Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Chroniques locales : l'homme au chapeau rouge

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
kate100fin
Canta Strophe


Nombre de messages : 8360
Localisation : Bout du Monde
Date d'inscription : 04/02/2009

MessageSujet: Chroniques locales : l'homme au chapeau rouge   Mer 25 Fév 2009 - 19:46

[center][b]L'homme au chapeau rouge


Je dédicace cette petite histoire à celui qui a créé une nouvelle discipline, unique et personnelle, alliage de la connaissance mycologique, de la pensée existentielle et de l’expérience socioprofessionnelle liée à son dur et merveilleux métier, à savoir : « la psylosophie de comptoir ».

Ce mélange étonnant donnant lieu à de nouveaux courants de pensée tels que « la métamorphose du champignon » ou la « sporulation libre » apporte une originalité incontestable au personnage et à l’évènement braspartiate qui lui est lié.


C'est le jour de la grande foire aux champignons. On prépare l'évènement dans une effusion digne de ce nom. J'ai même été réquisitionnée pour aller dénicher quelques spécimens mycosiques dans les bois.
Je me rends donc à la salle des fêtes, lieu de la manifestation, munie de mon panier, mes bottes et mon ciré au milieu d'une foule hurlante et tourbillonnante.
Des individus passent dans tous les sens en portant de grands panneaux de bois, des tables, des nappes en papier, des sculptures géantes en forme de champignons....
Je m’approche de la buvette pour commander auprès de Maurice, le fils de Ber, le café que je n'ai pas eu le temps de boire ce matin.
Alice, une de mes amies, vient me saluer; elle est coiffée d'un chapeau mauve à grandes voilures :
" - Salut mignonne !
- Salut Dame Alice !
- Alors, tu fais partie de l'expédition ?
- Ben oui, Ber est débordé, tout le monde est en retard, ils n'ont pas assez de spécimens pour l'exposition, alors j'aide un peu...
Et toi, tu ne viens pas avec nous ?
- Oh la non ! J'ai de la déco à poser pour la salle et des costumes à terminer pour le défilé des "champignons vivants" ! D'ailleurs, je fais partie du défilé, j'ai déjà trouvé le chapeau !
- Je vois ...Et que vas-tu présenter comme modèle ?
- Le Mangibus Joyeux ! " Alice fait quelques tours sur elle-même suivis d'un petit bon gracieux.
" - Pas mal... y' a quelque chose de troublant dans ce champignon ! "
Alice répond en riant :
" - N'est-ce pas très chère, je crois que je vais faire craquer les amanites ! D'ailleurs, en voilà une qui s'approche... je te laisse. A plus tard ! "
Puis elle s'éloigne dans un languissant soupir.
Riant encore, je tourne la tête vers Colombo qui marche vers moi.
" - Salut Mam'zelle !
- Salut ! Tu es bien matinal...
- Ben, j'vais chercher les champignons aussi !
- Ah oui, et dans quelle équipe es-tu ?
- La tienne mam'zelle, avec le 'ptit Jojo !
- Et ben, ça va pas être triste..."
A côté de nous, on entend soudain les commentaires de l'acrobate et de son acolyte Martin qui sirotaient eux aussi leur café :
" - Le 'ptit Jojo ? Celui qui dévore crus tous les champignons qu'il voit ?
- Mais non Martin, juste les hallucinatoires ! Comment que ça s'appelle déjà, les Psylocos ! Tu sais ceux qui poussent sur les bouses de vaches ! "
Je me tourne alors vers eux pour participer à la conversation :
" - Vous m'avez l'air très bien renseignés vous deux, ça, c'est une équipe de fins limiers, pourquoi ne venez-vous donc pas avec nous ? "
Columbo s'avance pour intervenir à son tour :
" - Ces deux là ? On 'srait bien avec eux, 'y trouveraient pas leur mère dans un tas de bois !
- Ben tiens, on va pas encombrer les professionnels alors qu'on a besoin de nous ici en tant que conseillers ! Pas vrai Martin ?
- Oui, même que nous on est les « Professionnels » du conseil !
Je commande un autre café à Maurice tandis que Columbo s'assoit à la table des deux compères pour mieux se concentrer sur le débat.
A ce moment, arrive une petite troupe affolée composée de personnes de différentes tailles et d'âges on ne peut plus variables. Tous sont coiffés d'étranges chapeaux dont certains dépassent les imaginations les plus fertiles, leurs vêtements vont du pantalon de survêtement orange, au sous-pull rose, à l’écharpe verte ou encore aux chaussures en plastic dorées.

