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 LE VIEUX SPEEDY

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Xian

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MessageSujet: Xian   Jeu 1 Déc 2005 - 12:04

LE VIEUX SPEEDY
(Nouvelle de Laureen)

(Voyage avec Peter Cheney)


Le vieux Speedy, que tout le pays appelait ainsi par dérision, parce qu’il avait toujours bien le temps, posa sa fourche contre la meule.
Le foin était beau, les poètes auraient dit qu’il avait levé avec l’ambre du soleil et des tas d’autres âneries. Speedy, lui, trouvait que c’était bien dur la vie. Se défendre dans la vie avec une fourche pour tout instrument, ce n’est pas vraiment poétique.

Dans ce coin de l’Oregon, il y avait eu bien des misères et des vents contraires. L’été 59, pour le vieux Speedy, c’était seulement une saison de plus avec sa fourche.
Il regardait tristement Laureen qui était assise dans la Chevrolet et le gars qui en descendait, il se doutait bien que l’aventure était finie.

Il était venu là, il y avait trente ans maintenant. En ce temps-là, il était un petit garçon qui suivait son père. On avait quitté la ville avec le peu d’argent qu’on avait pu sauver. Et on avait commencé à avoir des cals aux mains. La terre n’était ni grande, ni riche et dans ce coin perdu n’intéressait personne. Au-delà des pins, il y avait quelques maisons. De temps en temps, quelqu’un s’égarait, une automobile arrivait dans le cul de sac de cette vallée. L’auto, après avoir traversé à vive allure les villages et les campagnes était stoppée devant la cabane.
Au fond de la vallée, il y avait suffisamment de place. Quand le père était tombé à la renverse, on l’avait enterré sur le haut, à gauche. Speedy avait nettoyé sa fourche soigneusement et Ma avait continué à faire la cuisine. On avait eu deux fois la visite des flics. Une fois en 41, pour demander si Speedy ne voulait pas s’engager pour aller se battre contre les Japonais et une autre fois en 49, parce qu’on recherchait le propriétaire de tiens, justement, cette vieille auto bleue laissée-là pour la casse.

Non disait Speedy, depuis que Ma est partie, il n’y a personne qui vient ici et je rachète les bagnoles au bar en ville, je les dépiaute et je revends à Alex qui visite les garages et les aciéries.
Speedy ne parlait pas et les gens parlaient peu de lui.

Quand le jeune couple arriva en ville, en 58, Speedy avait depuis longtemps pris des parts dans les bars de la ville et dans une affaire de casse de voitures. Il n’y avait jamais de problèmes, jamais de discussions. Quand quelqu’un ennuyait un gérant, posait une question à un ouvrier, on l’envoyait chez le vieux Speedy, au fond de la vallée. Speedy savait résoudre tous les problèmes. Avec son air de vieux campagnard, il partait, sa fourche sur l’épaule, à travers champs, en parlant avec l’interlocuteur qu’on lui avait envoyé. Quelques jours plus tard, il disait banalement, en conversant :
Ah oui ? Le type, là, oui, je lui ai expliqué, il est parti. Et souvent, le type avait laissé sa voiture et elle allait à la casse.

Le jeune type avait dit, j’aimerais acheter un lopin de terre, j’en ai marre de la ville, je suis fatigué de ce que je fais.
Il y avait longtemps qu’il n’y avait plus rien à vendre par là. Alors, Speedy se demanda si le moment n’était pas venu de quitter l’endroit. Mais avant, il fallait faire une belle récolte.


Andy Lotion n’est pas un fan des voyages en avion. Bien sûr, il faut ce qu’il faut et si on doit prendre un Boeing ou un MacDonnel pour se déplacer, bon, mais depuis l’aventure en Dakota au-dessus de la jungle de Bornéo, Andy avait un peu la trouille de ces machines qui se tirent en l’air avec des ventilateurs.
Andu Lotion est ce jour-là sur une piste de l’Oregon, au volant d’une vieille mais encore en bon état Chevrolet décapotée. Il pense que c’est épatant d’avoir la banquette d’une vieille bagnole sous les fesses, c’est comme si on se prélasse avec une vieille maîtresse dont on connaît le moindre sursaut de parcours. C’est OK d’avoir une bonne cage sous la main surtout quand on n’est pas décidé de faire six cents miles à pied.
En fait, ce n’est pas moi qui ai décidé, pense-t-il, c’est comme d’habitude ce connard de grand patron du FBI qui m’a passé un coup de bigophone.

Je commençais vachement à me relaxer sur les bords de la grande bleue, je regardais les skate-girls avec leur derrière qui grimpe en l’air à chaque vague, je me rinçais l’oeil et le gosier avec des bourbons de première, j’avais même trouvé une nib-nib avec des blés jusqu'au milieu du dos, des pamplemousses à faire pâlir Mae West, des supports hors concours, véritable atteinte à la pudeur rien que d’exister. J’ai dû lui dire que j’allais chercher des sèches et me voilà en train de rouler dans la poussière.

Ce que je fous ici ? J’en sais rien. Dans mon boulot, j’en sais jamais rien. On ne me donne que des babioles à sucer. Tire tes godasses qu’ils me disent et arrange-nous le coup.
Alors je roule en bagnole, je guide la Chevy de nids de poules en terriers de renards en pensant aux minuscules détails qu'ils ont bien voulu me fourguer. Deux fois rien qui serait à l'aise dans le string d'une nana de la plage de Malibu. En un mot comme en deux, c’est simplos.
On s’est aperçu tout à coup qu’il avait disparu, qu’il se passait un trafic énorme avec sa voix, on disait qu’il avait acheté une ferme dans l’Oregon. C’était peut-être vrai, mais d’habitude, ils revenaient après quelques mois. Ici, rien, pas de nouvelles. Même les lettres revenaient « inconnu ». Alors tout seul comme un grand, il faut que j’arrange le bastringue
Qu’est-ce qui lui a pris, à ce loufiat. Voilà que Radio City est envahie de clodies qui hurlent :
« On veut LOUIE… on veut Louie on veut Loui… ». Vous avez compris que le pisseur de notes s’appelle Louie. En réalité, vous vous êtes gourés, comme vous et moi, il se nomme Albert, Albert Legs. Né natif de la banlieue sud de Philadelphie.
Comme j’ai décidé que j’avais un solide droit syndical à des vacances, je suis pas enclin à laisser traîner le sujet. Que les gus, les niafs, les nanas et les autres gueulent et cassent tout Broadway, je m’en fous, mais que l’on m’emmerde et qu’on me cache le soleil de Frisco, ça, ça ne me botte pas, mais alors pas du tout !

Ce grinch-là, je me vais te le ramener à ses producteurs et à ses guitares. Tout seul comme un grand, le gars Andy Lotion va coincer le col du gars Louie et le déplacer d’un coup sec de sa campagne à la ville où on l’attend. Il faut autre chose qu’une collection de disques d’or pour émouvoir le gars Lotion.


Le vieux Speedy, en salopette brune, a parlé longuement avec les deux jeunots. Le garçon est tout à fait idiot, la fille terriblement attirante. Un je ne sais quoi qui remue Speey jusqu’au fond de lui-même, à son âge.

La voiture du couple est stationnée sous l’auvent, à côté de la vieille moissonneuse, une Ferguson qui fonctionne encore au pétrole. Le vieux Speedy, les découvre s’extasiant alors que lui arrive sur son vieux Blacky, un cheval d’autrefois qu’on nourrit encore à l’avoine.
— Vous faites dans les bagnoles et vous v’là à cheval dit l’idiot.
— C’est charmant comme tout dit la poupée.

Ce soir-là, on parla beaucoup et c’est ainsi que Speedy entendit parler de showbizness, pareil à tous les autres boulots, mais on y gagne bien, surtout si on fait monter la cote d’un chanteur. Par exemple si le chanteur dit qu’il se retire, on tire en vitesse des disques et des bandes magnétiques et les prix montent.


Quand je passe le panneau du village (Pinetown, 17.204 habitants, culte le dimanche à 8h15, hôpital civil, musée des castors, don de Goodyear) si les petits amis qui me font signe savaient que l’athlétique gars au volant de la Chevrolet qui passe, vient rechercher un sujet local et n’est autre que le big quick best agent du FBI, ils réserveraient plutôt des lits à l’hôpital civil dont on parle que des places au ciné plein air, pense Andy Lotion en faisant coulisser le changement de vitesse, en souplesse vers la troisième.

Voilà donc où j’en suis : à Pinetown.
J’entre dans l’hôtel, en faisant sonner mes éperons. Vous avez compris que c’est une façon de parler pour m’annoncer à la tenancière du boxon local.

— Salut, fais-je. Envoyez-moi la meilleure chambre et avec ça un tonneau de whisky pour laver la poussière de la route agglutinée dans mon gosier.
C’est après que j’ai éclusé la bouteille d’un seul coup et ajouté qu’on m’en rem’tte une, mais sans eau, que je perçois le regard admiratif de la femme de chambre. Je la découvre, bien qu’avec la chaleur elle le soit déjà tant soi peu.
Quand elle revient avec une autre fiasque de scotch, elle me trouve sous la douche.
— Pose ça là que je lui dis et assieds-toi dans le fauteuil, j’ai deux ou trois choses à te demander.

Comme au préalable, j’ai laissé un billet de dix dollars allongé sur ledit fauteuil, elle pige de suite et s’apprête à répondre à mes questions.
— Comment tu t’appelles, dis-je en ne laissant plus couler qu’un filet d’eau sur ma tronche pour que le bruit ne me nuise pas et qu’en même temps, si les corniauds ont mis des micros, qu’ils n’entendent pas ce qu’on se raconte, la dénommée pas encore nommée et moi-même.
— Patty, Patty Serry, dit-elle avec une voix qui fait couler dans mes veines un soupçon de flambée d’idées qui n’ont rien à voir avec l’enquête.
Je passe ma tête par l’entrebâillement du rideau de la douche et lui fais un sourire Gibbs.
Elle y répond à peine et je remarque qu’elle tremblotte.
Ça doit être l’émotion d’avoir rencontré le fils de ma mère. Parce que froid, c’est pas possible. Vous n’imaginez pas qu’on puisse avoir froid, vous, dans l’Oregon, en plein été, dans un patelin où il n’y a que de la poussière de misère et une ravissante brune, vous ai-je dit qu’elle était brune, accortement vêtue, dans la chambre d’Andy, lequel est à poil sous la douche.

Comme elle tremble encore plus fort, alors que je sors de la douche, je lui fais :
Pour le docteur, je ne sais pas quel numéro de téléphone c’est, mais pour le gars Louie ? C’est quoi le numéro ?
En attendant, fais-je encore, déglutissez avec moi. Il n’y a qu’un verre, mais c’est nul comme remarque, moi, je vide au goulot.
— Je veux bien qu’elle fait.
La première gorgée lui remet des couleurs, à moins que ça ne soit le slip qu’elle aperçoit dans ma main gauche (comme je suis droitier, je garde toujours celle-là en réserve pour le P38).
— Je ne peux rien dire ici qu’elle fait, mais après mon service, à six heures, prenez-moi.

Je ne demande que ça, moi, la prendre.
Et Patty quitte ma chambre d’une démarche chaloupée qui me fait penser à un vaisseau espagnol quittant le port.

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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Jeu 1 Déc 2005 - 12:04

ben suite quoi ...

Le vieux Speedy n’a pas même demandé son nom à l’idiot, mais il a bien retenu celui de la fille : Laureen. Ca sonne bien, Laureen, ça lui rappelle un peu Ma qui s’appelait Eileen.

