Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez
 

 Psy

Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3 ... 9 ... 17  Suivant
AuteurMessage
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Psy   Psy EmptyMer 28 Jan 2009 - 15:33

Vic Taurugaux a écrit:
Un psy, c'est aussi chiant qu'un miroir!
- ... déformant?

Tiens, justement. Et si on parlait de votre métier, vous qui sondez les obscurités de notre tête ?

C'est quoi, un psy ? Comment on le devient ? Comment arrive-t-on à cerner, à comprendre, à aider.

Moi, je vous vois dans le rôle de l'éclaireur. Vous balayez les issues possibles et vous tendez un trousseau de clés. Au patient de prendre la bonne clé pour déverrouiller la bonne porte.

Mais encore ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
sophiesuite

sophiesuite

Nombre de messages : 460
Date d'inscription : 22/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyMer 28 Jan 2009 - 15:57

C'est une bonne idée, si y'a des psys ici, moi ça m'intéresserait de savoir comment ils voient leur métier...
Déjà j'imagine que ça doit dépendre de ce qu'il y a après "psy" (chologue, chanalyste, chothérapeute .... )
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 1:16

Intéressant de voir le point de vue
du professionnel, car en réalité nous sommes de l'autre côté de la
barrière et nous nous demandons bien peu comment eux fonctionnent,
quelles sont les difficultés rencontrées dans la pratique de leur
profession, comment ils se protègent des histoires douloureuses dont
ils écoutent parfois durant des années, le cheminement.

Psychologues,
psychiatres, psychanalystes, comment s'y retrouver, comment savoir les
différencier et poser des points de repères précis sur les différences
de leur métier ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 1:20

J'ai ouvert un autre fil, pour ceux qui veulent parler de leur expérience de patient. C'est ici
http://liensutiles.forumactif.com/psychologie-f54/comment-vivons-nous-nos-seances-chez-les-psy-t16472.htm

(merci de ne pas mélanger, pour préserver la lisibilité des sujets)

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 13:49

Romane a écrit:
J'ai ouvert un autre fil, pour ceux qui veulent parler de leur expérience de patient. C'est ici
http://liensutiles.forumactif.com/psychologie-f54/comment-vivons-nous-nos-seances-chez-les-psy-t16472.htm

(merci de ne pas mélanger, pour préserver la lisibilité des sujets)

Pour reprendre ma métaphore sur le miroir, il faut s’intéresser premièrement à savoir pourquoi on souhaite regarder le miroir et du coup comment on le regarde. Est-ce le verre qui nous intéresse ou l’image que ce dispositif reflète ? Généralement, quand les gens vont voir des psys, c’est qu’ils vont mal, ils ne se comprennent plus, leur entourage est également bien embêté, alors ils souhaitent du psy que celui-ci les aide enfin, sinon à comprendre leur chaos intérieur, du moins à le gérer de la façon la moins pénible possible, c'est-à-dire à réfléchir ensemble sur leur situation. Ils ne nous répondent pas : « Mais vous-même docteur, comment allez-vous ? Car, ils ont suffisamment à penser avec eux-mêmes. Autant vous dire que la nature du verre ne les intéresse que très peu.
D’où la différence d’intérêt de ces deux fils qui, à priori tout en parlant peut-être de la même chose, sont de points de vue complètement opposés. Ici, on ne fera que vous faire visiter les coulisses du théâtre, alors que sur l’autre fil, on vous promet quelques scènes de la représentation.
Ce préambule, pour ne pas décevoir davantage notre lecteur.
En tant que psy, pour ma part, (car d’autres psys non pas la même appartenance) j’appartiens d’abord au monde de la Santé. Je participe à ce ministère qui a pour fonction de lutter contre la maladie, la souffrance soit en les prévenant, soit en les soignant, soit en utilisant tous les palliatifs nécessaires contre leurs risques fatales ou leurs possibles propagations. Bien sûr, je ne suis qu’un petit élément, je n’occupe qu’un petit poste dans ce dispositif complexe qui spécialise ses agents dans différents domaines.
Celui qui nous emploie, est celui de la santé mentale. En effet, peu après le Siècle des Lumières, les médecins se sont intéressés aux personnes souffrant non seulement dans leur corps mais aussi dans leur esprit. Ceux qui alors étaient désignés sous le terme générique de fous, qui par leur caractère excentrique servaient d’épouvantails, justifiant jusqu’à la Révolution l’idée de possession démoniaque, se sont vus alors, grâce à quelques médecins éclairés, reconsidérés comme humains,(disposant ainsi des droits de l’Homme) mais malades. Les balbutiements de la psychiatrie, nouvelle discipline, à d’abord consisté, à offrir à ces malheureux l’asile, à l’intérieur duquel, la science de leur folie avançant, de nombreuses techniques thérapeutiques furent tentés.
Hydrothérapie, contention, magnétisme, hypnose, psychanalyse, sociothérapie, antipsychiatrie, etc. etc.
Le développement des conditions de vie, surtout de la pharmacopée, de la médecine libérale et du secteur médico-social ont fait que l’hôpital psychiatrique a perdu en France depuis les années 60 son aura du principalement jusqu’alors à sa fonction asilaire…
Pour ma part, je nais en tant que professionnel psy dans les années 80. La loi Kouchner de 1975 institue politiquement la notion de secteurs psychiatriques. Il s’agissait sur tout le territoire français de découper géographiquement des populations face auxquelles on disposerait des dispensaires au plus près, des hôpitaux puis des asiles en arrière-gardes afin de lutter le plus efficacement possible à la propagation de la maladie mentale ainsi que fut fait avec succès le même plan avec la tuberculose.
De part l’essor important du courant psychanalytique dans la façon de penser des psychiatres, (c'est-à-dire, l’idée que le psychisme humain se construit dans un système affectif relationnel qui fait que le psychisme de l’enfant se construit à partir du système de pensée de ses parents), s’est développé, en contrepoint des secteurs de psychiatrie adulte, des secteurs de psychiatrie infanto-juvénile. Environ, selon les populations, un secteur enfant pour deux secteurs adultes, la base étant 100 000 personnes.
Une des idées maîtresses du secteur enfant auquel j’appartiens a été alors que « tout se joue avant six ans ». Que les bases de la personnalité d’un individu, se crée dans la relation qui s’opère dans les premières années avec les personnes les plus importantes pour lui affectivement, généralement ses parents ou leurs substituts et que nos théoriciens englobèrent sous le terme : « la mère ». Cette idée préventive à la maladie mentale : que tout se passe bien durant les six premières années et qui permet le développement des crèches, des écoles maternelles etc.., ayant son corollaire pathologique : alors après, c’est foutu ? ainsi que la grande culpabilisation des véritables mères qui comme tout un chacun se sont senties à divers moments de l’éducation de leur enfant, défaillantes.
Ainsi la ligne à ne pas dépasser chez nous, soignants des enfants, est que la prévention ne doit jamais être de la prédiction. Vu la plasticité du cerveau humain, les ressources insoupçonnées des familles, le recours a des diagnostics aussi faciles qu’autisme, psychose devant être évité surtout quand on ne possède pas le traitement susceptible de guérir des pathologies aussi déprimantes.
En effet, à la différence de nos collègues somaticiens, chez nous les psys, nos termes pour désigner la maladie ne peuvent être que des métaphores. C’est à dire un terme qui rendrait compte d’un état clinique ressenti par des cliniciens et non une vérité. Quelque chose que rien n’objective. Mais qui serait, une simple façon de voir et de dire.
Ainsi, quand un somaticien décèle dans votre corps une fracture de la clavicule, la radiographie est un examen complémentaire pour l’objectiver. On voit la fracture sur le cliché. Voir une dépression, c’est quelque chose de beaucoup plus subjectif, et beaucoup plus engageant surtout si on ne possède pas de traitement efficace contre ladite dépression.
Ainsi, dans tout acte psy, dire ce que l’on voit, engage le praticien à mettre en œuvre le traitement, une réponse au trouble révélé. Malheureusement, nos possibilités de soins « confortables » s’amenuisent à mesure de la diminution de notre budget. Moins de personnels qualifiés dans nos institutions, en extra ou en intra-hospitaliers. Or, cette responsabilité de miroir, cette neutralité bienveillante pendant que son patient s’interroge sur lui-même fait partie du processus thérapeutique. En effet, à quoi servirait de rajouter à une personne qui voit tout en noir, qu’en plus elle est atteint de dépression, quand on a plus de service pour l’accueillir ? Ce diagnostic est-il soulageant ou plombant ? Que renvoie le miroir ?
On décèle ainsi que dans tous nos actes, la dimension relationnelle prend le devant. Il n’y a de vérité que dans la rencontre forcément subjective de deux personnes. L’une qui souffre et l’autre, le psy qui possède dans son background, sinon des réponses miracles, des outils théoriques, l’appartenance à une école de pensée, son propre psy, une institution, un salaire qui fait que son patient possède malgré tout le loisir de ne pas s’inquiéter pour lui, car malgré nos défaillances, nous rechercherons toujours et d’abord les ressources internes de nos clients.

Maintenant, si vous avez un peu de compassion pour nos postes et nos institutions soignantes, rien ne vous empêche non plus de manifester aujourd’hui contre la casse du service public par des gens qui ne se soucie guère de nos différents états d’âme.
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 14:31

Merci pour le préambule qui me semblait aussi nécessaire, voyant que des membres mélangeaient les deux sujets, qui, bien qu'ils s'imbriquent l'un dans l'autre n'en demeurent pas moins différents.

Un truc, en lisant ton message vachement chouette, Vic ; oui, on a appris que tout se joue avant six ans. Qu'en est-il "après six ans", quand surgit la fracture d'un divorce, d'un viol, d'une précarité quelle qu'elle soit ?

Et puis tu parles de l'école de pensée : peux-tu développer ? Car je vois là qu'il existe plusieurs types de pensées et je me demande quelles sont les différences d'orientation.

Ce qui m'amène à la question plus généraliste : ce que vous avez appris est-il inscrit dans une évolution permanente ? Plus simplement : est-ce qu'on va découvrir encore autre chose qui pourrait faire prendre d'autres virages ?

Et enfin (pour l'instant) : perso, je me suis toujours demandée "comment vont les psy", parce qu'il est évident qu'ils sont soumis aux mêmes aléas que n'importe lequel de leurs patients, aux mêmes blessures, aux mêmes fragilités.
Comment se protègent-ils de ce qu'ils imbibent quand ils écoutent les histoires des autres, parfois horribles ?
Comment naviguent-ils en eux-mêmes pour défaire leurs propres noeuds de vie ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 16:23

Reprenons notre métaphore d’optique en ce qui concerne le miroir.
Les psys ont plusieurs écoles, autant dire différents points de mire, mais un seul horizon : l’humain.
Pour l’appréhender, dans l’année 82, alors que je me trouvais muni d’un diplôme d’état de psychomotricien, je fus versé dans une équipe pluridisciplinaire. C'est-à-dire composée, à parole en principe égale en ce qui concernait notre « client enfant», d’un aréopage constitué par un pédopsychiatre, un psychologue clinicien, un psychomotricien, une orthophoniste. L’égalité de cette mouvance étant tout à fait relative en fonction des salaires et des capacités d’évolution de carrière et d’élocution de chacun.
En ce qui me concerne, l’école prévalente fut celle du psychiatre qui, statut institutionnel oblige, a fait mettre en sourdine d’autres formations comme la psychothérapie individuelle des enfants, spécialité de nos psychologues ou l’idée difficilement admise par mes collègues qui est que, pour nous psychomotriciens, chez le jeune enfant corps et esprit sont intiment mêlés.
L’école dominante à laquelle nous avons en partie souscrite fut donc la vision systémique du trouble mental.
Il faut ici pour que chacun se repère dire que chaque école psy ne professe pas la Vérité, juste un point de vue offrant éventuellement les meilleures perspectives de soins.
Toujours est-il, qu’en ce qui concerne notre équipe extrahospitalière, (je me demande si vous me suivez toujours dans ce dédale) la vision systémique a prévalu sur la vision psychanalytique initiale. Opter chez nous pour une nouvelle vision ne signifiant nullement réprouver l’ancienne mais l’enrichir d’une nouvelle façon de voir les choses.
Quelque part sur ce forum, quelqu’un a dit que la psychothérapie, c’était surtout du nombrilisme. C’est souvent une critique adressée à la psychanalyse qui fait qu’à l’instar de Woody Allen on peut rester « marié » avec son analyste jusqu’à la fin de ses jours. Chacun restant alors dubitatif sur cette prothèse professant l’autonomie du sujet.
L’idée originale de la systémie est avant tout de ne pas se focaliser sur le sujet, c'est-à-dire l’individu pour lequel on vous requiert. Pour les systémiciens, spécialistes de réseau, l’idée est que le bug qui paralyse le sujet n’est peut-être pas (malgré des apparences trompeuses) du à son seul disque dur mais qu’il pourrait être préalablement utile de vérifier l’état de ses connexions.
La théorie systémique s’est développée à Palo Alto, dans ce qui fut par la suite la Silicon Valley, et qui vu naître, grâce aux théories de l’information, l’intelligence artificielle engendrant les ordinateurs, la révolution numérique et internet, pendant que parallèlement concernant notre domaine, l’antipsychiatrie puis la thérapie familiale systémique voyaient le jour.
La focalisation à l’intérieur d’un individu de la psyché a été l’œuvre, des années durant, de la psychanalyse avec le concept d’inconscient. Selon cette théorie, il existerait une force interne munie de son économie propre qui pourrait expliquer en partie ou pour tout les aberrations des comportements et de la pensée consciente. Ce substrat enfoui aurait beaucoup à voir avec l’histoire du sujet et il ne serait inutile de penser que des liens du passé entraveraient ainsi la bonne marche du présent.
Cette optique cherchant à répondre ainsi à pourquoi les choses se passent actuellement.
La systémie, tout en ne réprouvant pas ce modèle, se veut moins causaliste mais beaucoup plus descriptive. Elle emploie une vision beaucoup plus moderne, c'est-à-dire écologique. Comment (c’est la nouvelle question) comment le sujet agit dans son environnement et réciproquement quel feed-back est ainsi généré. La thérapie familiale systémique pose ainsi des questions aussi abruptes que : « A quoi cela sert-il monsieur à votre femme d’avoir un enfant hyperkinétique ? » Vérifier l’état des connections de l’enfant avant de plonger dans son disque dur devenant désormais notre souci préalable. Faire communiquer les éléments entre eux (on se demande bien ce que Monsieur va répondre à une question volontairement provocatrice), restituer l’inquiétude et l’énergie communicationnelle qu’un sujet procure à son milieu, sa famille quand il est encore enfant oblige ainsi à penser tout le monde que la construction du psychisme d’un enfant demeure l’affaire de chacun.
Maintenant, en fonction du contexte de notre séance, du soutien que nous souhaitons apporter à la famille qui nous consulte, notre question pourra être vécue soit de façon culpabilisante, soit de façon responsabilisante. Cela reste toujours de notre part une question de tact, de feeling qui a autant à voir avec notre propre sensibilité qu’avec l’affiliation que nous aurons pu tisser avec nos interlocuteurs.
Rien n’étant jamais acquis, le thérapeute n’étant souvent qu’un pion dans un jeu qui le dépasse.
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 18:13

Je te suis bien, Vic. (mais pétard, bonjour les neurones ! vous êtes faits en quoi ? Shocked )

J'aime bien l'image de vérification de l'état des connexions du patient.

Puisque tu t'occupes d'enfants, comment fais-tu pour les décoder, alors qu'il utilisent beaucoup de moyens détournés pour s'exprimer ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 18:54

Nos propres enfants sont indéchiffrables pour nous mêmes!

Mais ceux des autres? Si tu les écoute... Généralement, ils disent des choses pas trop compliquées. Quand ils disent rien, c'est plutôt leur situation qui est compliquée mais ça, de toute façon, ce n'est pas eux qui pourront te le dire. Ou alors, en plus, c'est qu'ils sont très malins.
Revenir en haut Aller en bas
Passionata



Nombre de messages : 1168
Age : 49
Localisation : Isère
Date d'inscription : 16/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 20:43

J'ai suivi et les neurones chauffent aussi...

Une chose, entre autres, que j'ai beaucoup appréciée dans tout ce qui a été dit : "Il faut ici pour que chacun se repère dire que chaque école psy ne professe pas la Vérité, juste un point de vue offrant éventuellement les meilleures perspectives de soins."
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyJeu 29 Jan 2009 - 21:55

J'ai fondu en sieste, ce qui fait que j'ai droit à deux réveils au lieu d'un aujourd'hui.... tong

Vic, complètement d'accord avec toi (je le vérifie dans mes ateliers et il s'avère que je tape juste à chaque observation que je me fais). C'est fascinant.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 15:39