A leur suite, Ber surexcité (c’est le seul moment de l'année où on le voit dans cet état) qui galope en déblatérant toutes sortes de paroles étranges :
" - Non, les jeunes Argentus sont derrière les Pustulus ! Et la Grande Roswell avec le Satyre Eclaté ! Mais qui t'as mis ce chapeau sur la tête ? C'est pas pour toi, le tien doit être brun, alvéolé et gluant ! Où sont les Kuko Jomons ? "
La voix de l'acrobate tonne à l'autre bout de la salle :
" - Et Ber, t’as besoin d'un coup de main pour faire obéir tes champignons ? "
Ber tourne la tête vers eux en haussant les épaules, dépité.
Le dit Martin en profite pour renchérir :
" - Moi, si j'étais à votre place les champis, je ne me laisserais pas faire comme ça, on vous maltraite, on viole votre micro cosmos, vous verrez, bientôt on vous supprimera le droit à la sporulation ! "
Tandis que les deux compères s'étouffent de rire dans leur café, la voix de l'Ancien résonne : " Bon, on y va, vous êtes prêts ? "
Tout le monde se tourne alors en direction d'un petit homme vêtu d'un ciré qui a sûrement connu tous les bouleversements climatiques de la planète. Il est muni du plus beau panier de cueillette que l'on n'ait vu depuis que le champignon existe.
C'est donc là le signal de départ, nous nous rassemblons autour de lui en nous mettant par équipe.
Accompagnée de Colombo et du p'tit Jojo, je quitte la salle des fêtes pour me retrouver au milieu du groupe d'expédition, la fourmilière des " guerriers de la forêt" bougeant dans tous les sens pour rejoindre leur chef de troupe.
Fanch le Grelot nous attendait juste devant, assis sur le capot de sa berlingot.
" - Salut les jeunes, c'est moi qui vous emmène ! " nous lance t-il en ouvrant les portes de son carrosse. Et voilà que tout le monde s'engouffre à l'intérieur de la voiture de Fanch qui avait dû subir elle aussi tous les bouleversements climatiques connus et imaginables.
On avait surnommé Fanch comme ça parce qu'il avait installé un grelot à son rétroviseur pour être sûr de ne pas s'endormir au volant. Enfin, c'est ce qu'il disait, car d'autres prétendaient que c'était pour lui rappeler celui qu'il avait autour du cou quand il était gamin pour que sa mère sache toujours où il était ; cela faisant partie de la relation étrange qu'il entretenait avec sa mère ; mais vous savez, les racontars….
Et voilà tout le monde parti dans des directions différentes, les moteurs vrombissent dans le bourg devant l'évènement de taille qui s'organise.
Fanch le grelot, lui, prend la direction de la pinède nord dans laquelle il a "un coin à lui" ; je reconnais là son goût du secret et son astuce légendaire…
Nous passons devant le "Grand Agité", un vieux chêne déplumé qui fait des signes aux passants avec ses bras desséchés.
Au loin, les crêtes sortent de la brume.
Fanch engouffre la berlingot dans un chemin creux après avoir vérifié dans son rétro que personne n’a pu voir où il tourne. Puis, arrivé au fond, il se colle entre deux arbres à un endroit où le sol semble dur.
" - Et voilà, là, c'est ma place…"
Puis, nous regardant avec un sourire complice comme il sait si bien les faire, il ajoute : " si vous y voyez ma voiture, c'est que je ramasse les champignons, si vous ne la voyez pas, c'est qu'il n'y en a plus ! "
Voilà qui semblait clair pour tout le monde.

Une fois dans les bois, nous nous sommes séparés en deux groupes, Fanch avec Jojo dont il s'était promis de faire l'éducation, et moi avec ce cher Colombo dont plus personne ne voulait entendre les histoires.
Et après quelques minutes de marche, comme de fait, le bougre a commencé à présenter les symptômes d'une crise de colombianisme aigue, à savoir, la fermeture de l'œil gauche (celui qui pense) et le menton légèrement relevé. C'était parti.
" - Tu sais mam'zelle, je vais te dire quelque chose - on est tous surveillés. Et les autres, ils se moquent parce que je sais ; je les ai vu moi, les autres, ils font partie du truc, tu comprends ?
- Mais de quels autres tu me parles ?
- Ben, Eux ! Ecoute mam'zelle…" Il lève soudain le bras pointant un index mystérieux au-dessus de lui.
" - Ne fais confiance à personne, ils sont capables du pire ! Ils mentent, ils ont toujours vécu dans le mensonge et ils nous manipulent !
- Si tu le dis." Tout en lui répondant, je tentais de m'éloigner progressivement.
" - Mais toi, tu comprends tout ça, j'le vois bien…" renchérit-il.
" - Ouais, ben là, tu vois, je comprends pas tout quand même, mais, je vois ce que tu veux dire ! " Quel crampon, il faut que je m'en débarrasse.
" - Bon, je vais jeter un œil par là, si tu trouves quelque chose, tu me dis !
- Ouais ouais, ben, méfie-toi quand même…"
Je le laisse terminer sa phrase tout seul, déjà je m'éloigne et je n'entends plus qu'un murmure couvert par les bruits de la forêt, enfin, un peu de calme.
Je me laisse entraîner par une piste moussue qui sent bon le champignon et je m'abandonne à cette solitude tranquille, glanant de temps en temps quelques spécimens champignonesques parmi les plus biscornus.
Au bout d'un moment, je relève la tête et finis par prendre conscience que je ne vois plus Colombo, ni derrière, ni autour, ni…
" - Zut, du coup je l'ai perdu ! "
Je reviens sur mes pas, puis j'aperçois un bout de manteau derrière un tronc à quelques mètres. Je suis soulagée malgré tout de le retrouver, on sait jamais des fois qu'il se perde pour de bon, en faisant une crise de délire.
" - Alors, t'as trouvé quelque chose à part des - "
Et là, c'est pas Colombo.
" - Ah ! Vous m'avez fait peur ! " Je recule sous le choc.
Un homme se tient là, coiffé d'un chapeau rouge et un bâton à la main. Il sourit sans rien dire. J'essaie d'avoir l'air décontracté.
" - Excusez-moi, je vous ai pris pour quelqu'un d'autre ".
Puis, laissant l'inconnu à son silence, je recule progressivement et m'oriente vers la droite, où, justement j'aperçois toute une flopée de petits champignons, l'aubaine…
Et soudain, une voix monte juste derrière mon dos.
" - Attention, vous allez pénétrer dans un cercle de sorcière ! "
C'est lui. Qu'est-ce qu'il me veut ce bonhomme, il me fiche à moitié la trouille. Je me retourne et c'est là que j'aperçois sa canne de près, il y a une sculpture en forme d'araignée au pommeau.
" - Ah oui, c'est rigolo ça ! " Et, sans attendre la réponse, je m'apprête à récolter une portion du précieux butin en gardant le bougre sous la surveillance du coin de mon œil.
" - A votre place, je n'y toucherais pas " insiste-t-il
" - Je n'ai pas l'intention de les manger vous savez, j'en ai besoin pour une expo j'en prends juste deux ou trois." Il m'agace lui, il a rien d'autre à faire…mais bon, je dois avouer que l'animal a touché ma curiosité. Finalement je lui demande.
" - C'est quoi alors un "cercle de sorcières" ?
- Ah ! Enfin ça vous intéresse ! " Et le voilà qui plante sa canne à côté de son pied gauche et m'invite à me lever.
" - Venez avec moi, je vais vous montrer ! "
Je me lève donc et commence à contourner le cercle en prenant soin d'aller à l'opposé de l'objet en forme d'araignée, j'ai jamais trop aimé les araignées. Et celle-là n'a pas une tête qui me revient.
" - Attention passez par la gauche, toujours de la gauche vers la droite !
- Ah bon, vous êtes sûr ? Ça doit pas changer grand-chose…
Revenir en haut Aller en bas
kate100fin
Canta Strophe


Nombre de messages : 8360
Localisation : Bout du Monde
Date d'inscription : 04/02/2009

MessageSujet: Re: Chroniques locales : l'homme au chapeau rouge   Mer 25 Fév 2009 - 19:47

