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 La fille de château

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MBS

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MessageSujet: La fille de château   Dim 15 Mar 2009 - 22:05

Prologue


Elle aimait aller passer ses nerfs sur la paroi d’escalade du gymnase Lucien Van Impe. Ici, il n’y avait pas de place pour l’erreur et elle aimait ça. Il fallait tout maîtriser : son corps jusqu’au bout des doigts, son esprit jusqu’à la dernière des ramifications nerveuses du cerveau. Un geste malheureux, un instant d’inattention et c’était fini.
Elle était assez timbrée pour grimper sans aucune protection, sans la moindre attache. Elle y ajoutait, suprême folie, une complexité supplémentaire : elle montait dans l’obscurité la plus totale.
En bas, elle avait juste poussé un de ces matelas épais dont on se sert pour réceptionner les sauteurs en hauteur. Si elle se sentait tomber, elle s’estimait capable de donner le coup de reins nécessaire pour aller y terminer sa chute.
Mais elle ne pensait jamais à la chute pendant l’ascension. Seule la victoire l’intéressait. La victoire sur les autres, la victoire sur elle-même. Elle savait qu’une fois redescendue – par le même chemin forcément puisqu’elle n’avait pas de système de cordes pour se laisser glisser le long de la paroi – elle irait libérer son énergie sur un punching ball ou, si elle avait de la chance, sur un des boxeurs du club local des « Elégants du gant ».

La sonnerie du téléphone portable sentait bon l’aventure. Un seul numéro lançait dans l’air le 99 Luftballoons de Nena. C’était le boss qui appelait.
Franka assura sa prise avec l’index et le majeur de sa main gauche, chercha à tâtons son portable de la main droite, le saisit en prenant soin de ne pas trop balancer son corps. Dans le même temps, son pied droit trouvait une aspérité suffisamment proéminente pour se poser.
- J’écoute !
- De Roncevaux !
Son chef de service était aussi son père adoptif mais pendant le boulot la famille passait au second rang… Ou presque… Parfois, on ne pouvait pas faire autrement que d’évoquer pêle-mêle le travail et la famille… C’était devenu si compliqué depuis quelques mois de ne pas les mélanger…
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Une mission en solo, lieutenant, ça vous dirait ?…
Et comment que ça lui disait ! Et plus que le mot « mission » c’était le « en solo » qui la bottait.
Franka ignora le début de crampe dans son index et poursuivit la conversation comme si de rien n’était.
- J’arrive…
- Non, non, pas de précipitation inutile… La ligne est sécurisée, je t’explique tout de suite pour savoir si ça t’intéresse vraiment…
Le pied droit de Franka manifesta quelque irritation à la perspective de rester encore plusieurs minutes crispé sur une prise de quatre centimètres de largeur.
- Ok…
- Nous avons été alerté par un fait divers sur l’existence près de Mons d’un châtelain assez étrange…
- Ils le sont tous… Ces bêtes-là, ça vit dans 800 m² avec 20 chambres et ça n’en occupe que deux ou trois au grand maximum… Quand il y a tant de gens qui dorment dans la rue…
- Certes… Mais ce brave homme a la particularité d’entretenir une sorte de harem composé exclusivement de jolies filles aux compétences assez spéciales…
- Prostitution ?
- Elles y ont peut-être touchées pour certaines… Non, ce sont toutes des jeunes femmes qui ont des antécédents judiciaires importants et qui proviennent toutes de pays différents… Une première observation a permis d’identifier une française, une polonaise, une roumaine, une canadienne… Mais nous supposons qu’il y en a d’autres…
- Et bien, il ne s’emmerde pas, le proprio du château…
Franka balança son corps et trouva un appui pour sa jambe gauche. Elle était à la limite du grand écart à 7 mètres du sol mais ça ne l’inquiétait pas plus que ça…
- Nous soupçonnons ce « proprio », comme dis, de travailler pour le POULPE…
- L’organisation terroriste ?…
- Tout juste… Et qu’y a-t-il à Mons ?
- Si j’avais de la culture, je dirai la collégiale Sainte-Waudru… mais le premier truc qui me passe par l’esprit c’est le S.H.A.P.E.
- Bien vu !… Donc, je veux que tu intègres la bande de drôles de dames de notre ami châtelain pour découvrir ce qu’il manigance aussi près du grand quartier général de l’OTAN…
Les doigts commençaient à fatiguer…
- Ne quitte pas, mon colonel…
Franka mit le téléphone dans sa bouche, s’agrippa avec la main droite à une nouvelle prise, récupéra le portable et, le plus naturellement du monde, reprit la discussion.
- Mais je ne suis pas une beauté, moi !… Et de toute façon, je n’aime pas être habillée en fille…
- Ma petite femme s’occupera de t’arranger… Moi je te trouve très mignonne quand tu veux bien quitter ton apparence de garçon manqué.
Ca, c’était une incursion du privé dans la dialogue professionnel… Mais comment faire autrement ? Le colonel de Roncevaux, chef des services secrets belges, avait épousé sa secrétaire, une ancienne miss Belgique… dont les goûts vestimentaires étaient en stricte et complète opposition à ceux de Franka.
- Ce serait pas plutôt une mission pour…
Franka se mordit les lèvres. Ce n’était pas vrai, elle n’était pas en train de faire ça ! Refuser une mission en demandant qu’on la confie à…
- Cathy.
Cathy ! Cette nana sans cervelle qui se sortait par miracle de toutes les missions mais après avoir manqué de les faire échouer dix fois.
- Depuis ses derniers exploits athlétiques, Cathy est hors jeu… Son visage s’est étalé dans la presse, on ne peut pas compter sur elle pour un bon moment… D’ailleurs, elle a repris sa rééducation au centre médico-psychologique……
Franka fit la moue. Elle aurait dû s’en douter… Elle n’était qu’un second choix pour cette mission. Le boss avait bien pensé à Cathy en premier…
- Alors, questionna le colonel de Roncevaux qui, connaissant par cœur sa fille adoptive, savait qu’elle était incapable de résister à l’appel de l’aventure ?.
- C’est ok pour moi… Quand est-ce que notre spécialiste en minijupe et maquillages ultra-voyants compte me prendre en main…
- Passe manger ce soir à la maison… Cathy sera là…
- J’y serai.
Elle coupa rageusement la communication. Cathy l’emmerdait ! Trop belle, trop parfaite… Et puis cette mémoire photographique phénoménale… Ca l’emmerdait vraiment de se dire que, pour cette mission, Cathy aurait été parfaite… Si on omettait bien sûr son manque de logique, sa propension à parler à tort et à travers, sa manie de se jeter sans scrupule dans le lit du premier venu…
Au lieu de ça, c’était à elle, Franka la fonceuse, qu’on allait imposer faux cils et talons hauts, bas résille et soutien-gorge pigeonnant.
En voulant replacer le portable dans sa housse, Franka contracta son doigt sur le déclencheur de l’appareil photo intégré. Un grand flash de lumière lui sauta à la figure. Elle lâcha sa prise, bascula en arrière..
Franka eut à peine le temps de se dire que sa mission était terminée avant d’avoir commencé.

