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 La Colo

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Xian

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Localisation : Etoile bleue dans l'univers
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MessageSujet: La Colo   Mer 23 Nov 2005 - 19:21

Chapitre quinzième de « La Colo » que l’on peut lire chez http://www.20six.fr/henrilauteur

Deux notes de musique






Domi, deux notes de musique pour celle qui aime laisser courir ses doigts entre deux voyages dans les pays de folies et entre deux folies sur le corps des garçons.
Domi vit simplement, de l'air du temps et du temps qu’il fait, aujourd'hui à Téhéran, demain à New York et souvent dans de grands lits où son corps s'arque sous mille plaisirs pareils et sans cesse renouvelés.
Un jour elle est heureuse avec Charles, c'est un bon garçon.
Un jour ce garçon est un peintre.

Domi est une charmante jeune personne, on ne sait pas bien son âge. Mais elle sera toujours une charmante jeune personne qui sera demain la faiblesse d'un mari, le bonheur d'un homme de tous les jours. Elle a la tête dans les étoiles. Elle a les pieds sur terre. Elle habite pour le moment au dernier étage d'un immeuble commercial, devenu atelier de peintre, il n'y a donc pas à craindre les commérages.
D'ailleurs, les commérages roulent sur Domi comme les gouttes de la pluie s'écoulent de son Kaway.
Domi estime que la qualité de peintre confère une sorte d'auréole romantique. Elle préfère le peintre à l'officier de Marine. Elle trouve que cela contrebalance harmonieusement son titre d'envoyée spéciale. Domi aime bien l'harmonie, bien que ses goûts soient parfois surprenants. Elle dit qu' " envoyée spéciale », ça fait plutôt putain de luxe. Elle prend grand soin de l'appartement et fait consciencieusement le ménage, quand elle est à Paris. Elle a ajouté quelques poupées de chiffons et des photos de ses reportages, apportées de son univers extrême et irréel.

S'est un peu diminué son goût immodéré pour les talons aiguilles et les minijupes qui lui faisaient un air un peu vulgaire. Restent le fard à joues et à paupières. Elle change la nuance de couleur de ses cheveux chaque semaine, pour la plus grande satisfaction d'Adriano, son coiffeur préféré. Elle se promène dans l'immeuble les seins à l'air, le plus souvent vêtue d'un petit cache-bouillon de rien du tout.

Tout bien réfléchi, vivre avec elle est une belle expérience. Elle est tentée de croire qu'en vivant avec un peintre, elle aura appris beaucoup de la vie, surtout que ce peintre est aussi agent des services spéciaux d'une organisation (gouvernementale ?) dont elle voudrait parler dans un prochain reportage.
En réalité, la vie, elle sait fort bien ce que c'est, elle qui la mange à pleines dents. Parce que, Domi, longues jambes et petits seins, Domi, maquillée comme une publicité de Harriet Hubbard, Domi est une journaliste moderne, consciencieuse, performante... Elle n'a pas peur d'être sur l'événement... et l'événement, hélas, depuis trop d'années, c'est la guerre, la sale guerre de partout à la fois, la guerre chaude des viets et des musulmans, ne serait-ce pas les mêmes, ceux qui les arment, ceux qui leur disent : « Allez, et tuez tout ce qui bouge devant vous, l'ogre doit être abattu qui vous dévore de l'intérieur. »
Depuis la bande à Baader, Domi regarde les petits intrigants brandir la menace de leur arme dont on ne sait jamais si elle est chargée ou non, mais qu'importe, seule compte la menace. Ah ! Ils ont beau jeu, les cornacs que l'on fait semblant de ne pas connaître.
Le grand moment d'indignation passé, d'abord avec les Baader et puis avec les Trouillan et autres Organon, avec les Chiites, Sunites et autres Nabuil Sidol, les questions se posent. On les pose aux journalistes dont le métier n'est pas de répondre aux questions, mais de regarder et de dire, simplement, avec des mots de tous les jours, ce qu'ils voient.
Mais, une femme d'aujourd'hui, heureuse de vivre, maîtresse d'un militaire vorace pratiquant un métier où l'on s'investit entièrement ne peut pas ne pas se poser les questions.
Que faire ? Qu'en faire ? Quand faire ? Comment réagir ? Y a t-il quelque chose à comprendre ?

Domi, deux notes de musique pour celle qui aime effleurer tous les claviers du bout des doigts, et en sort des mélodies rien que pour elle. Domi, Maryann dans la presse, Marianne dans la vie, Domi voudrait que le monde l'aime comme elle aime la vie. Si tout le monde vivait comme Domi, il n'y aurait que le paradis sur terre.

Marianne a aimé Charles quand elle a découvert que les hommes avaient différents âges et divers visages. Marianne connaît le capitaine depuis longtemps, il y a longtemps de temps, mes
vingt ans. Marianne est allée en Iran voir les fous de Dieu et Domi est revenue trouvant Jenny, il y a tant de temps nos vingt ans. Tu t'en souviens, à Pâques cette année-là ?
- Tu te rappelles, du petit moniteur si rond qu'on l'appelait le « ballon » et Andrée, tu l'as revue ?
- Tu t'en souviens, l'escapade à La Baule ?
- Dis, tu te rappelles, La Rochelle ? Le noir trou ?
Et Domi tolérant Jenny et Jenny tolérant Domi et Charles aimant la sérénité ou la vigueur, aimant de l'une à l'autre, amant de l'une et l'autre.
Et puis, voilà Charles qui n'est pas chez Jenny. Et puis voilà Charles qui n'attend pas Domi.

Quand les femmes rendront-elles les hommes heureux ?

