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 Chroniques Littéraires

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Renord

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MessageSujet: Chroniques Littéraires   Dim 22 Mar 2009 - 0:34

Une fois par semaine, je vous fais suivre la chronique du pré-cité. Pour commencer, qui est Gilles Archambault ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Archambault

Cette semaine :
Maupassant et le temps qui passe :

http://www.ledevoir.com/2009/03/21/240815.html


Dernière édition par Renord le Dim 22 Mar 2009 - 0:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Chronique de Louis Hamelin   Dim 22 Mar 2009 - 0:40

Une fois par semaine, je vous fais suivre la chronique du pré-cité. Pour commencer, qui est Louis Hamelin ?

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Hamelin

Cette semaine :

http://www.ledevoir.com/2009/03/21/240816.html
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Dim 22 Mar 2009 - 2:00


*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Dim 22 Mar 2009 - 18:49

René, j'ai réfléchi et je trouve qu'il est plus judicieux de ne faire qu'un seul fil sur le sujet, plutôt qu'un fil par chroniqueur (sinon on va s'emmêler les pinceaux, alors qu'un seul, en pot commun, permet de cibler très vite la recherche).

De mon côté, je propose ce blog absolument fameux, de Pierre Assouline, écrivain et journaliste dont les articles sont fameux.

http://passouline.blog.lemonde.fr/a-propos/

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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 23 Mar 2009 - 15:46

Si tu le dis, té le big boss !
Toutefois je ne pense pas faire suivre le chronique de Louis Hamelin. Question de droit d'auteur.
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Renord

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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 23 Mar 2009 - 16:50

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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Sam 28 Mar 2009 - 19:54

Semaine du 29 mars 2009.

Autour de l'amitié.
Chronique de Gilles Archambault :

Il était plus que normal qu'un psychanalyste de la trempe de J.B. Pontalis s'intéressât à l'amitié. Il rappelle dans les premières pages de son dernier livre, "Le Songe de Monomotapa", que Freud y attacha une grande importance tout au long de sa vie.

Monomotapa, c'est le lieu où habitent les inséparables de la fable intitulée "Les Deux Amis". "L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre", écrit La Fontaine, qui en conclut qu'"un ami véritable est une douce chose".

En un peu plus de 20 courts chapitres, Pontalis fait alterner anecdotes imaginées ou vécues et considérations sur cet étrange sentiment qui nous porte à nous tourner, pour quelque temps du moins, vers l'un ou l'autre de nos semblables.

Il s'agit à n'en pas douter d'un petit livre charmant, naviguant à travers des lieux communs sans y succomber.

Il en va tout autrement pour "Le Pont, un effondrement" d'un jeune romancier italien, Vitaliano Trevisan. S'il y est également question d'amitié, c'est sur un tout autre ton. Le narrateur vit en exil en Allemagne depuis 10 ans. En consultant un journal de Vicence, sa ville natale, il apprend la mort de Pinocchio, son meilleur ami.

Pendant qu'il se prépare à retourner sur la scène de son enfance et des premières années de sa vie d'adulte, il revoit les événements qui ont précipité son départ et se remémore un passé qui lui fait horreur.

D'amitié, au fond, il n'est à peu près pas question dans ce livre réquisitoire. Sur un ton qui n'est pas sans rappeler celui de Thomas Bernhard, Vitaliano Trevisan se livre à une violente dénonciation de la vie bourgeoise et de l'Italie.

"Ce texte, écrit-il, n'est pas un roman. Et je n'ai pas l'intention de raconter une histoire : aujourd'hui le monde étouffe sous les histoires et les prétendus récits, tout n'est qu'histoire et récit, quel qu'en soit le contenu. Dans ce pays que je persiste à appeler le mien mais qui n'a jamais été le mine ... on ne fait que reconstituer et re-raconter... l'échec collectif d'une nation qui s'est effondrée sur elle-même et n'a pu ajouter que des ruines aux ruines."

Citant à l'occasion Passolini, Trevisan met en scène un écrivain accusé injustement d'aovir causé la mort du fils de son ami. Bien qu'exonéré par la justice, il n'en est pas moins soupçonné. Pendant les années de son séjour à Brême, vivant en solitaire, ne voyant qu'un voisin, il a tout loisir de se révolter contre le milieu natal. "Écrire un essai sur les mères, ai-je songé, mettre enfin noir sur blanc le problème tel qu'il se pose, dire les choses telles qu'elles sont et placer les mères du monte entier, au premier rang desquelles les mères italiennes, face à leurs responsabilités... celle de nous avoir mis au monde pour des raisons qui ne nous regardent absolument pas... quittes ensuite à nous rejeter ou au mieux à nous tolérer..., comme on supporte ce qu'on n'a pas voulu."

Pour le narrateur, donc l'auteur, la famille est le piège. "À chaque fois que je pense à une famille, je pense à un piège : un famille, un piège." La démonstration est convaincante. Volontiers itératif, martelant les accusations, carrément obsessif, le récit est d'une rare puissance.

