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 Les mots se mangent-ils ?

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Alf
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Age : 69
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Date d'inscription : 23/06/2005

MessageSujet: Les mots se mangent-ils ?   Ven 4 Jan 2008 - 11:26

Au bord du verre à pieds, le plus grand des trois, celui qui contiendra peut-être l’eau et dans lequel, pour l’instant trône la serviette savamment pliée, telle une blanche fleur inconnue, un "ouvrage" de carton de quatre pages indique, à la une, le prénom de chacun. Et chacun prend sa place. Il hésite à effeuiller les pétales de tissu.

Sous son nom, “chacun” a son dessin, qui un stylo ou une plume, qui un antique calame ou bien un encrier.

La page trois du livret révèle le pourquoi de la chose : “FESTIN DE MOTS”...


Quoi ? Manger les mots ?
Comment se comprendre, si les paroles sont avalées ? Pourquoi ne pas les boire, plutôt ?
Et comment les manger avec tous ces couverts, ces outils gastronomiques, ces couteaux, ces cuillers d’un autre âge, ces piques d’argent à deux têtes ? L’apéritif a aiguisé les appétits, l’énigme aiguise les curiosités.


La serviette, fleur de coton blanc, est redevenue, d’un geste d’un seul, un vulgaire rectangle étalé sur les genoux ou coincé, façon losange, sous le col de la chemise.


“ C’est une vieille habitude anti-taches, avoué-je, qui m’est restée de l’enfance. ”


La soupière livre son secret : “ Consommé de consonnes et voyelles” !

Dans les assiettes creuses, la première de la pile, se précipitent, en tombant de la grosse louche d’argent, dans une senteur de bouillon "à l'ancienne", les vingt-six lettres de l’alphabet et quelques esperluettes, par-ci, par-là.

Les convives ébahis, presque émerveillés comme des enfants qu’ils sont restés sans doute, cherchent du bout de la cuillère ce que le hasard a pu écrire dans le bouillon !

Et tintent l’argenterie à soupe, et claquent les palais. C’est le premier moment de réconfort ce moment de réjouissances littérales. On se tait. Pas un mot durant cette dégustation de lettres...


“J’avais une petite faim", s’aventure Ronron, rompant ainsi le silence gourmand, presque religieux.

Son assiette est vide. D’autres se tendent vers les "arabesques" encore fumantes, pour un nouveau petit régal alphabétique.


“Non merci”, murmure Réginelle, happant, d’une cuillère repue, trois F, un Z, et deux B...


Les huîtres ont pris maintenant tout l’espace disponible entre les couverts. Livreront-elles vraiment leurs bijoux ?

C'est pourtant ce qu'annonce le quatre pages cartonné : "Colliers iodés de Perles de l'Océan sur sonnets de calames".


Les poèmes à forme fixe forment, en cet autre moment du moment convivial, le lit d’algues sur lequel reposent les mollusques bivalves.
Pourtant, personne n’aura l’idée de compter les quatorze rimes à la douzaine ! ...
Car les doigts gourmands attendent déjà le passage du citron ou de la sauce, du savant mélange de vinaigre et d’échalotes.
L’encre du jour sera le petit vin blanc, frais à souhait, qui accompagne les Marennes.
Point de perles, même faites de mots, mais une saveur d’iode marine indescriptible même en ode ou en jezel.

Délicieux ! Lison gobera la dernière !

En un tournemain, le temps d'une prière en ballade dédiée à Lucullus et Trimalchion, coquilles, assiettes et algues ont disparu à l’office, comme par miracle ou enchantement.


C’est au tour de la petite assiette, posée sur la grande, (d’où, peut-être l’expression…) d’accueillir les énigmatiques “ Pieds de vers à la sauce alexandrine ”.


Douze petits éperlans rappellent aux instincts écrivains les douze syllabes “ alexandrines ” et un certain Vic...
La voilà donc, la sauce dont parle le petit livre ! C’est à « icelle » que les salmoniformes sont mangés...
Le petit “ sec ” vient de Bergerac ; son appellation a été contrôlée, sans fourberie aucune par Romane, l’hôte de ce moment si bien choisi. Serait-ce un clin d’œil à Scapin ? Celui de Molière ?

Les délices frits de l’embouchure n’ont pas fait un pli. À peine reste-t-il quelques arêtes. Pepsi qui s’en régale d’avance, lovée sur un tas de linge à repasser, a l’œil aux aguets.
Les reliefs océans quittent la table, escortés par ces couverts argentés que ne connaissent que les poissons.
Juanito, sans dire un seul mot, salue d'un geste de cheveux mais avec une avec envie perceptible, l’entrée en scène de ce que le menu portant calame ou plume ou stylo appelle : “ Salmis de strophes en hémistiches ”.

L’allusion est vite comprise à l’arrivée des palombes. Elles exhalent un parfum de marinade au vin rouge. Rouge, comme si les plombs du chasseur y avait fait couler leur sang.
Filo, de deux “hémistiches”, fait un vers entier. Ô, régals aquitains offerts aux assiettes par ces fiers migrateurs, tombés au champ d’honneur de la gastronomie.

Le cru d’un brillant “Château d’outre fagots” sert noblement ce plat, sorti de sous le toit de fougères d’entre les pins de nos aïeux. Liquoreux, ce château-là, généreux, revêtu de sa robe de velours rouge, en l’honneur des palais.

Ce mariage, plus que de raison, laisse Carole pantoise. Elle reprend, “finalement”, un deuxième “hémistiche”. La gourmandise n’est qu’un sympathique défaut, va !

Débris de mots aux six voyelles ”, peut-on lire pour la suite...

Les lichettes d’Aisy cendré de Bourgogne côtoient les carrés d’Echourgnac de Guyenne. Le quart de rond de l’Iraty Basque suinte du plaisir qu’il va offrir. L' Olivet de l’Orléanais, dans sa boite de bois et son papier sulfurisé, attend, bleu d'impatience. Seul le couteau à lame cornue le sépare du caprin cabécoU du Quercy. Enfin, la pâte moulée à la louche du Saint du Roi HenrY, venu tout droit d’Albray, vaut bien, ne serait-ce que pour l’odeur, une promesse !

"Quel plateau !". Anna pourlèche ses babines délicatement humectées de la dernière gorgée d' Outre-fagots .


C’est aussi pour laisser la place au pétillant vin blanc du pays de Jeanne d’Arc, dont on entend soudain pétarader les bouchons. Ils annoncent le bouquet final de ces agapes d’artifice.

On a écrit : “ Acrostiches au chocolat ”.

Ils arrivent enfin, les petits choux garnis de crème glacée à la vanille !
Que de ces drôles d’acrostiches, l'on profite !

Ils nous offrent leur “ chaud et froid ” chocolaté. Chacun s’en régale et les inconditionnels de l’aztèque mixture d’amandes de cacao, s’en sucent les doigts, furtivement, mais l’un après l’autre, tous, jusqu’au plus petit…

Qui pourrait résister ?
Pas Anti, ni Lyla, ni moi !

D’un coup circulaire de majeur discret, Réginelle racle la petite assiette. Gourmandise, quand tu nous tiens !


Le chocolat est toujours là, qui accompagne le petit jus, le “ K fait d’arabique saveur ” du menu de l’écriture, il revient en mignardises... Barres, billes, bouchées, croquettes, crottes, pastilles, plaques, tablettes, truffes, alphabétiquement placées sur le plat de cristal, s’offrent à toutes ces papilles alléchées et non encore fatiguées. Il y en a pour tous les goûts !


“Il faut bien le pousser ce café des tropiques”, propose Juanito ! ...


Prémonition ?


“Aux rimes embrassées ”
Les liqueurs ” arrivèrent.
Le bataillon des verres
Joufflus les fit passer
De la prune au Cognac,
Du basque Patcharan
Au Calvados normand
De poire en Armagnac…


De ses paumes réchauffant les nectars, chacun fait durer longtemps le petit moment du moment…
Et les mots vont de bouches en oreilles, pour un autre festin… Imperceptiblement, le jour est tombé...

Romane, qui avait disparu comme par miracle, réapparaît comme par enchantement :

“Et si nous finissions les « post-scripti » ensemble ? ”.


Elle vient de préparer l’apéritif du soir …



Alf
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Date d'inscription : 21/09/2007

MessageSujet: Re: Les mots se mangent-ils ?   Ven 4 Jan 2008 - 11:41

Un festin de mots, pour de magnifiques convives.
Alf, l'enchanteur.
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Romane
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MessageSujet: Re: Les mots se mangent-ils ?   Ven 4 Jan 2008 - 15:37

Ah oui, alors celui-là fait partie de ceux que JE ME REFUSE A LIRE TANT QUE JE N'AURAI PAS RETROUVE MA TAILLE DE JEUNE FILLE !!!



NA !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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