- Détrompez-vous, c'est très important, c'est comme si vous entriez dans un labyrinthe, il y a un sens, sinon, vous faussez complètement le fonctionnement et en plus vous pourriez attraper n'importe quelle mauvaise onde qui traîne !
- Ah, parce que ça dégage des ondes ! J'ai jamais entendu parler de champignons ondulatoires…."
L'homme me regarde avec un air amusé, je suis encore tombée sur un dingue…
" - Pas les champignons, le sol ; pourquoi croyez-vous qu'ils poussent ici ? Regardez, venez par là ! "
Je suis le bonhomme jusqu'à un endroit du cercle qui ressemble à tous les autres.
Puis, il s'arrête et me montre un point imprécis du doigt.
" - Vous voyez, regardez, le cercle de champignons a une forme de spirale, ils sont légèrement penchés en suivant cette ligne concentrique."
Et le voilà qui fait des mouvements avec son bras; moi, je ne vois pas grand-chose, quoique, en regardant bien, finalement, il y a peut-être comme une ligne.
" - mouais, je vois un peu, et pourquoi ça fait ça ?
- Et bien vous voyez, là, nous sommes à l'Est et c'est là que se forme la spirale de champignons, puis elle tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. C'est le sens de l'énergie tellurique du sol !
- Ah, comme l'histoire de l'eau qui coule au fond du lavabo…
- Exactement !
- Et, ça veut dire quoi ? "
L'homme me regarde avec une expression mystérieuse.
" - Ça veut dire que c'est un lieu de pouvoir…un endroit où se rencontrent les forces de la nature, certains prétendent aussi que ce sont des portes menant à d'autres perceptions du monde…Avez-vous déjà rencontré des sorcières ? "
Je recule un peu, considérant le personnage ainsi que mes possibilités de fuite.
"- Heu, non, je crois pas. Vous en êtes une ? "
L'homme part d'un rire franc en regardant le sol.
" - Vous savez, les sorcières ne sont pas toujours ce que l'on pense. Ce sont juste des personnes qui ont appris à connaître et manipuler les forces de la nature. Et c'est comme pour tout, il y a du bon et du mauvais. Ici, c'est un lieu où l'on peut puiser de l'énergie brute, mais si vous le faites mal, cela peut se retourner contre vous. Et les champignons qui poussent ici sont investis de cette énergie, ils ne sont en général pas comestibles de toute façon, et pour cause ! Il vaut même mieux ne pas y mettre les pieds, vous ne savez pas dans quel état est le lieu. "
Je le regarde, perplexe.
" - Mais, ce n'est pas un peu dangereux un endroit comme ça à la portée de tout le monde?
- Ben oui, un peu, avant on savait qu'il ne fallait pas y aller, mais maintenant plus personne n'y fait attention. "
Il se déplace alors au centre du cercle et continue son explication tout en plantant sa canne en plein milieu.
" - En fait, il faudrait y placer un menhir pour canaliser l'énergie comme on le fait dans de nombreux lieux mais ce ne serait pas très pratique et un peu idiot de faire ça ici ! " Et il se met à ricaner tout en récupérant son outil d'un geste vif.
" - Evidemment, un menhir, oui, c'est une idée. " Je lui réponds d'un air entendu.
Sur ce, suit un silence pesant pendant lequel je scrute à nouveau le sol, puis l'homme au chapeau rouge ; il a l'air à présent un peu pathétique, un vieux bonhomme paumé qui ne sait pas à qui parler et qui délire avec le premier venu.
Il me raconte des salades, c'est sûr. Bon, il est temps de changer de pinède.
" - Ok, j'ai compris, c'est intéressant ; en tout cas ça m'a fait bien plaisir de vous rencontrer, j'aurais au moins appris quelque chose aujourd'hui. Mais là je dois vous laisser, j'ai une cueillette à faire et puis, il faut que je retrouve mes collègues…Alors merci et bonne journée ! "
Sur ce je le salue et lui tourne le dos comme pour fuir une mauvaise vision.
" - Au revoir Mademoiselle…" Je l'entends prononcer ces derniers mots en sentant le poids de son regard. Un léger frisson me parcourt ; je dois filer vite fait, j'aime pas trop sentir des trucs dans mon dos.
Je me retourne quand même au bout de plusieurs mètres pour ne pas lui montrer que j'ai la trouille et lui lancer un dernier salut du bras.
Personne, il est déjà parti. Par où ? Il s'est planqué. Non, c'est idiot. Il a fait drôlement vite en tout cas. Drôle de bonhomme…et si c'était vrai son histoire ?
Plongée dans mes pensées, j'en oublie ma recherche d'individus cryptogamiques et j'erre sans but au milieu des pins.
Quand subitement, j'entends des cris, non, pas des cris, des hurlements, là-bas, droit devant, s'élevant d'un bosquet d'aubépines noires.
Bon sang, c'est sûrement Colombo, j'aurais pas dû le laisser seul, celui-là est capable de tout ! Je me mets à courir en criant à mon tour.
" - J'arrive ! Où es tu ? "
Je fais le tour du bosquet, pas d'entrée ; la voix de Colombo s'élève comme celle d'un marcassin qui aurait perdu sa mère.
"- Mon Dieu, non ! Ah, au secours ! A l'aide ! "
Bon, je fonce ; je mets mon panier devant ma tête et je pars à l'assaut des aubépines !
Mais où est-il ? Je ne vois rien, il hurle toujours autant ; j'essaie d'accélérer, les épines me lacèrent les bras et les jambes.
Dans un effort pour me dégager, je tombe, je perds mon panier et j'atterris la tête la première sur une grosse branche.
Maintenant, c'est moi qui hurle, ce qui n'arrange rien du côté de Colombo qui doit penser qu'il est cerné par l'ennemi !
Je me relève tant bien que mal et finis par sortir du bosquet pour arriver à une petite clairière planquée au milieu de ces maudits épineux.
Oui, Colombo est bien là, et à ses pieds un corps inerte, celui du P'tit Jojo.
Quand il me voit, il arrête de crier et semble se calmer un peu mais ses yeux sont toujours exorbités.
Je me précipite vers P'tit Jojo.
" - Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? C'est pas vrai, on peut pas vous laisser cinq minutes !
- J'en sais rien mamz'elle " répond Colombo encore tremblant. " Je l'ai trouvé comme ça, qui bougeait plus !
Au début, je m'suis dit " il est couché p'is y dort !" Mais je me suis approché, j'lui ai parlé et là j'ai vu qu'il était pas normal, regarde il est tout vert ! "
J'essaie de bouger la tête de Jojo, il est tout raide mais je l'entends respirer. C'est vrai qu'il a une drôle de couleur, je dirais entre le vert et le mauve…
" - Oh Jojo, tu m'entends ? Réveille-toi bon sang, tu nous fais flipper là ! "
J'entends un léger grognement, je le secoue, il entrouvre un œil.
C'est alors que j'entends les autres cueilleurs arriver, eux aussi attirés par les cris. Les aubépines s'ouvrent devant les grands coups de bâtons de Fanch et du reste de la troupe.
Je m'écarte pour laisser la place à Fanch.
"- Ah le bougre, je m'en doutais, je le quitte des yeux et il en profite pour faire n'importe quoi ! Il a avalé une saloperie, aidez-moi, il faut le faire vomir ! "
Oui, ben moi, je vais faire vomir personne, je me recule pour laisser agir les spécialistes.
Pendant que ce pauvre Jojo est pris en main et en bouche j'en profite pour jeter un œil à la clairière, histoire de ne pas focaliser sur les bruits immondes qui se déversent à côté.
Et, là, croyez-moi si vous voulez, mais le sol est couvert de petits champignons, bien rangés, formant un cercle, et suivant une spirale quasiment parfaite !
" - Ben mince alors, celle-là elle est bonne ! Un cercle de sorcières ! " Je n'ai pas parlé fort, mais Colombo était près de moi.
" - Qu'est-ce que tu dis mam'zelle ? " Il se rapproche, exorbitant son œil droit et se tordant légèrement la bouche.
" - Rien, rien du tout, je regardais les petits champignons par terre, c'est sûrement ça qu'il a dû manger."
Colombo se pencha l'air soupçonneux et commença à remuer le sol avec son bâton.
Les ramaillements caverneux du p'tit Jojo cessèrent alors, ce qui me permis changer de conversation.
" - Regarde, on dirait que ça va mieux, il est devenu rose orangé ! "
Puis la voix de l'Ancien se mit à résonner.
" - Bon allez, on va pas rester jouer, on amène celui-ci chez le médecin et on rentre, ça ira pour aujourd'hui ! "
La troupe s'éloigna du bosquet, entourant Jojo que deux grands gaillards aidaient à marcher.
Je jetai un dernier coup d'œil en arrière, comme pour m'interroger une dernière fois, sur ce qui venait de se passer.
C'est alors, qu'il me sembla apercevoir quelque chose, quelque chose de rouge qui bougeait derrière les aubépines…
" - Bon, alors, t'arrive mam'zelle, reste pas en arrière comme ça ! " Colombo paraissait scruter par delà mon épaule.
Inutile de lui mettre la puce à l'oreille, il avait pas besoin de ça.
" - Oui, j'arrive, j'ai mal aux jambes avec toutes ces griffures ! "
Et comme j'en parlais justement, je me rendis compte que je m'étais bien esquintée quand même. Quelle sortie, on m'y reprendra ; la prochaine fois, je m'inscris aux costumes !
Allez, une bonne douche, un bon café chez Ber et on oublie tout ça.
Enfin, peut-être pas tout…mais ceci est une autre histoire…n'est-ce pas ?
Revenir en haut Aller en bas
 
Chroniques locales : l'homme au chapeau rouge
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Chroniques locales des Monts d'Arrée : ça y est !
» CHAPEAU ROUGE
» l homme au manteau rouge
» 9 - L'Homme au pistolet d'or - 1974
» Augustin Matata Poyo (AMP)"l´homme en cravatte rouge" fera mieux que Muzito?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: kate-
Sauter vers: