Actuellement en pleine pré-préparation des pièces de théâtre destinées notamment aux jeunes de mes ateliers, voici ce que je ne considère pas comme une anecdote, et qui me laisse perplexe.
Chaque année, des nouveaux entrent au sein des ateliers. Je ne les connais pas, il me faut donc entamer le parcours nécessaire pour savoir quelles sont leurs capacités ou incapacités, facilités ou difficultés, etc. Aujourd'hui, j'avais emporté avec moi un texte, pour tester les aptitudes à la lecture. De la lecture on passe à la compréhension, puis de la compréhension à l'amorce d'un personnage qu'il faudra jouer, dans la cohérence d'un tout. Nous voilà donc à lire, le texte passant de main en main. Tout se passe bien, jusqu'à ce que l'on arrive à un enfant qui se met à péniblement déchiffrer les lettres, puis les mots, phrases hachées, sens impossible à émerger, ponctuation totalement oubliée, etc.
Cet enfant a 10 ans, il est en CM2, donc destiné à passer en sixième l'an prochain. Et de me raconter qu'il n'aime pas lire parce que c'est pas intéressant, et que comme c'est pas intéressant il préfère jeter les livres et allumer l'ordi pour les jeux vidéo. Nous avons une grande discussion, de laquelle il ressort que tous les autres l'encouragent à lire. C'est pas vrai, c'est pas inintéressant, même qu'on entre vraiment dans l'histoire qu'on lit, même qu'on dit aux parents qu'on a un tas de devoirs à faire et qu'on ne peut pas mettre la table, alors que pour de vrai on lit un livre qu'on cache vite sous le cahier de texte si maman ou papa arrive à l'improviste dans la chambre, et même qu'on allume très tôt la lumière pour lire, le matin, sous les couvertures.
Nous continuons à discuter, et je lui propose de s'inscrire à la bibliothèque de sa ville. Il ne sait pas qu'il y a une bibliothèque. "A côté du château d'eau", lui dis-je, sachant pertinemment qu'on ne peut pas le louper, il a quelque chose de particulier, ce château d'eau, il représente de bas en haut une fresque magnifique sur le thème de l'océan. Eh bien il ne connaît pas non plus le château d'eau. A mon avis, il sait très bien de quoi je parle, mais il se donne les moyens d'une amnésie persistante, pour échapper à la corvée.
Il explique qu'il n'y a aucun dictionnaire dans la maison, et que ça le
barbe de lire sans comprendre, et que de toute manière ça ne sert à
rien.
Les petits copains lui précisent que l'an prochain, quand il arrivera en 6ème, on se moquera de lui s'il ne sait pas lire correctement.
Nous lui expliquons la nécessité de savoir lire, et l'importance des lettres dans sa vie d'adulte, plus tard, n'importe où il se tournera, y compris le mode d'emploi pour régler sa future télé ou son prochain ordinateur. Nous lui parlons aussi et surtout du plaisir de lire.
Au-delà de cette conversation qui est allée plus loin encore, en faisant le rapprochement avec sa place au sein du groupe et le rôle qui sera le sien, je me demande ce soir comment il se fait qu'en 2008, on puisse encore être témoin de cela. Comme l'enfant, la semaine dernière, avait dit qu'il n'apprenait jamais rien par coeur, j'en suis à me demander ce que foutent les parents... et quel est ce qui les empêche d'accompagner leur fils.
Qu'en pensez-vous ?
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"Il ne suffit pas de dire. Encore faut-il prouver."
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