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 Henri Troyes ( feuilleton )

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Xian



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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mer 11 Oct 2006 - 6:39

Pour des raisons techniques indépendantes de la volonté de l'auteur, ce feuilleton est mis aux arrêts.

On peut à sa guise aurait dit Henri :
aller lire les épisodes passés chez : http://henritroyes.skynetblogs.be/
poursuivre la lecture quotidienne sur son propre "mail" en le demandant avec fleurs et gentillesse à "mail to :" xian@xianhenri.net
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MessageSujet: Insolvable   Mar 12 Juin 2007 - 17:48

La Résidence San Marco, à Plumcot, un quartier de banlieue de Karelkoningstadt fut ainsi baptisée par un architecte aux idées beaucoup plus étroites que le portefeuille, totalement soumis aux souhaits démagogiques d’un maire rouge retors à qui le parti avait laissé entendre que son avenir passait par le nombre de pots de vin obtenus dans les soumissions pour logements sociaux.

Plusieurs immeubles avaient été ainsi construits n’ayant de rapport avec la ville des amoureux que le nom des « résidences », longs immeubles de quinze étages dotés de l'eau courante et du confort moderne. Initialement les bâtiments Santa Crocce, Dorsoduro, Castello, Murano, était destinés à héberger les ilotes et les esclaves méritants de l’industrie sidérurgique Cousin and C°. Il n’avait jamais été question de racisme et d’y loger la main d’œuvre débarquée de la Cantine des Italiens, encore moins faire croire que l’on avait vue directe sur le Grand Canal.

Depuis quelques années, l’interdiction de fumer avait touché les cheminées d’usine et les travailleurs se faisaient rare. Les Siciliens étaient rentrés chez eux nantis de leur prime de départ. Les aciéries refont le voyage de la Silésie d’autant plus qu’on a installé un aéroport international sur le haut plateau. Un nouveau monde se créait, peuplé de femmes dite de couleurs, paréos et wax ajoutant de la fantaisie où il n’y avait naguère que des petites vieilles ridées en fichus. L’époque bénie des gamins qui s’en allaient jouer au flipper le soir était révolue. Des jeunes de plus de trente ans se réunissent dans des caves, des parkings et des bosquets, personne ne sait ce qu’ils veulent faire, parfois ils allument un feu de camp pour égayer leurs jeux de nuit.

Le cheptel prolétaire est moins militant, moins méritant, il doit se contenter de logements plus vétustes, on ne remplace plus rien, les échevins et autres édiles ayant bien d’autres chats à fouetter, particulièrement le vendredi soir chez Madame Marguerite, ce qui vaudrait un livre entier tant il y a à dire...

Quelques privilégiés parlent du temps du grand parti, de Joseph Djougachvili et de son pays à l’âge d’or des camarades. Certains qui ont pu s’y rendre (échangez vos enfants sains contre ceux de Tchernobyl, association sans but lucratif) parlent de là-bas qui est devenu comme ici enfin, c’est le contraire mais c’est bien aussi parce que comme ça, ceux de là-bas ne voudront pas venir ici, prendre notre pain quotidien.

Quelques penseurs locaux aux idées larges se demandaient donc comment extorquer encore quelque chose à un peuple aussi miséreux mais déjà chanceux puisque conservant ses papiers. (Il faut rappeler que le pire est de ne pas avoir de papier, les Américains au Vietnam en ont fait la cuisante expérience). Bon, les chefs du parti trouveront bien de quoi faire un avenir pour leurs acolytes.

Donc, la cité qui était l’avenir de Marcichienne, quartier rénové de Karelkoningstadt, s'est progressivement transformée en zone franche où la police ne pénètre plus qu'à reculons à cause d’un manque caractérisé de moyens. Elle est devenue le refuge inaliénable des errèmistes et autres insolvables de tous les sexes, races et religions. Ce qui colle parfaitement à l’état d’esprit de Grand Jo, un ancien de la Légion qui n’a jamais hésité à mettre la main à la pâte. « A servi la nation avec courage » page trois de son livret militaire, démobilisé pour cause de bronchite chronique avec une pension dite de survie qui comme les rations du même nom signifie que celui qui veut survivre doit faire l’appoint avec ingéniosité et dynamisme.

Ça tombe bien, l’époque est au dynamisme.


(à suivre)
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mer 13 Juin 2007 - 18:35

Le grand Jo a bien suivi les résultats des élections municipales et législatives, il s’est dit que l’avenir est au dynamisme d’entreprise et qu’il est bien nécessaire de se tailler un steak dans les biffetons qui passent. Ainsi donc, il se mêle parfois à ceux qui bricolent avec ingéniosité. Ils piratent les cablodistributeurs, placent quelques des raccords d'eau sur les bouches d'incendie. Les ligne EDF s'offrent d'étranges dérivations, mais il faut le dire : techniquement irréprochables. Contrairement à ce qui s’étale en grand dans la presse bien pensante, ici, on ne manque aucunement d’ouvriers qualifiés.

Le négoce fonctionne bien quoique suivant des voies peu connues des grossistes en denrées coloniales et autres débiteurs de produits commerçables. répugne à fourrer son tarin délicat. La Résidence San Marco est devenue univers souterrain à ciel ouvert.

Tout baigne, personne se plaint. Sauf que l’approvisionnement commence à baisser. Les petits commerçants des avenues voisines et ceux de l’ancien quartier du dépôt des tramways ont baissé le rideau. Le carré d'irréductibles accueille les ressortissants de la Résidence de volées de chevrotines inamicales. Le gérant du Cashfoutre s’est doté d’un mode d’alarmes stridentes et d’une équipe de bastonneurs de première, des cogneurs assermentés qui dissuadent les acheteurs de la résidence de faire leurs achats, ils disent qu’ils barrent la route à la hausse des prix, aux insolvables et à la kyrielles de dettes qu’ils accumulent. Ces gens-là sont des assistant sociaux qui font de l’humanitaire comme Jourdain faisait sa prose.

Autorité de surveillance, voilà voilà, voilà de quoi agrémenter d’un salaire la pension d’un grand Jo dégingandé et fort peu rémunéré par l’état reconnaissant.


Ainsi donc, depuis lundi, grand Jo s'est dégotté une utilité sociale dans la cité. Il s’est vu adulé comme une vache sacrée quand on a compris qu’il suffisait de lui donner un petit baiser, un petit billet et qu’il ramenait un caddie™ garni d'une grande variété de denrées de première nécessité, à la demande, sans se faire stupidement alpaguer. Qui d'autre parvient à sortir par la grande porte sans avoir à payer ni être inquiété. Le grand Jo. Ça tombe sous le sens. Qui d'autre, on se demande, se révèlerait capable de circuler en toute tranquillité les allées du Cashfoutre et d’en sortir par la sortie sans achat sous le regard admiratif des vigiles mal payés pour recevoir un de ces coups de tatanes que le regard de Jo promettait à celui qui tenterait de l’arrêter, le circonvenir, l’immobiliser.

Du Viet, du Chleux, il en avait assez bouffé pour ne pas craindre un demi-gras.


