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 Unoeil qui écoute et une main qui vole

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gohelan

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MessageSujet: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 27 Déc 2007 - 13:58

Il va mourir demain !

Quand il dit demain, c’est à la fois vrai et faux. Six mois de répit, à cinquante ans, c’est quasiment demain. Mais 180 jours, c’est quand même plus que 12 ou 24 heures.

Et puis en fait, ce n’est qu’une fiction. Le vrai mourant, c’est son voisin Robert qui vit ses derniers jours et depuis qu’il le sait, il est obsédé par cette question : comment choisirait-il de vivre ses derniers jours ?

C’est presque par hasard qu’il a appris cette nouvelle, par un autre voisin, Marcel, en lui disant bonjour à travers la haie qui sépare leurs jardins. Un peu sidéré, il a aussi entendu que Robert vivait seul depuis plusieurs mois, sa femme l’ayant quitté. Et il est passé au travers de cette histoire. Un peu normal, il a horreur de jouer au concierge. Mais quand même.

Un autre voisin est parti, il y a deux ans, encore un mec, décédé à la suite d’un coma éthylique, un quasi suicide, et il pensait que Robert était sur le même chemin en pente. Non, il est rongé d’un cancer.

Il l’a aperçu par la fenêtre de l’étage. D’habitude, il ne reste jamais à épier les voisins, il a trop de choses à faire. Aujourd’hui, son regard s’est attardé et il a été atteint de voir cet homme, dix ans plus jeune que lui, avancer vers l’ambulance, soutenu par le chauffeur, devenu presque impotent…Ils n’ont jamais eu de liens très soutenus, ils ont des intérêts si divergents et il n’a jamais voulu se laisser entraîner à ne faire que boire des coups à la moindre occasion chez l’un ou chez l’autre : on veut s’affirmer un homme aux yeux des autres, un qui tient le coup, de nombreux coups et on n’avoue jamais que sa faiblesse à boire, en plus des mauvais vins. A quoi ça peut bien tenir cet abandon de dignité, cette bêtise ? A un orgueil mêlé de désespoir ?

C’est là que cette question lui revient : que ferait-il de ses derniers jours, se sachant condamné ?

Il n’est pas vraiment sûr de pouvoir répondre de manière réaliste : il ne peut pas comparer son état d’esprit à celui de Robert, diminué, sûr de son sort inéluctable. Lui, il spécule, projette un vécu factice : comment savoir maintenant la vérité d’un moment qu’il ne vit pas dans sa chair ?

Déjà, s’imaginer comme Robert, autonomie limitée, sans doute en souffrance dans sa chair, peut-être assommé de chimie pour décliner clean ? Lui, aujourd’hui est lucide, bien dans sa tête, presque bien dans son corps, encore plein de projets, d’idées, d’envies…

Il faut se poser la question autrement : quelles expériences voudrait –il et pourrait-il vivre ou revivre qui lui ont laissé le goût de trop peu, des frustrations importantes ?

Boire, manger, jouir, prendre et donner du plaisir ? Le pourrait-il encore que cela lui semble bien secondaire. Marcher, sentir, découvrir, voyager, se rendre témoin du beau ? Il devient casanier. Cela nécessiterait une telle organisation, un accompagnement si lourd pour d’autres et des dépenses qu’il ne pourrait faire. Non, rien qui le mette en appétit.

S’entourer des derniers luxes, se faire élégant, flotter dans le lin ou dans la soie au milieu d’un palace, baigner dans les parfums subtils et ronronner au soleil servi par des jolies filles. Rouler sa caisse rutilante, cul sur le cuir, moteur horloge et sono comme au concert ? Non, merci, même pas.

Revoir ses films culte à se refaire pleurer, au coin du feu qui craque dans la cheminée de pierre ? Pas davantage.

Réentendre Callas une dernière fois dans la Traviata ? Oui, oh oui, mais à la dernière minute. Repartager cette émotion qui passe même au travers d’une mauvaise radio tant elle a vécu ce qu’elle chante, oui. Il veut bien que le cristal de sa vie se brise aux vibrations de cette voix là. On peut bien mourir après un bonheur pareil.

