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 Du monde au Balkon

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MBS

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MessageSujet: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:11

Prologue


La jeune femme avait la beauté d’une déesse de publicité. Des jambes interminables, une poitrine généreuse, une taille de guêpe. Si son visage avait gardé quelques traits de l’enfance, des petites tâches de rousseur discrètes sur les joues, une légère fossette au menton, elle n’en était pas moins à ranger dans la catégorie des vénéneuses fatales. Sourire d’un rouge incandescent, yeux clairs brillants, peau délicatement carnée.
Elle remonta le zip de sa jupe rouge hyper-moulante avant que le mec n’ait eu le temps de comprendre qu’elle se rhabillait. Elle ne lui donnerait pas les moments d’extase qui lui semblaient promis.
- Bon, mon petit Momo, faut que je te laisse… J’ai un rendez-vous très important…
- Comment tu me laisses, salope ? Je t’ai pas filé 500 euros pour juste apercevoir le bout de tes nichons et ton string…
- Oh… mais tiens, les voilà tes billets ! Je suis pas malhonnête, moi… Mais ça m’emmerderait d’être là quand les flics vont arriver…
- Les flics ?!
Momo se mit à secouer énergiquement le lit. Qu’est-ce qui lui avait pris de faire appel à une professionnelle reconnue du s-m ? Il était attaché aux barreaux. Incapable de se lever, incapable de s’enfuir.
- Oh, tu peux toujours secouer… Les chaînes sont de bonne qualité, précisa-t-elle en mettant la main sur la poignée de la chambre…
- Détache-moi, connasse !
Les beaux yeux de la jeune femme virèrent au noir. Elle s’approcha du lit et, sans la moindre parcelle de remords, elle abattit sur les joues de Momo deux gifles retentissantes.
- D’abord, je suis pas une conne !
Elle avait dit ça sans hurler. Comme une plainte plutôt…
Pourquoi fallait-il toujours qu’on lui rappelle ça ?
Encore abasourdi par le vigoureux massage facial qu’il venait d’endurer, Momo mit quelques secondes à récupérer ses esprits.
- De toute façon, ils ne trouveront rien ici… Les flics, ils peuvent toujours se brosser pour avoir les infos qu’ils cherchent… Je dirai rien…
- Pas grave… Moi je leur dirai…
- Tu leur diras quoi ?
- Le nom de tes contacts infiltrés dans les services de l’OTAN…
- Tu peux pas les connaître !...
- Si, la liste est planquée dans l’annuaire du téléphone…
- Je l’ai brûlée la liste…
- Oui, tout à l’heure… Mais pendant que tu étais à la salle de bains pour te laver les toutes petites choses que je devine là…
- T’as pas eu le temps de la recopier…
- Non, je l’ai lue… et je l’aie mémorisée… Tout est là, fit-elle en montrant le sommet de son crâne. Ciao Momo… Bon séjour à l’ombre… Tu ne seras pas dépaysé… En prison aussi, il y a des chaînes et des barreaux…
- Salope ! C’est quoi ton nom ?… Quand je sortirai, je te retrouverai et je te ferai la peau… C’est quoi ton nom ?
- Cathy ! Cathy Van der Cruyse !

L’avion, un Boeing 747, avait effectué un long point fixe au bout de la piste de l’aéroport Georges Simenon.
- Y a un problème, tu crois ?
Franka avait senti la main de Cathy serrer la sienne.
Serrer d’abord, puis broyer littéralement au fur et à mesure que l’attente s’allongeait.
- Ils ne sont pas partis… Il ne peut rien leur arriver… Tu te calmes et tu arrêtes de me briser les doigts.
Le ton de Franka était aussi rude que celui de Cathy était inquiet. Elle l’aimait bien sa demi-sœur adoptive mais il y avait des moments où elle la gonflait sévère.
Et là, c’était le cas !
Pas facile pour deux jeunes femmes de se sentir abandonnées et soudain livrées à elles-mêmes. Le père adoptif de Franka venait d’épouser la mère de Cathy… et le couple de jeunes mariés venait enfin de trouver un créneau pour s’envoler au bout du monde, sur une île paradisiaque où même les rayons de soleil étaient désormais facturés.
Peut-être qu’en cet instant Cathy s’en voulait d’avoir réussi à infiltrer le réseau terroriste de Mohamed Mousmoul. Sans cette brillante réussite des services secrets, le colonel Roland de Roncevaux n’aurait pas obtenu la permission de s’absenter quinze jours pour aller roucouler sous les cocotiers du Pacifique. Peut-être… Mais elle l’avait sans doute déjà oublié…
- Il va décoller cet avion !
Cathy trépignait martyrisant la rambarde de ses poings serrés.
- Faudrait savoir ce que tu veux… Qu’il décolle pour s’écraser ou qu’il reste là pour te faire râler…
En voyant deux lourdes larmes jaillir au coin des yeux de Cathy, Franka regretta ses paroles. Sa jeune demi-sœur adoptive était un cristal, une beauté étincelante mais elle avait ce cerveau étrange qui en faisait un phénomène de foire. Dotée d’une mémoire exceptionnelle, elle pouvait réciter par cœur des encyclopédies entières… Mais, elle avait gardé d’un traumatisme ancien, survenu dans ses jeunes années, une fragilité intellectuelle déconcertante. Cathy pouvait dire n’importe quoi, n’importe comment et n’importe quand. Les tentatives des meilleurs psys du pays pour la « ramener » à un état normal s’étaient révélées infructueuses. Cathy restait une conne magnifique !
- Ca y est ! Il roule !...
Franka sentit son cœur s’arrêter lorsque les roues du Jumbo quittèrent la piste.
« Ils » partaient.
Elle restait avec Cathy comme excédent de bagage. Quinze jours à supporter les changements d’humeur, les tenues excentriques, les questions débiles de la plus sublime des créatures féminines qu’elle ait jamais croisée.
Tout ce qu’elle espérait, c’était une mission qui l’obligerait à quitter la maison « familiale » de l’avenue Plastic Bertrand.
Franka travaillait pour le gouvernement belge. Officiellement, elle était responsable d’une unité de dépannage multimédia. En réalité, elle était une des plus récentes recrues des services secrets belges.
Et le pire, c’est que sa demi-sœur adoptive était aussi sa partenaire privilégiée.
Blonde, belge, conne et agent secret, Cathy Van der Cruyse agitait un kleenex vers le point argenté qui se fondait peu à peu dans la brume.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:22

Chapitre 1
Ouï dire


- Je me demande pourquoi j’ai voulu jouer avec toi ! C’est même pas marrant !
Franka balaya d’un revers de main les dés, les jetons et les « camemberts » colorés. Jouer au Trivial Pursuit avec Cathy, c’était le meilleur moyen pour sentir peser l’inaction. Depuis vingt minutes, Franka la perpétuelle agitée regardait sa demi-frangine enfiler les réponses aux questions avec l’assurance d’un Julien Lepers ses petits cartons sous les yeux.
- Mauvaise joueuse, rétorqua Cathy ! J’avais presque gagné !...
- Et moi j’attends toujours de répondre à ma première question… Mais ça, tu es trop conne pour t’en apercevoir !
- Trop conne, moi ?! Je sais pas qui est la plus conne entre nous deux, tu vois…
Le ton montait vertigineusement, un peu comme un contre-ut d’Arielle Dombasle. Ces querelles devenaient de plus en plus fréquentes. Au bout de trois journées passées ensemble, les deux sœurs malgré elles en étaient venues à ne plus se supporter.
La sonnerie du téléphone, un vieux driiiiiiiing des plus classiques, coupa court à l’inflation des cris.
- Franka ?... Pluchard à l’appareil.
Le capitaine Célestin Pluchard était l’adjoint du colonel de Roncevaux, chef des services de contre-espionnage belge et, accessoirement, père adoptif et aimant de Franka. La jeune femme se redressa dans un impeccable garde-à-vous.
- C’est qui ? C’est qui ?
Franka repoussa la question de Cathy d’une moue méchante. La professionnelle, c’était elle ! Tout ce qu’elle espérait, c’est que Pluchard allait lui annoncer une nouvelle mission… En solo !
- Oui, capitaine, je vous écoute…
- Franka, j’ai du travail pour vous…
Franka serra le poing droit.
Yesssss !
- Soyez au QG dans quinze minutes… Et amenez Cathy si elle traîne chez vous…
Shit !

La pluie sur Bruxelles, c’est comme le jambon dans le sandwich. On est tellement habitué qu’on finit par ignorer sa présence.
C’est sur cette dernière réflexion que Cathy coupa les essuie-glaces de sa Mégane Cabriolet, la propre voiture de feue Lucille Romain.
Elle était trempée.
- Faudra que je cherche où est le bouton qui permet de fermer ce fichu toit…
Comme toujours, le gardien du parking se montra plus que prévenant avec elle. Il offrit à Cathy un asile provisoire dans sa guérite aux murs de plexiglas afin qu’elle puisse se changer et enfiler les vêtements de rechange qu’elle laissait toujours dans le coffre de sa voiture.
- Vous venez vraiment trop rarement, mademoiselle, fit-il lorsque, toujours aussi volcanique dans ses vêtements d’allumeuse, la jeune femme s’extirpa de la cabine.
- Ah ?! Peut-être… Bon, qu’est-ce qu’elle fout Franka ?
- Qu’est-ce que je fous ?! C’est ça que tu veux savoir ? Ben voilà, ça fait dix minutes que je klaxonne comme une folle devant la barrière du parking en attendant qu’un employé libidineux arrête de mâter le strip-tease de Cathy Van der Cruyse… Alors toi t’arrêtes de mettre les mecs en fusion et toi tu te dépêches d’ouvrir cette foutue barrière.
Il y avait toujours dans la voix de Franka Ramis un petit quelque chose qui mettait ceux qui l’entendaient en transe. En général, on obéissait d’abord, mécaniquement, instinctivement, puis on accédait ensuite à la crainte d’avoir mal fait, à la peur d’épouvantables représailles.
La barrière s’ouvrit.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:23

Le capitaine Célestin Pluchard posa sur son bureau un article du quotidien « Le journal des sports ».
- Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Ca c’était du Pluchard tout craché ! Ne rien dire et laisser deviner au maximum ses auditeurs. Le seul moyen qu’il avait trouvé pour ne jamais être surpris en train de dire une ânerie.
- Un article sportif ? Rien de particulier !...
- C’est la victoire de Josy Hénon au tournoi de Londres !
Cathy était bien plus enthousiaste que Franka. Elle avait bondi sur ses pieds et commencé à mimer un ou deux coups droits.
- Et ?...
- 6-2 6-1…
- Je suis sûre que tu peux donner le score de la demi-finale…
- Ben ouais… Elle a battu l’italienne Gabriella Donizetti 6-0 6-1… J’ai vu les images à la télé… Elle lui a mis un coup droit comme ça, puis une volée comme ça… Et elle a fini avec un smash… Boum ! Comme ça !
Bien sûr, Cathy avait continué à imiter, débout sur sa chaise, les gestes victorieux de la sportive belge. Pluchard avait assisté, impuissant, à la dévastation du velours cramoisi qui recouvrait le siège ainsi qu’à la chute fracassante d’un des bibelots anciens qui décoraient son bureau. Mais qu’y pouvait-il ? Cathy était désormais la belle-fille du boss… et à ce titre, elle était intouchable ! Hélas, à tous les points de vue, songeait-il en observant au gré de ses mouvements l’apparition fugitive du haut des cuisses de la jeune femme sous la mini-jupe…
Il se réfugia dans la lecture de sa fiche, fuyant autant les gestes forcément déplacés de Cathy que le regard épuisé de honte de Franka.
- En trois semaines, Josy Hénon vient de remporter trois tournois importants. Elle a écrabouillé à chaque fois en finale la numéro 1 mondiale l’américaine Line Say.
- C’est super, non ?!
- Cathy, redescendez parmi nous… Et venez lire cette lettre…
- Y a du courrier pour moi ?
Cathy se projeta en l’air, effectua un saut périlleux arrière et se retrouva assise. Un vieux truc de l’époque où elle allait à l’école du cirque… Impressionnant !... Mais Franka ne trouvait même plus ça amusant…
- Quand tu auras fini de nous faire perdre du temps… Capitaine, continuez !...
- Cette lettre est arrivée il y a deux jours au ministère des Sports et du Temps où on fout rien…
- C’est une lettre de qui, demanda Cathy ?
- Anonyme…
- Je la connais pas…
- Qui ?
- Cette Anne Onyme…
Le regard de Pluchard vers Franka était on ne peut plus expressif : comment vous faites pour la supporter ?
- Je ne la supporte plus, c’est tout, fit Franka à haute voix… mais maintenant c’est ma sœur… Alors…
- Comment vous savez qu’elle est de Anne Onyme cette lettre, elle ne l’a même pas signée.
Le capitaine Pluchard ignora la remarque.
- Vous l’avez lue ?
- Oui, m’sieur Pluchard…
- Et qu’est-ce que cela dit ?
- Bonjour… Vous ne saurez pas qui je suis… Il n’y a aucune empreinte sur cette lettre car j’ai mis des gants en latex pour la taper sur le clavier de mon ordinateur. Pas de moyen non plus pour m’identifier grâce à des traces ADN, j’ai pas bavé dessus… Donc, ne cherchez pas qui je suis… Ecoutez plutôt ce que je vais vous révéler… Depuis trois mois, un nouveau moyen de dopage est arrivé en Belgique… Ce produit qu’on appelle le Balkon est évidemment indécelable. Il améliore de manière sensible les performances physiques de ceux qui l’utilisent, du point de vue de la puissance comme du point de vue de l’endurance. Il semble qu’il y ait des effets secondaires assez spectaculaires mais on ne remarque aucune transformation physique des dopés. Si vous voulez en savoir plus, déposez une valise remplie avec 1 millions d’euros à l’angle de la rue Louis Armstrong et de l’avenue Neil Armstrong.
Elle avait répété le texte de mémoire. Et ça, ça continuait à fasciner Franka qui appelait parfois Cathy sa petite clé USB !
- Vous voyez le lien, questionna Pluchard toujours fidèle à sa stratégie ?
- C’est le même nom pour les deux rues, s’écria Cathy toute fière d’avoir grillé sa demi-sœur adoptive !
- Josy Hénon serait dopée au Balkon !...
- C’est vous qui le dîtes…
- Et qu’est-ce qu’on a à voir là-dedans ? C’est à la police de mener l’enquête, pas aux services secrets…
- Le sujet est sensible… Bruxelles a posé sa candidature pour organiser les championnats du monde de natation, de cyclisme et d’athlétisme en 2011… SI la police met son nez là-dedans, il y aura des fuites… Avec nous, le secret sera mieux gardé…
- Normal, affirma Cathy, puisqu’on est les services secrets…
Là, le capitaine Pluchard manqua de se mettre en rogne. Il avait justement sous la main un chandelier en argent, souvenir d’une vieille enquête élucidée jadis, qu’il estimait le mieux à même de ramener au silence la débile profonde qui lui faisait face. Il se rattrapa à ses fiches au dernier moment.
- Les temps que vous avez donnés sur vos fiches individuelles sont-ils exacts ? Franka, vous courrez le 1500 mètres en 4 minutes 53 ?
- Possible… mais je n’ai pas eu de tests chronométrés depuis plus de six mois…
- Et vous Cathy ?
- Le 1500 mètres, vous dîtes ?... Alors, Kazankina détient le record d’Europe depuis le 13 août 1980 en 3 minutes 52 secondes et 47 centièmes…
- Je pense qu’il est inutile que je vérifie… Mais vous ?
- Sur la fiche, j’avais écrit 4 minutes 35 secondes… Mais bon, le chiffre est pas exact…
- T’as triché, s’indigna Franka ! Tu as mis n’importe quoi sur ta fiche quand on t’a admis dans nos services…
L’espionne aux cheveux bruns était d’autant plus indignée qu’elle connaissait les difficultés de Cathy à mentir. Les seuls progrès de sa demi-frangine allaient dans le sens le moins reluisant qui soit. Déjà qu’elle supportait mal ses excès, elle craignait de craquer face à la possible multiplication de ses mensonges…
- J’ai couru trois secondes plus vite il y a quinze jours…
- 4 minutes 32 secondes…
- Et 8 centièmes, précisa Cathy !
Un voile de déception recouvrit le visage rouquin de Pluchard.
- Alors, c’est bien à vous que je dois confier cette mission… Vous serez appelée en fin d’après-midi à rejoindre le camp d’entraînement de notre équipe d’athlétisme. Elle prépare un match triangulaire contre la France et l’Italie… La coupe Pythagore…
- Et moi ?
- Soutien logistique, Franka… Et pas d’initiatives !... On cherche le Balkon… On ne fout pas la merde !...

