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 Chroniques locales - Le camion fantôme

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kate100fin
Canta Strophe


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Localisation : Bout du Monde
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MessageSujet: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 11:53

Les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent et bien des mystères nous sont inconnus ; je lègue donc cette petite histoire à tout ceux qui nous ont fait sourire et à tout ce, qui nous a laissé dans la perplexité…

Aujourd’hui au bar de la fleur sauvage, rien ne laissait présager qu’il allait encore se passer quelque chose de pas banal, enfin, pas banal, ça dépend pour qui, parce qu’ici, la banalité on ne sait plus trop où elle se situe...
La journée tirait vers la fin et je revenais d’une balade dans les bois où mon chien et moi avions partagé un bosquet avec un sanglier pour fuir les chasseurs.
Je m’étais installée à la table du fond comme d’habitude lorsque entrèrent trois jeunes gens plutôt bien mis. On dira pour simplifier que tout portait à croire qu’ils débarquaient d’une cité plus haut, au nord.
Au bar, il n’y avait pas grand monde, pour tout dire on était trois en plus de Ber : le Normand, Fanch le grelot, et moi.
L’oeil luisant des nouveaux venus attisa notre discrète curiosité, chacun bougeant les yeux sans lever la tête, sauf Ber bien sûr qui remplissait son devoir de tavernier.
Nous n’attendîmes pas longtemps avant de savoir de quoi il retournait, trois étudiants en audiovisuel qui préparaient un film sur un sujet à priori inoffensif : les us et coutumes du monde rural de notre belle région.
Ils étaient venus fouiner par ici parce qu’ils avaient entendu dire que quelque chose qu’ils croyaient enfoui depuis longtemps existait toujours dans le coin : l’Ankou.
L’Ankou c’est le valet de la mort, le passeur d’âmes, celui qui emporte les défunts de l’autre côté de la brume.
L’Ankou le sombre, l’homme à la charrette, ici, c’était chez lui.
Et là les têtes se sont levées, sourire aux coins des lèvres, il allait se passer quelque chose d’intéressant.
Pendant un instant interminable, on n’entendit que le son de la bière qui crachait dans les verres, puis Ber entama la discussion : « - ah oui, c’est bien, vous avez une piste ? »
Ils s’assirent à table et le plus âgé pris la parole.
« - Et bien, c'est à dire que, au départ on s’intéressait surtout aux habitudes paysannes et aux vieux métiers et puis on nous a dit qu’ici, les légendes étaient vivaces et que ce personnage occupait une large place dans le quotidien des anciens. »
Sous le feu de l’action enfin en route, le deuxième renchérit.
« - Alors on a voulu venir voir ce qu’il en restait. »
Le Normand prit alors la parole :
« - oh là, ‘faut faire attention avec ça les gars, ici c’est un sujet brûlant ; on raconte pas n’importe quoi sur l’Ankou !»
Et Fanch de rajouter : « sûr, on en connaît des histoires qui vous feraient dresser les cheveux sur la tête ! »
C’est alors, que le troisième larron que l’on n’avait pas encore entendu, leva le nez de son café un petit sourire aux lèvres :
« - ouais, mais bon, c’est quand même surtout du folklore, non ? »
Aie, je sentis l’ambiance s’enflammer d’un seul coup, prête à exploser comme un geyser ; un silence inquiétant nous écrasa, puis s’enroula autour de chacun de nous avant de choisir lequel allait être frappé en premier.
Et soudain, la porte du bar s’ouvrit avec violence, tout le monde sursauta, Fanch renversa la moitié de son café et le Normand faillit s’étouffer dans son verre.
Moi je me mis à tousser et les trois étudiants restèrent un moment figés de surprise en voyant entrer un personnage emblématique de notre vie locale.
Ce fut Ber qui réagit le premier :
« - Bon sang, Colombo, tu nous a fichu la frousse, qu’est-ce qui ce passe ?
- Ben, ‘faut v’nir, ‘ya Rico qui s’est coincé dans la cabine téléphonique ! »
Et là, forcément, suite à la tension qui venait de nous animer tous, l’explosion attendue se finit en éclats de rires, sauf pour nos trois compères toujours sous le choc.
Fanch se leva, suivi du Normand.
« - Ah sacré Rico il nous en fera pas d’autres, comment il a réussi son coup cette fois ?
- Ben, répondit Colombo un peu calmé, je sais pas trop, c’est bizarre, il avait garé sa voiture en face de la cabine, ‘pis tout d’un coup, on sait pas pourquoi, ça à lâché et la voiture est venue se mettre juste contre la porte ! Ben, c’est qu’il est bien coincé !
- Bon, on va aller voir, tu viens le Normand ?
- gast oui, j’arrive, j’veux pas rater ça ! »
Et voilà partie l’équipée de sauvetage d’urgence, direction la cabine téléphonique afin de tenter de délivrer ce pauvre Rico, tandis que dehors, on voyait apparaître les premiers filaments d’un brouillard qui s’annonçait conséquent.
Rico, c’était son surnom, parce qu’il buvait du Ricoré toute la journée
«- ‘ya de la chicorée dedans, c’est plein de vitamines ! » il disait ! Ça, des vitamines, il en avait besoin, avec toutes les aventures qui lui arrivaient, ‘fallait être en forme !
Ayant récupéré de leurs émotions, les trois compères voulurent approfondir le débat. Le grand maigre prit la parole.
« - Dites donc, il se passe des choses rigolotes chez vous !
C’est là que je prends part à la discussion.
« - Ҫa, c’est peut-être ce qu’on appelle ici, un signe ; on vous a dit, l’Ankou n’aime pas qu’on le prenne à la légère… »
Et Ber de renchérir : « - ah oui, c’est comme l’histoire du camion fantôme ! »
Et là, forcément, on avait déclenché quelque chose.
Les trois individus se rapprochèrent du comptoir.
« - C’est quoi cette histoire ? »
Ber prit son air inspiré tout en essuyant ses verres, on sentait la gravité de sa concentration comme si elle posait ses mains sur nos épaules. Moi, je filais doux, tout en venant m’installer sur un tabouret, resserrant le cercle autour du conteur.
« - Oh, ça, c’est une sacrée histoire ; ça doit bien faire dans les dix ans, un camion de livraison de vin a disparu en passant par ici, les vins «Cussec», une grosse boite du coin.
- disparu, comment ça disparu ? » interrogea le plus jeune du trio.
Ber faisait grincer le verre à force de tourner autour avec son chiffon ; une rafale de vent passa à ce moment et les portes du bar tremblèrent.
« - Ben, disons que le camion est passé par là pour traverser la montagne, sauf que, il est jamais arrivé de l’autre côté et qu’on l’a jamais retrouvé. »
Les sourcils des trois individus se sont froncés à ce moment là et juste avant qu’un deux n’ouvre la bouche, ce mon tour d’intervenir.
« - Ce qu’il faut dire Ber aussi, c’est que, à plusieurs reprises des témoins ont vu le camion circuler autour du Yeun Ellez ! »
Et là, ça a commencé à fuser dans tous les sens.
« - Le Yeun Ellez, c’est le nom du marais ici, non ?
- Comment pouvez-vous être sûrs que ce soit le même, il doit y en avoir d’autres des camions comme ça qui livrent du vin ?
- Attendez, les choses ne disparaissent pas comme ça ! »
Ber posa son verre, le gardant serré dans la main et fixant le grand brun assis en face de lui.
« - C’est ce qu’on s’est dit, au début, mais quand la boite à changé tous ses camions il y a cinq ans, il a bien fallut se rendre à l’évidence : le vieux Cussec était toujours sur la route ! »
A ce moment, on vit passer une remorqueuse devant le bar et les portes s’ouvrirent sur Colombo, Fanch et Rico, tout retourné.
Quelques filets de crépuscule en profitèrent pour se faufiler à leur suite.
« - Ben, mon vieux, quelle aventure ! J’ai bien cru que j’allais pas pouvoir sortir !
- Ҫa tu l’as dit, ricana Fanch, Ber, sers-lui donc un p’tit blanc pour qu’il se remette !
- Et puis un pour moi, ajouta le Normand en franchissant le seuil. »
Le grand maigre repris la parole sans se laisser démonter par l’arrivée inopinée de nos compères.
« - Je vois pas le rapport entre le camion et les histoires d’Ankou ! »
Deuxième silence général.
Rico fut le premier à réagir.
« - ah ben c’est pour ça que j’ai faillit mourir, vous parliez de lui !
- Rico n’exagère pas, rigola le Normand ; t’as pas besoin de l’Ankou pour qu’il t’arrive quelque chose !
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kate100fin
Canta Strophe


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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 11:54

- n’empêche que c’est bizarre, insista Rico en terminant son verre d’un trait. »
Fanch se tourna vers le grand maigre en souriant.
« - Vous parliez du camion Cussec je parie ? Vous avez entendu parler du projet « Ankouland » ?
C’est là que Colombo sembla revenir à la vie et ferma son œil gauche.
« - Ah, Ankouland, ça oui, sacrée histoire, il s’en est passé des choses ; tu te souviens Ber, ils ont filé vite les « projéistes » !
Nos trois visiteurs avaient de nouveau l’œil brillant et commençaient à pénétrer dans le vif du sujet.
« - c’est quoi ce projet ? » questionna le chef du groupe en recommandant trois bières.
Tandis que Ber remplissait les verres, il reprit un air sérieux.
« - Disons que, il y en a certains ici qui voulaient « dynamiser » le pays.
- c’est mieux que le dynamiter, interrompit Fanch en rigolant.
- Tu veux parler de l’antenne, boum ! argua Colombo en rouvrant l’œil.
Ber eu un petit sourire et continua son récit.
« - ‘Y a eu un projet de créer un parc touristique sur le thème de l’Ankou et des légendes.
- tu penses, intervint Rico, ils voulaient faire un truc énorme, coller du béton dans le marais et faire des animations ! »
Ber poursuivit.
« - Les gens avaient surtout peur qu’on fasse passer leurs histoires pour des « guignolades » et que le coin devienne un ridicule Disneyland.
- ‘faut dire que c’était bien parti, ajouta Fanch, tu te souviens Ber quand un touriste t’as demandé où était le « menhir d’Astérix » ?
- Ça, si je m’en souviens ! Avec leurs délires ils auraient finit par faire parler l’Ankou en latin !
- Remarque, coupa Fanch, l’idée n’est pas mauvaise, après tout c’est une langue morte !
Notre petit trio de jeunes réalisateurs ne semblait plus savourer l’humour de la situation ; en fait c’est peut-être qu’ils ne savaient plus à quel moment il fallait rire. Ils avaient l’air quelque peu perturbés.
« - Alors, que s’est-il passé avec cet « Ankouland » ?
Ce fut Colombo qui parla le premier.
« - Ben, il s’est passé plein de choses bizarres, hein Ber, ‘y a eu d’abord ce fichu camion qui s’est perdu dans le brouillard et qui hante les routes…
- et puis toutes ces visions que des gens ont eu, ajouta le Normand, vous savez ‘y en a qui parlaient d’apparitions comme des fantômes habillés au siècle dernier, ‘ y en a même certains qui causaient avec !
Je m’y mis à mon tour.
« - Et il n’y avait pas cette histoire aussi d’éclairs qui sont tombés en plein jour alors qu’il n’y avait pas de nuages ?
- Ah oui, ça je les ai vu ! Acquiesça Colombo en levant l’index.
- Bref, y’a eu du remue-ménage, expliqua Ber ; les gens se sont mobilisés contre un projet qu’ils trouvaient destructeur pour le lieu et puis avec tous ces signes en plus…l’idée a été vite abandonnée. »
Le Normand pris un air solennel tout en tendant son verre à Ber pour avoir une nouvelle rasade.
« - Ben, c’est qu’il a été contrarié l’Ankou pardi, on vous a dit, il aime pas qu’on se moque de lui… »
On voyait bien que nos trois touristes oscillaient entre la perplexité et la moquerie. Celui qui n’avait pas trop causé jusqu’à maintenant, un petit nerveux, se leva et vint se mettre au comptoir pour regarder Ber en face.
« - Vous n’allez tout de même pas me dire que vous croyez en ce que vous dites ?
Son collègue se leva à son tour.
- Comme si une légende pouvait avoir autant de prise sur le quotidien, on est au 20ème siècle !
Et le troisième de renchérir.
- Vous voyez bien qu’ils nous font marcher quand même !
Et c’est là, que tout bascula à nouveau ; dans un vacarme assourdissant, la porte du bar vola contre le mur et on vit surgir un forcené écarlate et écumant auquel était relié un fusil de chasse qui avait tout l’air d’être aussi chargé que son maître.
« - Où il est, ce maudit coupeur de lèches ? Je l’ai vu passer ! Ber, est-ce qu’il est rentré là, dis-le moi ! »
C’est à ce moment que tout le monde s’est écarté du comptoir dans un calme relatif, histoire de ne pas stresser davantage l’animal blessé qui se tenait en face.
- Oh la, Youn, du calme, qu’est-ce qui se passe ? Qui est-ce que tu cherches ? » répondit Ber en levant le bras.
Tout le monde connaissait Youn, c’était un gars tranquille, ‘fallait juste pas le contrarier. Néanmoins, il devait s’être passé quelque chose de grave pour qu’il se mette dans cet état là.
En effet, l’affaire n’était pas légère et concernait un des sujets délicats bien de chez nous.
Youn se décida à baisser son arme pour répondre à Ber.
« - Philo pardi ! Il a démolit mon talus avec son tracteur, tout ça parce que je voulais pas couper les branches de mon arbre ! Cet abruti s’est mis en tête de le déraciner !
C’est là que le Normand ne pu s’empêcher de nous faire part de son humour personnel.
« - ça, ‘ya rien de tel qu’un fainéant quand il se met au travail ! »
Fanch se mit à glousser malgré lui et j’avoue que j’eus du mal à me retenir aussi.
« - Ça te fait rire toi le grelot ! Tu veux que j’te mette un peu de plomb dans la cervelle ? »
C’est alors que le fameux voisin décida d’entrer à son tour muni d’une tronçonneuse.
« - Alors, il paraît que tu me cherches ? »
Youn se retourna et son teint vira au violacé, ça sentait le souffre et l’explosion. Et c’est dans ce micro silence précédant toujours un moment d’une rare intensité, que les lumières, s’éteignirent.
Dehors, la nuit était à présent installée et nous nous retrouvâmes plongés dans le noir, privés subitement de la seule chose qui nous rattachait encore à la raison.
Et le chaos prit la parole.
« - Si tu crois que tu vas t’en tirer comme ça, même dans le noir je sens ton odeur de coyote !
- Bon sang, c’est quoi ce cirque, où est ma lampe de poche ?
- Ça serait pas arrivé si tu m’avais pas poussé à bout !
- Oh la, calmez-vous un peu !
- Il est chargé son fusil ?
- Ben je crois oui…
- J’aurais mieux fait de rester dans ma cabine
téléphonique moi !
-‘y sont où les deux fous ?
- Tu vas voir de quel bois je me chauffe, viens un peu par là ! »
Des bruits de chute se firent entendre, d’objets qui s’écrasaient au sol, des piétinements mêlés de jurons, des claquements de portes, puis, plus rien.
C’est à cet instant que la lumière décida de réapparaître. Nous ouvrîmes les yeux sur un champ de bataille où semblaient être passées toutes les furies du monde.
Youn et son voisin avaient disparu, certainement pour aller achever leur querelle quelque part dehors ; d’ailleurs, on entendait des voix monter dans le lointain, ce ne pouvait être qu’eux…
Les trois enquêteurs avaient également quitté les lieux.
On se retrouvait d’un seul coup à nouveau tous les quatre, avec Rico en plus, et les restes d’une tornade qu’on n’avait pas vu venir.
Fanch réagit le premier, commençant à relever les tabourets.
« - Tu parles d’un souc ! Vous avez vu ce carnage ?
- Ce que je vois surtout c’est que mon ordinateur est complètement en rade, ça ces trucs là, ça n’aime pas les coupures de courant. Bon sang, ‘y veut plus se rallumer ! »
Suivant l’exemple de Fanch, nous nous sommes tous mis à remettre un peu d’ordre, faisant attention à ne pas marcher dans le verre brisé et commentant l’évènement avec pudeur.
« - C’est quand même bizarre cette coupure…
- Ça, ‘faut dire que c’est arrivé au bon moment !
- Moi, je trouve que c’est un peu gros pour une coïncidence.
- ‘yen a trois qui ont dû trouvé ça aussi, ils ont filé drôlement vite ! »
Et sur cette pensée, tout le monde s’est mit à rire, oubliant bien vite l’aspect dramatique de la situation, si tant est qu’elle l’eut été, finalement.
« - Tu m’étonnes, on n’est pas près de les revoir ces trois là !
- Vous croyez qu’ils vont changer de sujet pour leur reportage ?
- ‘ya des chances ! »
Riant de plus en plus fort, nos fûmes interrompus par Colombo, qui, immobile regardait par la baie vitrée.
« - Oh, ben ça alors !
- Qu’est-ce qu’ y a Colombo, t’as vu un fantôme ?
- Un fantôme, non, mais, j’vous jure, j’ai cru voir passer le camion Cussec ! »
Ber leva le nez de son ordinateur toujours éteint.
« - Allez, t’as rêvé, on voit rien avec ce fichu brouillard ! »
Fanch vint lui poser la main sur l’épaule.
« - c’est toute cette histoire qui t’est montée à la tête, tu ferais bien de rentrer va !
- Ouais, vous avez raison, je crois que je vais y aller, c’est plus de mon âge tout ça… »
Sur ce, Colombo décrocha sa veste et se dirigea vers la porte, l’air troublé. Nous le regardâmes franchir le seuil en silence.
Et c’est ce même silence qui nous accompagna jusqu’à ce que nous ayons remis un semblant d’ordre à la Fleur Sauvage.
Puis, Fanch attrapa sa casquette et la vissa sur sa tête avec lenteur et insistance, comme si elle était devenue trop petite.
« - Ben, je crois qu’on va tous y aller maintenant, hein ? Allez, bonsoir Ber, à demain ! »
Chacun rassembla ses petites affaires et les uns à la suite des autres, nous nous dirigeâmes vers la sortie en saluant Ber.
Il nous accompagna jusqu’à la porte et nous salua à son tour.
« - Ouais, noz vad, les amis. »
Puis, la porte claqua dans notre dos, suivi du bruit de la serrure.
Dehors, le brouillard nous engloutissait.
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Farouche

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 13:19

Tu racontes vraiment bien ! Tes dialogues m'épatent ! Tu as une mémoire de feu ou tu inventes ce qui manque ?
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kate100fin
Canta Strophe


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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 13:34

Merci pour tes compliments Farouche, je suis contente que ça te plaise Gaga
Pour tout dire, les évènements et personnages viennent de ma mémoire, mais histoire de délirer et de brouiller les pistes je rajoute des inventions, qui ne sont pas toujours celles que l'ont croit d'ailleurs, la majorité des choses est véridique...
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sophiesuite

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 13:36

Un vrai régal. Plongée dans la Bretagne, son humour, et ses légendes... C'est extra. Very Happy
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 15:42

Il n’y a pas si longtemps, j’ai rencontré dans l’Ouest un menuisier de village qui tenait de famille un don inquiétant.

C’était un artisan pauvre, à la bourse si gueuse qu’elle ne lui permettait d’acheter d’avance que les bois juste nécessaires aux commandes reçues.
Or, si ses clients n’hésitaient pas à lui commander fermes chaises ou placards pour telle date, quel, d’entre eux, aurait demandé de préparer son cercueil pour environ tel mois prochain, cela afin d’être certain de l’avoir en temps voulu ?

C’était donc pour prévoir cet article, qu’il ne nous appartient pas de refuser un jour, même s’il n’est pas dans nos goûts, que mon racleur de copeaux se servait du don en question, sinistre mais d’une fière utilité, comme vous allez le voir.



Chaque début de l’an, il se rendait à promenade partout dans sa commune, visitant tout un chacun, du plus dernier-né bavant son lait, au plus avancé en âge, bavant sa chique. Et, sans en avoir l’air, sous le couvert d’une traditionnelle politesse professionnelle, il lorgnait chaque individu en ses secrets détails : remarquant chez une telle, certaine déteinte de la peau aux tempes ; écoutant là, une sorte de toux creusante ; s’attardant au ton d’une voix en changement ; à une façon de traîner le corps ; à un reflet dans la pupille ; à … enfin, bref, en reniflant et en saisissant, sans les avoir appris, des petits riens qui lui disaient tout.
Rentré chez lui, il laissait ces indices s’affirmer jusqu’à plus de doute. Alors, il épointait son crayon de charpentier et, va-que-je-te-note sur le carnet aux commandes sûres : six planches de 1,85 m pour Pierre Botton ; six de 1,40m pour la fillette de Maraud ; six de 1,70m pour Henri Guêpret…

Oui, c’était comme je vous le dis ! Et pourtant, si vous aviez bien regardé Pierre Botton, gaillard à traire une barrique de cidre jusqu’au bout ; ou la petite Jeannette Maraud, gamine saine et vive à n’être jamais à court de jambes pour un seul saut à la corde, vous n’auriez pas manqué de prendre mon menuisier en délit de méchant et faux jugement… toutefois, pour Henri Guêpret, je ne dis pas ; il allait tant et plus de mal en pis que ce n’était pas tellement une devinance.
Et bien non, il ne se trompait jamais : les morts devinées survenaient dans l’année à un ou deux mois près, et utilisaient jusqu’à la dernière planche du cimetière en botte qu’il cultivait chez lui dans un coin de son atelier.

Mieux, pendant les trois dernières nuits de la vie du « client en cours » les planches de celui-ci se mettaient à craquer nettement. Si bien que mon menuisier pouvait assembler, clouer et livrer la caisse d’Eternité juste au dernier souffle du client.
Evidemment on ignorait son don : lui ne le clamait pas, sinon on l’aurait chassé du village, avec juste raison, pour noircir comme ça la tranquillité des gens. Au contraire, on prenait en considération sa célérité, heureux de savoir que, même mort, on pouvait compter sur lui…



Cette anecdote introduit la préface que Claude Seignolle écrivit pour le précieux ouvrage d’Anatole Le Braz : Magies de Bretagne, recueil exhaustif des contes bretons. Si, je me permets cet emprunt à un de mes livres de chevet, c’est d’abord pour qu’il serve de mise en garde à tous les lecteurs de ce fil. En effet, nous venons de toucher parmi nous, gens de Lu, une nouvelle et véritable conteuse bretonne. De là, je réclame toute votre attention. Méfiez-vous d’elle ! Bien sûr, sous des dehors polis, elle vous offrira gentiment sa littérature à seule fin de vous divertir. Gratuitement ! Comme si, les choses étaient gratuites ici-bas. Nous ne sommes pas dans une auberge espagnole mais dans un bar breton. Nuance ! Croyez-moi, vous ne gagnerez guère votre paradis à l’écouter plus avant raconter ses sornettes. Ce ne sont que des menteries qui visent votre porte-monnaie.
Pour les septiques, analysez juste un instant le texte qu’elle nous propose et répondez honnêtement à la question suivante : combien de fois les personnages de son histoire parlent juste pour qu’on leur verse une nouvelle chopine ?




Ah ! ..




Enfin, si vous avez du temps à perdre…




Pour ma part, je reste vigilant et je ne bouge plus d’ici : j’attends de sa part un nouvel écrit pour mieux en pourfendre la duperie. Mais, à malin, malin et demi, je l’attends de pieds fermes, m’ayant versé moi-même un autre demi !

Avec mes propres sous !
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 15:55

Honte à toi, Vic !
Que le septique retourne donc dans son trou de basse-fosse...
Chuuttt
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 16:00

Astérisque a écrit:
Honte à toi, Vic !
Que le septique retourne donc dans son trou de basse-fosse...
Chuuttt

CCCCCCCCCCCCC!!!
Je me doutais bien qu'il y en aurait toujours qui trouveraient à redire sur ce que j'écris!

Est-ce que je vais chercher des pouxsxsx dans la tête des autres, moi?
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 16:04

Euh, des poux? Non...
mdr
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 16:06

Astérisque a écrit:
Euh, des poux? Non...
mdr

Je doute de tout maintenant!
C'est malin!
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 16:12

Parfois, les araignées ont dévoré les poux!
tong
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kate100fin
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 16:27

D'accord Vic, tu m'as démasquée...et j'en assumerais les conséquences...
Mais si tu veux de nouvaux récits, je t'informe que celui-ci était le 3ème et que par conséquent si tu le désires 2 autres n'attendent que ta critique scandaleuse pas très loin de ce fil...........;
Bien à Toi, amateur de traditions au râle,
Kate
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 17:31

Voila, j'ai tout lu les chroniques locales. C'est vachement bien mais il faut que je réfléchisse.

J'adore: Ber prit son air inspiré tout en essuyant ses verres, on sentait la gravité de sa concentration comme si elle posait ses mains sur nos épaules.
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kate100fin
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 17:43

Tu veux réfléchir à quoi ? Tu me fais peur là !
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 18:46

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kate100fin
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 19:21

Dis-moi tout de suite où elle est la faute ( les fautes ?) grrrrrrrrrrr
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 19:33

Je serais toi, j'irais plutôt sur le lien que t'indique Vic. Ange Chuuttt

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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kate100fin
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 20:56

T'as raison Romane, je croyais que j'avais fait quelque chose de pas bien, je ne connais pas encore bien le forum, ni Vic et voilà mon ignorance bafouée de plein fouet et ma foi, récompensée...( en tout cas dans ce domaine). pom pom


Dernière édition par kate100fin le Lun 2 Nov 2009 - 23:43, édité 1 fois
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Alizé

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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Jeu 26 Fév 2009 - 22:26

Bravo pour tes chroniques Kate. Le mystère des légendes s'y glisse dans la banalité du quotidien....c'est tout simplement délectable !
J'avais passé un week end dans une auberge nommée le Youdig près de St Michel de Brasparts...je n'étais pas trop dépaysée personnellement, mais l'intérêt était d'observer le décalage entre des personnages hauts en couleur locale (ils en jouaient) et des touristes incrédules qui à la fin de leur séjour ne savaient plus quoi penser.
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kate100fin
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MessageSujet: Re: Chroniques locales - Le camion fantôme   Ven 27 Fév 2009 - 11:34

Je vois ce que tu veux dire Alizé, je connais les gens du Youdig...je préfère ne pas en parler.
Je peux juste te dire un truc concernant le mot Youdig qui m'a toujours inspirée. En breton, cela veut dire "Petite bouillie" et curieusement j'ai fait un rapport amusant une fois avec l'expression des scientifiques pour lesquels " petite bouillie" représente le magma dans lequel serait née la vie !
Alors, je me plait à penser certaines fois que le "Youdig" est un lieu de naissance, plus important peut-être qu'on pourrait le croire, de naissance de quoi ? ça...
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