marcher...Mais personne ne m'a pris la main...j'étais grande, je devais avancer seule c'est évident mais je régressais, je devenais si petite à ce moment précis. J'ai pris conscience à nouveau que l'on est rien qu'un grain de poussière dans l'univers, de l'inconstance de la vie, de la minuscule importance de notre vie, du peu que nous sommes face à l'incontournable; l'impuissance comme seule arme...

L'appel...la sonnerie du téléphone que je faisais semblant de ne pas entendre...La répétition de cette sonnerie détestable m'assommait!
Puis j'ai décroché sans penser à rien, la voix qui me parlait, je l'aimais mais comme je la détestais aussi!
Je comprenais sans comprendre ces mots formant des phrases entrecoupées par des pleurs étouffés, des rires nerveux, mais pas d'espoir...La course contre le temps avait sonné le départ mais je n'étais même pas encore sur la ligne de départ!
Injuste! Je savais que le combat était perdu d'avance, je le voyais bien que mathématiquement les hypothèses n'allaient pas dans mon sens ! Je vivais la fin, seule sans force bloquée au volant de ma voiture, incapable de réfléchir, incapable de bouger; incapable tout court!

Puis quand je me suis réveillée, sortie de ce semi-coma, j'ai marché comme un automate...Cette sensation était étrange, comme une consolation venant de l'intérieur, comme si on m'avait fait une piqûre de morphine. Les gens aiment les automates, je l'ai vu, jamais ils n'ont été aussi aimables avec moi. Etait-il écrit sur mon front " je ne suis plus rien, laissez-moi passer" ? Je ne sais pas, mais je flottais, j'étais enrobée d'ouates jusqu'à mon arrivée, il y avait autour de moi une couche de protection...

Puis le train a démarré laissant derrière moi un passé, un présent mais pas un futur. Je quittais une ville d'accueil que je regrettais d'avoir choisie, que j'aurais dû faire attendre plus longtemps avant de m'y installer. Je partais rejoindre mon ancienne vie, que je voyais défiler au même rythme que les paysages défilaient à la fenêtre de ce train de malheur.
Ce fût le dernier voyage d'enfant, mon dernier voyage d'adolescente, mon dernier voyage vers ce qui comptait le plus au monde pour moi...
Un billet aller simple, une destination éternelle que je ne peux plus quitter, que j'essaye d'oublier.
Je suis arrivée décoiffée, nageant dans mes bagages, le regard éteint, cherchant effrayée un visage familier, un visage qui me dirait :" de toute façon, tu ne pouvais pas arriver à l'heure"
Je le trouvais.
Il me pris par les mains de force pour me tirer vers le tableau que je refusais de voir, vers ce que je n'ai jamais réussi à peindre, de toutes mes erreurs et mes fautes;
une nature morte dans le coeur de ma vie....


Le spectacle était sombre, entouré de fleurs comme si on nageait en plein bonheurs. Mais on ne nageait pas on se noyait loin à son antipode.
Il est là, au milieu d'une chambre froide, en avance si mon retard était innocent ou alors l'heure ne tournait plus rond dans nos vies. Encore une question sans réponse.
Il était tout simplement temps de rentrer au nuage, de reprendre le ciel là où il l'avait laissé: un rêve d'enfant inachevé.
J'étais toujours aussi raide qu'une planche de bois, comme lui.
Même ses cheveux avaient l'air gelés, droits dressés sur sa tête...Détail qui me mettait à terre, pour la première fois de ma vie, j'étais à ses pieds.
Alors, je me suis enfin levée, j'ai regardé son visage de roi qui avait l'air de dormir, je me suis approchée de son front et du bout des lèvres, je lui ai donné un dernier baiser, un baiser bleu de froid mortel qui restait suspendu entre nous, attendant que la première larme brûlante ne réchauffe un peu sa joue.

Depuis ce jour maudit, les cendres de ta voie tourbillonnent autour de moi pour tenter de me rappeler que la vie, c'est comme une seule journée, il ne faut jamais rater son aube ...
Moi, j'ai mal commencé, désolée.
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MessageSujet: Les Vieux Codes   Novocaïne EmptyDim 10 Juin 2007 - 0:07

C'était l'incontournable conseil qui tuait heure après heure.
Une idée universelle qui n'avait que peu de sens.
...."Fais moi confiance", "Sois confiant", "je te fais confiance".....

C'est un enfant qui reste figé sur des paroles galvaudées, prononcées par des "grandes personnes" qui n'étaient pas si grandes que ça.
Cet enfant a surtout découvert l'envers des beaux décors et de l'abandon les yeux fermés aux coeurs ouverts, il s'est cogné froidement l'instant d'après contre la butte qui n'avait pas encore de nom, qui avait juste une odeur de brûlé collant à l'âme sans qu'elle y soit invitée.

Le lien de confiance aveugle de l'enfant à l'adulte est le plus beau puisqu'il ne demande aucune condition; une relation facile posée dans un panier à linge que l'on ressort régulièrement lorsqu'il est l'heure de laver les taches.

Les traductions sont faites plus tard quand l'enfant est délavé mais propre. En attendant, il faut faire semblant de comprendre, sourire aux codes de bienséances, marcher droit aligné comme dans un rang de l'armée: on est petits, on ignore tout de la vie et plus elle file dans l'immense pièce théâtrale moins on comprend.

Sur un tableau noir de l'inconscient se cale, s'entasse un vocabulaire insensé qui sent la poussière. Ca fait longtemps qu'on a plus retourné toute cette bibliothèque qui lorsqu'un livre tombe d'une de ses étagères fragiles, une douleur lancinante s'empare de la tête et résonne jusqu'au coeur comme un tam-tam de l'enfer.
Avec nos code-barres aux fronts, avec nos sourires de complaisances faciles, nos larmes bien cachées, on se croise et on se sert nos "tout ce qu'il faut être" de descendance en descendance: Les masques se parlent....

Le mensonge devient vérité, la vérité le mensonge et lorsque l'enfant pleure parce qu'on lui dit qu'il ment, il s'effondre surtout car sa vérité est encore libre des codes insensés....

Puis on nous sert la loyauté sous des airs de grand bonhomme qui semble toujours trop haut à atteindre, alors certains ne tentent même pas de s'en approcher.
Ensuite les codes se réunissent pour devenir des règles de vies qui nous mutilent à chaque déceptions, nous fragilisent l'intérieur mais bétonnent la façade.
A chaque tentative d'être ce qu'ils attendent de nous puis de devenir ce qu'on rêve de nous, on s'empale, seuls sans personne pour nous rassurer.
Car la seule chose que l'on nous a vraiment appris, c'est la méfiance et l'injustice. Ces mots-là, on les comprendra toujours.


Il faudrait réinventer les mots, réinventer nos âmes pour réparer nos coeurs....
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MessageSujet: Du rêve à la réalité   Novocaïne EmptyLun 11 Juin 2007 - 22:36

Dire que l'on cherche tous à grandir en ne grandissant pas....

Quelle ineptie de croire que la possibilité de sa réalisation ne se fait pas sans heurt ou sans blessure! Je veux rester petit, insouciant: aveugle! Mais je veux connaître, comprendre, appréhender.
Un talent évident est appelé de toute urgence pour celui qui souhaite exploiter sa volonté d'être grand sans grandir ou plutôt de rester petit tout en s'élevant!

Le phénomène "Peter Pan"! Certains s'y sont frotté et ont perdu leurs ailes, leur bon sens. D'autres l'ont observé de loin, l'enviant sans jamais se l'avouer vraiment, critiquant hautement sa niaiserie, sa ridicule inexistence!

Les derniers, survivants, l'ont abordé avec agilité, recul et discernement; la quintessence de l'être comme seule clef, la rigueur de la réflexion posée comme seul garde-fou.
Pas de pirate ou autre capitaine crochet, pas de montres volées, pas d'elfe ni de fée, juste la conviction de pouvoir se les représenter dans la réalité.

Rêve inavouable et pourtant tant convoité. Apprécier l'instant présent détaché du reste du monde, se sentir en sécurité, rester émerveillé, croire en l'impossible tant qu'il n'est pas vécu. Vivre plus qu'hier, courir au savoir lavé de ce que l'on sait déjà, redevenir éponge à l'environnement sans jamais se perdre!
Puis se regarder sans jugement, sans attente, seulement se voir tel que l'on est.

Mais le monde est sauvage; jungle féroce aux ennemis bien plus vicieux qu'un capitaine frustré par manque de pouvoir et d'avoirs, bien plus dangereux qu'un pays imaginaire pris d'assaut!
Se fourvoyer, se déguiser, se renier pour ne pas être anéanti, conserver l'apparence dure et froide parfois jusqu'à ce qu'elle pénètre l'âme : oui! C'est bien là notre triste réalité!

Mais il existe encore des grand enfants, torturés mais bien vivants, qui demain seront les HACKERS de la virtuelle réalité!
Ces hackers de l'illusion nauséabonde revêtent les costumes "parfaits" des représentants de l'actualité économique et sociale.
Demain, ils casseront les rouages des manipulations, briseront les ordres de conformismes totalitaires en utilisant les mêmes armes que leurs ennemis: l'apparence trompeuse et les intentions camouflées.
Insidieusement et vicieusement, ils s'intégreront dans la matrice pour approcher les virus et les réduire à néant.
Ils prendront le contrôle pour faire du rêve des petits une réalité de grands!
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MessageSujet: Surfaces lisses   Novocaïne EmptyLun 11 Juin 2007 - 22:46

"Qu'est ce que tu fais dans la vie?"

Ah....cette question. A part chercher ce que je voudrais en faire; rien. Je remplis mon compte pour payer mes factures, pour quelques plaisirs éthyliques parfois et des cadeaux pour ceux que je ne vois plus.

Cette question , stupide mais incontournable. Si on ne la pose pas ou si on n'en connaît pas la réponse, on ne connaît pas celui qu'on a en face de soi. Non?
Vous concevez vous, de côtoyer quelqu'un depuis des années et de ne même pas savoir ce qu'il fait de sa vie?
Et pourtant, mais on s'en branle royalement!
Boucher, électricien, patron, secrétaire, médecin mais on s'en tape.
Bon, c'est vrai qu'un ami patron pourra peut être m'offrir de meilleurs restos que la secrétaire...et encore, ce n'est pas toujours en relation.