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:24

- Qu’est-ce qu’il y a ? T’es pas contente qu’on ait à nouveau une mission sur laquelle on va travailler toutes les deux ?
Cathy avait fini par identifier quelques signes caractéristiques du mécontentement de Franka : petits plis au coin du nez, regard vague, gestes nerveux de la main dans sa crinière brune mal peignée. Tout cela était sans discussion possible annonciateur d’un orage.
Effectivement, il s’abattit.
- Qu’est-ce qu’il y a ?... Pas grand-chose ! Juste la fille la plus chiante du monde qui va aller perturber la préparation de notre équipe nationale d’athlétisme. Même avec les meilleurs tennis du monde, on a l’impression que tu ne te déplaces qu’avec tes gros sabots. Je leur donne pas dix minutes pour comprendre que tu n’es pas une vraie championne… Cathy, tu es une malédiction dans ma vie ! Depuis que tu es là, je ne passe plus une heure sans me demander qu’elle connerie tu peux bien être en train de faire.
- C’est vrai que je suis imprévisible et que je fais des choses que tout le monde ne peut pas faire !...
- Ca oui… Mémoriser en dix secondes une liste de 50 noms, te balancer dans le vide à la hauteur du sixième étage, te balader en pleine rue comme une pute, ça tu sais faire… Mais ce sont des capacités que je te laisse et dont je ne suis pas jalouse. Par contre, te rendre compte que Pluchard ne connaît rien au sujet sur lequel il t’a branché, ça ne te gêne pas…
- Pourquoi ce serait grave ? Je les connais tous les records en athlétisme.
Comme toujours, Franka sentit la colère s’apaiser devant l’innocence de sa demi-frangine. Elle la détestait vraiment trop mal.
- Où il faut que je t’amène déjà ?
- Stadium Nord à Villeneuve d’Ascq en France. Rendez-vous fixé à 19h pour les athlètes. On a un Thalys à 12h58, un à 15h17 et un à 15h56.
- Hors question que je passe une heure dans un train, même à grande vitesse, à t’écouter parler de tout et de n’importe quoi… Je prends ma voiture…
- Dis, tu peux pas m’amener… J’ai un problème avec le toit de ma voiture.
- T’as encore oublié comment on le fermait ?
- T’as qu’à m’aider à m’en souvenir… Clara, elle me faisait des listes pour que je n’oublie pas…
- Ta Clara, elle s’est foutue de toi pendant des années… Elle attendait que tu aies le dos tourné pour se marrer… Et puis, moi je t’aime pas assez pour te prendre en main complètement… Tu te débrouilles…
- Ca va, c’est bon, j’ai compris…
Cathy tourna les talons, parcourut les quelques mètres qui la séparaient du poste du vigile et se retourna vers Franka…
- De toute façon, je peux pas aller courir habillée comme ça… Il faut que je passe me changer… Alors, tu y vas en voiture si tu veux… Moi j’irai prendre le train. On se retrouve au stade !
- C’est ça, c’est ça, bougonna Franka… Prends le train ! Ca fera un danger en moins sur la route…

- Bonjour mademoiselle, je voudrai un billet de train pour aller à Lille.
- Certainement… Vous voulez partir quand ?
- Aujourd’hui… Tout de suite si c’est possible…
- Il y a un Thalys à…
- 12h58
- Oui, c’est exact… Mais vous m’avez bien dit que vous vouliez partir aujourd’hui…
- Oui, aujourd’hui, par le Thalys de 12h58.
Cathy avait parfois du mal à rester patiente. Les attentions d’une mère sans doute trop aimante, sans l’avoir rendue capricieuse, avaient contribué à développer chez elle une rapide frustration lorsqu’elle n’obtenait pas immédiatement ce qu’elle attendait. Elle commença à s’agiter devant l’hygiaphone.
- Le Thalys de 12h58 !
- Ca n’est pas possible, mademoiselle…
- Et pourquoi ce n’est pas possible ?...
- Parce qu’il est parti il y a dix minutes.
- Et pourquoi il ne m’a pas attendu ?
L’hôtesse d’accueil se pinça le nez rapidement pour étouffer un rire peu compatible avec sa fonction. Celle-là on ne la lui avait jamais faite.
Et la cliente, belle et relativement élégante dans un survêtement de marque, qui continuait.
- Vous ne pouvez pas le rappeler…
- Enfin, mademoiselle, non ce n’est pas possible.
Comme beaucoup des interlocutrices de Cathy, l’absurdité de la demande éveilla en elle un doute. Elle jeta un coup d’œil périphérique. C’était une blague sans doute… Mais non, ses collègues travaillaient normalement, il n’y avait rien de suspect.
- Je suis dans l’équipe, vous comprenez…
- Dans l’équipe ?
- Oui, l’équipe d’athlétisme… Il faut que j’aille courir à Lille…
- Eh bien, courez déjà pour rattraper le Thalys…
- Vous me prenez pour une imbécile ?!… Je vais pas courir derrière un train à grande vitesse… je vais prendre le prochain.
L’hôtesse eut l’impression que la tempête s’était calmée aussi soudainement qu’elle s’était déclenchée. Elle se pencha vers son moniteur.
- Le prochain Thalys est à…
- 15h17 !...
- Vous connaissez les horaires par cœur ?
- Oui… Mais seulement pour les trains vers la France… J’ai pas eu encore de missions aux Pays-Bas ou en Allemagne…
Le mot « mission » fit tiquer l’hôtesse. Tout s’embrouillait. Qui était la blonde fantasque derrière laquelle commençait à s’allonger une file d’attente qui ne devait pas être composée exclusivement par de futurs passagers ? Une athlète, une folle ou autre chose ? Elle fut tentée d’appuyer sur le bouton d’alarme et finalement se ravisa en voyant la jeune femme se mettre à mâchouiller nerveusement le capuchon de son jogging en lycra.
- Je vous donne un billet sur le 15h17…
- Il n’y a pas un train qui part plus tôt ?…
- Ah si ! Il y a un train à 13h37…
- Il n’est pas parti celui-là ?
- Non… Mais il passe par Gand !...
- Ca va pas… Moi je vais à Lille…
- A Gand, vous prenez un train pour Lille…
- Mais pourquoi j’irai prendre un train pour Lille à Gand puisque je peux en prendre un à Bruxelles ?
- Parce que vous êtes pressée de partir…
- D’accord… Je prends le billet…
- Aller simple ou aller-retour ?
- Je vais d’abord y aller… On verra si je reviens plus tard…

A 15h02, en voyant s’éloigner l’agglomération de Gand, Cathy eut une idée soudaine. Elle s’empara de son téléphone portable, composa le numéro de Franka.
- Tu devineras pas d’où je t’appelle ?
- D’un train…
- Je serai à Lille à 15h52…
- Allez, je viens te chercher à la gare de Lille-Europe…
- Non, non, j’arrive à Lille-Flandres !... Je me suis débrouillée pour prendre un autre train… A tout à l’heure…
Cathy raccrocha et se laissa aller dans son siège. Elle ignorait encore qu’à Gand elle avait pris un train pour Amsterdam.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:54

Chapitre 2
Où courent-ils ?


Même pour l’insouciante Cathy, ce fut un coup de téléphone difficile à donner. Prévenir Franka, lui annoncer qu’elle ne serait pas à 15h52 à la gare de Lille-Flandres, avouer qu’elle était à Amsterdam. Non, c’était proprement terrible et Cathy ne fut pas déçue du voyage.
- Mais Cathy, il n’y a pas d’autres mots… T’es une vraie conne ! Tu comprends pas que j’ai honte quand je me dis qu’on est devenue sœurs. Avant les filles comme toi on les noyait à la naissance…
- Je prends un Thalys, j’arrive…
- A cause de toi, les gens dans la gare me regardent comme si j’étais une débile à hurler comme ça… Tu te rends pas compte de ce que c’est que de devoir te supporter…
- J’ai pris un billet en 1ère classe comme ça j’arriverai plus vite.
- Bon sang ! Encore vingt jours avant qu’ils reviennent…
- Je serai là vers 18h12…

En posant le pied sur le quai gris de la gare de Lille-Europe, Cathy regarda sa montre. Elle était sacrément à la bourre. Elle récupéra son sac qu’un prévenant jeune homme, les yeux gonflés par la beauté fatale de la voyageuse, avait bien voulu traîner jusqu’à la porte.
- Merci, vous…
Elle ne termina pas sa phrase. Franka l’attendait près d’un distributeur de friandises.
- Je devrais te tuer…
- Là, je crois que j’ai vraiment déconné…
- C’est pas mal que tu t’en rendes compte… Il y aurait donc un peu de progrès dans cette fichue tête ?
- Je sais pas… En plus, j’suis à la bourre, pas vrai ?
- T’en fais pas ! On fonce !...

- C’est vous Cathy Van der Cruyse ?
- Oui.
Franka songea que les mecs étaient vraiment de drôles de créatures. Il suffisait que Cathy soit là et plus rien ne comptait. Le régisseur de l’équipe nationale aurait dû tempêter, hurler après l’athlète qui arrivait en retard d’une bonne demi-heure. Il se contentait d’un sourire un peu niais attendant sans doute que la jeune femme débite une excuse bidon qu’il avalerait consciencieusement.
Il n’allait pas être déçu.
- Excusez-moi d’être en retard… Il y a eu un problème sur mon train…
- Ah, fit le type sans pouvoir détacher son regard des lèvres exquises qui balançait ces mots d’une si grande banalité !
- Il y a eu une crevaison sur une roue de la locomotive…
- Oh !
Il aurait dû réagir, lui demander si elle se foutait de sa gueule… Même pas… Il était scotché.
- Moi je suis Franka Ramis… Je suis le coach de Cathy…
- Ok !... Vous, on ne vous attendait pas… Vous êtes pas sur la liste…
- On va se serrer, fit Cathy ! Il y a peut-être un deuxième lit dans ma chambre…
- Oui, bien sûr qu’il y a un lit… Mais il est occupé par…
Il jeta un coup d’œil rapide à son bloc.
- Lorna Van de Klum…
- Ah non ! Pas une Flamande !...
- Il n’y a pas de Wallon, il n’y a pas de Flamand… C’est l’équipe de Belgique !...
Là, il se fâchait carrément. C’était pas une brunette au nom bizarre qui allait faire la loi.
- Bon, je vais aller me trouver une chambre d’hôtel… Je sens qu’on tient particulièrement à ma présence ici…
Ca faisait vraiment beaucoup de couleuvres à avaler en une seule journée pour Franka. D’abord, le choix de Pluchard de privilégier les performances sportives de Cathy à l’expérience du terrain qu’elle pouvait avoir. Ensuite, les fantaisies ferroviaires de Cathy. Et, enfin, pour terminer, le cerbère intendant lui avait bien fait comprendre qu’elle était de trop.
- Vous allez pas laisser Franka partir quand même… Je dors par terre s’il le faut mais je veux qu’elle soit dans ma chambre.
Le « je veux » était sans doute de trop. Il y avait sans doute des personnes qui pouvaient demeurer longtemps sous l’emprise de la beauté de Cathy… mais Roger Louret ne pouvait accepter de formes de rébellion de la part d’une athlète nationale.
- Si vous dormez par terre, je serai viré… Alors, vous allez apprendre tout de suite qu’ici c’est moi qui décide…
- Laisse tomber, Cathy !
- Alors c’est elle qui dormira par terre…
- T’es sympa… Merci !... Je viendrai demain… Tu te débrouilleras bien sans moi jusque là…
Franka était à plusieurs fuseaux horaires de le croire, mais il fallait sauver les apparences. Dans la mesure où on pouvait faire quelque chose pour les sauver…
- Laissez-moi votre sac… Il y a un petit entraînement en commun en ce moment… Vous trouverez au vestiaire une tenue aux couleurs de l’équipe nationale.
- Cathy !
- Oui Franka…
- Il aurait été fier de toi…
- Qui ça ?
- Ton père !...
Franka déposa un baiser sur la main de Cathy et s’éloigna rapidement.
Dormir à l’hôtel ? Sûrement pas. Elle allait attendre la fin de l’entraînement, suivre le bus de l’équipe jusqu’à son hôtel et là on verrait bien si le gros Roger pourrait l’empêcher de voir Cathy.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:55

Le survêtement officiel rouge, le short et le maillot de compétition étaient sagement pliés dans le vestiaire sous une étiquette sur laquelle on avait biffé un nom pour indiquer à la place celui de Cathy. Sur le cœur, l’écusson aux couleurs nationales. Le rouge, le noir, le jaune.
- J’vais pas chialer quand même, se dit Cathy en enfilant sa tenue.
Ben si ! Elle pleura !

- C’est vous Cathy Van der Cruyse ?
- Oui…
- D’où vous sortez ?
- Des vestiaires !...
- Non, je voulais dire… Comment ça se fait qu’on ne vous connaisse pas ?... Vous n’avez jamais participé à un championnat… Et voilà que vous débarquez appelé ici par je ne sais qui… Où courrez vous ?
- Oh… Un peu partout… Dans les bois, sur la plage, sur la route…
- Je pense que je ne dois pas être clair… Vous appartenez à quel club ?
- Un moment, j’étais au club de Questions pour un champion… mais ils m’ont viré parce que je gagnais tout le temps…
Le directeur technique national de la fédération était sidéré par l’acharnement que la jeune athlète mettait à répondre à côté de ses questions. D’habitude, pour une première sélection, les jeunes arrivaient en faisant profil bas. Silence respectueux, observation inquiète des usages au sein de l’équipe… Mais celle-là, elle… elle…
Elle se foutait de sa gueule !
Et dans les grandes largeurs…
- Bon, allez courir !... On reparle de ça plus tard…

La piste était agréable. Sous ses pointes, Cathy sentait résonner l’élasticité du matériau synthétique. Rien à voir avec le goudron des routes ou la terre humide des sous-bois.
Lentement, méthodiquement, elle laissa ses muscles monter en température, regagner la tonicité partiellement évanouie au cours des heures passées en train. De temps en temps, elle regardait l’écusson sur son cœur et de nouvelles larmes venaient brouiller sa vue.
Elle était en équipe de Belgique… Elle ferait mieux que son père… Elle ne se ferait pas expulser de l’équipe. Et puis de toute façon, il n’y avait pas de carton rouge en athlétisme…
- A moins que je fasse deux faux départs !... Oh là là, non, je ferai attention…

- M’sieur Pierron, on a le pedigree de la petite nouvelle.
- Ah, enfin ! Pas trop tôt ! D’où elle sort ?
- Une université américaine, m’sieur… Berkeley !... Elle y étudie le droit international du sport…
Le directeur technique national, après avoir jeté un coup d’œil rapide sur la fiche que venait de lui transmettre son assistant, poussa un petit sifflement.
- Une tronche en plus !... Ben si c’est la gazelle qu’annoncent les temps qui sont notés sur ce papier, elle va crever l’écran ce week-end…
- C’est la fille là-bas ?
- Oui… Celle qui semble à peine toucher le sol…
- Elle est…
- Oui, Didier… Vraiment bandante…

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 0:55

Cathy avait enchaîné cinq tours de piste tout en relaxation. Elle souriait aux athlètes qu’elle croisait ne s’attirant en réponse que des signes de tête furtifs. Ils étaient déjà dans leur truc, vigilants à scruter les moindres sensations de leur corps. Elle, elle avait autre chose en tête. Profiter. Savourer cet instant. Se dire qu’elle était la représentante de son pays et que cet honneur elle devait le porter haut, comme un flambeau.
Alors, de temps en temps, écrasée par la responsabilité de cette sélection, elle pleurait un peu. C’est au milieu de ce rideau de larmes qu’elle vit une silhouette qui fondait sur elle. Elle fit un pas en arrière pour se dégager du passage.
Trop tard !
Son pied droit accrocha quelque chose.
Et puis il y eut ce bruit de chute… et les cris…
- Merde !
L’interjection nauséabonde s’accompagna presque aussitôt d’un hurlement de douleur.
- Ma cheville ! Putain, ma cheville !
Cathy balaya les larmes devant ses yeux et reprit un contact visuel normal avec le monde. Autour d’elle un attroupement s‘était formé.
Autour d’elle et du type qui se roulait au sol en geignant comme un chien à qui on a botté le cul.
Et ce type n’était autre que Léo Chopin, le virtuose du 110 mètres haies, champion d’Europe in door quelques mois plus tôt… et, accessoirement, le seul athlète belge qui pouvait espérer décrocher les lauriers de la victoire au cours de la coupe Pythagore.
- Zut, je l’ai cassé, fit Cathy !