Quand il eut tout compris, il laissa entendre à Laureen les contes de fées que l’on raconte dans les Disneyworld. Elle fut charmée. Speedy, le vieux Speedy n’était après tout pas si vieux que cela. L’idée était bonne d’organiser une affaire.


Andy Lotion quitte sa chambre.
Dans l’attente, je me dis qu’un tour du patelin ne me fera pas de tort. Avec mon flair habituel, je me dirige vers le Blue Note. C’est ce qui est écrit sur la façade.
J’entre très décontracté, on dirait le repère d’Ali Baba avec les torches éteintes parce que le sésame a fait un courant d’air. Je m’écarquille les mirettes et j’aperçois une sorte de pasteur noir et blanc derrière un truc qui pourrait s’appeler comptoir.
J’escalade une aiguille qui doit servir de tabouret et j’observe sans aménité le blafard qui a suivi mon entrée avec des yeux qui roulent dans ses orbites.
— Un double scotch, lieutenant ! je fais, sûr que le type a été vicelardement convoqué pour la Corée. Pendant qu’il déglougloutte la bouteille, j’allume une Chesterfield (mentholée) et je fais circuler mon regard concentriquement.
Dans l’ombre et dans une sorte de sofa pour deux, une nibarde. Des yeux de camées. Elle hoche du pif.
— Alors, poupée, je fais, ça n’a pas l’air d’aller très fort ?
Moi, je lui disais ça comme un grand frère et voilà que l’affreux du bar me regarde dans la nuque et me susurre :
— Laissez tomber, vous perdez vot’ temps puisqu’elle perd les pédales.
Comme je fais çui qui comprend rien, y rajoute sec :
— Elle est en manque.
Bang, ça fait bing dans mon sixième sens. Je suis sur la bonne voie. Y a pas une demi-heure que le gras Lotion est dans le patelin et déjà un rencart pour savoir ce qui se passe et un appât de première pour s’infiltrer.
Je me servirai de cette môme-ci pour qu’elle me fasse voir le chemin et puis, je m’occuperai des grands méchants loups.
Pour le moment, mon appât est plutôt en train de s’écrouler. J’appelle le chief.
— Dis donc, gaillard, si je vous l’expurgeais en douceur et que je paye ce qu’elle doit, j’s’rais encore bien accueilli ?
— A bras ouverts, qu’il me fait.

C’est en sortant que je me rends compte qu’il m’a enfoiré.C’est un manchot.
Je quitte le bistrot avec la mémé à mon bras, plutôt avec mon bras sous ses aisselles, ce qui n’est pas tout à fait désagréable, vu qu’après l’aisselle, quand on fait le tour, on tombe pile sur un nichon qu’a tendance à se réveiller.
— Tu t’étires hein, la môme, c’est dur, je fais. Il y a combien de temps que t’en as plus eu ?
Rien à protester.
— Huit jours qu’elle dit.
— Tout partout vide ?
— Pas vraiment mais j’suis fauchée, le mois passé c’est venu à plus de 100 dollars, ici.
Je siffle un coup pour accuser réception.
— Tu sais, je dis, si tu veux, je te fais un petit dépannage.
Elle me regarde comme si j’étais Saint Pierre. Et j’ai l’impression d’avoir une auréole plus belle que celle de Templar.
— Vrai ?
— Vrai !
— Pour rien faire ?
—Qu’est-ce que t’as à donner, t’as pas l’air d’avoir quelqu’chos’ à donner.
Il faut téléphoner alors, qu’elle dit.
Et nous nous dirigeons vers un poste. Elle fait le 4658846 que je répertorie dans le côté gauche de mon cervelet.
Elle a une dénommée Laureen dite Lolo au bout du fil.
Salut, Lolo, c’est Gwen ici, j’ai cent tickets, j’peux v’nir ?
Elle se tourne alors vers moi et me dit qu’elle peut y aller, mais seule et qu’elle reviendra, on se file rancard vers les huit heures et demie à l’entrée du Adonis, un bar de l’autre côté de la ville, du côté où précisément elle va mais il vaut mieux que je n’accompagne pas, sinon, dit-elle, ils vont croire qu’elle moucharde et alors, ils ne pardonnent pas.
Ça leur va bien de dire ça, parce que mézigue, pardonne encore moins.