Pourquoi partent-ils un jour à la guerre, pourquoi partent-ils un jour à un autre amour ?
Domi à la colonie est vêtue d'un sweater collant, ses seins sont hauts et fermes plantés, et leurs pointes que l'on voit se dessiner ont quelque chose de dur, net, précis. Une fois pris, on ne peut en détacher son regard. Elle préfère quand elle n'est pas de service, se promener seule, le matin. L'après-midi, si Jojo est libre alors, elle aime bien qu'il vienne, de temps à autre.
Il y a le phare et personne ne nage au-delà.

L'océan est houleux, et du haut de la vague elle aperçoit à sa droite une tache sombre qui danse sur l'eau. L'espace d'une seconde, affolée, elle crut que c'était un aileron de requin, de requin ? sous Oléron ? et du sommet de la vague suivante, regardant mieux, elle décida qu'il s'agissait d'une tête de bébé phoque. En s'approchant, elle pense : « Mais, c'est un homme ? Par une houle pareille, si loin de tout. »
Sans songer qu'elle-même s'est dépouillée de ses vêtements à l'orée du bois, a traversé l'estran toute nue et est entrée dans la vague en se fichant pas mal et des éléments et des personnes qui auraient pu la voir.
Elle n'eut pas à se demander longtemps qui nageait là.
Avec la célérité d'un héros parfait, l'homme piquait sur elle et s'arrêta tout près, ahuri de découvrir une fille très bronzée qui nageait tranquillement, ses longs cheveux flottant derrière elle.
Elle ne le voit d'abord qu'au hasard d'une vague, elle constate qu'il n'est pas plus vêtu qu'elle. L'eau découvrait ses petits seins fermes aux bouts durcis par le froid. Ses immenses yeux en amandes éclairaient son visage rond. L'ensemble photographié dans un décor de palmier aurait pu très bien servir à un publiciste pour fruits exotiques, pour boissons gazeuses en club-vacances.


suite plus loin car cela dépasse paraît-il les limites ... !
Diable, on veut me limiter !
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Xian

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MessageSujet: Re: La Colo   Mer 23 Nov 2005 - 19:21

en fait hi hi , c'est la suite n'est ce pas ...
- Hello ! dit la voix derrière Domi.

Surprise, tout de même, bien qu'elle l'ait entraperçu, elle se retourne comme un poisson effrayé, et, d'un coup de talon, s'enfonce sous l'eau. En un éclair, elle suggère une croupe nue
et des jambes longues et musclées.
Sûr qu'Esther William n'avait pas pédalé comme ça. Un crawl éblouissant propulse Domi vers la plage. Mais l'homme avait de la ressource, solide nageur !
Elle arriva tout de même à le distancer et à prendre pied la première. Mais dans les dix secondes qui suivirent, il était là.
Un magnifique athlète et pas du tout essoufflé par la performance.
Elle reste donc debout dans l'eau qui lui couvre encore les épaules.
- Retournez-vous.
- Pourquoi ?
- Je suis toute nue, enfin !
- Ça ne m'a pas échappé, et vous avez un corps splendide, alors, pourquoi vouloir me le cacher ?
- Il faut me comprendre, je ne porte pas de maillot parce que je n'aime pas cela, je ne me sens pas libre pour nager, mais mes parents m'en voudraient beaucoup s'ils le savaient.
A vingt ans, on ne peut pas se trouver nue devant un inconnu.
- Et à quel âge, selon vous ?
L'océan léchait les corps des parleurs et caressait la naissance de sa jeune poitrine. A travers l'eau, on devinait les pointes rouges de ses seins.
- Bon, d'accord, mais dès que vous serez vêtue, nous pourrons nous parler, non ?
Domi dit que oui oui, que ses habits étaient là près de la sorte de souche, qu'il devait s'éloigner un peu sur la gauche.
Quand ils atteignirent le haut de la plage, ils étaient à plus de deux cents mètres l'un de l'autre. Elle courut sur le sable et disparut derrière la dune. Un bien joli spectacle. Bronzée et belle, presque élancée, sa silhouette révélait d'agréables rondeurs.
Elle devint petite déesse dorée au sourire tremblant lorsque, pas encore séchée, pas encore vêtue, elle le vit arriver avec un grand sourire, fauve en marche vers sa proie.

- Mais, mais vous... Mais vous êtes tout nu ?
- Oui, et vous.


- Oh ! fit-elle agacée en se faisant un rempart de son essuie. - Mes vêtements sont dans ma voiture, je serai ravi de vous revoir, voulez-vous? Je vous invite, disons, ce soir à dîner.
- Merci pour votre invitation, j'en suis fort flattée, Monsieur, se voit répondre Domi, à peine estomaquée de cette mondaine conversation en tenue d'Adam et Ève... avant le péché, il est vrai.
Et elle pense qu'elle croquerait bien la pomme.
Il est beau, se dit-elle.
- Je ne suis pas en vacances, Monsieur, je travaille ici tout près et je suis de service ce soir et cette nuit.
- Qu'à cela ne tienne, alors, demain ?
- Demain, je serai partie, je rentre à Paris.
- Comment ?
- Par le train.
- Venez en voiture avec moi, nous y serons plus vite.
- Je n'en crois rien, à voir votre sourire d'ogre, je suis monitrice d'enfants et je les ramène à Paris, voyez-vous. Notre aventure s'arrête là.
Et Domi se retourna, laissant voir une désirable paire de fesses, un dos parfait. Elle enfila le pull-over, à même sa chair, et un jeans.
Et l'aventure ne se termina pas.

Au bout du quai, à la sortie, à Paris, Charles souriait comme l'ogre du petit poucet.
C'était en ... en... la chronologie a-t-elle de l'importance, qui donc a dit qu'il n'y avait qu'une seule chose dont nous soyons parfaitement sûrs : mourir.

Ce fut un soir parfaitement honnête. Et Domi était heureuse. Heureuse d'être vierge et de savoir qu'un prochain jour l'ogre la mangerait.