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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Ven 15 Juin 2007 - 17:27

Ça s'est su et on a vite taillé à Jo un costume de grand intendant de la boustifaille et des victuailles, préposé aux fournitures ordinaires et extraordinaires des immeubles vénitiens, chevalier du sixpack chips au paprika compris, sénéchal Bonduelle et Delmonte, ministre plénipotentiaire de la bectance sous vide et du plat préparé surgelé. Jo rafle le vital sans négliger le superflu. Électoralement, c'est de première force, cela vous plébiscite un homme. Ça en jette. Ça lui ferait une carte de visite longue comme le bras de docteur en chourave s’il fallait se présenter ailleurs.
Les naufragés du radeau Assedic se sont sans tarder pliés à la coutume de déposer leurs listes de commissions devant la porte de Nadija, une petite boulotte qu’avait recueilli Jo un soir de seulance. Ces petits papiers ressemblent à des ex-voto. Il faut comprendre les fidèles. Ça gicle des mottes de beurre dans les épinards. L’ex-légionnaire devenant le bienfaiteur de l'humanité, a suscité un sentiment d'euphorie qu'on n'avait pas connu ici depuis des lurettes. Politique de reprise économique par la redistribution. Résurrection de la demande et béance de l'offre. Relance de la consommation. Rien ne peut contrarier ce flux de bonheur néo-sarkozien.
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Sam 16 Juin 2007 - 9:49

Si tout se passe bien côté cité, on respire moins la sérénité aux étages supérieurs chez Cashfoutre, un géant de la distribution. En gros, une arête en travers dans la gorge et les boules, on peut le dire : la direction générale des affaires internes est en ébullition. Pertes abyssales pour la succursale de Karelkoningstadt, c’est inadmissible !
Les têtes pensantes prennent une fadée de décisions courageuses. On débarque l'actuel directeur du magasin pour le remplacer par un coyote à poigne, ancien adjoint de l’équipe du maire Vancowenmont, récemment promu Président de parti. On augmente le contingent de vigiles, un contrat avec le SAC. On active le fliquage strict du petit personnel dans les vestiaires selon la méthode syndicale du p’ti père des peuples. On coopère sereinement avec les services de police (ce qui signifie en réalité que les chefs des services de police accèdent au magasin avec une carte de crédit illimité). On réorganise les rayons selon la mercantique étudiée de commun accord avec les spolieurs habituel de Wartaldi et de Lideul pour doper les ventes et stopper les larcins. Dans la foulée, en collaboration avec IBM et Microréalité, on équipe le site d’un matériel des plus perfectionnés pour la détection des chaussettes à tiroir, des ventres creux de femmes enceintes et des parapluies bulgares, l’infrarouge et l’ultraviolet repèrent les mauvaises pensées. Ça ferait pâlir d'envie n'importe les Jimmy Guyeux et autres Assimov.

Va t’faire foutre déclare Jo à un gardien qui tente de repousser le caddie ™ de notre gentleman lorsqu’il franchit la barrière électronique. Un ex-légionnaire ne va pas s’emmerder avec des considération mondialistes et sécuritaires. Cela permet aux managers de rayon (prime syndicale trois) de constater : Les nouveaux appareils de surveillance ne sont pas plus malins que les vieilles cameras En plus, cela abîme la rétine des employé du bureau de surveillance à cause des reflets spéciaux. Sur les écrans, on remarque un monstre grisâtre qui embarque de la camelote sans se dissimuler vu qu’il la fout dans le caddie ™ . Toutefois on peut opérer un recensement précis des vols sur une semaine pleine, et même avec les plaquettes RFID suivre à la trace le manque à gagner.

Le directeur général local fut avisé de ce que l’on savait déjà : On est convaincu d'avoir cerné le pillard.C’est un grand gaillard, c’est même le çui-là qu’on voit sur l’écran et personne ne pense à Jo, Jo qui passe à l’envers dans l’entrée avec un caddie ™ rempli chaque jour.

On double, triple les équipes avec pour seule instruction de scruter tous azimuts. Eh bien: peau de balle et balai de crin, si on peut se permettre une telle familiarité. Jo ne déroge en rien à ses petites habitudes. Il continue de saluer le personnel en entrant et, idem, de saluer en ressortant lorsqu'il pousse son plein chariot gratuit. Les vigiles répondent poliment. Distraitement. Sans le voir. Trop occupés à vigiler, comme de juste.

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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Lun 18 Juin 2007 - 8:18

Tous ces envols de marchandises vers des sans papiers, cela vous ruine le sommeil des matons du linéaire. Il faut dire que cela donne un peu de soucis à Jo aussi parce que lui, l’approvisionnement, c’est pas son rayon vrai, lui c’était plutôt le frais, sa spécialité en fait, ce ne sont pas les conserves et les lessives, c’est la viande. Il la préfère vérifiée fraîche et découpée par lui-même. Ses passions, depuis l’époque où il était caporal-cuisinier, c’est la récup de boucherie, et puis, les jeunes filles en fleur.
Il se souvient de bien des arrivées dans des villages, au Tonkin, au Laos, dans les djebels druzes, et même d’une mission spéciale entre l’Afghanistan et l’Azerbaïdjan, comment que c’était difficile de s’approvisionner là-bas.
Au fond d’un hangar frigorifique désaffecté, après chaque virée au Cashfoutre, il prépare des colis et des barquettes de viande préemballée, enfin, c’est lui qui les entoure soigneusement d’un beau film plastique et sur laquelle il appose délicatement des étiquettes : viande fraîche à consommer de préférence avant le ... et il indique méticuleusement une date limite.

La fréquence de la disparition de jeunes demoiselles dans la grande galerie marchande inquiète bien plus le commissaire Lescaut que les quelques larcins commis chez Cashfoutre bien que ces épiphénomènes troublants nuisent à la quiétude des honnêtes consommateurs. La démarche citoyenne des péjistes contrecarre fortement l'effort de guerre contre la grivèlerie, il déambule plus de regardeurs que d’acheteurs désormais sous la verrière et le toit – parking. On ne surveille plus les caddies ™ mais on dénombre désormais les restes de jeunes filles dévitalisées auprès du rayon Harriet Hubbard.

Jo passe les caisses en saluant les vigiles qui ont désormais une autre tâche.

Notre pauvre monde est-il sans cesse peuplé de monstres qui ne sont que nos propres enfants ? Comment peut-on un jour devenir vigile chez Cashfoutre ?
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MessageSujet: Michèle Mercier   Jeu 6 Sep 2007 - 18:54

Michèle Mercier à Anderlecht.
http://20six.fr/henri/art/28112775


Chapot drive comme un corsaire drisse un Vaurien, la tire est une Citroën C4 Sillage avec un moteur particulièrement dopé par un ami de la préfecture qui assemble des petits bijoux mécaniques pour rallyemen. Moteur pour la poursuite, Navidrive pour l’optimisation du confort des recherches et quadriphonie pour écouter les Walkyries genre Apocalypse Now, Michèle assise sur le siège passager observe le paysage, les façades ternes, les vitrines, les gens.
Les virages sur l’enjoliveur la bousculent et si d’un côté elle s’accroche à la poignée des handicapés, de l’autre elle carapate sur la cuisse de Gérard le Modeste, même parfois sur le pommeau du levier de vitesses. Gérard Chapot alors rougit comme un jeune homme et Michèle, on aurait dit une starlette prête à tout pour la figuration de sa vie avec Charles Bronson.
Sur la banquette arrière Jean-Claude et Germain tentent de relire les notes qu’ils ont reçues du commissaire Bourrin avant de quitter la turne du dix-septième.

La banque fermait à dix-sept heures trente très précises, depuis quarante ans. Il était seize, Poucette (dite Thelma) et Louison dite Louise attendaient patiemment que madame Bistouquette, poissonnière aux Halles ait terminé son dépôt, trente-deux mille euros en majorité des billets de 10 et de 5, heureusement pas trop de monnaie.
— J’essaye de rendre le plus de pièces possible dit-elle à Mélanie Brossières qui espère que les deux clientes suivantes n’en auront pas pour des heures, elle a rendez-vous avec Jeanjean à moins le quart et c’est un impatient, celui-là, des fois faudrait presque arriver toute nue tellement ça le démange.


En définitive, se dit Gérard en effectuant un dérapage contrôlé au bout de l’avenue Gallieni, la main de Michèle, ce n’est pas si désagréable que cela. Elle doit être douce... et le voici rougissant une fois de plus en attendant que le feu « piétons » passe au vert.

La douce lança un de ces jurons de corps de garde qui aurait valu quinze jours d’arrêt de quartier à un sapeur.
— Voyez ce que je vois !
— Mais quoi ?
Mais tous virent très bien une femme à moitié voilée poussant une putain de porte d’agence bancaire qui se tirait dans l’autre sens (Pull et Push cependant clairement indiqués par l’installateur de la porte vitrée).
Vlan, une seconde meuf se pointe dans le sas, coup de tonnerre, le sécurit s’émaille dans l’espace et sur le trottoir.

— Me demande s’ils ont une assurance bris de vitres dit Jean-Claude Dusse.

Tandis que la conductrice du Peugeot Partner qui était à l’arrêt derrière nos policiers en civil se fait heurter par un Kango lui-même embouti par une jolie Honda rouge, s’effondre sur le klaxon, Michèle saisit son Manurhin 6 spécial non réglementaire mais bien à la main.
Salopes syphilitiques, hurle-t-elle devant ses coéquipiers ébaubis, grimpe sur le trottoir, faut les bloquer !

Mais déjà la foule s’endense, se compresse, un carreau brisé, qui sait peut-être des billets par terre... et puis quelque chose à raconter, oui, ma chère, j’y étais, la caissière dessoudée, comme l’on dit et du sang partout, et une cacophonie de klaxon, un embouteillage, des effrontés qui veulent se frayer un chemin alors que j’étais là avant eux !

Jean-Claude, Germain, Michèle se fraient un chemin dans la grappe des badauds, Germain sort sa carte d’officier de police, Michèle brandit son flingue comme le coureur d’Olympie brandit sa flamme. Jean-Claude jette des regards circulaires : on cherche une femme, dit-il en regardant les vingt-six dames agglutinées devant l’ancienne vitre de l’agence. Et dix sont voilées, sans compter la Marie qui est en fichu depuis ses quatorze ans. N’y en–a-t-il pas au moins une qui veut bien s’encourir, s’enfuir, que l’on puisse crier : halte ou je tire et faire une arrestation comme on en voit dans Manhattan police.

Hélas, l'excitation flemmarde au périmètre pas encore délimité scène du crime par la police scientifique, ce Gérard modeste a-t-il appelé le central ? et les mouvements de foule ne sont que de nouveaux curieux qui convergent, en manque d’assassineuses divergeantes.
Michèle sent la moutarde lui monter au nez, bon sang, on ne va tout de même pas laisser un flag se terminer par un non lieu ! Papiers, allez ! tout le monde, c’est quoi vot’ blaze ?

Pistolet au poing, elle avise une nénette qui répond apeurée :
— Moi sé pas Midame, moi pas de papier encore mais juré l’avocat qui j’vais en avoir bientôt.
— Punaise, couche-toi par terre et toi aussi hurle-t-elle à une jeune adolescente qui tente de se glisser entre la façade explosée et une matrone qui vitupère que ça ne se passera pas comme çà et qu’il est temps qu’on pende les malfrats haut et court.
— Et vous là, allez vous dégagez ! crie-t-elle à Mélissa Defrenne, soulagée d’être mise hors de cause. Se faire contrôler c’est le jeu mais avec trois grammes et à cause de braqueurs à la manque, merdalors. Sauvée par le gong. De l’autre côté de l’avenue Mélissa prend son portable et pianote le numéro de Johnny...

— Jean-Claude, glapit Michèle, vire-moi ces enflés merde, tous les hommes sur l’autre trottoir, on cherche deux meufs, pas des connards.

Plus tard des témoins affirmeront que les gangsteresses étaient au moins cinq et que même quand les policiers demandaient les papiers, il y en avait encore une revolver au poing qui faisait la loi dans la rue.
Michèle trépigne, son premier flag, et rien, c’est pas croyable, elle va flinguer quelqu’un, il faut qu’elle flingue quelqu’un.
Elle récolte des papiers de mères de famille, une exilée du manioc, une divorcée, une ado en fugue, une doctoresse qui vient de prescrire des calmants. Les collègues débarquent d’un fourgon, Chabot avait tout de même eu un bon réflexe.
— C’est comment, vous ?
-- Lydia Van Gompel, je travaille...
— Tire-toi...


Lydia, qui d’un tournemain a viré sa perruque blonde dans un cabas d’où sortaient céleri et poireau pour le bouillon d’onze heure, fait un petit signe à Louison qui devient d’un coup de houppette Madame Delire, chauffeur de taxi, qui, permettez s’il vous plaît, je n’ai rien vu, ma centrale appelle, vous entendez bien, c’est mon taxi, oui, je suis la conductrice et je dois m’en aller, s’il vous plaît, Monsieur l’agent, voulez-vous bien me faire le passage.


— Mais quelle heure est-il ? demande tout à trac Michèle.
— Il est dix-huit heures dix Madame, répond un gardien de la paix. (ben oui, la paix c'est fragile, faut que cela se garde !)

La Citroën est rangée un peu en retrait après le coin de la rue, les constats ont été faits, les jeux sont faits, c’était un flag. Michèle exhale toute sa rage, son ressentiment, sa rancœur, son amertume et son dégoût.
— Foutre de chiotte de merde !
Chapot Gérard fixe le balai d’essuie-glace tandis que de la banquette arrière proviennent des MMMMmmmmhmhmh éminents.
— Pas possible, fulmine la jeune femme embellie par la colère, vous vous rendez compte, putain de charogne de merde, non, non mais vous vous rendez compte, cela s’est déroulé sous nos yeux, juste sous notre nez, putentrailles de foutre de fion !
— Oh ! Ho ! tout va bien, je suis déjà bien content que toute cette agitation n’ai pas débouché sur une bavure, s’exclama Jean-Claude qui ne parlait pas pour ne rien dire.
— Comment quoi où une bavure, s’emporte Michèle, congestionnée, ose le redire, merdeux de flic pourri, p’tête même que c’est ta meuf qui a fait le coup.
— Quand tu veux je le répète. Parce que hein à part tirer sur ceux qu'ont rien demandé comme la semaine dernière sur les quais, on sait pas bien de quoi t'es capable ma poule avec ta manie de sortir ton machin pour un oui pour un non.
— Ouais, c’est pas comme toi, d’ailleurs, de machin, t’en as pas, pas plus que de couilles !

-- Alors quoi ? C’est pas bientôt fini ? Pensez à ce que vous allez écrire dans votre rapport !
Ayant dit, il débloque sa portière et annonce :
Bon on a fini pour aujourd’hui, il est la demie, on va se taper une gnôle pour faire passer l’engueulade de demain.

Michèle Mercier le regarde, et d’un geste dit « bras d’honneur » lance :
Connards, vous vous en battez les couilles, mais moi, je les aurai, je le sais et là-dessus, elle s’extirpe de la voiture, fusille le Gérard débout côté gauche, écrase de dédain les deux comparses de l’arrière et s’en va à grand pas vers la place de la Vaillance tandis que les hommes vont aller boire une "Jup", ils savent pourquoi.


Dernière édition par le Ven 7 Sep 2007 - 9:52, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Jeu 6 Sep 2007 - 19:02

oui...et alors ? AngeR
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Jeu 6 Sep 2007 - 19:28

Alors, elle marche encore, t'as vu l'heure ...

Et les hommes boivent ...

tout reste logique !

mdr


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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Jeu 6 Sep 2007 - 19:34



Ce n'est que maintenant, bandes caves, que vous me poster un si bon scénario? Vous ne pensez pas que j'ai suffisament tourné?

http://www.le-papier-a-gaumet.com/stars/michele_mercier.asp
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MessageSujet: Hioulite Pacage Limited (feuilleton)   Sam 8 Sep 2007 - 12:07

"CE QUI EST IMPORTANT PEUT SE TROUVER N'IMPORTE OU, ALORS JE LIS TOUT"

Une lectrice convaincue du bien que j’apporte me laissait entendre qu’il était urgent de reprendre un de ces récits historique et biogénétique comme j’avais conté l’histoire vraie et réelle d’Henri Troyes ...

