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 Du monde au Balkon

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MBS



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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 3 Mar 2009 - 18:33

Le voisinage avec de la « viande froide » n’était pas du genre à impressionner Franka. Elle en avait vu d’autres durant les deux années passées à la police de Bruxelles. Parfois même elle avait été à l’origine directe de la production de cette matière inerte et sanguinolente qui dégueulassait pour l’heure le siège avant de sa voiture.
- C’était vraiment pas ton week-end, lança-t-elle au cadavre à ses côtés.
Prenant compte de l’aspect outrancier de la remarque, elle n’en rajouta pas. Ne pas avoir de nerfs, ça n’aidait pas à l’apprentissage de la sensibilité et au respect d’autrui.
Pour l’heure, il fallait se débarrasser proprement du corps. La Police, il valait mieux éviter ; ils poseraient forcément des questions et ne comprendraient pas ses réponses. La morgue, elle ne savait pas s’il y en avait une et où elle était. Rentrer en Belgique, c’était le plus évident mais c’était quand même chaud à imaginer vue la distance à parcourir jusqu’à Bruxelles. Ne restait donc que l’hôpital !
- Ils vont me maudire, pensa Franka tout en recouvrant le corps d’Albertine-Ulla d’une couverture.
Puis, sans ménagement, elle fit basculer le siège passager en position couchée.

Evidemment, les deux motards avaient remarqué la passagère et son visage impénétrable. Elle semblait comme tétanisée par les événements. Quand la conductrice essayait de s’en sortir en jouant de son bagout et de son charme féminin, la passagère, bien plus jolie, s’enfermait dans un mutisme complet, regardant devant elle sans prêter attention à ce qui se passait sur sa gauche.
- Peut-on aussi voir les papiers de la demoiselle ? demanda le chef de patrouille quand il fut bien persuadé que cette immobilité cachait quelque chose.
Cette demande provoqua enfin une réaction de la passagère. Elle se tourna vers la conductrice.
- Je ne sais pas où ils sont. Tu le sais toi ?
- Cathy, regarde déjà dans ton sac !
- Où il est ?
- Tu l’avais en partant de l’hôtel.
- Eh bien je ne l’ai plus.
Louisa se pencha sur le côté, farfouilla sous le siège de sa voisine et finit par trouver le sac de Cathy.
- Et ça c’est quoi ?!
Louisa était tellement énervée par la situation qu’elle le brandit sous le nez de Cathy avec un air triomphal. En retour, elle eut droit à un regard glacial qui lui ouvrit enfin les yeux. Depuis le début, Cathy savait fort bien où était son sac et elle avait dû elle-même le pousser sous le siège pour le soustraire à la vue des motards. Elle avait essayé de jouer la maladroite qui avait oublié ses papiers à l’hôtel . Et Louisa lui avait grillé le coup.
Cathy fut donc contrainte de s’exécuter. Elle tendit ses documents personnels au chef de patrouille qui avait fait le tour de la Dacia pour venir les récupérer directement auprès d’elle.
- Vous êtes Belge ?
- C’est interdit ? rétorqua froidement Cathy.
- Pas que je sache… Je ne sais pas pourquoi votre nom me dit quelque chose.
Il héla son coéquipier qui, resté en retrait, « couvrait » l’intervention.
- Cathy van der Cruyse, ça te dit quelque chose ?
- Ben ouais… C’est la fille qui a couru très vite hier soir un 1500… Elle est à la une de tous les journaux ce matin !
- Oui, oui, je vois qui c’est… Belle course, mademoiselle…
- Merci, répondit Cathy sans la moindre chaleur.
- Vous savez que vous êtes en France et qu’en France la loi considère le dopage comme un délit.
- Et alors ?
- J’ai la conviction qu’un juge voudra vous entendre sur votre performance d’hier soir et sur votre disparition. Je vais donc vous demander de nous suivre jusqu’au poste de police de Caen.

Faire sortir un cadavre de l’hôpital ça peut à la limite se comprendre, la science médicale n’étant pas infaillible. Le sens inverse n’a pour sa part aucune logique, les macchabés n’ayant pas vocation à recevoir des soins autres qu’esthétiques. Ces considérations primordiales étant faites, Franka gara sa voiture dans un coin éloigné du parking.
Anne Mourgues-Daguet, en la voyant surgir dans son bureau, manqua s’étouffer avec le petite cake aux fruits qui accompagnait son expresso.
- Encore vous !
- Certains de vos pensionnaires se plaignent que votre hôpital n’est pas assez accueillant, vous devriez vous réjouir de voir quelqu’un venir régulièrement vous visiter… Notez bien qu’il y a de fortes chances que ce soit la dernière fois. Avec ce que je vous amène…
- Je m’attends au pire… Franchement, je me demande bien pourquoi nous vous aidons dans toute cette histoire.
- Par civisme européen, peut-être. Ou alors parce que vous craignez que certaines informations sur la mauvaise organisation de vos services sortent de ma bouche pour courir jusque dans la presse.
- Admettons !
- Vous m’avez dit ce matin que vous n’aviez pas pour vocation de soigner tout l’athlétisme belge. Là je vous demande quand même de donner asile à un de ses membres.
- Vous voulez une chambre ?
- Plutôt un casier dans votre chambre froide.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 3 Mar 2009 - 18:34

Léo Chopin avait googlisé tout le net en quête d’informations sur la fameuse Cathy van der Cruyse. On trouvait surtout la masse des questions qu’avait soulevées sa performance de la veille au soir. Sites de la presse ou forums de discussion rivalisaient d’imprécations et de jugements définitifs, mais hors de cela rien de précis la concernant. Cette fille n’avait ni passé, ni vie présente. A se demander tout bonnement si elle existait et si elle n’était pas le produit d’une hallucination collective.
Un peu désappointé après deux heures à se piquer les yeux sur l’écran 17 pouces de son ordinateur portable, il faillit renoncer. Ca ne menait à rien. La fille s’était perdue dans la nature. Il n’avait plus qu’à en faire autant. Sans éveiller le soupçon des caméras dispersées dans l’appartement.
C’était ça le hic ! Il aurait bien voulu se barrer sans laisser d’adresse. Mais pour s’enfuir, il fallait au minimum prendre quelques papiers, deux ou trois affaires importantes. Ils le verraient. Ils le sauraient. Ils agiraient.
Alors Léo Chopin força son esprit à chercher un nouvel angle d’attaque. Que pouvait-il changer dans sa stratégie de recherche ? Après avoir essayé le nom tout seul, il avait croisé « Cathy van der Cruyse » avec « université américaine », avec « course », avec « Belgique », avec « sport », même avec « top model » ce qui avait ravivé en lui de troublants souvenirs de la nuit de l’avant-veille. Il rouvrit Google, tapa les premières lettres. C A T H…
Et là, il envoya son index gauche sur la touche « E » et non le droit sur le « Y ». Cathy c’était évidemment un diminutif. La beauté fatale devait répondre pour l’état-civil belge au prénom de Catherine.
Il appuya avec conviction sur la touche Entrée.

- Pourquoi elle ne revient pas Albertine ? demanda Cécile Pierron qui montait progressivement en intensité dans son échauffement.
Gilbert Pierron n’avait pas vraiment réussi à oublier les révélations faites par l’agente de son gouvernement. Il avait juste concentré son esprit sur l’immédiat, la soirée de compétition. Le reste, il verrait plus tard. De toutes les manières, entre échecs retentissants et scandales, il allait quitter contraint et forcé son poste. Alors pourquoi s’en faire ? S’il pouvait gratter encore quelques bons moments dans ses fonctions, pourquoi s’en priver ?
- Je suppose qu’elle est occupée.
- C’était qui cette fille avec qui tu es arrivé ? Une journaliste ?
- Non, c’est…
Pouvait-il aller plus loin ? Dans « services secrets », il y avait « secret » et même si Cécile était sa fille il n’estimait pas pouvoir tout lui dire. Pas tout de suite. Pas tant qu’elle n’aurait pas couru.
- C’est le coach de Cathy…
- Ah, elle réapparait enfin celle-là ! s’indigna Cécile. C’est pas trop tôt ! On va enfin nous lâcher les baskets !
- Je crois bien qu’elle n’est pas prête de nous quitter, affirma sombrement Gilbert Pierron… Allez, accélère un peu… Tu dois partir pour le stade dans cinquante minutes.

Catherine van der Cruyse existait bien. Elle était la fille d’un joueur de football et d’une miss Belgique.
Ca collait ! Pour la plastique comme pour les qualités sportives.
Ce qu’il pouvait apprendre sur elle grâce à l’utilisation du prénom Catherine n’était guère plus important que ce qu’il savait déjà mais là il y avait des possibilités nouvelles à creuser. La piste du père offrit de nombreuses sources d’informations mais elle se referma rapidement : après une carrière tronquée, il avait erré de boulots minables en occupations douteuses avant de mourir mystérieusement il y avait plusieurs années. Pour la mère, Claire van der Cruyse née Grouillon, la piste était plus complexe à suivre mais il la retrouva sur un site mémoriel où les employés d’entreprises ou les élèves des mêmes écoles se retrouvaient. La fiche de Claire Grouillon détaillait son parcours scolaire et professionnel jusqu’à ses années au sein de la Sabena comme hôtesse de l’air. Les renseignements personnels n’indiquaient pas de veuvage mais signalaient bien l’existence d’une fille prénommée Catherine. La dernière ligne, rajoutée récemment, faisait mention d’un remariage avec un certain Roland de Roncevaux.
Bingo !
Il n’y avait dans l’annuaire de la Belgique ni Cathy van der Cruyse, ni Claire Grouillon, mais, Léo Chopin en était assuré, il y aurait bien un Roland de Roncevaux.

Au mépris de la déontologie la plus formelle, un des deux motards avait dû parler à quelqu’un. Quand Louisa et Cathy arrivèrent à l’hôtel de police de Caen, un appareil photo les attendait et un micro se tendait vers elles.
- Mademoiselle van der Cruyse, que vous reproche-t-on ?
Cathy fusilla l’importun du regard.
- De ne pas être plus conne que je le devrais, rétorqua-t-elle.
Un quart d’heure plus tard, l’information et une photographie pénétraient sur un serveur informatique. De là, elles partaient à la conquête du monde. Pour Hervé Le Guern, pigiste à La Presse Basse-Normande, un poste venait soudain de se libérer à la rédaction. Il ne remercierait jamais assez son cousin de lui avoir livré ce scoop sensationnel.

Un brancard était venu discrètement récupérer le corps d’Albertine-Ulla dans la voiture de Franka. L’agente belge avait obtenu de la directrice-adjointe qu’un prélèvement sanguin soit effectué sur la victime et que les résultats de l’analyse soient envoyés ensuite à la professeure Gisèle Marchouin.
- Vous voyez… Je vous apporte la gloire sur un plateau.
- Dans un cercueil plutôt, avait rétorqué AMD avec toute la froideur d’une grande clinicienne.

A 17h50, Cécile Pierron se plaça dans les starting-blocks au départ du 400 mètres. Un peu plus de 49 secondes plus tard, elle cassait le torse sur la ligne pour emporter la plus courte des victoires. Il y avait moins de deux dixièmes entre elle et l’italienne Romana Proda qui finissait deuxième.
Elle leva un poing rageur vers son père qui était tombé à genoux au pied de la tribune. C’était la première victoire de sa fille dans une compétition senior. Forcément, c’était un moment d’émotion !
- Pourvu qu’elle soit clean ! murmura-t-il en se relevant.

- Je pars pour retrouver Cathy van der Cruyse, lança Léo Chopin dans son grand appartement vide.
Au moins, ils l’avaient vu passer des heures en recherche. Peut-être même un œil indiscret s’était-il baladé derrière son épaule pour scruter l’écran de l’ordi ? Dans ce cas, ils savaient où il allait. Le dénommé Roland de Roncevaux avait bien une adresse sur Bruxelles. Là-bas, on lui dirait où était Cathy. De gré ou de force !
Léo monta dans le taxi à 17h58. Deux minutes plus tard, le flash de 18h à la radio annonçait qu’on avait retrouvé la trace de Cathy en France et qu’elle était interrogée à l’hôtel de police de Caen. Par un étonnant retournement, le journaliste semblait trouver cette arrestation sévère alors que la veille le scepticisme avait prévalu dans tous les communiqués. Ce n’était pas le moindre des paradoxes de cette étrange Cathy van der Cruyse. Elle était en train de ressouder la nation belge dans son antipathie traditionnelle pour son puissant voisin du sud.
- J’ai changé d’idée, fit Léo au chauffeur. Conduisez-moi plutôt à la gare du Midi.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 5 Mar 2009 - 22:25

Chapitre 17
S’arrêter de vieillir


En cherchant un peu, les flics de Caen avaient découvert que leurs homologues belges avaient lancé un mandat de recherche contre la dénommée Cathy van der Cruyse. A vrai dire – mais c’était des Belges et ça faisait bien rigoler tout le monde de voir qu’ils étaient fidèles à leur réputation – les services de Bruxelles en avaient lancé deux. Et les deux étaient contradictoires. Quand le premier évoquait des soupçons de vol, le second demandait d’accorder aide et protection à Cathy van der Cruyse si on la retrouvait.
Du coup, tout le monde se trouva bien embêté lorsqu’il fallut décider de la procédure à adopter. Fallait-il coffrer Cathy van der Cruyse, prendre une déposition à propos d’une affaire dont la clarté n’était pas assurée, la remettre en liberté puisque le délit de dopage était loin d’être constitué ? Il fallut que le commissaire Henri-Paul de la Valandière prenne en charge lui-même l’affaire, ce qu’il fit à grand regret le samedi soir étant habituellement consacré à sa partie de poker au cercle Patrick-Bruel.
- On va la jouer diplomatique, confia-t-il à son adjoint du jour l’inspecteur Savidan. On gagne du temps en noyant la demoiselle sous les pardons et les compliments le temps que les Belges lâchent leurs moules-frites et nous disent quoi faire exactement.
L’inspecteur Savidan approuva d’un hochement de tête bien senti. Sûr qu’avec ce genre de doigté, le commissaire de la Valandière l’aurait sa nomination au commissariat central de Rouen. Et après Rouen, il le voyait bien intégrer le prestigieux Quai des Orfèvres. Mais que les Belges demandent qu’on cogne sur la jeune femme et le commissaire serait le premier à lever la main…
- Faites la entrer et portez-nous du café et des petits gâteaux.
- Monsieur le commissaire, on a déjà crevé le plafond des crédits biscuiterie pour ce trimestre.
- Eh bien, achetez ça sur vos propres deniers et je vous ferai rembourser par le Quai d’Orsay.
C’était du vent, Savidan le savait. Il aurait pu reprendre son chef de volée sur ce point mais, comme il était loin d’être un bleu et qu’il savait ne pas agir sur un coup de tête, il effectua un retourné muet sur ses talons et quitta le bureau.
Trente secondes s’écoulèrent avant que Savidan, en fin renard, revienne pointer son nez dans la surface où le commissaire espérait obtenir réparation pour l’arrestation un peu hâtive de Cathy van der Cruyse.
- Que fait-on de l’autre fille ? demanda-t-il.
- Bouclez-la pour excès de vitesse et cherchez si on n’a pas un autre truc à lui coller sur le dos. C’est ce tout ce que mérite les dangers publics.
- Cette fille est journaliste, monsieur.
- C’est bien ce que je disais, Savidan.