Je réfléchis tout haut, excusez moi. Je me demande à quoi ça rime tout ça. Grande pièce de théâtre où chaque acteur connaît par coeur le rôle qu'il doit jouer et ce que l'autre doit répliquer; passionnant! ...Soporifique plutôt.
" -Monsieur le directeur, vous comprenez, j'en suis sûr que les parts de marchés récupérées aujourd'hui nous sont en partie redevables. Je vais vous épargner les violons et les pleurnicheries pour justifier ma requête. Le calcul est vite fait; vous avez car nous créons le chiffre. Merci d'avance.
- Une augmentation?! Encore?! Mais vous me ruinez, vous me coûtez plus que ce que vous me rapportez, quand même! Vous ne pouvez pas dire que je ne prends pas soin de vous...."
et avec ses amis
"-Comment ça va depuis le temps? Raconte moi tout je veux tout savoir."
Sourires figés de sa part, de la mienne. Notre vie est fade, on le sait mais on fait croire qu'elle est géniale.
-"Très bien, au boulot on a remporté l'appel d'offre dont je t'avais parlé et Sophie et moi, on va s'installer le mois prochain. Et toi?"
Il est heureux pour moi, mais lui, ça va pas, il se contentera de dire" Bah, tu sais, toujours la même chose. Le boulot, les gosses et ma bourgeoise toujours autant casse-couilles. Tout va bien quoi ! "

Mais ce n'est pas le pire, ça me permet quand même d'oublier que je suis mort depuis longtemps.
Un coup d'albâtrier un jour de mai. J'étais un oiseau blessé, ce fût assez aisé pour lui de m'achever.
J'observe mon cadavre, c'est assez terrifiant de constater comment il continue de se mouvoir dans ce système préfabriqué.
Avec les clients: rôle du mec qui assure joyeusement
Avec ma femme: rôle du mec qui est heureux
Avec mes amis: rôle du clown
Avec moi même : pas de rôle; du désespoir, de l'affreuse tristesse que personne ne veut et ne peut pas voir.

Mon rôle face à mon miroir, le voilà, qu'il est beau alors que personne ne le voit! Ce n'est pas de la prétention, c'est de l'admiration pour cette sincérité qui se fait encore sentir. Aujourd'hui je la vois, la touche, la subi aussi...

Il fait brumeux, comme moi, j'ai le teint brouillé. Samedi, pas vraiment d'obligations juste celle de flâner et de se demander où a foutu le camp le temps de ces cinq derniers jours...
Le vieux pull de mon père sur le dos, toujours trop grand qui me donne cette impression de ne pas avoir grandi.
J'ai mal, ma famille me manque, mes racines me manquent.
Le vrai amour me manque...celui que j'ai perdu et que je perdrai encore.

La seule chose qui ne soit pas surfaite en fait, ce serait sans doute cette douleur qui fait rouler les larmes au son d' "Anthony and the Jonshon"
Et ce qui me différencie d'un cadavre serait cette prise de conscience; je ne suis qu'une apparence; rien d'autre.

La douleur est humaine, la cacher aussi...je ne l'ignorai plus...
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MessageSujet: Le ciel est rouge, le soleil noir   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 0:22

La pièce est immense et je suis minuscule, non, je ne suis pas minuscule, je suis transparente.
L'air est lourd, les murs sombres, les gens qui m'entourent me connaissent mais je ne les reconnais pas.
Sous le ciel noir et rouge, je vois défiler des leurres qui disparaissent aussitôt. Je ne suis plus rien, plus que la pensée libre de matières et d'illusions. Il n'y aurait donc rien de plus, rien d'extraordinaire ailleurs alors?
Je pourrais avoir le sang qui se glace à cette vision mais je ne sens plus rien, je suis une spectatrice nonchalante de mon drame.

Un homme à la barbe noire gesticule devant moi, essaye de ma parler, mais je ne comprends pas ce qu'il me dit. Il ressemble à mon père mais mon père est mort. Suis-je étrangère à mes propres sentiments? Mes souvenirs ne sont-ils qu'une vieille bobine rayée d'un film?
Il m'attire vers cet endroit encore plus lugubre que le reste. Des hauts piliers en pierres bleus, un plancher de chêne brut, usé, terne, mal entretenu et un groupe de personnes anxieuses, en colères et tristes à la fois. Ma mère et ma soeur se tiennent là, observent comme un objet rare cette boite noire qui ressemble étrangement à un cercueil...Je m'approche comme un chat discret vers l'objet de toutes leurs attentions. Je me trouve entre elles et elles se parlent à travers moi, inquiètes pour cette flaque à leurs pieds. Je ne pose pas de question, je connais déjà la réponse, j'observe et m'approche de ce cercueil...Posée là comme une figurine, une statue, une fille qui me ressemble trait pour trait...C'est bien moi, pas d'erreur de casting...Cette flaque est décidément très inquiétante et le long de mes cheveux coule une eau noire et dense, autour de l'écrin blanc de soie, une auréole sombre s'étend autour de ma tête et traverse le bois....

Ce n'est rien que moi, rien que ma mort, mon cercueil, mon enterrement pourtant quelque chose y manque terriblement. Les couleurs par exemple, la chaleur, les larmes, les tensions, le son et pourtant tout s'agite, tout se bouscule autour de ce cadavre qui n'est autre que le mien.
Je n'ai pas demandé ce qui m'était arrivé pour avoir ce visage blême et ce sang qui sort de moi comme pour s'échapper. Tout ce que je vois n'a pas de sens. Je ne veux qu'une chose, retourner dans la chambre de ma fille et m'enlever de là.

Je me souviens que je m'étais endormie lasse de la terre, lasse du monde , lasse de ma vie et je me réveille morte toujours las de l'univers.
L'enfer est ici, au sein de ces pensées et ma seule lumière restera une petite fille aux yeux d'amour bleu.

Quand je me réveillerai, j'apprendrai comment on fait pour voir au-dessus des nuages, au-dessus des étoiles et si je n'y vois rien, je m'inventerai des couleurs et des rêves, je les peindrai dans mes yeux chaque jour pour qu’ils existent dans ma mort...


Dernière édition par le Lun 18 Juin 2007 - 23:00, édité 1 fois
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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 7:47

Tu as une plume unique. La précision de tes mots est telle que je crois voir tout ce que tu décris comme si j'y avais assisté.

chinois
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francoisdalayrac

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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 12:21

Anna Galore a écrit:
Tu as une plume unique. La précision de tes mots est telle que je crois voir tout ce que tu décris comme si j'y avais assisté.

chinois

Je ne dirai pas mieux!