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MessageSujet: Re: La fille de château   Sam 21 Mar 2009 - 22:51

Chapitre 1
Je suis un soir d’été


Ce qu’il y avait de bien avec les taxis, c’est qu’ils vous prenaient là où vous étiez et ils vous emmenaient là où vous vouliez. Ce qui était nul par contre c’était cette obligation de devoir payer à la fin.
Cathy n’aimait pas ça. Elle trouvait que ça changeait complètement, et de manière désagréable, les relations qu’elle avait pu avoir avec le chauffeur pendant le trajet. Là, ils papotaient gentiment une bonne dizaine de minutes et, à la fin, il était bien rare que le conducteur ne connaisse pas son nom, son prénom, voire même son numéro de téléphone. Bref, ils étaient pratiquement des amis, des intimes… Et paf ! Il y avait ce changement de ton, de voix.
- Ca fait 23 euros, mademoiselle !
Alors, forcément, elle discutait un peu n’ayant jamais la somme qu’on attendait d’elle (il était vraiment trop craquant ce pantalon bleu électrique aussi soyeux que transparent qu’elle avait acheté avant de partir !). L’autre, faute d’arguments, continuait à montrer avec obstination le compteur aux chiffres verts et luminescents.
Désespérant !
Une fois, elle avait tenté d’amadouer le chauffeur en colère en se déshabillant (elle savait que ça plaisait bien aux hommes, ça). Ils avaient fini par faire l’amour sur la banquette arrière du taxi.
Elle s’était bien promis de ne pas recommencer…
Ca faisait perdre trop de temps !

Après avoir obtenu un rabais de un euro (toujours ça de pris !) en échange d’un bisou sur la bouche, Cathy planta son sac de voyage au milieu du trottoir, sortit son téléphone portable de son caleçon en lycra noir et composa frénétiquement un numéro (elle n’avait pas réussi à comprendre comment fonctionnait le répertoire).
- Allo maman, c’est moi ! Je suis arrivée !
La voix de sa mère éclata d’une joie émouvante.
- Où es-tu ma chérie ?
- Ben, en bas, devant la porte !…
Le ton changea un peu et se fit - mais à peine - réprobateur.
- Mais pourquoi tu n’as pas sonné ?
- Ah oui, c’est vrai, répondit Cathy qui raccrocha et se mit à appuyer frénétiquement sur le bouton de la sonnette.
- Je t’ouvre, crachota la voix maternelle dans la plaque dorée de l’interphone.

