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 La pluie

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MBS

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MessageSujet: La pluie   Mar 3 Mar 2009 - 23:08

Il pleut de l’angoisse sur la ville et quelque part il y a cet homme qui tue. Qui tue à chaque fois que la pluie se met à tomber. Ses victimes ont toujours le même profil : jolies, pulpeuses, un peu provoc dans leur façon de s’habiller. Des putes mais pas seulement. Une des dernières victimes était la femme d’un conseiller municipal. Cueillie à la sortie de son institut de beauté par une balle de P.38 en pleine tête. Bang ! Au frigo !…
Il pleut de l’angoisse sur la ville et moi je suis là, planté à ce carrefour avec dans les bras le corps d’une femme. La 17è victime. Une prostituée. Abattue dans cette rue sourde. Personne n’a rien entendu.
J’ai l’habitude de ces corps sans vie, de ces derniers souffles rendus dont on sent bien qu’ils sont encore là, pesants, dans l’air alentour. J’ai l’habitude mais là je ne peux plus le supporter. Je la connaissais la Vera. Une gamine de l’Est comme il y en a tant aujourd’hui sur les trottoirs de nos villes. On lui avait fait miroiter la possibilité de faire des études, d’apprendre le français pour devenir quelqu’un à son retour au pays. Le grand miroir aux alouettes de l’Ouest où tout est plus beau, plus riche, plus excitant. Elle y avait succombé sans hésiter… On avait discuté de ça une ou deux fois après qu’on l’ait embarquée au commissariat surprise en flag. Pas très maligne sans doute… Mais elle y croyait tant à son avenir rose. Contre toute logique, au mépris des lois les plus certaines de l’absurde.
Son avenir, il sera en chêne ou en sapin selon les moyens financiers de ceux qui voudront bien s’occuper d’elle… S’il y en a… Adieu à toi Vera. Adieu à ton sourire triste, à tes hanches robustes de slave, à ton pantalon doré à paillettes qui semblaient clignoter sous la lumière des lampadaires. Adieu à ce corps qu’il m’aurait bien plu de prendre si je n’avais des principes moraux au-dessus de la normale de mon milieu.
Les nuages s’allègent dans le ciel encore pesant. L’orage s’en va. Quelques éclairs foudroient encore l’horizon du côté de la banlieue sud. C’est passé. C’est fini… Jusqu’à la prochaine fois. Une ambulance froidement blanche emporte le corps. En silence. Comme pour bien signifier que tout est terminé. Irrémédiablement.
Jusqu’à la prochaine fois.

On a beau se dire que ce sera la dernière, que le carnage s’arrêtera, personne n’y croît. Il y a un dingue en liberté, un Gene Kelly de la gâchette, qui ne s’arrêtera pas. Chaque soir, on guette la chronique météo pour savoir le temps du lendemain. A la première indication d’une averse, on décrète le branle-bas de combat. Toutes les priorités autres deviennent secondaires. On est tous tendu vers ce serial killer à l’efficacité redoutable, tous tendu vers le moindre indice, vers le petit truc qui le fera chuter. On ressort toujours battu. Plusieurs dizaines d’hommes et de femmes entraînés se révèlent incapables de mettre la main sur la main assassine, de désarmer la bête.
Les psychologues ont étalé leurs belles théories, on les a écoutés sans rouspétance mais sans illusions. Seul un fêlé peut comprendre ce qui se passe dans la tête d’un autre fêlé. Ils nous font rire avec leurs belles théories. Ce serait un météorologue… ou bien quelqu’un qui a échoué au concours d’entrée à la météo nationale… à moins qu’il ne sorte que quand il pleut comme les escargots… Ca t’aurait peut-être fait rire, Véra, ce genre de conneries… Guérin, le boss, ça ne le fait plus marrer depuis longtemps. On commence à agiter au-dessus de sa tête l’épée de Damoclès médiatique. Encore un et il sautera…
Ben voilà c’est fait… La mort d’une pauvre gosse va foutre aussi en l’air la vie d’un chic type.
Guérin c’est pas le chef à la con des nanars policiers de la télé… Il ne se prend pas pour Dieu le père, il sait déléguer et, suprême qualité, il sait récompenser les bons, les teigneux, ceux qui ne se planquent pas quand il y a danger. Bref, les mecs comme moi…
On va sans doute muter un gars de Paris pour prendre sa place, un qui a des couilles et un flingue bien en évidence sur son bureau… peut-être même un cerveau si on a du bol. Un de ces cow-boys qui obtiennent des résultats en pratiquant la politique de la terre brûlée. Ca marche bien c’est sûr mais après il faut des années pour reconstruire. Et le caïd est déjà parti exercer ses « talents » ailleurs.

J’erre dans le désert de la rue Montaigne, ce quartier chaud qu’un assassinat de plus a refroidi. Les volets sont tirés, les belles restent à l’abri.
- On ne peut quand même pas recenser toutes les jolies filles de la ville et les cloîtrer chez elle dès qu’il pleut, avait tempêté Guérin au dernier briefing…
C’était il y a six heures. Juste avant l’orage…
Bien sûr qu’on ne peut pas… Et de toute façon ce dingo saura toujours trouver des innocentes mal prévenues des risques. Il lui suffirait de monter au dernier étage du parking de la gare et de dézinguer une passagère attendant sa correspondance, de se planter en face d’une station service (celle de l’autoroute par exemple) pour faire un carton sur une ravissante donzelle se croyant à l’abri sous le grand parapluie en métal de la station. Il y a autant de possibilités de meurtre qu’il y a de femmes. Ce salaud aura toujours un coup d’avance… A moins de le surprendre… Par le plus grand des hasards… Je n’y crois plus… Si on avait une chance de le coincer, je le saurais.
On n’a jamais trouvé la moindre trace, le moindre indice. Pas même une douille… Alors une empreinte…
J’essaye quand même, je tourne, je vire, je me précipite sur tout ce qui brille, sur tout ce que la pluie n’a pas évacué dans les égouts. Invariablement, mon regard retombe sur le sang de Vera, sur cette flaque que personne n’a encore nettoyée. Comme si elle s’attachait encore à ce trottoir gris.
Rien d’autre à faire que rentrer. J’ai les yeux qui brillent un peu trop sans doute. Fatigue, aigreur, révolte, sans doute les trois. J’ai le moral en berne, l’avenir repeint en gris sombre.
S’il venait à pleuvoir…

La radio crachote dans la voiture.
- Lopez…
- Qu’est-ce que tu foutais, Nico ? On a choppé le dingue…
- Lequel ?
- Celui qui descendait les filles…
- Où ça ?
- Chez lui… Il rentrait de la rue Montaigne… Un ingénieur de la météo que sa femme a plaqué il y a deux mois… Il en a fait sa quatrième victime… Il a dû finir par trouver ça marrant et après il a continué.
Ben merde alors… J’en reviens pas…
Il y a une question qui me brûle les lèvres mais je n’ai pas la force de la poser… Depuis combien de temps ils savent ? Depuis combien de temps ils planquent devant le domicile de ce gars.
Si seulement ils avaient su deux heures plus tôt…
S’il l’avait coffré deux heures plus tôt.
Putain, Véra aurait encore son rêve… et moi quelques raisons encore de croire en la justice de Dieu.

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Romane
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MessageSujet: Re: La pluie   Lun 23 Mar 2009 - 1:55

Tu vois, tu y mets tout. Le déroulement comme un film, les détails et l'émotion. Tout ça s'imbrique parfaitement. Je déconnecte toujours du monde quand je te lis. T'es un des rares à me donner ça, et si tu permets, je vais te le dire : même dans les pires moments, j'arrivais à te lire, quand les histoires n'étaient pas trop longues.

J'sais pas si tu te rends compte.

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