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 Entre deux blancs de pendule

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Romane
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MessageSujet: Entre deux blancs de pendule   Jeu 28 Juin 2007 - 21:56

Entre deux blancs de pendule



Le p'tit Zizou regardait fébrilement sa montre. Il attendait les deux coups de deux heures pour être sûr, archi-sûr qu'il ferait définitivement nuit, qu'un caprice du ciel ne viendrait pas, par quelque malencontreuse décision, ôter le couvercle d'opacité par-dessus la ville. Le p'tit Zizou attendait aussi la disparition de la lune derrière les nuages du mercredi, toujours les mêmes, il le savait depuis le temps qu'il scrutait là-haut chaque nuit de chaque semaine. Le mercredi était propice au noir, surtout à partir de deux heures.

Nuit noire, maillot noir, blues noir. Par chance, le P'tit Zizou était pourvu d'une peau d'un noir d'ébène. Il était originaire du Botogo. C'est d'ailleurs de là-bas que venait son engouement pour les jeux de ballon. À force d'écouter son grand-père. Le vieux racontait si bien les matches du temps de sa jeunesse, que le p'tit Zizou, émerveillé, les vivait vraiment dans sa tête depuis qu'il était en âge d'imaginer.

Il en rêvait chaque soir, lorsque épuisé par l'entraînement de l'après-midi, il se jetait en travers de son lit. Il ne supportait pas l'ovation de tous les silences d'après. Il lui fallait y retourner le plus vite possible. Faire en sorte de donner un sens au temps qui passe. Niquer l'aiguille entre deux blancs de pendule.

Il pouvait courir plus vite qu'une seconde plus tonique que toutes les autres, s'il voulait. Mais ça, c'était encore son secret. Il ne le révèlerait qu'après, plus tard, quand il aurait vérifié tout à l'heure. Une chose à la fois. Le p'tit Zizou refusait encore d'imaginer le sourire jaune de ses adversaires. Il savait juste qu'ils ravaleraient tous leur ironie, leurs haussements d'épaules, leurs quolibets à trois balles.

Il regarda sa montre pour la millième fois. Il se tenait maintenant debout, à égale distance des deux extrémités du viaduc, évaluant du regard l'exactitude du ciel en serrant le ballon entre ses mains.

Au loin, il entendit le premier des deux coups. Puis le second.

Le ciel tint sa promesse ; les nuages se mirent à dévorer la lune, de telle sorte que cette nuit de mercredi ressembla à toutes les nuits de tous les mercredi sur la ville.

Soudain, l'obscurité fut totale. Totale et absolue. A l'extrême de l'indéchiffrable.

Le p'tit Zizou avança de trois pas droit devant. Il enjamba le parapet. Son cœur ne battit pas plus fort que d'habitude, quand il bascula.

Le silencieux vertige tira la conclusion d'une étrange vie où s'étaient mêlés l'espace et le temps dans l'espérance déçue d'un autre monde, là-bas. Un autre monde où le ballon n'était qu'un jeu, rien qu'un jeu, entre la brûlure du soleil et celle de la poussière.

Romane

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MessageSujet: Re: Entre deux blancs de pendule   Jeu 16 Aoû 2007 - 2:00

Revu après regard de lecteurs (notamment merci Hervé)

* * * *

Le p'tit Zizou regardait fébrilement sa montre. Il attendait les deux coups de deux heures pour être sûr, archi-sûr qu'il ferait définitivement nuit, qu'un caprice du ciel ne viendrait pas ôter le couvercle d'opacité par-dessus la ville. Le p'tit Zizou guettait aussi la disparition de la lune derrière les nuages du mercredi, toujours les mêmes, il le savait depuis le temps qu'il scrutait là-haut chaque nuit de chaque semaine. Le mercredi était propice au noir, surtout à partir de deux heures.

Nuit noire, maillot noir, blues noir. Par chance, le P'tit Zizou était pourvu d'une peau d'un noir d'ébène. Il était originaire du Botogo. C'est d'ailleurs de là-bas que venait son engouement pour les jeux de ballon. À force d'écouter son grand-père. Le vieux racontait si bien les matches du temps de sa jeunesse, que le p'tit Zizou, émerveillé, les vivait vraiment dans sa tête depuis qu'il était en âge d'imaginer.

Il en rêvait chaque soir, lorsque épuisé par l'entraînement de l'après-midi, il se jetait sur son lit. Il ne supportait pas l'ovation des silences d'après. Il lui fallait y retourner le plus vite possible. Faire en sorte de donner un sens au temps qui passe. Niquer l'aiguille entre deux blancs de pendule.

Il pouvait courir plus vite que n’importe qui, s'il voulait. Mais ça, c'était encore son secret. Il ne le révèlerait qu'après, quand il aurait vérifié. Une chose à la fois. Le p'tit Zizou refusait encore d'imaginer le sourire jaune de ses adversaires. Il savait juste qu'ils ravaleraient tous leur ironie, leurs haussements d'épaules, leurs quolibets à trois balles.
Il regarda sa montre pour la millième fois. Il se tenait maintenant debout, à égale distance des deux extrémités du viaduc, évaluant le ciel du regard en serrant le ballon entre ses mains.

Au loin, il entendit le premier des deux coups. Puis le second.

Le ciel avait tenu sa promesse ; les nuages avaient grignoté la lune, de telle sorte que cette nuit de mercredi ressemblait à toutes les nuits de tous les mercredi sur la ville.

Soudain, l'obscurité fut totale. Totale et absolue. A l'extrême de l'indéchiffrable.
Le p'tit Zizou avança de trois pas. Il enjamba le parapet. Son cœur ne battit pas plus fort que d'habitude, quand il bascula.

Le silencieux vertige tira la conclusion d'une étrange vie où s'étaient mêlés l'espace et le temps dans l'espérance déçue d'un autre monde, là-bas. Un autre monde où le ballon ne serait qu'un jeu, rien qu'un jeu, entre la brûlure du soleil et celle de la poussière.

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