Le vieux Speedy avait plus de relations qu’on ne le pensait, c’est ainsi que l’on fit venir la pénurie et monter la cote. Un soir, le vieux Speedy parlait comme d’habitude, l’idiot n’écoutait pas et Laureen était sous le charme. On avait bu. On avait beaucoup bu. Louie s’écroula et Speedy, tellement plus costaud qu’il n’en avait l’air le souleva et le transporta jusqu’au lit, dans la chambre du jeune couple. Laureen, avait aménagé gentiment la chambre lorsque le vieux Speedy lui avait dit qu’elle pouvait rester là aussi longtemps qu’elle le voulait.Laureen admira la facilité avec laquelle Speedy porta Louie, elle s’allongea à côté de l’ivrogne et raconta à Speedy qu’elle en avait marre de ce con. Speedy la consola en paroles et en geste et Laureen constata que le vieux Speedy avait de l’énergie dans les bras et partout dans le corps. Ce qu’ils ressentirent, là, en faisant l’amour, presque sur le corps même de l’idiot affalé, c’est indescriptible.

Lorsqu’elle se réveilla le lendemain matin, Speedy lui expliqua que Louie avait malencontreusement voulu sortir la nuit, et était dans son ivresse sans doute tombé sur la fourche.

Andy Lotion, l’agent du FBI marche dans Pinetown.
Je fais semblant de partir vers l’hôtel où je crèche mais dans la réalité profonde, je glisse contre la vitrine du drugstore et j’observe. La môme est allée jusqu’à l’arrêt du car qui va à Cockglutch (downtown). Elle poireaute cinq à six minutes et tout à coup, il y a la lumière qui se fait dans ses yeux. Contre le trottoir d’en face, s’arrête une Chrysler. La portière s’ouvre, en sort une pépée comme Billy Wilder n’a jamais imaginé. Une noire (de cheveux) avec plus de taches de rousseur que Doris Day et des yeux bleus, le tout sous emballage Pininfarina. Les deux filles papotent gentiment, la noire glisse un sachet de plastique dans le sac de l’autre qui lui compte les deux billets de cinquante que je lui ai refilés.
Je laisse s’en aller la paumée vers son baladeur et je file le train à l’autre. L’une derrière l’autre, la Chrys et la Chevy s’insèrent dans le parking du Golden Steak.
Quand j’entre une paire de fraction de seconde après elle, en fermant les yeux pour ne pas être ébloui par l’obscurité qui y règne, la main sur le colt, je la repère de suite. Elle est installée sur un tabouret, la robe chiffonnée ramenée autour de la taille, ce qui laisse voir, quand elle se penche pour demander du feu pour allumer sa Camel, des guibolles étourdissantes dont on se ferait une écharpe.
Je me hisse sur le siège voisin, remarquant qu’elle n’est pas servie encore, je dis au barman qui approche :
La même chose.
La fille roucoule, ce qui me laisse plonger dans le défilé du Grand Colorado.
— Comme c’est rare de rencontrer de galants Messieurs, et elle ajoute à Tony, il s’appelle Tony, deux doubles scotch ! pas trop de glace.
J’ajoute :
— Non pas trop, elle fondra tout de même trop tôt en voyant un si bel exercice de style que Madame.
Elle rit, alors on bavarde.
Quand vous faites rire une souris, c’est gain de cause pour la parlotte.
Elle me dit qu’elle s’appelle Laureen Neuseman et on écoute une sorte de Java qui sort de la radio.
Je l’invite et elle dit oui. Quand on danse, je vois tout de suite qu’elle n’a pas de baleines dans son corset et que tout n’est que du solide. Après une minute, c’est plutôt elle qui croit qu’il y a un os entre nous.
C’est dommage que je lui fais qu’il n’y ait plus de disques de Louie.
Elle me regarde en coulisse et elle se laisse aller encore un peu plus contre moi.
On danse et se rasseoit, on redanse et on se rasseoit encore.
On s’assied dans le fond de la salle et je lui montre des trucs que grand-mère faisait du temps du Far-West. On écluse des tas de scotches. A six heures, parce que dans les enquêtes, je suis toujours réglo, je fais téléphoner à l’hôtel pour faire dire à Patty que je suis sur une bonne piste et qu’il faut pas qu’elle m’attende. A huit heures et demie, je fais appeler l’Adonis pour dire à Gwen de se tirer que ça va aller mal.
On se casse et sans demande ni réponse, on se retrouve dans ma chambre, ce n’est pas le Hilton, mais comme une bonne auberge, ce qui compte, c’est ce qu’on apporte soi-même. Je lui fais plein de choses qu’on n’apprend pas à la maternelle.