C'est un prochain jour, Domi habite une chambre de bonne à Paris.
C'est le matin, devant le miroir gai. Domi est gaie. Domi rit. Domi enlève le déshabillé, se glisse dans le slip dont la soie pâle laisse deviner la chair, puis dans le soutien-gorge elle installe deux pigeons tendres. La bride serrée, elle pelotonne celui de droite, ensuite elle glisse la main pour loger celui de gauche; ils sont en place ravissants. Si j'étais un homme je me mangerais songe-t-elle. Et ses paumes s'attardent heureuses, en une caresse languide.
C'est un autre jour, Domi rêve de Charles, parti au loin. Il est marin, mais ne navigue pas vraiment. Elle ne sait pas bien ce qu'il fait. Aujourd'hui, il est là, demain, il n'est pas là. Quelques fois quand il est là, il n'est même plus là. Domi n'est pas seule dans la vie de Charles mais Charles est dans la vie de Domi.
Domi aime Charles comme un gros Nounours que l'on bouchonne avant de s'endormir. Charles c'est rassurant quand on s'appelle Domi. Charles regarde les serveurs de restaurant qui baissent les yeux, Charles paye avec plus de morgue que d'argent à la caisse du magasin et les caissières baissent les yeux, Charles donne les adresses sans se répéter aux chauffeurs et les taximen regardent devant eux. Charles porte la tête haute et Domi apprend à n'avoir peur de personne.
Ce sont les années qui passent. Domi est en compagnie. Une autre femme en déshabillé un peu ouvert la regarde, elle parle Dior et Ricci, Anouilh et Rainier et le dernier de Laurent et le film de Vadim et la chanson de Lama.
Domi est dans la vie de Charles. Charles est peintre. Jenny est dans la vie de Charles. Charles est peintre. Domi et Jenny sont dans la vie de Charles. Charles est peintre. Domi sort de l'atelier et Jenny sort de l'atelier... Charles est officier en mission. Domi est moins dans la vie de Charles. Jenny est moins dans la vie de Charles. Qui est dans la vie de Charles?

Cette année-là, le temps avait été très beau et plus qu'à l'habitude Domi avait excité les hommes. Elle ne le faisait pas exprès. Simplement, elle était comme ça, avec ses fesses et ses
seins, avec ses jambes et ses hanches, avec ses yeux qui chaviraient les cœurs. Elle était sage, Domi et cependant elle avait décidé :
- Sur l'autel de mes vingt ans, je sacrifie ma virginité.
Il y avait un moniteur qu'elle connaissait depuis qu'elle venait là.
Il s'appelait Jojo, enfin, Georges !
Il paraît qu'il est mort.
Jojo était pas mal et pourquoi pas lui ?
Avec Jojo, elle avait joué au vieux jeu de la séduction. Elle s'était même, sous couvert honnête de bronzer intégralement, montrée nue. Domi n'était pas de celles qui accordent des faveurs.
Et les jours passaient. Les enfants étaient assez sages cette année-là. On avait pu faire de belles promenades, on était allé au zoo, on avait même pris le bac à Royan, il y avait eu un mémorable quatorze juillet pendant lequel Jojo avait fait d'elle de très belles photos. Avec sa belle robe verte, avec son nouveau maillot couleur chair (qui faisait loucher l'économe) et même une photo très osée qu'il avait gardée, le bandit ! pensa-t-elle avec un sourire empli de nostalgie.

Domi n'avait jamais été à Georges.

La journée s'était déroulée comme à l'accoutumée. Très bientôt un premier groupe d'enfants seraient ramenés vers trois centres. Marianne accompagnait ceux de Paris. Ce soir-là, bien qu'elle ne soit pas de service, elle était restée aux Cèdres et avait flirté avec Georges.
Georges était très amoureux. Dans la journée il avait regardé Marianne, belle, en maillot sur la plage, il avait joué avec les enfants et elle. A un moment, on jouait à un jeu où l'on est à califourchon sur les épaules d'un partenaire. La chaleur de l'entrejambes de Domi avait rendu Jojo un peu dingo. La chaleur de la nuque de l'homme avait troublé Marianne. Pour le souper, elle avait revêtu une sorte de paréo qui faisait à la fois club vacances, vêtement de soirée et lingerie intime. En tous cas, parfaitement pratique puisque Jojo n'avait eu qu'à défaire un petit nœud de rien du tout pour que Domi, chaude comme une mangue bien mûre s'étale, nue, sur son lit, au milieu de ses cheveux. Jojo regarde les seins de Domi, parfaits, admirables, des seins de statue grecque, des seins de sportive saine, aujourd'hui bronzés presque intégralement.

Domi s'étire, chatte douceureuse, ses seins saillent plus en avant. Elle connaît maintenant très bien le pouvoir de ces deux globes, hémisphères de beauté. Domi pense à l'homme de ce matin, nu sur la plage, avec elle, curieusement courtois. La porte de la chambre de Marianne, personne ne l'a vraiment fermée. Lorsqu'ils sont rentrés bras-dessus bras-dessous d'un tour d'après souper, Marianne a entendu marcher quelqu'un derrière eux et puis aussi grimper l'escalier. Elle a pensé qu'un enfant s'était promené plus tard qu'autorisé, simplement. Maintenant Domi est couchée sur le dos. Les mains de l'homme ont parcouru son corps, elles se sont faites douces, amusantes, poignantes, persévérantes. Voici qu'elles tournent sur les cuisses et chahutent le friselis de poils du bas-ventre.
Tout doucement, la porte s'entr'ouvre. C'est le vent peut-être. Les yeux mi-clos, Marianne chantonne, c'est agréable de se faire câliner. Et elle pense que les enfants d'ici ne sont guère choyés.
A travers les yeux mi-fermés, elle voit très bien ceux qui seront de beaux garçons, celles qui deviendront belles filles. Ceux-là peut-être auront une petite chance. Il y en a qui sont amusants. Comme Claire et son petit ami. Elle sait bien qu'il est amoureux fou d'elle. Elle sait bien, que surpris l'autre jour il a dit :
- Non, rien, je passais.
Mais après, il manquait un slip dans son armoire.
Et puis, il y a eu une breloque porte-clés et aussi une photo qui ont disparu. Bien sûr c'est lui. Il est très amoureux. C'est déjà un petit homme. Dans les bras de Georges, Marianne devient petite fille, tiens, tiens, précisément comme Claire le deviendrait, mais Domi n'attend de Jojo qu'un moment d'amour passager, tandis que Claire et son ami attendent des grandes personnes qu'elles leur donnent tout ce qu'elles peuvent donner. A la plage, il me regarde tout le temps.