Bouger.
Mais pour quoi faire ?
La piste Albertine-Ulla s’était effondrée en même temps que le corps sans vie de la sprinteuse et, en dépit de sa volonté de réussir ses missions à tous prix, Franka hésitait à aller mettre en danger le restant de l’équipe belge d’athlétisme avec ses questions et ses soupçons. D’ailleurs, hormis Cathy et feue Albertine-Ulla, aucun sportif belge ne s’était vraiment mis en évidence au cours de la rencontre Pythagore. Cela signifiait que le Balkon n’avait pas pénétré profondément au sein de l’équipe nationale. Voilà ! Sur ce plan, tout était dit.
Bouger.
Mais comment ?
On ne trouve personne – surtout en France ! – pour remplacer un pare-brise un samedi soir à moins d’une heure de la fermeture. Et là, ça commençait un peu à craindre, une pluie fine – la mousson locale - venant de se mettre à tomber jusque dans l’habitacle.
Après un tourbillon de vent qui fit valser les papiers dabs la voiture, tout s’ordonna de manière magique dans la tête de Franka. Elle allait garer sa voiture au parking de la gare de Lille-Europe, prendre un billet pour Bruxelles et là elle foncerait au quartier général pour chercher l’adresse du fameux Léo Chopin. Il n’avait que trop longtemps échappé à ses questions celui-là.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 5 Mar 2009 - 22:26

A la gare de Bruxelles-Midi, Léo Chopin dut repousser les assiduités de deux supportrices trop enthousiastes avant de pouvoir s’approcher du guichet. Il n’avait aucune idée du temps qu’il fallait pour rallier la ville de Caen en train. D’ailleurs, il n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait cette fichue ville. Tout ce qu’il espérait c’est que le trajet fut le plus direct – et le plus rapide – possible.
Le premier Thalys pour Paris partait à 19h13 et il était direct jusqu’à la capitale française. Après il fallait changer de gare à Paris et prendre un train pour Caen. Un train de nuit qui devait vous lâcher sur le quai comme un malpropre entre 2 et 3 heures du mat’. C’était loin d’être génial question timing mais Léo Chopin sentait au creux du dos la pointe d’une épée de Damoclès horizontale qui le poussait à avancer.

- Mademoiselle van der Cruyse, croyez bien que nous sommes au regret de vous maintenir en détention provisoire mais la Belgique a lancé contre vous un mandat de recherche et…
- Et vous n’avez plus besoin de me chercher puisque je suis là.
Le commissaire de la Valandière considéra avec étonnement la sportive belge. Elle semblait bien décidée à s’amuser de la situation.
- Je me dois d’abord de vérifier certains points…
- Il est où le greffier pour enregistrer ma déposition ?
- Non, non, personne n’écrit rien… Cet entretien n’est pas à vrai dire officiel.
- Libérez-moi alors ! Ce jean me gratte affreusement et j’ai envie d’en changer.
- On ne peut pas non plus vous libérer puisque la Belgique vous recherche.
- Mais elle n’a pas à me rechercher enfin, voyons… puisque je vous dis que je suis là.
Le commissaire se leva, se servit un café sans même prendre la peine d’en proposer à Cathy. Les Belges, songeait-il sans aucune mansuétude, c’est quand même quelque chose !
- Reprenons calmement, dit-il après être revenu s’asseoir à son bureau. Quel âge avez-vous ?
- Oh ! s’offusqua Cathy. On ne demande jamais ça à une jeune femme…
- Un policier peut tout demander…
- J’espère que vous n’allez pas me demander de vous faire des bisous… Parce que, franchement, vous ne me plaisez pas du tout… Et puis vous êtes quand même âgé.. Ca vous fait quel âge à vous ?
Elle se foutait de lui ! Carrément ! Spontanément ! Profondément ! Et il devait subir ça au lieu de plumer ses potes au poker !
Et, en plus, elle avait dégrafé l’air de rien un bouton de son chemisier. Elle allait le vamper…
- Reprenons… Et non je ne vous ferai pas de bisous, explosa-t-il devant Cathy qui se préparait à minauder à nouveau… Vous seriez foutue de me faire casser pour abus sexuel… Et arrêtez de jouer avec ce bouton, j’ai pas non plus envie de voir vos nichons !
- Pas de bisous, ok… Ca me va bien comme ça. Qu’est-ce que vous disiez ?
- Je vous demandais votre date de naissance.
- J’ai 22 ans…
- Bon, c’est déjà ça…
- C’est un album de musique d’Alain Souchon publié en décembre 1994 chez Virgin France. Il comprend 11 titres. Dans l’ordre : Foule sentimentale, L’Amour à la machine, Sous les jupes des filles…
- Mais qu’est-ce que ce que vous me bavez là ?!
- Ben vous m’avez bien demandé de parler de C’est déjà ça !
- Mais non ! hurla de la Valandière…
- En plus, vous ne savez même pas ce que vous dites.
Le commissaire, par habitude professionnelle, se saisit de l’annuaire des pages jaunes posé sur son bureau et l’abattit violemment sur la tête de Cathy. Par réflexe, celle-ci balança en retour son pied en avant ; il atterrit dans la partie potentiellement reproductrice du commissaire. Le flic se plia en deux tandis que Cathy, triomphante, se redressait.
- Tu voulais pas les voir mes nichons ? Ils te plaisent pas… Eh ben, tu les verras quand même !
Cathy fit sauter les boutons de son chemisier d’un coup sec.
L’inspecteur Savidan ouvrit la porte.

Franka n’était pas prête à supporter les multiples arrêts d’un train régional. Elle préféra attendre un Thalys. La grande gare, bruyante et grouillante, était paradoxalement le meilleur endroit pour s’isoler et réfléchir.
L’évolution de Cathy la préoccupait au plus haut point. Sa demi-sœur était tout sauf une junkie et là, elle semblait s’accrocher au Balkon comme un suicidé qui regrette d’avoir sauté dans le vide. En deux jours, elle avait l’impression de l’avoir vue vieillir. L’insupportable gamine était devenue une adulte réfléchie qui avait renoncé à ses lubies et à ses folies. C’était plutôt positif si on prenait le temps d’analyser froidement les choses. Pourtant, dans le même mouvement, elle avait perdu sa formidable mémoire et aussi son goût du risque. Le seul truc qui, finalement, les rapprochait. En se normalisant, son cerveau ôtait toute originalité à Cathy. Elle allait devenir une fille comme une autre. Coincée en plus et, sans doute, chiante comme la pluie.
Si seulement elle pouvait s’arrêter de vieillir avant qu’il soit trop tard.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 5 Mar 2009 - 22:26

- Commissaire ! s’étonna l’inspecteur Savidan. Qu’est-ce que vous faites ?
- Il m’a frappée ! cria Cathy.
- Pas seulement frappé, on dirait !
- J’ai… j’ai… bredouilla le commissaire toujours occupé à reconstituer son vieux service en porcelaine.
- Venez, mademoiselle… Je vous raccompagne dans un endroit tranquille… Désolé, commissaire, mais je vais devoir faire un rapport.
Les larmes aux yeux – sans qu’on puisse savoir ce qui était douleur et ce qui était dépit – le commissaire Henri-Paul de la Valandière vit s’envoler ses futures promotions.

- Mesdames, messieurs, en raison d’un problème sur la voie, notre train Thalys va être contraint à un arrêt imprévu de quinze minutes en gare de Lille-Europe. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour ce désagrément.
Léo Chopin regarda l’écran de son téléphone portable. La correspondance à Paris devenait de plus en plus compliquée. A moins de trouver un chauffeur de taxi dans les veines duquel coulerait le sang d’Ayrton Senna.

La première chose que fit le colonel de Roncevaux en débarquant à l’aéroport de Roissy fut de remettre en service son téléphone personnel. Il se moquait bien des panonceaux qui limitaient l’usage du portable dans l’enceinte du débarcadère. On était en phase Kleptomane 4 et ça justifiait toutes les audaces.
Il avait deux messages en attente. Le premier était de Pluchard, le second provenait du numéro de Franka. Son cœur se mit à battre plus fort et, sans s’en rendre compte, il serra plus fort la main de Claire avec qui il attendait devant le tapis à bagages.
- Appel de Franka, lâcha-t-il simplement et il vit quelques couleurs revenir sur le visage livide de son épouse.
- Ne me dis plus rien je t’en supplie… A moins que ce soit une bonne nouvelle.
La logique voulait qu’il écoutât d’abord le message de son subordonné. Il écouta la logique.
- Mon colonel, ici Pluchard ! Nous avons lancé conformément à vos ordres la procédure Kleptomane de niveau 4. Des équipes sont entrées en action en France afin de retrouver la trace de Franka et Cathy. Sans effet pour l’instant à l’heure à laquelle je parle, soit 12h heures locales en données corrigées des variations saisonnières. Seule information qui nous est parvenue par le réseau intérieur de transmission d’informations interservices. Un avis de recherche a été déposé ce matin contre Cathy au commissariat Arsène Lupin de Bruxelles dans le deuxième secteur. Cet avis de recherche fait suite à un dépôt de plainte pour vol. Je vous recontacterai en cas de nouvelles nouvelles.
- Alors ? demanda Claire.
- Tu m’as demandé de ne plus rien te dire. Je suis un militaire et j’obéis… Et en plus je n’ai pas encore écouté le message de Franka.
- Donc tu n’as rien appris ?
- Juste une confirmation de quelque chose que je savais déjà… A savoir que Pluchard est un vrai con et un incompétent.
Roland de Roncevaux appuya sur les touches du clavier pour basculer vers le message issu du portable de Franka. Il s’écarta de Claire pour éviter qu’elle voit son visage réagir aux propos de Franka.
- Ici Franka, entendit-il. Tu n’as pas pu me joindre car j’étais sortie sans prendre mon portable. A 12h13 GMT+1, la situation est la suivante. Cathy est en cours d’évacuation vers un lieu tranquille. Son état neurologique me cause beaucoup de soucis. L’effet d’un produit dopant appelé Balkon, j’épèle B A L K O N, tend à inverser les caractères principaux et fondamentaux de sa personnalité. Son record établi hier soir la rend vulnérable à tous les curieux et les prédateurs des médias. De là la décision que j’ai prise de l’éloigner sous la responsabilité de Louisa Barbosa que tu connais.. Moi je vais..
- Bon, Franka m’a rassuré, mentit-il… Cathy va bien… Elle est en sécurité…
- Au commissariat de police de Caen, je sais… Je viens de le voir sur l’écran plasma entre la météo et les programmes télé pour ce soir.
Le colonel de Roncevaux referma son portable. Décidément, la technologie se démodait vite… et les nouvelles encore plus vite.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 5 Mar 2009 - 22:27

L’inspecteur Savidan était du genre beau gosse et il le savait. Cathy lui avait tapé dans l’œil le matin même dans le journal. Il s’était dit que pour une fille pareille il était prêt à tout, même à quitter un boulot qu’il adorait. Alors quand il l’avait vue débarquer au poste de police, il s’était dit qu’une bonne étoile brillait au-dessus de lui et qu’il serait bien con de ne pas en profiter avant qu’elle s’échappe (l’étoile, pas la fille… Il avait plutôt confiance dans le personnel et les barreaux du commissariat). Il s’était dit aussi qu’il était jeune, plein d’humour et pas trop con. Il pouvait bien espérer décrocher un ticket avec la jeune Belge. Parce que, en plus, lui il avait des principes et des manières… Pas comme l’autre gros porc pervers qui lui servait de supérieur hiérarchique.
Ca l’avait fait bondir de voir de la Valandière le nez plongeant entre les seins de Cathy van der Cruyse tout en se massant l’entrecuisses. Heureusement il était arrivé à temps pour la tirer des griffes du si « diplomatique » commissaire. Et maintenant elle était là, le regard vide, posée sur une chaise sans même sembler peser sur elle.
A la fois affolante et fragile.
- D’où vous sortez, Cathy van der Cruyse ? demanda-t-il avec un large sourire dans lequel il essayait vainement de ne pas mettre toute la béatitude que lui inspirait l’instant. On ne trouve rien vous concernant dans les bases de données d’Europol.
- C’est peut-être Roland qui a tout fait virer.
- Qui est Roland ?
- Mon beau-père adoptif… C’est quelqu’un de très gentil, vous savez.
- Et il peut intervenir dans les ordinateurs d’Europol ?
- Il peut faire plein de choses parce que…
Cathy baissa la voix, regarda d’un air soupçonneux autour d’elle avant de poursuivre.
- Je peux bien vous le dire parce que vous êtes mignon et que vous êtes de la police mais Roland c’est le chef des services secrets de mon pays.
Savidan en resta bouche bée. La super jolie fille était complètement fêlée. On aurait dit qu’elle avait dans la tête le cerveau d’une enfant de 7-8 ans, un cerveau qui se serait arrêté de vieillir quand le corps s’était épanoui en une splendide vénusté.

Roland et Claire avaient récupéré leurs bagages puis ils s’étaient postés devant un téléviseur plasma en attendant le retour de l’image de Cathy pénétrant dans l’hôtel de police de Caen.
- Pluchard va m’entendre ! Comment se fait-il que l’information soit sortie dans la presse avant que nos services l’aient sue ? Monsieur est peut-être parti en week-end ?…
- Calme-toi ! fit Claire.
- Ca te va bien de faire celle qui garde son calme… Avec tout ce qu’on t’a fait avaler à Los Angeles, tu vas être zen pendant un mois… Bref, tout ce qu’on sait c’est qu’elle est à Caen et c’est tout… Et c’est maigre ! Bien maigre ! Et Franka ? Qu’est-ce qu’elle fiche ? C’est pas son genre à ne pas me tenir au courant.
- Elle nous croit peut-être encore dans l’avion. Appelle-la !

Franka marmonnait
Autant par habitude que par frustration.
Elle avait eu des goûts de luxe, refusant de prendre le TER vers Bruxelles pour attendre le Thalys, et voilà qu’on annonçait que le train à grande vitesse allait avoir au moins une demi-heure de retard.
- A ce rythme-là, même sur une jambe, le Léo Chopin il pourrait être en Australie avant que j’ai réussi à poser le pied sur le quai de la gare du Midi.
Autant dire qu’elle fut abasourdie de reconnaître le sprinter belge à l’intérieur de la rame Thalys qui entrait en gare de Lille.
- Le meurtrier revient toujours, murmura-t-elle avec le fin sourire du félin prêt à la chasse.
Le téléphone sonna avant qu’elle ai pu terminer de se pourlécher mentalement les babines. Elle décrocha, jeta un « Plus tard ! Pas le temps ! » dans le micro et raccrocha, puis éteignit l’appareil.
Les lionnes n’ont pas de téléphone portable quand elles se mettent en chasse.

- Elle n’a pas voulu parler ! fit, incrédule, le colonel à Claire.
- Peut-être qu’elle planque !… Qu’est-ce qu’on fait ?
- Il faut rentrer à Bruxelles… Il n’y a que là-bas qu’on pourra avoir une idée claire de la situation et que je pourrai botter les fesses à Pluchard. Ca m’aidera toujours à passer le temps.
- Mais Cathy est à Caen !
- Elle n’y risque pas grand chose. Il suffira d’un coup de téléphone pour arranger la situation.
- Pluchard pourrait le donner ce coup de téléphone.
- Pluchard, on l’oublie dans cette histoire ! Je vais le faire muter à l’horloge parlante… ça lui apprendra à donner des informations en temps utile.
- Alors, va à Bruxelles si tu veux… Moi je pars pour Caen.
- Tu ne sais même pas quand il y a un train qui part pour Caen, observa le colonel de Roncevaux.
- Oh ! ça doit quand même pas être compliqué de trouver un train pour Caen…
- Il faut juste savoir où part le train pour Caen.
- Je suis adulte, je vais me débrouiller. On se sépare ici…
Ca faisait quand même bizarre de devoir se séparer de sa femme au retour de son voyage de noces, se dit Roland de Roncevaux en embrassant Claire.
- Allez ! fit-il en se forçant à sourire. On lève le camp !
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Ven 6 Mar 2009 - 15:35

Chapitre 18
L’état de poussière


Le Thalys s’était bien immobilisé sur la voie 2 mais les portes restaient closes. Arrêt non prévu, même dans une gare, voulait dire « personne ne bouge ».
- Ils ont peur d’en perdre ou quoi ? fit Franka dont le niveau de stress monta d’un cran.
Elle devait monter dans ce train. Coute que coute !
Elle remonta la rame à pas pressés. Il lui semblait qu’on avait crachoté quelque chose dans les hauts parleurs comme quoi le train resterait immobilisé un quart d’heure. C’était à la fois peu et beaucoup pour agir.
Cathy aurait cherché à trouver le contrôleur et l’aurait, en toute ingénuité, convaincu par le charme d’ouvrir la porte. Mais Franka n’était pas Cathy et, en cet instant, elle le regrettait presque. Elle ne pouvait compter que sur ce qui la définissait elle. L’énergie, l’esprit de décision, le courage et, s’il le fallait, la force.
- Si on me shootait au Balkon, songea-t-elle, je ferai un super légume… Et en plus j’aimerais me déguiser en fille. Quelle horreur !
Insensible aux amoureux se bécotant avant le départ entre lesquels il fallait slalomer, elle se mit à courir vers la motrice.

Savidan avait fait porter des sandwichs aux deux « prisonnières » lesquelles étaient détenues dans des bureaux différents. Il choisit de visiter d’abord la journaliste, espérant en apprendre un peu plus d’elle sur cette fille qui, en dépit de sa folie apparente, continuait à le troubler.
- Vous n’avez rien à demander ? questionna-t-il pour établir le contact.
- Etre remise en liberté et pouvoir consulter un avocat, ce serait déjà un bon départ entre nous.
- Cela n’est pas possible pour le moment. L’affaire est compliquée et sensible… Et en plus, mon chef vient d’avoir quelques petits problèmes.
- De quel ordre les problèmes ?
- Testiculaires !
- Je parie qu’il s’est approché trop près de Cathy…
- Ah ! Parce qu’elle a l’habitude de ?…
- Je sais pas mais je me dis que si j’étais jolie comme elle, j’aurais développé ce moyen-là pour éloigner les mecs. Réduire leur machin à l’état de poussière.
- Elle est… spéciale, votre copine…
- Oui… Et je suis assez soulagée, je crois, de la revoir comme ça.
Là, Savidan eut un trouble profond. Qu’est-ce que c’était que cette connerie encore ? La journaliste, qui lui apparaissait depuis le début comme quelqu’un de carré et de fiable – mis à part son goût de la vitesse sur autoroute – avait donc elle aussi l’esprit dérangé ? Se réjouir de voir une fille avoir un comportement de gamine pré-pubère, ça n’avait aucun sens.
- Inspecteur, vous vous posez des questions, avouez-le !
- La liste commence à être bien longue.
- Dites toujours.
- Qui est cette fille ?
- Je vous réponds si vous promettez qu’on est « off ».
Savidan connaissait ce terme de journalisme. Il lui était déjà arrivé de filer des tuyaux à certains pisse-copies pour débloquer des affaires. En général, le « off » ne marchait pas dans ce sens, mais à cas exceptionnel, procédure du même métal.
- Ca marche. J’écoute et j’oublie aussitôt.
- Cathy, je la connais sans la connaître. Je ne l’ai rencontrée pour la première fois qu’il y a quelques mois. Mais la première rencontre c’est un truc qu’on n’oublie pas.
- Je confirme.
- Et encore, vous ne savez rien encore.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Ven 6 Mar 2009 - 15:36

La porte de la cabine de conduite était fermée. Franka frappa deux grands coups secs. Après un court instant de latence, la porte s’ouvrit timidement.
- C’est quoi ? fit le conducteur.
- C’est pour une urgence, répondit Franka en pointant son flingue sur le genou du machiniste, seul élément corporel qui dépassait par l’entrebâillement.
- Merde !… C’est pas vrai que ça recommence !
Le conducteur tenta de refermer la porte mais le canon du revolver empêcha la fermeture complète. Franka se saisit de la poignée extérieure, bascula la porte en sens inverse et se hissa dans la cabine.
- Et en plus c’est la même ! s’écria le conducteur.
Franka plissa les yeux pour s’habituer à la pénombre qui régnait dans l’habitacle.
- Vous me connaissez ? demanda-t-elle.
- C’est la deuxième fois que vous me braquez… Il y a quelques mois, vous vouliez aller à Nice…
- Fort bien… Vous savez donc que je ne plaisante pas… Mais comme nous nous connaissons bien, je veux quand même vous rassurer cette fois-ci. Je ne suis pas une terroriste ou un truc comme ça. Je travaille pour le gouvernement belge.
Elle lui fourra sa carte sous le nez ce que le machiniste, à tout prendre, préféra au double canon du P.38 Lightning.
- Et que puis-je pour vous, demoiselle ?
- Je dois prendre ce train.
- Vous y êtes. Et s’il faut rouler un peu plus vite pour rattraper le retard, c’est déjà prévu. Une fois qu’on aura passé la zone où la caténaire a fichu le camp, je lâche les chevaux et…
- Je dois aller dans la rame… Un type que je dois surveiller… Je veux que vous ouvriez les portes tout de suite.
- C’est impossible… Le règlement…
- Qu’est-ce qu’il dit le règlement ? On ne va pas se fâcher pour une histoire de règlement.
- Si j’ouvre une porte, je les ouvre toutes… Et là, les voyageurs vont commencer à descendre sur le quai… Or, moi, dès que le feu passe au vert, je démarre et je fonce.
- Ok… Donc, on oublie le règlement, vous prévenez les contrôleurs, ils font une annonce, un m’attend à une porte. Vous ouvrez, on referme, vous rebloquez et le tour est joué.
- Ils vont poser des questions…
- Vous savez bien que j’ai les réponses, fit Franka en caressant son arme.

- Avec l’imagination que vous avez, vous pourriez écrire des romans au lieu d’essayer de traquer des scoops foireux.
L’inspecteur Savidan n’avait pas été vraiment convaincu par le récit de Louisa. Un genre de génie à la mémoire surdimensionnée dans un corps de top model mais avec des raisonnements de fillette et une résistance physique de sportive de haut niveau, ça ne tenait pas la route dans son esprit étroitement cartésien.
- Vous avez bien un roman qui traîne dans votre bureau, inspecteur ?
- Si je vous dis que c’est un roman policier, ça vous étonne ?… J’aime ça, ça me détend.
- Prenez votre roman… Donnez-le à Cathy… Laissez-lui le bouquin un quart d’heure… Et posez-lui des questions ensuite !… Quand on a fait ça une fois, on sait qui est Cathy.

La Belgique ne remporterait pas le tournoi Pythagore, l’affaire était entendue depuis les différentes catastrophes accumulées la veille. Pourtant, depuis la victoire de Cécile Pierron, le vent semblait avoir tourné. Galvanisés par le sprint à l’arraché de la fille de leur coach, les athlètes belges multipliaient les prouesses et avaient remporté quelques épreuves de manière inattendue. Sans record spectaculaire et à l’arraché.
Pour Gilbert Pierron, la preuve était faite que les brebis galeuses de son équipe avaient été repérées et mises hors-course. Restait le cas de Cécile qu’il n’avait pas encore réussi à voir. Il avait des choses à lui demander.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Ven 6 Mar 2009 - 15:37

La manœuvre imaginée par Franka fonctionna globalement bien. Il fallut bien bousculer un passager qui, parce qu’il voulait griller une cigarette à tous prix, cherchait à se faufiler jusqu’au quai. Franka le rattrapa par les épaules, le tira en arrière et le retint contre elle le temps que la porte se referme avec son claquement caractéristique. Il tenta de protester. Franka resserra son étreinte. Il se tut.
Il ne restait qu’à remonter la rame à la recherche de Léo Chopin et espérer une place permettant de l’observer discrètement.
- Qui est l’homme que vous filez ? demanda le contrôleur en chef que l’énergie de Franka avait impressionné.
- Je ne peux pas vous le dire, répondit Franka.
- Dans quel wagon de la rame se trouve-t-il alors ?
- Je n’en sais rien, concéda l’agente secrète. J’ai juste vu son visage défiler quand le train est entré en gare.
- Vous allez remonter toute la rame en dévisageant les passagers ? On vous remarquera. Tandis que nous…
- Je n’aurais pas besoin de le dévisager, expliqua Franka. Il a un signe distinctif qui doit faire qu’il utilise deux sièges.
- Deux sièges ?… Comme quelqu’un qui a une jambe cassée… Mais alors, celui que vous suivez, c’est…
- Pas de nom, monsieur s’il vous plait !
- Il est en voiture 2… Place 43… Et le siège à côté de lui est libre… Je vous y accompagne.
- Mais pourquoi faites-vous tout cela ? Je vous ai dit que je pouvais me débrouiller toute seule.
- Ce type n’est vraiment pas sympa. Je lui ai demandé un autographe pour mon neveu… Il me l’a refusé.

- « Aubry reprit le dossier et continua d'épeler les différents titres et fonctions occupés par le rapporteur depuis ses débuts professionnels quelque 13 ans auparavant. La liste n'était pas longue mais impressionnante, aussi y eut-il comme un flottement lorsque le policier eut fini. Il lâcha les papiers, se leva et gagna l'énorme baie vitrée qui courait tout le long du bureau de Leroy.
» La journée s'était déroulée dans un camaïeu de gris, les rayons du soleil s'enlisant dans la couche nuageuse, et la morosité environnante avait contaminé chacun.
» C'était son dernier jour à Lyon, il devait reprendre le train de 20h à Part-Dieu et regagner Crémincourt où l'appelaient non seulement les affaires courantes mais également le Juge Cullier. D'après ce qu'il avait pu comprendre de leur dernier échange téléphonique, la préfecture avait exprimer le désir de classer l'affaire. »
Savidan avait pris une page au hasard dans le Quindecimvir d’Isabelle Corlier, donné une phrase et Cathy avait enchaîné les trois paragraphes suivants à fond de train, sans même donner l’impression de peiner dans cet effort de restitution du texte. S’il y avait un truc, ça tenait plus de David Copperfield que de Garcimore. De la grande illusion.
Savidan se rendit compte qu’il était raide dingue amoureux de la dingue. C’était fou !

Claire de Roncevaux avait pour sa fille tout l’amour d’une mère et même un peu plus. C’est pour cela qu’il était inconcevable pour elle de rentrer tranquillement – ou presque – à Bruxelles comme allait le faire son mari. Imaginer Cathy en prison, c’était proprement inacceptable. D’abord parce que c’était une enfant – enfin, une femme – profondément éprise de liberté. Parce qu’elle était joie de vivre et inconscience. Parce qu’elle ne pouvait rien avoir à se reprocher étant au naturel si bonne avec les autres… et beaucoup trop même parfois.
A la gare RER de l’aéroport de Roissy, elle se fit indiquer par un employé le trajet le plus rapide vers la gare qui avait des trains pour Caen.
- Vous voulez aller à Caen ? Quelle drôle d’idée ! s’étonna-t-il. Il y a quand même des endroits plus glamour pour une personne aussi belle que vous.
Pffff ! Ces Français étaient tous des dragueurs !
- Ligne RER jusqu’à Châtelet-les-Halles et là ligne 14 du métro jusqu’à la gare Saint-Lazare, finit-il par dire après avoir pianoté sur le clavier de son ordinateur. Mais je vous le redis, vous feriez mieux d’attendre sur Paris ce soir et partir demain pour Caen. Je finis mon service dans dix minutes et on pourrait aller se boire un verre quelque part. Sympa quoi…
- Pas possible, fit Claire en souriant – ce qui aggravait son cas -, il faut que je rejoigne ma fille.
- Vous avez une fille ? Et elle est aussi too much que vous ?
- Assez pour être en une du journal de ce matin… Bon, alors… Il vient ce billet ?
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Ven 6 Mar 2009 - 15:38

- Voilà, mademoiselle ! Ici vous ne serez plus importunée par ce monsieur…
Le contrôleur jouait la comédie avec un naturel désarmant. Sans doute son métier nécessitait-il une bonne dose de sens théâtral quand il fallait se mettre en colère face à des gens n’ayant pas de billet ou supporter sans broncher l’injure de voyageurs mécontents. Ca devait former le caractère tout autant que l’art de mentir.
Franka murmura un rapide merci, puis enchaîna par un bonjour moins discret à Léo Chopin. Celui-ci leva à peine le nez de son magazine pour lui répondre.
- Je comprends pourquoi le contrôleur lui en voulait tant, songea-t-elle. Il est imbuvable ce type.
Pourtant, elle devait réussir à le mettre en confiance pour le faire parler. Dans un premier temps, elle avait seulement envisagé de le suivre mais, grâce au contrôleur, elle était au contact de l’adversaire. Ca n’était pas l’exercice qu’elle préférait, du moins quand le contact était purement verbal. Si ça devenait physique en revanche… Prendre Léo Chopin par le colbac, le plaquer contre la vitre du wagon – de préférence après lui avoir malencontreusement cogné le front contre le rebord du casier à bagages – ça, elle savait faire. Pour le reste, elle allait devoir essayer d’imiter Cathy. Un peu de charme, un peu de naïveté et beaucoup de culot. Et c’était pas gagné !

- Si on reste « off », est-ce que vous pouvez m’expliquer comment vous en êtes arrivées là où vous êtes ? questionna Savidan.
Louisa finit tranquillement sa tartelette, avala une gorgée de soda avant de répondre.
- Demandez à Cathy.
- Ce qu’elle dit n’a pas beaucoup de sens… Elle m’a juste demandé son médicament. Elle est souffrante ? Je ne pense pas qu’on puisse être malade et courir aussi vite un 1500 mètres. Il y a forcément autre chose.
- Ce que vous me demandez dépasse ce que je peux vous dire.
- Et si, en échange, je vous libère ?
- Et vous libérez Cathy aussi ?
- Impossible ! Il y a un mandat international contre elle…
- Tu m’étonnes, railla Louisa. Les mecs, dès qu’ils l’ont approchée, ils peuvent plus s’en défaire. C’est pas à moi que ça arriverait ce genre de truc.
- Je peux au contraire vous faire enfermer pour de bon…
- C’est bon, sopira Louisa. Arrêtez avec vos arguments à deux balles, je vous explique… Cathy travaille sur le trafic d’un nouveau produit dopant appelé Balkon. Elle en a elle-même avalé ce qui explique sa performance stupéfiante hier soir, mais ce truc a des effets secondaires radicaux. Ils transforment complètement la personnalité. Shootée au Balkon, Cathy devient intelligente mais perd sa fabuleuse mémoire, elle devient raisonnable mais elle se trouve alors moche… Oui, oui, elle se trouve moche.
- Et pourtant, elle en réclame… C’est incompréhensible.
- Elle a dû se rendre compte, dans un éclair de lucidité, qu’elle était redevenue elle-même.
- Ca ressemble à quoi ce Balkon ? demanda le flic.
- A des petites gélules rouges que vous trouverez parmi les affaires que j’ai été obligée de laisser à vos collègues quand j’ai vidé mes poches.
- Et si j’apporte une de ces gélules à Cathy.
- Elle sera sans doute contente et elle vous fera fête… Mais elle s’endormira très vite ensuite et vous n’en tirerez pas grand chose.
- Pourquoi ?
- Comme on craignait qu’elle veuille nous voler les gélules, on les a vidées et on a mis un somnifère léger à la place.

Après avoir passé au ralenti la zone où une partie des caténaires avait cédé, le Thalys avait gagné sa vitesse de croisière. Franka échafaudait dans sa tête des stratégies d’approche qu’elle finissait toujours par repousser les jugeant stupides et inapplicables.
Qu’est-ce qui pouvait bien faire réagir Léo Chopin ?
Par la mésaventure survenue au contrôleur, elle savait que le sprinteur n’avait visiblement aucune envie d’être reconnu. L’approche par le culte de la célébrité était donc à rejeter.
Lui dire qu’il était craquant et qu’elle craquait, ça elle ne savait définitivement pas faire.
Lui chatouiller les côtes en public avec son P.38 Lightning n’était guère pertinent dans un wagon bondé.
- Eureka !
- Pardon ?! fit Léo Chopin.
- Non, rien…
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Ven 6 Mar 2009 - 15:38

L’inspecteur La Garenno aurait bien aimé être à la place de la brunette qui était venue après Lille s’asseoir à côté de Léo Chopin. D’aussi près il aurait pu mieux voir ce que bricolait l’athlète belge pendant le voyage. D’un autre côté, il ne fallait surtout pas que Chopin remarque que quelqu’un l’accompagnait dans sa fugue.
Il n’avait pas été facile de convaincre le père Léon – c’était le surnom qu’il donnait au commissaire – mais avec son acharnement coutumier, La Garenno avait mis en avant quelques petits détails qui le tracassaient. Cela avait finalement payé ; La Garenno était retourné planquer devant l’immeuble du quai Waterloo.
Alors, quand il avait vu La Garenno s’embarquer avec son sac à dos dans le taxi, puis le taxi faire un brusque demi-tour en pleine avenue Enzo Scifo, il n’avait plus eu de doutes. Ou ce gars était complètement barge, ou il y avait un truc de pas clair dans sa vie.
Et La Garenno, qui n’aimait pourtant pas l’action et préférait se torturer les méninges dans les voitures à l’arrêt, prévint le commissariat qu’il risquait fort de manquer à l’appel le lendemain matin.

- D’où vous sortez cette gélule ?
Bingo !
Franka retira la gélule rouge du piège de ses deux lèvres.
- Je les ai achetées.
- Vous me suivez n’est-ce pas ?
La discussion ne prenait pas du tout le tour qu’avait imaginé Franka.
- Pourquoi cela ? J’ai mal à la tête et je prends un médicament… Qu’est-ce qui vous fait croire que je vous suis ?
- J’ai les mêmes gélules rouges que vous…
Et pour accréditer son affirmation, Léo Chopin tira de la poche de sa veste une plaquette entière.
- Ah ben alors ! s’exclama Franka en essayant de prendre une mine faussement outragée. Celle-là on ne me l’avait jamais faite ! Se faire draguer avec un médicament… Monsieur, qu’est-ce que j’y peux moi si vous avez mal à la tête ?
Léo Chopin lui attrapa le bras et l’attira énergiquement vers lui.
- Arrêtez votre cirque ! Je sais bien que vous me suivez !… Des gélules comme ça, il n’y en a pas dans le commerce… C’est ce que m’ont dit les vendeurs… C’est toujours rouge et une autre couleur… Jamais tout rouge !
- Bon, ok… C’est bon… Calmez-vous !
- Qu’est-ce que vous me voulez ? fit Léo Chopin en serrant les dents pour ne pas exploser. Je vous ai dit que j’allais lui régler son compte à l’autre pétasse. Vous pourriez me faire un peu confiance au lieu de m’espionner tout le temps.
- C’est les ordres, monsieur Chopin… Je suis comme vous… J’obéis.
Franka avait trouvé ça pour ne pas en dire trop tout en répondant à la colère froide du sportif.
Derrière cette tension nerveuse, il y avait des zones d’ombre que les allusions faites pendant l’altercation pouvaient peut-être éclairer. « L’autre pétasse » c’était toujours Cathy dans la bouche des mecs une fois qu’ils l’avaient baisée, ça c’était entendu. On attendait de Léo Chopin qu’il « lui règle son compte » ce qui n’était pas spécialement rassurant même si Franka était bien déterminée à ne pas laisser le sprinter arriver jusqu’à elle.. Pourquoi lui d’ailleurs ? Sans doute parce qu’il lui avait donné une part de son stock de Balkon. C’était sa punition.
Tout cela semblait coller.
- Vous allez me suivre comme ça jusqu’à Caen ?
- Jusqu’à ce que vous fassiez ce que vous avez à faire, répondit Franka.
- Donc jusqu’à Caen.
- Je viens de vous le dire.
- Mais je vous parle de la ville de Caen, pas de quand !
- Oui bien sûr… Excusez-moi.
C’était vraiment dur de suivre une conversation avec ces shootés au Balkon, ils mettaient des jeux de mot partout.

Louisa quitta le commissariat sans avoir été autorisée à revoir Cathy. On lui avait offert une sortie discrète par une ancienne porte dérobée qu’on avait remise à sa place. Dès qu’elle fut dans la rue qui courait derrière le commissariat, Louisa n’eut de cesse de regagner l’avant pour mesurer la quantité de confrères qui stagnaient devant le poste de police. Elle était assez conséquente et, sans doute pour s’occuper faute d’infos, les journalistes faisaient du micro-trottoir en demandant aux gens ce qu’ils pensaient de la fuite puis de la réapparition dans leur ville de cette énigmatique athlète belge. Louisa dut d’ailleurs décliner sans ménagement deux demandes, une d’une télé et l’autre d’une radio, avant de pouvoir poursuivre son chemin pour récupérer sa voiture.
- Les pauvres ! pensa-t-elle confraternellement en regardant les déambulations pathétiques des journaleux. Ils attendent pour savoir et ils ne sauront que quand j’aurais fini d’écrire mon article.
Louisa fouilla dans son sac pour récupérer ses clés.
- L’enfoiré de flic ! s’exclama-t-elle. Il a gardé les gélules !
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 8 Mar 2009 - 0:36

Chapitre 19
Jeux de mains


Le Thalys réussit à regagner dix sur les vingt-cinq minutes de retard occasionnées par son arrêt imprévu à Lille. A plusieurs reprises, ça avait tangué dur dans la rame et Léo Chopin avait failli recueillir une grande asperge boutonneuse sur son plâtre. Franka avait retenue ladite asperge à temps évitant que, désarçonnée par un hoquet ferroviaire, la jeune femme ne vienne s’abattre sur la jambe fracassée du sportif.
Le malotru ne l’avait même pas remerciée. D’ailleurs, il ne lui parlait pas et évitait de la regarder, ce qui était l’exact opposé de ce que Franka espérait en venant s’asseoir à ses côtés. Comme quoi le charme de Cathy était une arme d’une terrifiante efficacité.
Léo Chopin ne daigna s’adresser à Franka qu’une fois le train arrivé en gare et son ton ne fut pas spécialement aimable.
- Vous allez bien porter mon sac puisque vous n’en avez pas…
- Et puis quoi encore ? ronchonna Franka. Vous ne voulez pas que je vous porte sur mon dos !
Franka s’était trop longtemps contenue pour ne pas exploser à un moment ou l’autre. Le moment c’était maintenant et ses yeux se mirent à lancer des éclairs qui auraient passionné un Benjamin Franklin.
- On n’aura jamais le train pour Caen ! affirma Léo Chopin qui n’avait pas vu Franka entrer dans sa phase d’hulkisation. Il part dans trente minutes à la gare Saint-Lazare. Il faut trouver un taxi, traverser Paris et…
- Ok, je le porte votre sac…
Que pouvait-elle faire d’autre de toute façon ?

Claire en était venue à se dire qu’elle aurait pu prendre le temps de boire un truc avec l’employé de la gare de Roissy. Attendre le départ du train pour Caen était interminable et la gare ressemblait de plus en plus à un désert glacé. Faute de quelque chose à faire et, pour éviter de sombrer dans les affres d’un double décalage, horaire et climatique, elle s’était repliée dans la brasserie de la gare, avait commandé un café et cherché, contre toute logique, à joindre Cathy sur son portable. Au deuxième message du répondeur, elle abandonna et se concentra sur la lecture du journal sportif qu’elle avait acheté et qui titrait « Qui est Cathy van der Cruyse ? ».
Elle, elle avait la réponse.

- C’est votre médicament ?
Les yeux de Cathy s’illuminèrent et elle tendit la main vers la gélule rouge comme un enfant accourt vers un cadeau.
- Qu’est-ce qu’il soigne, ce médicament ? questionna l’inspecteur Savidan.
- Moi.
- Vous avez besoin d’être soignée ? Vous êtes malade ?
- Je suis trop conne et je veux plus que les gens me prennent pour une conne, répondit Cathy don les yeux se mouillèrent de larmes.
- Vous êtes sûre que cela vous soigne ?
- Oui.. Oui… Je me sens… Je me sens une autre… Voilà c’est ça… Je me sens une autre. Et ça me fait du bien.
- Mais pourquoi vouloir être une autre ? Vous êtes très bien comme vous êtes.
- Donnez-moi ce médicament s’il vous plait, répondit-elle sans prêter la moindre attention aux remarques du flic. Je vous préviens, je suis ceinture noir de judo. Alors…
- Je sais… Vous êtes très sportive et vous êtes très drôle… Vous avez une mémoire hallucinante. Pourquoi voulez-vous changer ?
- Parce que je suis conne !… S’il vous plait…
Luc Savidan, touchée par cette petite mine triste, par ce visage affaissé en une supplique brûlante, tendit la gélule rouge à Cathy.
- Est-ce que le truc le plus con ce n’est pas d’essayer de changer ce qu’on est pour être ce qu’on n’est pas ?
- Quoi ?…
- Non, j’ai rien dit…

Le colonel de Roncevaux imaginait la tête de Pluchard quand il allait le voir débarquer au siège social de la Banque Inter-Européenne de Crédit Commercial (BIECC), immeuble cossu du centre de Bruxelles qui servait de centre de commandement aux services secrets belges. Il n’osait imaginer que son subordonné, en pleine procédure Kleptomane 4, ait pu prendre sa soirée pour aller au cinéma. Ca allait ronfler !
Il était rassuré de savoir Cathy en sécurité au poste de police de Caen mais demeurait inquiet de son état de santé mentale. Il connaissait les fragilités de sa fille adoptive numéro 2 et, mieux que quiconque puisque le dossier se trouvait dans le coffre-fort de son bureau, les recommandations qui avaient été faites par les médecins, de l’écarter à l’avenir du service action. Voilà pourquoi il avait ordonné à Pluchard de ne pas affecter Cathy en mission pendant son absence.
Exactement ce que ce crétin avait fait dès qu’il avait eu tourné le dos.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 8 Mar 2009 - 0:37

- Saint-Lazare ? Mais faut pas vous faire de souci comme ça, m’sieur dame. Vous y êtes dans dix minutes… C’est presque tout droit… Et à cette heure-ci, y a personne en ville. Ils mangent ou ils sont au match de foot au Parc.
Le chauffeur de taxi avait un bagout pas possible mais au moins il avait été rassurant sur la possibilité d’arriver à temps à la gare. Il pouvait se taire maintenant et démarrer. Allez, démarre, supplia muettement Franka… Mais non il en rajoutait encore.
- Vous faites un joli couple ! On vous l’avait jamais dit ? Eh ben moi je vous le dis…
C’était plus que Franka pouvait supporter… Elle réussit au dernier moment à se contenir avant d’étrangler le mec pour qu’il se taise…
Dix minutes ! Elle devait tenir dix minutes !
Et puis non, elle n’y tint plus, dégaina son flingue sous le regard effrayé de Léo Chopin et le braqua sur le conducteur.
- Ta gueule ! Roule !
Il ferma donc sa gueule et roula.

Quand Cathy sombra dans les bras de Morphée, Luc Savidan remonta la couverture qu’il lui avait apportée et se mit à son bureau pour terminer deux rapports en cours. Il sourit en songeant qu’il allait passer toute la nuit à se régaler de ce visage parfait et que le lendemain matin, quand Cathy se réveillerait, il serait la première chose qu’elle verrait. Ca valait toutes les nuits blanches du monde.

Le train était venu lentement se mettre en place voie 7. Claire avait accueilli l’annonce avec une certaine satisfaction. Elle allait enfin pouvoir abandonner la banquette rouge fanée de la brasserie pour le siège, sans doute plus confortable, de son wagon de première classe.
Monter dans le train c’était déjà se dire qu’on partait et que l’arrivée n’était plus qu’une question de patience. On pouvait commencer à décompter les minutes avant le terme du voyage. Toutes les perspectives se redessinaient avec la même magie que lorsque le tableau électronique brassait ses lettres pour se remettre à jour.
Que ferait-elle à Caen ? Claire n’en avait pas la moindre idée. Ce qu’elle savait c’est que l’homme qui lui interdirait de voir sa fille n’était pas encore de ce monde.

Gilbert Pierron avait enfin réussi à retrouver sa fille. A croire qu’elle l’avait fui pendant les deux dernières heures.
- Où tu étais passée ? demanda-t-il en la tirant dans un coin du vestiaire de l’équipe belge.
- La presse, le contrôle antidopage et puis des copains qui étaient venus m’encourager et avec qui j’ai discuté un moment… Et puis je savais que tu avais du travail, mon petit papa, répondit Cécile.
- Cécile, tu as amélioré ton temps d’un peu plus d’une seconde… C’est quand même beaucoup…
- J’étais à la bagarre avec l’Italienne… Je me suis arrachée comme jamais.
- Ecoute…
Il baissa la voix même si le vestiaire était vide.
- On a découvert des histoires louches dans l’équipe…
- Louches comment ?
- Tu me comprends à demi-mots. Des produits…
- Qui ça ?
- Léo… Albertine-Ulla… Sans doute aussi Birgit Hoffenmeister… J’ai trouvé, rétrospectivement, son super jet hors limites assez étrange…
- Tu oublies alors Cathy van der Cruyse.
- Je ne l’oublie pas mais elle c’est pas pareil… Alors, je veux savoir. Tu connais Albertine-Ulla, tu es copine avec Léo… Est-ce que toi aussi tu as déjà touché à ce truc, le Balkon ?
- Jamais touché à ça, assura Cécile.
- Mais tu en as entendu parler… On en parle dans l’équipe ?
- Comme ci, comme ça… Certains se demandent si d’autres en prennent. Certains en prennent et s’en vantent.
- Et pas toi ? Tu me le jures ?!
- Je dirais bien que je jure sur la tête de maman mais vu qu’elle n’est jamais revenue de son week-end à Paris, je ne suis pas sûre que…
- Tais toi ! Jure et c’est tout.
- Je le jure papa… Je n’en ai jamais pris…
Certaine d’avoir convaincu son père, Cécile baissa quelque peu la garde et commença à laisser son esprit vagabonder à nouveau sur les ailes de la victoire. Une belle paire de gifles la ramena à la réalité.
- Mais pourquoi tu me frappes ? T’es con ou quoi ?!
- Tu aurais dû m’en parler depuis longtemps de tout ça. J’ai l’air de quoi, moi, maintenant ?
- Je suis pas une balance ! rétorqua Cécile.
- Tu es ma fille et ça te donnait le devoir d’en être une.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 8 Mar 2009 - 0:37

Quand Claire reconnut Franka qui remontait le quai, elle fut tentée de cogner à la vitre renforcée du wagon pour attirer son attention. Et puis elle vit le type qui l’accompagnait péniblement avec ses béquilles.
Si Franka était là c’était forcément pour rejoindre Cathy elle-aussi, mais si elle y allait avec quelqu’un c’était que la mission le lui imposait. Et dans les affaires de services secrets, on observait toutes les données d’un problème avant d’agir. Comme toute intervention inutile était potentiellement dangereuse, Claire décida donc de patienter.
Elle n’eut pas longtemps à attendre. Il n’y avait qu’un wagon de première classe dans le convoi court qui devait rallier Caen un peu avant minuit. Franka et le plâtré revinrent face à elle en remontant le couloir.
A son tour, Franka la vit. Ses yeux marquèrent à peine l’étonnement. Elle avait la maîtrise d’elle-même dans ce genre de moment. L’absence de réaction claire de sa part suffisait à dire qu’elle était dans le cadre de sa mission, que son compagnon de voyage était suspect. Claire se le tint pour dit. Il ne fallait pas chercher à prendre contact mais attendre que, d’une manière ou d’une autre, Franka vienne à elle.
En détournant les yeux pour ne pas sembler fixer Franka plus qu’il n’était logique de le faire, Claire aperçut sur le quai un drôle de bonhomme au visage sec et au large imperméable. Lui aussi avait une attitude déconcertante, cherchant à la fois à observer l’intérieur du wagon mais sans tourner franchement son visage vers la rame.
- Ce train serait-il le bal des espions, se demanda-t-elle ? Si c’est le cas, mon petit Roland, tu aurais mieux fait de m’accompagner. C’est ici qu’il va se passer des choses.

Louisa avait roulé jusqu’à sa résidence secondaire de Merville à l’embouchure de l’Orne. C’était un endroit assez tranquille en cette saison ; elle et Cathy y auraient attendu dans le calme que les choses se tassent dans l’affaire du meeting Pythagore. Par la faute d’une pédale d’accélérateur bien trop légère, le projet avait capoté et Louisa se retrouvait seule pour ouvrir les fenêtres et aérer un peu la maison du 15 rue André Bourvil.
Fallait-il écrire l’article tout de suite ? Fallait-il balancer le scoop tant que l’affaire était brûlante ? La question taraudait Louisa. En écrivant maintenant, elle surfait sur l’actualité mais elle mettait en difficulté Cathy dans sa vie personnelle et Franka dans sa misison. Ne valait-il pas mieux attendre que les propagateurs du Balkon soient arrêtés – et là Louisa faisait confiance à Franka pour que cela se fasse – avant de tout livrer à l’opinion ?
C’était le genre de questions qu’un grand reporter comme Louisa se posait mille fois avant de trancher dans le sens du scoop le plus rapide. « L’information n’attend pas » était une maxime qu’elle-même et ses congénères avaient gravé dans le cœur et qui permettait de tout justifier. Pourtant, ce soir-là, la journaliste referma son ordinateur portable et se cala plutôt devant la télé.
Sur Channel 27, il y avait la fin de la rencontre d’athlétisme Pythagore.
Même quand elle laissait sa conscience lui dicter ses actions, Louisa n’en perdait pas pour autant de vue l’objectif final. Elle ne lâcherait rien sur cette affaire.

A 21h34, le train InterCités commença à rouler vers la Normandie. Presque immédiatement, Franka se leva et remonta l’allée en direction des toilettes. Claire observa que l’homme qui l’accompagnait la suivait du regard. Cela signifiait-il que Franka était sous sa surveillance ? Claire en doutait ; elle connaissait assez la niaque et les connaissances de Franka dans plusieurs arts martiaux pour savoir que le type, avec son plâtre qui plus est, n’aurait pas pesé bien lourd si la jeune femme avait voulu s’en débarrasser. D’ailleurs, lorsque Franka revint, l‘homme ne lui sembla pas spécialement soulagé. Bien au contraire ! Il ressemblait à un mec qui voit revenir un revenant.
Claire n’eut pas le temps de poursuivre plus avant ses réflexions. En passant à sa hauteur, Franka laissa glisser à ses pieds une petite boulette de papier toilette.

Roland Thierry et Bruno Saint-Pognon, sur l’antenne de Channel 27, profitaient d’un petit trou dans la programmation de la rencontre d’athlétisme pour amorcer un premier bilan. En lui-même, ce dialogue n’avait guère d’intérêt pour Louisa ; la compétition, les points, la victoire de la France, elle s’en foutait. Elle était partie se chercher un jus de fruit dans le frigo mais revint rapidement vers le téléviseur quand elle entendit les mots « équipe belge » et surtout « Cathy van der Cruyse »
- Je ne comprends pas qu’on doute de la performance de Cathy van der Cruyse, expliquait Bruno Saint-Pognon. Alors oui, on ne la connaissait pas avant hier soir. Alors oui, elle a fait un temps exceptionnel. Après on peut discuter bien sûr, on en a le droit. Mais cette fille, elle est allée au bout du bout de ses forces et on a vu ce qui est arrivé ensuite. Quelqu’un qui est dopé, après l’exploit, il est frais comme un gardon et il parle aux journalistes sans même être essoufflé. Moi je dis prudence et ne nous enflammons pas. On a brûlé trop de sorcières par le passé…
- Oh mais Cathy van der Cruyse, c’est quand même pas Jeanne d’Arc… Vous savez, mon bon Bruno, que vous êtes quasiment le seul à tenir un tel discours aujourd’hui… Tout le monde se souvient et n’a pas oublié les Chinoises en 93. On a quand même de bonnes raisons de se méfier des filles qui débarquent de nulle part.
- Certes… Mais j’insiste… Tant que rien n’est prouvé, et aujourd’hui on sait que les tricheurs se font toujours prendre à un moment ou l’autre, on est innocent… Pour moi, il n’y a aucun doute, c’est Cathy van der Cruyse qui détient désormais le record d’Europe du 1500 mètres.
- Mon petit Bruno, une nouvelle qui tombe à l’instant et qui prouve quand même qu’il y a quelque chose de pas clair dans tout ça. Le responsable de l’équipe belge, Gilbert Pierron, vient d’annoncer sa démission.
- C’est vous qui voulez y voir un lien de cause à effet… La Belgique, hormis Cathy van der Cruyse et Cécile Pierron sur le 400, et en l’absence de Léo Chopin, n’a pas été brillante dans cette compétition. Gilbert Pierron, on le connaît, c’est un homme honnête. Après une telle défaite, il ne peut que s’en aller. C’est logique… Encore une fois, évitons les amalgames et revenons au départ du 3000 mètres où…
Louisa coupa le son et récupéra son téléphone portable. Le consultant de Channel 27 avait eu raison. Ce qu’elle avait appris en interviewant Gilbert Pierron, c’était que cet homme était un pur passionné. Un type comme ça ne démissionnait pas. Pour le bouger de son poste, il fallait le pousser dehors.
De préférence avec un bulldozer. Les mains ne suffisaient pas.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 8 Mar 2009 - 0:38

Claire se pencha pour récupérer la boulette, la déplia fébrilement. L’écriture ample et nerveuse de Franka couvrait toute la feuille ocre. Elle avait pris un côté tremblotant du fait des trépidations du train mais restait lisible.
Cathy est à Caen. Je suis avec Léo Chopin, le type qui lui a fourni le Balkon. Il me prend pour une envoyée de ses propres fournisseurs et si j’ai bien compris il va à Caen pour éliminer Cathy. Le mot « éliminer » était doublement souligné. Il fit bondir le cœur maternel de Claire.
Prévenez papa parce que je ne peux pas trop lâcher LC. Il faut retrouver Cathy avant lui et la mettre en sécurité. De toutes façons, LC n’arrivera pas jusqu’à elle mais si lui la cherche, je me dis que d’autres doivent la chercher aussi.
Contente de vous voir dans ce train.
Franka.

C’était stupéfiant. Franka en savait moins qu’elle sur l’endroit où se trouvait Cathy. En revanche, elle apportait quelques informations sur ce qui se tramait autour de sa fille. Même si cela restait bien vague.
Claire regarda sa montre.
21h48.
Roland ne devait plus être très loin de son bureau désormais. Elle lui donnait une demi-heure pour botter les fesses de Pluchard et reprendre les commandes de la boutique. Elle l’appellerait ensuite. Rien ne pressait. Cathy était en prison et celui qui devait l’assassiner dans un train à près de 200 km d’elle.

Dans la salle des ordinateurs, le lieutenant Charlotte Montereau était de veille informatique. Toutes les informations qui surgissaient sur la toile étaient regroupées en des sortes de fagots numériques et réexpédiés sur son terminal personnel. Sa mission consistait à procéder à l’archivage des données secondaires et à la mise en ligne sur le réseau intérieur su service des informations utiles.
Charlotte Montereau était un bon élément. Après deux grossesses, pour autant d’enfants, elle avait pris du recul par rapport au terrain mais elle demeurait quelqu’un de fiable dans un service où, Roland de Roncevaux le déplorait sans cesse, les bras cassés étaient légion. Dès qu’un type faisait une connerie quelque part, dès qu’il était instable, incapable ou dangereux, on le mutait aux services secrets.
- Bah, disait toujours Claire avec fatalisme. Des gars comme ça en France, on en fait de sministres… Alors…
L’agente Charlotte Montereau rectifia rapidement la position en voyant débouler l’œil noir du colonel.
- Mes respects, mon colonel ! Nous n’attendions pas votre retour ce soir.
- Eh bien, c’est une erreur, lieutenant ! Il faut tout prévoir dans notre métier… Même l’imprévisible !
- Oui, mon colonel. Vous avez raison.
- Quelles nouvelles de Cathy ?
- Aucune, mon colonel ! Nous cherchons toujours à préciser sa position.
Les colères du colonel de Roncevaux étaient rares. Celle qui se leva après la réponse du lieutenant Montereau était pourtant d’une force telle que l’institut météorologique mondial l’aurait classée sans hésiter dans la catégorie des ouragans de force 5.
- Bon sang ! Qu’est-ce que c’est que ce foutoir ?! On déclenche un Kleptomane 4 pour retrouver Cathy et Franka qui sont quelque part en France. J’arrive de l’autre bout de la Terre et moi je peux vous dire précisément où se trouve Cathy. Et vous, avec un équipement électronique qui vaut une fortune, avec des interfaces partout, des lumières rouges, des lumières vertes qui font spatch et qui font blink sans arrêt, avec des systèmes de tri intelligent de l’info, vous n’êtes pas foutue de relever une nouvelle qui a été relayée par toutes les agences de presse, par tous les médias. Le moindre internaute en Afrique subsaharienne sait déjà ce que vous ne savez pas. Cathy est à Caen. A Caen… Et moi je suis à cran ! Alors, lieutenant, vous terminez votre service et puis vous irez vous constituer prisonnière auprès du capitaine Grolot. Je vous colle deux jours d’arrêt !
- A vos ordres, mon colonel !
- Rompez !
- Mais si je peux me permettre, mon colonel…
Les vents amers du colonel de Roncevaux étant déjà retombés au niveau d’inoffensifs alizés, le chef des services secrets belges indiqua d’un mouvement de tête qu’il écoutait.
- Mon colonel, nous avons eu l’information concernant la présence de Cathy à Caen. Je l’ai transmise moi-même au capitaine Pluchard lequel a alors pris la décision de renoncer à l’opération Kleptomane pour ramener le niveau de vigilance à normal.
- Cet âne a une agente en prison en France et il trouve que tout est normal…
- C’est ce que j’ai essayé de lui dire, mon colonel… Je ne connais pas bien Cathy van der Cruyse mais on dit que c’est une fille bien et…
- Ne prenez pas les patins ainsi, lieutenant. Dites ce que vous avez à dire…
- Mon colonel, si vous montez une opération pour aller la libérer, j’aimerais bien en être. Le terrain commence à me manquer.
- Lieutenant, on ne peut pas participer à une opération sur le terrain quand on est aux arrêts de rigueur… Mais, ajouta-t-il avec un sourire, je reconnais que c’était bien tenté.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Dim 8 Mar 2009 - 0:39

- Monsieur Pierron, Louisa Barbosa à l’appareil… Vous vous rappelez de moi ?
- Comment pourrait-on vous oublier, mademoiselle Louisa ? répondit le coach démissionnaire de l’équipe belge.
- Je viens d’apprendre votre décision. Puis-je recueillir vos premières impressions ?
- Mademoiselle, j’ai fait un communiqué et je m’en tiendrai là.
- Monsieur Pierron, je ne crois pas à une décision de ce type. Pas vous ! Même dans la tempête, vous êtes de ces capitaines qui préfèrent couler après avoir sauvé l’équipage. Pourquoi démissionnez-vous ?
- Ce sont des raisons qui ne regardent que moi.
- C’est à cause d’athlètes de votre équipe dopés au Balkon n’est-ce pas ?
Silence à l’autre bout des ondes, puis la voix plus sourde, plus angoissée du coach.
- D’où tenez-vous cela ?
- Rappelez-vous de l’évacuation de Cathy van der Cruyse, monsieur. En fait, je la connaissais déjà et…
- Vous êtes des services secrets vous aussi ?
- Non… Enfin, pas exactement… Disons que je les aide un peu… Donnant, donnant.
- Alors, il faut dire à Cathy de se terrer là où elle est et la convaincre de décrocher de cette merde. Moi je vais m’occuper de ma fille… Elle est passée entre leurs mains, elle aussi. Voilà, maintenant, vous comprenez.
Gilbert Pierron raccrocha en proie à une émotion violente.
Ils ne savaient pas à qui ils avaient à faire, ces ordures. S’il avait démissionné, ce n’était pas par faiblesse. C’était bien pour se battre.

Pluchard s’était endormi sur son bureau, les deux bras en guise d’oreiller. La télé diffusait un navet du samedi soir, l’ordinateur ronronnait comme un chat malheureux et le plateau repas n’avait toujours pas été débarrassé. On aurait pu se croire dans n’importe quel intérieur de vieux garçon.
- C’est comme ça que vous veillez sur le monde, capitaine ? hurla de Roncevaux en frappant des deux poings sur son propre bureau.
Le capitaine Pluchard se redressa tel un zébulon, essuya son regard endormi du revers de sa main droite avant de saluer son supérieur.
- Cathy est retrouvée, mon colonel. J’ai levé Kleptomane 4.
- Justement, puisque vous êtes levé… Eh bien, marchez jusqu’au service du capitaine Grolot et demandez-lui de vous accueillir pour dix jours.
- Dix jours d’arrêt, mon capitaine ?! Mais ?!
- Mais quoi, Pluchard ?
- Je devais participer à la rencontre inter-services de la semaine prochaine au sujet des nouvelles procédures de défense des monuments historiques de Wallonie.
- Votre remplaçant vous remplacera, voilà tout.
- Mais je n’ai pas de remplaçant ! fit remarquer le capitaine Pluchard.
- Vous n’avez pas de remplaçant mais vous avez déjà un successeur. Alors rompez !… Et surtout que je ne vous recroise pas dans le service. Jamais ! Vous êtes persona non grata dans ce bâtiment et dans tout le quartier adjacent. Si vous voulez demander votre mutation au Groenland ou au Bélouchistan, pas de souci. J’appuierai votre demande.
Les yeux battus, la mine triste et les joues blêmes, le capitaine Pluchard quitta le bureau de commandement opérationnel. Il n’était plus que l’ombre de lui-même.
- Lieutenant Montereau ! appela le colonel par l’interphone. Laissez tomber une minute vos ordinateurs et trouvez-moi dans le fichier papier le numéro du capitaine Mario Bambino.
- Celui qui a de jolis yeux ?
- Je ne saurais vous dire. Je ne suis pas physionomiste surtout avec 12 heures de décalage horaire dans le nez.
- Bien mon colonel !
- Appelez-le et annoncez-lui qu’il est nommé à titre officieux, transitoire et putatif mon second. Briffez-le rapidement sur les affaires en cours. Je veux qu’il soit dans le jeu demain.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 10 Mar 2009 - 0:23

Chapitre 20
Le plaisir des sens


A 22 heures 18, Claire de Roncevaux se leva de sa place individuelle et se dirigea vers l’espace où les appels téléphoniques étaient autorisés. Par chance, il ne s’y trouvait personne, l’heure déjà avancée incitant plus à la somnolence qu’à la promenade.
Elle composa de mémoire – elle refusait par sécurité de le rentrer dans son répertoire électronique – le numéro du bureau de son mari. A l’amorce de la deuxième sonnerie, la voix ferme et décidée de Roland lui demanda :
- Claire, où es-tu ? Est-ce que ça va ?
- Je suis dans le train pour Caen et j’ai l’impression que toute une armada de gens louches est montée avec moi.
- Tu te sens menacée ? Tu veux que…
- Non, non… Voilà ce qui se passe. Franka est avec moi dans le wagon… Enfin non, on a fait comme si on ne se connaissait pas parce qu’elle accompagne un certain Léo Chopin. Tu le connais ?
- C’est un type qui fait de l’athlétisme.
- Si j’en crois le petit papier que Franka m’a fait passer, c’est ce Léo Chopin qui a fourni Cathy un produit dopant. Et maintenant, il est menacé par ses fournisseurs qui lui ont demandé d’aller supprimer Cathy.
- Ils ne rigolent pas, remarqua Roland.
- Moi non plus, je ne rigole pas.
- Pourquoi Franka n’essaye-t-elle pas de faire parler ce Chopin ? Elle connaît pourtant la musique.
- Je crois qu’elle veut d’abord protéger Cathy.
- Ca part d’une bonne intention mais ce n’est pas ce qu’on lui a demandé de faire. Il m’étonnerait beaucoup que ceux qui fabriquent et commercialisent le Balkon soient à Caen eux-aussi.
- Que faut-il lui dire ?
- Que je me charge de la protection de Cathy…
- Tu t’en charges ? s’étonna Claire. Tu es à plus de 500 km de l’endroit où elle est.
- Que Franka fasse parler Léo Chopin ! Pas dans le train bien sûr, mais le plus vite possible après leur arrivée à Caen. Ensuite, elle me rend compte directement… Et dis-lui aussi de rebrancher son portable, c’est énervant d’avoir des moyens de communication modernes et de ne pas pouvoir communiquer.
- Et pour Cathy ?
- Je donne les ordres. On te la prépare. Tu l’embarques avec toi et vous allez vous planquer dans un petit coin oublié du monde.

