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 Le corbeau rouge sur un cerisier noir

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Romane
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MessageSujet: Le corbeau rouge sur un cerisier noir   Mer 22 Oct 2008 - 23:22

** J'essaye de renouer avec les mots. Hésitante, je m'aperçois de la fragilité actuelle de la plume et je vous avoue ne plus savoir déceler ce qui fonctionne ou pas, y compris dans les détails les plus simples, tels que concordance de temps, tournures de phrases, bref, je remercie ceux qui voudront bien se coller à me dire ce qui cloche, afin d'aider le réapprentissage. Marchi bôcou d'avance.


(D'après une photo prise lors d'une reconstitution historique, représentant un personnage habillé en costume d'époque au milieu de la ville en 2007. Désolée, je ne peux pas poster la photo, je la mettrai ultérieurement si Alf m'y autorise)



Il y avait ce jour là, un corbeau rouge perché sur un cerisier aux fruits noirs. Ceci explique cela ; je suis médecin.

Ou plus exactement, j'étais médecin avant de mourir, et j'étais mort avant ce jour-là où je redevins par hasard médecin. Aujourd'hui, je ne me sens pas tout à fait re-mort ni complètement vivant, et je n'exerce plus. Je m'exerce. A être. Etre une personne, un état, enfin voyez, quelque chose qui ressemblerait à quelqu'un, ou quelqu'un qui ressemblerait à quelque chose.

Je suis un peu perdu, pourrait-on dire si l'on faisait preuve d'un peu d'attention, d'un brin d'observation, d'une once de compassion.

Imaginez plutôt l'indifférence, cette sorte de maladie étrange dont semble être pétrie l'humanité d'un temps qui n'est plus le mien. Ils vont, ils viennent, ils s'agitent et font beaucoup de bruit pour pas grand chose. Pour pas grand quelqu'un, ils lèvent juste un regard à peine piqué de curiosité et s'empressent d'oublier, tout empêtrés qu'ils sont dans ce qui ressemble à l'emballement de leur temps.

Je me souviens de ce jour-là, comme d'une compression atomique sur le point d'exploser. Je n'en comprenais ni la raison, ni le but. Moi, j'aurais voulu flâner, retraite bien méritée, depuis le temps que je traînais dans le couloir des morts-morts. J'aurais voulu mâchouiller une herbe cueillie au hasard d'un talus. Que nenni ! Les chemins de terre avaient disparu et les pavés s'étaient usés, fondus en mare informe de ce qu'ils nomment "goudron". Eux, les hommes, eux foulaient le sol d'un air absorbé. Peut-être finiront-ils par s'y enfoncer, impossibles à guérir de leur empressement auquel je n'ai rien compris.

Je me souviens de ce jour-là comme du martèlement des tympans. Un cheval y aurait perdu son chemin, moi j'ai perdu la boussole. Des moteurs, des coups de klaxon, des sirènes, des exclamations, des claquements, des grincements, des crépitements ; ça n'en finissait pas. Je suis resté là, pétrifié, statufié en quelque sorte.

C'est alors qu'il s'est approché, l'homme à la boîte noire. "Ne bougez plus !" qu'il ma lancé, dans le bourdonnement ambiant. J'ai compris qu'il était photographe et qu'il voulait immortaliser...

...

... immortaliser un vivant mort qui ne sait toujours pas s'il est un peu moins mort et peut-être un peu plus vivant, ou s'il n'est toujours pas plus vivant tout en n'étant plus tout à fait mort...

Ça m'a perturbé, mine de rien. C'est pour cela que je suis perdu.

Je n'ose pas consulter. L'idée d'expliquer ma situation à un confrère des temps modernes m'effraie.

Alors j'écris.
J'écris, du bout d'une plume rouge, j'écris perché sur la branche d'un cerisier aux fruits noirs.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Farouche

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MessageSujet: Re: Le corbeau rouge sur un cerisier noir   Jeu 23 Oct 2008 - 21:39

Je viens dès que j'ai un moment Wink
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le corbeau rouge sur un cerisier noir   Ven 24 Oct 2008 - 9:40

Comme réapprentissage, un nouveau chef d’œuvre. Bien sûr, l’apprentie ne peut le savoir, trop entière à sa tâche.
La construction de ton texte, sa progression par petits paragraphes qui parfois piétinent (je me souviens… je me souviens…) le rythme des phrases, tout prend le lecteur par la main pour le faire cheminer lignes après lignes dans la complexité ordonnée de ta pensée.

On n’aimerait s’arrêter à : Aujourd'hui, je ne me sens pas tout à fait re-mort ni complètement vivant. Clamer : Mais, c’est ça le titre ! Puis, puisqu’il faut lire plus avant, ne plus en être tout aussi sûr.