Et à cet instant, la diva le met sur la voie de ce qu’il ne voudrait pas manquer encore : un lendemain de fête.

La nuit a été courte et s’est égosillée en blagues qui ont rebondi comme des cascades, en rafales de rires crescendo, en chansons partagées. Elle s’est consumée d’un joyeux stress pour que chacun y trouve son compte de boire et de manger bon. Et le matin vient, doux, calme. Il se pelotonne à la chaleur du premier soleil et un par un émergent les copains.
Autour d’un café fort et chaud s’engagent à nouveau des échanges moins superficiels, plus vrais, plus tranquilles. Ca se lâche bien, plus vrai, plus paisible. C’est « le beau de l’échange » comme a titré un jour une poétesse appréciée de ce site où s’échangent des textes.

Voilà bien ce qu’il aimerait vivre pendant les semaines qui lui restent : une fête chaque fin de semaine et le lundi, des tonnes de beau de l’échange.

Les groupes de copains se sont faits défaits et refaits depuis toutes ces années, au gré des couples formés, déformés, des déménagements, de l’arrivée et des départs d’enfants, des aléas de la vie professionnelle et de la santé, mais cette réalité qu’il rêve éternelle est récurrente : les lendemains de ses fêtes ont toujours chanté et laissé les traces ineffaçables de leur baume tout au long des jours qui ont suivi leurs musiques.
Il en est sûr, il lui faudra au moins le souvenir de ces moments pour accompagner ses derniers jours.

Et puis après ?

L’échange, encore l’échange ! Cette fois en vis-à-vis. Ces moments rares, trop rares, où l’on peut se parler. Bien sûr, il y a les moments forts de l’amour, mais ils se rongent si vite à l’érosion du quotidien : ça vous accroche au détour d’un regard qui s’attarde et ça s’arrache au détour d’un autre qui s’égare. Il voit cela beaucoup plus large : cela lui est arrivé avec des inconnus, à la première rencontre.

La voiture pour ça est extraordinaire. On se retrouve dans cette espèce de boîte, en intimité, pas soumis au regard de l’autre…ou seulement furtivement, comme pour dire : « je t’écoute »…voilà, il y est : sentir un œil qui écoute ! Sans tourner autour du pot à meubler la conversation de tout et n’importe quoi, répétant à l’infini ce qui finit par lasser : le temps, la politique, le sport, les varices, la dernière à la télé, la première sur l’hebdo.

Non. Se parler pour de vrai, se lâcher, se livrer et voir cet œil qui écoute : « t’as peur ? », « oui, à en crever ! », « dis-moi ce que tu voudrais qu’on retienne, fais toi plaisir, raconte… ».

Avoir un œil au-dessus de sa tombe qui l’écoute câlin, pensa-t-il en souriant de parodier Hugo.

Mais il en a tant à dire que six mois n’y suffiraient pas. C’est important d’aller jusqu’au bout des histoires ? Peut-être pas. L’important, c’est de commencer et c’est vraiment cet œil qui l’écoute, ce gage d’une solitude remisée au vestiaire pour un instant, ce témoin lumineux de la présence à soi, rien qu’à soi, de quelqu’un qui choisit de n’avoir rien d’autre à faire, voilà l’important…Dire qu’on est obligé de payer pour ça aujourd’hui, sans même être sûr de ne pas se faire arnaquer !

Cela lui serait comme une boisson chaude au milieu d’un matin gris et froid solitaire. Il l’a tant fait pour d’autres, sans retour. Qu’est-ce qu’ils s’imaginent ? Que lui peut, comme ça, écouter tout le monde, porter tout le monde, et n’avoir besoin de rien ? Il est fait de la même faiblesse, des mêmes besoins qu’eux. Mais, mais on l’a toujours regardé comme un roc, une force, et personne ne se pose donc la question de son besoin à lui aussi d’être écouté. Ingrats ! Il leur en voudrait à mort de le laisser crever comme ça.

Et puis ? Ce serait sans doute là l’essentiel, car ce qui précède, il pourrait encore leur pardonner de ne plus pouvoir le vivre, il voudrait encore et encore revivre cette expérience de la main qui vole !

Comment expliquer cette alchimie ? Peut-être déjà par comparaison. Prenez un Zidane, un Pelé, un Beckenbauer, et tant d’autres, on dit qu’ils ont les pieds qui volent. Tout leur paraît facile. C’est élégant, gracieux, aérien et souvent efficace. C’est fait de quoi ? D’heures et encore d’heures de travail à partir d’une envie, d’un goût, d’une ambition tenue, de qualités naturelles. On dit qu’ils sont des dieux, sublimes, transcendants, que ce sont des artistes.

La même expression servira à un acteur au sommet de son art, à une star du schowbizz, à un cuisinier, à une danseuse, à un écrivain…. Le résultat obtenu tient du dépassement de soi. Finalement, il serait bien la rencontre d’un sujet, d’une technique et d’un objet.

Le sujet, c’est lui, c’est chacun, avec ses valises de culture, d’expériences, de sensibilité, de capacité à s’émouvoir et d’envie de l’exprimer, de qualités naturelles, de persévérance, et sans doute d’humilité et d’abnégation.

La technique concerne la discipline pratiquée. Pour tout dire, il pense au dessin , aux arts graphiques : crayon, encre, aquarelle, gravure, huile, et perspective, valeurs, nuances, tons, modelé, texture, composition…tout un univers dont on n’ a jamais fait le tour. Il peut aller jusqu’à fabriquer sa toile ou composer ses pigments, c’est chimique, physique, artisanal, toujours en recherche et en révolution.

Et enfin l’objet, paradoxalement est aussi le sujet auquel on s’intéresse parce que « quelque part »(au fond des tripes, pourquoi le cacher ?) il vous fait vibrer.
Il s’est trouvé pris très jeune dans cette rencontre à trois. Pendant longtemps, il est resté prisonnier de la fusion sujet-objet, sans voir l’intérêt- oh orgueil !- de la technique et refusant ses contraintes. Puis une fois accepté l’apprentissage, il s’est fait piéger par l’exercice, la recherche d’effet, le parti pris du nouveau, l’ego envahissant. Enfin, à vouloir trop bien faire, trop rendre compte, (il fallait à tout prix que ça ressemble), il perdait l’intérieur : celui de l’objet de son attention et le sien, à travers « son » écriture, son style…

Jusqu’à cette rencontre avec Aragon et Matisse. Il a bien dû s’y replonger des dizaines de fois dans cet « Henri Matisse, roman », édité en 71 chez Gallimard. Il n’a pas cessé de l’emprunter en bibliothèque, à la limite du troisième courrier de rappel, à chaque fois, car indispensable à son initiation et introuvable en librairie ou chez les bouquinistes.

Pour aller jusqu’au bout de l’histoire, il a enfin pu bénéficier d’une réédition de cette bible matissienne en 1998. 12 années à attendre ! Même si l’éditeur s’est contenté d’une édition en noir et blanc, - pour un des plus grands coloristes, quel gâchis !-, brochée comme un vulgaire livre de poche, il s’est contenté d’une bonne qualité de papier et d’avoir sous la main, à l’infini, des textes lumineux.

Ce sont ces lectures répétées qui lui ont fait l’effet d’un déclic, d’un passage, d’un eurêka. Elles lui ont permis une expérience sans doute réservée à ceux qui s’autorisent d’aller au bout d’un processus et qui produit comme une apesanteur, dépassé qu’on se trouve par la main qui se lâche, sans plus que le cerveau ne la contrôle vraiment…c’est « la main qui vole ».

Et cette écriture qui en sort,- il faut entendre cette écriture plutôt sur le mode hiéroglyphe ou signe chinois que sur la manière écriture littéraire-, elle dépasse l’attente et longtemps après, on se demande encore comment on a pu…Elle ne vieillit pas, elle vous a transporté, est-ce bien ma main qui l’a fait ?

L’œuvre phare qu’en a laissé Matisse est cet « Icare, fond bleu », 1943, une gouache découpée. Après l’avoir longtemps regardée, reproduite aussi, voilà les mots qui lui sont venus :
Quelque chose m’a touché le cœur et de cette blessure me sont nées des ailes, elles m’ont emporté vers les étoiles et je n’en suis pas revenu,
Car le pays des étoiles du ciel est un jardin de lumière infini où le regard se perd et les rêves aussi,
Avec humilité et plénitude.
Je vous laisse ces quelques signes pour vous dire le voyage…

Et il y ajouterait bien aujourd’hui que cette expérience est accessible à qui veut bien se donner la peine d’essayer de s’approprier, de digérer et enfin de restituer les objets de ses émotions vraies, celles qui se nichent au creux du ventre.
Attention, se donner la peine,- il a commencé par taper « épine »-, n’a pas de raccourci possible, il faut des années à faire le tour des sujets, à sonder son âme, à maîtriser l’outil.

Mais quel voyage ! Au-delà de l’imagination, vraiment dans les étoiles.

A la différence de la jouissance physique qui vous laisse surtout du manque, du vide, celle-ci vous emplit. « La main qui vole » ! Oui, cela, il ne veut à aucun prix le lâcher, serait-il condamné au lit, et jusqu’au grand départ ! Voit-on beaucoup d’artistes abandonner leur art avant qu’une incapacité quelconque les empêchent de faire ? Non, mais comment pourraient-ils lâcher leur part d’expérience du sacré ?
La faucheuse peut ricaner, là, dans ce ferment d’immortalité, elle ne saurait l’atteindre. Et rien ne saura l’empêcher jusqu’au bout de vivre à nouveau cela.

Ce n’est pas sa seule expérience qui l’a rendu aussi sûr de lui. Il n’y a pas si longtemps, il écoutait des experts parler de leur domaine d’investigation : un bonheur d’écouter s’écouler le fleuve tranquille de leur savoir maîtrisé, toujours avec humilité.
Et puis, n’est ce pas le même processus à l’œuvre dans l’écriture d’un livre ? Cette matière longtemps remâchée, explorée et qui vous coule des doigts tout à coup en un débit irrésistible. La qualité du travail est toujours un gage de vie pour ce qui ressemble à un bébé. Et dire que combien de critiques s’attardent sur les formes, les détails, les pets, qu’ont-ils compris ces fouille merdes ? Rien je crois…ils ne peuvent avoir l’œil qui écoute, l’important c’est leur papier…des chiures de mouches pourtant.

Il repense à Robert, demain il ira écouter d’un œil attentif ce qu’il voudrait lui dire, il l’interrogera sur ce à côté de quoi il ne voudrait pas passer. Peut-être saura t-il lui faire partager ses rêves pour qu’il soit déjà dans les étoiles avant d’y être pour de bon. Il pense encore que demain, c’est cette capacité généralisée à tous de faire quelque chose de ses émotions qui fera avancer l’humanité vers le divin, l’éternel, le vrai. L’art est aussi utile que le pain… rendez-vous dans une autre vie !
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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 11:51

Gohelan, je viens de tomber sur ce texte et je le trouve magnifiquement écrit.

Merci.
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 14:58

Ce n'est pas qu'il soit magnifiqement écrit qui compte... c'est ce qu'il dit. C'est ce qu'on lit.

Un oeil qui écoute, c'est bien ce que l'on est pour certains, et ce dont on aurait tellement besoin quelquefois.

La main qui vole, c'est peut-être ce vers quoi l'on tend, parfois désespérément.

Très émue par tout ça.


Dernière édition par le Jeu 3 Jan 2008 - 15:46, édité 1 fois
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Anna Galore



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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 15:46

Oui, c'est tout à fait vrai.
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Novocaïne

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 16:59

Je suis réellement bouleversée par cet écrit qui vole et qui écoute...
Peut-être parce que j'ai toujours tenté de comprendre ce que pensait mon père, ce que je penserais moi-même ...Se dire " Et s'il ne me restait que quelques jours à vivre?"

L'oeil qui écoute! Une expression qui me donne envie de voler vers elle, de poursuivre cette pensée si grande

" Il est l'heure de regarder autour et d'etendre les souvenirs comme les vieux draps qu'on dépoussière après un long hiver, il est temps pour moi de voir et de contempler sans chercher à comprendre; juste observer.
Je voyage sans voyager, j'écoute "Someone save my live tonight" d'Elton John et je nage dans cette musique, je voudrais être elle, perdurer à travers elle.
De mes trajets de mon lit à la salle de bain, je ne retiens que le plaisir de regarder encore le soleil se briser derrière une colline, derrière ce petit bois, derrière mon univers qui me semblait encore hier bien trop petit.
Mais qui écoute le soleil se lever et se coucher? Qui peut comprendre tout les secrets de l'univers dans des choses aussi simples que ça?

Se sentir trembler sous le regard de son enfant qui veut protéger. Se sentir se réchauffer sous les attentions anodines de sa chair, redemander encore de cette saveur si commune pour tous et si essentielle pour moi; partager un morceau de fromage avec un peu de bière et en faire un festin de roi car mon enfant est là.

Les regards s'osbtinent à se poser sur moi, sur mes douleurs, sur ma petite vie. Mais écoutez ce que j'ai laissé derrière moi, écoutez cette musique, écoutez mes regrets pour ne pas en faire les vôtres.
Redevenir le père qui montre le chemin ; voilà ce que je voudrais faire avant la fin..."


Merci Gohelan pour ce texte qui m'a remué les tripes

Bises
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Romane
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 18:52

J'avais rendez-vous avec ce texte, aujourd'hui. Comprenant son essentiel avant même que de le lire, j'ai attendu le silence autour de moi, l'absence de mouvements, la paix.

Gohelan, toi mon frère, toi ! Ces mots me bouleversent, je n'ai que de beaux rendez-vous aujourd'hui, me bouleversent en coeur ouvert et éveillent tant de ce que je retiens.

Essentiel. Tu y es venu dans la marche assurée de l'alchimie de tes mots, et je n'ai, de mes mains ouvertes, que le remerciement pour ce message si tellement humain.

Tu sais, comme c'est étrange, comme c'est troublant, je pense à ça depuis quelques années déjà ; depuis que je suis entrée de plein fouet dans les trois passions qui me font moi depuis toujours, mais que je ne savais pas aborder.

J'ai toujours demandé (à qui ? je ne crois pas en dieu, mais pour la circonstance, j'avoue m'être adressée à lui) la faveur de mourir debout les yeux ouverts, en pleine conscience. Pour pouvoir, dans l'ultime espace-temps dont je ne sais rien, plonger dans l'essentiel.

Depuis des années je me prépare déjà. C'est pourquoi certaines manières de m'exprimer et d'écouter, c'est pourquoi un certain regard. Déjà.

Il faudrait que cette conscience, cette nécessité vitale qui tord les boyaux dans la crainte d'en louper une once, il faudrait qu'elles nous envahissent le plus tôt possible, bien avant la question que l'on se pose, parce qu'on est témoin d'une fin de vie et de ses conséquences pendant, de toute l'impuissance de l'après qui vient trop vite, trop fort, trop foudroyante.

Pardon, je pourrai te paraître décousue, mais dans l'abondance des pensées qui se bousculent, je ne sais plus être concise, ni même structurée, tout vient ainsi.

Il faudrait. Parce que chaque instant est urgence, dans l'incertitude de l'instant d'après. Tatouer les mémoires, dire les mots, les vrais mots, les mots du coeur, des tripes, dire je t'aime comme tu es, et écouter vraiment, pas faire semblant, pas faire semblant, pas faire semblant...!

Il faudrait élaguer ce qui ne compte pas ou si peu, ce qui parasite, ce qui ôte la vie alors qu'elle supplie, la vie, qu'elle n'en peut plus d'être bafouée, ôter ce qui entrave, ce qui blesse, ce qui fait mourir dedant et donne le semblant dehors.

Il faudrait, dans ces passions viscéralement ancrées au fond de soi, ne pas les trahir, ne plus les laisser se faire kidnapper par l'inimportant, il faudrait oser tremper ses doigts, ses mains, ouvrir son coeur, aller vers, recevoir et prendre sans prendre pour démunir mais prendre pour donner à l'autre ce qu'il veut nous donner.....

j'arrête là.
c'est trop déjà peut-être.....

Merci, gohelan. Merci.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 19:07

Citation :
Il faudrait. Parce que chaque instant est urgence, dans l'incertitude de l'instant d'après. Tatouer les mémoires, dire les mots, les vrais mots, les mots du coeur, des tripes, dire je t'aime comme tu es, et écouter vraiment, pas faire semblant, pas faire semblant, pas faire semblant...!