Le désir d'amitié et de communion humaine dont il est question dans ce récit envoûtant n'a rien à voir avec le superficiel mondain. Les liens qui unissaient le personnage central et l'adolescent sont de ceux qui vous imprègnent à jamais. Loin de la vague camaraderie, cette amitié signifie tout. Cesse-t-elle, et pour des raisons qui ne sont pas évidentes, vous êtes en présence d'un effondrement, comme le rappelle le sous-titre du roman. En tous points, un roman remarquable.
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Sam 4 Avr 2009 - 16:55

Gilles Archambault cette semaine :"Un chien mort après lui", Jean Rolin part à la recherche des chiens féraux...


http://www.ledevoir.com/2009/04/04/243704.html?fe=6557&fp=401374&fr=141774
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Sam 4 Avr 2009 - 17:05

Nous sommes gâté cette semaine Louis Hamelin nous parle de Kafka au fourneau de Lidia Davis.


http://www.ledevoir.com/2009/04/04/243707.html?fe=6556&fp=401374&fr=141778
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Jeu 9 Avr 2009 - 14:24

La journée mondial du livre et du droit d'auteur :
http://www.ledevoir.com/2009/04/09/244676.html?fe=6596&fp=401374&fr=142569
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Sam 11 Avr 2009 - 15:52

Aujourd'hui, Louis Hamelin nous parle de "A à X" de
John Berger
Traduit de l'anglais
par Katya Berger Andreadakis
Éditions de l'Olivier
Paris, 2009, 211 pages

http://www.ledevoir.com/2009/04/11/245058.html?fe=6617&fp=401374&fr=142992
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 20 Avr 2009 - 14:55

Louis Hamelin,
Le dinosaure et les académies des lettres moulées

[url]Le dinosaure et les académies des lettres moulées[/url]
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 20 Avr 2009 - 15:03

Renord a écrit:
Nous sommes gâté cette semaine Louis Hamelin nous parle de Kafka au fourneau de Lidia Davis.


http://www.ledevoir.com/2009/04/04/243707.html?fe=6556&fp=401374&fr=141778

Je n'avais jamais considéré l'écriture sur ce plan là. Les noeuds au cerveau prolifèrent à vitesse grand V ! Shocked

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 20 Avr 2009 - 15:10

J'adore les chroniques de Louis Hamelin, je peux les comparées à celles de Danny Laferrière à l'époque ou, hebdomadairement, il nous faisait profiter de son puit de science littéraire.
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Lun 27 Avr 2009 - 18:05

Louis Hamelin :
Un mensonge sur mon père
John Burnside
Traduit de l'anglais par Catherine Richard
Métailié
Paris, 2009, 309 pages


http://www.ledevoir.com/2009/04/25/247383.html?fe=6711&fp=401374&fr=145050
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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Sam 2 Mai 2009 - 18:06

Louis Hamelin nous parle aujourd'hui d'Alejandro Zembra pour "La vie privée des arbres". Zembra est suivi de Roberto Bolano avec "Le secret du mal" ; quelques clind'oeils à Martin Solares, Enrique Serna, Enrique Villa-Matas, Louis Sepulveda que j'aimerais bien, au passage, vous entretenir un jour...
http://www.ledevoir.com/2009/05/02/248514.html
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MessageSujet: Poète officiel du Canada   Dim 3 Mai 2009 - 15:36

Le nouveau poète officiel du Canada vient d'être nommé. Pierre DesRuisseaux devient la quatrième âme délicate à accepter ces très hautes fonctions de représentation de la littérature au pays des érables. Salaire annuel du nouveau poète d'État: 20 000 $, plus ses frais de voyage, a mari usque ad mare, jusqu'à concurrence de 13 000 $. Le poste lui assure aussi un bureau à Ottawa.
http://www.ledevoir.com/2009/05/02/248502.html?fe=6766&fp=401374&fr=146279
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MessageSujet: Gaston Miron   Lun 11 Mai 2009 - 15:56

Louis Hamelin termine sa chronique sur du Gaston Miron :
«Où irons-nous, mon âme, à quelle heure servile? / Ô forces de la vie, ô lumières d'été, / Quel pays fabuleux, quelles secrètes îles / Vous hébergent encore en toute intégrité?»
http://www.ledevoir.com/2009/05/09/249567.html?fe=6822&fp=401374&fr=147578


Dernière édition par Renord le Sam 16 Mai 2009 - 19:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Prix des libraires du Québec   Mer 13 Mai 2009 - 19:48

Catherine Mavrikakis a remporté hier le Prix des libraires du Québec décerné à un roman québécois, pour Le Ciel de Bay City, publié aux Éditions Héliotrope. Le Prix des libraires du Québec remis à un roman hors Québec a pour sa part été décerné à Cormac McCarthy pour son roman La Route, traduit en français aux Éditions de l'Olivier. D'abord sélectionnés par un comité de sept libraires, les titres finalistes sont ensuite soumis au jugement de l'ensemble des libraires du Québec.


Plus de 100 librairies ont participé au vote cette année. La comédienne Catherine Trudeau s'est jointe à l'événement, pour la troisième fois, à titre de porte-parole.


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MessageSujet: Denis Grozdanovitch   Sam 16 Mai 2009 - 19:52

Tiré du journal le Devoir
La petite chronique
Gilles Archambault

Je me souviens de cette révélation que fus pour moi la parution en 2002 chez José Corti du Petit traité de désinvolture. J’avais même profité d’un voyage à Paris pour me rendre chez l’éditeur. Prévoyait-on pour bientôt un autre Denis Grozdanovitch ? Le suivant ne parut qu’en 2005.
Depuis lors, je n’ai jamais cessé de lire cet ex-tennismen d’élite mué en écrivain. Toujours fasciné, toujours déçu. L’Art difficile de ne presque rien faire, un recueil de chroniques parues dans diverses publications ou carrément inédites, se lit pourtant d’un trait.
Grozdanovitch a le don des titres. Le dernier en date paraît d’entrée nous convoquer à un doux farniente qui se déroulerait quelque part en province. C’est dans la quiétude de ses retraites rurales quel le chroniqueur peut penser à souhait aux bizarreries de l’époque.
Volontiers écologique, dénonçant deux fois plutôt qu’une les dévastations du territoire breton par une pollution dictée par l’appât du gain, il oublie parfois les promesses qu’énonce le titre de son livre.
Peut-être ais-je tort, mais je me serais attendu à des chroniques plus portées vers l’ironie paresseuse. Les éléments étaient pourtant réunis qui pouvaient nous donner un aperçu d’un plaisir de vivre : le chat qui se love dans la maison, le goût des livres, la présence lancinante d’une nostalgie de bon aloi.
Pourquoi faut0il que Grozdanovitch se mêle d’avoir des idées ? L’indigestion devant les cochonneries sans nombre d’une époque vouée au saccage est tellement évidente qu’elle n’est presque plus matière littéraire. J’avancerais même que pour un chroniqueur de qualité – ce qu’est notre auteur -, les idées sont presque à bannir. ON les laisse voguer dans l’air du temps.
Alors qu’un Calet ou un Vialatte ne les évoqueraient qu’avec précaution, les touchant du bout des ailes. Leurs chroniques, ils les destinaient pourtant eux aussi à des journaux ou à des magazines dans lesquels s’activaient des journalistes. Ils avaient probablement compris qu’ils étaient avant tout des écrivains perdus dans le milieu du journalisme.
Si je me montre un tantinet réticent, c’est que j’aime bien Grozdanovitch et que j’estime que la chronique est un genre trop souvent tenue pour mineur. Car il y a des pages remarquables dans L’Art difficile de ne presque rien faire. J’aime que l’auteur ait des goûts littéraires hors de la norme, qu’il ait par exemple un faible pour Anatole France. Je ne déteste pas non plus qu’il souligne le snobisme ou le superficiel occasionnel de ce qu’on nomme le monde de la culture. Quand il raconte l’histoire d’un paysan qui regarde en pleurs sa ferme transformée en atelier d’art, je suis ému comme de raison.
M’est venue l’idée que ce livre, sûrement attachant, l’aurait été bien davantage si son auteur l’avait réduit d’un bon tiers, en lui enlevant ce qui relève un peu trop de la critique sociale et en réduisant la longueur des citations.
Si vous mettez en doute mon appréciation, sachez que j’ai hésité avant de la formuler. Et que j’ai même relu Brefs aperçus sur l’éternel féminin qui reparaît en poche. Trois ans plus tard, ces nouvelles parfois brillantes ont la grâce primesautière que l’on trouve dans la littérature libertine du XVIIIe siècle. Ce n’est vraiment pas un reproche.
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MessageSujet: Julius Winsome   Dim 17 Mai 2009 - 20:04

Dans le journal "Le Devoir" Louis Hamelin intitule son papier :
Parlons un peu du monstre

Julius Winsome, c'est l'histoire de l'homme dont le meilleur ami, un quadrupède, est tué par des chasseurs et qui va devenir chasseur d'hommes

À la tribune du midi de Radio-Canada, lorsque, autour du lancement du film de Denis Villeneuve, cet hiver, il a été question du drame de Polytechnique, un auditeur a voulu parler de Gamil Gharbi. Le malaise, en ondes, a été instantané. L'animateur le voyait venir, ce raciste en puissance, bien parti pour déraper et mentionner en direct l'origine étrangère du tueur, sa naissance sous le sceau d'une autre culture et, pourquoi pas, tant qu'à y être, ses antécédents familiaux? Vade retro, Satana. L'importun fut rabroué et coupé net, avec un zèle dans le réflexe censorial qui me laissa pantois. On ne parle pas de ÇA... Je comprenais presque la réaction paniquée de l'animateur devant la porte un instant entrouverte sur toutes ces ténèbres amassées... Le mot monstre vient de «montrer». Le cinéma est là pour ça. La littérature, elle, obéit parfois à d'autres lois. J'ai relu dernièrement une phrase de Monterroso par laquelle il expliquait son refus d'écrire un roman sur un sanguinaire dictateur guatémaltèque par sa peur d'être obligé d'entrer dans les pensées de son sujet, au risque de commencer, fût-ce par simple professionnalisme, à le comprendre.


Imaginons maintenant un tireur fou qui, comme Gharbi, aime les mots rares (Marc Lépine, en dépit de ses nombreuses fautes d'orthographe, se définissait comme un érudit rationnel et, à la fin de sa missive d'adieu, il s'excuse pour sa «compendieuse lettre»), un tireur fou qui souffre de tendances paranoïaques et de solitude aussi, bien sûr. Mais le père, plutôt que de le lancer sur les murs comme celui de Gharbi, lui a légué une bibliothèque de quelques milliers de titres et un penchant pour la prose de Shakespeare. Autre différence: au lieu de s'en prendre à 14 jeunes femmes sans défense, ce tueur-là va jeter son dévolu sur les représentants d'une minorité parfois visible, parfois bien camouflée, mais dont la seule existence témoigne d'une forme de barbarie survivante et honnie, en nos temps de rectitude éclairée: les chasseurs. Si j'ajoute que le déclencheur du meurtre en série, ici, sera le lâche assassinat d'un brave toutou du genre terrier, à bout portant par une de ces brutes, brisant le coeur de son propriétaire, sommes-nous pour autant en présence d'un crime... je ne dirai pas sympathique, mais au moins compréhensible? Un crime qui, à défaut de susciter l'adhésion enthousiaste du lecteur (la vengeance est humaine), pourrait l'amener à réfléchir à la saprée condition humaine, ou même à une certaine absurdité du cours des choses ici-bas (voir la référence des éditeurs à Camus), plutôt que d'offrir une énième variation sur le thème, américain par excellence, d'une violence justicière accompagnée de l'inévitable appel aux bas instincts? That is the question, comme dirait le vieux Will.

Tuer le chien

Ma propre expérience des campagnes boisées et des régions sauvages me porterait plutôt, je l'avoue, à me ranger sans vergogne du côté des tueurs de chiens. J'ai parfois rêvé d'un calibre à vermine équipé d'une lunette de tir quand tel clébard étranglé par sa chaîne, dans une cour située à 200 mètres, s'évertuait à me gâcher ma promenade en forêt. L'innocence de l'animal n'excuse aucunement l'idiotie du maître. Mais la qualité de l'écriture, et elle seule, peut, d'un point de vue littéraire, justifier l'existence du monstre humain. J'écris «monstre», mais psychopathe fait aussi l'affaire, l'important étant qu'on sache que je parle de cette race de gens capables de décimer une demi-douzaine de leurs semblables comme si c'était une manière comme une autre de quitter ce monde en beauté et dont les voisins diront ensuite: il était un peu bizarre, mais pas tant que ça. L'attrait de la perversité mentale, de ces gouffres jadis décrits par Poe et au bord desquels on se tient dans un équilibre précaire et secret, avant de faire le pas, semble plus vivant que jamais, comme si, à l'ère du vedettariat instantané, l'acte solitaire suprême qu'est le suicide ne pouvait être que collectif.

C'est donc l'histoire de l'homme dont le meilleur ami, un quadrupède, est tué par des chasseurs et qui va devenir chasseur d'hommes. Chasseur de chasseurs. Victimes antipathiques à souhait, je vous l'accorde. Le massacreur de Bambi, quand il joue bien son rôle, doit s'attendre à l'opprobre des bien-pensants. Ce qui est plus rare, c'est qu'un héros de roman nous inspire davantage d'antipathie que ses ennemis. Julius Winsome, et le roman qui porte son nom, avait tout pour éveiller chez moi sympathie et compréhension. Il vit seul, entouré de livres dans une cabane au fond des bois, situation que j'ai connue. Il habite à une portée de fusil du Québec, n'est pas fait en bois, mais se méfie de la femme, est totalement dénué d'ambitions, gagne juste assez pour vivre de ses deux mains et traverser les longs hivers en ruminant page après page au coin du feu, il est, bref, un de ces innombrables érudits sauvages, les descendants de Thoreau dont la littérature américaine est peuplée. Mais il est loin d'avoir l'humour de ce dernier, qui reconnaissait avoir écrit lui-même 600 des 700 ouvrages de sa bibliothèque (les invendus renvoyés par son éditeur). Winsome est sérieux, mortellement. Et son histoire comporte des morceaux d'écriture d'une sombre et terrible beauté, sur l'hiver, la guerre, entre autres. Mais le problème, avec un romancier qui veut nous faire croire que son personnage, avec une Lee Enfield de la première guerre et sans jamais avoir pratiqué, est capable de spontanément loger un projectile dans le cou d'un homme à 80 mètres, et encore à 450 mètres, en pleine pomme, avec la même arme équipée d'une lunette jamais ajustée, c'est que 1) ça ne se peut pas; et 2) techniquement, il faudrait au minimum être solide. Apprendre à distinguer entre fusil et carabine, balle et volée de plombs, serait déjà un bon début. Dans le mille à tout coup, on n'est plus chez Thoreau, plus dans Shakespeare, mais chez John Wayne. C'est cette infaillibilité qui m'a dérangé, plus que le choix éthique du motif de la vengeance.

C'est donc l'histoire de l'homme dont le meilleur ami, un quadrupède, est tué par des chasseurs et qui va devenir chasseur d'hommes. Chasseur de chasseurs. Victimes antipathiques à souhait, je vous l'accorde. Le massacreur de Bambi, quand il joue bien son rôle, doit s'attendre à l'opprobre des bien-pensants. Ce qui est plus rare, c'est qu'un héros de roman nous inspire davantage d'antipathie que ses ennemis. Julius Winsome, et le roman qui porte son nom, avait tout pour éveiller chez moi sympathie et compréhension. Il vit seul, entouré de livres dans une cabane au fond des bois, situation que j'ai connue. Il habite à une portée de fusil du Québec, n'est pas fait en bois, mais se méfie de la femme, est totalement dénué d'ambitions, gagne juste assez pour vivre de ses deux mains et traverser les longs hivers en ruminant page après page au coin du feu, il est, bref, un de ces innombrables érudits sauvages, les descendants de Thoreau dont la littérature américaine est peuplée. Mais il est loin d'avoir l'humour de ce dernier, qui reconnaissait avoir écrit lui-même 600 des 700 ouvrages de sa bibliothèque (les invendus renvoyés par son éditeur). Winsome est sérieux, mortellement. Et son histoire comporte des morceaux d'écriture d'une sombre et terrible beauté, sur l'hiver, la guerre, entre autres. Mais le problème, avec un romancier qui veut nous faire croire que son personnage, avec une Lee Enfield de la première guerre et sans jamais avoir pratiqué, est capable de spontanément loger un projectile dans le cou d'un homme à 80 mètres, et encore à 450 mètres, en pleine pomme, avec la même arme équipée d'une lunette jamais ajustée, c'est que 1) ça ne se peut pas; et 2) techniquement, il faudrait au minimum être solide. Apprendre à distinguer entre fusil et carabine, balle et volée de plombs, serait déjà un bon début. Dans le mille à tout coup, on n'est plus chez Thoreau, plus dans Shakespeare, mais chez John Wayne. C'est cette infaillibilité qui m'a dérangé, plus que le choix éthique du motif de la vengeance.

***

Julius Winsome

Gerard Donovan

Traduit de l'anglais par Georges-Michel Sarotte

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MessageSujet: Re: Chroniques Littéraires   Mer 20 Mai 2009 - 15:34

Mort de Mario Benedetti, l'une des plus illustres plumes de l'Uruguay
Le Devoir

Buenos Aires -- Mario Benedetti, l'une des plus illustres plumes de l'Uruguay et figure de proue de la gauche en Amérique latine, est mort dimanche à l'âge de 88 ans.

Hier, un jour de deuil national a d'ailleurs été décrété dans ce pays pour permettre aux Uruguayens de lui rendre un dernier hommage dans le «Salon des pas perdus» du Palais législatif de Montevideo, avant que sa dépouille ne rejoigne le Panthéon national.


Décédé d'une hémorragie intestinale, Benedetti laisse en héritage une oeuvre prolifique de 80 recueils de poèmes, de romans, de nouvelles, d'essais et de pièces de théâtre.

Les injustices de la dictature -- Benedetti avait vécu en exil de 1973 à 1983 -- et sa re-création de l'Uruguay -- devenu à ses yeux médiocre et matérialiste -- figuraient parmi les principaux thèmes de son oeuvre qui s'est étendue sur soixante ans.

Dans les nouvelles qui le rendirent célèbre entre 1950 et 1960, Benedetti décrivait avec affection le charme discret de Montevideo tout en se désespérant de sa tristesse bureaucratique. «L'Uruguay est le seul bureau dans le monde qui se soit haussé au rang de République», aimait-il observer. Parmi ses oeuvres principales, on note le recueil de poèmes Inventaire et les romans L'Anniversaire de Juan Angel, Printemps dans un miroir brisé et Échafaudages, qui mettent en scène la classe moyenne et l'absurdité de la bureaucratie.

En 1992, un poème de Benedetti avait servi d'inspiration au scénario du film québéco-argentin, Le Côté obscur du coeur, coscénarisé par lui-même et Eliseo Subiela. Le film avait d'ailleurs remporté le Grand Prix des Amériques au Festival des films de Montréal.