L’été finissait comme il avait commencé. Dans une débauche lourde de chaleur. Les toits de Bruxelles semblaient écrasés par le soleil pourtant couchant. Insensible à l’air étouffant, Cathy s’amusait à compter les passants sur le boulevard depuis la terrasse. Elle aurait pu prendre un livre dans la bibliothèque mais elle les avait tous lus… Et c’était vraiment pas marrant de relire un bouquin qu’on connaissait par coeur.
- Alors, il te plaît notre nouvel appartement ?
- C’est vachement grand !…Et puis la vue est sensass ! Tu sais qu’il passe en moyenne 23 voitures par minutes devant la boulangerie ?
- Ah oui ?! Je n’avais pas fait attention… T’as toujours l’œil ma chérie…
- Il rentre quand Roland ?
- Je ne sais pas… Il m’a donné mon après-midi pour que je puisse être là quand tu arriverais… Il m’a dit qu’il devait appeler Franka…
- Franka vient ce soir ?!
Cathy battit des mains comme une enfant. Elle adorait Franka même si elle ne comprenait pas toujours ses coups de colère, ses bouderies, sa mauvaise humeur permanente. Elle ne comprenait pas davantage le mépris qu’elle pouvait avoir de sa propre apparence : toujours débraillée, de grosses Rangers aux pieds, jamais un soupçon de maquillage… Parfois, elle se demandait si c’était bien une fille…

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MessageSujet: Re: La fille de château   Sam 21 Mar 2009 - 22:51

Après leur retour de voyage de noces et le difficile bouclage de l’affaire du Balkon, Claire et Roland de Roncevaux avaient formé le vœu de pouvoir vivre enfin ensemble tout en ayant auprès d’eux leurs filles chéries. C’est pour cela que le colonel de Roncevaux avait acheté ce superbe duplex au 34ter du boulevard Isabelle Corlier.
Rien n’avait vraiment tourné comme ils l’espéraient.
La santé mentale de Cathy s’était trouvée trop altérée par l’effet du Balkon pour repousser davantage la reprise de ses séances de déconditionnement psychologique dans la clinique du professeur John McCartney à Liverpool. A contrecœur, Claire avait dû laisser repartir sa fille vers l’Angleterre en se disant que là-bas au moins elle pourrait voir de beaux matchs de foot.
Et puis Franka avait fait sa crise d’indépendance… Pas question de loger sous le même toit que Cathy !… Quand bien même sa demi-sœur adoptive n‘aurait été là qu’un week-end par mois. Franka avait donc conservé son propre appartement au 8è étage d’un immeuble minable de la rue Thierry Boutsen.
Roland de Roncevaux pensait à tout cela en rangeant sa Peugeot 1001 de fonction dans le parking souterrain de l’immeuble. Il savait que Claire souffrait de ne pas avoir sa fille auprès d’elle… et lui-même n’était pas très sûr d’encaisser avec tout le détachement qu’il aurait dû le refus de cette fille qui n’était biologiquement pas la sienne mais qu’il avait fini d’élever avec amour.
Mais enfin, ce soir, pour la première fois depuis quatre longues semaines, ils seraient à nouveau ensemble !

Le colonel de Roncevaux jeta son imperméable mastic de fonction sur le rebord du fauteuil.
- Franka n’est pas arrivée, demanda-t-il avoir embrassé sa femme et Cathy ?
- Non, répondit Claire.
- Ce n’est pas son genre de ne pas être à l’heure… Je l’appelle…

En répétant pendant plus d’un quart d’heure les appels, Roncevaux ne réussit qu’à faire chauffer la voix désincarnée et synthétique de la messagerie vocale de Franka.
- Vous avez déjà appelé une fois il y a deux minutes… Alors, décidez-vous à laisser un message avant ce foutu bip sonore parce qu’on ne me paye pas quand même pour répéter tout le temps la même chose savez-vous…
Après avoir copieusement injurié la voix anonyme, désincarnée et synthétique, Roncevaux n’y tenant plus, appela le bureau :
- Van der Linden, c’est vous ?… Ici de Roncevaux… Il faut lancer immédiatement une procédure DoubleX-Epervier… Franka a disparu !…

Le plan DoubleX-Epervier faisait partie de ces procédures que de Roncevaux avait initiées lorsqu’il travaillait pour la police. C’était suffisamment proche encore pour qu’il ait des souvenirs de cette carrière désormais passée. Toutes les caméras de surveillance de la ville étaient l’objet d’une utilisation renforcée. Un seul objectif : retrouver d’urgence la voiture ou la personne qui avait disparu. En quelques instants, la photo se mit à courir à travers les liaisons numériques de toute l’agglomération, apparaissant sur les écrans cerclée d’un bandeau rouge clignotant.
- Tu ne crois pas que tu t’affoles un peu vite, chéri, fit Claire.
- Tu devrais commencer à savoir que dans ce métier on réagit d’abord et on réfléchit sur le bien fondé de la réaction ensuite. Si c’est une organisation ennemie comme le POULPE qui a mis la main sur Franka, il est dans notre intérêt de la retrouver avant qu’elle ait eu le temps de livrer des informations…
- Franka ne dit jamais rien, intervint Cathy ! Même à moi, elle ne veut rien me dire…
- Cathy, ces gens-là ont des moyens que tu n’imagines pas… Je connais la résistance de Franka mais même elle ne pourrait rien contre les drogues qui existent maintenant… Elle se mettrait à raconter sa vie…
- Ben j’aimerais bien être là pour écouter… Ca serait sûrement instructif…
Cathy ne prit même pas conscience du mal que cette perspective pouvait représenter pour Roland de Roncevaux. Celui-ci fut assez intelligent et maître de lui, malgré son inquiétude, pour ne pas réagir par autre chose qu’un simple mouvement d’épaules.
Il y eut un silence de quelques secondes que vint crever la sonnerie du téléphone portable de fonction du colonel de Roncevaux.
- Van der Linden ?… Quels résultats du premier scanner de la ville ?… Rien ?!… Vous êtes sûr ?… Continuez !
Il referma d’un geste vif le portable…
- Si elle ne bouge pas, c’est qu’elle est enfermée quelque part…
- Tu es sûr que le système d’observation est efficace ?
- Dans tous les exercices pratiqués nous avons retrouvé la cible en moins de 10 minutes…
- C’était quoi la cible ?…
- Euh c’était moi, intervint Cathy…
De Roncevaux, en considérant sa fille adoptive par alliance, se rendit soudain compte de sa boulette… Utiliser Cathy pour les exercices se révélait finalement une mauvaise idée… N’importe quel agent de surveillance ferait des pieds et des mains pour apercevoir Cathy le premier… Pas étonnant que les résultats eussent été aussi bons !…
- Mais bon, si vous voulez retrouver Franka, il faut peut-être commencer par le gymnase Lucien Van Impe à Anderlecht…
- Pourquoi ? Qu’est-ce que tu sais et que tu ne dis pas ?
- Elle va m’engueuler après…
- Qui ça ?
- Ben Franka… Elle veut jamais que je regarde son agenda…
- Et, questionna d’une voix douce Claire ?
- Je l’ai regardé quand même…
- SI tu l’as regardé, tu sais forcément tout ce qu’elle avait prévu de faire, fit de Roncevaux en pointant un index quasi inquisiteur vers Cathy…
- Chéri c’était forcément il y a un mois… Elle ne peut pas savoir…
- Ne me dis pas que toi, sa mère, tu as oublié la mémoire phénoménale de Cathy…
- Je n’ai rien oublié, Roland… C’est juste qu’il est rare d’avoir beaucoup de rendez-vous planifiés plus d’un mois à l’avance…
- Ne vous criez pas dessus s’il vous plait… Je vais vous dire où elle est le samedi à partir de 16 heures…
- Où est-elle, demanda Roland en haussant la voix ?
- Ben au gymnase Van Impe à Anderlecht… Elle fait de l’escalade, de la boxe, du judo et du tir à l’arc là-bas…
- On file là-bas… Claire, tu restes ici pour assurer nos arrières… Cathy, on prend ta voiture sinon je vais dépasser mon quota de kilomètres…

En arrivant au gymnase Lucien Van Impe d’Anderlecht, le colonel de Roncevaux avait trouvé une autre raison à la célérité des stations de surveillance du projet DoubleX-Epervier. Cathy était un véritable danger sur la route. Comment ne pas la remarquer ?
Il fallut forcer la serrure de la porte pour pénétrer dans le hall. Au milieu de celui-ci, Franka était couchée sur le sol inconsciente…
- Bon… Et bien, maintenant on sait où elle était…
La voix de Cathy fit sursauter Franka.
- Vous êtes là ?
- Oui… Et grâce à moi… Tu vois, si je n’avais pas regardé ton agenda…
- Tu as fait quoi ?
- Elle a permis de te retrouver, coupa le colonel ! Qu’est-ce qui t’es arrivé ?
- Je suis tombée du mur d’escalade… Je crois que j’ai le bras et la jambe cassées… Foutu téléphone !… Et le pire tu sais quoi ?…
- Non !
- C’est qu’avant de retomber dans les pommes je vais te dire de confier la mission à Cathy…

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MessageSujet: Re: La fille de château   Mar 24 Mar 2009 - 10:01

Chapitre II
Au suivant


Cathy avait la désagréable sensation d’avoir déjà connu cette situation. Sa mémoire était catastrophique pour tous les événements du quotidien : elle oubliait ses rendez-vous, les jours d’anniversaires et même le mode d’emploi de certains appareils (y compris sa propre voiture). Alors se souvenir des circonstances précises et passées qui provoquaient en elle ce sentiment de déjà vécu, c’était difficile…
- Essaye de te souvenir, s’encouragea-t-elle tout en tirant sur sa jupe qu’elle avait fini par juger trop courte à l’usage…
Les cours du professeur McCartney et de son assistante Michelle Mabelle avaient commencé à éveiller en elle l’envie de combattre ces blocages qui faisaient le plus souvent d’elle une espèce d’enfant attardée. Désormais, par moment, elle avait des bouffées de responsabilité, des vapeurs de conscience, des velléités d’intelligence des choses. A chaque fois, elle se mettait à battre des mains de joie comme une gosse qu’on vient de gâter… mais ça aussi, elle l’avait maintenant compris, il ne fallait plus le faire.
Elle avait renoncé aux bottes, il faisait vraiment trop chaud. En revanche, elle s’était grandie encore de quelques centimètres avec des escarpins surélevés. Elle dominait quasiment d’une bonne demi-tête toutes les filles qui attendaient avec elle dans cette pièce exiguë et surchauffée de la tour Ann Wauters.
Attendre ?
Mais oui !… Ca lui revenait soudain comme un flash… L’attente devant le bureau de… Ah ! Comment s’appelait-il déjà ?… Ah oui ! Le colonel Capet ! Hugues Capet… Comme le roi de France monté sur le trône en 987, ancien duc des Francs et fondateur de la dynastie des Capétiens… C’est là qu’elle avait rencontré Franka pour la première fois… Même que, comme d’hab, Franka avait été franchement désagréable…
Quelque chose qui ressemblait à de la nostalgie commença à submerger Cathy… avant qu’un autre sentiment plus corrosif lui laboure l’âme. Elle prenait soudain conscience de sa bêtise, de sa connerie primaire et fondamentale.
Deux larmes perlèrent au coin de ses yeux. Si ça servait à ça l’intelligence, à regretter ses erreurs, elle n’en voulait pas…
- Qu’il aille au diable McCartney !
Elle se rendit compte qu’elle avait parlé à haute voix et que les autres filles - toutes des jolies filles - la regardaient…
- McCartney, l’ancien Beatles… J’ai eu une aventure avec lui après son divorce et il arrête pas de m’envoyer des SMS pour me dire qu’il est inconsolable…
Ce genre de pirouette, elle en aurait été bien incapable avant. Elle se vota une médaille commémorative virtuelle et tenta de calmer son cerveau.
Ca bouillonnait trop là-dedans depuis quelques temps. Elle se rendait compte de l’immensité du savoir qui était entreposé en elle… Si une des filles lui avait posé des questions sur Paul McCartney, elle aurait pu tout lui dire sur lui… Age, taille, goûts et préférence… Jusqu’à l’intégralité de sa discographie… Oui, elle avait ça dans sa tête et plein d’autres choses…
Et elle en faisait quoi ?…

- Mademoiselle Joanna Blanc !
Le secrétaire-factotum avait une voix forte. A chaque fois qu’il venait appeler une nouvelle candidate, tout le monde faisait un bond sur sa chaise. Il y avait toujours quelques instants de flottement… ce qui permit à Cathy de se rappeler que Joanna Blanc c’était elle. Il ne lui avait fallu que 10 minutes, montre en main, pour tout apprendre la veille de la vie de cette jeune Namuroise internée quelques années plus tôt et dont on avait perdu la trace après sa sortie de prison.
Cathy fit voltiger ses boucles brunes – elle avait du mal à s’habituer à sa nouvelle couleur de cheveux -, tira à nouveau sur sa jupe et se dressa sur ses talons hauts.
- C’est moi !
- Suivez-moi…
D’instinct, Cathy mémorisa son déplacement dans l’étage. A gauche, un couloir… deux petites marches, puis à droite et enfin à gauche après la porte coupe-feu. Ca pouvait toujours servir…
- C’est là !
Le factotum s’effaça et Cathy entra dans une pièce immense au bout de laquelle trônait un bureau presque vide. Derrière le bureau, un homme d’une cinquantaine d’années lisait une liasse de papiers tandis que deux belles jeunes femmes, une fesse posée sur le meuble, semblaient garantir la tranquillité de lecture de leur patron.

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MessageSujet: Re: La fille de château   Mar 24 Mar 2009 - 10:01