Crois-tu que les dire suffise ?... ce n'est pas "les dire" c'est "qu'ils soient entendus" tels...

La sincérité que l'on offre, "sa" sincérité, elle ne pèse rien si elle n'est pas perçue, ou reçue telle... et c'est cela qui tue. Simplement cela. Une sincérité qui ne sert à rien, une vérité à laquelle nul ne s'arrête...

Ce qui tue... ce qui tue... c'est... tout ça, et simplement cela... une sincérité inutile pour ne pas être entendue. Au point d'en devenir aussi inutile qu'elle et invisible.

Alors mieux vaut écouter et voir... se contenter de cela... voir et écouter... Être celui qui est là, qui entend, qui écoute, et qui voit la sincérité qui lui est offerte. Offrir simplement cela... peut-être que si cela aide cela suffit aussi à justifier sa propre existence... du moins à la supporter.
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Romane
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 19:08

Citation :
Il faudrait. Parce que chaque instant est urgence, dans l'incertitude de l'instant d'après. Tatouer les mémoires, dire les mots, les vrais mots, les mots du coeur, des tripes, dire je t'aime comme tu es, et écouter vraiment, pas faire semblant, pas faire semblant, pas faire semblant...!

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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reGinelle

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Jeu 3 Jan 2008 - 19:15

La sincérité quand elle est là, elle est en tout... aussi bien dans dire que dans écouter.

Généralement celui qui est sincère dans ce qu'il dit est sincère quand il écoute. Il ne fait pas semblant.
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gohelan

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 13:11

Je suis un peu subjugué par vos réactions et l'écho de ces mots que j'ai certes écrits avec mes tripes, mais qui jusque là n'avaient pas trop provoqué l'enthousiasme si bien que je me croyais seul dans mon univers.
Merci, vos mots me touchent infiniment.
Je voudrais ajouter deux réactions: c'est la mort devant les yeux et sa présence toujours dans la tête qui fait l'urgence de ne pas perdre une miette de la vie. Et cette mort, a été omniprésente autour de moi l'automne dernier.
Quant à la sincérité, même si on n'en a pas conscience ou la manifestation explicite, elle finit toujours par porter ses fruits, je crois. Les autres, souvent, moi aussi, avons du mal à accepter directement ce qui nous vient d'autrui, nous commençons par mettre en place des défenses, tout en sachant que l'autre est dans le vrai...Tout cela est si subtil. J'ai eu plein d'occasions de voir revenir dans la bouche d'autres ce que je désespérais de leur voir entendre un jour...
Il faut garder son chemin tracé quand on est sûr de là où il mène.
Merci encore.
Gohelan.
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Romane
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 14:39

c'est la mort devant les yeux et sa présence
toujours dans la tête qui fait l'urgence de ne pas perdre une miette de
la vie. Et cette mort, a été omniprésente autour de moi l'automne
dernier.

Je me suis arrêtée avant, mais je voulais aussi en venir là. Pour la même raison que toi. Le mot Urgence, vient même exactement de là.
Gohelan bisou, c'est vraiment un bonheur que de t'avoir parmi nous.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 14:56

ce très beau texte nous ramène inlassablement vers cette communication que nous voulons absolument traduire en gestes, mots, attitudes, et c'est tellement humain de vouloir ressentir l'autre, le comprendre, l'intégrer à sa pensée et s'intégrer à la sienne, mais est ce possible?.

C'est cette difficulté qui nous empoisonne l'existence car nous savons intuitivement que nous ne seront pas compris, alors... se taire? Non il y a toujours un moment où ce qu'on a réellement voulu dire atteint celui qui doit le recevoir.
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 15:29

gohelan a écrit:
Je voudrais ajouter deux réactions: c'est la mort devant les yeux et sa présence toujours dans la tête qui fait l'urgence de ne pas perdre une miette de la vie. Et cette mort, a été omniprésente autour de moi l'automne dernier.
Quant à la sincérité, même si on n'en a pas conscience ou la manifestation explicite, elle finit toujours par porter ses fruits, je crois. Les autres, souvent, moi aussi, avons du mal à accepter directement ce qui nous vient d'autrui, nous commençons par mettre en place des défenses, tout en sachant que l'autre est dans le vrai...Tout cela est si subtil. J'ai eu plein d'occasions de voir revenir dans la bouche d'autres ce que je désespérais de leur voir entendre un jour...
Il faut garder son chemin tracé quand on est sûr de là où il mène.
Merci encore.
Gohelan.

Peut-être que quand on prend conscience très tôt, tout enfant, que la vie est éphémère, qu'elle peut s'arrêter "comme ça", par accident, par maladie, que la mort en soi n'est pas effrayante, qu'elle fait partie de la vie et qu'elle est aussi inéluctable que la nuit suit le jour et que le jour succède à la nuit, c'est toute une existence que l'on vit dans l'urgence. Sans angoisse ni peur, puisqu'il y a acceptation d'une "logique de vie"... mais avec le désir de n'en rien perdre, et de vivre au mieux (je ne parle pas bien entendu de vie matérielle... au mieux en accord avec soi)..
Cela conditionne peut-être aussi tout un devenir, un choix d'authentique et de vérité, de sincérité... faire cet éphémère aussi beau et vrai qu'il peut l'être. Et peut-être que là, on ne pense pas, ou on ne sait pas, mettre "en place des défenses"... tellement elles semblent inutiles du moment qu'on va vers l'autre sans tricher jamais.
Qu'il faut peut-être aussi le temps d'apprendre que "ces défenses" existent... et de comprendre leur pourquoi.

ton texte m'avait fait beaucoup de bien...
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gohelan

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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 19:43

Oui, je te suis bien là-dessus RéGinelle: prendre conscience de son fonctionnement, de ses peurs, de ses défenses n'est pas inné...Il faut du temps et déjà accepter de les regarder. Je ne sais pas ce qui fait déclic ou peut-être si: une trop grande souffrance à voir s'éloigner ceux qu'on aimerait garder, une trop grande souffrance à ne pas être ce qu'on veut devenir: je crois bien que c'est l'insupportable de la souffrance et à condition d'accepter de se regarder qui fait qu'on avance?
En tout cas, cela a été mon chemin.
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MessageSujet: Re: Unoeil qui écoute et une main qui vole   Ven 4 Jan 2008 - 20:51

gohelan a écrit:
prendre conscience de son fonctionnement, de ses peurs, de ses défenses n'est pas inné...Il faut du temps et déjà accepter de les regarder.

Il faut un temps immense, qui peut paraître l'éternité, dans le peu qui nous est imparti. Pourtant, tout ce long chemin, dur, âpre, sans concession, rempli de découragements... ce long chemin mène à l'harmonie, quand on a osé regarder, osé accepter.

Pas une harmonie de l'utopie, non stop 24 h / 24, libre service, non. Une harmonie entre soi et soi, qui, si elle n'a pas le pouvoir de faire que la vie sera sans autres écueils, sait nous aider pendant les épreuves bien mieux que si nous étions dépourvus de cette harmonie.

Alors on prend la mesure de ce que nous sommes. Et qu'importe les paillettes et les galons, ils n'ont plus aucune importance. L'essentiel vibre bien plus profondément.



Citation :
Je ne sais pas ce qui fait déclic ou peut-être si: une trop grande souffrance à voir s'éloigner ceux qu'on aimerait garder, une trop grande souffrance à ne pas être ce qu'on veut devenir: je crois bien que c'est l'insupportable de la souffrance et à condition d'accepter de se regarder qui fait qu'on avance?
En tout cas, cela a été mon chemin.

Je dirais "une série de déclics". Rien n'est jamais isolable, tout se tient, tout s'imbrique, et nous n'avons jamais une mais des détresses, une mais des causes, une mais des étapes de vie.


J'ai toujours eu cette soif intense de vie, même lorsque je me la suis moi-même condamnée. Mais le mot "urgence" m'est venu pour la dernière fois devant ce lit de misères avant qu'il devienne lit de mort. Il m'est venu si fort, si fort, je me souviens avoir quitté quelques instants la chambre de l'hôpital pour me couler dans la nuit, crier, pleurer, gémir, rager, engueuler, supplier, URGENCE.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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