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 LE JOUR DE NOS ANS

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Alf
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MessageSujet: Re: LE JOUR DE NOS ANS   Lun 10 Sep 2007 - 6:54

LE JOUR DE NOS ANS

21 octobre. Triste jour de l’an -qui ne fut point de grâce- 1956.
Il rythmera longtemps notre “ Péglé ” montois.
J’ai dépassé aujourd’hui l’âge que mon père avait ce jour-là, mais j’ai toujours huit ans quand j’y repense...
Une fête est finie, un corps est brisé, la vie aussi, un peu.
Je n’ai pas été du voyage. Sinon...
Il s’en est fallu de peu : “ nous faisons aller-retour... ”
Un aller oui, pas de retour. Meilhan...
Un homme sur la route départementale 124, la bicyclette à la main, hagard. Le ciel est entre chien et loup. Embardée.
Un arbre, pourtant plutôt chétif.
Les freins de la “ Dauphine ”jaune" dans la nuit qui devient noire, la petite Renault presque neuve, le bruit, le choc. La souffrance.
Souffrance de la chair qui se mêle à la tôle, à l’écorce, à la ferraille. Souffrance de ceux qui attendaient et qui surent, brutalement, dans la nuit déjà avancée de ce 21 octobre.
La vie bascule ce jour-là.
Cette date en devient un repère familial. Il y a eu l’avant, il y aura "l’après-accident ”.
Ce fut, cela est encore notre “ Jésus Christ ”.
Rêves et jambes brisés...
“ Bagatelle ”. Quel drôle de nom pour une clinique !
Les visites hebdomadaires dureront longtemps pour maman, de nombreux dimanches durant.
Nous l’accompagnions parfois auprès de ce papa, plâtré de haut en bas.
Il nous, souriait entre ses trapèzes et ses câbles, il racontait l’“ estocade ” manquée de l’infirmière "Chamaco", sur ses avant-bras endoloris et violacés, il nous disait son mal à tousser entre ses côtes brisées,
que maman tentait de soutenir de sa main.
Oui, il en riait avec nous et ses voisins de lit.
Il faut bien oublier la souffrance et rire de la longue baguette de Bagatelle, servant de "grattoir" à pieds sous le plâtre.
Puis un jour, c’est le retour au “ Péglé ”, l’école qui a perdu un de ses maîtres, le 21 octobre 1956.
"Momentanément, avait-il dit sur son lit de souffrance, je reviendrai ! ”
Retour au foyer. Les trapèzes et les câbles suivent...
Enfin, le dernier jour des vingt deux mois de position couchée. Désormais, à jamais, la station debout sera pénible et gravée sur la chair, les os et la carte d’invalidité...
Rééducation de l’éducateur...
Voir un père réapprendre la marche dans le salon, sa “ prison sans barreaux ”, entre deux barres parallèles, devenues au fil des jours, un mobilier familier, marque à jamais la vie d’un fils de dix ans.
La vie, justement reprend le dessus.
Elle en ferait presque oublier les jambes d’aluminium et de secours, les cannes anglaises, s’il n’y avait la souffrance.
Mais le moral soutenu, le désir de vaincre l’adversité aura raison de la douleur.
Plus tard, on se rappelle en souriant...
C’est drôle, la vie !
On sourit de l’extrême-onction reçue par ce père athée, de l’ami curé, un des premiers “ secouristes ”, sur l’herbe du bas-côté de la départementale 124, le 21 octobre 1956.
Sourires et larmes se mêlent, comme se mêlèrent jadis la chair et la tôle :
Une “ Dauphine ”, l’arbre, le vacarme, Nicole, pour qui le coup de volant dans le cœur fut fatal, Annie, ma grande sœur, sauvée par le siège avant qui se casse et qui rêve encore aujourd’hui de son front qui glisse sur le macadam, les lunettes restées sur le nez de mon père, les seules à n’avoir pas été cassées, Jean, indemne dans sa chair, mais qui en perdit sa fille aînée de vingt trois ans...
Plus tard aussi, nous reverrons Albert, le rééducateur que maman appelait “tyran”. On évoquera la suite avec lui : la reprise de l’école. La classe de cours moyen a attendu. J’en étais. Derrière le petit bureau, près du tableau, derrière les lunettes d’écaille marron, rien ne paraît du 21 octobre. Seul le plaisir de “ reprofesser ” enfin.
La roue avait tourné et Maurice était redevenu mon “ père et maître ”...
Aujourd’hui, la départementale 124 est une route à quatre voie, l’emplacement de l’arbre chétif est sous terre, comme mon père, que la maladie a vaincu, comme Albert, parti lui aussi...
Le curé de la 124 dirait qu’ils se racontent tous deux
les barres parallèles, l’apéritif qui attendait au bout de la souffrance,
les dents serrées, la lutte pour marcher...
et la bataille, gagnée elle, contre le fauteuil roulant promis...

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