François
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Novocaïne

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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 18:30

Merci beaucoup tout les deux... Embarassed


bisou
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MessageSujet: Le temps d'être un fils   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 18:36

LE TEMPS D'ETRE UN FILS




Si l’enfance se teinte parfois de couleurs nettes et flamboyantes, la mienne me paraît floue, sans saveur et grise.
J’étais de ces gamins prisonniers de leurs rêves, de ces garçons qui se replient sur eux par besoin, par douleur peut-être. J’observais le monde des adultes comme un monde menaçant, rarement satisfaits de leurs vies ou de leurs progénitures. Et j’attendais le moment opportun, où mon père me consacrerait un peu de son temps qui paraissait si précieux.
Je pense à lui, à ses désirs et ses rêves. Ses rêves d’être et ses ambitions à mon égard.
Il me voyait être comme lui, il me traçait une destinée formidable, couronnée de succès et de reconnaissance. Il n’en fût rien.

A l’adolescence, lorsque je réalisais qu’il ne pouvait pas me consacrer l’écoute et l’attention dont j’avais besoin plus que tout autre, je me mis en opposition à lui. L’affrontant de face, lui reprochant son manque de confiance et sa rigidité. Ma mère me détruisait, femme castratrice et toute puissante. Et lui, loin de nous, observait ma chute sans me retenir.

Face à lui, je m’infantilisais, je grossissais ce trait de mon caractère pour bien lui faire comprendre que l’adulte en moi ne se réveillerait jamais s’il ne se décidait pas à m’accorder un peu plus de confiance et d’égards.
A mon insu, il était mon idéal d’homme, un homme intelligent mais sobre et sans prétention. Il avait les réponses à tout, était curieux de tout et réussissait professionnellement autant qu’il échouait dans le privé.
Je prenais la voie de la marginalisation tout en convoitant secrètement être un jour aussi fort que mon père.
Je me noyais dans l’alcool, la drogue, y trouvant refuge et assurance. Exploitais mes maigres talents de musiciens dans des caves mal famées ; excuse toute trouvée pour justifier mes penchants pour toutes les substances illicites. Mes amis étaient comme moi : fous d’auto-destruction et animaux blessés de familles éclatées. La seule différence était que mes blessures étaient invisibles.
L’écoute de cet entourage était inexistant car ils pensaient, comme beaucoup, que je m’inventais des douleurs pour me sentir exister.

Je pris conscience de la fragilité de la vie à cause du suicide d'un ami. Il avait perdu de vue la réalité suite à un exès de consommation de LSD et cet état l'avait poussé à ce geste terrible. De plus,j'avais mis mes propres jours en danger ce qui me décidait à raccrocher. Mais cette lucidité soudaine se paya au prix fort de désillusions.
Le milieu ne m’attendait plus non plus et je désespérais encore d’être secouru, entendu par une personne. Cette personne était encore une fois, ce père absent, qui même ayant un fils au bord de la mort, ne se soucia pas plus qu’auparavant de son avenir. J’avais alors 19 ans.

Quelques années plus tard, une opportunité alors s’offrit à moi ; celle de devenir le reflet de mon père en peu de temps.
Cette occasion n’était cependant pas toute rose ; je devais partir à plus mille km de chez moi, quitter le pays, les amis et les habitudes qui nous rassurent bien trop à notre défaveur.
Quitter ma famille ne me posait par contre aucun problème, c’était même le moteur principal de mon choix. Ne plus être sous le joug et les jugements de mes parents, ne plus sentir ce regard dédaigneux sur ma pitoyable existence. Une chance d’être moi sans le regard de l’autre, le regard inquisiteur ou pire, de la pitié…

Lorsque je pris la décision de m’en aller, il parut soudainement affecté de ce départ, puis disparut en ajoutant « On ne se verra plus donc ».
Une pointe de tristesse m’agrippa le cœur et ce côté rude en moi que lui même m’apprit à développer, feinta d’ignorer cette remarque.

Je commençais à découvrir le métier de commercial, mon père était lui, Ingénieur d’Affaires en Commerce International, j’en étais bien sûr loin, très loin.
Et étrangement, je prenais conscience des points communs qui nous liaient alors que la distance aurait dû nous éloigner encore plus.

A plusieurs reprises, avant mon départ, j’avais tenté de lui prouver que j’étais moi aussi capable ! En vain, il ne voyait rien, je n’étais qu’un petit bonhomme face à lui. Doublé d’un mec original, fou, d’un caractère impossible, instable, drôle s'il était d'humeur à rires.
Nous avions une chose qui nous tenait liés : notre besoin de comprendre et d’analyser l’univers.
Mais je me demande encore aujourd’hui, s’il s’agit d’un héritage qu’il m’avait laissé ou si je suis réellement investi de questions d’ordre philosophique comme lui pouvait l’être. Quoiqu’il en soit, je le suis devenu par la force des choses.

Depuis que nous étions éloignés, je me faisais un point d’honneur à ne plus lui demander d’aide en quoique ce soit. De un, sa réponse aurait été comme à son habitude ; négative et de deux ; je tenais surtout à garder ma fierté, lui prouver que désormais, je n’avais plus besoin de lui.

