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 La septième femme d'Henry VIII

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MBS



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MessageSujet: Re: La septième femme d'Henry VIII   Mar 10 Fév 2009 - 21:18

- Je crois que vous avez demandé toutes les explications à cette affaire, dit Ann l’air gentiment gaussant.
- Et je les attends toujours.
- Vous êtes, Paul, d’une impatience qu’on ne peut que contenter. Sachez tout d’abord que la vilaine comédie qui vous fût jouée ici même par le duc et votre humble servante n’avait qu’un seul but : faire de vous le bras armé de notre vengeance à tous.
- Ceci est étrange. J’aurais pu ne point en réchapper.
- Le risque était à prendre mais il n’y avait que ce seul moyen pour vous de restaurer votre réputation auprès du clan Seymour, celui qui tiendra désormais le pouvoir au nom du jeune roi.
- Le duc n’avait-il point à son service quelque spadassin qui aurait pu dépêcher en enfer Carter et lord Bigod sans que j’eus à y mettre la main moi-même.
Ann étouffa un petit rire charmant derrière sa main.
- Ne croyez pas que je me moque de vous, Paul. Vous fûtes en la matière victime vous aussi de la ruse de lord Puckeridge. Il n’eut jamais ni mouche, ni espion nulle part. Toutes ses forces en cette affaire, hormis les gens de ce château, se résumèrent à cette pauvre Maureen et à moi. Il apprit souvent les faits de votre bouche ou bien il en inventa afin de vous maintenir toujours en alerte.
- Mais les pigeons voyageurs arrivant de Londres avec les dernières nouvelles ? Et ce cavalier arrivé au petit matin avec la nouvelle de menaces pesant sur vous ?
- Les avez-vous vus, Paul ? Les avez-vous vu ?
Je dus reconnaître que je ne les avais pas plus vu que les couteaux fichés dans le corps de Ann. Le vrai en toute cette histoire avait-il été sans cesse masqué par l’illusion ?
- Que vouliez-vous ? demandai-je. Quel était alors votre projet vrai ?
- Nous voulions écarter Norfolk du pouvoir, ce qui aurait précipité la perte du royaume, et permettre aux Seymour de prendre le contrôle de l’Etat. Nous avons travaillé pour eux par désir de vengeance autant que par conviction sincère. Chemin faisant, il nous fallut aussi contrecarrer les ambitions croissantes de lord Bigod.
- Et moi ? Qu’avais-je à faire d etout cela ? Comment me suis-je trouvé mêlé à cette tortueuse histoire ?
- Un jour, à Mundford, un homme vint déposer une demande en mariage me concernant. Cet homme était l’envoyé d’un seigneur que personne ne connaissait et qui se faisait appeler lord Puckeridge. Le messager fit une demande officielle à mes parents lesquels furent charmés de l’attention ; dame ! le duc montrait des qualités et une richesse propres à les émerveiller. Le messager du duc me fit, ce qui est quand même plus rare, une demande en particulier sous la forme d’un message écrit. Dans celui-ci, lord Puckeridge affirmait ne point souhaiter m’épouser mais utiliser des talents connus de lui seul afin d’abattre le duc de Norfolk, l’homme qui étranglait notre domaine. C’était bien une proposition d’alliance mais elle n’était matrimoniale qu’en apparence ; au vrai, il s’agissait de haute politique.
- Cela je le savais… A peu près… Mais cela ne me dit toujours pas comment je me suis retrouvé au cœur de cette machination.
- J’y viens, prenez patience mon cher Paul… Le duc, parallèlement, avait jeté par l’intermédiaire de rumeurs lancées à Londres par Maureen un appât propre à attirer lord Bigod. Celui-ci a voulu jouer son jeu favori en se mettant aussi au service du duc, soit disant pour conduire Norfolk à l’échafaud, quitte à le trahir ensuite. C’est précisément ce que voulait le duc. Il a instillé dans l’esprit de lord Bigod l’idée d’un sosie de la reine Jane Seymour qui conduirait le roi à faire preuve d’autorité, projet que lord Bigod a voulu reprendre à son compte, mais avec un objectif diamétralement opposé. C’est alors que j’ai pu faire mon apparition au grand jour. Je suis retournée à Mundford et j’ai accepté de suivre lord Bigod.