Le soleil de la mi-journée semble déjà dans le ciel. Je me tape une solide douche froide, je passe une sortie de bain qui pend au clou, je nous sers deux whiskies.
Je lui secoue l’épaule et Laureen n’a pas l’air étonné de ma voir là. Elle est en bon état de marche.
Alors d’un coup sec, je lui déballe mes outils. Je lui explique que je la trouve sensass et que si elle me dit tout je la laisse en-dehors du coup.
Je lui promets aussi une belle récompense si elle adhère. C’est ce qui la fait basculer du bon côté.
Comme je lui explique ce que je vais faire, elle me dit que quoi qu’il arrive, elle ne peut rien faire pour moi sur le plan pratique. Je ne suis pas long à la convaincre du contraire et ses deux seins se gonflent d’orgueil, son ventre se creuse, ses reins ondulent si bien qu’en me disant qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver et que ce qui est pris est pris, je lui roule un patin qui nous plonge dans une autre ambiance jusqu’à deux heures.
J’entre au bar à l’heure dite pour y voir un cave qui a dû se tromper de pharmacie, il boit un coca.

Longtemps après moi arrive Laureen, on fait semblant de pas se connaître.
— Dis donc, je fais au zigue qu’est pas le même que hier, j’ai besoin de voir le patron, j’ai des bons acheteurs sur l’Eastcoast.
Il me répond que le patron n’est pas là, n’est jamais là, que de toutes façons, à part mon godet, il n’y a rien à vendre ici. Alors, je lui demande le chemin des toilettes.
— A gauche, dans le fond du couloir.

Évidemment, au milieu s’amorce un escalier que j’emprunte sans intention de le rendre. En haut, une sorte d’armoire normande avec des boudins à la place de doigts me barre le passage. Je le prends par les devants.
Ses revers cèdent et je lui file un uppercut du gauche assaisonné d’un swing montant et dévastateur. Je lui colle le crâne contre un montant de porte, je lui tords une jambe entre deux barreaux de la rampe, je le laisse glisser, tête en avant vers le bas où il arrive illico pour compter les moutons. Il en a pour trois jours à se remettre.

Sur la porte, il y a un petit avis : « BUREAU ». Ben voilà. Il n’y a qu’à frapper et on vous dira d’entrer. Ce que je fais fissa et effectif, il m’est répondu d’une voix vacharde :
— Entrez !

J’entre comme un gars distingué qui vient proposer le seizième tome de l’encyclopédie, avec les images couleurs et des nouvelles définitions, un ouvrage de première qualité sur papier pas vilain, une couverture cartonnée et plastifiée, un lettrage à feuille d’or et la tranche en rouge ou en bleu selon les conceptions philosophiques qu’on a.
— D’accord qui m’dit, vous êtes là, mais vous voulez quoi au juste ?
— L’adresse et la liste, c’est tout.
— L’adresse de qui et la liste de quoi ?
— Celle du grand patron et celle des revendeurs – et tant qu’on y est qu’on dise où est kidnappé Louie ?
Comme il se tourne vers le coffre-fort qui est derrière lui, je suis du regard et je suis assommé, par derrière, salement.
Quand je me réveille, je suis étendu sur le plancher d’une vieille Ford qui gravit une route sinueuse. J’ai la tête comme la peau d’un tam tam nègre qui a servi trois jours et trois nuits à l’independance day et quand je veux bouger, je perçois que je suis saucissonné comme à Arles.
J’entends le chauffeur qui s’adresse à un convoyeur.
— Tourne ici, dans deux kilomètres on le laisse, le sieur Lotion servira de casse-croûte aux bobcats et aux serpents à sonnettes.
C’est mal parti d’après ce que je pense, triste fin pour le copain Andy, c’est pas rigoureusement possible, une chose pareille.
La voiture s’arrête et v’là les mercenaires qui me transportent devant un arbuste.

— Salut, qui font. Et les salauds de se tirer, me laissant ainsi en pleine nature, pas même une petite goutte de scotch pour se consoler, rien. J’attends les fauves et la nuit.
Il est tard, je suis là comme un jambon immobile, le soleil a racorni mes idées et mes chaussures et j’entends un léger bruit…
C’est impeccable. Laureen.
— Oh ! Andy, c’est toi ! Andy, c’est toi ?
J’aimerais dire oui, mais ils m’ont bourré la gueule avec du scotch (tape) et mes lèvres ne font qui :
— MMM, mmmm, mmm, MMMMMMM

Elle me trouve tout de même et m’explique qu’elle s’est rappelée le cas d’un pourvoyeur dont on n’avait retrouvé que les os, juste ici.
Je lui offre un roultaga super et nous courrons vers la Chevy qu’elle a récupérée devant le bar.
— Te brûle pas qu’elle dit, pendant qu’ils s’occupaient de toi j’ai déboulonné les goujons de la roue avant gauche.
Ça ne peut pas manquer, on retrouve la vieille Ford dans le ravin.
Je fonce à toute allure vers le bar, l’hercule d’escalier est en train de se sucrer un godet en compagnie du barman.
Je sors mon P38 et je les allonge pour le compte juste comme ils allaient défourailler.
Les détonations amènent le gérant à regarder par-dessus la rampe.
— Ne tirez pas, ne tirez pas, je dirai tout.
— Allonge-toi alors, je lui dis.


Il n’y a pas de morale, le vieux Speedy, je viens de l’accrocher sous les yeux de Laureen et il a dit :
— C’est mieux comme ça, la fourche, j’en ai marre.
Et puis, il a fallu apprendre aux fans que Louie était vraiment disparu, qu’on ne le retrouverait jamais et ça n’avait déjà plus d’importance, un petit neuf du nom de Chubby Shaker soulevait les âmes.

J’ai juste le temps de téléphoner au big boss pour lui dire que l’affaire est terminée et que je vais partir faire mon rapport sur un coin de plage de Floride.
Salut.
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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Dim 4 Déc 2005 - 18:57

Xian, je suis pétée de rire !! Excellent !!!

J'veux pas faire la silhouette, j'veux pas, j'veux pas, j'veux paaaaas ! mdr

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Dim 4 Déc 2005 - 22:46

Ouais, ouais.....J'suis jaloux de pas l'avoir écrit celui-là.... grrrrrrrrrrr banane Bravo !
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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Dim 4 Déc 2005 - 22:52

Ouais, ben j'oublie pas que t'en as un pas mal, à mettre..... tu t'souviens pas ? C'est la vieillesse à ce point ?? lk

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Lun 5 Déc 2005 - 8:40

Citation :
j'oublie pas que t'en as un pas mal, à mettre

je n'ose imaginer, mais où va le monde, ma pôv fil' ?
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MessageSujet: Re: LE VIEUX SPEEDY   Lun 5 Déc 2005 - 9:56

mdr mdr mdr J'imagine à peu près. Surtout le matin au réveil... AngeR

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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LE VIEUX SPEEDY
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