Louisa était retournée dans la cuisine après son appel à Gilbert Pierron. C’était le problème des résidences secondaires. Quand on arrivait les placards sonnaient creux… Et quand on arrivait tard un samedi soir, il y avait de fortes chances qu’ils le demeurent jusqu’au dimanche matin.
Le corps avait des exigences, Louisa s’en rendit compte. Elle avait certes mangé un sandwich, une tartelette et bu du soda au commissariat mais la situation qui se compliquait aggravait une sensation de vide dans son estomac. C’était quelque chose qu’elle connaissait bien et contre laquelle elle avait renoncé à lutter.
Le stress.
Pour se gaver, s’en mettre plein le ventre pour oublier que la tête pensait trop, il fallait ressortir ; il n’y avait pas d’autre solution.

Le téléphone sonna sur le bureau de l’inspecteur Savidan. Il décrocha rapidement afin que la sonnerie ne trouble pas le sommeil de Cathy van der Cruyse.
- J’écoute.
- Commissaire de la Valandière ?
- Non.. Il est absent… Une mauvaise blessure qui a nécessité qu’il prenne du repos, répondit l’inspecteur en essayant de ne pas rire.
- Ok. Qui êtes-vous alors ?
- Inspecteur Luc Savidan. J’assure l’intérim pour cette nuit.
- Parfait. Ici, c’est le colonel Roland de Roncevaux des services secrets belges.
- Très bien. Et moi je suis le fils caché de Charlemagne… Au revoir et merci de m’avoir dérangé.
Luc Savidan raccrocha avec mauvaise humeur.
- C’était qui ? demanda Cathy d’une petite voix endormie.
- Un de vos compatriotes... Un Roland quelque chose.
- Roland de Roncevaux ?… C’est mon patron.
- Vous travaillez pour ?…
- Chuuuuut ! fit Cathy avec une sourire rigolard. On ne peut pas en parler, c’est secret.
L’inspecteur Savidan n’eut guère le temps de se désespérer de son erreur. Le téléphone se remit à sonner avec un quelque chose qui ressemblait à une seconde chance.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 10 Mar 2009 - 0:24

Il s’agissait pour Claire de trouver le bon moyen pour transmettre à Franka les instructions données par Roland. C’était le genre de gymnastique à laquelle son esprit n’était pas véritablement rompu. Elle savait pertinemment qu’elle n’aurait jamais imaginé avoir recours à une boulette de papier pour transmettre un message discrètement. Elle, elle aurait pris un papier, l’aurait plié en quatre et aurait essayé de le faire passer le plus discrètement possible entre les mains de sa complice. Ce qui se serait vu comme le nez rouge au milieu de la figure d’un clown.
Le problème était en fait double. Il fallait imaginer un stratagème pour faire passer le message mais il fallait aussi faire comprendre à Franka quel était ce stratagème. Claire qui peinait à trouver une solution manqua renoncer face à la perspective de devoir en trouver deux.
- Prenons les choses dans l’ordre. Je vais déjà écrire le message.
Claire farfouilla dans son sac à main. Comme chez Cathy – l’hérédité n’étant pas un vain mot – il y régnait un violent désordre qui évoquait plus un souk d’Afrique du Nord qu’une sage droguerie-quincaillerie de province.
Ordres de Roland : après arrivée du train, faire parler Chopin pour savoir qui le fait chanter. Rendre compte pour suite de la mission. Nous nous occupons de mettre Cathy en lieu sûr. Téléphone branché indispensable pour contact. Claire.
Le message griffonné sur une feuille de son agenda – celui de l’année passée qui par extraordinaire trainait encore là – lui parut assez compréhensible pour qu’elle se remit en quête du moyen de le faire passer à Franka. Elle ne pouvait lui tendre le papier, ne pouvait le laisser tomber à ses pieds. Le message devait donc être invisible.
- Je ne vas quand même pas le faire passer en morse… Et puis de toute façon, en dehors de SOS, je ne connais pas le morse.
Il fallait rendre le message invisible, le cacher dans quelque chose, donner ce quelque chose à Franka. Mais comment ?
Ca lui prenait la tête grave comme les ados le disaient désormais. Elle était concentrée à un tel point qu’elle sentit ruisseler des gouttes de sueur sur son front. Comme elle était soucieuse de son apparence, elle fouilla dans son sac pour se repoudrer.
En un éclair, elle trouva le moyen de faire passer le message à Franka.

La voix du colonel avait un accent belge assez perceptible mais l’inspecteur Savidan qui avait débuté sa carrière à Valenciennes n’y trouvait rien à redire. Au vrai, il aimait le côté carré de cet homme qui lui avait d’emblée parlé comme à un égal et raconté les grandes lignes de l’histoire.
- C’est bien le diable si je comprends comment un collègue a pu lancer un mandat de recherche contre Cathy pour un vol qu’elle ne pouvait manifestement pas avoir commis mais le fait est là. Vous vous êtes retrouvé avec deux demandes contraires de nos services et je comprends votre hésitation. Je crois qu’il faut rendre justice à votre modération en cette affaire.
- Le mérite en revient, je dois le reconnaître, au commissaire de la Valandière qui a prôné très vite un comportement diplomatique à l’égard de mademoiselle van der Cruyse.
- Il n’était pas encore blessé à ce moment-là, demanda Roland de Roncevaux.
- Disons qu’il a voulu jouer avec le feu, dit l’inspecteur Savidan qui ne savait trop comment dire les choses sans les dire vraiment.
- Le feu c’est Cathy n’est-ce pas ?
- Comment le savez-vous ?
- Votre commissaire n’est pas le premier à s’y brûler, lâcha Roland de Roncevaux avec un grand rire. Ce n’est pourtant pas compliqué à comprendre. Cathy ne se prend pas, elle s’offre. Dieu sait que je me méfie de ce qu’elle peut faire comme folie mais ce que je sais d’elle c’est qu’elle fond devant la gentillesse et qu’elle se braque face à la force… Vous comprenez n’est-ce pas ?
- Pleinement, mon colonel.
- Alors, soyez doux avec elle. C’est un ordre !
- Mais, mon colonel, pourquoi me dites-vous tout cela ?
- Parce que, inspecteur, à chaque fois que vous prononcez son nom, on sent dans votre voix une émotion qui submerge tout.

Après être allée s’enfermer dans les toilettes, Claire revint dans le wagon en brandissant son poudrier.
- Pardon de vous déranger… Est-ce que quelqu’un n’aurait pas perdu ce poudrier brun dans les toilettes du wagon ?
Elle s’interdit de regarder Franka, espérant que sa belle-fille par remariage saisirait d’elle-même le sens de la manœuvre. Elle savait que Franka se maquillait à peine, qu’elle ne se trimbalait pas en permanence avec un sac à main. Sa réaction naturelle aurait donc été de ne pas prêter attention à la demande lancée à la cantonade. Mais il était impossible qu’elle ne comprenne pas.
- C’est le mien, madame… Merci.
Soulagée, Claire s’approcha de Franka, lui fourra le poudrier dans la main en prenant bien soin que la paume de Franka se referme à l’opposé du fermoir. Le fin boitier ne devait pas s’ouvrir par mégarde et dévoiler son trésor.
- Tout le plaisir est pour moi, répondit Claire. En plus, je n’aurais pas quoi su en faire, j’ai le même.
Elle se mordit la langue de sa bêtise. La dernière phrase ne s’imposait pas et pouvait apparaître comme un signe de ralliement. Claire jeta un regard angoissé vers Léo Chopin. Il n’avait pas réagi et semblait compter les lampadaires le long de la voie. C’était une occupation comme une autre.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 10 Mar 2009 - 0:24

- D’ici deux heures, votre mère sera là pour venir vous chercher, dit l’inspecteur Savidan après avoir raccroché.
- Maman ?! fit Cathy en battant des mains… Mais ce n’est pas possible ! Elle est à l’autre bout du monde.
- Visiblement, elle en arrive… Juste pour vous retrouver.
En cet instant, Cathy se foutait vraiment d’être la conne la plus extraordinaire de toute l’Union européenne. Ses yeux brillaient, riant et pleurant en même temps.
- Merci, inspecteur. Vous êtes gentil…
Et là, Savidan n’eut plus qu’à se laisser faire pour assouvir son fantasme de la journée. Cathy sembla se déplier de sur sa couchette, marcha droit vers lui et l’embrassa avec une passion qui laissait augurer des minutes paradisiaques.

Deux gros sandwichs à la viande plus tard, Louisa avait l’estomac un peu mieux lesté et les idées un peu plus claires. Dans l’enquête qui était la sienne, elle reconnaissait être à la remorque de Franka pour une large part, même s’il était vraisemblable qu’elle était la seule au courant de la raison première de la démission de Gilbert Pierron. Fallait-il dans ces conditions continuer à jouer le jeu de ses alliées ou voler seule vers la victoire ? C’était dans une formulation un peu différente la même interrogation qu’une heure plus tôt.
Juste pour respirer l’air de la profession, elle reprit le chemin du commissariat. Voir ses collègues au travail et s’épuiser à traquer vainement une info qu’ils n’auraient jamais avait un côté éminemment jouissif pour elle. Ca lui permettrait de tenir encore un peu avant de tout balancer dans un article.

La liaison directe avec la salle des ordinateurs s’activa alors que Roland de Roncevaux, un crayon à papier à la bouche, cherchait à assembler tous les éléments de l’affaire, ceux qu’il connaissait et les autres.
- Oui, Montereau…
- Mon colonel, une information en provenance de plusieurs sites de référence maximum… On annonce la démission de Gilbert Pierron.
- Qui est ce monsieur déjà ? demanda de Roncevaux qui écrivit le nom sur sa feuille et l’entoura d’un point d’interrogation stylisé.
- Le responsable de l’équipe belge d’athlétisme.
- C’est exact. Qu’a-t-on sur lui ?
- Tout est dans le dossier numérique que j’ai préparé pour vous. Un fana de son sport, un passionné intégral, un fort en gueule aussi quand il le faut. Parfois très galant avec les dames si j’en crois certaines indiscrétions sur des blogs. Des dames se piquent d’avoir eu avec lui des relations très intimes.
- Très bien, lieutenant… C’est gênant mais pas de nature à en faire un suspect. Avez-vous répertorié ses déclarations concernant Cathy ou le dopage en général ?
- Sur la victoire de Cathy, la vidéo est indexée. Je l’envoie directement sur votre écran.
- Merci Montereau… Bon boulot. Je lève votre punition…
- Cela veut dire que s’il y a une opération ?…
- Cela ne veut rigoureusement rien dire et vous le savez.

Le train arrivait dans cinq minutes et l’inspecteur Savidan, plongé dans les ravissements d’une relation passionnée, avait perdu le compte des heures. Lorsqu’il jeta enfin un coup d’œil à sa montre bracelet – il ne parvenait pas à comprendre que certains utilisent un téléphone pour cela – il s’extirpa des lianes de bras et de jambes qui l’enserraient pour se jeter sur l’interphone.
- Coutron ! Vous devez aller à la gare pour me récupérer madame Claire de Roncevaux.
- Et faites-y attention, s’écria Cathy. C’est ma maman !
- Coutron est très prudent, affirma Savidan après avoir posé sa main sur le micro du combiné…. Hé, Coutron, de la finesse… C’est pas une hostile…
L’nspecteur Luc Savidan raccrocha avec le cœur barbouillé de mélancolie. Dans une vingtaine de minutes, Cathy aurait quitté sa vie.
- Rhabille-toi, dit-il doucement à sa compagne de jeu. Tu ne vas pas accueillir ta mère comme ça.

On pouvait bien comprendre qu’au-delà de 23 heures les passagers fussent pressés de quitter le wagon et de retourner à leurs pénates. Claire fut quand même un rien choquée de constater que tout le monde se bousculait dans le couloir. Même le claudiquant Léo Chopin devait se prémunir contre les attaques de mémés acariâtres voulant absolument faire glisser leurs valises à roulettes au plus près de la sortie.
Sagement, Claire décida d’attendre. Elle échangea un rapide coup d’œil avec Franka, regard qui tenait à la fois de l’encouragement et de la confiance. Claire ne donnait pas cher du pauvre Chopin qui allait valser en nocturne dès que Franka l’entreprendrait. Où agirait-elle ? Claire n’en avait aucune idée. Peut-être dans le souterrain qui passait sous les voies ? Ou bien alors dans un coin sombre des rues jouxtant la gare ? A moins qu’elle attende qu’il se choisisse une chambre d’hôtel ?
C’était son affaire et c’était son job. Franka trouverait le meilleur endroit et le bon moment.
Lorsque le wagon fut vide, Claire récupéra sa valise dans le casier et se prépara à descendre. Elle sursauta lorsqu’une main se posa sur son épaule.
- Qui êtes-vous, madame ?
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Mar 10 Mar 2009 - 0:25

Gilbert Pierron resta au Stadium de Villeneuve-d’Ascq jusqu’à l’extinction du dernier projecteur. Comme un acteur de théâtre un soir de dernière, il appréhendait l’après, le rythme différent de sa vie. Il ne serait plus sans cesse entre stades d’entrainement, avions et meeting aux quatre coins de la planète. Depuis 15 ans, il avait vu bien des choses. Des glorieuses et des moins héroïques. Des exploits et des désastres. Son cœur avait failli mille fois se rompre sous l’émotion mais la carcasse avait tenu, avait encaissé les kilomètres, les doutes, les frustrations. Là, tout allait s’arrêter. Définitivement. C’était ça le plus dur. Admettre qu’il n’y avait pas d’après.
Il n’y eut bientôt plus que le clair de lune et les petites lumières de sécurité dans la tribune officielle. Juste assez pour deviner une silhouette qui, tapie dans l’ombre, approchait vers lui..

Claire reconnut le type qu’elle avait remarqué sur le quai de la gare Saint-Lazare. Qu’est-ce qui lui prenait de s’intéresser à elle ?
- Qu’est-ce que vous me voulez ?
- Je voudrais savoir pourquoi vous suivez Léo Chopin.
- Je suis fan, ça vous va ? répliqua-t-elle.
- Je n’y crois pas un seul instant. Vous n’avez ni l’âge, ni l’allure d’une groupie hystérique.
- Monsieur, si je suivais Léo Chopin, je n’aurais pas attendu tranquillement dans ce wagon et je me serais jetée sur le quai à sa poursuite.
- Vous n’aviez pas besoin de vous hâter… D’abord, je ne pense qu’il aille bien loin et bien vite dans son état… Et ensuite, votre complice l’accompagne.
Ce gars-là était un bon, pensa Claire. Il avait tout vu, tout saisi, tout compris. De cette remarque découla une question qu’elle posa sans hésiter.
- Qui êtes-vous ?
- Je crois vous avoir posé la question le premier, madame. N’inversons pas les rôles.
Bon et avec de la suite dans les idées en plus. Claire décida de changer de braquet et de passer à l’abordage.
- Vous avez juridiquement le droit de me poser des questions ?
- Je suis de la police, madame… A en juger par votre façon de parler, de la police de votre pays…
- Fort bien. Alors, tout va bien, nous sommes de la même boutique ou presque.
- De la même boutique ? interrogea l’inspecteur La Garenno.
- Je suis Claire de Roncevaux et je travaille pour…
- Comme le Roncevaux des services secrets ?… L’ancien chef de la police de Bruxelles ?
- C’est mon mari, fit Claire avec toute la fierté que procure la sensation d’être un peu connu par personne interposée.
- Inspecteur La Garenno, police de Bruxelles, se présenta l’inconnu. C’est votre mari qui m’a remis mon diplôme il y a deux ans à la sortie de l’école.
- Alors, nous ne sommes pas de la même boutique. C’est un peu comme si nous étions de la même famille, inspecteur.

Pendant que s’amorçait cette discussion de découverte entre Claire de Roncevaux et l’inspecteur La Garenno, les voyageurs avaient fini de gagner le passage souterrain et de s’y engouffrer avec la même célérité gourmande. Seuls Franka et Léo Chopin trainaient encore sur le quai, le handicap du sprinter ralentissant leur avancée.
- Vous allez pas me lâcher, n’est-ce pas ? demanda le sportif belge.
- Ce n’est pas prévu.
- Donc si je me cherche une chambre d’hôtel…
- Vous serez gentil de prendre une chambre avec deux lits si vous ne voulez pas dormir sur l’ersatz de moquette collé au sol.
- Et vous allez me suivre jusqu’à ce que je me débarrasse de qui vous savez.
- Ca me semble évident.
- Et vous allez m’aider ?
- Ce n’est pas l’envie qui me manque de vous donner un coup de main… Mais je ne crois pas que ce soit mon rôle. C’est vous qui vous êtes mis dans cette situation alors à vous de…
Franka n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Léo Chopin releva vigoureusement sa béquille gauche et la frappa. Un deuxième coup de béquille suivit. En pointe, directement dans le ventre.
Les coups faisaient mal mais Franka avait l’habitude d’encaisser. Il suffisait d’attendre que ça s’arrête. Elle se relèverait et il passerait à son tour un mauvais quart d’heure. Elle attendit un troisième coup qui ne vint pas.
Un bourdonnement électrique se fit entendre, puis un grand cri et le bruit de chute d’un corps. Le nez douloureux, la tête encore sonnée, Franka se redressa pour voir disparaître Léo Chopin aux commandes de la voiturette utilisée pour l’approvisionnement des wagons restaurants. Elle dégaina son P.38 Lightning, sentit sa main trembler, rangea l’arme pour éviter de blesser quelqu’un par un tir mal maîtrisé.
Ce mec était un serpent. Désormais, Cathy était en vrai danger.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 12 Mar 2009 - 1:21

Chapitre 21
Qui tuer ?


D’abord Gilbert Pierron avait pensé qu’il s’agissait d’un membre du personnel d’entretien du stade, mais l’ombre se déplaçait avec une fluidité qui disait bien des choses. Par instinct, le coach belge se camoufla entre deux rangées de sièges. Avec la nuit et la faiblesse des loupiotes de sécurité, il était certain de passer inaperçu. Même si, techniquement, il ne passait pas et que c’était au contraire l’ombre qui passait sans le voir, sans même lui dire bonsoir. Effectivement, l’ombre l’évita et finit, avec une impolitesse terrible, par lui tourner le dos et continua à descendre vers la piste.
- Qui est-il et que cherche-t-il ? se demanda-t-il. Quand même ! On ne vient pas à une compétition d’athlétisme avec un fusil à lunette.
A aucun moment, Gilbert Pierron n’imagina qu’il put être la cible de l’homme. Cela dépassait de cent coudées l’idée qu’il se faisait du monde.

Léo Chopin n’avait pas fait les choses à moitié. Il avait franchi les voies à bord de son engin, pénétré dans le hall de la gare par la porte vitrée puis disparu sur le boulevard Guillaume le Conquérant. Le véhicule improvisé ne roulait pas à grande vitesse mais, dans la nuit caennaise, il pouvait avancer assez vite cependant pour réussir à semer des poursuivants à pied. Poursuivants qui, à dire le vrai, ne se bousculaient pas.
Franka jurait toujours quand Claire et l’inspecteur La Garenno la rejoignirent. Elle s’était faite avoir comme une bleue. Ca l’énervait, ça la mettait hors d’elle, ça la rendait hystérique mais surtout ça ne l’aidait pas à rattraper son erreur.
- Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Claire.
- Il faut le courser avant qu’il disparaisse, fit Franka… Mais moi je peux pas… Et il faudrait une voiture… Et on a rien… Et merde !
C’était bien résumé mais ça ne changeait rien au tragique de la situation.

Gilbert Pierron se redressa lorsqu’il jugea pouvoir bouger en toute sécurité. L’homme avait gagné la piste en tartan et continuait à s’éloigner de la tribune officielle. C’était quoi ce pays où des hommes armés pouvaient se promener librement dans un stade ?!
A pas comptés et mesurés, ce qui nécessitait une grande maîtrise de l’art mathématique, le coach belge entreprit de grimper les marches qui le séparaient de l’escalier de sortie. La rencontre malencontreuse entre la semelle de ses chaussures de sport et une cannette oubliée là par un spectateur peu attentif généra par une triste fatalité une double chute. Le récipient métallique dégringola le long des marches avec l’allègre élégance d’un culbuto et un bruit épouvantable de timbale de première communion. Dans le même temps, mais dans un sens rigoureusement opposé Gilbert Pierron se démontait le genou en s’écrasant contre une rambarde.
Une lumière rouge éclaira soudain sa jambe. Il n’entendit la détonation qu’après que la balle ait déchiqueté son mollet.

Louisa en resta complètement sidérée. Il y avait un type qui se baladait en ville avec un de ces chariots motorisés qu’on trouve dans les gares et qui servent à amener à bord des trains couvertures et produits alimentaires. Elle le vit débouler par l’avenue Eisenhower pour tourner dans la rue Vidocq qui conduisait vers le commissariat. Elle trouvait ça à la fois loufoque et inquiétant.
Quand l’énergumène passa près d’elle, elle évacua le côté absurde de la situation pour n’y trouver qu’un aspect angoissant. Elle venait de reconnaître Léo Chopin, le sprinter belge, celui dont Gilbert Pierron lui avait tant parlé, celui qu’il considérait comme son fils. Celui qui avait fourni les gélules rouges à Cathy.
Cathy plus Léo. Cela faisait beaucoup de Belges dans la ville. Il n’était pas bien compliqué de saisir que l’un cherchait l’autre… Et sans doute pas pour lancer une nouvelle session de galipettes acrobatiques.
Louisa se reprocha d’avoir par trop sacrifié à la gourmandise. Lorsqu’elle se mit à courir, elle sentit les hamburgers qui lestaient son estomac.
- Foutu stress, lâcha-t-elle.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 12 Mar 2009 - 1:21

- Vous êtes Claire de Roncevaux ? demanda l’inspecteur Coutron surgissant par l’escalier du passage souterrain.
- Qu’est-ce que vous me voulez ? répliqua Claire qui aidait Franka à réapprendre le sens de l’équilibre.
- Police ! fit le flic en brandissant sa carte barrée de tricolore.
- C’est pas vrai ! maugréa Claire. Je les attire.
- J’ai été envoyé pour vous conduire au commissariat, expliqua le flic
- Alors, n’hésitons pas, fit Franka, et profitions de la voiture de monsieur. Allons au commissariat. Je suis sûre que c’est là qu’il va… Après m’avoir larguée, il va pas aller se planquer en attendant que ça se passe.
- Vous parlez du dingue qui a défoncé toute la devanture de la gare. Vous le connaissez ?
- On fera les présentations plus tard, intervint La Garenno. Il faut rattraper ce dingue.

La brûlure était immense, la douleur insupportable. Gilbert Pierron, allongé dans l’escalier, ne parvenait plus à bouger.
Il entendit les pas du tireur se rapprocher. Il venait donner le coup de grâce. Peut-être bien le narguer d’abord, mais après il lui ferait sa fête..
Pourquoi lui avait-il tiré dessus ? La question tournait et retournait dans l’esprit du coach belge. Ca n’avait pas de sens. La seule explication qu’il voyait, c’était qu’il était la victime d’un fou.
Et un fou, cela ne lui laissait aucun espoir de s’en sortir.

- Il a fait quoi ?
L’inspecteur Luc Savidan faillit s’étrangler en entendant le rapport de Coutron. Un gars venait de voler un engin électrique à la gare et, selon toute vraisemblance, était en train de rouler à 20 km/h vers le commissariat. Et tout cela pour trucider Cathy van der Cruyse.
Même à la seconde écoute, ça restait toujours aussi improbable comme situation. Le gars devait être ou complètement effrayé ou totalement barré pour imaginer pénétrer dans le commissariat sur son engin.
Un grand bruit de verre brisé donna à penser à l’inspecteur Savidan que le type, ce fameux Léo Chopin, était peut-être et effrayé et totalement barré.
- Tu ne bouges pas d’ici, Cathy ! ordonna-t-il.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle.
- Tu ne bouges pas d’ici ! répéta Savidan.
- Elle est où maman ?
- Elle va arriver… Tu as bien compris, tu ne bouges pas.
Le colonel de Roncevaux avait donné à l’inspecteur Savidan une des clés de compréhension du caractère fantasque de Cathy. Il n’avait pu lui offrir l’intégralité du trousseau.
Quand on disait à Cathy de ne pas bouger, elle bougeait.

- Eh bien, monsieur Pierron, on a des états d’âme ?
Gilbert Pierron n’avait pas d’agrégation de philosophie mais, en dépit des circonstances tragiques, sa raison restait en éveil. On lui avait sciemment tiré dessus. C’était bien lui qu’on cherchait. Tout cela ne permettait pas de faire un plan en trois parties mais donnait au moins une bonne problématique qu’il exposa dans un râle.
- Qui vous êtes ?
- Ah, monsieur Pierron, je suis « l’Ange de la mort ». Je nettoie les erreurs que nous avons pu laisser en route. Tous ceux qui en savent trop sur le Balkon ou ceux qui seraient susceptibles de trop savoir.
Gilbert Pierron pensa aussitôt à sa fille. Elle, elle savait des choses. « L’Ange de la mort » l’avait-il déjà fauchée ? Etait-ce elle qui l’avait mis sur ses traces ?
- Vous serez le deuxième de la journée. Il y a pas mal de boulot en ce moment… Tous cela parce qu’il y a eu trop de fouille-merde ces derniers temps… Et ces fouille-merde, ils sont tous passés par vous…
Le deuxième macchabée de la journée ?
Allons la chose était entendue. Cécile n’était déjà plus de ce monde. A quoi bon lutter ? A quoi bon résister ? Ayant déjà égaré sa femme, il ne supporterait pas de vivre avec cette fille perdue.
Gilbert Pierron ferma les yeux. Il savait depuis son service militaire qu’on n’entendait pas la balle qui vous tuait. Du moins personne ne l’avait clairement affirmé en se fondant sur son expérience.

- Mon colonel, un rapport de nos services scientifiques vient d’arriver.
- A quel sujet ?
Le lieutenant Montereau se racla la gorge. Elle sentait que c’était du lourd parce que le message avait un double cryptage électronique dont seul le colonel de Roncevaux avait la clé.
- Composition est le seul mot qui soit en clair avec la date de l’analyse… Aujourd’hui entre 16h et 21 heures.
- Envoyez.
Le fichier crypté arriva sur l’écran de Roland de Roncevaux. Cet assemblage de lettres et de chiffres portait peut-être quelque chose d’essentiel mais il faudrait quelques minutes pour le rendre pleinement lisible. Le colonel déplaça la souris jusqu’au coin de l’écran en bas à gauche. Il y avait là une petite zone réactive de deux pixels sur deux. Lorsque la zone changea de couleur, il cliqua deux fois. Une boite de dialogue s’ouvrit dans laquelle il entra la clé de décodage. Durandal.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 12 Mar 2009 - 1:23

Le tricycle électrique avait fini sa course contre le comptoir de l’accueil après avoir défoncé la porte vitrée du commissariat. L’agente en faction avait été assommée par la chute des 96 annuaires de France métropolitaine malencontreusement rangés au-dessus de son guichet. Les prisons françaises étaient saturées mais les commissariats l’étaient tout autant ; on ne savait jamais où ranger les choses. Même les gangsters qui voulaient se ranger, on ne savait pas, faute de place, comment les y aider. C’était un problème culturel disait le ministre qui venait à peine d’être nommé et n’avait pas d’idée précise sur la question.
Les vêtements tailladés par les éclats de verre, Léo Chopin avait rampé jusqu’à la fonctionnaire de police et s’était emparé de son arme de service, un bon gros P.47 Thunderbolt. Il avait fini par comprendre qu’il s’était mis tout seul dans une merde noire comme de l’encre de chine non communiste (laquelle est rouge comme nul ne l’ignore). Il n’était plus possible de reculer. S’il ne tuait pas Cathy, la grosse voix le retrouverait et lui ferait la peau. S’il la tuait, il devrait encore échapper à la police française et à toutes les forces qu’on voudrait bien mobiliser contre lui. A tout prendre, il pensait être capable de fausser davantage compagnie aux flics français.
La situation était inextricable comme un sprint. Quand chaque faux mouvement peut vous mettre hors course avant même le départ. Quand chaque geste mal maîtrisé vous pénalise d’un infime centième de seconde qui fait pourtant toute la différence. Comme dans un sprint, il fallait foncer en étant relâché, en pensant à tout tout en ne pensant à rien.
Léo Chopin se barricada derrière le comptoir et la montagne d’annuaires. Qu’ils y viennent !

- Ecoutez-moi, monsieur Pierron, je ne suis là que pour vous donner une leçon… Sans quoi j’aurais visé entre les deux yeux comme pour l’autre. Alors soit vous allez vous vider de votre sang sagement ici et quitter ce monde tranquillement et sans rouspéter, soit vous allez utiliser vos dernières forces pour vous en tirer et vous en profiterez pour vous tirer et oublier jusqu’à l’existence de ces petites gélules miracles.
Ca n’était pas clair du tout… Mais peut-être était-ce le Belge qui ne comprenait plus rien. Sa tête ne bourdonnait que d’une seule idée.
- Vous avez tué ma fille, hurla Gilbert Pierron consommant dans ce cri tout ce qui lui restait de force.
- Votre fille ? fit « l’Ange de la mort » interloqué. Pourquoi est-ce que j’aurais tué votre fille ? Ca aurait été une bêtise énorme. C’est elle qui me paie.

