Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Les haricots

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
MBS

avatar

Nombre de messages : 8164
Age : 54
Localisation : Toulouse
Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Les haricots   Mar 4 Nov 2008 - 1:06

Les haricots



- Moi, monsieur, les haricots verts, je les emmerde !!!
Ce qu’il y a de bien avec mon grand-père c’est qu’avec lui on ne s’ennuie jamais. C’est pour cela que, contrairement à beaucoup de gosses, je n’ai jamais ressenti le mois d’août comme une longue pénitence loin de papa et maman qui, eux, ont repris le boulot. Trois semaines chez papy et mamy, ça ressemble à un voyage aux frontières de notre galaxie. Tout peut arriver ! Le meilleur, le pire… Mais toujours, le papy, il a le chic pour recentrer le débat sur la parole vraie, sur le détail qui tue, le chic pour faire basculer les instants pénibles vers la découverte des grandes vérités.
Le représentant du « Géant des Glaces », il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il a dû se frotter les mains en voyant claudiquer vers le portail rouillé ce petit vieux appuyé sur sa canne.
Un gogo à plumer !... Un vrai de vrai !
Et même s’il n’a pas de congélateur, il se faisait sans doute fort de lui coller un max de produits au petit vieux.
Et là, patatras ! Alors qu’il pensait avoir ferré la grosse prise, le vieux qui se met soudain à démonter son argumentation de bonimenteur de foire.
Et que si le froid c’était bon pour les légumes, la Sibérie serait une gigantesque zone horticole…
Et que si acheter les légumes en gros sachet c’était si économique, pourquoi ils n’en envoyaient pas quelques gros sacs aux pays qui ont faim…
Que voulez-vous répondre à ça ? Une telle mauvaise foi enrobée sous une logique millimétrée, ça ne se discute pas.
Le représentant du « Géant des Glaces », il a essayé…
Le malheureux !
Il a osé vanter la couleur vert brillant de ses haricots verts… Oui, oui, vert brillant… Pas ce vert terne, un peu gris, un peu noir, des haricots en bocal de verre ou pire en boite de conserve…
Et là, telle une volée claquée par un Mc Enroe des mauvais jours, la réplique a jailli.
- Moi, monsieur, les haricots verts je les emmerde !!!

Moi, je n’ai rien perdu de la joute orale. Assis sur mon petit pliant ridicule, les fesses en équilibre instable, j’ai mentalement compté les points en sachant déjà qui marquerait le dernier.
Les représentants de toutes les façons, ils avaient dû se passer les mots. Celui-là, c’était sans doute un nouveau, un qui n’était pas du secteur… en tous cas, un à qui on n’avait pas fait passé la consigne. Il valait mieux éviter le petit vieux du 54 chemin du château d’eau à Bouglard-sur-Lourbe. Ca, il a fini par le comprendre… Il est remonté dans sa camionnette blanche juste siglée d’un géant au sourire bleu et, négligeant le potentiel du voisinage, il a filé comme un voleur. La canne du grand-père sifflait encore dans l’air au-dessus de sa tête qu’il avait déjà tourné sur l’avenue Frédéric Mistral.
- Quel couillon, a fait mon grand-père en me faisant un gros clin d’œil…
- T’es le plus fort…
- Mais non, petit… Je ne suis pas le plus fort… Ce sont les autres qui sont horriblement bêtes… Ils croient tout savoir mais ils ne savent rien… Ils pensent être plus forts parce qu’ils ont du bagou, parce qu’ils ont de la langue… Mais le bagou, la langue, c’est rien… Ca peut être vaincu par encore plus de bagou, encore plus de langue… Ca va, ça vient… On n’est jamais sûr de rien… Quand on parle, on a autant de chances de dire une connerie que de construire une cathédrale de mots… Enfin, on dit surtout des conneries, je crois… Mais si tu parles avec ton cœur, si tu parles avec ta tête, il ne peut rien t’arriver…
Parler avec mon cœur, parler avec ma tête, je ne voyais pas alors bien comment c’était possible. La maîtresse elle nous avait expliqué qu’on parlait avec la bouche et que dans le cou on avait des cordes qui fabriquaient les sons… Même que j’avais essayé en me tordant devant la glace et en ouvrant la bouche à fond de les voir ces fameuses cordes… Pour finir par tomber de mon tabouret…
Mais j’ai retenu ces mots-là. Parce qu’ils venaient de la source de toutes les vérités, parce qu’ils coulaient comme l’eau de la fontaine du village. Ils étaient frais, ils étaient clairs. Ils étaient ce qu’il y avait de plus beau, de plus sacré… Ils étaient d’une drôle de sagesse, ils étaient d’une sagesse de drôle…
Alors, moi, dans mon repère secret connu de tous, je me suis enfermé toute l’après-midi et j’ai répété, répété, répété pour essayer de faire sortir de ma tête, pour faire sortir de mon cœur cette phrase sublime, cette phrase que je porte encore tandis qu’on emporte le cercueil, tandis qu’on t’emporte pour toujours :
- Moi, monsieur, les haricots verts je les emmerde !!!

FIN


Dernière édition par MBS le Sam 8 Nov 2008 - 14:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://fiona.toussaint.free.fr
 
Les haricots
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Haricots verts (congelés ou pas?)
» soupe aux haricots verts.
» pour changer des haricots verts!
» Salade toscane de haricots au thon
» Casserole de pois chiches, tomates et haricots verts

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: MBS-
Sauter vers: