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 Quand on a des tilleuls verts sur la promenade

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade.   Ven 18 Mai 2007 - 15:06

Quand on a des tilleuls verts sur la promenade.
Les mots ne rendent plus compte de la réalité. Je vous le dis tout à trac pour prévenir ceux qui encore ici se berceraient d’illusions. Ceux qui parmi vous font encore l’effort d’améliorer leur écriture. Qui tels des artisans d’art, remettent mille fois leur « œuvre littéraire » en chantier, pour la polir, encore la ciseler, reprendre pour l’énième fois telle phrase qui ne « rend » pas, afin que peut-être un jour un public ébloui lise dans l’agencement subtil d’un vocabulaire recherché la quintessence d’une pensée, que dis-je ? l’âme d’un Auteur.
Loin de moi pourtant l’idée de critiquer de si louables intentions. Ces gens ont du mérite. Celui de leur travail. Et je suis le premier à applaudir leurs chefs d’œuvre. Non, mon propos n’est pas de vilipender de consciencieux apprentis écrivains qui se culpabilisent suffisamment par la recherche perpétuelle de leurs fautes. Certains même les expiant à longueur de forums, s’auto flagellant pour quelques malheureux participes passés rétifs à leur plume comme pour mieux faire accroire que tous les poètes sont maudits.

Je prétends aujourd’hui que la malédiction n’est pas le fait de « mauvais poètes », mais des mots eux-même qui trahissent impunément leur fonction.
Vous pouvez toujours continuer à les cajoler si cela vous chante, je vous préviens seulement que vos mots tout comme les miens risquent de n’en faire qu’à leur tête. Ils se présenteront en désordre sur le bout de votre langue, s’y perchant, jacassant entre eux avant que de s’exprimer. Non, c’est pas çà ce que je voulais dire ! : C’est trop tard, ils se sont déjà envolés. Ils précèdent ainsi votre pensée et si vous cherchiez encore à les contenir avec des moyens aussi dérisoires que de tourner sept fois votre langue dans votre bouche ou que vous tentiez de les apprivoiser dans les filets de votre écriture pour parfaire ce que vous vous étiez décidé enfin à dire, tous ces mots que vous vouliez taire sont, depuis belle lurette, partis nicher dans les oreilles du voisinage. De là maintenant, à les déloger !

-J’ai pas voulu dire ça !
-Tu l’as pensé ! C’est pire !
Et voilà encore une prise de bec qui reprend ! Je vous le demande : Comment comptez-vous l’arrêter ? Avec vos propres mots ? Vous n’y pensez pas sérieusement ! En ce qui me concerne, ça fait bien longtemps qui se sont alliés à ma femme. A l’époque de notre rencontre, il est vrai, je m’étais laissé aller à lui glisser quelques mots doux. D’autres, plus passionnés m’avaient même échappé. Enfin, bien avant qu’officiellement je ne me prononce, que je ne lui demande sa main, mes mots m’avaient depuis longtemps pris la mienne. Et eux, pas gênés, faisaient bon ménage avec ma future. Je ne vous dirais pas que j’étais jaloux : amoureux donc aveugle, je ne rendais compte de rien. Par contre, méthodiquement, mon aimée collectionnait tous mes billets doux, mes déclarations, mes envolées lyriques, mes petits poèmes, mes chagrins et mes confidences sur l’oreiller, enfin tout ce que j’ignorais alors être ma propre production. Mais quand, (et cela malheureusement arrive tôt ou tard dans un couple), nous avons eu ensemble nos premiers mots, j’ai tout de suite compris que j’avais perdu tous les miens : ils étaient passés avec armes et bagages dans le camp opposé. Bien sûr, diplomatiquement, on m’en délaissait toujours la paternité mais, par une sorte d’ingratitude, ceux-ci avaient délaissé leur sens premier pour se retourner contre moi si bien que je ne les reconnaissais plus.
-Mais enfin, Chouchou, je n’ai jamais pu te dire une chose pareille ?
-Tu l’as dit, le jour de notre premier anniversaire de mariage alors que nous revenions de chez Maman !
-Oh ! Comment as-tu pu croire cela ? Sans doute, à l’époque j’avais juste voulu dire que ta mère te promenait avec tous ses principes, mais…
-Ah ! Non ! C’est trop facile ! Ne mêle pas Maman à cela ! Tu n’as vraiment aucun cœur…


Les mots choisissent leur réalité comme on change de chemises car au fil des jours, ils se plaisent à travestir leur première vérité. Et plus vous avancez en âge, plus vous acquérez l’expérience qu’ils ont chacun dans leur garde robe une multitude de sens cachés. Il faut être naïf comme les poètes pour croire à la pureté du langage, aux mots nus; combien de termes, vieux roublards, ont-ils depuis des siècles roulé leur bosse parmi leurs nombreux champs sémantiques ? Ils en reviennent avec des significations contradictoires si bien que l’on doit recourir pour encore les comprendre à des recherches éreintantes sur leurs étymologies. Dans les forêts du langage, ils se comportent comme de drôles d’oiseaux se déplaçant d’arbres en arbres et de branches en branches et dont vous n’identifierez peut-être l’espèce que par, soit les sonorités de leur chant, soit les couleurs de leur plumage, soit encore la marque de leur bec sur l’écorce des vieux troncs. Alors dans les taillis ésotériques, dans la pénombre des jargons spécialisés, sous le couvert de contextes obscurs, les mots changent de registres et malgré son chant radieux, le rossignol ne vous servira plus de clé.

Ce matin, j’ai dit à ma chienne : Viens donc te promener. C’est un mot qu’elle comprend : promener. Qu’elle apprécie. Elle l’apprécie tous les matins. A la même heure, depuis dix ans. Ma chienne et moi, nous avons nos habitudes. Non pas comme un vieux couple car nous ne nous disputons pas. Elle aime à m’obéir, à me faire sentir : c’est toi qui dis ! Elle ne coupe pas la parole, d’ailleurs elle ne parle jamais. Nous savons ensemble l’heure de la promenade mais elle sait aussi que je suis un humain, et, pour me faire plaisir, elle attend que je parle. Dès que je me suis prononcé, qu’officiellement j’énonce le mot « promener », elle se lève, remue la queue, se dirige vers la porte où elle patiente afin que j’enfile mes chaussures. Elle a la même patience pour ma manie à mettre des chaussures que ma manie à parler. Elle, sans chaussures et sans langage se soucie un peu des nouvelles odeurs que ses congénères ont déposées durant la nuit dans le quartier. Elle fait également ses besoins dans le grand champ. Puis, elle me promène encore un peu car elle voit bien que je n’ai pas fini de réfléchir. Je lui fais part de ce texte que je compte vous écrire, écoute mes arguments mais ne me dissuade en rien. Tout juste propose-t-elle de s’aventurer un peu plus loin sous les tilleuls afin que je lui expose plus précisément telle ou telle idée. De retour à la maison, je lui dis « couché » pour qu’elle s’installe dans sa panière. Elle me regarde écrire. Empêche par sa présence aux chats d’accéder à la chatière. Ils doivent se contenter de regarder les oiseaux à travers la baie vitrée. Ceux-ci font leur toilette en se servant de l’eau des écuelles.
Ainsi tous les jours, ma chienne fait son travail. Elle me garde, moi, mes chats mes tourments et mes mots. Me rend compte de ma réalité. Je crois qu’elle a un peu pitié de moi. Les chats sont plus faciles à contenir que les mots. Ils ne sont pas aussi cruels. Enfin, c’est moi qui observe cela. Pas elle. Elle va encore se dire que je me fais des idées.
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Romane
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Ven 18 Mai 2007 - 15:18

Tout ce qui parle des mots, du langage, me fascine. Il y a ici sous l'aspect humoristique, des évidences fort bien dites.

Parfois, sais-tu, j'aimerais être animal.

question naïve, mais tant pis : à quoi ça sert, de communiquer avec les mots.... ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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LylaTsB

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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Ven 18 Mai 2007 - 15:29

En te lisant, j'entends la voix de Raymond Devos... Sa voix va bien à tes mots... et je pense aussi à un album jeunesse où Lola (petite hamster) se réveille avec des mots plein la bouche ; elle sent les mots s'accumuler et gonfler ses joues toute la journée parce qu'elle ne veut pas les laisser s'échapper et, jusqu'au soir, les retient, prisonniers malgré les sollicitations de la maîtresse, de ses camarades, du chauffeur de bus, etc... ; lorsqu'enfin elle rentre chez elle, après sa journée de classe, prête à exploser, elle doit encore attendre et attendre que ses parents soient disponibles... et elle lâche le flots d'un coup, juste aux portes du sommeil, un flot de mots doux, source intarissable d'amour.
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 14:31

je suis passé au moins quatre fois sur ce fil. à force, je me suis dit : il faut que j'y laisse un mot, il m'intrigue pas mal ce texte. j'ai beaucoup aimé l'amorce, cette manière d'embrigader l'auteur-lecteur classique des forums, de le coincer en somme, de l'épingler direct, le "forçant" à poursuivre la lecture, d'autant que personnellement, je me suis carrément reconnu dans la description du premier paragraphe.
je rejoins Ro dans son commentaire : au delà de l'humour et de la fraîcheur de tes mots, de ton style (cette façon d'écrire que je trouve à la fois naturelle et maîtrisée, décomplexée, dirais-je encore), sont énoncées certaines vérités finement observées. j'avoue avoir été complètement séduit tout du long. merci pour ce(s) bon(s) moment(s), donc.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 14:50

Vous ne laissez que des mots gentils sur ce fil. Que dois-je penser de cette réalité. Inquiet, j'en ai touché un mot à ma chienne. Pour toute réponse, elle a haussé les épaules.
C'est vrai que d'habitude, c'est elle qui se fait caresser.
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 14:59

fallait que je la fasse, navré d'avance, mais tant que ce n'est pas toi qui remues de la queue, tout va pour le mieux...
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 15:40

K a écrit:
fallait que je la fasse, navré d'avance, mais tant que ce n'est pas toi qui remues de la queue, tout va pour le mieux...

je suis comme ma chienne: je ne porte pas de lunettes.
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Romane
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 16:33

Vic Taurugaux a écrit:
je suis comme ma chienne: je ne porte pas de lunettes.

Tu fais "citer" pour le voir en taille normale. Seuls les invités non inscrits ne peuvent pas voir.

C'est bien pask'on peut s'dire des trucs dans l'oreille sans que personne hors maison entrave quoi que ce soit. Gaga

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 19:31

Dehors, le rossignol s’est remis à chanter. C’est le printemps. On le voit au vert particulier du tilleul. L’oiseau chante uniquement pour marquer son territoire. Voici seulement trois jours qu’il vitupère ainsi, enchaînant les trilles aux trémolos, les roulades aux murmures, les hésitations, les courts silences suivis de crescendo flûtés. Il revient d’Afrique. Vous me direz, pour un nouveau venu, c’est beaucoup de bruit mais son voisin niche à moins de cinquante mètres : il ne s’agirait pas de se faire clouer le bec. Pour l’instant, il est sans domicile fixe. S’il ne chante pas, quelle femelle le reconnaîtra ?
Mes chats, tout ce tintamarre : ça les rend fous. Eux, adeptes du silence, de la mesure, de la pondération ne comprennent absolument pas ce laisser-aller qui se prolonge d’ailleurs fort tard dans la nuit. Ils les épient sans cesse. Ils n’en dorment plus. Ils sont au comble de l’exaspération. S’ils s’écoutaient, ils voleraient dans les plumes de ces intrus. Mais, mes chats ne s’écoutent pas. Du fait de ma chienne qui exige que dans la maison de son maître règne le calme absolu. Aucune violence n’y pourrait être tolérée. Rien ne doit troubler la réflexion du Maître quand celui-ci écrit. Alors, pour marquer tout de même leur indignation, et singeant la béate suffisance de leur geôlière qui se flatte seule de la superbe de sa propre autorité, ils remuent également la queue.
La Nature ne saurait déranger la Culture. La Nature n’a aucun talent : elle existe par elle-même. Elle se suffit à elle-même. Le rossignol ne se pose aucune question métaphysique du genre : mon chant est-il mélodieux ? Il s’en tape de la mélodie. Ce qu’il reluque c’est uniquement une femelle suffisamment dégourdie pour lui couver sa prochaine progéniture. Et une fille comme ça, croyez-moi ou ne me croyez pas après tout je m’en fiche, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. Alors faut chanter. Ca n’amuse personne mais c’est comme ça. C’est la Loi de la Nature. Les rossignols s’égosillent à chanter pendant que les chiens stupides remuent la queue. Une chose pourtant m’intrigue. Je l’ai apprise sur Internet alors que je composai cet article. Le jeune rossignol ne sait pas chanter. Véridique. C’est son père qui le lui apprend : il lui donne des cours de chant ! De là à dire que si les pères n’étaient pas des maîtres-chanteurs, l’espèce elle-même n’existerait pas, ce serait faire affront à leurs dames. Une autre particularité de ces oiseaux, c’est d’être invisible aux humains. Mes chats, eux, les voient bien. A vrai dire présentement, ils ne voient même que ça. Mais moi, j’ai beau les entendre, savoir qu’ils sont au moins une dizaine à guère plus de trente mètres, je suis absolument incapable d’en voir un seul. C’est une autre loi de la Nature : à la différence de mes deux féroces matous, je ne peux saisir le rossignol que grâce à mon imagination.

Marie de France, première femme écrivain de langue française et dont on ne sait sur elle que ce qu’elle veut bien nous en dire dans l’épilogue de ses Fables : « Marie ai num, si sui de France » (j’ai pour nom Marie et je suis de France) traduit en fait de vieux contes bretons dans la nouvelle langue des troubadours. Elle calligraphie un recueil de douze « lais » qui sont autant de transpositions en octosyllabes à rimes plates des aventures qui composaient jusqu’alors la « matière de Bretagne », c’est à dire les amours adultérines agitant la cour. Transposer par l’écrit la tradition orale des bardes pour la rendre exprimable par les troubadours est un véritable exercice de langue nécessaire à cette nouvelle diplomatie qu’est la courtoisie. Le plus célèbre de ces lais est celui du Chèvrefeuille qui conte les amours de Tristan et Iseult, mais il existe également le Lai du Laostic (eostig en breton étant le rossignol) et qui illustrerait peut-être un peu notre propos. En voici donc une version :

Ils s’aimèrent ainsi, longtemps, d’amour réciproque, jusqu’à un soir d’été, quand les bois et les prés reverdissent et que les vergers sont fleuris. Les oiselets en grande douceur, chantent leur joie parmi les fleurs. Celui qui aime selon son désir est-ce étonnant qu’il s’y livre entièrement ? Du chevalier, je vous dirai la vérité : il s’y livre de tout son pouvoir ; et la dame aussi, de son côté, tout en parlers et en regards ! La nuit, quand la lune luisait et que son seigneur était couché, souvent elle se levait et s’enveloppait de son manteau. Elle venait se mettre à la fenêtre, car, elle le savait, son ami était à la sienne : il veillait la plus grande partie de la nuit. Ils avaient du moins le plaisir de se voir puisqu’ils ne pouvaient avoir davantage.
Elle se tint si souvent à la fenêtre, elle se leva si souvent, que son seigneur s’en irrita et maintes fois lui demanda pourquoi elle se levait et où elle allait :
« Sire, lui répondit la dame, il ne connaît pas le bonheur de ce monde celui qui n’entend pas le laostic chanter : voilà pourquoi je me tiens ici, je l’entends si doucement la nuit que cela me semble un grand plaisir. Il me charme si bien, je désire tant l’entendre, que je ne puis fermer l’œil !
Quand le seigneur entend ce langage, de colère et de méchanceté, il se met à rire. Il lui vient une idée : il prendra le laostic. Il n’est valet dans sa maison qui prépare engin, rets ou lacets : ils les placent dans le verger. Pas un coudrier, pas un châtaigner qui ne soit muni de lacets ou de glu : le voilà pris et retenu.
Quand ils ont pris le laostic, ils le remettent, tout vif, à leur seigneur. Il fut plein de joie quand il le tint. Il vint à la chambre de la dame.
-Dame, fait-il, où êtes vous ? Avancez ! Parlez-moi ! J’ai pris à la glu le laostic, pour lequel vous avez tant veillé ! Désormais vous pourrez dormir en paix : il ne vous éveillera plus !
Quand la dame l’a entendu, elle est dolente et affligée : elle le demande à son seigneur. Mais, de colère, il le tua. Il lui brisa le cou de ses deux mains : ce fut grande vilenie ! Il jeta sur la dame le corps de l’oiseau, et lui tacha sa robe, un peu, devant, sur la poitrine. Puis, il sortit de la chambre.

La dame recueille le petit corps. Elle pleure amèrement, elle maudit ceux qui ont pris le laostic avec leurs engins et leurs lacets, car ils l’ont privé d’un grand bonheur.
Hélas, fait-elle, quel malheur ! Je ne pourrai plus me lever la nuit, ni me tenir à la fenêtre où j’ai coutume de voir mon ami. Je sais une chose, à coup sûr, il croira que je me dérobe, il faut donc que j’avise. Je lui enverrai le laostic et lui ferai savoir cette aventure !
En une pièce de satin doré brodé de lettres d’or, elle enveloppe l’oiselet. Elle appelle un valet, le charge de son message et l’adresse à son ami. Il arrive auprès du chevalier, le salue de la part de sa dame, lui transmet son message et lui offre le laostic.
Quand il eut tout dit, tout montré, le chevalier qui l’avait bien écouté fut désolé de l’aventure, mais ne se montra ni vilain ni lent. Il fit forger un coffret, non pas de fer et d’acier, mais tout d’or fin, ornée de belles pierres précieuses, d’une immense valeur. Le couvercle en était fort bien ajusté. Il y plaça le laostic, puis, il fit sceller la châsse. Toujours, il la fait porter avec lui.
Cette aventure se répandit : on ne put la celer. Les Bretons en firent un lai qu’on appelle « Le Laostic » . C’est rossignol en français que s’appellerait cette aventure.



Sept cent ans plus tard, un jeune homme constate :
« Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin »puis, dixit :
« Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire ».
Tous comme les rossignols, les mots ont besoin de garder leurs secrets pour conserver et leur attrait et leur liberté.

Je suis allé chez mon libraire pour lui présenter mon texte. Il l’a lu puisque c’est mon ami.
-Alors ?
-Dans ma librairie, j’ai également plein de rossignols !
J’étais ravi. Je n’osai lui demander de me les montrer puisque (je vous l’ai déjà dit) les rossignols : on ne peut les voir. Il faut les mériter. Mais lui, pas snob pour un sou me répondit que je pouvais les consulter à ma guise voire en emporter gratis chez moi si cela me chantait. Il me donna un escabeau et me dit :
-Regarde, je les ai tous rangés sur l’étagère du haut.

Grâce à mon ami, j’ai appris un nouveau mot. Sur qu’il va me servir pour me rendre compte de ma réalité !
Dans son langage de commerçant, un rossignol, c’est un invendu.


Dernière édition par le Lun 21 Mai 2007 - 9:42, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Dim 20 Mai 2007 - 19:51

Citation :
En langage de libraire, un rossignol, c’est un invendu.

En langage de tout commerçant, mon beau Vic. tricot

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Lun 21 Mai 2007 - 12:21

c'est pas aussi une clé "passe-partout" en argot ? MontEnL'airSourire
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   Lun 21 Mai 2007 - 13:46

Un trousseau de clés qui servait de passe-partout aux serruriers puis aux cambrioleurs. Ces monte en l'air excusaient le bruit des clés s'entrechoquant en vous faisant croire au chant du rossignol. Arsène Lupin gardait alors son savoir-vivre tout en visitant votre chambre nuitamment.
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MessageSujet: Re: Quand on a des tilleuls verts sur la promenade   

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