En une minute, Léo Chopin fut cerné par une demi-douzaine de flics en uniforme ou en civil. Quelques journalistes qui stagnaient devant le commissariat s’étaient avancés et pointaient aussi leur nez là où deux minutes plus tôt s’élevait une grande vitre.
- Elle est où ? Elle est où ? demanda nerveusement l’estropié plâtré.
- Qui vous voulez voir ?
- Cathy van der Cruyse, répondit Léo Chopin.
- Qu’est-ce que vous lui voulez ? demanda Luc Savidan.
- Je veux pas qu’elle me quitte ! cria Chopin.
Ca lui était venu comme ça. Qu’est-ce qui pouvait bien justifier tout ce bazar ? Il se rendait compte que, poussé par la peur, il s’était fourré dans un drôle de merdier. C’était une chose de se dire qu’on allait entrer, trouver Cathy et lui règler son compte. C’était bien autre chose de se retrouver face à ces flingues braqués sur vous et prendre soudain conscience que rien ne pourrait plus jamais être comme avant.
Le coup du désespoir amoureux, ça pouvait aider à tout justifier. S’il n’échappait pas aux flics, il devrait au moins échapper à la justice.
- Mais ça fait longtemps que c’est fini entre nous, intervint Cathy qui quitta l’ombre de l’inspecteur Savidan. Ca fait deux jours !
- Tu étais quand même pas avec ce dingue ? réagit l’inspecteur interloqué.
- Ben si… Un moment… Il fallait bien que je me fasse pardonner. Je lui avais cassé la jambe.
La gentillesse, la faiblesse. Le colonel de Roncevaux savait exactement de quoi il parlait à propos de Cathy. Avec le recul, ça n’en devenait que plus terrible pour l’inspecteur Savidan et son cœur de midinette. C’était effrayant de se dire qu’on ne pouvait fonder une véritable histoire d’amour avec Cathy ; au premier mot gentil, elle était capable de coucher avec le premier venu. Cette cruelle révélation fit monter la rogne dans la voix de Savidan qui redécouvrit qu’il avait des nerfs qui pelotait facilement.
- Ecoute, mon gars, tu vas poser ton flingue et tu vas mettre fin à tout ce cirque. On a autre chose à faire cette nuit que t’écouter bramer pour une fille qui ne veut plus de toi.
- Peut-être qu’elle veut encore de moi… Peut-être qu’elle veut encore de moi… Qu’est-ce que tu en sais, toi le flic ? Hein ?! Qu’est-ce que t’en sais ?… Cathy, tu te souviens des gélules rouges… les petites gélules rouges… Celles que je t’ai données… Celles qui te font courir plus vite que les autres.
Louisa, qui avait été parmi les premiers journalistes, à oser avancer était effondrée par ce qu’elle entendait. Léo Chopin était en train de crier à tout le monde ce qu’elle était la seule à savoir. Son scoop sur le Balkon était grillé.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Jeu 12 Mar 2009 - 1:23

« L’Ange de la mort » aida Gilbert Pierron à se redresser. Celui-ci hésitait entre continuer à perdre son sang ou perdre sa raison. Avait-il bien entendu ? Sa fille, sa petite fille chérie, payait cet assassin.
- Partez maintenant ! ordonna le tueur. C’était une simple leçon.
Le coach belge ne pouvait pas avancer. Il était scotché sur place par une douleur si forte qu’elle brouillait peu à peu son esprit, qu’elle paralysait sa volonté.
- Je peux pas… Je peux pas…
- Et merde, jura l’assassin. Je peux pas vous laisser vous vider ici. Elle lâcherait pas le reste du pognon.
Alors, avec une délicatesse qui contrastait avec sa mine renfrognée, « L’Ange de la mort » souleva Gilbert Pierron et l’emporta dans ses bras.

De sa poche, Léo Chopin avait tiré une plaque entière de Balkon. Il la brandissait comme un naufragé agite un chiffon blanc pour attirer l’attention. C’était pathétique comme attitude ; bon nombre des spectateurs de la scène se demandèrent d’ailleurs s’ils n’étaient pas tombés par erreur dans un mauvais roman.
Cathy fit un pas, puis un autre. Elle était comme aimantée par les petits points rouges. Luc Savidan, le cœur à l’agonie, n’osa pas la retenir. A quoi bon s’accrocher à cette fille ? Il n’avait aucun avenir avec elle et elle n’avait peut-être même plus d’avenir.
L’inspecteur fit un geste vers ses collègues pour leur demander de ne pas intervenir, de laisser les choses se dérouler.
- Tu me promets de m’en donner tous les jours ? demanda Cathy.
- Tous les jours, répondit Léo Chopin. Ca me coûtera une fortune mais je le ferai. Promis ! Croix de bois, crois de fer, si je mens c’est que je suis un pervers.
Cathy n’eut même pas un regard pour Savidan. Elle avança vers Léo Chopin sans se retourner au milieu des débris projetés dans le hall. Elle avait bien sûr remarqué que sa personnalité véritable était revenue. Elle avait senti la conne l’envahir à nouveau et elle n’avait rien pu faire. Juste, par une étrange préscience, saisir le basculement qui s’opérait en elle. Seules les gélules pouvaient éviter que ça continue.
Léo, il était bizarre peut-être mais personne ne pouvait lui offrir ce qu’il avait à lui offrir de soir et, peut-être, pour toute la vie. L’intelligence. Ce truc qui faisait toute la différence. Ce truc qui la rendrait comme les autres.
A tout jamais.
Quand elle eut pénétré dans le camp retranché du sprinter, il lui tendit la plaquette. Elle s’en saisit et, quasiment dans le même mouvement, goba une gélule. Profitant de son inattention, Léo Chopin l’attrapa par la jambe, la plaqua au sol et lui braqua le P.47 sur la nuque.
- Cathy !
Le hurlement émanait de la voix de Claire qui, flanquée de Franka et de l’inspecteur La Garenno, venait de franchir le barrage de journalistes.
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Mar 2009 - 21:49

Chapitre 22
La protection des espaces vides


- C’est quoi cette connerie !
L’ordinateur avait craché un rapport de deux malheureuses pages recouvertes de formules chimiques incompréhensibles, et dont la dernière phrase - aisément compréhensible, elle – tranchait par sa dure clarté : « Rien d’intéressant ».
- Quel est le nul qui m’a envoyé ce rapport ? demanda Roland de Roncevaux. On demande des explications, des preuves, des faits et on se prend une conclusion qui dit « rien d’intéressant ». Mais on ne lui a pas demandé un jugement à ce mec… Lieutenant Montereau ? Qui est ce type ?
- Ce n’est pas un type, monsieur, mais une dame. Professeur Josiane Pochard du Laboratoire de biologie moléculaire et de gastronomie traditionnelle de Namur. Une de nos honorables correspondantes.
- Correspondante peut-être parce qu’elle nous envoie du courrier, mais il n’y a rien d’honorable à se moquer ainsi de ses employeurs. Qu’est-ce qui lui prend ? Elle n’a pas reçu son chèque le mois dernier ?
- Je ne sais pas, mon colonel.
- Trouvez-moi son adresse, réveillez-moi cette incapable et mettez-moi en contact avec elle. Et vite !

- Allo Channel 27 ?! Est-ce que je pourrais parler au responsable de la rédaction ?
La scène de tragi-comédie à laquelle elle assistait depuis cinq minutes avait donné à Louisa Barbosa l’inspiration qui lui manquait. Son scoop, elle l’avait imaginé sous la forme d’un long article proposé à un des grands titres de la presse française, voire si son traducteur électronique ne la laissait pas tomber, de la grande presse anglo-saxonne. Elle était, envers et contre tout, une femme de plume, une fouille-merde qui bâtissait de véritables enquêtes. Sauf que là, c’était de l’instantané. Tout se déroulait sous ses yeux et, contrairement à ses confrères, passablement choqués et interloqués par la violence de la scène, elle connaissait les tenants et les aboutissants de l’histoire. Il lui fallait trouver le moyen de dire les choses qu’elle savait sur le champ, à chaud. C’était la seule façon de griller la concurrence et de se faire remarquer.
- Dites-lui que je suis à Caen, que ça barde au commissariat de police, là où était détenue Cathy van der Cruyse… Oui la fille qu’on voyait partout ce matin… D’accord j’attends.

Franka avait une meilleure maîtrise nerveuse que Claire de Roncevaux. Elle ne manifesta pas sa peur de la même manière et se contenta de serrer les poings. Chopin ne perdait rien pour attendre. Elle avait encore sur ses lèvres bleuies le goût métallique de sa béquille. S’il lui tombait entre les mains, sa béquille il allait la bouffer ! Et sans mâcher !
- Vous pouvez pas me foutre tous ces curieux dehors ? fit Léo Chopin en désignant la demi-douzaine de journalistes présents… Et vous aussi, ajouta-t-il à destination des flics, cassez-vous. Je veux une voiture pour partir.
- Calmez-vous un peu, intervint Savidan, ça ne sert à rien de vous énerver. On va vous donner ce que vous voulez.
- Et très vite ! ordonna Chopin. Je sais comment ça se passe, je l’ai vu à la télé. Vous gagnez du temps en attendant que les supers-flics arrivent… Donc, vous avez cinq minutes pour me donner la voiture sinon je la bute.
- T’es qu’une grosse tâche, Chopin ! cria Franka. Tu peux pas conduire avec ta jambe. Alors, pose ton flingue et arrête tes conneries !
- Faudrait savoir, répondit le sprinter belge. Vous vouliez que je la bute et maintenant vous ne voulez plus… Puisque vous êtes si intelligente, je veux que vous conduisiez la voiture vous-même.
- Prenez-moi plutôt comme otage, dit l’inspecteur Savidan.
- Vous, vous n’avez plus que quatre minutes…
- On ne va pas céder, murmura l’inspecteur Groussard à l’oreille de Savidan. On ne cède jamais.
- Je le prends sur moi. Préparez la voiture comme il demande… Dégagez le couloir jusqu’au parking… Pas de piège surtout. Je veux que la voiture soit normale, avec un plein suffisant pour travaerser tout le pays s’il le faut…
- Luc, t’es faible sur ce coup-là.
- On ne doit pas mettre l’otage en danger.
Franka s’avança en levant les bras en l’air et rejoignit Cathy.
- Trois minutes !
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MessageSujet: Re: Du monde au Balkon   Sam 14 Mar 2009 - 21:50

- C’est à prendre ou à laisser !
Le directeur de la rédaction de Channel 27 n’hésita pas longtemps. Ce que proposait cette journaliste free-lance c’était de la bombe. Elle pouvait non seulement apporter de nouveaux développements sur l’affaire Cathy van der Cruyse mais aussi commenter en direct, et quasi de l’intérieur, ce qui se passait à Caen. A Caen où ils n’avaient personne. C’était pain béni.
- Ok. Je prends au tarif que vous avez demandé. Mais vous ne touchez rien sur les redifs.
- Ca marche.
- On va couper l’émission en cours, faire un plateau de lancement avec la journaliste de garde et elle vous passera la parole. Ne faites ni trop long, ni trop précis, ce n’est pas un article de presse… Et n’oubliez pas que nous n’aurons pas d’images, vous êtes nos yeux et nos oreilles.

Pour Gilbert Pierron, plus rien ne serait jamais comme avant. Qu’avait-il fait pour enfanter ce monstre ? Sa fille l’avait trahi au-delà même d’une simple affaire de dopage. Elle avait mis au point le trafic de produits dopants au sein de l’équipe belge, en profitant sans doute de sa complicité involontaire, au minimum de son aveuglement. Elle avait ordonné l’assassinat d’au moins une personne et voulu lui faire suffisamment peur pour qu’il disparaisse à jamais du circuit de l’athlétisme.
Abandonné à un arrêt de bus avec sa cuisse trouée par « l’Ange de la Mort », il avait d’abord pleuré avant de se reprendre. Toute sa vie il avait été quelqu’un de fiable, d’honnête et d’inattaquable. Coléreux, oui. Chiant, sans doute. Mais personne n’avait jamais pu le suspecter d’avoir triché ou d’avoir prêté la main à une tricherie. Pouvait-il se permettre, parce que c’était sa fille, de déroger à cette ligne de conduite ?
Non.

- Ici Louisa Barbosa. Je me trouve actuellement devant le commissariat de police de Caen où les dernières minutes ont été marquées par des événements d’une grande tension. Le sprinter belge Léo Chopin, blessé jeudi soir à l’entrainement, est entré en force en défonçant l’entrée du commissariat. Il a présenté son intervention comme le résultat d’une dépression amoureuse, réclamant la présence de Cathy van der Cruyse près de lui. Je suis en mesure de vous révéler qu’il y a en fait derrière ces événements une grave affaire de dopage. Le monde entier a été stupéfait par l’extraordinaire performance de Cathy van der Cruyse vendredi soir à la rencontre d’athlétisme Pythagore près de Lille. Cette performance est le résultat de l’absorption de plusieurs gélules d’un produit dopant appelé Balkon. Le Balkon se présente sous la forme d’inoffensives gélules rouges. Son pouvoir est véritablement terrifiant car s’il accroît de manière spectaculaire les performances athlétiques, il dérègle également la psychologie des personnes. Ainsi, on ne peut comprendre le geste de Léo Chopin si on ignore qu’il est lui-même addict au Balkon et qu’il est celui qui a fourni les gélules de Balkon à Cathy van der Cruyse.
- Louisa, intervint la journaliste en plateau, quelle est la situation exacte à Caen ?
- Léo Chopin a pris Cathy van der Cruyse en otage et il a réclamé une voiture pour s’enfuir. La police locale a décidé de céder à cette demande. Par ailleurs, on n’a pas vu de signes semblant annoncer l’arrivée de forces d’intervention. Il semble donc que Léo Chopin pourra quitter le bâtiment sans être inquiété.
- Louisa, vous enquêtez depuis plusieurs jours sur cette affaire de dopage. Sait-on si on est là face à un scandale comparable aux affaires qui ont touché l’athlétisme américain il y a quelques années ?
- C’est assez difficile à dire. Tout ce qu’on peut remarquer c’est que depuis deux ans des sportifs belges s’illustrent en nombre croissant dans toutes les disciplines nécessitant force et vitesse. Léo Chopin a été un précurseur en athlétisme avant la performance de Cathy van der Cruyse. En tennis, Josy Hénon vient de remporter plusieurs victoires retentissantes en tennis. Joe van den Turp a battu à plusieurs reprises le record du 100 mètres nage libre. Ce ne sont pas à mon avis des coïncidences.
- Louisa, nous venons de joindre notre consultant athlétisme, Bruno Saint-Pognon… Bruno, que pensez-vous des informations apportées par Louisa Barbosa depuis Caen.
- Je dois dire que je suis assez sceptique. On ne connaissait pas Cathy van der Cruyse, c’est vrai et on est en droit de s’interroger sur sa performance… En revanche, quelqu’un comme Léo Chopin est bien connu depuis plusieurs années. Il n’a pas eu de progression fulgurante et n’a jamais été suspecté ou inquiété lors de contrôle antidopage.
- Bonjour monsieur Saint-Pognon, fit Louisa… Venez donc faire un tour ici et voyez dans quel état de nervosité est le dénommé Léo Chopin, et nous en reparlerons…
- J’ai parlé de ses performances, pas de sa personnalité. Nuance ! Dans le milieu, tout le monde sait que Léo Chopin a des réactions souvent excessives et que son équilibre mental fragile était susceptible parfois de l’amener à péter les plombs.
- Alors si vous avez des informations, pourquoi ne les avez-vous jamais données ? Vous êtes journaliste.
- Je suis juste consultant. Je ne suis pas journaliste.
- Mais si je vous suis, les problèmes de Léo Chopin étaient connus… Alors pourquoi aucun journaliste spécialisé ne les a évoqués ?
- C’est du ressort de sa vie privée.
Louisa martyrisait son téléphone portable. Ce type, qu’elle ne connaissait pas, était en train de lui casser son scoop.
- Ecoutez, je possède une gélule de ce produit. Je la ferai analyser et nous verrons bien. C’était Louisa Barbosa pour Channel 27 en direct de Caen.
Elle appuya sur le bouton rouge pour couper la conversation. Pour un fiasco, c’était un beau fiasco.
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