Civière, cris, lumière artificielle d’un projecteur qui s’allume pour éclairer la scène du drame et en livrer l’exclusivité au journal télévisé du soir.
Tout cela, Cathy ne l’avait jamais vécu. Et, à son corps défendant, elle en était le meilleur second rôle.
- Qu’est-ce que tu as fais ? Mais qu’est-ce que tu as fais ?
Les hurlements des athlètes étaient entièrement tournés vers elle. En français, en flamand. Il n’y avait pas assez d’injures dans ces deux langues pour traduire toute la frustration, toute la rancœur des athlètes de l’équipe belge.
- Mais j’ai rien fait ! Il m’est rentré dedans… Il pouvait pas regarder devant lui ?!...
- C’est toi qui lui as coupé la route… Je t’ai bien vu…
- Moi aussi !... Ca c’est passé juste devant moi !...
Il y avait tant d’injustice dans ces accusations que Cathy réagit avec la superbe que lui connaissaient seulement ceux qui la fréquentaient.
- Puisque vous ne me croyez pas, je m’en vais !...
Joignant le mouvement à la parole, Cathy tourna le dos à ses accusateurs, écarta le rideau de bras tendus vers elle et partit en petite foulée vers les vestiaires.
Elle avait le sentiment d’avoir tout fait rater. Putain ! On lui demandait juste de courir ! Même pour ça, elle était donc nulle !
Lorsqu’elle imagina le regard lourd de reproches que ne manquerait pas de lui décocher Franka, elle s’effondra.

Franka avait réussi à se faufiler dans le stade. Lorsqu’elle croisa la civière motorisée qui conduisait Léo Chopin vers l’ambulance, un pressentiment lourd comme la charge d’une bombe atomique irradia son esprit. Elle n’avait aucun mal à imaginer les retombées que pourraient avoir pour la mission une boulette made in Cathy.
- Qu’est-ce qui s’est passé, questionna-t-elle ?
- Il s’est fracturé la jambe après avoir été percuté par une blondasse…
- Une blondasse ?... Et merde !
Le gardien du stade ne pouvant saisir le sens de l’interjection lâchée par Franka abonda dans son sens.
- Comme vous dîtes !... C’est un tout bon ce mec !...
- Quel mec ?!
- Ben, Léo Chopin !...
- C’est Léo Chopin qui est sur le brancard ?
- Ouais… Vous ne l’aviez pas reconnu ?
Le gardien jeta un regard soupçonneux sur la brunette qui, il ne l’avait pas encore noté au milieu de l’agitation, ne disposait pas du badge réglementaire. Etait-elle habilitée à être là où elle se trouvait ?
- Ah, vous êtes là, vous ! Vous tombez bien !
C’était le gros Roger, l’intendant qui avait accueilli Cathy et Franka trois quarts d’heure plus tôt. Son arrivée décrispa le gardien du stade. Si l’intendant de l’équipe belge connaissait cette fille, c’est qu’il n’y avait pas de problème de ce côté-là.
- Votre fille, elle porte pas des lunettes en temps normal ?
- Cathy ?... Ah non, elle n’en a pas besoin… 10 sur 10 aux deux yeux… Et même un peu plus… Elle aurait pu être pilote de chasse si…
Franka sut se reprendre à temps. Elle ne pouvait pas terminer sa phrase. Avouer que Cathy était créditée d’un QI de légume n’aurait pas été un service à lui rendre. Surtout dans les circonstances présentes. Et puis au-delà du cas particulier de Cathy, il y avait la mission. Elle était sans doute flambée avant même d’avoir commencé, mais s’il restait une chance, juste une chance, elle n’avait pas le droit de la sacrifier.
- Si elle n’était pas partie étudier aux States…
- Ouais, ben franchement, elle aurait mieux fait d’y rester aux States… Votre Cathy, elle vient de réussir un exploit. Elle a soudé l’équipe nationale comme jamais… Alors, vous allez dans le vestiaire, vous la récupérez et vous l’amenez coucher où vous voulez. Si elle vient dormir dans notre hôtel, elle ne sera plus de ce monde au moment du petit déjeuner.
- Je comprends…

Cathy avait la fragilité des génies. Dieu sait pourquoi, c’est cette idée qui traversa l’esprit de Franka lorsqu’elle découvrit sa demi-sœur prostrée dans le vestiaire.
- Ils ont raison, Franka ! Ils ont tous raison !... Depuis le début… Je suis nulle… Je suis une vraie conne…
- Si tu le dis, p’tite sœur… C’est sûrement vrai… Après tout, c’est toi qui as un super cerveau.
- Pffff… Mon cerveau…
Il sembla à Franka que Cathy n’avait jamais été aussi consciente d’une de ses erreurs. A l’habitude, elle prenait tout avec nonchalance, avec une forme d’insouciance qui ne pouvait qu’irriter la perfectionniste qu’elle était. Là, elle était atteinte.
- J’ai merdé !...
- Attends, on ne sait pas… On verra demain… Ils ne vont quand même pas te renvoyer pour ça… Si encore tu lui avais flanqué une raclée parce qu’il te tripotait les seins, je comprendrais…
- Parce que là, c’est pas que la jambe qu’il aurait de cassé…
Un sourire se dessina sur les lèvres de Cathy.
- C’était un accident, tu sais…
- Oh, je sais !... Les accidents, j’ai l’impression que c’est une sorte de guirlande d’événements que tu traînes derrière toi… Allez, viens ! Tu voulais qu’on dorme dans la même chambre… Ben, tu vois, tu as au moins réussi ça.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 14:03

Chapitre 3
Sauver la face


Franka avait dégotté un hôtel non loin du stade. L’hôtel Pierre Mauroy était un agréable deux étoiles dans lequel la patronne, madame Martine, vous accueillait sans le sourire mais avec une brassée de roses rouges. Une drôle de femme, madame Martine ! Cela se voyait et cela s’entendait. Pas le genre à se laisser marcher sur les pieds mais une énergie dans le travail qui faisait qu’elle consacrait bien plus de 35 heures par semaine pour que son petit hôtel tourne rond. Un parler sec et direct qui lui donnait un air très très peau de vache. Mais au fond, cette femme-là c’était de l’or.
Par chance, Franka avait pris une chambre avec un lit double. Elle n’avait donc pas à demander à la réception à changer sa réservation. Il n’empêche que dès ses premiers pas dans l’escalier, elle entendit rappliquer madame Martine sur ses arrières.
- Dites donc, mademoiselle, il ne faudrait pas me prendre pour ce que je ne suis pas… J’ai l’esprit large et les bras accueillants mais, même si l’Europe est en train de se faire, mon hôtel n’est pas une auberge espagnole… Et encore moins un lupanar pour lesbiennes en chaleur !
Il n’y avait pas à dire. Elle avait du vocabulaire, madame Martine. Preuve qu’elle devait bien connaître et les auberges espagnoles et les lupanars… ou alors, elle avait avalé un dictionnaire par mégarde.
- Ce n’est pas ce que vous imaginez… Je vous présente ma sœur…
- Votre sœur ?!... Ben on ne me l’avait jamais faite celle-là…
- Ma demi-sœur en fait…
- Vous vous rattrapez comme vous le pouvez, mademoiselle… C’est vraiment pathétique mais presque.
Cathy voulut ouvrir la bouche pour répondre. Franka lui plaqua sa main sur le visage pour l’en dissuader.
- Vous savez très bien qu’on ne peut pas justifier de ce lien familial par un quelconque document, madame Martine. Vous êtes bien obligée de me croire sur parole.
- Moi, je suis comme saint Thomas d’Aquinquin, je ne crois que ce que je vois… Et ce que je vois m’amène à dire que je ne veux pas de ça chez moi…
- A moins que ?...
- Exactement… A moins que mademoiselle votre… demi-sœur… n’élise domicile pour la nuit dans une autre chambre que la vôtre.
- Dites donc, madame Martine, c’est parce que nous sommes belges que vous nous prenez pour des connes ?
- Pas du tout ! Je ne savais même pas que vous étiez belges… Vous croyez que c’est écrit sur votre figure… Nous, les gens du Nord, on nous reconnaît facilement parce qu’on a dans les yeux le bleu qui manque à notre décor… Mais comment reconnaître un Belge ?...
Là, madame Martine s’interrompit et se mit à rire. Visiblement, sa question lui rappelait une de ces histoires à deux sous qu’on se balançait de part et d’autre de la frontière avant que l’instauration de l’espace de Schengen ne fasse des blondes les nouvelles têtes de Turcs des blagueurs à deux balles de l’Union européenne.
- C’est le seul qui cherche la frite qu’on a mise dans un coin dans une pièce ronde… C’est bon, je connais… Ecoutez, je la prends votre chambre supplémentaire… L’important, c’est que ma demi-sœur dorme cette nuit… Dans deux jours, elle doit concourir à la rencontre triangulaire Pythagore sous le maillot national… et si elle se froisse ne serait-ce qu’un muscle sur un matelas trop mou, la Belgique entière saura où elle aura dormi les nuits précédentes… Suis-je bien claire ?
Quand Franka laissait son impétuosité naturelle monter ainsi, il y avait risque de grabuge. Cathy, qui n’osait plus intervenir, savait que tout était possible. Franka allait-elle se jeter du haut des quatre marches qu’elle avait déjà montées sur la carrure molasse de la gérante de l’hôtel ? Peut-être qu’elle descendrait posément avant de lui retourner une baffe monumentale, genre Obélix face à deux légions romaines ? A moins qu’elle ne dégaine son fameux P.38 Lightning, le pistolet à double canon, pour lui fourrer à l’entrée des narines ?
Mais rien ne se déroula comme à l’habitude. Franka sortit son portefeuille posément et sans regarder la tenancière de l’hôtel Pierre Mauroy lui demanda :
- Il faut que j’aille remplir une nouvelle fiche de renseignement…
- Ce ne sera pas la peine… Je vais me le faire au black…
- Raciste !
Là, Cathy avait hurlé au mépris du silence imposé par Franka… Cette dernière arrêta sa demi-frangine qui se proposait d’aller dire son fait à la patronne.
- Elle veut dire qu’elle ne le déclarera pas…
- Ben justement, ne pas déclarer un employé africain c’est pas bien…
- C’est l’argent qu’elle ne va pas déclarer… Je ne sais pas ce qu’elle va en faire mais…
- Oh l’argent au black, je l’enterre dans le jardin !
- Et en plus, elle le vole ce pauvre Africain !...
- Cathy, laisse tomber !... Tenez, m’dame Martine, le voilà votre argent… Allez l’enterrer si vous voulez… mais votre attitude est scandaleuse… C’est limite de la corruption !
- Mais qu’est-ce que vous croyez ma petite ? Le regretté Pierre Bachelet l’avait bien chanté : Au Nord, c’est là qu’on corrompt. La terre est pleine de pognon…
Et madame Martine s’éclipsa en chantant, ce qui n’eut pas, bien au contraire, d’effet positif sur le climat local.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 14:04

Puisqu’elles étaient désormais titulaires de deux chambres à l’hôtel Pierre Mauroy, Cathy et Franka avaient estimé qu’elles n’avaient aucune raison pour dormir ensemble. Quelque part, cela chagrinait Franka qui se méfiait autant des coups de tête de sa fantasque demi-sœur que de sa propension de plus en plus fréquente à s’abandonner au désespoir.
- Tu es sûre que ça ira ?
- Et pourquoi ça n’irait pas ?
Franka aurait bien aimé être là pour voir ce que contenait exactement la valise de Cathy. C’était en général un défilé de tenues excentriques, taillées dans les matières les plus brillantes, les plus moulantes, les plus brûlantes. Cathy pouvait bien se le permettre vu sa plastique mais Franka avait du mal à imaginer que sa demi-frangine ait pu paraître crédible auprès d’une camarade de chambrée à l’hôtel de l’équipe belge.
- Quoi que même sans ça elle n’est plus vraiment crédible, se dit-elle avant de se contraindre à épouser l’oreiller.

De l’autre du couloir, Cathy interprétait un lamento terrible. Comme à chaque fois qu’elle déprimait, ce qui était somme toute plutôt rare par rapport à la majorité des jeunes occidentales de son âge, elle avait étalé en pleurant toutes ses fringues sur le lit… puis sur le fauteuil… puis finalement sur la moquette rosée de la chambre. Ca n’allait pas forcément mieux sur le coup, mais peu à peu il lui venait l’envie de passer telle robe qu’elle n’avait plus enfilée depuis quelques temps. D’essayages en essayages, elle retrouvait toute sa gaieté.
Pourtant, ce soir-là, le miracle ne parvenait pas à se produire. A sa cinquième tenue, une jupe hyper-moulante, des bas résilles rouges et un bustier à paillettes, Cathy n’avait toujours pas récupéré son insouciance.
- Pauvre garçon ! S’il le faut, j’ai fichu sa vie en l’air… On va lui couper la jambe et il ne pourra plus participer qu’aux jeux olympiques pour les handicapés…
Elle poussa un gros soupir qui amena deux énormes larmes sous ses paupières coloriées de rose.
- Si seulement, je savais qu’il va s’en sortir…
C’est alors qu’une idée, une vraie, passa par le cerveau d’habitude si fainéant de Cathy.
Trois minutes plus tard, seulement accompagnée de son sac à main, d’un blouson en cuir rouge et d’une paire de bottes hautes, Cathy prenait d’assaut le trottoir à la recherche d’un taxi.
- Je savais bien qu’elles étaient pas normales ces deux gouinasses, murmura madame Martine en voyant la créature provocante se planter devant l’entrée de son hôtel.

L’hôpital Hippo Condrillaque était une toute nouvelle structure implantée à la périphérie de l’agglomération. Il y régnait une odeur étrange, mélange d’éther déséthérisé et de peinture. Un truc entêtant comme un succès du Top 50. Avant même d’avoir atteint le guichet de l’accueil, Cathy sentit sa tête qui tanguait de manière étrange…
- Je vais quand même pas tomber dans l’opium, fit-elle… Non, non, c’est pas comme ça qu’on dit… C’est pas tomber dans l’opium qu’on dit… C’est tomber… tomber dans… Dans les pommes… Ouf !
Cathy s’ébroua, se redressa et franchit en quatre enjambées la distance qui la séparait du guichet. La réceptionniste de nuit considéra bien sûr avec la plus grande stupéfaction la beauté aux vêtements vulgaires qui fondait sur elle.
- Sans doute une pute qui s’est fait tabasser…
Ca arrivait parfois !... Mais en général, allez savoir pourquoi, c’était toujours les mêmes qu’on voyait se ramener le visage tuméfié.
Et cette fille-là, elle ne la connaissait pas…
- Sûrement une fille de l’Est !
Elle aurait eu bien du mal à préciser de quel Est il s’agissait… C’était un truc qu’elle avait vu un soir dans un reportage de la première chaîne. Les filles de l’Est qui envahissent nos trottoirs !...
- Je voudrais voir Léo Chopin…
- Ben, dîtes donc, vous parlez bien notre langue pour une étrangère !
C’était sorti comme ça ! Sans y réfléchir !
- Comment vous savez que je suis étrangère ?
- J’ai l‘habitude de ces choses-là !... Alors, où êtes-vous blessée ?... Vous voulez qu’on appelle la police pour que vous puissiez déposer une plainte…
- Ah non, je me plains pas moi… C’est ce pauvre Chopin qui doit se plaindre…
- Chopin ? Ah ouais, il paraît que c’était un type qui a beaucoup souffert… Mais c’est de la faute à l’autre là avec qui il vivait… Georges je sais plus quoi ?
- Qui c’est ce Georges ?... Il est gay Chopin ?
- Ben non… Au contraire, il était toujours triste…
- Raison de plus si il est triste pour que j’aille le consoler…
- Sûr que ça le consolerait une fille comme vous… Ca pourrait peut-être même le ramener à la vie…
- Le ramener à la vie ?... Pourquoi ? Il est mort ?
- Ben oui… Vous le saviez pas ?
La réceptionniste était effarée… Même elle qui n’avait pour toute culture que les recettes de Maïté et les mimiques d’Arthur, elle savait que Chopin était mort… C’était quoi d’ailleurs son prénom ? Ludwig ou Amadeus ?
Là, Cathy sentit le sol se dérober sous elle. Mort ? Léo Chopin ? Tout ça à cause d’elle ? Oh ! C’était pire que tout ce qu’elle avait bien pu imaginer.
Elle se raccrocha au guichet. Peine perdue ! La chute se poursuivit, s’amplifia et la jeune agente des services secrets belges finit sa course le front sur les dalles en gerflor.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 14:04

Quand Cathy reprit connaissance, elle avançait sans effort. Les néons dansaient au-dessus de sa tête, les murs tournoyaient dans une danse saccadée.
- Ne bougez pas, mademoiselle… On va vous mettre dans une chambre en attendant que la police vienne prendre votre déposition.
- C’est quoi une déposition, demanda Cathy qui n’avait toujours pas récupéré ? On va me déposer quelque part ?…
- Oui… Dans une chambre…
- Mais je veux pas une chambre… Je veux… Je veux… Oh je ne sais même plus ce que je veux…
- Vous avez sans doute besoin de vous reposer.
- Oui.
Et elle referma les yeux.
L’infirmier avait une patience d’ange. Avec une fille comme ça, il pouvait se rincer l’œil tout son saoul. Et s’il n’avait pas été issu d’un milieu convenable, de ces milieux qui vous donnent des principes pour mieux vous donner envie de les transgresser, il aurait sûrement laissé galoper ses mains sur les seins voluptueux de la créature au blouson rouge. Après tout, en pleine nuit, les urgences d’un hôpital ressemblent souvent à un désert où ne circulent que des ombres en attente. Le cadre idéal pour un pelotage en règle. Il suffirait qu’elle se rendorme. Et là…
- C’est pas vrai !
L’infirmier aurait donné une partie de ses pulsions sexuelles pour éloigner le mec qui venait de se lever comme un fou de sa chaise.
- C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’elle fout là, elle ?
Il posa sans vraiment réfléchir – il ne réfléchissait vraiment que face à une plaie ouverte – la question bateau qui allait couler son « coup ».
- Vous la connaissez cette fille ?
- Comment si je la connais ?... C’est Cathy van der Cruyse…
- Vous allez régulièrement aux putes ?
- Non, sur les stades d’athlétisme…
L’infirmier se gratta la tête. Il ne voyait pas le rapport… Enfin, il lui sembla que ça s’éclairait, il venait de trouver une connexion…
- C’est une de vos gagneuses ?
- Ca je ne sais pas… Je viens à peine de la récupérer dans mon équipe.
- Une fille de l’Est ?
- Non, il paraît qu’elle vient des Etats-Unis et qu’elle a un gros potentiel…
- Tu m’étonnes, rétorqua l’interne en mâtant à nouveau le matériel mammaire de Cathy.
Cathy choisit fort heureusement de rouvrir les yeux avant que le quiproquo ne prenne des dimensions dignes de Feydeau. Son regard rencontra immédiatement celui de Gilbert Pierron, le directeur technique de l’équipe belge.
- Oh monsieur !... Je voulais pas, je vous jure…
- Vous ne vouliez pas quoi ? Vous fringuer comme une salope ?
- Non, non… C’est sûr que si j’avais su que j’allais vous voir, j’aurais plutôt mis mon survet… C’est pour Chopin que je voulais pas…
- C’est sûr que c’est une belle connerie que vous avez fait là…
- Mais je pensais pas que ça allait le tuer…
Là, l’infirmier se reprocha ses instincts et ses pensées. Sans l’irruption de ce monsieur, il aurait palpé les seins d’une meurtrière… Et qui sait ce qu’elle aurait fait de lui si elle s’était réveillée sous ses caresses… Il eut le temps de s’imaginer baignant dans une mare de sang, le crâne défoncé et, qui sait, les parties caractéristiques de l’homme en moins. Avec un peu de chance, le ministre de la Santé, Philippe Rouste-Glaoui, viendrait s’incliner sur sa dépouille…
- Il n’est pas mort… Qu’est-ce que vous racontez ? On l’a juste opéré en urgence pour réduire la fracture.
- Il n’est pas mort ! Il n’est pas mort ! Oh merci monsieur…
Et avant qu’il ait pu dire un mot ou effectuer un geste de défense, le carabin palpateur se retrouva avec les lèvres délicieuses de la créature sur la bouche. A suffoquer, à étouffer, à gémir.
- Vous l’avez sauvé, ajouta Cathy après avoir procédé à l’opération de séparation buccale.
- Venez donc vérifier vous-même qu’il est bien vivant, fit Gilbert Pierron… La chambre est là… Mais soyez discrète, il s’était endormi quand je l’ai laissé…
- Je ne ferai pas de bruit, monsieur Pierron… Promis…
- Je ne sais pas si c’est tout à fait normal ça, objecta l’infirmier…
- Qu’est-ce que vous voulez qu’il arrive ?... Elle jette un coup d’œil pour se rassurer. Allez-y, Cathy, moi je rentre à l’hôtel…
Cathy poussa doucement la porte de la chambre. Une veilleuse jetait une lumière jaunâtre autour du lit où reposait le champion du 100 mètres. Il avait la jambe plâtrée et soutenue par un réseau complexe de câbles et de poulies…
- J’y vais… et je reviens.

Vingt minutes plus tard, ne voyant pas la créature en vinyle ressortir de la chambre, l’infirmier jeta un œil à l’intérieur. Le spectacle qu’il y découvrit rattrapa largement la frustration de ne pas avoir touché lui-même la jeune femme. Visiblement, le champion belge du 100 mètres avait également le goût pour d’autres performances.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 21:58

Chapitre 4
Les poches sous les yeux


- Putain ! J’aurais dû m’en douter !
Plusieurs fois au cours d’une nuit agitée, Franka avait été tentée d’aller gratter à la porte de sa demi-sœur adoptive. Elle aurait bien trouvé un prétexte et Cathy aurait bien été assez naïve pour y croire.
Elle ne l’avait pas fait et maintenant les couloirs de l’hôtel Pierre Mauroy résonnaient de ses terribles imprécations.
Madame Martine fut évidemment la première victime de la fureur de Franka.
- Elle est où Cathy ?
- Qui ça ?
- Ne me prenez pas pour une andouille ! Vous savez bien de qui je veux parler…
- De la pu…
- Attention à ce que vous allez dire !...
Ce coup-ci, madame Martine ne coupa pas au P.38 sous les narines.
Il y a des gens qui n’ont peur de rien. C’était le cas de la gérante de l’hôtel. Elle regarda froidement Franka sans se laisser démonter par les deux canons qui lui écartaient les narines.
- C’est un établissement sérieux ici mademoiselle… Au printemps 1936, Léon Blum a dormi sous ce toit…
- Et en 1942 l’oberführer Müller sans doute !... Allons, vous me gonflez avec votre historique… Cathy Van der Cruyse en vaut cinq de vos Léon Blum… Où est-elle passée ?
La pression s’accrut sur les narines désormais rosacées de madame Martine.
- Elle est sortie…
- Ca je sais… Si elle était sous la douche, on l’entendrait chanter !... Quand ? Comment ? Pourquoi ?
- Quand ? Hier soir… Un quart d’heure, vingt minutes après que vous soyez montées vous coucher… Comment ?... En taxi ! Même que je tremble à la réputation que ça va me faire qu’elle soit montée devant mon hôtel…
- Mais vous ne vivez que pour ça ma parole… Votre réputation ! Réputation ! Vous savez que dans réputation il y a…
- Ne le dîtes pas… Ne me mélangez pas avec cette créature…
- Cette créature est ma demi-sœur adoptive… Et sans que je sache très bien pourquoi, j’y tiens à cette andouille !... Alors, il allait où ce taxi ? Vite… Avant que je n’écartèle définitivement votre naseau.
- Je ne sais pas…
- Ben voyons !... Vous êtes là à roder tout le temps comme une vieille chouette et vous n’auriez pas tendu l’oreille aussi énergiquement que je suis en train de tendre votre filtre à air.
- Elle a demandé à aller à…
- A l’hôpital je parie…
- Ben, pourquoi vous m’interrogez si vous le savez ?
- Parce qu’il faut toujours recouper ses intuitions…
- Ah !... Si vous pouviez éviter de recouper mes narines en même temps…
- Où il est cet hôpital ?
- Il y en a deux dans l’agglomération… L’hôpital Djémal Partoux au nord… et le CHU Hippo Condrillaque au sud…
- Merci… J’ai le choix…
- Maintenant, il y a une autre possibilité… L’hôpital Lustucru… Ca lui correspondrait mieux…
- Pourquoi ?
- L’hôpital Lustucru c’est pour les fêlés !...
- Et ça te fait rire !...
Il y eut deux grands courants d’air et madame Martine s’enrhuma pour le compte. Preuve de la maîtrise de Franka, le dentier de la gérante fut retrouvé entier… sur le radiateur.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 21:58

Ils avaient à peine dormi. Quatre heures quasi ininterrompues de gros câlins et d’activités érotiques variées.
- Je ne savais pas comment me faire pardonner, bredouilla encore penaude Cathy tandis qu’ils émergeaient ensemble d’un court moment de sommeil.
- Oh comme ça, c’était pas mal, fit avec un sourire complice Léo Chopin… Peut-être même qu’il y en avait de trop et que je vais être obligé de rendre la monnaie…
- Ah !
Lorsqu’elle ne saisissait pas quelque chose, Cathy avait une moue délicieuse. Sa bouche se tordait légèrement faisant jaillir de troublantes fossettes sur ses joues, ses yeux se noyaient dans une brume d’inquiétude et son front se plissait doucement. Ce désarroi-là aurait fait fondre un régiment entier de tortionnaires sanguinaires d’Amérique centrale.
Alors, Léo Chopin n’y résista pas… Il serra la jeune femme contre lui en lui caressant doucement les cheveux.
- Tu dois avoir faim ?
- Oh oui !...
- Ben tu m’excuseras de ne pas aller chercher les croissants…
- Ah ?! Pourquoi ?
- Parce que je ne peux pas bouger…
- Ah oui, c’est vrai… J’avais oublié… Tu crois qu’ils vont porter le petit-déjeuner pour deux ?
- Ca m’étonnerait mon cœur… Je crois même qu’il vaudrait mieux qu’on ne te trouve pas là… Et puis, il faudrait que tu te reposes un peu… Sinon tu vas dormir sur la piste…
- Ah oui, c’est vrai… La course…
- Qu’est-ce que tu prends ?
- Le matin, un chocolat…
- Non, je veux dire pour être en forme comme ça…
- Ah, tu veux dire pour l’amour… Ben en fait, comme je l’avais pas fait depuis 8 mois 13 jours et 19 heures, j’avais du retard à rattraper.
Léo Chopin ne trouva pas à s’interroger sur la précision du décompte de Cathy mais davantage sur la durée. Comment une si jolie fille pouvait-elle rester aussi longtemps sans faire l’amour ?
- Non, non, je ne parlais pas de ça non plus… Pour courir plus vite, qu’est-ce que tu prends ?
- Ben, un chocolat le matin et…
- Tu ne vas pas me dire que tu n’as pas une préparation médicale poussée…
- Oh si, l’hiver je fais des cures pour éviter les angines !...
Léo Chopin poussa un soupir énorme… Elle le déconcertait. D’habitude, les filles n’étaient pour lui que des kleenex humains. Vite prises et vite jetées… Mais là, celle-là, il avait envie de lui dire, de lui dire tout ce qu’il ne pouvait dire à personne. Simplement parce qu’elle avait ce sourire un peu las et ses traits un peu trop tirés à force d’être allée traquer le plaisir partout où il pouvait se nicher.
- Tu connais le Balkon ?
- Oui… Comme dans Roméo et Juliette, une pièce de William Shakespeare où deux familles rivales s’affrontent mais où Roméo et Juliette s’aiment d’un amour pur et intemporel…
- Moi je ne parlais pas de ce genre de Balkon là… Tiens, passe-moi ma sacoche…
Cathy se leva, marcha sur la pointe des pieds jusqu’à la tablette sur laquelle on avait déposé quelques affaires personnelles du champion.
- Il est froid ce sol…
- Donne-moi tes pieds, je vais les réchauffer.
Léo Chopin appuya sur le mécanisme qui ouvrait la sacoche de cuir beige. Il plongea sa main au fond et ramena deux tablettes de gélules rouges.
- C’est ça le Balkon ! Tiens, je te les donne… Moi je n’en ai plus besoin…
- Le Balkon, ce n’est pas cette espèce de produit dopant nouveau…
- Ah ! Je vois que tu as un peu de mémoire quand même…
- Dis, tu veux la liste des chronos de tes vingt derniers cent mètres ? Juste pour te montrer que j’en ai de la mémoire…
Sans laisser à Chopin le temps d’acquiescer ou de refuser la proposition, Cathy balança dans l’ordre chronologique les différents temps du champion au cours des derniers meetings.
- Comment tu fais ça ?
- Comment je fais quoi ?
- Retenir tous ces temps… Moi j’y arrive à peine…
- Il paraît que ça s’appelle la mémoire absolue… Mais c’est pas grave, c’est pas contagieux… Alors ce Balkon ?
- Une gélule le matin… sauf les jours de compétition… Et tu vas voir… C’est instantané… Tu pulvérises tes records…
- C’est quoi au juste ?
- Je ne sais pas… En fait, je m’en fous… Du moment que je gagne…
- C’est vrai que tu me les donnes ?
- Mais oui…
- Super ! Allez, je me sauve mon Léo… Je reviendrai te voir…
Après un court passage dans la salle de bains pour se rhabiller, Cathy plongea dans l’effervescence du couloir. On changeait les draps, on portait les petits déjeuners. Un enfant partant pour une opération hurlait qu’on voulait le tuer.
- Bon, maintenant que je l’ai ce Balkon, qu’est-ce que j’en fais ?
La logique aurait voulu qu’elle le confiât à Franka… et la mission aurait pris fin aussitôt. Oui mais Cathy c’était Cathy. Elle s’approcha du chariot de l’infirmière qui distribuait les petits déj, se servit un verre d’eau et avala une première gélule rouge.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Fév 2009 - 21:59

Franka avait mis la révolution dans l’hôpital. Avec toute la délicatesse dont elle était capable quand elle était furieuse, c’est-à-dire aucune, elle avait secoué jusqu’au directeur de l’établissement coupable à ses yeux de ne même pas être foutu de savoir ce qui s’y passait la nuit. Enfin, elle fut autorisée à pénétrer au service de surveillance, fit visionner en accéléré les dernières cassettes et put enfin pointer un doigt à l’ongle passablement rongé sur un écran en s’écriant :
- Elle est là !... Et elle s’en va !...
Le doigt n’avait pas tardé à rejoindre ses camarades pour se transformer en un poing de fer qui en s’écrasant sur la table de visionnage fit sursauter les télécommandes.
- Où elle va ? Vous avez les images de la caméra extérieure ?
Le préposé à la vidéo-surveillance désigna un moniteur. Une demi-heure plus tard, Franka prenait un taxi en direction du stadium d’athlétisme. Cathy n’était pas rentrée à l’hôtel, elle était partie s’entraîner.

- Il faut que je me fasse oublier…
C’était le leitmotiv qui dansait dans la cervelle passablement embrumée de Cathy. Elle n’avait rien oublié, et pour cause elle n’oubliait jamais rien, des événements de la veille, des cris, de la précipitation, des regards accusateurs, de la formidable bronca qui l’avait raccompagnée au vestiaire.
Elle se mit à courir seule… Du moins l’imaginait-elle car au bout de quelques secondes elle vit venir vers elle un duo d’athlètes musculeux qui effectuaient des exercices d’extension des jambes.
- Et zut !...
Elle fit demi-tour, repartit à son rythme, mais ne tarda pas à voir arriver deux gazelles plus grandes qu’elle.
- Mais c’est pas vrai… On peut pas être tranquille…
Elle refit demi-tour mais les sprinteurs surdimensionnés étaient déjà sur elle. Une subite intuition lui sauva la mise. Elle s’accroupit en tournant le dos à tout le monde et fit mine de resserrer ses lacets. Peine perdue. Elle entendit les bruits de pointes s’interrompre progressivement au lieu de s’éloigner comme elle l’escomptait.
- Euh, faut pas rester dans ton coin… On t’en veut pas pour ce qui est arrivé…
- Ah !
- Ben oui, on te connaissait pas… Mais m’sieur Pierron nous a dit que tu étais allée à l’hôpital pour voir Léo, que ça t’avait mis dans un sale état cette histoire… D’ailleurs, il pensait pas que tu serais là ce matin.
- Ah !
- Et tu sais dire autre chose que « Ah » ?
- Oui, mais ma maman elle m’a toujours dit de ne pas parler aux personnes que je connais pas…
Les deux jeunes femmes éclatèrent de rire.
- T’as raison… Alors, moi je suis Lucie Maertens… je fais du saut en hauteur…
- Et moi c’est Gilda Van Gironsterberke… mais on m’appelle Gigi… Et je fais du saut à la perche…
- Ben moi, je m’appelle Cathy… Cathy…
Cathy se mordilla nerveusement la lèvre inférieure. Son propre nom de famille ne lui revenait pas…
- Cathy Van der Cruyse, on sait… On court ensemble… Comme ça tu pourras nous dire comment c’est les universités aux Etats-Unis…
Encore troublée par sa soudaine panne de mémoire, Cathy se plaça dans la foulée des deux athlètes et se mit à tourner, tourner, tourner sans fin sur la piste synthétique. Bon sang, elle s’appelait Cathy Van der Cruyse… Ca ne s’oubliait pas un nom pareil…
- En tous cas, son Balkon à l’autre il ne me fait pas courir plus vite…
- Quoi ?
- Non rien !... Bon, excusez-moi, faut que j‘accélère un peu…
Cathy venait d’apercevoir à l’autre bout du stade la silhouette nerveuse d’une jeune femme brune en blouson de cuir.
Franka !
- Si elle m’attrape, elle va me tuer !...
Cathy allongea la foulée, sema ses camarades d’entraînement et partit se planquer derrière le sautoir de la perche.
- Là, elle ne me trouvera pas…
Dix minutes plus tard, Cathy dormait paisiblement la tête appuyée contre l’épais tapis bleu de réception. C’est dans cette position que Franka la retrouva.
- Pauvre conne, murmura-t-elle !... Je devrais te faire la peau, tu sais… Allez, dors !... Mais c’est fini, je ne quitte plus des yeux jusqu’à ta course de ce soir.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 13:17

Chapitre 5
Le trou du souffleur


L’accueil à l’hôtel Pierre Mauroy fut d’une froideur telle qu’on aurait pu voir des pingouins sortir de derrière les radiateurs. Madame Martine n’était pas là – il fallait bien qu’elle dorme… ou qu’elle recolle les morceaux de sa mâchoire traumatisée par la double gifle infligée par Franka – et elle était remplacée par la patronne de jour, madame Ségo.
Madame Ségo avait des airs de vierge pas effarouchée. Elle était en train de parler de fraternité à un client lorsque Cathy, toujours somnolente, et Franka entrèrent. La consigne avait été passée d’une patronne à l’autre car, abandonnant son client, madame Ségo se dressa devant les deux agentes belges.
- Vos bagages sont là. Vous les prenez et vous dégagez ! Vous dé – ga – gez !
- Ca fait plaisir d’être reçues comme ça ! maugréa Franka. Il y a pas à dire, vous faîtes dans le social, vous.
- Oui, on fait dans le social ici… Mais pas avec n’importe qui. Les gens qui ne veulent pas participer à la bonne ambiance de cet établissement, ils n’ont qu’à se – cas – ser !
Il était impossible de discuter avec madame Ségo, Franka le comprit très vite. Cette façon de scander les mots, cette drôle de lumière autour de sa tête, avaient quelque chose de profondément irritant. Si elle avait été seule, Franka aurait dégainé son P.38 Lightning et fourré l’engin dans la bouche de l’hôtelière histoire de la faire taire. Mais il y avait le client ! Un client qui pouvait être un témoin à charge ensuite ! Fallait pas jouer à ce jeu-là en territoire étranger. Un procès en France et la carrière des deux agentes étaient foutues. Sans compter tous les problèmes diplomatiques… Bref, il valait mieux s’en aller sans demander son reste. Ni l’addition d’ailleurs…

L’hôtel à l’enseigne du Chti quinquin était situé pratiquement en face de l’hôtel Pierre Mauroy. C’était un simple deux étoiles sans le confort moderne à tous les étages. Les toilettes étaient dans la chambre mais le papier toilette était à récupérer sur le palier. La douche était à la place du lit et le matelas avait été collé au mur dans la salle de bains.
- C’est quoi ce binzz ? demanda Franka à la femme de chambre qui leur fit visiter.
- Oh vous savez, je ne me pose plus de questions. Depuis qu’on a changé de direction, tout part à vau-l’eau. Ils nous auraient mis les lits au plafond que ça m’aurait pas étonné.
- Ca aurait été normal après un changement de direction, intervint Cathy.
Franka ouvrit de grands yeux étonnés. Cathy venait de faire un jeu de mot ! Pas un jeu de mot direct, bien sûr, mais elle avait associé deux expressions ensemble. C’était un exercice hautement intellectuel, le genre de truc qui ne cadrait pas avec l’habituel langage de cruche magnifique de la jeune femme.
Lorsque la porte se fut refermée, la plus brune des deux Belges s’adressa à sa sœur adoptive d’une manière directe.
- Cathy, tu as fumé ou quoi ?
- Fumé ? Qu’est-ce que je veux dire ? Euh non, je veux dire qu’est-ce que tu veux dire ?
- Tu as pris de la drogue ? Tu as sniffé quelque chose ?
- Ben non… Personne ne m’en a proposé alors j’ai pas pu en prendre.
Bon, ça au moins c’était du Cathy dans le texte ! Franka laissa retomber son enquête. Le jeu de mot relevait peut-être tout bêtement du hasard… A vrai dire, elle doutait de plus en plus de l’avoir vraiment entendu. Elle était trop sur les nerfs depuis ce matin !
- On fait quoi maintenant ? demanda Cathy.
- On va commencer par aller manger quelque part et puis après tu feras une sieste.
- Une sieste ?! Mais j’ai dormi toute la matinée…
- Avant une compétition, les sportifs font toujours une sieste. Ne me demande pas pourquoi, c’est comme ça !
- Mais si j’ai pas sommeil ?
- Je te chanterai une berceuse… Bon, en attendant, aide-moi à replacer ce foutu matelas dans la chambre !

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 13:18

Le restaurant au cœur de Lille répondait au doux nom de Que des salades !. C’était un établissement végétarien qui, à l’approche de l’été, ne manquait pas d’accueillir une clientèle de jeunes femmes à bourrelets. Le reste du temps, on y trouvait toujours de la place tandis que le fast-food en face ne désemplissait pas.
- C’est comme ça, on n’y peut rien ! soupira le patron. C’est le culte de l’apparence.
- Le cul de qui ? demanda Cathy.
- Je disais que c’était le culte de l’apparence.
- Mais c’est quoi un appât rance ? Un sein qui ne se tient plus ?
- Excusez ma sœur, monsieur, intervint Franka. Je crois qu’elle a pris un coup sur la tête ce matin et qu’elle a oublié de se soigner depuis… Ce sera deux salades composées classiques avec eau minérale.
- C’est toujours bien de voir des jeunes femmes qui prennent soin de leur corps tout au long de l’année, moralisa le patron.
- Si certaines pouvaient aussi prendre soin de leur cervelle, ça ne serait pas plus mal, ajouta Franka en plongeant son regard noir dans les yeux clairs de Cathy.
Le patron s’envola avec pour seules ailes les deux cartes qu’il venait de récupérer. Cela ne mena donc pas bien loin. Juste derrière son comptoir qui faisait office de cuisine.
- Cathy, tu es insupportable ! C’est quoi ces jeux de mots vaseux que tu nous sors maintenant ?
- Mais je sais pas… J’ai fait un jeu de mots ?
- Deux même ! Et si le premier était plutôt malin, le second était nul. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ?
- Je sais pas… Je crois que j’ai le trac…
- Le trac ? Pourquoi tu aurais le trac ? Parce que tu vas faire une course de demi-fond ce soir ?
- Oui… Je vais porter les couleurs du drapeau sur ma peau, quel pot !
Franka préféra ne pas relever ce qui pouvait bien, si ses souvenirs scolaires étaient encore exacts, relever d’une simple allitération. Mais cette allitération montrait à l’évidence une certaine altération dans la tête de Cathy.
- Ecoute, la course n’a pas d’importance… Peut-être que ça te tient à cœur, mais ce que nous devons faire avant tout c’est trouver ce fameux Balkon. Tu n’as entendu parler de rien ?
- De rien ! mentit Cathy. De toutes façons, ils sont tous méchants avec moi et ils ne me parlent pas… Alors…
- On voit bien que c’est une idée à Pluchard l’organisation de cette mission.
- Qu’est-ce qu’elle a cette mission ? fit Cathy en montant le volume de son organe vocal.
Fort heureusement, il n’y avait toujours personne dans la salle ; l’énervement de Cathy ne prêta pas à conséquence.
- Il y a que si j’y étais allée, j’aurais déjà tiré des infos des athlètes de l’équipe belge. Si ce Balkon est aussi répandu qu’on le dit, ça ne doit pas manquer dans le vestiaire. J’aurais fouillé des sacs.
- Tu veux que j’aille fouiller dans leurs sacs ?
- Non, j’ai pas dit ça. J’aurais pu le faire mais toi tu en serais incapable. Tu es incapable de ranger les choses correctement. Même un aveugle verrait qu’on a touché à ses affaires.
- Tu sous-entends que si je mets à sac un sac c’est le souk ?
Et merde ! Elle recommençait !
Franka porta la main à son téléphone portable. Au diable la distance et les vacances du colonel de Roncevaux ! La détérioration de l’état de santé mentale de Cathy méritait un rapport immédiat. Sans même regarder l’écran du téléphone, Franka commença à composer le numéro de son père adoptif. Elle laisserait le portable allumé et il entendrait tout.Après, il jugerait de la meilleur manière d’agir. A son avis, ça sentait le retour précipité !
- Ecoute, Cathy ! Il y a quelque chose qui ne va pas chez toi aujourd’hui. Alors tu vas me dire ce que c’est !
- Mais tout va bien, je te dis ! Je suis en pleine forme… Je suis sûre que je vais faire un super temps ce soir et que je vais battre le record de Belgique.
- Finis déjà la course, ça sera bien…
- Je suis venue pour gagner ! hurla Cathy. Pour gagner ! Tu entends ?…
Un couple de quinquagénaires qui entrait à ce moment-là dans la saladerie prit peur devant cette violence verbale et préféra faire demi-tour. Le patron leva les bras au ciel en constatant cette perte de recette. Perte qui se trouva accrue par le fait qu’en levant les bras, il laissa choir les deux salades qu’il portait à Cathy et Franka.
- Et en plus, il y a l’autre cruche qui décompose ses salades ! fit Cathy toujours sur le même ton.
- Calme-toi, Cathy, fit Franka d’une voix qu’elle trouva étonnamment posée au regard de ce qui bouillonnait en elle… Excusez ma sœur, patron. Je crois que ce n’est pas un simple coup sur la tête qu’elle a pris ce matin mais au moins une tour de 15 étages qui lui est tombée dessus… Vous nous remettez deux salades composées classiques avec eau minérale, et ça ira très bien comme ça..
Le patron se demanda s’il était bien prudent de rester près du volcan blond en éruption le temps de ramasser les débris des assiettes et les restes salis et souillés des deux salades composées. Coup d’œil à droite ! Coup d’œil à gauche ! Ni vu, ni connu, il fit glisser du revers du pied l’ensemble sous une des tables de la salle et dégagea sans demander son reste.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 13:19

- Reprenons, dit Franka lorsque le patron eut regagné son abri, tu fais des jeux de mots complètement vaseux, ce qui veut dire que dans ton cerveau les infos ne circulent plus comme elles le faisaient avant.
- Et alors, ça t’emmerde ?
- Non, ça m’inquiète. Donc, je te repose la même question que tout à l’heure dans la chambre, est-ce que tu as touché à une drogue quelconque ?
- Alors, il paraîtrait que je dis n’importe quoi… Mais toi ça te gêne pas de me poser deux fois la même question !
- Tu réponds, Cathy !… S’il te plait !
- J’ai rien pris, je te dis !
- Je ne te crois pas !
- J’ai rien pris !
- Alors, dis-moi ce que tu as fait cette nuit, bordel !
Là, c’était sorti tout seul ! Si l’escalade continuait ainsi, le patron allait devoir enfiler une armure avant de venir servir. Les coups risquaient de voler. Franka prit encore une fois sur elle et baissa la voix. Sa main se crispait de plus en plus sur le téléphone portable.
- S’il te plait, Cathy… Je ne vais pas t’engueuler, je te promets… Tu es adulte, tu fais ce que tu veux… Mais puisqu’on est sœurs maintenant, on doit tout pouvoir se dire, non ?
- Tu vas pas me gueuler dessus, tu promets ?
- Je promets.
- Croix de bois, croix de fer…
- Oui, oui…
- Ben alors, voilà… Comme j’arrivais pas à dormir, je suis allée à l’hôpital et là…
- Et là, fit Franka en essayant de ne pas trahir dans sa voix le sentiment qu’elle allait entendre quelque chose d’énorme.
- Je me suis fait tringler par Léo Chopin.
Entre la colère et la honte, Franka ne savait plus quel sentiment devait l’envahir. Même en ayant appuyé rapidement sur le bouton off de son téléphone portable, elle ne doutait pas qu’après un rapide voyage dans l’espace la confession de Cathy soit bien arrivée dans les îles du Pacifique où roucoulaient Roland de Roncevaux et son épouse.
- Bon, ok, on arrête… On ne parle plus de tout ça. On verra à l’hôtel… Bon, elles viennent ces salades ?

Durant toute la demi-heure qui suivit, Franka ignora la vibration désagréable dans sa poche. A ne pas en douter, Roland de Roncevaux cherchait à la joindre. Ce n’était pas les meilleurs conditions pour se concentrer sur les problèmes qui venaient battre et rebattre son esprit.
Si elle imaginait bien que Cathy n’avait pas menti quant à ses activités nocturnes – sa demi-sœur n’avait aucune idée des limites d’une sexualité « normale » - elle ne croyait absolument pas à ses affirmations quant à la drogue. Il s’était passé quelque chose au cours de la nuit. Quelque chose qui expliquait cette Cathy nouvelle. Jouant avec les mots et leurs sonorités au lieu de balancer des phrases terriblement creuses ou naïves. Agressive lorsqu’on la bousculait au lieu d’être submergée par l’émotion et la peur d’avoir mal fait. Et même, à bien y réfléchir, habillée avec un poil moins d’exubérance qu’à l’habitude.
C’était une autre Cathy qu’elle avait en face d’elle. Moins fofolle, moins décérébrée. Moins…
- Dis, Cathy, fit-elle soudain tout en dégustant sa crème brûlée à la scarole, j’ai un trou là. C’est qui qui détient le record du monde du 100 mètres déjà ?
- Ben, Usain Bolt depuis les Jeux Olympiques de Pékin.
- Oui, mais avec quel temps ?
- Euh… Je crois qu’il faisait plutôt beau.
Là, c’était indubitable ! Cathy n’était plus Cathy ! Deux jours avant, elle aurait balancé 9 secondes 69 sans même faire d’effort. Elle l’avait lu dans le journal donc c’était quelque part dans sa tête. Archivé dans sa prodigieuse mémoire. Là, elle avait botté en touche par une astuce de langage. Il y avait un gros trou dans la tête de Cathy.
Et ça c’était tout sauf normal.
Franka se rendit compte alors à quel point elle aimait Cathy telle qu’elle était.
Avant !

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 17:24

Chapitre 6
Les œufs sur le plat


A l’hôtel du Chti Quinquin, il fallut que Franka prenne à nouveau en main l’organisation des choses. On lui avait donné une clé qui ne correspondait pas à la serrure de la chambre 19. Elle descendit donc à l’accueil où elle dut maltraiter pendant deux minutes la sonnette pour qu’une pâle figure fit son apparition.
- Ce n’est pas la clé de la salle 19 ! dit-elle avec dans la voix et les gestes l’énervement trop longtemps contenu et qui manquait à son décor.
- Ah, c’est pourtant ce qui est écrit dessus, répondit de manière lymphatique la personne de l’accueil.
Peut-on au vrai décrire cette personne ? Sans doute mais ce serait au risque d’ennuyer le lecteur. Un visage quelconque, des traits inexpressifs, une voix blanche, des vêtements passe-partout, la réceptionniste de l’après-midi au Chti Quinquin semblait avoir gagné le premier prix au concours de Miss Inexpression. C’était le genre de personne à qui le plus doux des clients aurait volontiers filé deux paires de claques avant, faute de résultat, de sortir les électrodes et d’essayer la gégéne. On imagine sans peine ce que cette mollesse pouvait produire comme effet sur une créature aussi compulsive et énergique que Franka.
- Ecoutez ! La clé ne rentre même pas dans la serrure. C’est quand même qu’il doit y avoir une erreur quelque part.
- C’est pas une erreur… On a re-numéroté les chambres ce matin.
Il avait fallu 20 secondes pour que ces deux minuscules phrases naissent sur les lèvres de la réceptionniste. Franka bouillait comme un vieux fond de lait oublié sur le gaz.
- Ce matin ?! Voyez-vous ça ! Et pourquoi a-t-on re-numéroté les chambres ce matin ?
- Parce qu’on a changé de direction.
- Encore ?! s’exclama Franka.
- Oui.
Là où on aurait attendu de n’importe quel être normalement constitué une réponse consistante et réfléchie, la réceptionniste s’était contentée de ce « oui » qui plongea Franka dans une fureur totale. Comme il n’y avait personne, elle dégaina son fameux P.38 Lightning, prit la réceptionniste par l’oreille et la plaqua contre son comptoir le flingue sur la tempe.
- Bon, maintenant, tu vas te dépêcher de me dire quel est le nouveau numéro de ma chambre. J’ai une athlète à soigner et à coucher, moi ! Et puis je n’ai pas que ça à faire, bordel ! Alors, tu te remues les miches !
Nul doute que la Faculté de médecine aurait désapprouvé cette manière de faire dans la lutte contre l’indolence. On aurait sans doute d’abord prescrit des analyses superficielles, puis plus approfondies, de la kinésithérapie cérébrale, voire même des stages d’intoxication à la caféine et aux boissons énergisantes. Il n’empêche que les résultats de Franka furent on ne peut plus spectaculaires. Dans la nouvelle posture qui était désormais la sienne, la réceptionniste se mua en moulin à paroles.
- L’inversion a été faite sur la base et le calcul suivant. Il y a 24 chambres dans l’hôtel. Donc, la 1 est devenue la 24 et la 24 est devenue la 1. Ce qui veut dire que pour la chambre numéro 19, le nouveau numéro est… Je calcule… Si j’ai 1 pour 24 et 24 pour 1, c’est qu’il faut prendre en compte le chiffre 25 et effectuer une soustraction. Je prends 25 et je lui enlève l’ancien numéro de chambre pour obtenir le nouveau. Donc 25-19… Ca fait 6 ! La 6 ! C’est la 6 !
- Voilà ! On y arrive !
Mais la réceptionniste, maintenant qu’elle était lancée, ne s’arrêtait plus et commençait à rattraper des semaines de questions en retard.
- Quant à savoir pourquoi on change sans arrêt de direction, c’est parce que nous sommes placés en face de l’hôtel Pierre Mauroy et que les patronnes en face, elles ont des vues sur ici pour s’agrandir. Alors, elles font peur aux nouveaux patrons ce qui les amènent à vendre très rapidement.
- Tiens, tiens ! Et elles leur font peur comment ?
- Je sais pas… Moi jusqu’à maintenant, je n’avais jamais eu peur.
- Tu m’étonnes ! De quoi ça pourrait avoir peur un tas de gélatine ?… Bon, allez, file-moi la clé de la chambre 6.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 17:25

Le premier réflexe de Franka, en entrant dans la chambre 19 rebaptisée 6 le matin même, fut d’aller faire un tour jusqu’à la fenêtre. Elle jeta un œil rapide mais insistant dans la rue, et surtout sur le trottoir d’en face.
- Elles sont bien là les deux pies ! A regarder ce qui se passe en face. Sans doute pour récupérer illico presto les clients qui auraient décidé de déserter le Chti quinquin. C’est pas clair cette histoire ! Pas clair du tout !
- Quelles pies ? demanda Cathy.
- T’occupes pas de ça… Toi tu vas dormir ! commanda Franka.
- Mais j’ai pas sommeil !
- Tu vas te relaxer et ça va venir tout seul.
- J’arrive pas à me relaxer, Franka… Là je sais pas, je pense à plein de choses.
- Tu penses, toi ?
- Oui. Là, je pense…
- Je crois que cette journée restera marquée d’une pierre blanche alors. Puisque tu es capable de penser par toi-même, tu vas pouvoir gérer ton endormissement sans moi.
- Tu m’avais dit que tu me chanterais une berceuse.
- Tu as vu le temps ?
Franka montrait le soleil agréable qui irradiait l’agglomération nordiste. Un temps pareil ‘était suffisamment rare pour être protégé.
- 9 secondes 69 centièmes, fit Cathy.
- Quoi ?
- Le temps d’Usain Bolt, c’est 9 secondes 69 centièmes.
- Cathy, je t’ai posée la question il y a un quart d’heure.
- Mais il y a un quart d’heure, je ne me souvenais plus de la réponse.
- Ce qui n’est pas normal, tu le comprends bien.
- Mais c’est de ta faute aussi avec ton régime alimentaire à base de salades… Faut que je mange, moi pour m’entretenir l’esprit… Moi là, j’ai envie d’œufs au plat.
- Tu as des envies d’œufs au plat ?
- Oui, répondit Cathy avec l’air le plus buté qu’elle avait de disponible en magasin.
- O.K. soupira Franka, je m’occupe de te ramener ça pour ton réveil.

Cathy savait à l’occasion avoir recours à des ruses de sioux, des vieux trucs issus de l’enfance. Elle se coucha sur le matelas posé à même le sol, ferma progressivement les yeux et laissa sa respiration se ralentir. Au bout de deux minutes, Franka eut l’illusion que sa demi-sœur s’était endormie. Il s’en fallut même de peu qu’elle allât lui déposer un baiser sur le front.
- Allons, bon, la sensiblerie me gagne, rouspéta-t-elle dans sa barbe. Faut que j’aille me dérouiller l’esprit sur le terrain.
Dès qu’elle entendit la porte se refermer et la clé tourner dans la serrure, Cathy se redressa sur le lit. Elle n’avait pas envie de dormir et elle ne dormirait pas. Il y avait quelque chose qui lui trottait dans la tête. Quelque chose de nouveau et de foncièrement agréable. Mais elle ,ne savait pas ce que cela pouvait être.
Que pouvait-elle faire pour occuper les trois heures qui la séparait de l’heure de se présenter au stade ?
Elle aurait pu allumer la télévision… SI la chambre avait eu une télévision.
Elle aurait pu prendre une douche pour se calmer… Mais la douche étant dans la chambre et le robinet dans la salle de bains, ça ne lui paraissait pas possible.
Elle aurait pu aller faire un tour à l’hôpital pour prendre des nouvelles de Léo Chopin. En plus, elle aimait bien la manière qu’il avait eu de l’accueillir, il lui avait donné bien plus que de simples pastilles rouges. Il lui avait donné plein de bonnes sensations. Et elle aimait ça ! Oui, mais Franka l’avait enfermée dans la chambre. Maudite Franka ! Quand est-ce qu’elle la considérerait comme une adulte ?
Cathy sentit monter en elle la rage. Puisqu’on l’avait enfermée, elle allait sortir quand même ! Par la fenêtre ! Ce ne serait pas la première fois qu’elle aurait recours à de telles acrobaties. On n’était qu’au deuxième étage après tout et elle s’était déjà promenée à des altitudes bien plus élevées.
Sauf que quand elle ouvrit la fenêtre et qu’elle sentit un petit vent léger lui taquiner le nez, Cathy se recula vivement en arrière. Une sorte de tremblement inconnu venait de la saisir. Elle fit une nouvelle tentative, passa le nez à la fenêtre, risqua un regard vers la rue. Et là, tout se mit à tourner inexplicablement.
- C’est quoi ce truc ? marmonna-t-elle.
Ce truc c’était le vertige. Une sensation qu’elle n’avait jamais connue auparavant.
Cathy referma la fenêtre, se précipita sur son sac, fouilla à l’intérieur avec une énergie décuplée par l’envie de comprendre et se saisit enfin, entre poudrier et vieil agenda dépassé, de la plaquette de gélules rouges.
- Ce truc aurait donc des effets sur moi, dit-elle ? Avec un peu de chance, ça fait aussi dormir. Je vais pas rester trois heures à m’emmerder quand même.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 17:26

A peine arrivée dans la rue, Franka dégaina son téléphone portable.
- Vous avez 53 messages ! lui annonça fièrement la voix synthétique dans le haut-parleur.
Franka haussa les épaules. 53 messages ! Même si le colonel de Roncevaux était inquiet après la discussion intervenue à la saladerie, il n’y avait pas de raison d’appeler 53 fois !
A la grande surprise de Franka, le premier appel ne venait pas de son père adoptif mais du capitaine Célestin Pluchard.
- C’est quoi ce truc que vous m’avez fait entendre ? hurlait-il. Ca n’avait ni queue, ni tête ! J’attends des explications immédiatement. J’ai autre chose à faire qu’à subir vos blagues de potaches !
Un coup d’œil rapide permit à Franka de constater que les 52 autres messages venaient en fait du capitaine Pluchard.
- Pour quelqu’un qui a soi-disant autre chose à faire, il est vraiment sur le coup, soupira-t-elle.
Un sondage au hasard dans la liste des appels lui permit de constater que son patron provisoire avait de la suite dans les idées et la volonté d’être obéi sur le champ.
- 14h24 : J’attends toujours votre appel !
Le message suivant disait très simplement et directement.
- 14h 26 : Toujours rien !
- Bon, se désola Franka, j’ai fait une boulette. J’ai appelé papa au bureau en oubliant que c’était la Pluche qui y était et que la communication ne serait pas transmise automatiquement jusqu’en Polynésie. Et j’en fait quoi maintenant de cette boulette ?
L’irrésolution n’étant pas dans la nature profonde de Franka, elle se mit à farfouiller dans les entrailles du menu de son portable, effaça les 53 messages et plaça le numéro de Pluchard sur sa liste rouge.
- Enfin libre ! soupira-t-elle en constatant que le téléphone bloquait le nouvel appel. Maintenant, il faut que je me débrouille pour trouver un spécialiste en neurologie. Et vite !… En fonction de ce qu’il me dira, je pourrais décider de la suite à donner à la mission… Ah oui, et il faudra aussi que je ramène des œufs au plat pour Cathy…
Dans la tête de Franka, la chose était on ne peut plus claire. La santé de Cathy passait avant la réussite de la mission.
C’était le genre de nouveauté que son esprit avait du mal à encaisser.

Au Stadium Nord, la compétition du tournoi Pythagore s’était ouverte en début d’après-midi par les concours. Comme ça ne passionnait pas grande monde, on les plaçait là dans le programme.
Le lancer du javelot féminin avait été remporté par l’Italienne Giulia Pizzanetta et la première Belge, Léontine Van Quedébroutille, n’avait pris que la cinquième place.
- Ca part mal, avait dit sobrement Gilbert Pierron le directeur technique de l’équipe belge.
Au concours de saut à la perche, Gilda Van Gironsterberke avait cassé sa perche au dernier essai à 4m17. Zéro pointé alors qu’elle pouvait ambitionner au moins la 3è place du concours.
- C’est vraiment pas de chance, avait lâché fataliste Gilbert Pierron.
Chez les hommes, on attendait le lanceur de poids Luc Nomuaebsaptseil. Et on l’attendait toujours à la fin du concours. Alors qu’il détenait la deuxième performance européenne de l’année, il ne s’était pas présenté pour l’épreuve.
- C’est une faute professionnelle ou je ne m’y connais pas, avait tranché Gilbert Pierron. On ne le sélectionnera plus.
Enfin, au triple saut, le jeune espoir belge, Gil Berdaniel, avait été surclassé par les deux Français et les deux Italiens.
- Il a encore une belle marge de progression devant lui, avait concédé Gilbert Pierron. Surtout s’il se décide à faire le troisième saut.
Bref, à 16h52, la Belgique était mal partie pointant avec une superbe efficacité à la dernière place de la confrontation triangulaire.
La première course de la journée était le 200 mètres féminin. La Française venue des îles, Gladys Toutéfermé, détenait la meilleure performance des participantes devant sa compatriote venue des îles également Aglaé Esidony. La jeune Belge engagée au couloir n°2, Albertine-Ulla Van Retrouvé, avait jusque là des temps modestes à faire valoir. Ce n’était pas là que les Belges pouvaient espérer quelque chose de réconfortant.
Au coup de pistolet du starter, Albertine-Ulla bascula en avant à la limite du faux départ. Sa foulée s’allongea d’une manière quasi féline. Elle grignotait, grignotait de l’avance, foulée après foulée. A 100 mètres du but, elle avait déjà rattrapé son retard sur la première Française qui la précédait. Elle avait course gagnée… Et le chrono ! Le chrono s’affolait soudain ! L’instant était admirable. On retenait son souffle dans le Stadium Nord. L’exploit était là ! L’événement allait frapper aux portes de l’Histoire du sport.
Et ce fut le drame ! Albertine-Ulla Van Retrouvé se cabra soudain comme si elle avait heurté un mur invisible, sembla rebondir et partir en arrière, une main posée sur sa cuisse.
- Ah là là ! Elle a été foudroyée comme un lapin en plein vol ! s’exclama Roland Thierry qu’on avait sorti de la naphtaline pour commenter cette rencontre triangulaire sur les antennes de Channel 27.
- Là c’est vraiment pas de chance, avoua tristement Gilbert Pierron. Nous sommes maudits !

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 21:23

Chapitre 7
Il y a quelqu’un derrière


Retourner au CHU de Lille apparut à Franka la meilleure des solutions. Là-bas, elle était connue. Oh bien sûr, pas sous ses meilleurs côtés ! Mais les portes s’ouvriraient plus vite si elle y retournait. Dès qu’elle apparaîtrait sur les écrans de la salle de vidéosurveillance, on lui mettrait en place un comité d’accueil. Amical ou pas, elle s’en foutait à vrai dire.

Au Stadium de Villeneuve-d’Ascq, la déconfiture continuait à frapper les rangs de l’équipe belge. Cela prenait des proportions impensables. La Bérézina était à côté de ce que vivait le directeur technique de l’athlétisme belge une joyeuse partie de campagne. Le dernier événement en date était proprement incroyable. La lanceuse de poids féminin Birgit Hoffenmeister, bonne spécialiste reconnue dans sa discipline autant que dans son quartier, avait balancé l’engin à plus de 23 mètres. Sauf que, dans sa rotation, elle avait quelque peu perdu le sens de l’orientation et le poids était retombé vingt-trois mètres plus loin sur le pied du lanceur de javelot Oscar Van Shpountz au moment où celui-ci cabrait son bras pour le lancer. Déséquilibré, il avait lâché précipitamment la longue tige métallique qui était venue épingler tel un vulgaire papillon le coureur de 10 000 mètres Fred Héomar en plein échauffement. Plus de peur que de mal heureusement mais dans les trois disciplines, c’était un nouveau zéro pointé pour l’athlétisme nationale. Gilbert Pierron, avec son grand sens de la distanciation, avait juste lâché à la presse.
- Si on n’avait pas fait pire, vous l’auriez à peine remarqué.

La professeure – elle tenait au féminin – Gisèle Morchouin était en apparence une grande fofolle. Sous sa blouse blanche sévère, on devinait des vêtements de couleurs vives, ses cheveux partaient dans tous les sens, son maquillage tenait plus du déguisement que de l’esthétisme. Cependant, quand elle se mettait à parler, elle avait une voix douce et posée qui ne manqua pas d’agir sur la nervosité accrue de Franka (il avait fallu jouer du poing pour obtenir cet entretien sans rendez-vous).
- Le cas que vous me soumettez est très intéressant, fit la professeure. Nous avons manifestement là quelqu’un qui est victime d’hallucinations.
- Pardon ?
- Oui, vous avez bien entendu… D’hallucinations.
- Comme quand on croit voir des fantômes ou des palmiers dans le désert. Des trucs comme ça ?
- Pas exactement. On appelle hallucination toute altération d’un ou de plusieurs sens humains. Dans le cas précis, votre sœur souffre de quelque chose qui, en altérant ses fonctions cérébrales, l’amène à un déphasage de ses réactions et de sa perception de la réalité. Certains voient des éléphants roses, elle elle ne perçoit plus le réel de la même manière qu’avant.
- Et qu’est-ce qui provoque ces hallucinations ? Une drogue quelconque ?
- Il faudrait pouvoir procéder à des analyses pour le savoir.
- Le problème c’est que je ne peux pas vous l’amener maintenant… Mais ce soir, ce serait possible ?
- Ce soir, je pars en week-end. Mais on n’a pas besoin de moi pour faire ces tests. Je vous prescris l’ensemble et vous venez les faire tranquillement demain matin. Je vous fais réserver une chambre.
- Vous êtes vraiment très aimable.
- On a rarement l’habitude de cas comme le vôtre. Se faire braquer tout le secrétariat pour avoir un rendez-vous, ce n’est pas commun.
- Si ça peut vous rassurer, j’ai déjà détourné un train à grande vitesse.
- Vous ne comptez pas recommencer aujourd’hui j’espère… Je vais passer le week-end à un symposium à Lyon.
- Rien n’est jamais prévu dans ma profession, madame… Mais je vous promets d’éviter de m’en prendre à un TGV de cette direction-là… Pour en revenir à l’affaire de ma sœur Cathy, selon vous, cela ne peut donc pas être une évolution naturelle de sa santé mentale.
- Rassurez-vous. Sur la description que vous m’en avez fait, je suis affirmative. Il y a quelqu’un derrière tout ça. Une personne qui a drogué votre sœur à son insu. La substance en question semble avoir des effets inverseurs. Elle fait régresser les points forts et stimulent les points faibles. Je suis sûr que mes collègues chimistes seraient heureux d’étudier cette molécule.
- Je vous remercie, madame le professeur.
- La !
- Quoi là ?
- La professeure !
- Oh oui, pardon !

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 21:23

Franka imagina quelques instants qu’elle allait pouvoir aller chatouiller le fameux Léo Chopin pour qu’il confirme l’alibi nocturne de Cathy. Un regard à sa montre lui indiqua qu’elle n’en aurait pas le temps. Il fallait aller tirer Cathy la marmotte des bras de Morphée pour être à 17h30 au Stadium, la course du 1500 m se déroulant à 21 heures.
- Tu me diras tout, Cathy, siffla Franka entre ses dents. Cette drogue, tu l’as bien avalée quelque part. Et quelque chose me dit que c’est du Balkon !

Au départ du 200 mètres, le couloir vide de Léo Chopin était comme un boulevard ouvert à la désespérance des couleurs noire, jaune et rouge. Au milieu de la débâcle, l’absence du leader de l’équipe sonnait comme un ultime signe d’une déconfiture annoncée désormais à grands coups de trompettes. Régulièrement, les deux Français et les deux Italiens se tiraient la bourre pour la victoire tandis que les Belges entraient en compétition seulement pour les deux dernières places.
- Je crois que je vais remettre immédiatement ma démission au ministre des Sports et du temps pas occupé, se lamentait Gilbert Pierron en « off » une fois que les lumières des caméras s’étaient éteintes.
- C’est la faute à pas de chance, lâcha une jolie journaliste.
- Pas de chance, je le connais pas, répliqua Gilbert Pierron. Mais vous, si vous avez envie de me remonter le moral, je vous attends dans les vestiaires.
La phrase ne choqua même pas. On savait le patron de l’athlétisme amateur de jolies filles et de grosses cylindrées… Certains disaient même que, faute de résultats, ils devaient surtout se contenter de grosses filles et de jolies cylindrées, ce qui n’était pas exactement la même chose. La journaliste, sans doute émue par la détresse du quinquagénaire, lui murmura quelque chose à l’oreille. On vit alors le visage de Gilbert Pierron s’éclairer. Le programme paraissait l’enchanter.

- Et mes œufs au plat alors ? grogna Cathy.
- Désolé mais dans le taxi, ils n’en avaient plus ! répondit Franka. Comment ça se fait que tu ne sois pas prête à l’heure qu’il est ?
- Tu vois bien que je me réveille à peine !
C’était vrai en plus. La gélule rouge avait clairement détendu tout le corps de Cathy laquelle avait rapidement versé dans un sommeil aussi profond que réparateur.
- Mais je me sens bien, tu sais ! C’est pas le record de Belgique que je vais battre je crois, c’est le record d’Europe.
- Calme-toi… Ramasse tes affaires. Et pour une fois, tant pis si c’est en vrac… Le taxi attend en bas… Et quelque chose me dit que la Pluche il ne sera pas disposé à rembourser tous mes frais de mission.

Louisa Barbosa n’avait pas tenu quinze jours à la tête de la rédaction des Dernières Bonnes Nouvelles de Bruxelles, le grand quotidien du milieu d’après-midi. Le DBNB se voulait un journal centré sur l’actualité souriante, les potins et la mode, bref une façon de voir l’actualité qui ne correspondait pas du tout à celle de Louisa.
- Mais Hubert Kleinmichstenberger, votre grand couturier là, c’est pas lui qui a été condamné il y a cinq ans pour proxénétisme aggravé ?
Ce genre de réflexion avait évidemment déplu à la direction laquelle tenait - par-dessus tout - à conserver de bonnes relations avec son habituel gibier. Un accord financier à l’amiable – comme on dit toujours dans ces cas-là – avait dénoué la situation. Lestée de quelques dizaines de milliers d’euros, Louisa Barbosa avait repris sa carrière de journaliste free-lance.
Qu’est-ce qui l’avait amenée à Villeneuve-d’Ascq ce vendredi après-midi ? Pas grand chose, sinon une intuition née d’une information rencontrée par hasard sur le net. L’accident survenu à Léo Chopin, le « petit Mozart du sprint » lui avait révélé sur les lieux la présence de Cathy Van der Cruyse. Or, elle connaissait bien Cathy et ses activités secrètes dans les services du même métal. Là où était Cathy, surtout si sa présence n’avait aucun sens apparent, il y avait du mystère. Et le mystère excite toujours les bons journalistes ! Or Louisa Barbosa en était une.
Murmurer deux mots de réconfort, puis deux mots doux, à Gilbert Pierron n’avait pas été le plus difficile. Il avait fallu se battre pour obtenir en urgence – et hors des limites prévues – une accréditation pour la rencontre triangulaire d’athlétisme. Quelques centaines d’euros, un culot désarmant, un peu d’embrouille et le tour avait été joué. Ni vue, ni connue, Louisa s’était mise en chasse. Elle comptait bien réussir à arracher de la gueule de Gilbert Pierron les premiers éléments pour son futur grand reportage au cœur du sport.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 15 Fév 2009 - 21:24

La porte du vestiaire de l’équipe belge était fermé à clé de l’intérieur. Cathy ne trouva pas ça très marrant. Elle se mit à tambouriner contre la porte en poussant des cris qui, sans être déchirants, avaient un certain effet sur les oreilles disposées par paires aux alentours.
- C’est pas bientôt fini ! fit un sprinter en maillot bleu, surgissant du vestiaire voisin.
- Ils veulent pas ouvrir ! cria Cathy.
- Ca, on le sait, jolie mademoiselle. Ca fait cinq minutes que vous le hurlez.
- Il faut que je me change !
- Ca aussi, on sait ! Alors, voilà ce qu’on vous propose. Vous entrez dans le vestiaire français et vous vous changez là-bas, dans les toilettes. On vous promet qu’on ne regardera pas. Comme ça, vous la bouclez et tout le monde est content.
- Me changer dans le vestiaire français ? Ca va pas ?! Je trahis pas mon pays, moi !
- Il ne s’agit pas de trahir, il s’agit de s’habiller dans le calme. Il y a des gens qui se concentrent ici. Putain de bordel de merde !!!
De guerre lasse, après avoir fini d’user ses poings sur la porte en peinture laquée verte du vestiaire, Cathy décida de suivre la proposition de l’athlète français. A peine avait-elle franchi la porte du vestiaire des Bleus qu’une main baladeuse vint scruter le fond de son pantalon de survet. Dans le mouvement, sans réfléchir, Cathy se retourna et balança son sac – lesté par tout ce qui n’aurait jamais dû s’y trouver - dans la tronche du peloteur de fesses.
- Ca va pas ?! s’écria un autre gars assis dans le vestiaire. Tu l’as assommé !
- Il avait pas à me pincer le cul.
- C’était pas méchant, fit le sprinter en se relevant péniblement, la tête fracasse et l’œil droit violacé.
- Ouais, eh bien, j’aime pas ça… Alors, je me change et je me casse. De toutes façons, vous les Français vous pensez qu’à ça !
Cathy disparut dans l’espace toilettes du vestiaire français.
- Tu sais qui c’est cette folle ? questionna le sprinter à un de ses confrères belges qui venait d’arriver lui aussi devant la porte fermée.
- Une jolie blonde bien faite, le genre miss monde avec des jambes qui n’en finissent pas et un sourire d’ange.
- A part le sourire, c’est plutôt ça… Alors tu sais qui c’est ?
- Une conne !

Faute d’accréditation, Franka avait été obligée d’abandonner Cathy devant la porte marquée « entrée des sportifs ». Bien sûr, elle aurait pu régler leur compte aux deux gros balèzes, deux blacks survitaminés dans leurs doudounes orange fluo, et pénétrer à l’intérieur. Cela lui aurait servi à quoi sinon à se faire inutilement remarquer une fois de plus. Cathy allait courir et elle, elle allait observer.
Elle préféra acheter un billet au guichet et se fondre dans la foule qui, en ce début de soirée, arrivait en plus grand nombre pour assister aux épreuves du soir. A partir de 18 heures, on passait aux choses sérieuses avec les courses les plus spectaculaires et les athlètes les plus renommés. Elle avait surtout besoin de réfléchir.
Dans le taxi, Cathy avait à nouveau nié avec la plus grande énergie s’être droguée d’une manière ou d’une autre.
- Pas de piqûre ! Pas de fumette ! avait-elle juré. Et j’ai rien bu non plus ! Que de l’eau !
Ce qui troublait Franka, c’était cette idée proférée par le… pardon… la professeure de neurologie. Il y a quelqu’un derrière. C’était évidemment une chose classique dans le domaine des narcotiques. Il y avait les utilisateurs et il y avait les fournisseurs. Si Cathy utilisait quelque chose d’illicite, ce n’était pas de sa propre initiative. Et si elle ne disait rien de son fournisseur, c’est que… C’est là que cela n’allait plus ! Cathy savait que c‘était une mission. Elle connaissait parfaitement toute l’importance de ses fonctions. Franka ne savait pas comment expliquer la chose si ce n’est par les facultés particulières de Cathy. Si Cathy agissait de manière stupide, elle parvenait toujours à saisir l’objectif à atteindre. Le but était connu, c’est le moyen de l’atteindre qui pouvait prendre des itinéraires très particuliers… Ceci étant posé et accepté, Cathy aurait donc dû lui dire, d’une manière ou d’une autre, d’où lui venaient ces troubles comportementaux. Or, elle ne disait rien… Et elle allait même jusqu’à nier l’évidence.
Quand on était une femme d’action comme Franka, la réflexion pouvait apparaître comme une activité inutile. Le tandem formé avec Cathy avait conduit Franka à se mettre à penser pour deux. Mais, là, plus elle y pensait, plus elle se disait qu’une fois la course de Cathy terminée, elle la prendrait sous son bras et l’amènerait illico à l’hosto. Ce serait aux spécialistes de scruter dans son sang de femme extraordinaire les maudits éléments qui la rendaient de plus en plus normale.

- On se connaît non ? fit Cathy en croisant la jeune femme qui sortait du vestiaire avec Gilbert Pierron.
- Je ne crois pas, mentit Louisa.
- C’est bizarre ! Il me semblait bien vous connaître pourtant… Je ne sais pas ce que j’ai… J’ai des absences en ce moment…
- Ca, on le voit, rouspéta Gilbert Pierron… Allez Cathy, file commencer ton échauffement sur le terrain annexe. Le tartan te trouve lui aussi bien absente ces derniers temps…
- C’est elle, n’est-ce pas ? questionna avec une fausse candeur Louisa une fois que Cathy se fut éloignée.
- Oui… Comme je vous le disais, cette fille c’est un vrai chat noir. Depuis qu’elle nous a rejoint, tout va de travers.
- Et qui vous a dit de la sélectionner ? Vous la connaissiez ?
- Jamais entendu parler d’elle avant hier après-midi. Elle est sortie de nulle part. Je ne sais même pas si elle court aussi vite que ce qu’on m’a dit.
- Bah, vous saurez cela d’ici quelques heures. Et, dans la situation actuelle de otre équipe nationale, cela ne peut qu’aller mieux n’est-ce pas ?… Je vous remercie encore, monsieur Pierron, pour cet entretien. C’était très instructif… Et je suis sûre que les lecteurs de mon journal auront beaucoup de plaisir à découvrir le quotidien tellement stressant d’un homme tel que vous.
- On se revoit demain après la seconde journée ? Vous vous souvenez ? Le resto ?
- C’est promis… Allez, je vous embrasse. Vous allez voir, tout va s’arranger.
- Comment vous le savez ? questionna Gilbert Pierron.
- Je le sens… Cette fille-là, votre chat noir, je sens qu’elle est vraiment capable de faire des trucs exceptionnels.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Lun 16 Fév 2009 - 23:35

Chapitre 8
Un ange passe


Dans la chambre d’appel, les regards disaient l’inverse des gestes qu’accomplissaient les mains. Les athlètes s’étreignaient ou se serraient les mains. Cathy les regardait sans vraiment les voir. Si Franka avait été là, elle n’aurait sans doute pas osé montrer ce qui était en elle. Elle avait peur ! Une peur véritable, le genre de truc qui vous paralyse.
- Si ça se trouve, je vais pas réussir à décoller de la ligne de départ, se disait-elle.
Elle voyait à cela une bonne raison. Son père, footballeur de haut niveau, avait foiré le soir de sa première sélection en équipe belge. Elle, sa fille, risquait de faire pareil. D’un autre côté, sa mère avait été hôtesse de l’air à la Sabena et décoller, forcément, ça la connaissait. Quels signes fallait-il prendre en compte ? Lesquels décideraient de l’orientation de son destin ? Elle n’en avait aucune idée et cela la tourmentait.
Une autre chose aussi la rendait nerveuse. Elle n’avait plus couru en groupe depuis longtemps. Quand elle courait c’était seule dans les sous-bois ou sur la piste en cendrée du stade Céline Dion. Certes, elles ne seraient que six en course mais cela en faisait cinq à surveiller. Comment fallait-il faire ?
Les coureurs du 400 mètres furent appelés par les commissaires. Elles se retrouvèrent entre filles. Cathy n’en connaissait aucune ou alors si elles les connaissaient, elle avait oublié et leur nom et leur visage.
- Bonjour, je suis Cathy van der Cruyse, fit-elle en claquant un double baiser sur les joues de la concurrente italienne qui était à ses côtés sur le banc.
- Ma, d’où tou sors ? Personne né té connait !
- Euh…
Grande panne de cerveau ! Cathy se souvenait bien qu’elle ne devait pas dire qui elle était vraiment, mais elle avait oublié ce qu’elle devait dire qu’elle était.
- J’ai vu de la lumière, alors je suis venue.
Ca avait jailli tout seul de sa tête et sa bouche avait accompagné le mouvement.
- Tu nous prendrais pas pour des connes des fois ? fit une des deux Françaises qui s’approcha de Cathy jusqu’à plaquer son front contre le sien.
- Sûrement pas, répondit Cathy. Il y a pas plus conne que moi ! Là vous risquez rien !
Ca détendit un peu l’atmosphère dans la chambre d’appel. Le crêpage de chignon s’en trouva retardé de quelques instants.
- Maintenant, Caterina a raison, on ne te connaît pas, on sait pas d’où tu sors… Tu es sur aucun bilan mondial ou européen. Donc, tu fais ta course loin de nous, ok ?
- Loin de vous ? Ca veut dire quoi ?
- Qu’on ne veut pas te sentir dans notre foulée… Tu souris aux caméras, tu fais des bisous à ta famille si tu veux mais à distance…
- Capice ? demanda l’Italienne.
- Ok, promis, je vous embête pas… Vous faîtes votre course et moi je fais la mienne… Ca me va très bien comme ça.
Cathy ferma les yeux. Elle pensa à son père. Elle pensa à sa mère. Ni l’un ni l’autre ne verraient sa course. Ca, au moins, c’était rassurant. Elle n’aurait pas voulu qu’ils la trouvent ridicule.

A 20h50, alors que la dernière ligne droite du 400 mètres venait à peine d’être avalée par les sprinters, le petit groupe des coureuses de demi-fond fit son apparition et gagna à pas réguliers les abords de la ligne de départ. Près de chacune d’elles, une petite fille portait un grand panier en plastique.
- C’est bizarre, se dit Cathy, ces petites filles qui vont chercher du linge à cette heure-ci et en plein stade d’athlétisme. Moi ça me viendrait pas à l’idée et pourtant je suis très conne.
Quand elle vit les deux Italiennes retirer leur veste et leur pantalon de survêtement pour les poser dans la panière, Cathy comprit qu’elle devait en faire autant. Seulement, comme elle savait qu’on la regardait à la télé, comme elle se doutait qu’on allait la reconnaître, elle ne voulut pas donner une trop mauvaise impression d’elle-même et se mit à plier consciencieusement pantalon et veste avant de les déposer dans la panière. Du coup, la commissaire chargée de coller sur sa cuisse l’autocollant portant son numéro de couloir dut patienter plus que de nécessaire.
- Vous pouvez pas vous dépêcher un peu ? finit-elle par lâcher passablement énervée. On va prendre du retard à cause de vous.
- Ok, c’est bon ! Vous l’aurez voulu… Maintenant, maman va m’engueuler quand elle verra que j’ai pas bien rangé mes affaires… Mais je lui dirai que c’était de votre faute.
Il y eut ensuite le petit cérémonial de présentation au public. Placée en quatrième position, Cathy eut le temps d’analyser ce qui se passait. Le speaker du stade lançait un nom, la fille faisait un pas en avant en agitant les bras comme un type en train de se noyer au large des côtes et ça suffisait à faire fuir le caméraman qui se déplaçait sur le côté. Autant ça avait applaudi et crié pour les deux Françaises, autant la première Italienne fut copieusement sifflée. Enfin, le speaker lança le nom de Cathy Van der Cruyse. Cathy fit tout bien comme elle avait vu les autres le faire sans recueillir de la part de l’assistance autre chose qu’une désespérante passivité. Mais comme c’était Cathy – et que l’improbable chez elle le dispute toujours à l’incongru - elle se rua sur le caméraman l’accompagnant dans son mouvement afin de le forcer à la filmer un peu plus que les autres. Enfin, après dix secondes de célébrité gagnée en plus, elle le libéra en déposant un gros bisou baveux sur l’objectif de la caméra.
- Eh bien, fit Roland Thierry, voilà une demoiselle qui sait se mettre dans la lumière.
- Tout à fait Roland, répondit son alter ego, un ancien athlète de haut niveau qui répondait au nom de Bruno Saint-Pognon.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Lun 16 Fév 2009 - 23:37

Quand elles sont entrées sur la piste, Franka a senti son rythme cardiaque s’affoler. Quand le nom de Cathy Van der Cruyse a été lancé à la foule par le speaker du stade, elle a poussé un grand cri d’encouragement. Voilà ! Ca y était ! Il y aurait sans doute un avant et un après de moment-là dans la mission.
- Vous la connaissez cette fille ou vous êtes Belge ? lui a demandé son voisin.
- Les deux !
- Moi je n’en ai jamais entendu parler de cette fille… Et pourtant, je m’intéresse…
- Alors, ouvrez les yeux… Je ne pense pas qu’elle reviendra souvent sur une piste.
- Dommage ! fit l’homme en portant une paire de jumelles à ses yeux. Elle est très jolie.
Oui, Cathy était jolie ! Le pire c’est que Franka avait fini par l’oublier. A force de vivre à ses côtés, elle avait eu tendance à laisser de côté cet aspect-là de sa demi-soeur. C’était peut-être une erreur car tout le monde ne voyait que ça… Et visiblement le Balkon n’avait aucun effet régressif en ce domaine.
Le coup de pistolet du starter la ramena à la course. Cathy avait démarré comme une bombe et avait déjà pris deux mètres sur ses concurrentes.
- Elle part toujours aussi vite ? demanda le voisin.
Franka haussa les épaules, écarta les bras pour dire qu’elle n’en savait rien. Comme aurait-elle su ? Elle n’avait jamais vu Cathy courir en compétition. Ce qu’elle savait, c’est que quand elles s’entraînaient ensemble, elle avait assez vite du mal à la suivre.
Au premier passage sur la ligne, l’avance était montée à dix mètres.
- Elle va se griller ! fit le voisin.
- C’est sûr…
A sa grande honte, Franka en était désolée. Elle aurait dû espérer une contre-performance de Cathy mais, non, là, maintenant, elle se rendait compte que secrètement elle espérait depuis le début une victoire de Cathy. Mais de la manière dont elle était partie, même si sa foulée était belle et ample, on ne pouvait pas imaginer qu’elle tienne le coup. L’arrivée était encore trop loin.
D’ailleurs, une Française et une Italienne commençaient à revenir dans sa foulée.

- D’où elles sortent ces deux-là ? se demanda Cathy. On avait dit que je faisais ma course loin d’elles. Elles font chier !
Cathy accéléra.

A un tour de l’arrivée, Cathy avait toujours une avance substantielle sur ses poursuivantes. Sa foulée s’était faite plus heurtée, ses épaules dodelinaient mais elle avançait toujours aussi vite que les cinq autres athlètes qui la suivaient. Les unes après les autres d’ailleurs, elles décrochaient. Inexorablement.
- Le temps, fit soudain le voisin en montrant son chrono manuel. Le temps !
- Quoi le temps ? s’emporta Franka
- Elle est sur les bases du record du monde…
- Vous êtes sûr ?
- Si elle maintient ce rythme, elle s’en approche… Si elle s’accélère un peu, elle le bat !
- Et merde !
Ca c’était la tuile ! Le record du monde ça voulait dire la gloire, les médias, les photos et les images partout dans le monde entier. Pour une agente des services secrets, il y avait quand même mieux.
Et puis ça voulait dire aussi que tout cela n’était pas naturel. Quelles que fussent les qualités propres de Cathy, elle n’avait ni l’entraînement, ni la science de la course pour battre un record du monde. Le Balkon c’était vraiment puissant ! Ca pouvait vous transformer une fille de niveau honnête en super championne. Et tout ce qui était puissant était dangereux.
- Elle est formidable, cette fille-là ! s’enthousiasmait Roland Thierry… Regardez-la… Elle est belle et elle vole vers la victoire.
- Oui, c’est un ange ! Un ange de la victoire ! renchérit Bruno Saint-Pognon.

A l’entrée de la dernière ligne droite, Cathy se retourna une dernière fois et vit qu’elle avait course gagnée.
- Ralentis ! Ralentis ! priait Franka. Si tu bats ce foutu record, on est dans la merde.
Elle ne voulait pas voir cela. Elle baissa les yeux.
La clameur du Stadium la força à relever la tête. 3 minutes 51 secondes et 33 centièmes disait le chronomètre officiel.
- C’est le record du monde ? demanda Franka.
- Non.
- Ouf !… C’est déjà ça !
- Record d’Europe et deuxième meilleure performance de tous les temps…
- Ah quand même !
- Dites, ma jeune dame… D’où elle sort votre copine ? Le record du monde date de 1993. Il appartient à une Chinoise dont tout le monde sait qu’elle était dopée jusqu’aux yeux. Moi j’aimerais comprendre…
- Je vous ferai signe dès que je comprendrai moi-même. Merci pour les commentaires, monsieur.

Cathy était épuisée. Elle avait mal partout. Elle se laissa tomber à genoux sur la piste et sentit à peine les tapes amicales – et désabusées – de ses adversaires.
- D’où tu sors toi, hein ? lui demanda l’autre athlète belge. On ne savait pas qu’on avait quelqu’un dans le pays qui pouvait courir aussi vite une fois.
Une fois !
Oui, elle n’aurait couru qu’une fois… Et elle en avait profité au maximum. Elle avait gagné et putain que c’était bon !
Cathy se retourna sur le dos, les bras en croix. La foule était débout dans le stade. Le speaker hurlait des choses qu’elle ne comprenait pas.
La sueur lui brûlait les yeux. Son cœur s’emballait.
Elle sombra dans le néant.

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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 17 Fév 2009 - 23:53

Chapitre 9
L’auréole

Franka, parce qu’elle s’était jetée dans les escaliers pour essayer d’aller récupérer rapidement Cathy avant que les médias ne s’en emparent, n’avait rien vu du malaise de sa demi-sœur adoptive. Elle l’apprit d’une personne qu’elle ne s’attendait pas à trouver en ces lieux.
- Louisa ? Qu’est-ce que vous fichez là ?
- Je travaille !… Comme vous, je suppose… Vous voulez voir Cathy ?
- Oui… Et ça presse !… Il faut qu’elle se tire de là en vitesse !
- Ca va être simple… Le SAMU arrive.
- C’est quoi le SAMU ? demanda Franka qui, étant Belge, ne connaissait pas tous les sigles et acronymes dont la France a le génie.
Elle comprit en voyant une ambulance, sirène hurlante, s’approcher de l’entrée des sportifs.
- Ecoutez, fit Louisa, ne paniquez pas ! Cathy s’est effondrée après la course… Je peux entrer et vous vous ne pouvez pas… On fait le même deal que la dernière fois ?
- Tout ce que vous voudrez mais il faut que je sache ce qu’a Cathy…
- Attendez, la voilà !
En effet, poussé par deux ambulanciers, le brancard sur roues sortait des entrailles du stade et se précipitait vers l’ambulance. Derrière lui, Gilbert Pierron et deux photographes qui mitraillaient la scène.
- Il faut que je monte dans cette ambulance ! fit Franka.
- Et vous allez faire comment ?
- Avec ça ! répondit Franka en sortant son pistolet de fonction.
- Mauvaise idée ! rétorqua Louisa en posant sa main sur le flingue jusqu’à le faire retourner dans sa gaine. Laissez-moi faire !
Elle planta Franka devant le grillage, franchit le portail en brandissant son accréditation et courut jusqu’à Gilbert Pierron. Franka la vit discuter avec le responsable de l’équipe de Belgique. Elle semblait bien le connaître car quelques phrases suffirent pour décider le coach à venir à la rencontre de sa compatriote angoissée.
- Ecoutez ! Elle va me rendre dingue votre copine ! Ok, elle m’a rapporté mes premiers 6 points de la journée mais ça a été aussitôt pour me faire flipper vegra comme dit mon petit-fils…
- Mais qu’est-ce qu’elle a ?
- Elle dort !
- Comment ça, elle dort ?! Louisa m’a dit qu’elle s’était effondrée après la course.
- On a cru à une attaque ou un truc comme ça… Mais non, elle dort… Comme une sorte de coma volontaire. Et personne n’arrive à la réveiller… Alors, je vais demander à ce que vous montiez dans l’ambulance parce que c’est vous son coach… Mais attendez-vous à voir rappliquer la presse. Et je suis sûr qu’elle aura les mêmes questions à vous poser que celles que je me pose. Est-ce que vous me comprenez ?
- Si vous vous posez des questions sur Cathy, monsieur, moi je m’en pose sur un certain Léo Chopin… Donc, faites gaffe à ce qui pourrait sortir de vos lèvres concernant Cathy, monsieur… Est-ce que vous me comprenez ?
L’index de Franka se mit à tambouriner sur l’écusson de la fédération d’athlétisme belge qui ornait le survêtement de Gilbert Pierron. Fallait pas essayer de la prendre de haut même quand le sujet faisait débat !
Franka rompit l’affrontement en position de force, grimpa dans l’ambulance qui démarra en aspergeant le voisinage d’éclairs lumineux et de klaxon deux tons.

- Il est arrivé quelque chose à Cathy !
- Quoi ?!
A quoi ça servait de se lever tôt pour être tranquilles et les premiers sur la plage de sable blanc si c’était pour être dérangé par un violent sursaut de son épouse ? Pas moyen de finir sa nuit tranquille… ou plutôt la commencer car la nuit, la vraie, était occupée à d’autres activités.
- Comment tu veux que je te dise ce que c’est ? répondit Claire de Roncevaux. C’est comme ça ! C’est mon cœur de mère qui parle. Je l’ai senti !
- Tu sais bien que j’avais interdit à Pluchard de mettre Cathy sur une mission pendant notre absence.
- Tu as confiance en Pluchard, toi ? C’est nouveau !
Roland de Roncevaux fouilla dans la poche secrète de son maillot de bain pour en sortir un téléphone portable miniaturisé waterproof. Il lui fallut une bonne minute pour orienter l’appareil dans la direction du satellite militaire ultrasecret belge Moulfrit 1. Enfin, la lumière en haut de l’écran passa du rouge au vert. La communication était établie.
- Pluchard ? Qu’est-ce que vous foutez, mon vieux ?
C’était la meilleure façon d’en user avec le capitaine Pluchard. Lui rentrer dedans ! Et, comme d’habitude, le numéro 2 des services secrets se mit à table.
- Claire, dit le colonel après avoir raccroché, selon la formule consacrée, j’ai deux nouvelles : une bonne et une mauvaise. Je ne te demanderai pas par laquelle je commence… La bonne nouvelle, c’est que ta fille, notre fille désormais, vient de se couvrir de gloire en remportant un 1500 mètres dans une compétition internationale d’athlétisme…
- Mais qu’est-ce que…
Roland de Roncevaux leva la main pour demander à son épouse de se taire et d’écouter la suite.
- La mauvaise nouvelle, c’est que…
Putain que c’était dur à dire !
- On repart à Bruxelles par le premier avion.

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