Du temps lointain où j’apprenais l’allemand, j’aimais bien la façon dont cette langue (tout comme le latin) place le verbe en fin de phrase. Ainsi, dire l’action à la fin, justifie la ribambelle de mots qui la précède. C’est alors le verbe, ultime mot, dont on se souviendra le mieux quand le sujet et les compléments ne seront plus déjà que de vagues souvenirs. Car trop souvent le sujet, « je », imbu de lui-même voudrait faire croire qu’il règne en maître, de par sa position de le chef de file de la phrase.
On apprend avec toi, avec souffrance mais aussi avec bonheur qu’il n’en est rien. Que toujours, l’action l’emporte:
Je n'ose pas consulter. L'idée d'expliquer ma situation à un confrère des temps modernes m'effraie. Alors, j’écris.
(Effraie : dans le lexicalf, je parle des corbeaux de Bloody : les freux. Et les revoici qui reviennent se percher ici pour encore se faire tirer le portrait.)
Non, vraiment dans une écriture aussi vivante, on ne peut trop longtemps éprouver les remords, car tu bouscules ton lecteur en toujours privilégiant l’action, celle de l’écriture qui, pour la beauté de l’accord, oblige Je (notre pronom à tous) à l’élision de son e, cette petite cerise qui représente tout de même une bonne moitié de nous.
Gide, à qui on demandait : Et vous n’êtes pas horripilé par cette systématique élision des e muets ? répondait :
-Cette élision est naturelle et va dans le sens de notre parler. Donner une valeur métrique égale aux sons creux de notre langue et aux syllabes pleines, c’est au contraire là qu’est l’artifice.

Donc, il n’y a pas de soucis : dans cet exercice de remise en forme, tes sons creux passent toujours aussi bien !
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Farouche

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MessageSujet: Re: Le corbeau rouge sur un cerisier noir   Ven 24 Oct 2008 - 12:16

Citation :
J'essaye de renouer avec les mots.
Il semble bien qu'ils ne t'aient jamais quittée !
Citation :
afin d'aider le réapprentissage.
Je voudrais bien t'aider. Mais à quoi au juste ? Ces mots coulent avec le naturel de l'évidence, signe d'une écriture sans faille. Je n'y perçois nulle maladresse d'aucune sorte, les images percutent, le ton est sincère et profondément humain comme d'habitude. Et comme d'habitude, il y a ce petit plus qui fait de tes écrits des flèches qui touchent au but. chinois
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Romane
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MessageSujet: Re: Le corbeau rouge sur un cerisier noir   Ven 24 Oct 2008 - 13:00

Merci vous deux. Je viens de relire mon texte et ne parviens toujours pas à déceler les éventuelles maladresses littéraires, mais ce qui me frappe, là, au sujet de ton commentaire, Vic, immédiatement suivi de la relecture, c'est le lien entre l'histoire que je pensais tout droit sortie de l'imaginaire dans un jeu d'écriture dont la base est la photo de quelqu'un d'autre (ici Alf le jour de la reconstitution historique de la naissance de Boucau, à l'occasion de son cent cinquantenaire l'an dernier), et le "je-Ro" émergé là soudain, contre toute attente.

J'aime beaucoup ton explication autour du "je" et je pense effectivement qu'on peut le décliner soit en "moi-je" soit en "Je-nous". Ici, curieusement ce "je-Il" pourrait être n'importe qui et prend racine dans le "je-moi" inconsciemment.

Je suppose que par le biais de l'écriture jusque dans la plus anodine, on peut analyser très profondément l'état intérieur de l'auteur, qui, lorsqu'il joue avec les mots, ne peut s'empêcher de jouer avec lui-même, dans une alternance entre son centre-Etre et le monde qui l'entoure. Passionnante idée.

Farouche, je t'assure que c'est un peu comme si j'avais un oeil vif et l'autre bouché, et que ça me fait assez bizarre que ce texte soit correctement écrit. Est-ce que l'écriture est aussi en train de muer, quelque part dans ma tête, je l'ignore, car même si le style (personnel à chacun) demeure, j'ai quand même l'impression de ne pas avoir retrouvé quelque chose que je ne sais pas définir mais pour autant de pénétrer dans un milieu familier. arf zut je n'arrive pas à expliquer.

En tout cas merci à vous deux pour ces avis éclairants, ils me redonnent confiance. J'ai du pain sur la planche, et mille choses en projets interrompus et à venir, il me tient à coeur de pouvoir les poursuivre et les entamer.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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