- Madame votre mère m’a soutenue une autre réalité. Elle aurait refusé lord Bigod et agréé ensuite le duc.
- Allait-elle avouer qu’elle avait vendu sa fille pour redonner un peu plus de lustre aux comptes du domaine ?
- Sans doute. Le secret de votre naissance est-il également une fantaisie du même ordre ?
- Je ne crois pas. Certaines ressemblances sont trop flagrantes pour que je puisse en douter… Et puis, les mœurs de mon père, quelle que soit l’affection que je lui porte, n’incitent guère à imaginer qu’il fut mon géniteur.
- Tout ceci n’éclaire guère au vrai ma situation en cette affaire.
- J’y viens, vous dis-je !… D’une manière qui m’a fort étonnée, le duc vous connaissait déjà. Dès le début de notre complot contre Norfolk, il vous avait choisi.
- Vous expliqua-t-il pourquoi ?
- Il avait de vos qualités une très haute opinion, savait que vous vous étiez illustré par quelques prouesses retentissantes. D’autre part, ayant peu le caractère courtisan, vous étiez plus susceptible que vos confrères d’avoir un lieu de travail dans lequel vous mèneriez de secrètes expériences. Enfin, la rumeur selon laquelle des pratiques magiques vous auraient été léguées par votre maître vous désignait également à être notre choix.
- Etait-il aussi prévu que nos sentiments en viennent à être ce qu’ils sont devenus ?
- Cela n’était pas nécessaire… Et ce fut d’ailleurs rapidement une complication. Voilà pourquoi le duc fit en sorte que vous ne restiez pas trop longtemps à mes côtés.
- Mais il me renvoya quand même à Londres.
- Pouvait-il en être autrement ? Vous étiez son unique messager. En jouant sur vos sentiments pour moi, il vous conduisit à semer le désordre dans le jeu de tous les autres camps en présence. Il amena ainsi lord Bigod à se démasquer. Il conduisit la reine à s’inquiéter suffisamment pour me vouloir voir. Nous avions bien sûr imaginé par avance le discours qui la rassurerait.
- Discours qui m’a donné à penser bien des choses sur vous.
- Mais tout n’était pas faux non plus. Jamais je n’ai ambitionné d’être reine.
- Me direz-vous ce que furent alors vos rapports avec le roi Henry ? Etes-vous à ce point magicienne que vous ayez réussi à lui plaire assez pour qu’il vous créât duchesse avant de mourir ?
- Le roi ne fut pas longtemps dupe de ce que j’étais. Nous avons souvent parlé de choses sans importance, de futilités. Parfois, nous avons échangé sur le sens du monde, sur les temps que nous vivons et qui paraissent si prodigieux.
- Ne plus vous voir fut pour lui une souffrance telle qu’il en est mort… Tout comme je l’aurais été, je crois, si vous ne m’étiez pas revenu.
- Ce fameux dernier soir, il a su que tout serait bientôt fini. C’est de lui-même qu’il a demandé l’écritoire pour donner l’ordre dé faire exécuter Norfolk. Il pensait ainsi protéger son fils… Ensuite, il m’a demandé de partir… Sans doute avec l’idée que je resterai… Et je ne suis pas restée. Frank m’a aidé à quitter Whitehall, j’ai gagné une écurie où j’ai acheté un cheval et j’ai galopé jusqu’ici.
- Et à votre arrivée, vous avez manigancé avec le duc cette scène ignoble de votre torture et de votre suicide.
- L’idée n’est venue que peu à peu. Dans mon esprit, votre retour signifiait la fin de toute l’aventure. Le roi était mort mais Norfolk était en route pour l’échafaud. Le duc en voulut plus. Pour lui, il ne pourrait y avoir de sécurité pour vous et moi tant que Carter et lord Bigod auraient le pouvoir de nous retrouver et de nous tourmenter. Il fallait que vous les trouviez, que vous les tuiez pour devenir intouchable. Ils nous est alors apparu qu’une seule chose pouvait vous conduire à vouloir les châtier définitivement. Il fallait qu’ils fussent responsables de ma mort.
- De qui est cette brillante idée ?
- Je crains fort de mentir en disant qu’elle était du duc.

(à suivre)
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MBS

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MessageSujet: Re: La septième femme d'Henry VIII   Mar 10 Fév 2009 - 22:04

Un silence lourd s’instaura entre nous. Cette femme était un petit démon nourri des lectures de Nicolas Machiavel. Elle avait trouvé dans lord Puckeridge un maître en la matière qui avait su développer encore ses capacités. Tous deux s’étaient nourris mutuellement de cette philosophie vertigineuse : la vertu devait s’adapter aux réalités de la fortune. Au nom d’une action honorable, ils avaient manipulé les personnes – moi en premier lieu – et édifié des mensonges colossaux au risque de s’y perdre eux-mêmes. Par leur souplesse, leur adaptation aux circonstances, ils l’avaient finalement emporté mais je jugeai soudain que le prix à payer avait été trop élevé.
- N’avez-vous pas de regret d’avoir agi comme vous le fîtes ? demandai-je avec la certitude de connaître déjà la réponse.
- Mon seul regret fut de vous avoir fait trembler pour moi et de vous avoir mis en danger. Mais l’objectif à atteindre était si haut et si complexe qu’il n’y avait pas à hésiter. Le pouvoir est assuré entre les mains des Seymour, le petit roi Edouard pourra grandir, fortifier son pouvoir sans que le royaume ne s’effondre dans une nouvelle guerre civile. Nous avons participé à cela, Paul. Cela demeurera une prouesse sans égal dans notre temps.
J’étais bien loin de participer à l’enthousiasme de Ann. Le triomphe des Seymour appellerait d’autres rejets, d’autres frustrations. Le pouvoir ne se conquérait que pour être défendu contre tous ceux qui ne songeaient qu’à l’usurper à leur tour.
- Et le duc a renoncé à assister aux conséquences de son triomphe ?
- Il a fait sortir du château le corps momifié de la reine dès mon retour. Cette nuit, lorsqu’il a vu la troupe se masser dans les alentours du château, il m’a éveillée pour prendre congé. Il estime que le pouvoir de son fils est assez assuré pour qu’il n’ait pas à demeurer en Angleterre. Il vous confie à moi, ce qui dit, je crois, la grande amour qu’il vous porte.
- Il ne me l’a pas toujours aimablement démontré.
- Détrompez-vous, Paul. Il vous aime… Comme un aîné aime son cadet… Car voici le dernier élément du mystère, celui qui me fut révélé cette nuit seulement. Avant d’être lord Puckeridge, le duc était seigneur de Mundford, cela vous le savez. Ce que le duc n’a point voulu vous révéler, c’est qu’il avait eu un jeune frère que ses parents avaient refusé de conserver tant le domaine de Mundford faillait en richesses suffisantes pour supporter d’être divisé entre héritiers. L’enfantelet fut alors placé à Londres chez une nourrice du nom de Hawkins. Les recherches conduites par lord Puckeridge, lorsqu’il fut maître de son action, mirent rapidement en évidence que le médecin du roi et l’enfant disparu étaient une seule et même personne.
- Le duc était mon frère… Comment accepter un tel mensonge ?
- En cherchant la marque de son action à chacun des tournants de votre existence. Cela je ne puis le faire pour vous. A vous de sonder le passé pour voir comment il vous guida, vous orienta et enfin vous appela près de lui.
Ce retour vers mon passé eut été fort long à faire. Par paresse, je m’en dispensai afin de demeurer dans le présent.
- Le duc étant parti, ne suis-je point dès lors son héritier ? Voilà qui explique pourquoi tout le monde m’appelle « seigneur » depuis mon arrivée.
- Vous êtes plus que son héritier, Paul. Ce lord Puckeridge là n’a jamais existé ; il n’aura été qu’un fantôme. Vous êtes lord Puckeridge… Et je n’attends désormais de vous qu’une chose, que vous me demandiez d’être votre épouse.
La dernière révélation ne me procurait aucune joie véritable. J’avais trop stigmatisé les comportements hautains de la grande noblesse pour accepter de m’y fondre. Par ailleurs, je n’oubliai pas qu’il y avait au-delà une troupe venue capturer lord Puckeridge. Etait-ce moi qu’on ramènerait à la Tour de Londres ?
Ann sentit mon trouble et le prit comme un refus de lui accorder ma foi. Elle fronça les sourcils.
- M’aimeriez-vous si je n’étais point lord ? Si ma richesse se limitait à celle d’un pauvre médecin ?
- Sans doute, oui, répondit-elle.
- Notre vie serait faite d’errance et de repas souvent frugaux. Nos nuits, nous les passerions sous des toits branlants à craindre la pluie et le vent.
Je vis qu’elle hésitait. Il ne m’en fallut pas davantage pour me décider.
- Ann, peut-être vais-je en souffrir longtemps mais je ne vous épouserai pas en tant que lord Puckeridge. Je n’ai rien fait pour gagner un tel titre. Je n’ai nulle gloire qui justifie mon élévation. SI vous n’êtes pas disposée à partager avec moi une vie humble, je ne me sens pas de vous y contraindre au simple nom de l’amour. Nous ne pourrons nous aimer sans nous respecter. Je ne pourrais vous aimer que loin de moi car votre présence, si elle donne joie à mes sens, me plongent dans d’infernaux doutes. Quand mentez-vous ? Quand dites-vous le vrai ? Le temps-là n’est point venu pour moi d’endosser la casaque noble. Je ne suis pas un militaire, je n’en ai ni l’entraînement, ni la mentalité. Je ne suis pas un courtisan mais j’aspire à être libre. Ma liberté c’est aussi de vous aimer de loin, de vous retrouver parfois, de vous idolâtrer toujours.
- Vous êtes encore un enfant, Paul ! Un enfant fier et inconscient des réalités.
- Mon frère, si tant est qu’il le fût, est un menteur. La femme que j’aime, que j’ai cru perdre trois fois au moins en un mois, est une menteuse. Quels sont les meilleurs menteurs sinon les enfants ?… Ann, vous préférerez toujours les jeux du pouvoir et je devine que vous voudriez que je sois à vos côtés dans ces luttes qui ne m’intéressent pas. Devenez donc vous même si bon vous semble l’énigmatique lord Puckeridge, je vous abandonne le titre et l’étoffe. Continuez à vivre dans l’illusion de disposer d’un pouvoir sur le monde. Je préfère croire qu’on peut servir l’homme de manière franche et pour tout dire humaine…
- Je relève ce défi. Je n’aurais pas été la septième femme d’Henry VIII et je saurais attendre pour devenir la première épouse de maître Paul Hawkins, duc de Puckeridge.
Un élan un peu enfantin poussa mes lèvres vers les siennes. L’étreinte fut fugitive. Nous nous étions compris, l’essentiel était dit.
- Je dirai aux troupes de la reine que lord Puckeridge s’est enfui. Ce qui est vrai d’ailleurs. Demeurez au château. J’ai engagé pour vous servir une demoiselle qui sera pour vous ce que Maureen était pour le duc. Vous aurez donc tout loisir depuis ce nid d’aigle, dans l’ambiance glaciale d’une demeure des temps anciens d’ourdir de nouveaux complots, d’édifier de nouvelles combinaisons. Peut-être viendrai-je vous visiter parfois si le destin me conduit sur cette route. Pour l’heure, je disparais… Mais ce n’est pas un adieu, Ann. Un jour, quand nous aurons appris l’un et l’autre de l’absence de l’être aimé, nous nous retrouverons.

