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 LA LIGNE

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MBS

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Date d'inscription : 31/10/2007

MessageSujet: Re: LA LIGNE   Jeu 13 Nov 2008 - 0:51

LA LIGNE


Au nord de la ligne, il n’y a rien qui ne me soit inconnu. Au contraire. Là-bas, c’est mon chez moi, c’est ma vie. Mais un jour, des diplomates ont décidé que l’Histoire avait tous les droits, que la marche des nations n’avait que faire des hommes tels que moi. Ils ont tracé une ligne sur une carte. Au nord, eux. Au sud, nous. Et tous les « nous » qui étaient du mauvais côté de cette foutue ligne ont dû partir en abandonnant tout ce qu’ils ne pouvaient pas porter eux-mêmes ou dans leurs carrioles brinquebalantes traînées par des mulets ou des vaches rachitiques
Cette ligne qui a égratigné nos vies, elle prend pour moi une valeur plus forte encore. Jour auprès jour, je ne la quitte pas des yeux. Je la défie. Je l’affronte sans oser essayer de la franchir.
J’ai refusé d’aller plus loin. Je suis resté au plus près, survivant tant bien que mal dans cette tente que j’ai subtilisée aux volontaires de la Croix-Rouge. Sans doute que ce terrain appartient à quelqu’un mais jusqu’à aujourd’hui, personne n’est venu me prier de déguerpir. Ici tout est tellement désorganisé que je pense avoir encore quelques mois de tranquillité devant moi. D’ailleurs, j’ai commencé à planter quelques légumes et mes deux chèvres finissent de tondre les alentours.
D’ici, je vois ma maison. Celle où je suis né. Celle où j’ai grandi. Celle où mes parents sont morts, victimes de ces mêmes barbares qui aujourd’hui règnent au nord de la ligne. Ma maison et son toit de tuiles crues, ses quatre fenêtres sans vitres, sa porte à moitié éventrée. Elle semble peser sur l’horizon. Chaque matin, mon premier regard est pour elle et le soir, je la regarde doucement s’endormir dans les derniers rayons rasants du soleil. Parfois, je distingue des mouvements. Sans doute qu’il y a là quelques militaires qui surveillent la ligne… Dès fois qu’avec nos fourches et nos regrets nous aurions tenté de venir récupérer ce qui nous appartenait. Impensable ! Nous ne sommes que des paysans, pas des soldats. D’ailleurs, s’il y a eu des pleurs et quelques gestes de résistance, nous sommes partis résignés et sans chercher à nous battre.
Dans ce coin de plaine perdu entre les sommets toujours enneigés qui dressent leur couronne à l’alentour, un nouveau temps est venu. Celui de la partition, celui de l’abandon, celui du déracinement. Il a bien fallu en prendre son parti. De ce côté-ci de la ligne, il n’y a rien que des cailloux et des roches qui jouent à se monter dessus pour bâtir une montagne. Rester ici était impossible… Mes amis, mes proches, les compagnons de mon existence ont tous tentés de rallier la ville. Moi je me suis accroché à la pente comme une chèvre sauvage.
Depuis deux jours, les mouvements sont plus nombreux au nord de la ligne. Des camions, des engins de travaux tous revêtus de peintures de guerre. Ils ne vont pas quand même pas aller plus loin, nous repousser encore plus loin, nous éloigner davantage de nos terres. Celles où flottent toujours l’esprit des anciens et la mémoire de notre peuple. Peut-être faudrait-il que je donne l’alarme ? De ce côté-ci, il passe bien quelques soldats de temps, une patrouille de quatre hommes à bord d’un véhicule tout terrain… mais sorti de ça, rien ! Pas une défense ! Pas un canon prêt à tonner contre l’envahisseur !... Ils doivent se dire sans doute que la vigueur des pentes et l’étroitesse des chemins de chevriers est la meilleure des protections contre une éventuelle invasion.
Ce matin, la noria des camions a repris de plus belle. On apporte de grands blocs de pierres qu’on enfonce le long de la ligne. Finalement, ils ne songent pas à attaquer… Au contraire, ils bâtissent une muraille pour se protéger de nous…
Eh !
Oh !
Qu’est-ce qu’ils font ?
Qu’est-ce qu’ils font ?
Ils abattent ma maison…
Ma maison…
Ma boussole…
- Non !... Non !... Arrêtez !... Ne faites pas ça !...

Est-ce que j’ai entendu la rafale de mitrailleuse me scier en deux ? Je ne sais pas… Mon corps roule dans cette terre qui n’est pas la mienne. Ma vie se vide sur ce sol qui n’est pas le mien…
Je sens que tout s’arrête… Que tout s’arrête…
Au sud de la ligne…

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