Je profite de ce fil pour parler de l’utilisation de la pensée systémique dans notre domaine psy. Voir exemple sur le fil anorexie.
La systémie est une science de l’information qui étudie les systèmes qui communiquent entre eux. Cette science a été très utile à l’informatique qui continue d’utiliser son vocabulaire avec des mots comme réseau, interface, système etc. Mais, elle est également utile en astronomie qui étudie les systèmes interstellaires, en mécanique, en politique etc …
L’application en psy permet de voir comment un être humain produit un message aberrent que son système, c'est-à-dire son entourage ne peut traiter. A la différence du thérapeute individuel classique, son objet n’est pas une personne mais le système qu’elle compose avec son entourage, son groupe d’appartenance : famille, entreprise, couple, etc…
Travaillant dans une consultation pour enfants et adolescents en difficultés de développement, nous pensons que ceux-ci « appartiennent » d’abord à leur famille tandis que des psychologues scolaires qui les voient comme des élèves pensent qu’ils appartiennent à leur école. Quand nous pensons : pourquoi cette famille produit des mauvais élèves, les psys scolaires pensent : pourquoi est-il le cancre de cette classe. Les différentes définitions du système d’appartenance étant corrélées au contexte de l’intervenant psy.
Ceci pour expliquer pourquoi, nous sommes thérapeutes familliaux : nous faisons la thérapie avec la famille et non seul avec l’enfant comme nos autres collègues dits individuels.

Prochain post : Qu’est-ce qu’une famille ? Je vous laisse réfléchir, faut que j’aille travailler…
Revenir en haut Aller en bas
Passionata



Nombre de messages : 1168
Age : 49
Localisation : Isère
Date d'inscription : 16/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 16:55

Vic Taurugaux a écrit:
Prochain post : Qu’est-ce qu’une famille ? Je vous laisse réfléchir, faut que j’aille travailler…

C'est très intéressant.

Qu’est-ce une famille ?

La norme voudrait que la famille soit composée de cette façon : un homme, une femme, un enfant.
Dès lors qu’il y a une naissance, on peut parler de famille. Certains parleront de famille à la deuxième naissance. Dans le consensus de la famille il faut en premier voir une identité : un nom, un prénom, c’est là, le fondement principal de celle-ci, où chacun essaie de trouver une place dans un rôle bien précis, qu'il soit parental ou au sein d’une fratrie, tout ceci par le cercle familial.
Parallèlement à cela, de nos jours, la famille ce n’est plus seulement un homme, une femme et une naissance. Des parents. C’est aussi un "couple" et un enfant vivant sous un même toit. Car autour de cela émerge bien plus : comme l’affectif, la joie, le bonheur au sein de personnes identifiées et identifiables qui n’est pas forcément apparenté au lien de la conjugalité car le désir de paternité comme le désir de maternité est inhérente à la nature en vue de procréer.
Revenir en haut Aller en bas
Passionata



Nombre de messages : 1168
Age : 49
Localisation : Isère
Date d'inscription : 16/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 17:42

Je reviens...

Dans l'identité, outre le fait du nom et du prénom, il y a des personnes à part entière. Ces personnes à part entière sont Pilier de construction et de repères.
Dans l'identité, outre le fait du nom et du prénom, il y a ces termes : reconnaissance de l'individu en tant que tel. Considération et respect de chacun en tant que tel.

Il se peut que même ayant un nom et un prénom "XY", l'individu soit "objet" ; donc son identité qui est assujeti à son appartenance est alors bafouée et abîmée. Que devient alors le sens de la famille ?
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 18:37

Vic Taurugaux a écrit:
La systémie est une science de l’information qui étudie les systèmes qui communiquent entre eux.

Dis moi si je me trompe, mais je trouve que le fait d'étendre LE système réduit à DES systèmes-réseaux divers (famille, école, couple, travail, etc.) me semble plus fiable et en tout cas plus proche de la vérité. Tu cites l'exemple du psy scolaire qui base l'enfant dans la classe, or si l'enfant rencontre des problèmes en classe parce qu'il a vécu un traumatisme à l'extérieur de l'école, tout ce qui va être mis en oeuvre pour l'aider ne lui sera d'aucun secours, puisque la source ne sera pas sur place. Les conséquences ne sont pas la source.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 19:29

Carl Whitaker qui est un pionner de la thérapie familiale systémique et qui travaillait dans le Bronx avec des familles très chaotiques avaient résolu le problème pour cette population pauvre de définir une famille comme l’ensemble des personnes habitant sous le même toit. Il invitait donc à ses séances tous les cohabitants du patient désigné. (Le patient désigné étant dans notre jargon la personne pour qui on nous fait une demande de soins).

Aujourd’hui en France, avec la mode des familles recomposées il ya plusieurs toits et bien des enfants habitent dans deux, trois ou quatre maisons…

Personnellement, j’adopte de plus en plus la méthode remis au goût du jour par Edith Goldbeter-Merinfeld qui consiste à disposer un grand nombre de chaises dans ma salle de façon à ce qu’il y en a plus que de participants. L’avantage des chaises vides est de pouvoir les attribuer à tel ou tel membre de la famille absent parce que décédé, malade, fâché, divorcé, banni, etc…
Une famille est un système qui doit le fait de fonctionner en système à ce que les différents individus qui la composent se reconnaissent comme une famille. Alors que dans le système solaire, les différentes planètes tiennent sur leurs orbites par tout un jeu de forces gravitationnelles, une famille « tient » ses membres par cette représentation qu'ils ont d'eux-mêmes. Tu es de ma famille parce que tu es mon papa, mon tonton, mon cousin etc…

Peu importe, au thérapeute de vérifier l’état-civil, ce qui est important, c’est leur définition à eux. Ainsi, R. Neuberger,, thérapeute systémique de couples qui parle ainsi de son setting de thérapie : Que deux personnes qui se croisent pour la première fois sur le trottoir devant son cabinet, sonnent et demandent à être reçu (par exemple pour faire une blague au thérapeute) du moment qu’ils posent un problème de couple suffisamment intéressant, Neuberger n’a aucune réticence à leur faire une bonne séance de thérapie.
Une famille, c’est donc avant tout un groupe de personnes qui vous disent qu’ils sont une famille.