(à suivre)

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MessageSujet: Re: La septième femme d'Henry VIII   Mar 10 Fév 2009 - 23:08

Après avoir gratifié le page de quelques pièces, je sautai en selle, partis au galop puis, me ravisant, revint vers le serviteur..
- Tu prendras soin de lady Munford et tu la traiteras comme tu m’aurais traité, lançai-je.
- Vous nous quittez pour longtemps, seigneur ?
- Ma vie n’est point entre ces murs. Je ne m’imagine pas passer mes nuits à regarder la plaine ou commander par la terreur à une vingtaine de serviteurs. Ton Maître précédent le pouvait ; moi, je n’y parviendrais pas.
- Il en sera fait selon votre volonté, seigneur. Que Dieu vous garde !
Dieu avait bien d’autres soucis que de me garder, mais je n’en dis rien au page. Je jetai ma monture en avant, passai sous la grille d’entrée et descendis vers la plaine.
Sans me retourner.

Le carrosse de la reine n’avait pas bougé et semblait m’attendre. Le capitaine Boyd, assis sur le siège du cocher, fumait une pipe en regardant au loin.
- Avez-vous intercepté quelqu’un ? criai-je.
- Non, personne… Pourquoi ? L’oiseau n’était plus au nid ?
- Il s’est envolé cette nuit, répondis-je. Je suis prêt à parier que le braconnier c’était lui. La maigreur aurait dû me mettre la puce au poitrail.
- Eh bien, voilà qui facilite grandement la suite de cette mission, fit le capitaine en sautant prestement au bas de son siège.
- Comme vous dites, capitaine. Nous n’avons plus qu’à retourner à Londres et j’irai m’humilier devant la reine laquelle me tancera vertement pour mon échec.
- Sans doute, irez-vous à Londres, monsieur… Et vous reverrez à coup sûr la reine… Mais j’ai pour ma part ma propre partie à jouer en cette affaire.
- Quelle est-elle ? fis-je intrigué par le contenu de cette partie du plan dont je n’avais pas été avisé.
- La reine a ordonné que si nous échouions à saisir le mystérieux lord Puckeridge, il fallait détruire sa base afin qu’il n’y revint plus et cessât définitivement de mettre en danger le trône.
- Détruire sa base, monsieur ?… J’ai peur de comprendre.
Le capitaine Boyd porta deux doigts à sa bouche et émit un sifflement puissant. J’entendis le sifflement courir de place en place, de cavalier en cavalier. Parti sur la gauche, il finit par revenir par la droite. Le signal avait fait le tour du château et rameuté les soldats. Bientôt, la troupe se reforma et sans attendre d’ordres plus précis – preuve que tout était combiné depuis longtemps – monta vers le château.
Voyant que je m’apprêtais à réagir, le capitaine tira son épée, la pointa sur mon cœur et me força à entrer dans le carrosse.
- Les ordres sont de vous épargner, monsieur. Croyez bien que c’est là une grande faveur qui vous est faite.
Je n’avais que faire de cette faveur. Les cavaliers n’étaient pas seulement partis détruire le château. Ils allaient embrocher les hommes, forcer les filles, mutiler les corps avant de les livrer aux flammes. A cet instant, je me sentis un lâche. Je n’étais lord Puckeridge que depuis quelques heures et j’avais déjà abandonné les miens.
- Monsieur, de grâce ! Faites arrêter ce lâche assassinat ! Songez-vous aux innocents qui vont périr par votre faute ? Ce sanglant épisode pèsera à jamais sur la réputation de la reine.
- Mais la reine n’est en rien responsable, monsieur. Je ne prends mes ordres qu’auprès du roi. Tant qu’il est vivant…
Le cynisme du capitaine Boyd me laissa sans voix. Tout avait été combiné pour que la responsabilité du massacre soit endossé par le cadavre d’Henry VIII. Jusqu’au bout, il aurait été un despote sanguinaire. Jusqu’au bout, il aurait persécuté des innocents sous couvert de châtier quelques coupables.
J’avais justifié le meurtre de lord Bigod par la volonté du roi de punir ceux qui complotaient. La reine s’était contentée d’imiter ma justification. J’étais donc responsable de tout le malheur de ces gens. J’allais perdre Ann à jamais. Entièrement par ma faute.
Je tentai une ultime démarche. Celle que j’aurais dû tenter en premier si tout cela ne m’avait pas abasourdi.
- Ma future épouse est dans ce château, dis-je. Certains de mes gens aussi… Vous ne pouvez les tuer. Ils sont à moi !
- Il est trop tard pour la sauver. Il est trop tard pour les sauver. Regardez !
Par la fenêtre du carrosse, je vis une fumée noir et épaisse s’échapper du haut donjon du château. Nous restâmes ainsi plusieurs minutes à mesurer la progression des flammes. J’avais le ventre noué mais les yeux secs. Jusqu’au bout, la fatalité m’avait poursuivi. Jusqu’au bout…
Enfin, quand une torche géante embrasa la tour nord, celle où on stockait les provisions, le capitaine Boyd héla le cocher.
- Pawner, ramène-nous à Londres !

FIN

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