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 Les mots-valises.

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: les mots-valises.   Mer 23 Mai 2007 - 19:14

Dans le cadre de la francophonie, un concours de texte portant sur les mots migrateurs avait été lancé en 2006. Ces mots migrateurs, c'est à dire qui ont voyagé dans plusieurs langues, étaient dans la consigne au nombre de douze: amour, passe-partout, abricot, bizarre, clown, bijou, valse, chic, safran, queue.
Voici ma copie (hors sujet car trop longue, il fallait faire une page!!!)

L’amour est la seule chose que le partage grandit.
Massa Makan Diabaté in Chants populaires du Mali.




Les mots-valises.

D’aucuns imaginent que nos mots-valises sont des mots fourre-tout. Je prétends que ceux-là se trompent. Ainsi existent deux sortes de voyageurs. Ceux qui, routards, entassent pêle-mêle tout un bric-à-brac de brosses à dents et de brodequins nauséabonds dans l’argot de leurs sacs encore ados et ceux, plus mûrs sinon plus sages, qui, songeant aux aléas des promenades vespérales, empilent soigneusement cardigans et autres étranges oripeaux dans de savants bagages que les contrées lointaines exigent. Parfois dans nos aérogares, ces deux peuples se croisent. Agent de sécurité, je scanne indifféremment l’intérieur de leurs différents vocabulaires afin que, sereins, tous embarquent sans danger avec dans les soutes de nos aéronefs tout ce galimatias français sensé nous représenter à l’étranger.
- “Departure : Fly number three, gate thirty-two.”
La voix de Stéphanie, ma charmante collègue de la Garenne-Bezons m’informe du prochain flot à venir: des provençaux qui sentent l’aïoli, des bretons qui baragouinent, des banlieusards qui jactent haut et deux belges qui se sont trompés de vol. Tous ces francophones pérorant fort sur la mauvaise tenue de leurs compagnies aériennes low-cost ne s’aperçoivent pas le moins du monde que ce dernier les invite à prendre place dans la « queue » déjà formée par des anglophones disciplinés. C’est qu’ici, chacun possède sa propre grammaire, et, dans cette tour de Babel que ressuscite le terminal E de l’aéroport de Roissy, les pictogrammes pourtant simplifiés à l’extrême semblent aussi indéchiffrables que des hiéroglyphes. Seuls, le sourire de nos hôtesses trilingues arrive à démêler toutes ces circonlocutions gestuelles si nécessaires à un simple embarquement. Car le voyage reste le voyage et l’amabilité en demeure le passe-partout.

Privés donc d’un utopique idiome universel, chacun est accueilli en cabine avec le strict vocabulaire autorisé pour la durée d’un vol international. L’équipage, soucieux de nos personnes, espère donc, pour nous transmettre les consignes de sécurité, un minimum d’attention. Il s’agit que chacun comprenne l’emploi du gilet de sauvetage. Mais, un des passagers est italien. Lui aussi parle avec les mains. Vous le reconnaissez de suite à sa mise bigarrée, et les couleurs extravagantes de son costume n’ont, sinon pour fonction de faciliter son éventuel repêchage en mer l’intérêt pour tous d’identifier là Arlequin. Il vitupère autant qu’il gesticule, baroque, biscornu, extraordinaire, insolite et surprenant. Il vient de Naples. Ceux qui ne connaissent pas sa familiarité avec le Vésuve s’inquiètent de sa verve. C’est qu’il est d’une plaque tournante qui des Etrusques aux Grecs et aux Romains, des Normands aux Catalans, des Byzantins aux Bourbons forme depuis l’Antiquité, le chaudron, le melting-pot de tout ce que ces cultures ont eu à dire. Il résume tout cela à qui veut bien l’entendre, mais son brio semble quelque peu bizarre.

Cela ne trouble nullement le flegme de son voisin britannique. Il l’invite à la boucler.
-Your belt, of course, didn’t you ?
Il l’aide en l’attachant lui-même, car possédant plus de gravité il suppose que son compagnon de vol est peu sensible aux manifestations de l’apesanteur. Il connaît bien cet Auguste sorti tout droit de la Commedia dell’Arte. C’est également un personnage de la farce anglaise. Un bouffon indispensable à la Couronne. Shakespeare a longtemps disserté sur son rôle. Sur la nécessité de son humour. Outre-manche, on nomme ce genre de charlot, un clown.
Enfin, est tiré le manche à balai, (à moins que ce ne soit le joystick) et c’est l’envol. Le tarmac s’éloigne. On sent la forte poussée des réacteurs et le pilote communique à tous ce bonheur d’être enfin un oiseau. Un grand voilier de l’espace. Fils de bretons, les ancêtres de cet aviateur étaient déjà capitaines au long-cours. Petit, les scrutant du haut des falaises, par delà les rochers, ils les savait voguant via la Compagnie des Indes, barrant leurs lourds gouvernails pour rapporter d’Orient, soie, tissus chamarrés, moult épices et le précieux safran. Car, survolant les cailloux, de tous temps, bien au-delà d’Ouessant, planaient albatros et goélands. Tous ces oiseaux que le vent porte au delà de l’horizon. Rêves de voyages vers les contes des mille et une nuits pour celui qui ne connaissait comme amarres que l’espièglerie des korrigans. Aussi, décelant chez icelui ce désir d’ailleurs, pour mieux l’ensorceler dans leurs gigantesques rondes, les compagnies aériennes eurent-elles tôt fait de lui passer la bague au doigt.
-Ce coucou est un véritable bijou ! se plait-il alors à marmonner dans son cockpit ultra-sophistiqué sans se douter un instant de l’étymologie de ce mot.
Mais, c’est le brouhaha en cabine, il est déjà l’heure du repas. Valses des chariots, re-sourires des hôtesses, coupes de champagne ! Quel chic ! Nous survolons Vienne, le palais des Habsbourg, l’opéra et le Danube qui descend vers Bratislava. Pour ouvrir le bal, on vous sert des Pariser Schnitzel, des Speckknödel, et pour vous rappeler encore vos racines banlieusardes des Malakoff Torte et autres viennoiseries françaises. Malakoff, le « petit Vanves », souvenir des fortifs mais déjà aussi de Sébastopol que nous dépassons, Sébastopol et la guerre de Crimée. Ainsi le voyage tout en avançant au dessus de l’Ukraine recule dans notre passé. Mac-Mahon, y affirmant : « J’y suis, j’y reste ». Mais que reste-il de notre langue dans cette ville oubliée, de notre amitié désapprise avec les Ottomans ?
Là-bas, plus loin mais déjà si proche, Istanbul dore comme toujours au soleil les immenses coupoles de ses mosquées. On entrevoit à peine le palais de Topkapi et la grandeur oubliée du Sultan. Mais on distingue très bien la Corne d’Or et l’on se rappelle alors ce long séjour que nous a décrit Pierre Loti. Dans le bleu de l’azur flottent maintenant vers nous d’anciennes réminiscences comme la vapeur des roses sortant des narghilés. Le harem, les contes des mille et une nuits ! La porte de l’Orient! C’est que, durant toute cette guerre interminable à leurs côtés, bien plus que le choléra, se répandait en nos rangs l’inquiétante étrangeté de ces mercenaires aux visages patibulaires et que nous appréhendions bien que les ayant grassement payés. La peur de l’Autre laisse des séquelles que l’on retrouve parfois là où l’on ne les attendait plus. Souvenez-vous encore de notre vieux capitaine au long discours ne jurant qu’avec effroi en se rappelant leur nom : les terribles Bachi-bouzouks des Carpates !

Notre voyage s’arrête là. Sur le Bosphore. A la porte de l’Europe. Au bord de la moderne Turquie. Pour mesurer toutes ces frontières survolées, la langue française ne peut le faire qu’à l’aune de son histoire. Et de l’histoire de cette région quand on apprend scientifiquement que les doux abricots, (Prunus armeniaca) scellant cette ancienne amitié franco-ottomane provenaient d’Arménie ! Histoire heureuse de ces tentatives de mariages entre empires et cultures mais aussi Histoire terrible de leurs chocs, des génocides et de toutes ces guerres qui ont vu tant et tant d’humains s’entre-tuer.
Alors, toutes ces valises de mots qui nous pèsent n’appartiendraient-elles qu’à de doux rêveurs?
Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !*


Mais le vert paradis des amours enfantines,
L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs
Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ?

Tout comme le poète, Shéhérazade nous tient éveillés. Sa voix langoureuse comme un loukoum nous berce malgré l’appel du muezzin.
Pour enjamber le Bosphore, volez donc l’identité d’un de ces deux jumeaux belges qui voyagent par mégarde avec nous. En un tour de passe-passe, échangez la dernière lettre de leur nom qui seule les différencie, et grâce à ce sésame, passez sur l’autre rive. Là, globe-trotter en knickerbockers, appareillez en compagnie du capitaine à la recherche de l’ami Tchang. Consolez au passage de sa monstrueuse solitude le Yéti. Et si au lieu de vous sourire, le Grand Lama vous crache à la figure, c’est que vous êtes déjà tout près du Temple du Soleil. Tintinophiles, tintinnabulez comme des Gilles, l’Eldorado est désormais à votre portée.
-Bizarre, bizarre…vous avez dit bizarre mon cher cousin, comme c’est bizarre…
Réveillez-vous bien vite, tout cela n’était qu’un rêve, nous sommes déjà de retour à la maison ! Il est temps de défaire les valises pour remiser dans votre armoire-glossaire tous ces mots étranges collectés à l’étranger.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Les mots-valises.   Mer 23 Mai 2007 - 19:17

Glossaire :

Mots d’origine anglaise :
Cardigan : Veste du comte de Cardigan.
Cockpit : Fosse aménagée sur les ponts des navires de sa Gracieuse Majesté pour les combats de coqs. Bien plus tard, habitacle du skipper, plus tard encore, habitacle des pilotes.
Globe-trotter: Reconnaissable à son sac à dos.
Joystick : « Bâton de plaisir » qui remplace avantageusement le manche à balai, instrument de sorcière tombé en désuétude.
Knickerbockers: Pantalon new-yorkais pratique pour jouer au golf .
Low-cost: Moins cher?
Melting-pot: Récipient utilisé par les Américains pour leur brassage des cultures.
Queue : Mot que les Anglais nous ont volé et qu’ils nous obligent maintenant à rattraper dans tout ce manège en courant après Mickey.
Scanner: Radiographier.
Tarmac: Sorte de revêtement à base de goudron et de plumes due à Sir Macadam et fort utile pour l’envol de la jet-society.


Mots d’origine allemande:
Chic: Bien que d’origine poissarde, c’est à dire grossière en français, permet aux allemands de désigner ce qui est élégant. Peut-être traduit chez nous par l’expression « avoir du chien »
Knödel: Boulette allemande.
Schnitzel: Escalope viennoise empruntée aux Autrichiens par les Anglais dès 1854
Valse: Cf. Vienne.


Mots d’origine arabe :
Safran: Zafarân : Tout à la fois épice précieuse et élément du gouvernail qui permit à nos bateaux de nous la ramener.
Harem : Oasis clos oriental convoité par les occidentaux souffrant de monogamie chronique. Voir paradis.
Sultan: Forme francisé du padischah, propriétaire du harem.
Mosquée: Endroit d’où l’on se prosterne vers la Mecque..
Muezzin : « jette une mystique impression d’Islam, même aux étrangers incroyants » selon Pierre Loti
Loukoum : Idem selon moi.


Mots d’origine espagnole :
Eldorado : Voir paradis
Lama : Animal péruvien de la famille des chameaux ayant tendance comme ceux-ci à martyriser un célèbre capitaine.


Mots d’origine tibétaine :
Lama : Moine habillé d’une robe de couleur safran.
Yéti : Version tibétaine de : « Loup, y est tu ? »



Mots d’origine grecque :
Choléra : à l’origine du mot colère, maladie rapportée de la guerre de Crimée en Provence et décrite par Giono dans « Le hussard sur le toit »
Flegme : Au XVIIème siècle, les Français parle du flegme espagnol et au XIXème du flegme britannique ???
Hiéroglyphe : Pictogramme facilement lisible quand on s’appelle Champollion.
Horizon : Ligne derrière laquelle se cache le paradis.
Paradis : Place laissée aux pauvres dans les théâtres. Voir également Eldorado et harem.
Sésame : Céréale passe-partout. Empr. Au lat. sesamun, pris au grec sesamon, viendrait d’Asie. Marco Polo nous le rapporte sasimain. Représente la clé de l’opulence chez les peuples affamés. Cf Ali Baba.


Mot d’origine française :
Passe-partout : (1567 : « homme audacieux ») Cf Arsène Lupin.
Brosse de boulanger, servant à enlever la farine du pain.


Mots d’origine bretonne :
Baragouiner :de bara(pain) et gwin(vin) Pour quémander son pain et son vin, un poilu breton durant la guerre de 14-18, voit sa langue traitée comme galimatias par l’état-major français. Le baragouin breton étant alors dans cette boucherie équivalent au charabia des auvergnats.
Bijou : bizou: anneau pour le doigt.
Goéland : Oiseau des mers migrateur cousin de l’albatros.
Korrigan : Génie de la nuit semblable au djinn.



Mots d’origine portugaise:
Albatros : Oiseau des mers migrateur cousin du goéland. Inspire le poète.
Baroque : Barocco : petite perle informe. Synonyme en français de bizarre.


Mots d’origine italienne :
Bizarre : De l’it. « bizarro » : coléreux que les Espagnols traduisent par brave ! Les Français, eux, trouvent leurs voisins du Sud bizarres.
Brio : D’un Italien qui s’exprime avec brio, un Allemand lui concédera volontiers un certain chic.
Opéra : Là où les Italiens s’expriment avec brio. Traduit dans toutes les langues par un Autrichien dénommé Mozart. Auteur entre autres de « l’Enlèvement au Sérail » Cf paradis.
Commedia dell’arte : Idem, la musique en moins.


Mots d’origine persane :
Narghilé : Instrument utilisé par P.Loti mais aussi par les Dupondt afin de se mêler aux autochtones, je dirais même plus aux indigènes. Jumeau de narguilé.


Mots d’origine néerlandaise :
Amarres : Liens servant à être largués.



Mot d’origine provençale :
Aïoli : Variante odoriférante de l’accent provençal…
A défaut de morue, peut également se consommer avec du haddock.


Mots d’origine patronymique :
Arlequin : Clown italien.
Auguste : Clown français
Charlot : Clown anglo-américain
Gille : Clown belge
Pierre Loti, (1850, 1923) académicien français, grand voyageur, sera également clown en 1878 au cirque Frediani.


Mot se voulant international :
Mètre : En anglais (meter). Un dix millionième du quart d’un méridien terrestre. Détenu jalousement par la France au pavillon de Breteuil et représentant la mesure universelle, celui-ci permet surtout aux Français de conserver la leur par rapport à l’étranger : l’aune française est supérieure au mètre de huit à vingt centimètres… environ !
Abricot : Fruit fendu. Toutes ses étymologies s’accordent à dire qu’il est le fruit défendu.
Loc, fig. Erotique : Sexe de la femme. « Il la baise […] il lui mord l’abricot jusqu’au sang » (Tony Duvert, Paysage de fantaisie)
. Cf Paradis.




Onomatopée d’origine animale
Coucou : du latin cuculus, se traduit en anglais par cuckoo, en allemand : der Kuckuck, en espagnol : el cuco, en italien : il cucù, en polonais : Kukulka, en suomi :Käki ,en néerlandais :Koekoek En français cocu désigne aussi celui qui, délaissant le nid et rêvant de harems est parti en voyage sans Madame.





Moralité :
Pour restez aimable de par le monde, ne vous chargez pas trop de valises, faites donc comme les oiseaux, migrez légers, tout le monde vous comprendra…




Bibliographie :
Dictionnaire français en langue française. Alain Rey
Wikipédia.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Les mots-valises.   Mer 23 Mai 2007 - 19:18

*Baudelaire : L’albatros
** Baudelaire : Les fleurs du mal.
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MessageSujet: Re: Les mots-valises.   Mer 23 Mai 2007 - 21:46

Je n'ai pas encore compris quel oiseau extraordinaire tu es, pour écrire de telles histoires comme ceci plutôt que comme cela. A vrai dire, tu peux m'imaginer écarquillant les yeux pendant qu'ils te lisent. Toujours, pour ne pas dire à chaque fois.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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