Ainsi, le thérapeute va pouvoir commencer à explorer avec eux, la nature de leur problème, comment ils font avec ce truc et qu’est-ce qui à bien pu les pousser à croire que lui le psy pourrait leur être utile à quelque chose. On explore les compétences de chacun, y compris celles du thérapeute pour répondre à la question de Romane.
Ainsi, on va pouvoir composer un système soignant,(qui à ses limites) une équipe qui va travailler de concert sur le problème, c'est-à-dire le thérapeute+ la famille+ le patient désigné.
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 19:34

Il y a des choses dont l'on ne souhaite pas parler devant témoin, à plus forte raison quand il s'agit de nos proches. Comment fais-tu, dans ces cas là ? Tu alternes les séances de groupe à celles individuelles ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptyVen 30 Jan 2009 - 20:39

Une famille, ceux sont donc des gens qui discutent entre eux, selon une certaine forme de discours qui tient à un ordre établi et qui fait qu’on ne dit pas la même chose à chacun en fonction du rôle de chacun. Il y a ainsi une première organisation en fonction des générations et des sexes.
Ainsi, cet après-midi, j’ai reçu une maman qui veut une thérapie familiale parce que ça ne va plus avec sa fille de 14 ans, toutes les discussions dégénèrent. Nous la recevons avec l’ado Léa, Justin, le petit frère de 9 ans et le papa.
Léa a menacé dernièrement sa mère de demander à aller vivre en famille d’accueil, ce qui a mis hors d’elle sa mère, qui la traiter de petite conne et qui lui a donné des coups de pieds et des coups de poings. Le papa qui arrive toujours trop tard dans ces disputes, ne peut prendre partie pour sa fille ou pour sa femme et Justin va se cacher dans son lit où il pleure.
Je rappelle que traiter sa fille de petite conne et la frapper est interdit par la loi, mais ça tout le monde le sait bien, seulement Léa met sa mère hors d’elle et celle-ci ne peut plus se contrôler.
Léa propose la famille d’accueil pour elle en opposition à son père qui préférerait la solution que Madame s’en aille et que lui reste seul pour élever les enfants. Léa n’est pas d’accord avec cette dissolution du couple car Justin a encore besoin de ses deux parents. Le couple se dispute aussi beaucoup mais, ils n’en viennent pas aux mains.
Madame avait été suivie pendant trois ans par un psychiatre mais, elle a arrêté il y a six mois parce que ce docteur lui aurait dit qu’elle est peut-être bi-pôlaire, ce qui sous-entend un traitement médicamenteux.
Je suis embêté pour eux parce que hormis les disputes, c’est une famille qui s’aime beaucoup et tout le monde prie pour que les menaces de séparation ne se réalisent pas. Mon problème est que, je ne peux faire une thérapie avec eux qui cautionne la maltraitance, mon devoir étant plutôt de signaler la situation de cette ado au Procureur.
Néanmoins, (fortement poussé par ma co-thérapeute), j’octroie une prochaine réunion familiale d’évaluation durant les vacances, à condition que Madame reprenne contact avec son psychiatre et je propose à chacune une poupée (genre poupée Sarkozy) qu’elles pourront injurier et frapper à loisir quand la tension sera trop forte. De plus, tout ce que la mère n’aura pu dire à sa fille où inversement la fille à sa mère, qu’elles le marquent chacune sur un petit carnet secret qu’on ne lira qu’à l’intérieur de la prochaine séance. Mais, à la moindre claque échangée, je fais mon signalement à la justice et je ne les revoie plus.

Madame nous dit aussi qu’elle tient beaucoup à son papa qui la élevée après que sa maman l’a abandonnée à 10 ans, et elle lui pardonne tous les coups qu’il lui donnait car c’est grâce à cette éducation qu’elle devenue ce qu’elle est.

On voit ici de façon évidente la communication défectueuse mère-fille de par l’inversion des rôles dans cette famille : l’ado maltraitée maternant une mère qui à son tour pardonne à son bourreau de père. A mon avis, les claques sont modérées et il est beaucoup trop tôt pour songer à les séparer. De plus, une thérapie individuelle de l’enfant ne servirait qu’à recueillir la description des injures et des coups qu’elle reçoit et servirait à la maman a penser que c’est sa fille la folle.
Ce que souhaiterait Léa, c’est une maman complice avec qui elle partagerait ses petits secrets d’ados et comme en ont toutes ses copines du collège…
Revenir en haut Aller en bas
sophiesuite

sophiesuite

Nombre de messages : 460
Date d'inscription : 22/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 12:52

Euh... j'ai une question bête sûrement mais tu n'es pas tenu au secret professionnel en tant que psy ??
Tu peux raconter comme ça les histoires des gens ?

(c'est pas une attaque, hein, je m'interroge simplement... si j'allais voir un psy ça me ferait pas trop plaisir qu'il raconte ma vie sur internet...)
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 13:26

Quand vous rentrez ainsi dans le huis clos familial, vous ne savez jamais où vous mettez les pieds. Pour ne pas voyager à l’aveugle avec la famille que vous recevez, vous devez bien prendre en compte votre contexte de travail ainsi que celui de la famille.
Ici, nous sommes dans une consultation de pédopsychiatrie qui aide les enfants en difficultés et soutien leurs parents. La maltraitance qui leur pose problème est décrite par cette maman qui ne peut s’empêcher de frapper son ado et qui nous demande de l’aide. Elle a trouvé notre adresse toute seule sur le bottin en téléphonant d’abord à un centre de médiation familiale qui a donné notre adresse. Elle ne vient pas poussée par l’école ou les travailleurs sociaux car cette famille n’inquiète personne autour d’elle, les enfants sont de bons élèves. Les deux parents travaillent, sont intégrés socialement.

Ce contexte est important pour la possible création du système thérapeutique. La règle d’or de la systémie est qu’il faut toujours « trianguler » les choses : 1+1=3. 1 La demande (aidez-nous à ne plus nous battre), 2 la réponse (notre consultation familiale), 3 le contexte dans lequel tout cela s’inscrit.

La menace d’être hors la loi pèse sur la famille car au collège, Léa dispose du « numéro vert de l’enfance maltraitée » et il ne suffirait que d’un appel de sa part pour que ne débarquent à la maison les travailleurs sociaux. L’appel de la maman, à nous autres les psys, court-circuite ainsi pour l’instant cette menace.
Comme tâche d’observation, (pour voir comment le système familial se comporte après cette première rencontre) nous offrons une autre forme de discours légal. Les poupées Vaudou (que même Sarkozy ne peut interdire) et les petits carnets secrets. Ce nouveau canal, cette nouvelle connexion entre mère et fille n’ayant jamais été tenté. Pour une première rencontre, nous nous intéressons que très peu aux contenus des messages qu’elles peinent à échanger (quelque chose très mêlés de haine et d’amour sur le narcissisme féminin, comment elles sont mauvaise mère, mauvaise fille) mais nous leur offrons, par ce nouveau mode d’expression, une autre façon un peu étrange de se protéger l’une l’autre …

Pour nous, l’essentiel de la thérapie familiale ne se passe pas dans les séances, mais plutôt dans les interséances, de retour à la maison.
Un système, par exemple l’écran de veille de votre ordinateur, est un programme qui cherche a rester stable tant qu’il ne doit pas gérer une nouvelle information. Ainsi, votre écran de veille vérifie (tu me dis si je me trompe Jok) toutes les millisecondes le fait que vous ne touchiez ni à votre souris ni à votre clavier. Si jamais vous le faites, vous rompez l’équilibre de cette boucle récursive et l’écran change de programme : il s’allume. Voila la différence principale d’un écran de veille avec un interrupteur. Votre ordinateur se dit : tant qu’il me touche pas, je reste éteins alors que dans l’interrupteur, c’est juste parce que le circuit est ouvert que l’électricité ne passe pas.
Notre tâche donnée à la famille n’est pas un remède sensé la guérir (s’il le fait tant mieux) mais plus l’adjonction d’un logiciel espion qui va nous permette de savoir comment la famille l’aura utilisé sans nous car avant tout nous recherchons de l’information : quelles sont les compétences au changement de ce système, que va faire Monsieur à qui on n’a pas donné de tâches, etc…

La famille qui se tient par sa propre définition (nous sommes une famille aimante malgré de nombreuses disputes et des coups de plus en plus répétés sur la jeune fille) peut-elle changer son jeu interactif. Il y a le poids du passé de Madame, la « lâcheté » de Monsieur qui ne choisit ni pour l’une ni pour l’autre, la tristesse de Justin qui ne dit rien et préfère pleurer tout seul dans sa chambre. Mais, à cause du numéro vert, une importante crise peut chambouler la stabilité de ce système.
Notre travail serait de les accompagner dans cette crise de croissance nécessaire sans se faire rejeter.
Trop compréhensif : on maintient le dysfonctionnement, trop incisif : on ne les voit plus.



La circularité.
Les systémiciens ne pensent pas de façon causaliste. Ils ne cherchent pas à savoir pourquoi les choses se passent, quelle est la source du problème, etc. Comme par exemple ici, ce serait à cause de l’enfance malheureuse de Madame qu’elle serait une mauvaise mère pour sa fille. Ca, ils le savent déjà, ils n’ont pas besoin d’un psy pour le leur apprendre.
La curiosité des psys, c’est comment les choses passent. Comment tout cela tourne en rond alors qu’on vient nous voir pour changer. Comment on va nous utiliser. Comment plutôt que pourquoi.

Exemple de question systémique : Justin, à ton avis, comment se fait-il que Papa laisse si souvent Maman et Léa ensemble toutes seules à la maison, quand tout le monde sait qu’elles vont en profiter pour se battre ?
Avec une question de la sorte, on dispose au moins de cinq miroirs…
Revenir en haut Aller en bas
Passionata



Nombre de messages : 1168
Age : 49
Localisation : Isère
Date d'inscription : 16/01/2009

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 14:12

Ce n'est vraiment pas simple d'être psy. Il faut avoir du professionnalisme, du recul !!!

Donc, en tant que psy et son professionnalisme, il lui faut avoir et apporter un regard extérieur tout en essayant de pénétrer celui d'autrui en vue de l'aide demandée ?
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
Romane

Nombre de messages : 90100
Age : 64
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 14:55

Vic, t'es vraiment épatant. chinois

Puisque la question a été posée par Passionata sur l'autre fil, on pourrait la développer ici :

Le transfert que font beaucoup de patientes sur leur psy, (bien que tu t'occupes d'enfants je pose quand même la question), comment gérez-vous ça ?

(je reviendrai sur la famille, faut d'abord que je "digère" bien ces post très riches)

@ sophiesuite : perso, je pense que toutes les histoires se ressemblent et qu'il suffit de changer le nom de X en Y et c'est tout.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 17:06

Du transfert à la résonnance.

Le transfert, c’est un terme psychanalytique qui sert dans les cures psychanalytiques. C’est la relation, les affects que l’analysant nourrit pour son analyste. Il le trouve charmant ou on contraire, il l’aime, le déteste, l’analyste l’horripile, etc. Ce « matériel affectif » tout comme ses rêves, ses lapsus etc. c’est ce que l’analysant doit « analyser » durant sa cure. Le fait d’être à deux implique forcément une relation, c’est la différence avec l’auto-analyse. De son côté, l’analyste analysera lui-même son contre-transfert, c'est-à-dire ce qu’il éprouve pour son client afin de lui fournir des interprétations pertinentes à la recherche de cet inconscient, réservoir souterrain de nos émotions.

Les systémiciens ne s’occupent pas d’inconscient. Ils ne s’occupent pas non plus d’un individu mais d’une famille. De même que l’analyste gardera une neutralité bienveillante envers son client, le systémicien demeurera à « équidistance » des différents membres de la famille. Il cherche par sa propre résonnance à ressentir ce que tel ou tel peut ressentir dans la position où il se trouve. Moi aussi dans mon histoire familiale, j’ai été parent d’ados, moi aussi j’ai été le frère d’une sœur « bruyante", moi aussi enfant, j’ai subi les débordements d’humeur de l’un de mes parents, etc. etc. Comment j’ai fait dans ce cas-là. Comment ma famille s’est comportée devant un problème similaire. Si un tel problème ne nous est pas arrivé, comment l’aurions nous résolu nous autres, qui aurait été le plus actif, etc … Ce sont là des informations précieuses sur soi pour observer comment, du fait de ma personnalité, je vais venir occuper une place dans cette famille, un rôle qu’il sera ensuite important de rendre évident à chacun étant entendu que la finalité de l’exercice est que la famille réussisse à se passer de son psy.

Ainsi, dès le départ, je brandis pour la famille de Léa, la menace du signalement au procureur. J’évoque (sans le dire) grâce à lui une sanction possible : les parents maltraitants peuvent finir en tôle. Bien sûr, je le fais pour me défendre, (c’est pas trop réfléchi, pas inconscient non plus, disons un réflexe) je ne tiens pas à être un jour convoqué au tribunal pour non assistance à personne en danger. Agir de la sorte ce n’est pourtant pas mon habitude même si parfois, j’ai du me montrer excessivement autoritaire avec des membres de mon entourage. Mais, j’aurais pu simplement dire du haut de mon piédestal de psy : j’exige de Madame qu’elle ne frappe plus Léa. J’aurais même pu demander de l’aide à Monsieur en le chargeant de la surveiller. Non, j’ai été chercher deux ressources représentant l’autorité à l’extérieur de notre système thérapeutique : le procureur et le psychiatre de Madame. Comme si, on ne serait pas trop de trois professionnels pour enfin l’empêcher de frapper sa fille.
De son côté, Madame obéit à son père qui professe que les petites filles sont vicieuses et qu’il faut les mâter.

La place manquante dans notre système et sur laquelle je voudrais bien vite m’asseoir est donc celle d’un homme dépositaire de l’autorité face à la folie maternelle. Plutôt que de continuer à occuper cette place, la prochaine fois, en désignant les chaises inoccupées, je demanderai aux enfants :
Imaginez que vos deux grands-parents soient aujourd’hui avec nous, que nous conseilleraient-ils ?

Pour résumé, chez l’analysant la question est : Sur quoi mon transfert : (les sentiments que j’éprouve pour mon analyste) me renseigne-t-il sur mon inconscient ?
Chez le thérapeute systémicien : En quoi ce qui résonne en moi de mon propre vécu familial au contact de ses gens me renseigne sur leur façon particulière de fonctionner entre eux.
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 18:11

La famille comme objet en soi.

Comme dans tous systèmes, la famille est plus que la simple somme de ses membres. Elle a une vie propre qui échappe la plupart du temps à ceux qui cherchent pourtant en elle, un nid, une identité, une façon de se dire qu’on n’est pas seul.
Elle a différents styles : très ouverte genre auberge espagnole, très fermée, façon monastère, rigide et stable ou chaotique et événementielle, dispersée, c’est selon.
Elle évolue par stade alternant des périodes stables avec des périodes de crises.
Ainsi la crise de la naissance du premier enfant qui oblige le couple désormais à se découvrir en tant que parents. Il leur faut dépasser les modèles parentaux hérités des deux familles d’origine pour en créer un nouveau propre à eux et à leur enfant.
Cette nouvelle famille peut ainsi aller tant que n’arrive pas la petite sœur qui va encore modifier la définition de ce qu’est un bébé, une maman, un papa.
A l’autre bout, une autre crise importante : le départ des jeunes adultes de la maison. A quel rythme ? Que vont devenir Papa et Maman, La famille va-t-elle complètement s’éclatée ? Puis, la mort des grands-parents, etc..
On voit qu’à tous ces stades, la famille doit se créer un nouveau modèle qui permet d’expliquer et régir les comportements de ses membres entre eux et leur commerce avec l’extérieur.
Telle famille aura pour objectif de devenir riche, tel autre d’être un contre-exemple de ce qui s’est fait dans le passé, tel autre d’être généreuse et ouverte sur le monde etc…
Tant que la famille est suffisamment imaginative pour créer des modèles compréhensibles par l’ensemble de ses membres tout va bien. Mais parfois, elles peinent à aborder des crises de changement pourtant nécessaire vu l’évolution de ses membres. On dit alors que la famille se met en panne. En même temps, elle veut changer et elle ne le veut pas. Le système plante de plus en plus devant des informations qui paraissaient vu de l’extérieur facilement intégrable. C’est à ce moment-là que la famille se cherche un thérapeute extérieur. Parfois, elle va se loger dans une association, une église qui prend sous sa coupe son modèle et le lui redéfinie selon une éthique plus large. Parfois, elle rencontre une famille amie qui lui redonne son originalité. Parfois, elle va voir les professionnels.
Le trouble de développement de l’enfant est dans notre champ d’action, le symptôme possible d’une souffrance plus large, touchant toute la famille. Non pas que les parents sont la cause de cette panne de développement, car nous ne cherchons pas les causes, mais comment une famille jusqu’alors compétente, se met en boucle et ne peut solutionner seule ses problèmes éducatifs.

Deux forces l’animent. L’homéostasie garante du maintien du système dans sa longévité. La force de changement qui permet que les crises la reconfigurent en fonction des nouveaux problèmes que le modèle ancien ne pouvait plus gérer.

Une autre loi systémique importante dans la famille est que l’on ne peut pas ne pas communiquer. Tout comme dans un système binaire, une non-communication, c’est de la communication. Celui qui ne vient pas au mariage ou à l’enterrement communique souvent par son absence de façon plus forte que le reste de la famille. Les morts sont également souvent des personnages familiaux essentiels. Venir ou ne pas venir aux séances de thérapie qui réunit la famille en difficulté, refuser de répondre aux questions du thérapeute, voilà quantités de messages qui permettent d’économiser sa salive.
Car pour les familles, existent deux formes de langage. Le langage digital qui s’exprime par les mots, le sens des phrases. Mais, il y a aussi, un langage plus subtil et parfois plus parlant : le langage analogique. C’est la façon de le dire, l’intonation, le fait d’être tout le temps dans la lune, pas concerné, la manière de ne jamais regarder les autres dans les yeux, tout ce qui confère à ce que le langage digital peine à dire, un tout autre sens.
C’est ainsi qu’on crée des messages paradoxaux rendant ces interlocuteurs fous. Dire à quelqu’un qu’on l’aime le plus au monde tout en s’arrangeant pour toujours l’éviter par exemple…
Ainsi, la communication dans les familles se fait à plusieurs niveaux.
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

Vic Taurugaux

Nombre de messages : 4809
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy EmptySam 31 Jan 2009 - 19:29

Du thérapeute.

Souvent, les gens idéalisent les psys. Ou au contraire « n’y croient pas », les prennent pour des charlatans. Leur travail est plus difficile dans ce deuxième cas, bien qu’on voit des familles se dépêcher guérir pour ne plus avoir à faire à de tels personnages.

La vérité est que les psys ne sont ni mieux ni pire que le commun des mortels. Ils mettent à disposition leurs techniques à ceux qui en éprouvent le besoin de même qu’un médecin mettra à votre disposition sa science pour réduire votre fracture du bras que vous le prenez pour le Messie grâce à l’antalgique ou pour un véritable boucher tellement ça fait mal.
La souffrance brouille ainsi souvent le bon sens de nos clients à notre égard.

Il importe pourtant que notre apparence donne confiance dès la première consultation. Recevoir une famille dans le désarroi au fin fonds d’un dispensaire crasseux est moins efficace que de la recevoir dans un beau bureau munie d’une agréable salle d’attente avec à l’accueil une secrétaire aimable mais affairée. En effet, dans les cas graves, (généralement, les gens viennent toujours pour des cas graves), il vaut mieux être reçu par une sommité.

Une fois cette première confiance acquise, il convient pour le thérapeute d’être à l’aise avec son style. Que celui qui aime porter la cravate porte la cravate, celui qui préfère la blouse blanche ne se gêne pas, pour les plus cools, en pull ou en polo, ça va aussi. Souvent, les jeunes professionnels cherchent en voulant se mettre au mieux avec la famille se créer un personnage d’emprunt que malheureusement, ils ne pourront tenir toute la séance. Il vaut mieux être soi car c’est très éprouvant pour une famille de voir son thérapeute changer en cours de séance alors que, théoriquement, c’était eux qui étaient venus pour changer.

C’est pour ça que chez les systémiciens, on trouve des thérapeutes très différents. Chacun fait des efforts pour avoir son propre style, sa propre originalité. Cette autorisation à être soi-même plutôt qu’en uniforme ou de vouloir ressembler à Freud est un premier message analogique envoyé à la famille et qui dit à peu près ceci : ce qui est important, c’est l’originalité de chacun.
Ce message est très important surtout dans les consultations de pédopsy où nous avons à faire à des parents qui n’y arrivent pas mais qui voudraient faire comme si après avoir épluché tout Laurence Pernoud, Françoise Dolto et autres sites spécialisés sur internet pour enfin trouver le mode d’emploi de leur gosse. Ils ne sont plus eux-mêmes du tout. Pour peu qui vous consultent pour un trouble du sommeil persistant chez leur bébé, vous avez en face de vous deux zombies. Personnellement, je commence par leur servir du café, à la grande colère du reste de mon équipe que je trouve un peu avare.

La plupart des gens qui viennent nous voir pour la première fois imaginent savoir comment nous fonctionnons. Ils en informent leurs enfants. « Le monsieur va te poser des questions, il faut tout lui dire, tout ce que tu as sur le cœur même si ça fait de la peine à Papa et Maman. Il est très gentil. Il ne fait pas de piqûres ».
Un bon thérapeute ne s’arrête pas à ces flatteries. Il est comme tout le monde, il est gentil quand il veut. Pas sur commande. D’ailleurs, il met beaucoup de temps à essayer de comprendre pourquoi le problème serait situé dans le cœur de l’enfant.

Malgré cela, il ne doit pas être trop excentrique, mais poser des questions suffisamment aberrantes sinon il n’obtiendra que des réponses toutes faites. Par exemple, celles qu’on lit dans les livres. Ce premier échange avec la famille s’appelle l’affiliation. On décortique le symptôme par exemple les terreurs nocturnes puis on s’en éloigne pour enquêter sur d’autres problèmes comme le prix du loyer et on revient vers le symptôme avec un mouvement de spirale. Cette première séance va devoir apporter à la famille une réponse suffisamment soutenante (ça fait déjà un bon bout de temps que ces gens n’en peuvent plus) mais pas entièrement satisfaisante, un peu déroutante pour qu’une deuxième séance semble aller de soi.

Le but c’est , tout en soutenant les personnes (on n’est pas des monstres) chercher à ébranler la rigidité des fonctions aberrantes qu’ils se sont attribués et que cimente désormais la chape d’angoisse qui s’est déversée dans leur maison.

Souple. Le thérapeute doit rester souple s’il en espère autant de la famille.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




Psy Empty
MessageSujet: Re: Psy   Psy Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Psy
Revenir en haut 
Page 1 sur 17Aller à la page : 1, 2, 3 ... 9 ... 17  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Loisirs :: Vie pratique :: Métiers-
Sauter vers: