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 18 août 2002

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MBS

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Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: 18 août 2002   Dim 23 Mar 2008 - 23:58

18 août 2002



J’sais pas ce qui lui a pris à l’autre conne. Tout d’un coup, elle s’est mise à me sauter dessus et à me vomir tout un tas de mots auxquels je comprenais que dalle. C’était une sorte de furie blonde en robe bleue et socquettes blanches. Une gravure de mode qui aurait été abreuvé à la grosse bière brune. Et non seulement elle gueulait mais en plus elle me tapait dessus. Ca faisait pas grand mal vous me direz à moi qui suis déménageur… mais il y avait le regard des autres… Et ça, j’pouvais pas supporter !
La blonde, elle s’est pris un aller et retour tellement rapide que même le TGV de la SNCF il va pas plus vite… même en version record du monde. Forcément, ça l’a calmée… et ça a aussi calmé les deux rigolos qui voulaient s’interposer. Eux aussi, ils ont tutoyé un record du monde, celui du 5 mètres en marche arrière. Dégagés, ils voulaient plus rien voir, ni rien savoir du futur de la robe bleue et du corps de poupée qui gigotait encore à l’intérieur.
Faut pas croire. Aux Batignolles, on m’a appris à être correct avec les filles. Je les saute jamais le premier soir… je sais attendre qu’elles refroidissent avant de remettre le contact. Alors, après avoir mandalé la gamine, je me suis penché sur elle pour voir s’il n’y avait rien à recoudre en urgence. La salope ! Elle m’a cueilli avec un bourre-pif sévère, deux doigts dans mes narines. Même que je crois que ça a dû me remonter jusqu’aux yeux parce que je me suis mis à chialer. Ou alors, c’est le pollen…
- Mais qu’est-ce que tu me veux ?
Il fallait quand même que je sache… Donc, lorsque l’air a recommencé à fréquenter mes narines, j’ai articulé la question qui me brûlait les lèvres… Même que ça me faisait vachement mal… aux lèvres.
La pouffe s’était relevée… Un peu moins « première page de Elle » avec ses grands yeux bleus surtout autour et son rouge à lèvre qui gouttait sur son menton. Elle m’a jeté un regard… Moi, rapide comme l’éclair, je l’ai esquivé…
- Tu te rappelles du 18 août 2002 ?
Le 18 août 2002 ? Putain, la vache d’énigme ! J’ai jamais été fortiche avec les chiffres, la preuve je gagne jamais au loto… Et alors, les dates ? A part 1515 Marignan et 1516… euh ?! Premier anniversaire de la bataille de Marignan, c’est ça ? Mon prof d’Histoire, il s’est tellement arraché les cheveux avec moi qu’à la fin de l’année on lui a offert une moumoutte pour sa boule à zéro toute neuve. Alors, le 18 août 2002 ?
- Ben non ! Qu’est-ce qui s’est passé le 18 août 2002 ?
Là, j’ai cru qu’elle commençait une crise d’hystérie. Elle a enchaîné toute une série de petits cris, courts ou longs, avec ou sans pleurs… Une sorte de catalogue avec plein d’échantillons différents. Moi, perso, j’ai bien aimé le long râle humide avec un « Quel salaud ! » intégré… Mais, bon, c’est un goût personnel…
- C’est le jour où t’as tué mon amour, salaud !
Ben, merde ! J’étais un meurtrier et je le savais pas. Alors, là, pour sûr, j’ai commencé à baliser. Moi le grand costaud avec des biceps format tranche de rumsteck, j’avais les genoux qui récitaient tout le grand répertoire du flamenco andalou. C’est vrai, dans mon boulot, il y a parfois des merdes. Le piano mal arrimé qui dégringole depuis le quatrième, la machine à laver qui fait sa crise d’indépendance et qui se jette de déprime du camion. Le gros blème, c’est qu’on n’est jamais sûr qu’il n’y a rien en dessous… Alors donc, le 18 août 2002, j’avais loupé un truc sans savoir…
- Piano ou machine à laver ?
La question était plutôt claire… Un choix alternatif comme aurait dit mon prof de français… ou mon prof de physique, j’sais plus… Ben, elle m’a regardé comme si j’étais le dernier des débiles. Enfin dans la mesure où elle pouvait encore voir quelque chose… parce que je crois qu’elle commençait à jouer en nocturne. Galant, comme je peux l’être quand on ne me saute pas dessus par derrière et par surprise, j’ai reposé ma question :
- Piano ou machine à laver ?
- Mais c’est quoi ces conneries ?
- Ton amour, pauv’ conne ! Il s’est retrouvé sous un piano ou sous une machine à laver ?
- Mais ni l’un, ni l’autre !
- Alors, y a erreur sur la personne… Moi je ne fais que ça… Les bahuts, les bibliothèques et les canapés, c’est Raoul et Robert qui s’en occupent !
Elle a dû croire que je me payais sa fiole… Entre parenthèses, je me serais bien payé autre chose parce qu’elle était vachement mimi… Même amochée… Et puis, elle était quand même élégante. On aurait dit une grande dame même si elle avait la tête qui m’arrivait à peine au-dessus du nombril.
Bref, pendant que j’évaluais son corps de poufiasse de rêve, elle en a remis une couche. Les deux mains en avant et c’est parti pour une nouvelle série de chatouilles à poings fermés. Même cause, même effet… comme le disait mon prof de Français à chaque fois que je lui rendais copie blanche et qu’il me flanquait un 0 et deux heures de colle. La mamzelle a découvert les joies du parachute ascensionnel sans parachute, puis celle de la chute libre avec écrasement total et mâchoire sur le trottoir.
Là, j’y étais peut-être allé un peu fort… J’avais pas cogné aussi lourd depuis la demi-finale du championnat régional de rugby entre les Etendards du Loiret et les Nounours de Vierzon. Une belle bagarre générale et les arbitres à l’hosto. L’avantage, c’est que ça m’a permis de remettre mes idées en place… Et vite car, en tant que déménageur, remettre les trucs en place vite fait je maîtrise.
- Le 18 août, c’est pendant les vacances !
Je poussai un long soupir de soulagement à mettre en service une batterie d’éoliennes. J’étais innocent comme l’agneau qui vient de paître. Pas possible que ce soit moi qui ai causé l’accident sur l’amour de la donzelle.
- Eh, la blonde ! C’est fini la sieste !
Elle répond pas, la conne… Elle est dans les vapes, et même profond.
- J’vais quand même pas la laisser là…
Alors, moi, bon prince, je la prends dans mes bras et je la traîne jusqu’à l’hosto. Le toubib aux urgences pousse un cri en voyant la minette en morceaux.
- C’est un 18 tonnes qui a fait ça ?
- Non, je réponds… Et ni un piano, ni une machine à laver, j’en mets ma main à couper…
- C’est pas joli joli…
- Ah si, moi j’aime bien la robe… Ca doit être une Adidas… il y a trois traînées rouges sur la manche.
Le médico, il m’a regardé bizarrement avant de déboucher un flacon de désinfectant. Genre : c’est quoi ce demeuré ? Et il avait bien raison de penser ça parce que, comme je l’ai vu après avec l’étiquette, la robe c’était pas une Adidas mais une Pur Coton.
- Vous connaissez le nom de cette dame ?
- Non… Je me suis contenté de la ramasser dans la rue…
- Alors, ouvrez son sac et dîtes-nous comment elle s’appelle.
- Elle avait pas de sac…
- Alors, ne restez pas là comme un empoté… Retournez dans la rue et cherchez…
A ce moment-là, y a une jolie souris tout en blanc qui a dit :
- Je la connais… C’est mademoiselle Gauthier… Françoise Gauthier…
Là, un truc très strange s’est passé. Le nom, il m’a dit quelque chose… Et le prénom aussi… J’avais dû connaître une Gauthier… et sans doute aussi une Françoise avant mon accident… Là où j’ai perdu une grosse partie de ma mémoire…
La souris, elle arrêtait pas de jacter…
- Elle était au service de chirurgie esthétique… Elle s’est faire la totale : le visage, les seins, le ventre, les cuisses…
Moi, je l’écoutais à peine. Je cherchais dans mon cerveau ramolli à quoi pouvait ressembler la Françoise que j’avais connu.
- Tout ça, à cause d’un mec… Ils devaient se marier… Je me souviens de la date parce qu’elle la répétait tout le temps…
- Le 18 août 2002, que j’ai dis…
- Vous la connaissez, a demandé le doc avec un regard soupçonnique ?
- Non… Elle me dit rien du tout…
- Ce n’est pas vous qui l’avez battu des fois ?
- Ben si !
- Pourquoi vous ne l’avez pas dit ?
- Vous l’avez pas demandé…
- Gisèle, appelez la police !
- Attendez, monsieur, laissez-moi écouter la fin de l’histoire de la gamine… Vas-y, raconte la souris blanche…
- Le 18 août, il est pas venu… Pas un mot, rien !... Elle a galéré pendant un an. Déprime, anti-dépresseurs, re-déprime… Son psy a réussi à faire en sorte qu’elle tourne la page… Pour mieux y parvenir, elle a choisi de se transformer en tombeuse de mecs… « Vous m’avez fait souffrir, vous allez souffrir ! » elle disait.
- Vous savez ce qui m’est arrivé, moi le 17 août 2002… C’est là que j’ai eu mon accident de moto… Six mois de coma…
- Eh bien, pour elle, ça aura heureusement duré moins de six mois… Elle retrouve ses esprits.
Là, encore une fois, je ne sais pas ce qui m’a pris… J’ai bousculé la souris bavarde et j’ai attrapé la petite menotte de la gravure de mode que j’avais pas mal amoché (en la regardant de près, ça faisait peur). Elle m’a souri, cette poire ! Sans doute une sado comme Jo Maso !…
- Pourquoi tu es parti, Lilian ?
En plus, elle connaissait mon prénom…
Ca m’a fichu les chocottes ! Une Françoise et une Gauthier à la fois qui savait que je m’appelais Lilian et qui me souriait comme si elle me connaissait depuis longtemps…
C’est le toubib qui a fini de démêler les chevaux… non, les cheveux ! non pas les cheveux, ça c’est la souris qui s’en occupait… Bref, le toubib, il a tout démêlé. En fait, l’amour de la poupée, c’était moi… J’avais eu un accident et disparu complètement de sa vie la veille du mariage…
Quand j’ai réalisé, ça a été un choc ! J’avais une petite amie avant l’accident… et maintenant, elle était devenue plus belle que Claudia Schiffer dans sa maison de retraite. J’allais pouvoir me marier avec une fille bonne comme un McDeluxe.

Voilà, c’est pour demain ! Les portes du pénitencier, bientôt, elles vont s’ouvrir… J’ai tiré 2 ans pour coups et blessures et conduite de camion de déménagement sans permis. On ne m’a pas autorisé à voir ma petite gravure de mode pendant tout ce temps, mais elle m’a envoyé des photos après sa troisième opération pour lui rendre la vue à l’œil gauche. Elle est craquante… Je sais qu’elle m’attendra derrière la porte, à la sortie. Pour lui plaire, j’ai fait beaucoup d’effort. J’ai pris des cours de Français et changé ma façon de parler. J’ai suivi des cours de relaxation qui m’ont rendu une grande partie de ma mémoire et m’ont apporté toute la sérénité que j’avais perdue. J’ai même entamé la rédaction d’un mémoire sur les grandes règles de la physique appliquées à l’art du déménagement. Bref, je suis heureux et comblé. Un homme neuf ! Demain, je recommence tout au 18 août 2002.

FIN


[ texte tiré du recueil Désordre en 12 temps aux éditions Librisme ]


Dernière édition par MBS le Sam 8 Nov 2008 - 14:40, édité 3 fois
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lucius

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MessageSujet: Re: 18 août 2002   Mar 25 Mar 2008 - 17:48

super sympa ce texte
ça donne envie d'aller voir le reste...
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almalo

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MessageSujet: Re: 18 août 2002   Mar 25 Mar 2008 - 18:15

Tout bonnement génialissime.
Un humour délirant mais juste, un grand nigaud balèze qui fait pitié et l'amour de sa vie qui l'aime encore même après avoir été envoyée sans ménagement par terre...
Oui, je suis d'accord, ça donne envie d'aller voir la suite...

Encore une fois, bravissimo, maestro.chinois
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MessageSujet: Re: 18 août 2002   

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