Ainsi donc, il faut bien que je m’exécute, pan suis-je mort, non, je me souviens d’un chaland qui comme moi en 1923 au cours d’un agréable voyage d’affaires en Nouvelle Angleterre eu l’occasion de séjourner chez lord Watergang. Le logis était une massive demeure perdue dans une vague de collines.

Un soir qu’il faisait plus sombre que d’habitude, Lord Watergang attira mon attention sur l’attitude curieuse qu’avait Basil Wolverton, que j’écris Basil comme on le fait désormais aux Amériques où chacun sait que l’on n’écrit pas communément.

Intriguant, je pus apprendre que ce Basil semblait être au service de la famille depuis avant l’indépendance et qu’en tous cas, ceux qui le connaissaient semblaient ne l’avoir pas vu vieillir. Je l’ai toujours connu comme cela répondit Jenny, la petite soubrette qui m’était attachée.

Piqué au vif, je me plongeai dans la bibliothèque du troisième étage et j’entrepris des recherches généalogiques qui me menèrent au cimetière des marins damnés, le long de la cote Est, près de Cape Cod.
Tout cela s’avéra négatif au point que je failli renoncer à savoir de quoi il retournait.

C’est ce matin que je découvris le journal , un cahier relié avec des ficelles, des pages jaunies, parfois sales, même.
En page quatre deux mots :

ça s'écrit Cthulhu, Cher Xian.


Puis-je dire que je fus autant ébranlé par le contenu du message : six mots au lieu de deux et la signature... à la signature !
HPL

Je tournai donc subrepticement la page ...


(À suivre )
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Lun 10 Sep 2007 - 16:08

Assis, il faut bien dire que j’étais assis, fort heureusement mais qu’importe, dès la première page de lecture, je me serais assis pour ne pas cesser de l’être jusqu’à ce que j’ai fini la lecture de ce cahier.

Mon cher Xian,
Était-il écrit juste sous la date : 8 mars 1788.

Moi, Basil Wolverton, il faut que je consigne ceci à l’intention du souverain maître qui pourra le lire si j’échoue dans mon projet.
Je viens de faire des découvertes qui peuvent m’octroyer un puissance sans bornée : je suis certain d’être capable d’asservir l’humanité entière. Plus tard, aucun doute n’existera, il sera dit que je suis un homme exceptionnel, un génie que bien sûr les clochards de la pensée et les handicapés du cerveau considéreront comme un fumiste.
On dira encore, comme on le dit le plus souvent des visionnaires que j’ai inventé des théories à faire peur ... c’est que j’aurai au moins réussi cela : faire peur. Ils ne savent pas encore ici lors de réunion qui se tiennent que je les écoute, que je sais qu’ils n’imaginent même pas ce que sont les nanotechnologies. Le simple mot de technologie déjà leur est étranger.
Cher lecteur d’un autre siècle, je réalise que j’arrive au crépuscule de ma vie et que la fin de mon existence ne me permettra pas de réaliser pleinement le projet. Je vais donc te confier des secrets ...
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Lun 22 Oct 2007 - 7:49

Un feuilleton est une histoire à suivre que l’on retrouvera en récit complet lorsqu’il sera terminé ... il se publie régulièrement, certains sont mensuels, d’autres hebdomadaires, voire quotidiens... Il suffit de passer régulièrement ci-dessous pour lire l’aventure ...

http://xianhenri.be/feuilleton/hioulit.htm
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MessageSujet: Pink Piggy   Lun 22 Oct 2007 - 16:56

Soyons prudent, faut toujours faire le contraire de ce que l’on croit que vous alliez faire :
Clair ! Ressemblances, beuh non ! Coïncidences, oui, simples incidences.

En ce temps-là, Laurent ne connaissait pas encore Mathilde, Bruxelles avait encore des allures provinciales et déjà le censeur s’éveillait : Suite a une protestation de certains protagonistes, la description de cette partie de soirée a été retirée du Blog ce 24 aout 03. Merci de votre compréhension.

C’était insupportable, j’ai flingué le webmestre, je suis allé m’inscrire dans un forum, les ukasemen des foras m’ont banni, je déteste le monde obscur des sans-gloire qui se cachent derrière des pseudonymes qui ne sont que trappes à mouches et tapettes à souris.
Il y a même un glorieux qui s’appelait Gardeur, les vachettes il en connaissait un bout, ce concierge plutôt gaffe et puis une autre, très calme entre deux hystérovéro-colère se targuant de Shakespeare et de la Nostra. Masques de Vieilleries !

Un petit nom c’est charmant, Ginette qui devient Netteke, qui boit son pot au François Villon, c’est une dame respectable, un louffiat qui s’occulte derrière King l’Eburon, c’est suspect.

Les suspects, mon pote Colombo qui est de la vieille école m’avait dit : faut les chambrer, mais voilà, crise du logement ! J’ai rencontré Paul Kirsey, un architecte bronsonien qui m’a laissé entendre que c’était pas la peine de mettre des gants.
Le type ouvre son clapet, tu vois la puce Intel qui remplace sa luette, tu fais boum avec ton P38, tu as évacué le stress et les soucis, tu peux commencer à écrire. Un type ou une gonze qui se dit vaguement webbiste en chef, c’est pas un honnête. Moi, les pas honnêtes, j’insupporte.

Alors, j’ai décidé de les repérer !
J’m’suis appelé amoureusement Diane de Poitiers ou encore Jo le Corse, quand cela n’a pas été Regardquitue ou Brade le Pitt et j’ai ramé du côté de Meetic park et d’avenue des qui en savent plus que les autres qui se créent des locaux bien à eux pour déblatérer dégoiser dégueuler sur le bon peuple qui ne demande qu’à passer par les blogs-notes pour s’amuser.



From « Pink piggy » to « Large cock » : T’es sûrement un gros vicieux toi ..........que je tape sur le MSN et le voilà qu’il bande déjà dans sa tête, Large cock, c’est le webchef du cercle des initiés de la grande butte. On peut s’y exprimer sauf que tu dois dire que le chef est le plus beau et que tu approuves ce qu’il dit.

Vingt-cinq messages plus loin, il avoue habiter Bourg la Reine qu’est du côté de La Hulpe et le lendemain on a rendez-vous chez Nihoul, devant le comptoir des chocolateries à seize heures tapantes.

Foutre de grognasse, pas plus de mestre dans la salle que de vieux para-commando, je la sens tout de suite à l’odeur, Large cock est une gouine qui limace devant une vendeuse en blouse rose et bleue un peu décolletée. Sacrebleu, cette vieille peau est mon homme !
Moi, pas mesquin pour deux ronds, j’m dis que je vais faire sensation dans l’espace-temps.

— Mademoiselle, dis-je à une employée du pâtissier que je reconnais comme une ancienne de chez Wittamer...
— Mademoiselle ?

— Monsieur.
— Une religieuse au café s'il vous plaît, annoncé-je toutes canines dehors et carnassière en direction de Large cock qui reste bouche bée en entendant le password. Faut dire que sans password et option de bannissement, les conductrices et conducteurs de webbrols ne pourraient exister.


La vendeuse emballe prestement le gâteau, encaisse les deux euros et soixante-dix centimes et me tend la friandise sous cellophane.

Ici tout va se passer encore plus vite que quand j’ai dessoudé Mister K avenue Chazal. Habile de la dextre je manipule pour ne pas dévaster la garniture de crème au beurre, comme le fameux cow-boy qui tire plus vite que son ombre, je saisis de la main gauche mon Sherlock et Watson 53 mm, redoutable. J’applique le canon tout contre le front de Large cock, dont les journaux du soir qui savent tout diront qu’elle s’appelle Madeleine Robinson, employée des postes à la gare du Midi, mariée mais séparée et, sans trembler, je passe mon doigt sous le pontet, je souris, je fléchis les phalanges, One shot. Rideau. Large cock cesse illico toute activité sur toile. Ça gicle jusque dans la vitrine, je pense en aparté que les proprios de la boutique vont avoir des pépins avec l’inspection sanitaire qui, comme on le sait, est fort active en pâtisseries, charcuteries et friteries.

J’ai pourtant fait attention de ne pas trop encrasser, seuls quelques Paris-Brest et une série de chaussons aux pommes sont maculés de groseille.
Je salue les deux vendeuses qui écarquillent les yeux et serrent les fesses et je sors en dégustant la religieuse au milieu de l'hébétude s’installant.

.../... à suivre
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mar 30 Oct 2007 - 17:36

On a su qu’un drame s’était déroulé, ce que l’on appela plus tard l’affaire Nihoul.


Quatre heures plus tard, le quartier était bouclé par la nouvelle police fédéralo-communale et, interviewé par RTL, le commissaire Jos fut péremptoire :

— Bien entendu, le suspect s’est échappé mais nous avons fait appel à la brigade spécialisée anti-tueurs du Brabant Wallon et un portrait robot a pu être établi.

— Comment avez-vous pu faire aussi vite, demanda Catherine Trahy.

— Eh bien, un de nos hommes fréquente assidûment le quartier, il vadrouille entre la rue de Stassart et la pâtisserie, il y aurait eu un témoin anonyme, lequel a permis au substitut de Jemappes de pouvoir affirmer :

— C’est un pet de nonne, c’est donc un attentat islamiste, cela relève de la brigade anti-terroriste, toute la lumière sera faite, une commission parlementaire se réunira.

— On murmure dit, l’interrogeuse télévisuelle, que le forfait aurait été perpétré par un membre d’une secte nouvellement installée, on parle d’Austo-Hongrois, pensez-vous que ce soit la filière des Estoniens ?



C’est ainsi que d’irascible tchatteur, je fus pris au sérieux par un groupe de rappeurs de betteraves fourragères qui se demandait en vain comment augmenter son potentiel de communication pour engranger des adcenses en us dollars qui valent moins que l’euro à la banque mais qui au change font meilleure figure quand, décidément on est attiré par les pays de l’est.


L’anonyme avait été bien informée, et les témoins plus protégés que jamais contre leurs débordements par Clint Boisdeste lui-même, d’ailleurs, les témoins n’ont rien d’autre à dire, jamais que ce que le chef de la police ( ou du parti, ou de la Camora ) leur dit de dire. Le témoin normal des trépassements sauf s’il est ordonnateur de pompes funèbres, ne s’habitue pas à l’événement surgi dans sa vie monotone, il en parlera comme de son affaire, hors, bien sûr ce n’est pas la sienne. Le témoin est ainsi parce qu’il ne s’attend pas du tout à ce qui lui arrive, on n’apprend rien à l’école, c’est connu.


Le témoin dira donc le plus souvent que tout cela s’est déroulé très vite, que c’est passé au-dessus de lui, que cela frappera peut-être les esprit mais qu’il n’a rien vu, rien senti, pas même un vent de panique... mais il est vrai que lorsque le flingue crache ses valdas, il n’y a rien d’autre à faire que se prendre la tête dans les bras et attendre que cela se passe.


Donc, le chef du groupe dont question ci-dessus, un australopithèque consensus bilingue invita le héros de cette pantomime à se rendre encore plus sur la toile, prendre des contacts et découvrir si possible le fameux Pédovillov, un suce pet recherché depuis des lustres, se cachant sous des pseudos divers et fantomatiques, même Interpol qui pourtant a des relations thaïlandaises n’y songe même pas, et qui harcèle de pauvres femmes, simples candidates ordinaires à la fameuse séance de psychomotricité d’un certain Jean-Luc Boulevard.


Foi d’Ostrogoth, mon gars, tu es le découvreur qu’il nous faut pour mettre notre association sur les rails de la célébrité, annonça Sarkostrogo à celle qui, travestie ?, se faisait appeler Ping lady pour les anglophones, plus terre à terre Pink Piggy sur les tchatches à tendances tendres.



— Bon voyage, soyez prudent et tenez-nous au courant déclara l’incitateur au départ.

— Allons, Médor, fais tes adieux à tous ces Messieurs, répondis-je en caressant la tête de mon quatre patte favori, un teckel à poil mou capable du pire.


Alors que s’ébranle le train, notre héros ouvre la fenêtre d’un coup de pic à glace et tirant son chapeau s’exclame :

— Je vous enverrai des cartes postales, de la vodka et du caviar ! à bientôt !!

— Bonne chance répondit le fils de Oi depuis le quai quatre.

Sitôt dépassé Schaerbeek, la campagne défile, Piggy ouvre son ordinateur portable et commence à expédier ses messages. D’abord quelques zwanzes dont elle est coutumière, l’annonce dans un pays surendetté de la création d’un ministère du nucléaire durable, la suppression de quelques centaines d’emploi dans les conserveries Gooduel et puis la charge de cavalerie...
From Pink Piggy to Ralflepointeur ... from Beauminou to Rousse affolante et d’autres attaques de plein fouet.


Nul besoin de s'appesantir, multiplier les exemples redonderaient. On comprend sans hésitation aucune que Pink Piggy, homme ou femme incertain manifeste au tapotage de clavier une ardeur singulière mise en avant par le zèle absolu des néophytes. Pink Piggy veut tout savoir des messageries, des webcams, des logiciels qui permettent de gagner plus et de vivre plus longtemps mais surtout, il veut bazarder aux chiottes tous ceux qui derrière leur écran se prennent pour des bons dieux. Il fonce à plein tube, aussi vite que l’express Berlin – Moscou dans lequel il déconne à pleine vanne. Quand il cherche un mot, il sourit à ce pseudo tombé du ciel qui lui ouvre les portes d’une intense vibration.

Au bout du compartiment, John Doe, militant pour le Che et ses descendants observe et rumine.

Une bourge avec un portable, c’est insupportable !
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mer 31 Oct 2007 - 19:39

Il faut dire que si tout devait se dérouler tranquille ce n’est pas ce qu’il se passa.
Le train frémissant de ponts en tunnels s’immobilisa un moment du côté de Soumagne , John Doe se sentit les nerfs à vifs et se tournant vers la banquette occupée par Pink Piggy, la vit confortablement installée avec son portable sur la tablette, ses jambes étendues, son chien sur la banquette ! Un chien sur la banquette était-ce possible ? Dans quel monde vivait-on, il n’avait pas même de muselière.

Un robot facilement reconnaissable à son nom (une petite plaquette plastique épinglée sur la poitrine disait : Ostrogonze, contrôleur) ouvrit la porte intermédiaire et entra dans le wagon avec un bruit de boggies secoués. On passait sur le viaduc, la gare de Verviers était en vue, il était temps d’agir.

L’ambiance se faisait lourde, il faut dire que Pink venait de découvrir un site où un Zorgostro se mettait à crier plus fort que José Appar Ratchik dont on allait encore parler, foi d’auteur bilingue !

Le contrôleur passé, John se leva et ceinturé de bouteilles de Spa gazeux se dirigea d’un pas martial vers Piggy absorbée par une nouvelle conversation avec « Tête de nœud » ...

Y eut-il lien de cause à effet, l’express international failli se désagréger et l’entrée en gare de Cologne vit des sbires douaniers et d’autres de la judiciaire envahir le wagon dans lequel notre héros tentait presque en vain de se prémunir des outrages que l’eau et le gaz jetés en abondance par cet excité de John Doe risquaient de produire aux circuits imprimé du Toshiba 68.

Le voyage commençait mal par un arrêt forcé, allait-on inculper Pink Piggy ?

— Vous auriez dû descendre à Herbestal marmonait le commisaire allemand.

— Je suis reporter pour une association caritative répondait Piggy.
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Jeu 1 Nov 2007 - 5:52

Ah ! enfin j'ai retrouvé mes lunettes pour venir te lire. C'était pas trop tôt et ça me manquait !!

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Jeu 1 Nov 2007 - 7:16

'Tain c'est dur à lire, il y a tellement de clignettes belgo-belges, americano-suizza, fesso-fessardes, qu'on se croit dans un dancing carolo-montois, enfin par là, des ceusses à François Pirette avec les strobos plein pots dans les mirettes.

Tiens, Soumagne est un bled vraiment con, d'ailleurs j'ai habité par là-bas, c'est dire. L'a fallu que m'sieur le baron qui a des potes chez les Pieux Franki y creuse des trous à TGV pour qu'on cause de ce trou à terrils. Y a aussi la ligne 37 d'un tram fantôme et tu peux faire du vélo, fieu, jusque Battice et déguster des Orval dans des vielles gares recyclées en boui-boui.

Je reviens pour la suite avec mes lunettes pour collection de papillons et postzegels plus une pince à épiler. T'attaquer à un pareil monument de clignettes, Ro, je prévois que tu vas gletter, même avec un téléscope et une lampe frontale.
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Ven 2 Nov 2007 - 10:48

Il n’était indiqué nulle part dans le manuel du capitaine von Keupenik qu’il fallait saisir le portable, Pink put donc conserver son appareil doté d’une de ces nouvelles batteries qui font courir les lapins durant plus de trente ans.

Un correspondais colonais du forum juridique de Maître Ayatholas intervint brillamment et une levée d’écrou fut simplement signée. Pink Piggy regrettant un peu la bonne bagarre qu’il y aurait dû avoir dans la geôle (tentative de viol, vol de portefeuille, destructions d’affaires personnelles, menaces racistes), il ne se passa que d’excuses en bitte cheune, on se reverra lors de votre retour, nous vous laissons aller vers l’Est, vous serez surpris, Berlin des années trente, schupo et frontières de barbelés.

Un nouvel incident ne manqua pas se produire avec un chauffeur de taxi qui sembla vouloir détrousser son passager transformiste. Il se retourna au mauvais moment, le taxi embarda sur un passage à niveau sans bulle d’air mais avec une Pacific 8350 fumant de toute sa chaudière.
L’accident était inévitable.
Le portable sauverait-il notre héros ?

Qu’est devenu le chien demanda une lectrice ?
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Lun 5 Nov 2007 - 13:45

Le chien s’en tirait fort bien, comme d’ailleurs notre héros. Le lieu de l’accident n’était pas désert, nécessité fait force loi, un autobus s’arrêta pour charger les malheureux qui se retrouvèrent ainsi en moins de deux à la frontière.

Un agent du guépéou se pointa pour demander « vos papiers », il est évident qu’en cette époque de conservation de la nature, les forêts déboisées ne sauraient l’être pour rien et que les documents doivent être préservés au sec et sous bonne garde de père de famille.

Pink Piggy sortit donc de la pochette qui était à l’intérieur du couvercle de l’ordinateur portable une carte de reporter sans frontière en bonne et due forme.

Une pâtisserie jouxtant le poste de douane, Pink s’y rendit en sifflotant. Deux éclairs au chocolat demanda-t-il, en tendant un à Médor qui tricotait de la queue.

Fallait-il croire que Pink pourrait s’installer à l’aise et débusquer sur ce territoire les fameux point com et point ru et cette organisation Mythic qui voulait débaucher la belle jeunesse occidentale vingt quatre heures sur vingt-quatre, allait-il s’asseoir et lancer ses moteurs de recherches ?

C’était sans compter sur José Appar Ratchik qui à cet instant précis dégoisait sur le journaliste et son chien.
Il faut les faire disparaître disait-il au lieutenant en poste, il le faut, ce sont des ennemis du peuple, je les ai vu parler avec Didjé Rain Derce.

Chacun sait que ce José est un mythologique parfait et que bien entendu Zorgostrogoth n’était qu’une invention de Choupine, le dirigeant bien connu et qu’aucun expert digne de ce nom n’aurait pris ces champignons des bois pour un reste de cervelle occidentale.
En realité, et tout simplement, notre Pink était entrée chez un Youp comme on appelle les tailleurs dans ces pays-là.

Pink Piggy se débarrassa rapidement de ses vêtements inadéquats pour les longs voyage et souillés par un baba au rhum qui avait dégouliné. Son choix se porta sur un très seyant bleu de travail, une paire de bottines à bouts ferrés et une casquette de rappeur qui se porte penne en arrière pour éviter que le cervelet reçoivent d’inopportuns coups de soleil.
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Dim 2 Déc 2007 - 8:53

(suite)

Mon cher Médor, dit Piggy à son chien qui le suivait prudemment, mon cher, nous allons tout d’abord nous sustenter, manger quelque chose, il doit bien y avoir par ici un petit restaurant où la goulasch sera mangeable, ensuite, nous enquêterons.

Pink, sans remarquer un prudent suiveur qui se cachait de coins de rue en bordures d’avenues, se retrouva au centre de Mockba, capitale de par-là. Une enseigne laissait entendre que l’on servait à manger dans l’immeuble qui fait coin avec une agence de voyage proposant des parcours idylliques.

Un repas frugal arrosé de vin de Crimée, un dessert à base de latex gris, un café d’eau colorée marron, et hop, voilà Pink prêt à l’emploi.

Notre héros déplie son portable, pousse un peu les restes du déjeuner vers le bout de table s’installe au clavier.

C’est hallucinant, tout se passe comme si elles et ils n’attendaient que lui, Pink Piggy est en communication directe avec tous les assoiffés du sperme informatique, avec les rasées de la cafetière, tous ces altérés du lutrin reniflent l’arrivée de Pink Piggy sur le Net, c’est quoi le truc spécial qui les met dans tous leurs états dès qu’il active son pseudo et pire quand il passe la vitesse supérieure en s’appelant Peggy Hard.

Les voici toutes et tous comme la vérole sur le bas-clergé, tout cela serait rigolo s’il n’y avait les vrais monstres, les découpeurs de mômes, les salopards qui en veulent aux enfants des autres ou aux gros sous des veuves et des célibataires. Ça, ceux-là, Pink les sens, les hait, il s’est donné mission de s’en occuper et cela fait partie, dans sa tête, de l’enquête que lui a confiée Sarkostrogo.


(à suivre)
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mer 5 Déc 2007 - 12:28

Je sais, je sais disait Gabin qui avouait ensuite qu'il ne savait rien. ce qui semble normal, naturel, classique ... donc, Pink Piggy et les autres feuilletons et site de Xian ... le suivi quotidien reprend le 15 janvier, parole de scout !
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Mer 30 Jan 2008 - 8:14

— Bon voyage, soyez prudent et tenez-nous au courant déclara l’incitateur au départ.

— Allons, Médor, fais tes adieux à tous ces Messieurs, répondis-je en caressant la tête de mon quatre patte favori, un teckel à poil mou capable du pire.


Alors que s’ébranle le train, notre héros ouvre la fenêtre d’un coup de pic à glace et tirant son chapeau s’exclame :

— Je vous enverrai des cartes postales, de la vodka et du caviar ! à bientôt !!

— Bonne chance répondit le fils de Oi depuis le quai quatre.

Sitôt dépassé Schaerbeek, la campagne défile, Piggy ouvre son ordinateur portable et commence à expédier ses messages. D’abord quelques zwanzes dont elle est coutumière, l’annonce dans un pays surendetté de la création d’un ministère du nucléaire durable, la suppression de quelques centaines d’emploi dans les conserveries Gooduel et puis la charge de cavalerie...
From Pink Piggy to Ralflepointeur ... from Beauminou to Rousse affolante et d’autres attaques de plein fouet.


