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 BEV 3 et 4

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kate100fin
Canta Strophe


Nombre de messages : 8360
Localisation : Bout du Monde
Date d'inscription : 04/02/2009

MessageSujet: BEV 3 et 4   Lun 23 Fév 2009 - 15:59

Bordeaux aller/retour,

Quartier St Pierre – j’ai retrouvé une petite terrasse à côté de l’église – Je m’installe et j’ouvre mes synapses.
Des odeurs circulent ; sûrement l’approche de quelques fantômes. Il me semble qu’ils arrivent, oui, les voilà, ils passent…comme des anges, légers, silencieux, regardant droit devant eux. Ils ne me voient pas bien sûr, nous ne sommes plus dans le même espace-temps.
Il est curieux de revenir sur les traces de son passé, de respirer, de goûter, d’arpenter les ruelles le nez en l’air et de voir des mirages en imaginant qu’ils vont se matérialiser, qu’on va entrer en collision.
Je repars, parallèle à la Garonne pour arriver au quartier St Michel, le seul endroit de la ville qui sent bon, qui sent les épices et les accents. Je me souviens que c’est là que je venais acheter du henné, le rouge. Un jour j’ai arrêté parce q’un copain me traitait sans cesse de borne kilométrique.
Je m’assois au pied de la Flèche et je regarde sans voir ; je plonge dans mes souvenirs, tant de souvenirs...je n’ai pas voulu tout laisser derrière moi ; mais quand on s’en va, c’est ce qui arrive, un jour ou l’autre. Les visages s’estompent, les ondes se brouillent, les mots se déforment, puis plus rien, le noir, le vide ; il ne reste que quelques sensations tenaces qui rôdent la nuit et que l’on traîne au petit matin certains jours.
Il fallait que je parte. Je ne supportais plus la ville, l’air pollué m’étouffait, les murs écrasaient mes pensées, et le bruit anéantissait mon esprit et mon intimité.
C’est comme ça les villes, au début ça vous fascine, et si l’on n’y prend pas garde, au bout d’un moment, ça vous enferme, ça vous rétrécit la vue, ça vous aspire.
Chacun est dans son univers, entouré d’autres, de milliers d’autres, ils nous rassurent, mais finalement, on les ignore.
On marche au même pas, on va aux mêmes endroits mais on ne veut pas être trop près ; ce sont quand même les autres, ils sont tous étrangers à nous.

Je décide de terminer mon errance place de la Victoire en prenant la rue St Catherine, histoire de remonter le courant ; je passe par les Capucins où traînent encore dans les caniveaux les restes du marché du samedi matin.
En fait, il n’y a pas un endroit qui ne soit gorgé de visions et mon esprit commence à s’embrouiller.
Il cherche son chemin parmi les paradoxes de mes sensations, triturant ma mémoire au point de me rendre saoule.
Soudain, je me sens mal ; je dois sortir d’ici.
Je bifurque dans une ruelle pour me débarrasser du poids qui m’oppresse et trouver un moyen de rejoindre ma voiture au plus vite.
Des ombres me suivent, j’accélère le pas ; je tourne au hasard, mon instinct prend le relais.
Pourquoi me suis-je aventurée si loin ?
Ҫa y est, enfin, le parking ; le ticket, la machine, les pièces.
Je monte dans ma voiture, je ferme la porte.
Je respire et surtout, je ne ferme pas les yeux.
Je prends les clefs et je démarre.
C’est pas toujours une bonne idée, les souvenirs.