Au bout d’une éternité – quelques secondes seulement mais Cathy n’avait jamais appris la patience – le cinquantenaire releva les yeux. Une nouvelle fois, Cathy réussit à filtrer ses impulsions pour ne garder que le banal et le convenu… Elle ne lâcha pas le « Pas mal ce mec ! Moi je pensais que c’était un vieux gros et chauve… » qui aurait sans nul doute mis fin prématurément à la mission.
- Bonjour monsieur…
- Asseyez-vous mademoiselle Blanc…
Cathy prit à nouveau soin de tirer sur sa jupe avant de se laisser tomber sur la chaise. Un vieux réflexe lui fit croiser les jambes si haut que ses efforts précédents de pudeur furent réduits à néant.
- Vous nous dites parler trois langues… Lesquelles s’il vous plaît ?…
- Je parle anglais, wallon et flamand…
- Français et néerlandais donc…
- Ah non, s’insurgea Cathy… Ce n’est pas la même chose…
- Ah, fit le châtelain de Mons avec un sourire narquois… Expliquez-moi cela s’il vous plaît…
- Une fois, je me suis retrouvée dans le sud de la France… Les gens rigolaient en m’entendant parler… Ca doit bien vouloir dire que ce ne sont pas les mêmes langues… Quant au flamand, c’est la langue de…
Il y eut un violent coup de frein dans son esprit… Elle avait failli dire que c’était la langue de son père… Mais son père n’était pas Dick Van der Cruyse mais Robert Blanc, garagiste, né le 18 octobre 1957 à Ostende et mort dans un accident de la route le 11 juillet 2001 en essayant une voiture qu’il venait de réparer.
- C’est la langue des Flamands, quoi… Ca veut tout dire…
- Vous savez pourquoi vous êtes ici ?
- Parce que vous avez passé une annonce…
- Oui, bien sûr…
La rousse langoureuse qui semblait s’enrouler telle une liane autour de l’épaule gauche du boss eut une mine catastrophée. Ce sentiment de supériorité manifeste n’échappa pas à Cathy… Il lui fit mal comme lui faisait mal toute manifestation trop visible de sa propre débilité… Elle redressa la tête et se lança dans un exercice de restitution mémorielle dans lequel elle savait ne pas avoir d’équivalente.
- Important groupe de service cherche collaboratrice trilingue pour travaux de bureautique (maîtrise souhaitée de traitement de textes, tableur, PAO et de langages de programmation usuels). Un sens de l’esthétisme et du relationnel est également attendu. La candidate devra accepter de s’établir pour six mois renouvelables sur notre site de Mons sans sorties autres que celles nécessitées par ses fonctions.
Perspectives de salaires supérieures à la moyenne des traitements actuellement en vigueur sur ce segment de compétences. Se présenter le lundi 29 septembre au 4è étage de la tour Ann Wauters avec pièces d’identité, diplômes scolaires et universitaires ainsi qu’une valise prête.
Cathy prit le temps de reprendre son souffle avant de jeter un petit regard satisfait sur le châtelain. Il regardait incrédule le texte de la longue annonce parue dans plusieurs quotidiens nationaux belges. La fille devant lui, avec sa jupe trop courte et son regard un peu lunaire, le lui avait resservi au mot près.
- Vous avez apprise l’annonce par cœur ?
- En quelque sorte, répondit Cathy…
Le conseil sans cesse répété de Roland de Roncevaux avait beau venir rouler dans sa tête : « Ne montre jamais ce que tu es capable de faire avec ta mémoire », elle n’avait pas pu se retenir…
- Pas mal, fit le châtelain en se tournant vers la rousse…
- Ouais, fit celle-ci, avec, dans son français, un accent traînant de fille du Sud des Etats-Unis…
Les diplômes autant que les papiers d’identité étaient des faux, produits remarquables sortis la veille (et en urgence) des services techniques du ministère. Mais de Roncevaux était persuadé que les papiers n’avaient aucune importance dans ce genre d’entretien… Si le POULPE était derrière tout cela, il avait largement les moyens de se renseigner lui-même sur les différentes candidates.
- Vous avez fait de la prison, n’est-ce pas ?
Oh là là, se mit à penser Cathy, c’est la question où il ne faut pas que je merde !… La veille, ils avaient passé des heures à répéter. Roland et Claire avaient amené dix fois, vingt fois la question sur le tapis avec des formes, des mots, des tons différents… Jusqu’à ce que Cathy intègre ce qu’elle devait dire et soit capable de le jouer de manière convaincante…
- Mais non, fit-elle avec d’autant plus de conviction que dans le fond cette réponse était la vérité même…
- Allons, allons, ne vous tracassez pas… Vous comprenez que nous sommes bien obligés de faire quelques petites vérifications pour savoir qui nous engageons…
- Je… Enfin, oui…
Très peu de mots avait dit Roland… Là, il aurait été content !…
- C’est plutôt un plus, vous savez… Nous aimons bien donner une seconde chance aux gens… Jenna qui est ici - il désigna de l’index la rouquine - a passé plusieurs mois dans un pénitencier fédéral et comme vous le voyez c’est aujourd’hui quelqu’un sur qui je peux me reposer complètement.
Il eut un geste sans équivoque vers l’entrecuisse de la volcanique Américaine. Celle-ci lui répondit par un feulement de tigresse domptée.
- J’aimerais juste que vous me disiez, histoire de mesurer la confiance qu’on peut vous accorder… que vous me disiez pourquoi vous avez été mise en prison…
Cathy eut un soudain mouvement de panique… Elle ne s’en souvenait plus… Du moins, il fallait qu’elle cherche, qu’elle replace le curseur de lecture au bon endroit dans sa mémoire… Elle lâcha un truc au hasard en attendant – elle avait entendu ça sur l’autoradio en venant :
- J’ai fait du trafic de cigarettes avec la France…
Le visage du châtelain se rembrunit…
- Allons, je vous avais dit que je ne voulais pas de mensonges…
- Bon, d’accord… J’ai un peu fait la pute à l’angle du boulevard Justine Henin et de la ruelle Sabine Appelmans…
- Voilà qui est mieux…
Il s’arracha à Jenna, contourna le bureau et vint se planter face à Cathy. Ses deux mains partirent vers l’avant et se mirent à peloter les seins de la jeune femme…
- Je pense que vous vous intégrerez sans problème à notre petite équipe…
Sans savoir pourquoi, Cathy eut envie de le gifler… Elle ne se reconnaissait plus…

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MessageSujet: Re: La fille de château   Mar 24 Mar 2009 - 19:46

Chapitre 3
Sans exigences



- Vous avez fait quoi ?
Franka émergeait de la léthargie cotonneuse de l’anesthésiant et déjà elle râlait. C’était bon signe !
- Ne hurle pas ! Nous ne sommes pas censés parler boutique ici…
Ici, c’était la chambre 1254 de l’hôpital Paul Colize, deuxième étage bloc D à gauche après l’ascenseur 17. De la fenêtre largement ouverte pour évacuer les odeurs d’éther – car Franka avait été admise dans un hôpital « à l’ancienne » - on pouvait voir un parc où s’ébattaient gaiement d’aimables aspirants à une santé meilleure. Mais ni les arbres aux troncs noueux et musculeux, ni le ciel limpide seulement zébré par les Airbus et les Boeing en approche des pistes de l’aéroport Salvatore Adamo, ne pouvaient offrir le moindre soupçon de rêve et d’évasion à Franka. La seule chose qu’elle voyait, c’était cet enchevêtrement de poulies, de cordes et de tringles métalliques qui maintenaient en l’air sa jambe brisée. Un univers d’entraves et de liens qui la coupait de ce qui faisait sa vie : le mouvement !
- Et puis d’abord, tu aurais fait quoi ?
La voix du colonel de Roncevaux tirait légèrement sur l’énervement… avec un soupçon d’incompréhension. N’était-ce pas Franka elle-même qui avait proposé de confier la mission à Cathy ? Et maintenant, avec un revirement qui ne lui était guère coutumier, sa fille adoptive le tançait d’avoir fait ce choix-là.
- J’aurais trouvé quelqu’un d’autre…
- Qui ça ?… Hermeline Van Desherkapurnekeuven ?… Tu oublies que sur sa fiche anthropométrique d’identification, on a été obligé de rajouter la largeur en plus de la hauteur…
- Non, bien sûr, pas elle… Mais, enfin, il y a l’autre… Oh, râla Franka, j’ai que la moitié de la tête qui fonctionne… Tu sais bien, celle qui a fait une mission en Patagonie pour savoir si les cheveux tressés de Florent Pagny n’étaient pas en fait d’anciens cheveux de Pascal Obispo…
- Ah oui, Romana Blanca… Impossible, elle est en congé de maternité…
- En congé de maternité mais je croyais qu’elle était… enfin, tu vois quoi… que les mecs et elle…
- Elle est ce qu’elle veut dans sa vie privée, mais pour le bureau, en ce moment, elle est enceinte.
- Donc il n’y avait que Cathy…
- Oui…
- La pauvre !…
- Oh, elle s’en sortira toujours…
- C’est pas pour Cathy que je m’inquiète, c’est pour la mission…
- Tu me promets que tu ne cherches pas à t’échapper de l’hosto cette fois-ci… Tu as déjà fait ça l’année dernière et…
- Et c’est ce qui vous a permis de retrouver Cathy, non ?… Sans moi, vous la chercheriez encore sur toute la Côte d’Azur… Et là-bas, retrouver une pétasse au milieu des pétasses, ça tient du miracle…
- C’est pour cela que cette fois-ci nous avons pris nos précautions.
Quand le colonel de Roncevaux avait ce sourire autosatisfait, Franka savait qu’il n’y avait aucune raison de s’en faire. D’ailleurs, parfois, elle se demandait s’il n’était pas plus soucieux du bien-être et de la sécurité de Cathy que de la sienne propre. Peur sans doute de perdre la belle Claire s’il survenait quelque chose de fâcheux à sa fifille chérie.
- On lui a implanté une puce émettrice derrière l’oreille…

- Pourquoi vous m’avez bandé les yeux ?
C’était la troisième fois que Cathy posait la question.
- Vous n’avez pas à savoir où nous allons.
C’était la première fois qu’on lui donnait une réponse.
- Ah !
Qui avait parlé ? Il lui sembla que c’était le factotum du châtelain dont la voix forte et rauque était assez caractéristique, mais, bizarrement, Cathy avait plus de mal à reconnaître les voix quand elle ne voyait pas en même temps les visages.
- Vous avez déjà oublié que vous vous engagiez au secret et à n’avoir aucune exigence au-delà du contrat signé ?
L’avoir oublié ? Cathy faillit concéder que « oui ». Mais, encore une fois, elle ravala sa première réponse impulsive pour en construire une plus adaptée à sa situation.
- Non, je m’en souviens… Je pensais juste qu’on me ferait confiance.
- Ici, on ne fait confiance à personne, ma petite. Qui ferait confiance à quelqu’un qui sort de taule ?
- Je ne sors pas de taule, protesta Cathy.
- Tu as fréquenté une prison, ça suffit. Que ce soit la semaine dernière ou il y a dix ans, peu importe !
- Il y a dix ans, je pouvais pas aller en prison, j’étais trop jeune.
Ayant la fier sentiment d’avoir eu le dernier mot, Cathy se tut. Puisqu’on lui avait bandé les yeux, elle décida d’essayer de prendre des repères sonores pour savoir où on la conduisait. Elle avait vu ça dans un film avec Robert Redford, Les Experts. Le héros était enfermé dans une malle de voiture et ensuite, grâce à ces souvenirs, son équipe avait pu découvrir le lieu de sa détention. Si elle pouvait en faire autant.
A aucun moment Cathy ne se rappela qu’elle savait pertinemment où elle allait : au château de la Gueusefrèche à Mons.

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MessageSujet: Re: La fille de château   Mar 24 Mar 2009 - 19:47

Sur l’écran de l’ordinateur, une carte de la Belgique. Sur cette carte, un point rouge clignotant. L’emplacement de Cathy.
- Je ne comprends pas, mon colonel, ils n’ont pas pris la route de Mons.
- Comment ça ? Ils n’ont pas pris la route de Mons ?
- Regardez vous-même. Ils ne sont pas partis vers le Sud… Ils ont pris la route de Gand.
- Qu’est-ce qu’ils vont faire à Gand ?
- Je ne sais pas mon colonel…
- Eh bien, moi non plus…
Le colonel de Roncevaux n’était pas du genre à s’impatienter. Pourtant, à partir de la révélation de la trajectoire inattendue de Cathy et de son émetteur intégré, il ne cessa de venir s’enquérir toutes les cinq minutes de l’avancée du point rouge clignotant.
- Toujours vers Gand ?…
- Toujours, mon colonel.
- Prévenez-moi s’ils dévient de cette route.

- C’est long !… On ne peut pas s’arrêter… Il faudrait que j’aille au petit coin… Vous saviez que la vessie des filles était de plus petite contenance que celle des hommes.
- Oui, je le sais… Alors faites un peu plus de place dans votre vessie… On arrive dans dix minutes.

- Mon colonel, ils sont arrêtés.
- Arrêtés ?
- Depuis trois minutes… Trop longtemps pour qu’il s’agisse d’un arrêt à un feu de circulation.
- Ils sont où ?
Le jeune sergent chargé des surveillances informatiques cliqua sur la souris. Un zoom élégant permit de se rapprocher de l’échelle nationale à l’échelle locale…
- Ils sont…
Soudain, un sprite de type pacman apparut en haut de l’écran, fondit sur le point rouge et le dévora.
- Merde, une fois !…
- C’est quoi ça, questionna de Roncevaux ?
- Je ne sais pas, mon colonel… Mais une chose est certaine… On les a perdus !

Sous ses talons hauts, Cathy sentait crisser un revêtement de fins cailloux. Une main féminine – elle sentait les ongles s’enfoncer dans son bras – la guidait.
- Escalier, fit la voix du factotum.
- Où ça, demanda Cathy.
- Droit devant !
- Devant pour vous ou devant pour moi ?
- Comment ça ?
- L’escalier, il est devant vous ou devant moi ?
- Il est devant vous… et il est devant moi…
- Donc c’est un grand escalier.
- Oui… Un escalier d’apparat.
- Ah tant mieux !… J’aime bien les grands escaliers… Et il tourne cet escalier ?
- Qu’est-ce que vous en avez à faire ?
- Ben, on change de pompes et vous allez comprendre… Ah, ça les mecs vous voulez qu’on soit belle et sexy, mais vous imaginez pas tout ce que ça signifie comme contrariétés…
- Fermez-la et levez la jambe… On est à la première marche…
- Quelle jambe je lève ?
Cathy sentit les ongles lui labourer le bras. Dans le même temps, elle décolla du sol. Visiblement, ils avaient trouvé comment régler le problème de l’escalier.

- Où étaient-ils quand ils ont disparu ?
- Là…
Le sergent des transmissions montrait un point imaginaire sur l’écran devenu noir.
- C’est-à-dire ?
- Vers Wetteren.
- Alors, on boucle tout le secteur… Mais avec discrétion… Et vous, essayez de me réparer ce machin !

- C’est joli ici…
Le retour de la lumière après plus d’une heure d’obscurité avait aveuglé Cathy pendant quelques instants… et puis, elle avait pu distinguer autour d’elle une fantaisie de dorures et de sculptures, des miroirs gigantesques et de grandes fenêtres donnant sur un jardin à la française.
- Mademoiselle Blanc, asseyez-vous.
Cathy fut propulsée sans ménagement sur un fauteuil.
- Eh, mais vous me faites mal !…
- Crois-moi, on peut te faire encore plus mal.
Délaissant le côté touristique de sa première exploration, Cathy regarda qui l’entourait. Elle reconnut Jenna la rouquine, identifia une autre jeune femme moulée dans une combinaison jaune et noire qu’elle baptisa aussitôt Kill Bill. Enfin, face à elle, un homme muni d’une seringue se préparait à lui faire une injection.
- Oh ! J’aime pas les piqûres ! Vous avez pas le droit…
- Pas d’exigences, on a dit… Et tu as signé !… Alors, maintenant on va vérifier que tu ne nous as pas raconté des craques… Donne ton bras, Joanna Blanc !

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