Je gardais surtout en mémoire comme un stigmate indélébile, la dernière requête que je lui avais soumise.
J'avais souligné en insistant qu’il s’agissait d’un projet d’avenir, que j’avais fait 90% du travail et qu’il ne me manquait plus qu’une aide financière pour réaliser ce projet prometteur.
Il avait pris soin de me faire miroiter un espoir, une faveur.
Avant sa réponse définitive, il devrait étudier le projet puis tomber d’accord sur le principe. En parallèle à cela, je lui avais expliqué que je rencontrerais des financiers qui grâce à sa réponse, seraient eux aussi favorables à un investissement! Il confirmait alors sa position en ma faveur.
Je m’engageais donc aveuglément, n’imaginant pas une seconde, qu’un père puisse trahir à ce point son fils.
Le jour de la réunion décisionnel avec les investisseurs ; mon père téléphona à l’un d’entre eux, leur expliquant que le contrat n’était pas conforme à ses attentes et que dans ces conditions, il ne pouvait y répondre favorablement !
Je suis arrivé dans cette salle comme un pauvre ignorant et là, ce fût un coup de massue à vous détruire toute confiance en la vie. Au bout de six mois de sacrifices, dont votre en père en connaissait toutes les étapes, je me suis retrouvé au point de départ ; pertes et préjudices en plus. Perdu face à cette nouvelle qui venait de la bouche d’un inconnu, je sortis pour l’appeler.
Il ne décrocha pas son téléphone, allant même jusqu’à dire à sa secrétaire de signaler qu’il était sorti. Deux heures plus tard, alors que je me retrouvais à la rue à l’étranger, seul face à une humiliation sans nom, il se décida à m’appeler pour justifier son geste ignoble.
Il était persuadé d’avoir raison, ne se gênait pas d’avoir manipuler pendant deux mois son fils en sachant que sa réponse serait négative. Je le suppliai en larmes, de revenir sur sa décision, que c’était la chance de ma vie, que je n’avais que lui et par conséquent ce projet dont j’étais si fier ne pouvait aboutir qu’avec un petit geste de sa part. Sa réponse fût définitive et sans appel ! Non.
Je lui ai alors hurlé toute ma rage et juste avant de raccrocher, prononçai ces mots horribles « Désormais, le mot papa me fera vomir ! Je te renie en tant que père ! Je n’ai plus de père ! »


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bertrand-mogendre
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 18:37

novocaïne pleine d'espoir
Citation :
Quand je me réveillerai, j'apprendrai comment on fait pour voir au-dessus des nuages, au-dessus des étoiles et si je n'y vois rien, je m'inventerai des couleurs et des rêves, je les peindrai dans mes yeux chaque jour pour qu’ils existent dans ma mort...
ici et là sont de bons endroits pour s'envoler plus haut. N'hésitez pas à te jeter dans le vide, j'ai les bras qu'il faut pour t'apprendre à garder le cap.
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 18:37

Ce fût, une fois de plus, un étranger à la famille qui me vint en aide. Je pus alors mettre mon projet à exécution. Et un an plus tard, rembourser ma dette comme il en avait été convenu.

Ce projet n’eut pas les réponses espérées, je dû donc, abandonner cette entreprise et redémarrer à zéro un autre projet. Bien au-delà d’une déception liée à un projet qui pour une fois avait tout de même abouti, c’était un échec de plus à afficher sur mon parcours. Et cette image de looser me collait à la peau, je la voyais clignoter dans mon miroir avec le regard déçu de mon père comme un fantôme qui planait au-dessus de moi.

Je n’avais plus aucun contact avec lui. Je n’entretenais envers lui que rancoeur et répondais à qui me demandait si je voyais encore mes parents ; « ils sont morts » sans aucun sentiment, froid comme la glace.

Je travaillais à nouveau pour une entreprise, sous payé, et frustré de ne pas obtenir un salaire à hauteur de mes compétences. La hantise du temps qui passe liée à une pseudo réussite me congelait dans un état de perpétuel anxiété sous-jacente. Et je retournais insidieusement à mes premières amours : l’alcool.

Au bout de deux ans de silences fermes entre mon père et moi, j’eus la surprise de recevoir un e-mail de lui. Il me racontait qu’il avait subit une lourde opération suite à une tumeur cancéreuse. La haine qui m’habitait à son encontre se transforma soudainement en tristesse et je décidai d’attendre au moins une semaine pour le rappeler afin de lui faire prendre conscience de la dureté que cela peut-être, d’être abandonné par celui de qui on attend le plus lorsque le moment est crucial.
Il ne supporta pas l’attente et m’appelait au bout de deux jours. Je lui expliquai donc le pourquoi de ce retard. Ce fut un long silence. Puis nous continuâmes notre conversation comme si nous n’avions jamais été en froid.

Pendant quelques temps, je prenais régulièrement de ses nouvelles et lui, en fit tout autant pour moi. La tension était toujours bien présente, il sentait mon peu d’estime de moi et je sentais son inquiétude de me voir un jour arriver là où il était.
Par malchance, je quittai mon poste espérant obtenir un meilleur salaire pour un patron adepte du harcèlement moral et malhonnête au plus haut point.
La maladie de mon père ne le quittait plus, et les instants de répit entre chaque récidive se faisaient de plus en plus courts. Comme mes instants de sérénité se synchronisaient aux siens. Ma maladie était cette angoisse phagocytaire de ne pas prouver à mon père qu’il peut être fier de moi avant qu’il ne soit trop tard. Une angoisse d’obtenir une miette de cet amour avant la fin. Une course contre le temps, vicieuse, inutile, désespérante me hantait.
Je buvais de plus en plus, m’enfermais sur moi, ne sortais que pour des soirées futiles bien trop arrosées et où je trouvais la drogue nécessaire pour soigner mes douleurs. Je paraissais sans doute heureux, les faux amis jonchaient ma terrasse aux petits matins de ces soirées rock’n roll . Mais pas un d’entre eux n’eut jamais la délicatesse de me soutenir un peu lorsqu’une nuit, sous effet de la drogue, je leur expliquai que mon père allait mourir. Ils disparurent en même temps que mon masque…
J’avais heureusement une amie qui, sans mot, s’asseyait en face de moi et me regardait plonger dans mon monde sombre. Juste pour me dire qu’elle était là.