Toulouse jour d’août 1993,

Le vent qui rend fou se lève. Avant de le connaître, je me demandais pourquoi les gens l’appelaient comme ça, maintenant, je comprends.
C’est un vent chaud, sifflant, portant de rouges postillons qu’il crache dans les rues et sur les visages, et il ne s’arrête, que quand tout le monde est devenu fou.
Après le passage du vent tout a la même couleur, les rues sont cramoisies, les murs sont cramoisis et les gens sont cramoisis.
Il fait 40°c au creux de la cité rose. Je suis au pied de la cathédrale, on dirait la cité de Minas Tirith, lumineuse dans un ciel métallique et orageux. Certaines villes du sud ont cette dimension ambiguë de colère et de paix.
Ici, pour un rien on se fait insulter, ou inviter à manger un couscous.
Au café du coin, les serveurs aiment bien faire passer les groupes locaux ; je découvre Zebda et les Fabulous Troubadours.
Dans le quartier, tout le monde se mêle, les bourgeois et les clochards; la plupart des gens se croisent sans mépris et se soucient les uns des autres. Bien sûr, il y a toujours des irréductibles.
Un jour, celle qu’on appelle « La Duchesse » est venue à l’épicerie, elle s’était cassée le bras et enfuie de l’hôpital avant qu’on la soigne. Elle traînait toujours avec elle une vieille poussette dans laquelle elle avait installé une poupée avec qui elle parlait. Elle sentait sûrement plus le vin que le parfum et on aurait pu marcher à plusieurs dans les sillons ridés de son visage. On avait envie de rire quand on la voyait, sûr, cette vieille folle sortie d’un répertoire comique d’une société tranquille. Mais, quand on connaissait son histoire, on n’avait plus envie de rire du tout.
Des gens comme elle, il y en avait d’autres, pas mal d’autres ; je les voyais passer dans ma rue, je les servais au magasin, jusqu’au jour où je ne les voyais plus, parce qu’ils étaient morts, de faim, de froid, ou de vinasse, enfin bref, de chagrin.
C’est ça aussi, la ville.
Je me souviens du jour où les habitants avaient engueulé des flics parce qu’ils ne voulaient pas ramasser un type qui dormait par terre devant une maison.
On a finit par l’emmener dans un foyer de bonnes sœurs un peu plus loin, il faut dire qu’on était quand même en novembre…
Et puis, il y a la Garonne aussi, toujours aussi sale, toujours aussi tourmentée, écumant les restes de son mascaret boueux pleuré par l’océan.
Mais même pollués et bafoués, les fleuves, eux, ont le privilège de garder un certain panache.
C’est qu’elle en a vue passer du beau monde ici, la Garonne, depuis ses premiers habitants, elle devait avoir fière allure à l’époque.
C’est toujours une belle ville, Toulouse.

Le vent se calme, mes pensées s’envolent avec lui ; ça y est, je suis vide, lessivée et ahurie.

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Romane
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MessageSujet: Re: BEV 3 et 4   Dim 28 Aoû 2011 - 15:21

Je ne me souviens pas avoir lu ce texte, m'enfin faut dire aussi que 2009...

Et donc je viens de me régaler ! J'aime surtout ce passage là :

Citation :
C’est comme ça les villes, au début ça vous fascine, et si l’on n’y prend pas garde, au bout d’un moment, ça vous enferme, ça vous rétrécit la vue, ça vous aspire.
Chacun est dans son univers, entouré d’autres, de milliers d’autres, ils nous rassurent, mais finalement, on les ignore.
On marche au même pas, on va aux mêmes endroits mais on ne veut pas être trop près ; ce sont quand même les autres, ils sont tous étrangers à nous.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Tryskel
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MessageSujet: Re: BEV 3 et 4   Dim 28 Aoû 2011 - 15:28

Je retiens le même passage que Ro!
C'est vrai que l'autan c'est quelque chose...

Toulouse est une des rares villes que j'aime vraiment, avec Paris parce que j'y suis née et grandie, et Nantes que j'ai choisie, ou qui m'a choisie...


Dernière édition par Tryskel le Dim 28 Aoû 2011 - 15:45, édité 1 fois
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kate100fin
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MessageSujet: Re: BEV 3 et 4   Dim 28 Aoû 2011 - 15:33

Merci de votre passage, les filles...j'ai dans l'idée de regrouper tous les textes des villes. D'ailleurs Jean en avait lu quelques uns...
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MessageSujet: Re: BEV 3 et 4   

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BEV 3 et 4
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