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 Feuilleton : Chungungo

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Feuilleton : Chungungo   Dim 19 Oct 2008 - 17:08

Ceci est un feuilleton photo. Attention, malgré les images glanées sur le net et qui l'illustrent, cet écrit est une fiction. N'y recherchez donc aucune "erreur scientifique", cette oeuvre sort tout droit de mon imagination.

Chungungo *




Ici, capturer l’eau est l’affaire des hommes. Waynucha les admire. Cela fait maintenant trois lunes qu’ils sont partis, confiant les cultures, les guanacos, les vieillards et les enfants : tout ce qui fait le « pueblo »** , à la garde des femmes. Le chaman a fumé énormément de tabac et a enfin trouvé l’arbre. Armés de machettes, ils l’ont abattu, dépouillé de ses racines et de ses branches, puis l’ont porté à dos d’hommes des jours et des nuits durant jusqu’à ces derniers contreforts de la montagne. Ils ont leur prise. L’arbre est un gigantesque serpent. Il se nomme Katari. Il est sacré car, à la différence de tous les arbustes chétifs et rabougris du territoire, Katari est parfaitement droit et immensément long. Aussi lourd, très lourd. Pourtant, il escalade sans faiblir la montagne. Tournant lentement au-dessus des têtes, le soleil regarde le pueblo des hommes le porter. Ici, l’astre n’est pas pressé. Tout le jour durant, il broie les pierres et les hommes. L’eau ne lui manque pas.

Waynucha ne doit pas toucher l’arbre, pas même caresser les écailles de son écorce qui lui abîmeraient la douceur de ses doigts. Il ne doit pas remplacer ce frère qui trébuche sous l’écrasante charge. Il ne peut dépenser sa nouvelle vigueur d’homme à partager le dur labeur des siens. Son vif corps d’athlète est également sacré, tout comme l’arbre. Le jeune Likanantaí *** se doit de se préserver de toutes souillures, de toutes blessures, de toutes maladies. Il est la pureté de son peuple qui s’échine dans les lacets du sentier de montagne à porter tout là-haut cet arbre qui préservera leurs vies. Sur la colline où il s’est un temps éloigné, Waynucha lisse sa longue chevelure. Il possède des gestes forts et gracieux. Sa peau cuivrée se joue du soleil. Il détient le regard du rapace. Accroupi, il observe son père diriger sa tribu dans le soleil couchant. Un jour, lui aussi devra commander les hommes. Le sentier tourne désormais en un virage serré au-dessus du ravin. Une erreur de calcul, un faux mouvement et c’est un frère qui tombe dans le précipice, ou pire Katari lui-même. De là où il se trouve, le jeune prince étudie la science de son père, la dextérité et la force des Likanantaís. Il contemple la fourmilière des siens faisant cheminer cette immense brindille qui représentera pour tous, le salut.

(A suivre)

*Chungungo: : Lat. : 29°26'31.56"S Long. : 71°16'55.57"O. sur google earth
** Pueblo : indifféremment peuple ou village.
*** Likanantaí : désigne en langue Kunza un « habitant du territoire ».
Guanaco:



Dernière édition par Vic Taurugaux le Mer 5 Nov 2008 - 11:08, édité 1 fois
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Lun 20 Oct 2008 - 9:23

Waynucha est un songe, libre et majestueux comme le condor qui surplombe la montagne. On le sait à voir sa plume dans ses cheveux. Waynucha est un rêve secret qui appartient seul à Tipania, au cœur serré de Tipania, qui assiste pour l’heure à l’agonie de son petit frère. La jeune fille écoute la mélopée que chante Wasi , sa mère au bébé qui s’en va. Elle balbutie avec elle les paroles comme on boit le vent brûlant de l’immense désert d’Atacama. Le sein maternel s’est tari mais le bébé se nourrit encore un temps de ce chant d’amour qui s’égoutte en lui. Il ne faut pas pleurer. Juste le consoler pour conserver ses larmes. Puis, comme on prépare un berceau, Tipania, la grande sœur, sort seule dans le crépuscule, creuser le trou dans la poussière. Elle prend la houe qui sert aussi pour le maïs. Le feu de la soif lui brûle l’intérieur. Aussi se réjouit-elle du peu de fraîcheur que le vent qui précède la nuit, apporte. Elle ouvre la bouche et s’en désaltère. Ce souffle bienveillant calme l’incendie de son être. Sous ses pieds nus, le sol demeure brûlant. La chaleur de la terre ne s’en ira qu’avec le petit matin. Pour l’instant, il ne servirait donc à rien de s’allonger pour tenter de dormir. La souffrance serait la plus forte. Ce n’est que sous la terre qu’on trouve la fraîcheur. Alors, « là où d’habitude on met les morts » et que l’on nomme Ayawasi, elle creuse la petite tombe. D’un grand geste du bras, elle repousse ses guanacos qui devraient pourtant savoir qu’elle n’a plus rien à leur offrir. Le soleil brûle l’horizon, s’abime dans la mer et la nuit tombe enfin de la montagne. Tipiana pose la houe. L’obscurité lui permet enfin de relever son regard vers ce qu’elle ignore encore. C’est son ventre qui l’oblige ainsi à se redresser dans la nuit. Cette cambrure nouvelle dans ses reins, ses hanches qui se sont peu à peu élargies et aussi, sa poitrine qui se tend disent quelque chose du rêve qui la pousse dans le dos. Elle ne pouvait plus rester recroquevillée dans la maison parmi les enfants et les vieillards. Une force inconnue la tourne, confiante, vers l’ombre de la montagne. Cette masse éternelle la rassure bien que Tipiana sait qu’elle masque un nouveau matin.

(A suivre)

Vue de Wasi, la maison de Tipiana dans le soleil couchant.
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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Mar 21 Oct 2008 - 9:16

Il ne pleut pratiquement jamais dans le désert d’Atacama. Il n’y a pratiquement jamais plu. Le vent emporte les nuages bien au-delà des hauts sommets vers des contrées inconnues. Ni les collines, ni les entrailles de la terre ne possèdent ici la moindre réserve d’eau et dans la langue des hommes les mots, ruisseau, rivière, puits n’existent pas. Les guanacos ont fini de déterrer les dernières racines des maïs et le silo ne contient plus que trois jarres de quinoa*. Le temps est donc revenu d’enfouir dans la terre, toutes ces graines d’Indiens étroitement langées en position fœtale, tous ces derniers bébés que les femmes, possédées par le rêve, avaient laissé germer dans leur ventre, en dépit de tout.

Au sommet de la montagne, tout, c’est à dire le serpent Katari vivra trente ans. Pas une année de plus. Le soleil et son complice le vent autoriseront son bois à se tenir ainsi debout pour la durée de ce cycle. Puis, le totem s’écroulera emportant au sol la moitié du piège. Alors, le chaman saura qu’il ne restera plus qu’une moitié de cycle à son frère avant de périr à son tour, victime de la même érosion. Et, comme ils le font depuis la nuit des temps, les Likanantaís le remplaceront à son tour. Car, depuis l’éternité, les arbres sont avec les araignées les seuls êtres capables de puiser l’eau du ciel. La toile de leurs épines capte l’eau qui ruisselle jusque dans l’entrelacs de leurs racines. Puis, leurs troncs renferment et véhiculent à nouveau toute cette sève vers le soleil. La sécheresse des écorces maintient fermement la vie et l’on voit des bois repartir quand on les pensait définitivement morts. La lune s’est levée. Son disque resplendit au-dessus de tous. Waynucha voit le cercle de son peuple se former autour du trou et aussi le chaman qui s’éloigne vers le précipice. Les hommes vérifient les cordages. Ils placent la tête du serpent dans la cavité creusée dans la roche. Avec leurs haubans, ils érigent Katari. Le serpent se tient debout, planté au sommet de la montagne. Waynucha voit cela sous la clarté lunaire. Il distingue aussi les lourdes pierres roulées par les hommes tout autour de l’immense pieu. Il devine à présent des ombres escaladant ce mât et tout le chanvre qu’elles y arriment. Il les discerne encore glisser vers le sol et les imagine enfin, rompus par tous ces efforts, se coucher à même la roche pour y trouver le sommeil.

* Quinoa : Céréale du Chili ressemblant au sarrasin

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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Mer 22 Oct 2008 - 8:59

Le chaman se tient debout au bord de la falaise. Sa silhouette se détache de dos sur l’immense désert de sel qui brille sous la lune. Le pueblo dort tout en bas, sous ses pieds. Waynucha entend, portée par la brise marine, l’ultime mélopée de ses incantations. L’homme des prières dresse haut ses deux mains, tournées face au vent. Waynucha ne sait pas les deux larmes salées coulant sur les joues du vieux sage ; ces ultimes larmes de tout un peuple et que le vent qui a fraîchi, n’assèchent pourtant pas. La brise joue dans les doigts du chaman. Alors, Waynucha sent à son tour sur sa peau se déposer le baiser de Camanchaca* . Incrédule, il lève également une main, puis l’autre. Il sent alors l’humidité suinter entre ses phalanges, puis imperceptiblement goutter et ruisseler sur ses paumes. Il lèche l’intérieur de sa main, puis l’autre. Son poignet, son bras. L’eau baise ses lèvres, pénètre sa bouche et le brouillard humide l’enveloppe tout à coup.

Waynucha hurle de bonheur et réveille les hommes car Camanchaca la déesse de l’eau vient de se prendre dans leur immense filet de chanvre tendu entre les deux énormes mâts. Vite, chacun doit ajuster les jarres et aussi les coupelles sous toute cette eau qui tombe maintenant du piège. Le vent charrie désormais toutes ces particules soutirées à l’océan et dont il faut à tout prix interrompre le voyage aérien. Enfin, les hommes se désaltèrent de tout ce rêve, de toute cette brume, noyant ainsi le feu qui depuis tant de lunes les consumait de l’intérieur. On sangle sur le dos de Waynucha une peau de guanaco. Deux hommes emplissent puis referment soigneusement cette outre qui se plaque sauvagement contre la colonne vertébrale du porteur d’eau. Waynucha se trouve aussitôt déséquilibré vers l’avant. La force de l’eau dans ses reins l’oblige à dévaler la pente du sentier. Ses jambes courent de roches en roches. Il vole vers le village et sa plume de condor se rit du vent.

*Camanchacas:brumes typiques du Nord du Chili


Le piège.

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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Jeu 23 Oct 2008 - 9:44

Malgré l’interdit fait aux femmes, Tipiana escalade la montagne. Son rêve est désormais plus fort qu’elle. La fertilité de son ventre a senti la source et cette folie l’emporte toute entière sur l’abrupt sentier. L’air qui pénètre ses poumons ne peut plus seul désormais étancher sa soif. Asphyxiée, déshydratée, le buste penchée en avant, elle monte pourtant le flanc de la montagne. Le ravin attend. La nuit pâlit devant tant d’impertinence. Les étoiles s’évanouissent au fur et à mesure de l’insolente ascension. Pourtant, elle court vers le matin, vers son futur, entraînant derrière elle ses guanacos dans sa perte.

L’astre a surgi du haut de la montagne. Comme du puma, la nuit ne peut avoir raison de lui. Son œil contemple l’audace de sa toute prochaine victime. Il n’est pas pressé. Le peuple des Likanantaís lui appartient. Il les dévore un à un. Ses rayons fouillent les roches, éclaboussent de lumière le pierrier. Mais, aujourd’hui, Waynucha se met en travers de leur chemin. Le jeune homme est là sur le sentier et sa magnifique silhouette couvrant la jeune fille de son ombre, éclipse le tyran. Il approche sa main et caresse le visage de la jeune indienne. Le garçon et la fille suffoquent pareillement. Ils reprennent leurs souffles les yeux dans les yeux. Tipiana voit les rayons du soleil prisonniers de la chevelure de Waynucha et la beauté de son corps d’homme qui transpire. Peu à peu, respirant à nouveau, la jeune fille sent l’eau pure sur ses lèvres et s’abandonne enfin à son désir. Elle boit longuement. L’eau la pénètre, l’inonde. Enfin, satisfaite par tout cet amour, elle sort de l’ombre de Waynucha, relève la tête et comme ses sœurs les fleurs du désert, affronte à nouveau le soleil.

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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Sam 25 Oct 2008 - 16:30

Tipiana marche devant. Son futur est derrière elle. Désormais, il suit ses pas. Les guanacos se sont enfin désaltérés. Ils s’égaient dans la pente. Waynucha contemple la silhouette ondulante de sa promise. Le soleil éclaire son dos mais ne peut rien contre elle. L’astre devra dorénavant compter avec l’ombre de Waynucha. Les deux amoureux regagnent le village qui attend l’eau. Tipiana rassemble les jarres puis dénoue précautionneusement le lien qui ferme l’outre. La vie gicle dans les récipients. Il faut gronder les enfants qui, trop assoiffés risqueraient de répandre toute cette manne sur le sol. La distribution se fait sous les ordres de Wasi.

- Imayquitaj nanan?* Tipiana s’inquiète de sa petite sœur qui s’étouffe. L’enfant a bu trop vite. Elle crache et pleure. Elle sourit aussi. L’assemblée éclate de rire. On se moque gentiment de celle qui s’est montrée trop impatiente. Une fille est faite pour attendre et il est toujours bon de blâmer sa précipitation. Tipiana ne dit pas qu’elle a escaladé la montagne. Désormais, ce sera leur secret. A tous les deux. Pour le reste, elle est une fille sérieuse. C’est bientôt une femme. Sa femme. La voila qui recommence à rêver comme une petite fille que pourtant elle n’est plus. Elle sert les vieillards. Elle leur soulève la tête pour les aider à déglutir. L’eau pénètre la sécheresse de leur corps. Surtout les faire boire lentement. A petites doses. La fragilité de leurs cellules ne leur permet plus de s’abreuver avidement. Ils ne souffrent pas. Ne se plaignent pas comme les enfants. Elle doit apprendre d’eux la sagesse. La petite sœur de Tipiana vient la relayer. Elle aussi doit connaitre les gestes lents. Elle s’appelle Phichitanka, ce qui veut dire « hirondelle ». Toutes deux travaillent silence. Beaucoup de personnes âgées veulent repartir chez elles maintenant que l’eau est revenue. Il faut les faire patienter jusqu’au retour des hommes qui porteront leurs lits comme de légers brancards. Elles font les toilettes. Il faut rafraîchir ses corps usés avec un tissu imbibé d’eau. Maintenant qu’ils vont survivre, les vieillards n’ont plus besoin de toute cette poussière sur la peau. Pourtant, plus d’un rechigne à l’idée de s’en débarrasser. Les jeunes filles les houspillent. Un Likanantaí se doit de paraître beau devant le soleil.

Wasi s’occupe également de la toilette de son bébé. Elle lui frotte la peau avec une poignée de salpêtre. Il lui faut retirer le maximum d’eau du petit corps pour éviter sa putréfaction. Puis, elle le lange. Lui enfile, malgré la raideur de ses membres, les habits mortuaires qu’elle avait soigneusement conservés pour l’occasion. Elle soigne sa momie. La peigne, l’embrasse. Elle désire qu’elle demeure éternellement. Elle lui chuchote cela à l’oreille. Puis, elle psalmodie les phrases rituelles que les deux grandes sœurs ne connaissent pas encore. Les autres femmes ont apporté la jarre. Wasi y dépose le corps de son enfant. Elle le regarde une dernière fois et le récipient est recouvert d’un tissu. La maman noue précieusement la cordelette fermant ce ventre de terre cuite contenant son bébé. Elle ne pleure pas. Elle sait que les graines de Likanantai peuvent dormir très longtemps sous la terre.

* Imayquitaj nanan? : Où as-tu mal ?
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MessageSujet: Re: Feuilleton : Chungungo   Dim 16 Nov 2008 - 15:58

Dans la montagne, depuis trois jours les hommes ont également entamé la toilette de Mayu. C’est la femelle de Katari. Elle est capricieuse. La moindre pierre, le moindre amoncellement de graviers et la voila qui pleure toute l’eau en travers de la pente. Son canal s’obstrue pour un rien. Des brèches se forment dès que le soleil chauffe trop ses digues. Les tuiles qui la protègent sont régulièrement renversées par le vent et les animaux. Il faut sans cesse la surveiller sur toute sa longueur. Refaire les gestes coutumiers qui garantissent le bon écoulement de l’eau jusque dans les citernes qui surplombent les jardins. Puis, avant d’enfin revenir au village, ces indiens-paysans devront encore gratter la terre, effriter sa dure croûte qui maintient prisonnières les graines, prévenir toutes les parcelles des terrasses que l’eau est enfin revenue.




Tipiana ne connaît pas son futur. Elle sait seulement son passé. Il est là, devant elle : ceux sont ses parents, ses grands-parents et les ancêtres dont on l’instruit. Le temps a toujours été disposé de la sorte chez les Likanantais. Vous devez sans cesse faire face à votre passé, lui consacrer la plus grande partie de votre présent pour parfois oser deviner votre avenir qui se tient discrètement derrière vous, dans votre dos. Et, désormais, dans le dos de Tipiana, sur ces épaules, ses hanches et jusque dans le creux de ses reins, il y a le regard de Waynucha. Lui-même, dans son dos, il porte l’eau du village et la promesse que tout pourrait reprendre. Cette vigueur qu’elle sent distinctement derrière elle, la rassure et l’affole comme l’empreinte d’un rêve inconnu. Bien sûr, ce n’est pas encore la réalité, pourtant elle a vu ses yeux, l’intensité de ses yeux et à vite détourné le regard. Quand on est une presque femme indienne, on tait ces choses qui vous empêchent malgré la fraîcheur de la nuit de vous endormir. Tipiana tourne et se retourne sur sa couche. L’ombre du condor la poursuit. Elle s’agite et somnole à la fois. Elle court en songe vers sa mère. Celle-ci, dos tourné, ne la regarde plus. Wasi s’affaire auprès des vieilles personnes. Elle leur parle de son bébé qui a regagné la terre avant eux. Elle ne perçoit presque plus sa fille qui s’envole, derrière elle, emportée par le sommeil dans les serres de son bien-aimé.
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