Nul besoin de s'appesantir, multiplier les exemples redonderaient. On comprend sans hésitation aucune que Pink Piggy, homme ou femme incertain manifeste au tapotage de clavier une ardeur singulière mise en avant par le zèle absolu des néophytes. Pink Piggy veut tout savoir des messageries, des webcams, des logiciels qui permettent de gagner plus et de vivre plus longtemps mais surtout, il veut bazarder aux chiottes tous ceux qui derrière leur écran se prennent pour des bons dieux. Il fonce à plein tube, aussi vite que l’express Berlin – Moscou dans lequel il déconne à pleine vanne. Quand il cherche un mot, il sourit à ce pseudo tombé du ciel qui lui ouvre les portes d’une intense vibration.

Au bout du compartiment, John Doe, militant pour le Che et ses descendants observe et rumine.
Une bourge avec un portable, c’est insupportable !


Il faut dire que si tout devait se dérouler tranquille ce n’est pas ce qu’il se passa.
Le train frémissant de ponts en tunnels s’immobilisa un moment du côté de Soumagne , John Doe se sentit les nerfs à vifs et se tournant vers la banquette occupée par Pink Piggy, la vit confortablement installée avec son portable sur la tablette, ses jambes étendues, son chien sur la banquette ! Un chien sur la banquette était-ce possible ? Dans quel monde vivait-on, il n’avait pas même de muselière.

Un robot facilement reconnaissable à son nom (une petite plaquette plastique épinglée sur la poitrine disait : Ostrogonze, contrôleur) ouvrit la porte intermédiaire et entra dans le wagon avec un bruit de boggies secoués. On passait sur le viaduc, la gare de Verviers était en vue, il était temps d’agir.
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MessageSujet: L'étranger   Ven 18 Avr 2008 - 10:53

L’étranger
(extrait de Érotiques et sataniques, avril 1987)


Les fantasmes dont l’homme est à la fois l’artisan et la victime ne sont-ils pas l’antidote inconscient aux valeurs superficielles que nous offrent les civilisations techniques ? Peut-on s’empêcher de fantasmer sur la vertigineuse chute de reins d’une mère de famille qui attend l’autobus, patiemment dans la file des employés têtes baissées ?
On peut dire que Sidonie Duval ne passa pas inaperçue ce matin-là au marché bihebdomadaire de Saint Germain l’écluse. La vieille dame, mais qui savait son âge ?- arriva comme d'habitude Place du Général de Gaulle à neuf heures précise. Emmitouflée dans un manteau pur poil de chameau, brun passé, acheté aux Trois Suisses un peu avant la grande crise, elle trottinait dans de jolies bottines vernies noires. Son caddie roulait derrière elle, comme à l'ordinaire… sauf que ce n'était pas elle qui le tirait, mais bien le plus exotique des êtres jamais vus dans la petite ville de Saint Germain l’écluse.
Malgré la fraîcheur du printemps, l’homme ne portait qu'un curieux pantalon bouffant de couleur rouge, retenu par une large ceinture dorée en tissu. Ses babouches bleues claquaient sur le bitume. Il marchait torse nu, révélant ainsi le ton mat de sa peau et la puissance de sa musculature. Des enfants le prirent pour un célèbre catcheur américain, d'autres pour un basketteur à cause de sa taille, près ou plus de deux mètres !
Les adultes, eux, ne s'y trompèrent pas, et reconnurent en lui ce qu'il était réellement : un étranger au crâne rasé. Un grand anneau de cuivre à son oreille droite apportait une ultime touche exotique à l'extraordinaire accoutrement de cet individu non moins spécial. Le marché de Saint-Germain résonnait habituellement sous les clameurs des marchands, les conversations des ménagères, et les piaillements des enfants qui couraient de l'étal copieusement achalandé du poissonnier au véritable jardin luxuriant que constituait le stand du fleuriste, pour toujours revenir à l'antre merveilleux du confiseur. Mais lorsqu'ils virent Sidonie Duval et son étrange porteur, tous, petits et grands, baissèrent la voix, ralentirent ou s'immobilisèrent, louchant sur l'improbable couple. La vieille dame ne s'aperçut pas que tous les regards se braquaient sur eux, que dès qu'ils s'éloignaient un peu ils devenaient l'unique sujet de conversation. Toujours suivie de son porteur, elle fit le tour des commerçants dans l'ordre immuable qu'elle respectait depuis 30 ans. Seul le fleuriste, à la fin de sa tournée, prit l'initiative de lui demander l'identité de l'étrange acolyte : " Mais où avez-vous donc pêché ce grand escogriffe ? ", demanda-t-il en enveloppant ses fleurs. " Vous ne me croirez jamais " répondit la vieille dame en tendant un billet de cinquante francs. " Dans une lampe. ". Le fleuriste haussa les épaules et rendit la monnaie en grommelant des paroles inintelligibles. Et pourtant, Sidonie Duval n'avait dit que la stricte vérité : elle avait réellement trouvé son porteur de caddie dans une lampe. Quant à la lampe, vous vous en doutez, elle l'avait dénichée sur les étagères poussiéreuses de « Rome Inde et Pakistan Antiques furnitures » disait la devanture, rue Royale, près de la gare.

Au début, Sidonie avait été attirée par une petite licorne en faïence bleue. De l'autre côté de la vitrine, comme s'il voulait la briser, le bibelot exposé entre un vase qui était peut-être chinois et une cornemuse désaccordée dardait son appendice. Elle réfléchit quelques instants : le manteau de la cheminée, qu'elle n'allumait plus car c'était devenu trop d'entretien pour elle, servait d'arche de Noé à ses porcelaines animalières, cadeaux ou acquisitions personnelles.
Mais dans son bestiaire de céramique ne figurait point de licorne. La vieille dame poussa la porte du magasin qui s'ouvrit en grinçant. La bâtisse était sans doute plus ancienne encore que la plupart des objets mis en vente. Fitzegarld de Chassieux, le propriétaire, leva la tête. Le nez plongé dans un grand coffre en bois, il triait une litanie de vieux bibelots dénichés, expliqua-t-il à sa fidèle cliente et amie, la semaine passée chez un videur de greniers qu'il affectionnait tant. Sidonie désigna l'objet de ses désirs. Tandis que l'antiquaire emballait la licorne sous plusieurs couches de papier, elle plongea le regard dans le coffre et au beau milieu d'assiettes, de livres et de candélabres, elle remarqua une lampe, une vieille lampe à huile toute sale et recouverte de poussière. Pourquoi cet objet en particulier ? Il n'était pas plus séduisant que les autres, bien au contraire : son cuivre terni nécessitait un nettoyage vigoureux avant de mériter à nouveau d'être exposé aux regards. Pourtant, Sidonie s'en empara et le posa sur le comptoir. Une fois nettoyée, se dit-elle, la lampe trouverait sa place parmi les babioles rutilantes de sa cuisine. L'antiquaire passa l'index sur son épaisse moustache grisonnante.
- Cette lampe ? C'est que… Je n'en ai pas encore fixé le prix. Et vu son état, je ne suis d'ailleurs pas prêt de la mettre en vitrine…
- Peu importe, je la nettoierai moi-même. Alors, cher ami, combien ? L'index accéléra son mouvement de va-et-vient, puis s'arrêta brusquement.
- De toute façon, par les temps qui court, j'aurai toutes les peines du monde à vendre ce genre d'objet oriental… Allez, je vous la mets avec la licorne.
Il emballa donc le tout dans du papier journal qui relatait les dernières paroles de Chirac à l’Assemblée, celles de cosmonautes et entourait de rose un amoureux noir qui serrait une belle blonde. On apprenait en page arrière que Lee Marvin et Lino Ventura ne joueraient plus jamais la course du lièvre à travers champs tandis que l’on constatait que les couturiers découvraient les genoux.
C'est donc ainsi que Sidonie se retrouva légitime propriétaire d'une vieille lampe à huile qui semblait tout droit surgie d'un conte de fées.
De retour chez elle, elle posa son sac à main sur la commode, à côté de la photographie d'Émile, son défunt mari, là où auraient dû se trouver les photos des enfants qu'ils n'avaient jamais eus. Tandis que l'eau du thé chauffait dans la bouilloire, elle installa la licorne sur la cheminée, entre la tortue et une grenouille sur le point de bondir, puis elle déballa la lampe sur la table basse du salon. Un dépôt verdâtre, tirant par endroit sur le gris, la recouvrait entièrement : chaleur, fumée, manipulations, sans compter une absence d'entretien depuis sans doute de nombreuses années, avaient accompli leur œuvre. Sidonie versa le thé au jasmin dans une tasse en porcelaine et but lentement, tout en examinant sous toutes ses coutures sa nouvelle acquisition. Puis elle posa la tasse, s'empara d'un chiffon imbibé d'eau ammoniaquée et entreprit de frotter vigoureusement la lampe. La vieille dame poussa aussitôt un petit cri aigu. Elle lâcha la lampe, qui s'échoua sur le tapis. Une fumée bleue s'en échappait par le col avec un sifflement de bouilloire.

Bien qu’un retour en arrière ait été opéré subrepticement par l’électronique, un petit nuage d'un gris phosphorescent flotta au-dessus du guéridon. Le nuage commença à onduler, à prendre forme comme une boule de glaise pétrie par un sculpteur invisible. Puis soudain les choses s'accélérèrent : la lampe cessa de siffler, les formes se précisèrent. Le nuage ressemblait de plus en plus à un être humain, puis devint effectivement un être humain.
L'homme bras et les jambes en s'exclamant d'une voix basse et caverneuse :
— Dieu que cette ouverture est étroite ! J'avais oublié, depuis le temps. Réalisant qu'il flottait à un mètre du sol, il redescendit sur le plancher des vaches, regarda autour de lui, puis s'inclina devant la vieille dame. « Je vous salue respectueusement, Maîtresse, et vous rends grâce d'avoir fait appel à mes services. » Se demandant si c'était la police ou son médecin traitant qu'elle devait appeler, Sidonie balbutia « Qui… Qui… Qui êtes-vous, monsieur ? » On lui répondit assez simplement : Je suis Simbad, Maîtresse, votre humble serviteur. Je suis un djinn.
— Un djinn ?
- Un génie, si vous préférez.
- D'où… sortez-vous ?
- De la lampe. Vous avez frotté la lampe, et je suis apparu.
- Oh ? Comme dans les contes de fées, alors ?
— D’où venez-vous donc, jeune homme ?
—De Bagdad la Grande.
- Vraiment ? Et que désirez-vous de moi ?
- Je suis là pour vous servir. Vous avez acheté la lampe, vous m'en avez fait sortir. Désormais je suis donc votre serviteur.
- Et vous… Ça coûte cher ?
- Rien du tout. Vous ordonnez et j'obéis. Plus tard nous en reparlerons, il y a un sortilège évidemment qui m’a forcé à prendre refuge dans cette lampe et que nous romprons.
— Je suis une vieille femme. Je me contente de peu.
- J'ai servi des princes et des sultans dont la fortune dépasse l'imagination ; leurs désirs ne portaient pas nécessairement sur l'or et la richesse. N'avez-vous point d'ennemis à vaincre, des complots à dénouer, quelque caravane à guider à travers le désert ?
Sidonie secoua la tête en ajoutant que Saint Germain est une ville tranquille et même quelque peu ennuyeuse, bien sûr les couturiers découvrent genoux et cuisses, on parle de Ulla et Aznavour, de l’affaire Grégory, de Vanessa Paradis et de Shirley Mac Laine, de Lambert et un peu de la bourse, de Diana d’Angleterre et de Thierry le Luron, de l’Argentine et du football, mais, rien de très passionnant !
Voilà qui est bien fâcheux, Maîtresse, car la Règle m'oblige à vous servir.
- Évidemment, vous pourriez faire le ménage, m'aider à porter des objets lourds, ce genre de petits services. Mais vous ne trouverez pas cela très intéressant. Et appelez-moi donc madame Duval, ce sera beaucoup moins cérémonieux.
- A la bonne heure ! s'exclama le djinn, visiblement soulagé.
La lampe traînait toujours sur le tapis du salon. Il se pencha pour la ramasser s’exclamant qu’il allait la nettoyer.
Dans une petite ville comme Saint-Germain, les nouvelles circulent vite.
L'apparition de Sidonie et de Simbad sur la place du marché s'était propagée à une vitesse rarement égalée par le passé.
Témoins de la scène, Marguerite Antonin et Viviane Ménard s'étaient aussitôt données rendez-vous chez Paméla Guillaumat pour commenter l'événement. Qu’allait-il se passer, une affaire comme celle de ce fameux Budo Aikokaï ou encore du chanteur engagé contre les parachutistes ?


Vernon Sullivan s'est fait poursuivre, nos moralistes bien connus pour lécher le cul des archevêques dans les confessionnaux lui reprochant bien des lignes sinon des pages !
—Vous avez vu cet homme qui accompagnait madame Duval au marché, hier ?
- C'est la première fois qu'on le voit à Saint-Germain.
- Mais comment est-il ? demanda Paméla, la seule à n'avoir pas été sur place ce matin-là.
- Il m'a donné froid dans le dos. Un immense ostrogoth au crâne rasé. Il se promenait torse nu, vous vous rendez compte ? Il ne portait que des babouches et un pantalon bouffant trop grand pour lui.
- Il doit venir d'une de ces banlieues dites "défavorisées".
- Il portait une grande boucle à l'oreille. C'est peut-être un manouche ? - On n'a pas vu de caravane dans les parages…
- En tout cas il n'est pas de chez nous !
- Ça, c'est sûr qu'il n'est pas Français.
- Vu sa façon de s'habiller, il viendrait plutôt de l'autre côté de la Méditerranée… Les trois femmes s'observèrent en silence, comme si tout avait dit dans cette seule phrase : l'étranger était un étranger.
- Bientôt, on ne pourra plus sortir dans la rue sans se faire voler son sac.
- Ou se faire égorger !
- On n'est vraiment plus chez soi !
- Je n'ai rien contre les étrangers…
- Nous non plus. - … mais est-ce que moi je vais chez eux ?
- Bien sûr que non.
- En tout cas, ça n'a pas l'air très honnête. On a vu cet homme faire le ménage et tondre la pelouse ce matin chez madame Duval, et comme on ne l'a pas vu sortir de chez elle, c'est qu'il habite là-bas.
- Ce serait un clandestin ?
- Qu'elle ferait travailler au noir ?
- Peut-être un trafiquant de drogue, ou un terroriste !
- Mon neveu travaille à la Brigade des Mœurs, dit Marguerite Antonin. Je vais lui en toucher un mot.

Un début de suite chez Xian ( cliquez ci-dessous) ou alors ...


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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Ven 18 Avr 2008 - 11:53

Agréable lecture, cher ancien (pour ne pas dire vieux) forumeur.

Ça se passe à Lille St Germain ?
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MessageSujet: Re: Henri Troyes ( feuilleton )   Ven 18 Avr 2008 - 13:39

J'aime bien la façon dont tu ancres un sujet tant éculé dans une criante réalité, avec un style et des références parfaitement dosées en ce sens.
J'ai eu grand plaisir à lire ce texte.

Mais je n'ai pas compris "Bien qu’un retour en arrière ait été opéré subrepticement par l’électronique"
Et je regrette juste quelques phrases où à l'évidence des mots ont été sautés. Tu n'as pas dû te relire. Tu seras donc châtié malgré tout ! tong

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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