Un jour que ce patron de malheur m’avait dit en riant aux éclats qu’il ne me payerait pas mes commissions, mon père me téléphona. J’étais hors de moi, je lui expliquai la situation sans rentrer dans les détails et lui fit part de mon désir de quitter cette boîte de merde le plus vite possible. Il n’était évidemment pas très heureux d’entendre ça, cela réveillait de plus belle ses inquiétudes à mon encontre. Nous avions terminé cette conversation sur sa santé et comme d’habitude, je lui répétais de s’accrocher, qu’il était plus fort et qu’il allait s’en sortir.

Durant quelques semaines, je n’eus plus de ses nouvelles. Je ne comprenais pas vraiment le pourquoi, même si je le devinais à moitié.
C’est alors qu’il me confia « Je préfère ne plus t’entendre, ce n’est pas vraiment contre toi, tu comprends, c’est qu’à chaque fois que je t’ai au téléphone, je suis stressé. Et dans ces moments plus que difficiles, j’ai bien besoin de toutes mes forces…..Allo ?....Tu m’entends…. ? » Mon cœur venait de se suicider, je n‘écoutais déjà plus, j’étais parti, loin, ailleurs…. « Bien sûr que je comprends papa, à bientôt, bonne après-midi .».

J’ai fixé l’horizon de la mer toute l’après-midi, j’ai fixé le même point, sans poser mon regard sur les mouettes, ni sur les bateaux ou les enfants qui passaient devant moi. J’étais éteint, mort.

J’ai alors pris un papier et un stylo, et j’ai couché toute la vérité sur notre relation, tout le mal qu’il m’avait fait, toutes les blessures qu’il m’avait laissées, tous ces abandons pour finir la lettre par « Je sais que tu comprendras, car qui mieux que toi peut savoir ce que c’est que de ne pas avoir de père ». (Son père était décédé qu’il n’avait qu’un an.).
J’hésitai à l’envoyer. Sa maladie, ma culpabilité ; je ne voulais en aucun cas en rajouter encore mais les faits étaient là et qu’il le veuille ou non, je souffrais, je l’aimais et je ne voulais pas le perdre sans avoir au moins tenté une dernière fois qu’il me revienne. Ce serait ma dernière tentative, du moins je l’espérais profondément car le temps lui ne s’arrêtait pas.
La semaine qui suivi mon courrier, mon père m’appela. J’étais heureux et mal à l’aise aussi. Nous allions soulever nos blessures inévitablement et je m’efforçais, contrairement à mes habitudes, à ne pas prendre le crachoir avant de l’avoir écouté jusqu’au bout.
Il avait du mal à parler, stipulant qu’il avait bien reçu ma lettre. Ce fut très violent pour lui, comme un électrochoc pour reprendre ses termes. Au lieu de me reprocher cette phrase terrible qui disait qu’il n’était pas un père, il me posa cette question : « Tu trouves vraiment que je n’ai pas été un père ? ». Sa voix tremblait et je n’avais qu’une seule envie à ce moment précis, faire ce que jamais je n’avais réussi à faire, me jeter dans ses bras et le serrer fort jusqu’à tout oublier. Cette distance qui m’avait si longtemps parue bénéfique, devenait au son de sa voix un mur d’injustices immenses !
Je le rassurai mais maintins mon point de vue. Je lui disais que rien n’était récupérable pour le passé et que je n’étais plus le fauteur de troubles d’avant, que j’avais grandi et que je désirais avant tout retrouver mon père en faisant fi de tous les reproches.

En raccrochant, nous nous promirent de nous appeler plus souvent et je lui disais pour la première fois ce que je ressentais pour lui. Lui ne pouvait pas me répondre comme si l’amour d’un père envers son fils était une chose inexprimable. Mais je ne lui en tenais pas rigueur, j’avais l’espoir, la vie en moi à nouveau.

Malheureusement, la puissance destructrice qui gisait en moi ne s’était pas éteinte pour la cause. Je me réveillais en sueur encore, voyant la fin de mon père et moi, minable sans aucune fierté à lui apporter. Je n’avais sans doute pas compris assez vite l’importance que nos relations avaient prises et de la différence des regards que désormais il me portait.

Je n’arrivais pas à suivre de près sa maladie, j’étais loin et mon impuissance face à elle me figeait.
Lorsque je l’avais au téléphone, je prenais toujours une voix décontractée, souriante et dynamique . Il me disait toujours qu’un seul appel de moi lui donnait la pêche, que mon énergie le portait. Mais je jouais la comédie, je dépérissais chaque jour un peu plus, face aux soins qui n’en finissaient plus, face à cette distance qui handicapait mon désir de l’aider et qui était à ce moment là, irréversible pour les engagements que j’avais pris.
Je me sentais encore plus con, plus petit, plus ignoble. Cette maladie qui creusait tous les jours sa mâchoire, creusait aussi sur l’espoir et la joie.
Je n’étais plus qu’une ombre, m’interdisais les moments de gaieté, m’interdisais de savourer la vie puisqu’elle avait disparu de mon horizon. Et ce fantôme de réussite qui me hantait toutes les heures, qui me comprimait dans un rôle étriqué qui ne menait nulle part.

A chacun de mes retours auprès de lui, je savourais chaque instant, faisais la paix avec lui et avec moi. Je récupérais mon énergie et la lui offrais. Mais quand je rentrais, je me déchirais sur mon quotidien à me dire à quel point il était ingrat d’être ici quand lui, se battait de l’autre côté.

Il souffrait terriblement, et je savais que plus on avançait dans le temps, moins il pouvait supporter cet état de diminution et cette souffrance sans nom. Il avait alors le choix de subir une autre opération lourde pour recouvrer un peu de moments sociaux ordinaires, chose qu’il ne pouvait plus se permettre tant il était assujetti aux soins.
Mais cette opération n’était pas sans risque, elle risquait de réactiver les cellules cancéreuses avec tous les dangers que cela impliquait pour sa vie.
Il m’expliquait dans un long courriel, ainsi qu’à ma sœur et une amie, ce terrible choix qu’il lui était proposé ce jour-là.

Et sans réfléchir vraiment à ce que moi je ressentais, je lui ai dit :
« Si ta vie devait s’arrêter demain ? Quel choix ferais-tu ? » Je lui exposais mon point de vue, en n’occultant pas les risques, mais en n’occultant pas non plus les chances de le soulager si ça marchait. Je terminais mon mail en lui affirmant, que quel que soit son choix, j’étais de tout cœur avec lui.



Il choisit l'opération. Avant son admission, je lui avais promis de l'appeler la veille de l'opération pour le soutenir. Ma soeur m'avait embrouillé les dates, insistant lourdement sur le fait que c'était le lendemain du jour où je devais lui téléphoner qu'il rentrait à l'hôpital.
Elle faisait erreur.....Et quelle grave erreur!

Mon père ne s'est plus réveillé, il a sans doute dû se dire que je l'abandonnais, que ce tournant majeur n'était pas important pour moi, qu'il pouvait partir ;je ne le regretterais pas.
Ne pas lui avoir dit une dernière fois"papa" et ne pas lui avoir montré que je pensais à lui jour et nuit ce soir-là est le pire des manquements d'un fils!

J’appris, après son décès, que je fus le seul à lui donner un avis. Je fus le seul aussi à être arrivé après son dernier souffle.

J’ai perdu 10 kilos en un mois, j’ai pleuré comme je n’avais jamais pleuré.
J’ai été là pour sa mort comme je n’avais jamais été là dans sa vie.

Avec une partie de l’héritage, j’ai repris des cours pour enfin, être digne de mon père.

Le temps est un ennemi qu’il faut savoir dompter et respecter. Mon ami, le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de l’amour qui s’en va et qui ne reviendra pas…


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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 17 Juin 2007 - 19:31

lol ok Berber Wink Je note que tu as le bras long.

Merci à toi.
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyLun 18 Juin 2007 - 0:12

Très sombre, très oppressant, très douloureux... non, pas douloureux, mais comment dire... entraînant dans une sorte d'état second, un cauchemar, enfin tu vois, je le ressens comme ça, quand tous les bruits sont estompés qu'ils n'existent plus, et que le regard est mangé par quelque vision précise, des détails qui mangent tout.....

Tu es très douée, Novo. J'ai eu l'impression d'entrer dans une série cauchemardesque vécue durant des mois toutes les nuits, il y a très longtemps. Des détails à faire vomir, par leur précision.
C'est un compliment, car rendre cela en écriture n'est pas simple. Tu y parviens haut la main.

Juste ceci : je vois défiler
et : Je me souviens que je m'étais endormie lasse de la terre, lasse du monde , lasse de ma vie et je me réveille morte toujours las de l'univers.
(car le personnage est une femme)

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyLun 18 Juin 2007 - 9:43

Bon moi tu sais déjà que ce texte de toi est un de mes favoris (si ce n'est LE favori) mais en le relisant aujourd'hui je me souviens de la première sensation que j'ai eue la première fois... En fait j'ai ressenti une sorte de vertige noir et délirant, comme quand j'ai lue certaines nouvelles d'Edgar Poe. Je ne fais pas de comparatif sur le style evidemment mais sur l'ambiance... Est-on dans la réalité ou dans un mauvais rêve ? Sous l'effet d'une drogue ou d'une souffrance morale intense et affreusement envahissante (pour le lecteur) ?
Evidemment, j'ai certaines clés que les autres lecteurs n'ont pas mais la sensation première reste inchangée pour moi car je pense que finalement, certaines portes n'ont pas de clefs et reste condamnées au regard des autres. Ces endroits où tu vas seule et d'où tu reviens, chargée de mots/maux... Moi, je ne peux que les lire. Et c'est une expérience intense parfois, surtout quand tu te départis du doute. C'est pas facile, je sais...
Enfin bref. Merci.

Gothiquement,
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyLun 18 Juin 2007 - 23:10

Merci de tout coeur les filles!

Romane, j'ai rectifié les erreurs. ( tu vas rire, le mot "las" m'a toujours posé un problème parce que petite, dans une bd j'avais lu qu'Obélix demandait ce que voulait dire " être la la la" en écoutant Jules s'exclamer " Je suis las, las, las!" mdr ( la honte) Et ton com est un véritable cadeau surtout à un moment où je doutais énormément.

Ma LollyBloody, ton com, ....-soupir-....difficile d'en parler. Juste que tes mots, signifient beaucoup pour moi...

Enormes bisous à vous tous !
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 24 Juin 2007 - 15:54

Court, simple, riche en métaphores bien placées... Très bien. ^^
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 24 Juin 2007 - 15:55

Emouvant, à la consonnance de regrets avalés, mais pas tout à fait digérés.

J'ai aimé.
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 24 Juin 2007 - 15:58

Pas de réels commentaires possible, sinon une impression de lassitude des moeurs. La réalité est ce qu'elle est. A défaut de s'en contenter, les textes comme celui-ci rappelle qu'elle est souvent moche ; ou pas toujours belle... On choisit sa version.

Smile
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 24 Juin 2007 - 16:02

Tourments de la solitude, aussi bizarre que je puisse paraître, je trouve que la gravité de tes mots révèlent aussi bien un mal-être que la personne magnifique et survoltée que tu dois être.

On ne peut pas se poser ces interrogations sur sa condition ou celle des autres, y trouver ces solutions et être faux... Avec soi-même.

Bises, et reste penchée sur les feuilles de papier ou sur ton clavier, c'est beau!

JUmo. ^^
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 29 Juil 2007 - 13:15

Merci Jumo pour ton intérêt! Ca me fait vraiment plaisir! Rêve

Je sais donc pour qui j'écris ici ;-)

bisou
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MessageSujet: Injustice Mon Amour   Novocaïne EmptyDim 29 Juil 2007 - 13:17

L'horizon paraît tendre mais quelque chose de puissant y règne. Quelque chose de lourd et d'indéfinissable. Comme un étau invisible qui serre tout mes membres et qui me contracte en permanence, à mon insu. Un être, un état, une chose ou un monstre...

Je ne peux pas voir cet objet, ce fluide. Je ne peux qu'observer comment il agit sur moi, quelles sont ses influences pour le connaître et le définir.
Enlever les mors, briser les chaînes invisibles, casser le moule, étendre tout et reprendre à zéro.

Se ramollir le caractère à force d'écouter les critiques des autres stipulant qu'il faut être plus souple. Puis se le renforcer à coup d'enclumes de la vie, pour résister aux chocs. Puis à nouveau tout rendre?

Etre à l'écoute, donner de son temps, comprendre, être empathique, généreux. Puis devenir égoïste, impétueux, méchant, calculateur...
D'où viennent ces élans?
De la justice et de son antipode. La justice en nous rend meilleur, l'injustice : sombre.
Ces rebellions contre ce qui est établit, qui se répandent dans l'âme comme des virus exterminateurs, qui haïssent tout ce qui est sur leur passage y compris vous-même, sont des armes jetées à l'injustice qui prend siège d'abord en vous même.
Qu'est ce qui est injuste? Est ce que l'on ne peut jamais choisir?
Nous avons déjà le choix de nous énerver ou d'accepter. Celui qui accepte connaît, celui qui se révolte, ignore.
Je suis aveugle avec parfois des jets de lumières qui me tombent sur les yeux et qui me font connaître l'autre côté. Mais ils sont si rares. Chez moi, il fait aveugle, sourd et méchant. Tout y est hostile; l'argent, le travail, la famille et même l'amour !
Je pourrais choisir que l'amour existe, qu'il serait véritablement dénué de toute forme d'intérêt aussi. Mais j'ai choisis la suspicion, le doute, le contrôle sur l'incontrôlable. Je le vois injuste ou alors je me dis qu'il le deviendra bien évidemment.

Cette injustice est née au même endroit que moi, je dirais même que c'est elle qui m'a élevée.
Elle m'a gangrené l'esprit, elle m'a soufflé son monde, son origine, sa force et ses armées.
Elle guette chaque issue de secours pour s'y loger en barrage à néants de solitudes. Elle aime la haine, la colère, la destruction. Elle ne propose aucune alternative, elle est ou elle meurt.
Sa mort la rendrait inutile comme toute chose et celui qui la porte en lui pense que c'est de sa vie dont il dépend. Il pense même qu'elle et lui ne font qu'un. Tel un amour fusionnel, pure, originel.

Elle remplit chaque espace vide , elle love les coups d'énergies inutiles, elle embrasse les discours d'arguments solides et inébranlables car tout ici est injustice. Elle a toujours raison du plus faible, toujours le dernier mot sur les plus forts. Pour celui qui l'héberge; elle est toute puissante.
La laisser partir reviendrait à dire que l'on enterre ses parents et ses amis le même jour sans personne pour se faire consoler.
Elle est aussi le prémisse de la tristesse. Elle est son ennemie pourtant.
Car la tristesse est un fleuve qui lave de tout les discours de haine qui empêchent de voir. Elle isole l'être de sa révolte pour en faire un ami des concessions et des regards clairs. Elle le rend docile, ouvert, libre. Mais elle le démuni de ce qu'il croyait être...

Lors de cet enterrement silencieux, vous sentirez la tristesse vous prendre le corps. Elle peut être violente aussi si on lui ferme la porte au nez. Si on la laisse bouillir en nous alors que la gorge se noie de larmes. C’est ainsi que renaît Injustice.
Certains y verraient peut-être une seconde chance mais ce serait surtout une nouvelle guerre. Une guerre parasitaire qui détruit toujours en premier lieu son hôte. Car elle est ingrate, elle est à son image et à celle de ceux qui ne veulent plus s’en séparer que dans la mort.

En déposant ses armes au pied de son berceau, versez y toujours quelques larmes de tristesse pour la nourrir d'une nouvelle vie.
Ainsi, un jour, vous vous réveillerez peut-être avec en vous une sensation fluide et légère d'être juste envers vous-même.
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 29 Juil 2007 - 13:22

Quelle amertume, Novocaïne...
Beau texte et si triste; déception ?

J'apprécie. Comme quoi les mots peuvent être une bonne thérapie.

Cordialement

JL
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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 29 Juil 2007 - 13:30

Je suis sûr que ce n'est pas que pour moi ^^ JL est là Wink

En tout cas je te suis de près Embarassed

Bises.
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Novocaïne   Novocaïne EmptyDim 29 Juil 2007 - 13:46

et on te lit... Gaga
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