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 Dédicace

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MBS

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Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: Dédicace   Sam 8 Nov 2008 - 14:45

Dédicace


Un mot.
Juste quelques lettres. Même griffonnées, jetées sur le papier avec désinvolture, balancées comme on se débarrasse d’une corvée.
Mais même un simple mot, c’est semble-t-il devenu trop lourd pour toi. Avec ta gloire naissante, l’auréole médiatique qui te ceint la tête jusqu’à t’en étouffer, tu n’as plus que mépris pour ceux qui n’arrivent pas au niveau de ta cheville gonflée.
Pourtant moi j’y croyais à ce signe de reconnaissance.
Pourtant moi j’y croyais à la force de nos souvenirs communs.
Quand nous n’étions pas deux noms, mais deux cœurs, deux forces tendues vers le même objectif.
Quand les mots étaient notre champ de bataille. Quand les phrases coulaient comme ces fleuves de champagne qui dégoulinent dans ces soirées mondaines où tu fais semblant de ne jamais t’ennuyer.
A croire que les pots cassés ne se recollent jamais et qu’il faut qu’il y ait forcément quelqu’un pour les recoller.
Celle qui a essayé, c’est moi.
Humblement, j’ai attendu dans cette Foire du livre qu’une longue file d’attente s’effiloche sous le délicat paraphe de tes dédicaces.
Humblement parce que l’échec rend humble. Je devais avoir quelque chose que tu n’as pas. Un gène foiré, une tare héréditaire indécelable même dans les services de chimie moléculaire les plus en pointe. Moi, je me suis pris la porte des éditeurs en pleine gueule quand ils t’ont déroulé le tapis rouge… Il paraît qu’ils sont plusieurs à te courtiser pour ton prochain roman. En souvenir de notre longue amitié, tu aurais pu leur dire…
Un mot.
Juste quelques lettres.
Tu sais, ce truc qui est ton gagne-pain, ton outil de travail… quand avant ce n’était pour toi qu’une raison de vivre.
Oui, tu aurais pu leur dire que j’existe… Que l’idée de ton premier roman, celui qui t’a propulsé vers les hauteurs du hit parade des ventes, c’était moi qui te l’avais soufflée. Que ce bouquin qui t’a posé en devanture de ces librairies que nous avions si souvent arpentées j’en étais le père et toi la mère.
Tu aurais pu faire un signe…
Et tu l’as fait…
Lorsque tu as relevé le nez de l’exemplaire que tu venais de dédicacer à un couple de retraités (tu sais, ce type de personnes que tu méprisais en disant que passés 70 ans ils n’étaient plus bons à rien sinon à coûter de l’argent aux autres). Lorsque tu m’as reconnu à quelques mètres de toi, en cinquième ou sixième position dans la file.
Tu as murmuré quelque chose à l’oreille de la fille qui t’accompagnait sur le stand et puis tu as disparu comme un voleur…
- Monsieur Michel Pint s’excuse… Il est fatigué et doit rentrer se reposer… Il reviendra demain… Nous vous remercions pour votre patience et nous vous espérons nombreux au rendez-vous de demain…
Pas un signe, pas un mot !
Alors, j’ai essayé. Avec cette énergie qu’on dit si bien du désespoir, j’ai lancé un « Michel » en me disant qu’au minimum tu te retournerais. Tu n’as fait que hausser les épaules. Un haussement d’épaules comme on balaye une vie. Un mouvement du corps comme on en fait lorsqu’on veut se dégager d’un fardeau.
Là, j’ai compris qu’il ne servait à rien d’y croire. Tout était fini, terminé, brisé. J’étais niée quand toi tu ne pouvais quitter ma mémoire. Le jeu était bien trop inégal. Toi en première division, moi aux portes de la relégation. Plusieurs classes d’écart, des mondes qui divergent inexorablement comme dérivent les continents.
J’ai pris le stylo et sur la jaquette de ton troisième roman j’ai écrit ce que j’aurais aimé que tu penses, ce que j’aurais aimé que tu écrives. Pour moi. En souvenir de tout ce qui avait fait ce que nous étions devenus.
« A Maria, le « frère » que je m’étais inventé, l’écrivain que j’aurais tant aimé être. Pour tous ces mots que nous avons croisés sans oser les attraper. Pour tous ces mots que nous avons attrapés sans vraiment les comprendre. Pour tous ces mots que nous avons compris mais trop tard… »
Et là, j’ai imité ta signature. Cette sorte de gribouillis complexe que tu avais inventé en sixième lorsque le prof de français nous endormait.
Un jour peut-être moi aussi…
Un jour peut-être je te rendrais la pareille.
Sans véritable rancune.
Non, moi je ne brûle pas sans raisons véritables les gens que j’ai aimés.
Si un jour je dois te dédicacer mon premier bouquin, il me faudra des pages pour le faire. Il me faudra des pages pour te noyer sous les mots que je n’ai jamais su te dire, pour t’accabler de ces mots que la distance ne me permet plus de te dire.
Je t’aime.
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Dédicace
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