Et il m'épie maintenant, partout, et il se met à plat ventre quand je le regarde. Il est gêné de son corps qui naît. Oui, c'est vrai, depuis l'aventure goudronnée, il m'épie. La porte de la chambre est entrouverte. Je suis sûre qu'il regarde. Pauvre gosse. Les mains de Georges trouvent leur chemin et savent bien ce qui est bon pour elle, comme elle devrait savoir ce qui est bon pour ces enfants qui l'adorent et pour lui qui, qui... qui fait ce que les hommes font quand ils pensent aux femmes. La main forte et solide et pourtant douce rampe sur le ventre de Marianne, elle touche maintenant fermement le pubis. Lui, il sait ce qu'il fait. Marianne, d'instinct écarte les genoux. L'homme est très près d'elle, tout contre. Elle sent sur sa cuisse le sexe dur, énorme dont la tête gonflée - quand s'est-il débarrassé de son pantalon ? laisse sur sa peau comme une traînée de chaleur et paradoxalement c'est au garçon qu'elle pense. Elle le devine là, derrière la porte en train de les observer. Elle devine que son sexe est un sexe d'homme, dur, débordant de vie.
Elle le voit, elle sent, de la main elle empoigne la hampe de Georges, la serre, la secoue, il geint, elle gémit. A son gémissement répond un gémissement dans le couloir et comme des bruits de pas feutrés mais précipités.
- Qu'est-ce que c'est, dit Georges.
- Ce n'est rien, viens...
Mais l'homme, un instant perturbé a perdu un peu de vigueur et lorsque dans la minute qui suit, il approche en vainqueur d'un endroit qui se donne, un cri retentit, le hurlement d'une fillette de la chambre 24.
Domi a regardé Georges s'en aller précipitamment, se rajustant en maugréant. Quand elle sera à la porte du couloir, elle verra par terre, et contre la porte une traînée gluante. Elle ira, Domi, jusqu'à la chambre 24, assurer son pouvoir, sur lui, d'abord qui vient de faire une bêtise sans doute, sur Abdel ensuite, qu'elle sait dominer du regard, sur Georges pour finir qui, le pauvre termine mal sa soirée. Domi ne voudra plus de lui et demain elle rencontrera Charles. Les enfants ont grandi, ce soir, ils font peur, demain ce seront des inconnus.
Depuis quelques jours, Domi a l'impression d'être suivie. C'est plus qu'une impression. Domi est fofolle, Domi est rêveuse, Domi est une excitée... disent-ils... mais Domi dure et froide, réaliste et exigente existe aussi, modelée par quinze ans de fréquentation d'un homme comme elle n'en a rencontré plus jamais aucun. Domi a appris la vie par Charles. Domi sent. Domi sait. Il y a quelqu'un derrière elle. Dans la rue, elle se retourne. Elle prend le métro, laissant sa voiture à l'arrêt. Elle traverse les grands magasins, tourne brusquement dans des impasses, s'attable sans raison au restaurant, se lève et court vers une sortie. Il n'y a jamais personne. Rien ne bouge. Pourtant, Domi sent, Domi sait. Il y a quelqu'un derrière elle.
Qui est là ? Que lui veut-on ? Il n'y a pas de réponse aux mille suiveurs possibles de Domi, aux cents suiveurs possibles de Maryann, à quelques loufdingues qui aimeraient suivre Marianne.
Elle se sent prise, cependant, oppressée. Il y a quelqu'un. Elle ne rêve pas, elle n'affabule pas. Il y a quelqu'un.
De qui devient-elle otage ?
C'est très à la mode, les otages dans certaines parties du monde.
Elle connaît tant, pour avoir maintes fois tenté de les comprendre, les motivations brutales, simplistes, sans avenir de ceux qui kidnappent. Un pays entier, à propos duquel elle vient de faire un bel article est cible et otage de n'importe quelle milice démentielle. Comme le Liban va payer de sa vie même la faute d'avoir été le pays du Moyen-Orient le plus agréable à vivre, va-t-elle payer dix ans, quinze ans, vingt ans d'avoir ri à pleines dents, mangé, bu, et ri encore, marché en soulevant les hanches, pensé à la vie, la vie, la vie. Domi frissonne.

Domi sait le chantage à l'horreur, elle a connaissance parfaite des mécanismes psychologiques de foule, tant européennes qu'arabe ..., arabes? quels Arabes, Druzes brimés, Kurdes écrasés, Arméniens massacrés, écœurés du sang de Chatillah, les Palestiniens s'en sont allés demander grâce ailleurs, chefs religieux, chefs féodaux, chef de milice, qui n'est pas chef ? partout le combat des chefs, des petits chefs. Domi a peur, elle a envie de courir vers Charles. Domi sourit qui pense à Gosciny qui faisait se lancer des ballots de paille par les chefs... les chefs !
Dans le monde de Charles, il n'y a pas de place pour les chefs.
Dans le monde de Charles, il n'y a que des hommes, mais si durs ? Et si cette dureté était le chemin, la voie, l'avenir. Si ce n'était seulement que non-obédience, non-lâcheté, volonté de vivre, vivre, vivre! Marianne veut vivre. Maryann n'existe pas, il y a
Domi. Domi.
Domi, bouchon à bêtises veut aussi manger des Craven A, boire des liqueurs fortes et s'endormir dans des bras qui serrent, qui serrent, qui protègent, qui enferment.

Zut pour les accords secrets entre la Lybie et l'OLP, zut pour le transit sans inquiétude d'Allemands de l'Est en Egypte, zut pour les théories nazies adaptées, zut pour le patron de mon journal.

Demain, il n'y a plus de Maryann, demain il n'y a plus que Domi, Domi les boucles, Domi les yeux, Domi les joues et les lèvres, Domi musique, Domi danse, Domi légère, légère, légère.

Houp-là! Pas trop légère, la Bx tangue, la suspension s'écrase.

Je ne l'avais pas vu celui-là ! C'est pas parce qu'il vient de droite qu'il doit se croire tout permis. Va donc hé patate !










(à suivre)
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MessageSujet: Colo - dernier chapitre   Mer 14 Déc 2005 - 10:50

Chapitre dix-huitième
CATHERINE
La pluie s'était arrêtée. Le fond de Paris restait gris. En dix jours, l'hiver ne s'était pas vraiment installé. On ne savait trop comment se vêtir. La dernière explosion avait fait beaucoup de morts et pas un enquêteur n'avait vraiment trouvé le pourquoi, le comment.
On n'entendait plus que l'égouttement des feuilles et l'eau qui achevait de s'écouler des corniches dans les gouttières. Ces bâtiments modernes transmettent des bruits d'une manière anormale. On n'entend pas l'infirmière qui s'approche mais bien l'eau au dehors. Le vent poussait les nuages au fond du ciel. Et de nouveau d'autres nuages s'accumulaient. Y aurait-il de l'orage ? En hiver c'est rare, à Paris. Non, sans doute pas d'orage. L'orage est venu très tôt ce matin alors qu'on attendait plutôt le gel.

L'orage est fini. Demain ce serait un autre jour; demain le soleil illuminerait la terre. Sûrement. Soudain, dans le silence invraisemblable de ce coin du monde, un étrange petit bruit se fit entendre. C'était un homme qui pleurait.
Les policiers et les militaires ont quitté la chambre 114. On transportera le corps à la morgue après l'avoir découpé en morceaux et recousu. On saura tout ce qu'on savait déjà et tout ce qui n'intéresse personne, son taux de cholestérol, l'état de la bile de son foie, le résultat nutritif des baxters, si son cœur n'était pas sclérosé et si ses cheveux étaient sains.

On ne saura jamais comment il s'appelait. Il existe donc des gens qui sont personne.

Je m'appelle Richard, de Londres. Je m'appelle H'enTsien de Canton, disait-on, pour se présenter, au xv' siècle. C'était tout simple. Pourquoi diable n'auriez-vous pas été Richard ou H'en Tsien ? Aujourd'hui c'est plus simple encore. Vous avez une carte d'identité, il ne faut plus parler, ça ne compte plus, on ne vous croira pas. Seul le papier compte. Et si vous n'avez pas de papier? C'est toujours très simple, vous êtes un simple cadavre à l'institut médico-légal, vous êtes personne. C'est déjà mieux que rien, c'est même homérique.

J'ai versé des arrhes et la voiture est prête.
Les bagages sont dans le coffre. J'attends Charles qui va descendre d'un moment à l'autre.
L'atelier est vendu et l'acheteur a tout pris, les murs, le matériel et les tableaux qui restaient. C'est un Hollandais qui mesure des mètres et des mètres. Il ne pourrait pas s'asseoir dans la Fiat Xl-9 sans la décapoter, c'est sûr. Nous partons vers l'Italie dans cinq minutes. Nous ne savons pas encore ce que nous ferons là-bas. Cela dépendra du temps qu'il fait. Si l'hiver arrive en force, nous prendrons l'avion à Fiumicino pour le Sénégal ou Ceylan, pour Nouméa ou la plage des Cariocas.

La première fois que j'ai rencontré Charles, je ne m'attendais pas à le trouver comme je l'ai vu. On m'avait dit : « Il est devenu peintre, mais dites-lui seulement - Réseau Promontoire et il vous écoutera. J'avais regardé le colonel d'un air sceptique et m'en allai vers ce peintre qui, paraît-il était l'un de nos meilleurs agents de renseignements.
Quand une femme entre dans un atelier de peintre, elle n'est évidemment pas surprise d'y voir un homme nu. L'anatomie est une grande passion des dessinateurs. Sur une estrade, avec un voile bizarre, un homme nu, devant le chevalet à cinq pas, pinceau à la main, comparant un trait et une perspective, le peintre. Une femme. Nue.

Je n'ai pas connu la débâcle de 1940, pas non plus vécu les angoisses consécutives à la prise de Dien Bien Phu, le retour forcé de Suez, la déroute coloniale. J'ai vingt-six ans, je suis Lieutenant dans un corps d'armée particulier de mon pays. Et j'aime ça.
C'est une curieuse profession de foi pour une femme.
C'est même une curieuse profession, tout court.
J'ai été assez stupéfaite de la scène. D'habitude, chez le peintre, l'un des deux participants est peut-être nu, mais tous les deux ?
- Je vous prie de m'excuser, m'entendis-je dire.
Je cherche le capitaine Vigor, on m'a dit que je le trouverais ici.
- Vous ne pouviez mieux arriver, ma chère, je suis tout ouïe ...et le capitaine Vigor pour vous servir.
Et cet homme nu, vigoureux, de belle taille de s'avancer vers moi avec un grand sourire.
Et j'ai rougi jusqu'à la racine des cheveux et j'ai senti cette rougeur envahir mon corps tout entier.
- Oh ! dit-il, c'est charmant.
Et j'ai aimé ça. Curieuse profession de foi pour un lieutenant de l'armée.
C'est tout de même moi qui marquai le second point.
- Que puis-je pour vous, chère enfant, me dit-il.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance, mon capitaine, je suis Catherine Mercier, Lieutenant Catherine Mercier, détachée provisoirement au service action.

Je le vis ouvrir des yeux ronds, lui, qui ne devait pas être souvent étonné. J'avais marqué un avantage, sinon un point. Il était clair que dans son esprit, un officier détaché au service action ne pouvait être qu'une sorte de rugbyman avec une grosse tête, des mains énormes et un petit canon sous l'aisselle. Le lieutenant qu'il avait devant lui était une charmante jeune femme dont les boucles châtains encadraient un visage charmant aux grands yeux marrons, vifs.
Je lui souris largement et dis :
- Le colonel avait pensé que vous pourriez nous aider vraiment, je croyais qu'il vous avait téléphoné en ce sens. Je nesuis guère habituée à parler longtemps aux hommes nus, veuillez vous rhabiller et me faire savoir si je suis chez un officier de l'armée française ou dans une sorte de bordel de campagne, et, qui est le peintre ici? dis-je en tournant visiblement les yeux vers les cimaises couvertes de nus.

Pour faire de l'effet, j'avais produit de l'effet !
Ce capitaine, nu ou non, ne devait pas être habitué à s'entendre parler sur ce ton.
- Vous êtes parfaitement insolente. Et comme le règlement ne me permet pas de vous faire faire des corvées - on a supprimé ce genre de punitions, comme mon éducation ne me permet pas de vous faire des remarques déplaisantes, jeune dame, dit-il, je vais donc vous considérer comme une sale gamine et vous traiter comme vous le méritez.

Et d'être saisie à bras-le-corps, transportée jusqu'à un sofa, dans un coin, sous l'œil bovin de la fille nue. Poussée, troussée, étalée et maintenue, me voici jupe relevée, fesses blanches et joufflues découvertes. Sa main s'est déjà abattue avant que j'aie pu faire un geste. Sur la chair tendre, elle laisse une trace rouge.
- Oh ! me suis-je écriée, bien plus suffoquée par l'audace de cet homme, toujours nu plus que par la douleur. La main frappe à nouveau mais je me contorsionne avec rapidité et vigueur.
J'échappe à la prise, saisit au vol le poignet de l'homme et engage une clé de bras avec retournement.
- C'est qu'elle joue les petites vicieuses, s'exclame le peintre.
Il a enroulé la prise technique et transformé mon mouvement de défense en une torsion imparable. Me voici, debout, toute chiffonnée, serrée contre lui. Ma blouse s'est ouverte, la jupe est toujours remontée sur les hanches. Une main vigoureuse me bloquait le poignet, l'autre appliquée sur mon ventre serrait mes fesses sur le ventre de l'homme.
Je me suis mise à remuer.
- Sale garce dit-il, et son attitude changea soudain.

- Si vous pensez que je suis de trop, dit une voix près de nous, dites-le moi. Ne vous gênez plus !
- Les cintres sont dans le fond, ma chère. Remettez votre culotte, il paraît qu'il y a assez de nus comme cela.
Vexée, la fille s'en alla vers le fond de l'atelier.
- Veuillez m'excuser, ma chère, je suis vraiment une brute; je vous offre un doigt de porto ?
Les bras m'en sont tombés. J'ai dit, je crois, « Pourquoi pas » et je l'ai vu s'en aller, ouvrir une porte, la refermer. La fille est sortie, les lèvres pincées. Le capitaine Vigor est revenu, pantalon bleu marine, pli impeccable, chemise blanche, cravate noire au nœud parfait, bouteille de porto et deux verres à la main.
- Alors, à part le pugilat, dont nous ne parlerons plus, qu'est ce qui vous amène ?
J'ai expliqué au capitaine Vigor les détails que m'avait communiqués le colonel Henri.


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MessageSujet: Re: La Colo   Mer 14 Déc 2005 - 10:50

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Il a téléphoné, devant moi au colonel, l'appelant « cher vieux cochon », lui demandant pourquoi on envoyait des gamines insolentes aux anciens, qu'est-ce qu'on devait faire pour croire qu'elle avait un vrai grade et est-ce que ça pouvait servir.
La moutarde m'est vraiment montée au nez et en deux temps trois mouvements, je lui mis le revolver de service sous la moustache, lui disant : « Ça peut tout à fait servir et s'en servir, goujat ».
Et je me suis retrouvée allongée sur le tapis, le revolver était dans sa main.
- Ne recommencez jamais petite fille, vous êtes adorable et si vous aviez un trou dans la tête, le vent s'y engouffrerait mais vous n'auriez plus l'occasion d'avoir de bonnes idées.

Nous sommes partis en mission. C'est franchement inutile que vous sachiez où, ils disent que c'est un secret d'état. D'Artagnan et les trois mousquetaires étaient aussi des secrets d'état. Le jour où il n'y aura plus de secrets d'état, ni de secrets, ni d'état, sans doute tout ira-t-il mieux. Et comme toutes les grandes aventures secrètes, lorsque le gouvernement de cet état aura changé, je pourrai tout vous dire. Il faut que vous sachiez qu'à la fin, j'ai été blessée.
Entre le capitaine et moi, tout allait bien. Nous étions deux équipiers. J'étais un peu exaspérée parce qu'il se conduisait avec moi comme s'il avait été mon grand-père, qui plus plus est gardien de ma vertu. Mais, la mission avant tout.

Un soir, il avait changé mon pansement. Je ne pouvais pas le faire facilement moi-même, blessée sur le flanc arrière. Un coup de couteau passé trop près. J'avais éparpillé le contenu de mon grand sac en cuir et je me livrais à une occupation essentielle et des plus absorbantes : le maquillage. J'avais oublié qu'il était un homme. C'était le capitaine, c'était mon équipier, j'ai senti puis vu son regard. J'étais en tenue plutôt improvisée et plutôt sommaire : une chemise d'homme et un slip en nylon bleu mousse. Je me vis dans le miroir, les pans de la chemise laissaient voir ou dissimulaient imparfaitement des cuisses bien jolies et des genoux graciles.
Un homme voyait, le capitaine regardait. En fait, le capitaine était un homme et pour la seconde fois, je me suis sentie devenir rouge comme une pivoine, le visage et puis tout le corps.
- C'est charmant, je vous l'ai déjà dit, a-t-il fait.
Et j'ai donc rougi plus encore, si c'est possible. Mais, ça doit l'être, car j'y crois.

Un peu plus bas que Raguse, nous avons rangé la voiture sur le bas-côté de la route. Nous avons dévalé le sentier qui mène à une petite crique rocheuse. Sous la robe de coton, je portais un bikini. Nous avons piqué des sprints comme des gosses. Nous nous sommes mis nus.
Le rocher, ça rape le dos.


Nous avons pris le petit déjeuner sur le balcon. Je m'étais placée un peu en retrait par rapport à la porte, cela n'empêche que le serveur m'a vue, nue.
J'étais vêtue d'un Jeans et d'une chemise à carreaux. Les seins libres, je courais dans les rues et les magasins, devant lui.
Il y avait du soleil à Athènes.
La voiture est restée à l'aéroport et l'avion nous a emporté.

A Nairobi, nous avons loué une Land-Rover et un chauffeur. Il rit tout le temps. Moi aussi. Et il est très content du patéron comme il dit dans un franglais impeccable. Le patéron, one day bifor, il a sorti son colt terrible vite full speed caw-boy. La morgue, le revolver et une connaissance approfondie de l'Mrique, brousse et savane, nous n'aurons pas d'ennuis. Babé nous pilote partout et dans des villages insoupçonnés. Nous sommes reçus comme roi et reine.

Dans la rivière, je me suis baignée nue. Babé m'a vue. Il n'en peut plus de me regarder. Nous ne pouvons plus rester trop longtemps.
A Johannesbourg, un coup de fil et nous avons vu arriver un très sympathique guide. Grand, plein de taches de rousseurs, il nous a déposés dans un hôtel sur la côte du Natal, il viendra nous reprendre dans quinze jours pour une excursion à l'Addo Elephant puis au Parc Kruger. Après, nous avons eu des autorisations spéciales pour aller à Windhoek où un ami de Charles est en poste. Il nous emmènera dans des régions interdites mais merveilleuses le long du Zambèze, entre autres.

Charles a dessiné un arbre, puis l'entrée d'un village nègre. Nous sommes près de Pointe Noire. Il a changé un peu, les moments de tristesse et de mélancolie n'alternent plus avec la gaîté un peu outrancière. Il y a beaucoup de tendresse en lui.
J'ai remarqué aussi qu'il avait eu l'air jaloux hier soir, au restaurant. J'ai un verre à la main, nous sommes les invités d'un sous-ministre local, je m'enfonce dans le canapé pour faire de la place à Charles. Il s'ennuie. Nous partons.

Un mauvais vent s'est levé. Le ciel a pris une couleur plus vive. La mer est bleue, violette. Il y a de l'écume. Nous croquons des pattes de langouste. Beaucoup de monde sur la plage de Casablanca. Pastels et vivacités, des corps nus coupés de couleurs vives, des brunis plus marrons et des blanchâtres plus rosés.

On est retourné à l'hôtel, il y a moins de monde autour de la piscine.

Au bar, beaucoup de femmes, toutes belles. Djerba rayonne d'une nouvelle saison. Le téléphone nous apprend que les frais de garage de la Fiat, au pays d'Olympe sont ruineux. Il s'en fiche, moi aussi. J'ai appris le Novotel et les Hilton, les cases nègres et les vieux hôtels du temps de l'Afrique coloniale. Je mange des mets que je ne savais pas exister. Le temps n'a plus de poids.
Je bois du citron et du citron vert. Le jus du fruit acide, l'eau, le sucre, le serveur en blouse blanche, mon soutien-gorge dégrafé, une autre mer houleuse n'avait-on pas dit que la Méditerranée était tranquille? Une cigarette anglaise, une rousse qui marche comme un crabe, une femme blonde au maillot rose, un garçon qui fait Hello !

J'ai oublié que j'étais nue. Je suis heureuse. Il ne pense qu'au voyage et à nous. Le garçon d'étage est entré. Il est resté une fraction de seconde sans réaction.
On sert un bouillon safrané puis une sorte de homard avec de la rouille à faire tourner la tête, surtout avec le rouge et après l'ouzzo.
Nous avons récupéré la Fiat.
J'ai mangé des figues à me faire péter. Charles ne veut pas me laisser faire la sieste.

Au Danielli, il n'y a que des snobs... ça tombe bien, pour snober les idiots, Charles est doué. Il m'a acheté une extravagante robe dont on se demande si elle est transparente ou c'est tout le temps illusion. Les hommes se retournent. Charles les fusille.
Demain, nous passons la frontière à Vintimille. Nous allons vers le causse de Gramat. Il a une maison là-bas. On va y aller doucement, par le chemin des écoliers.

- Tu vois, m'a-t-il dit, la France c'est le plus beau pays du monde. La plupart des gens d'ailleurs ne font que passer sans voir vraiment nos paysages et nos gens et les gens qui y habitent s'occupent trop de ce qui ne leur apporte pas le bonheur. Avant de nous battre pour la liberté des autres, sachons conquérir notre liberté intérieure.

Nous sommes descendus à La Pérouse, à Nice, nous avons vu le marché, Cagnes-sur-Mer, la Guerre et la Paix de Picasso, le col des trois termes et le rocher de Saint-Barthélemy, on a ri parce que j'ai demandé si c'était une sorte de Guillaume Tell, d'ailleurs, il paraît même que Guillaume Tell n'a pas existé. Où allons-nous ? Toujours vers Gramat par le chemin des écoliers en vadrouille. On a dormi à Port Grimaud, dans la même chambre qu'Aznavour a dit l'hôtelier, on n'en croit rien mais on a fait des grimaces et chanté des Mama, la Bohème et le vieux peignoir à bigoudis ou quelque chose d'approchant. Des chansons de très lontemps. Mangé au Bestouan à Cassis, dormi au Sofitel à Marseille, visité une vieille salle de judo au quai de Rive-Neuve, acheté des tas de trucs rue Paradis, rue St Féréol et alentours. A deux doigts de Marignane, on a mangé cinq pan bagnat. J'ai été malade. Je suis montée aux orgues à Aigues Morte et j'ai bu trois bouteilles de Listel en une grande soirée. Je suis saoûle.

A Sète, j'ai vu la plage de Georges. Mais j'ai pas vu la canne. Alors Charles a encore ri de moi. Il rit tout le temps, c'est formidable.
Dormi aux Flots Bleus, on a regardé Héliocentre de loin et on s'est mis tout nus rien que pour les embêter. On est remonté sur Cahors, par Castres et Albi.

Il est fatigué par la route. Dans cette vieille maison de pierres, il y a toutes sortes de bruits. Moi qui viens des villes, je n'entends pas bien le silence. Charles s'est étendu. Je suis dans ce qu'il appelle pompeusement la salle de bains.
Il s'était endormi, sûrement dans un demi-songe m'a-t-il entendue rentrer car confusément, il m'a prise dans ses bras et j'ai respiré sa bonne odeur d'homme sain et vigoureux. Il a posé ses mains sur mes seins fermes et il y a eu comme une apothéose en nous. Une tendresse inouïe en plus du plaisir charnel qui nous avait dévorés comme un brasier ardent.
Le soleil se lève sur le causse. II y a des abeilles qui bruissent déjà. On a trait des vaches, là-bas. Un troupeau de moutons est passé par le sentier et après eux, deux cyclistes - des touristes hollandais sans doute, vélos à grand guidon, larges pédales, une fille blonde, presque blanche, un short trop étroit et trop court, la poitrine un peu lourde.

Le bruit de la campagne filtre imperceptiblement à travers les baies, à double vitrage cependant, ouaté et monotone. II fait grand jour. La maison est moins vétuste qu'elle n'en a l'air.
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MessageSujet: Re: La Colo   Mer 14 Déc 2005 - 10:53

suite


Catherine dort, les draps sont repoussés au pied du lit et Charles admire le corps splendide de sa compagne. Nu, doré, merveilleux.
La vie ne s'arrête jamais. Seuls, des gens naissent et meurent. Indéfiniment, le temps coule. L'homme se lève doucement. C'est l'heure de la méditation. II va s'enfermer dans un monde inaccessible pendant quinze minutes. II n'y a jamais eu de Domi.

II n'y a pas de colonels, de présidents américains, de sages, de fous. Il y a le temps qui passe et qui nous conduit au bout du chemin. Des abords, nous sommes les jardiniers.
Pourvu qu'il n'y ait pas de dieux, seulement des hommes pour faire ce beau jardin !



















La décision est d’importance ...
Le poète roumain a eu raison de la versatilité...
L’ensemble des blogs de Xian seront mis en sommeil jusqu’à la publication de la suite de
« Halte au feu »
Cette seconde partie de la trilogie Alfort aura pour titre
« Le refuge du Requin »
Parution prévue mars-avril 2006.

Comme il n’est pas possible d’être aux champs et au moulin, sans compter chez le boulanger et sur la route pour vendre les pains, le présent « blog » - carnet de notes, est suspendu jusqu’aux Pâques prochaines.
Des nouvelles régulières des personnages de Xian, dont particulièrement celles d’Henri seront publiées, (en principe chaque lundi matin).

On trouvera donc ces nouvelles chez : Henri


Et si on veut lire le texte de la colo en entier ... on peut le demander gentiment à Xian



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MessageSujet: Re: La Colo   Jeu 22 Déc 2005 - 5:43

Je vois que j'ai affaire à un auteur reconnu... Peut-etre un jour... Perso je suis en train de poursuivre un livre sur le métro parisien, dont j'ai publié des extraits là : http://liensutiles.forumactif.com/viewtopic.forum?t=8085, mais je n'ai que 8 pages pour l'instant et j'ai peur d'abandonner encore ce projet à peine entamé ! Seras-tu là pour me soutenir comme tu l'as si gentiment fait sur mon post ?

Cordialement

Gloups
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MessageSujet: Re: La Colo   Jeu 22 Déc 2005 - 20:02

Je déglutis ...

Un peu dépassé par les secondes qui s'écoulent pour l'instant, j'irai te lire dès les premiers jours de l'an neuf et te dirai très sincèrement ce que j'en pense...
à bientôt


et si c'est dans tes hébitudes, joyeux noel... sinon de toute manière, bonne fin de semaine et très bonne fin d'année... Gloupsement et pour touzôtres
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