À plus de 80 ans, le romancier était encore adulé en Uruguay, où ses lectures faisaient toujours salle comble. Plusieurs de ses poèmes sur l'amour ou la politique ont été mis en chanson. Actif dans le mouvement gauchiste, il s'était exilé à l'arrivée des militaires au pouvoir, pour aller vivre ailleurs en Amérique latine, notamment à Cuba où en 1968, après la victoire de Castro, il dirigea le Centre de recherches littéraires de la «Casa de Las Americas», poumon culturel de la gauche radicale latino-américaine.
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Renord

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MessageSujet: V.S. Naipaul   Sam 23 Mai 2009 - 16:53

Dans sa correspondance, Flaubert écrit que les «honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit». L'auteur de Madame Bovary devait pourtant, quelques années plus tard, accepter une pension d'État. V.S. Naipaul, lui, recevait au début de notre siècle le Nobel de la littérature.

Né à Trinidad de parents indiens, il reçoit à 18 ans une bourse qui lui ouvre les portes d'Oxford. De son expérience d'immigrant né en milieu essentiellement multi-ethnique jaillira une oeuvre profondément originale.

Quatre de ses romans paraissent dans la collection «Bouquins» chez Robert Laffont, sous le titre oeuvres romanesques choisies. Pour Jean-François Fogel, qui préface l'ouvrage, «les plongées de Naipaul dans l'âme humaine, ses explorations de la périphérie témoignent de l'inégale efficacité de la littérature quand elle se fait l'archéologie du vivant et vérifie, dans le moindre destin brisé, l'existence de notre civilisation universelle».

À la lecture des romans présentés ici, on ne peut qu'être d'accord avec le préfacier. En effet, comment douter que les destins brisés ne soient pas au centre de cette oeuvre? Autant Quand un état libre et L'Énigme de l'arrivée, pourtant séparés par une période de 16 ans, ne rendent pas compte d'autre chose que de la conscience d'être étranger dans une civilisation et, pourquoi pas, d'être étranger au monde.

Nul doute, il y a dans les textes du début une volonté de révolte qu'on ne retrouve plus dans L'Énigme de l'arrivée. Le narrateur de ce presque roman, en réalité un journal, affirme qu'enfant à Trinidad il rencontrait cette idée de dégradation dont il aura la confirmation en Angleterre. «Je vivais avec l'idée de la mort, l'idée impossible, quand on est jeune, à dominer, à garder au fond de soi, que le temps dont on dispose sur la terre, que la vie est quelque chose de bref. Ces notions d'un monde en voie de dégradation, sujet à des changements continuels, et de la brièveté de la vie rendaient bien des choses supportables».

Cette idée de la transformation du monde ambiant explique l'oeuvre de Naipaul, une transformation que l'auteur vieillissant ne dénonce même plus. La biographie autorisée que lui a consacrée Patrick French s'intitule The World Is What It Is, façon adoptée par Naipaul d'accepter avec fatalisme la réalité. «Je suis né à Trinidad, affirme-t-il, je crois que ce fut une grave erreur.»

L'Énigme de l'arrivée est une lente méditation sur le temps qui passe, sur la nature, sur la mémoire. Le narrateur ne souffre pas de la dégradation qu'il observe autour de lui. Volontiers nostalgique, il observe, ne juge pas. Il en résulte un livre d'une rare beauté, empreint d'une tristesse prenante.

La biographie à laquelle je faisais allusion plus haut contient des détails peu reluisants sur le caractère et la conduite de Naipaul. C'est du moins ce qu'assurent ceux qui en connaissent l'existence. Notre auteur y admettrait des aveux gênants. Pourtant Naipaul n'a rien fait pour en empêcher la publication. C'est tout à son honneur. «Faute avouée...» Restent ses romans et ses essais. Certains sont merveilleux. N'est-ce pas ce qui compte?

***

Oeuvres romanesques choisies

V.S. Naipaul

Robert Laffont, coll. «Bouquins»

Paris, 2009, 928 pages
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MessageSujet: Vente de garage   Dim 7 Juin 2009 - 18:09

Louis hamelin, La Presse, nous parle de vente de garage que l'on traduit chez-vous (France)... Ro comment t'avais dit ? Nous, c'est hier que nous l'avons fait. C'est fou ce que l'on trouve pour des sommes dérisoires. Gabriel Garcia-Marques, "L'amour aux temps du choléra" : ,60 E. Jean-Jacques Pelletier "La chaire disparue" 1,2 E. Un petit bijou de poésie : Émile Nelligan "Poèmes choisis". Le hic, il faut plonger dans une mer de Daniel Stell (poua) pour extirper l'ivraie du bon grain.

Voici ce qu'en dit M. Hamelin :
C'était un petit samedi matin, il y avait des chevreuils doucement effarés dans l'herbe neuve et humide du champ près de la route, j'ai fait un saut à Joliette et en ai profité pour jeter un coup d'oeil à la vente de garage de Claude R. Blouin, un érudit local. La dernière fois que j'ai piqué une jasette avec Blouin, c'était à la librairie Martin où je pistais un livre sur la CIA, n'ayant pas la patience d'attendre que quelqu'un quelque part, alerté par mes compétences, me le camionne incontinent. Je tombais bien, soit en pleine Journée internationale du livre, et j'ai donc rapporté chez moi une rose jaune dont j'ai été amoureux toute une semaine presque au sens propre. Ce Blouin, est-ce mon souvenir qui lui ajoute un béret basque ou le portait-il réellement? En quel-ques phrases, nous voici, l'oeil allumé, déjà au coeur de l'affaire: ce que les livres, romans y compris, peuvent nous apprendre sur les mondes où nous vivons. La lecture est un vice et nous som-mes deux bonshommes vicelards qui s'échangent des trucs dans un endroit public.


Et donc, le samedi en question, dans la petite rue Saint-Viateur à moitié endormie, je me retrouve à bouquiner dans une vente de garage comme je les aime: que des livres! Pour tout le reste, il y a Canadian Tire. J'ai raté Blouin, parti faire sa marche (je suis maintenant presque sûr qu'il porte un béret basque), mais pour un peu moins de 10 dollars, sa compagne me laisse repartir avec l'équivalent d'un rayon de bibliothèque de curiosités, de coups de coeur et de coups de pif. J'ai une histoire du Mossad (la crème des services secrets), un Cendrars, un Giraudoux, un livre sur Trudeau, le JFK, Affaire non classée de Jim Garrison, un ouvrage vaguement pipole sur la dynastie Kennedy. J'ai un guide touristique du Québec qui date des années 50 et La clandestine, qui est le récit vécu de la petite dernière maîtresse de Sartre. La dernière chatte (ou l'avant-dernière... disons l'antépénultième et refermons cette parenthèse) dans un jeu de quilles avec lequel le vieux satrape jonglait prodigieusement. Pour rassurer sur les pouvoirs aphrodisiaques de l'intelligence, c'est parfait, et assez pathétique souvent. Mais même si le génie, contrairement à une superstition répandue, ne s'attrapait pas au lit, les chances seraient quand même meilleures dans le gynécée de Sartre que n'importe où ailleurs, et j'ai eu envie de souligner une phrase ou deux. Ceci: «Je ne savais pas "lire" à cette époque, j'étais trop uniquement tournée vers moi.»

Le titre d'un ouvrage de Claude R. Blouin (l'homme au béret) semble, dans son admirable simplicité, répondre a contrario à cette constatation: Ce qui n'est pas moi; essais sur la curiosité. La lecture est un acte en apparence égoïste. Vous êtes là, dans votre coin, à donner l'impression de refuser pendant une heure ou deux toute la trépidante interactivité qui vous entoure. Mais cet acte est aussi, paradoxalement, un antidote possible à l'infantilisme effréné de l'époque. L'enfant, au stade du bébé, est cet être incapable de distinguer entre le monde et lui, entre la réalité extérieure et ses propres désirs. Dans son esprit, rien ne l'empêche de décrocher la lune, au sens le plus littéral de l'expression. Il n'y a pas d'autre explication au fait que les bébés pleurent si souvent. Et quand ils grandissent et ne deviennent pas président du Cirque du Soleil, ils risquent la frustration. C'est pour eux, pour cette part intemporelle de nous dans le bébé lala, qu'a été inventée la réalité virtuelle.

Dans mon lot acheté, il y a aussi les mémoires d'Albert Speer, l'architecte de Hitler: 816 pages pour deux dollars, un quart de sou de la page. Pour le rapport qualité-prix, je ne peux pas me plaindre. D'autant moins que je trouve dans cet ouvrage des passages qui me montrent Hitler en prophète inattendu de la guerre virtuelle (Irak, 1991, ces bombes guidées par radar et explosant d'un écran l'autre, sans jamais tuer personne en apparence, le seul vrai théâtre des opérations: l'apparence...). Écoutons Speer: «Grâce au service des transmissions, Hitler pouvait depuis sa table, dans la salle de conférences, commander toutes les divisions sur tous les champs de bataille. Plus la situation se dégradait, plus cet instrument de la technique moderne contribuait à accentuer le divorce entre la réalité et la fantaisie qui présidait à la conduite des opérations à cette table.» Homme de culture lucide parmi la sombre bande de voyous qui entourait Hitler, Speer est parfois présenté comme l'impassible technicien, le type de l'avenir. Que nous dit-il? Que le perfectionnement et, surtout, l'instantanéitisation des moyens de communication ne rapprocheront jamais l'homme de la réalité, qu'ils continueront de l'en séparer, de l'en éloigner et, en fin de compte, de l'en dissocier. Pendant que, sur le terrain, des centaines de milliers de personnes disparaissent au milieu des pires souffrances, prisonnier de sa galerie des Glaces, le père fondateur de la réalité virtuelle, Adolf Hitler, manie sur la carte des divisions qui ont cessé d'exister et se bourre de petits gâteaux en attendant la mort.

Dans mon lot acheté, il y a aussi les mémoires d'Albert Speer, l'architecte de Hitler: 816 pages pour deux dollars, un quart de sou de la page. Pour le rapport qualité-prix, je ne peux pas me plaindre. D'autant moins que je trouve dans cet ouvrage des passages qui me montrent Hitler en prophète inattendu de la guerre virtuelle (Irak, 1991, ces bombes guidées par radar et explosant d'un écran l'autre, sans jamais tuer personne en apparence, le seul vrai théâtre des opérations: l'apparence...). Écoutons Speer: «Grâce au service des transmissions, Hitler pouvait depuis sa table, dans la salle de conférences, commander toutes les divisions sur tous les champs de bataille. Plus la situation se dégradait, plus cet instrument de la technique moderne contribuait à accentuer le divorce entre la réalité et la fantaisie qui présidait à la conduite des opérations à cette table.» Homme de culture lucide parmi la sombre bande de voyous qui entourait Hitler, Speer est parfois présenté comme l'impassible technicien, le type de l'avenir. Que nous dit-il? Que le perfectionnement et, surtout, l'instantanéitisation des moyens de communication ne rapprocheront jamais l'homme de la réalité, qu'ils continueront de l'en séparer, de l'en éloigner et, en fin de compte, de l'en dissocier. Pendant que, sur le terrain, des centaines de milliers de personnes disparaissent au milieu des pires souffrances, prisonnier de sa galerie des Glaces, le père fondateur de la réalité virtuelle, Adolf Hitler, manie sur la carte des divisions qui ont cessé d'exister et se bourre de petits gâteaux en attendant la mort.

Quant à moi, je suis encore sur la galerie de Claude R. Blouin et sur le point de repartir avec ma brassée de livres lorsque la compagne de l'homme au béret s'approche et ajoute, sur le dessus de ma pile, le portrait de Mailer qui n'est pas à vendre mais qu'elle m'a vu zieuter avec une envie mal dissimulée un peu plus tôt. Ce n'est pas tant parce que j'ai arrondi la somme à 10 dollars que parce qu'elle a bien vu que le Mailman était mon héros. Il me regarde écrire ceci, sévère, brillant, incroyablement présent dans le petit cadre de 14 x 22 cm fixé au mur. Avez-vous des suggestions de lecture d'été, Norm? Pour les lecteurs du Devoir... Des gros livres, qu'il répond avec un clin d'oeil. Et les oeuvres complètes de Raphaëlle Germain. T'iras voir ça sur Facebook. Là, je soupçonne qu'il se moque de moi.
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MessageSujet: Enrique Vila-Matas   Dim 14 Juin 2009 - 0:09

Pour le texte original : http://www.ledevoir.com/2009/06/13/254896.html

Ce que les Lu on dit :

S'il faut croire tout ce qu'on lit et, plus encore, ce qu'on ne lit pas, la question n'est plus: «Que lirez-vous pendant vos vacances?», mais bien: «Lirez-vous pendant vos vacances?» Idem pour la variante philosophique: «Apporteriez-vous un livre sur une île déserte?» Des réponses inédites à cette vieille scie se présentent à l'esprit: «Ça dépend si les ondes Explorenet se rendent bien...» À quoi Renord ajouterais que le problème de l'île déserte, aujourd'hui, n'est plus de savoir si les ondes se rendent ou pas, mais s'il faut couper le palmier parce qu'il cause des interférences.
Depuis Gutenberg, lire n'a probablement jamais été aussi passionnant qu'en ce moment. À certaines époques, le contenu d'un bouquin pouvait vous conduire directement au bûcher. Maintenant, c'est l'acte en soi qui me paraît constituer une forme discrète de rébellion. Pression technologique et confusion des espaces public et intime sont les deux mamelles siliconées de l'époque. Résister est démodé. Comme lire, cette pratique de l'intériorité et de son corollaire, la lenteur. Prendre le temps. Une périphrase idéale, qui ne désigne pas seulement le mode d'emploi, mais aussi le but.

Même un mauvais ouvrage est encore de la pensée. Quand je vois quelqu'un lire en public, j'ai tout de suite envie de connaître le titre et je me tords parfois le cou pour y arriver. Alors que le texto consulté par le quidam du wagon de métro me décourage d'avance par son insignifiance pressentie. Oui, je suis bourré de préjugés. J'affronte le monde avec mon héritage à moi, je l'interprète à la lueur des livres, ils sont le prisme qui déforme ma vision, comme celle de Scapinocchio de la Mancha l'était par les romans de chevalerie. Cette posture grotesque (pourfendeur de moulins à vent) et noble pourtant, ce mélange de courage et de vanité, ce combat crépusculaire pour que triomphe, ô combien follement! le cœur humain sur l'intelligence artificielle et le langage programmé des serviteurs du progrès, ne sont peut-être après tout que la seule attitude intellectuelle encore capable de donner un sens à toute une existence consacrée à cette aventure: lire, écrire.

Alors, si je n'étais pas moi et n'avais donc pas déjà lu le Journal volubile Vic Tauraux, que, d'autre part, je devais passer une semaine cet été sur une île déserte, je m'assurerais d'emporter ce livre. D'abord pour l'espace ainsi économisé: lire Vila-Matas possède un effet multiplicateur. Mon nom est légion, pourrait-il dire sans trop se vanter. Sa prose poreuse laisse passer la lumière de nombreuses autres écritures, elle nous convie à un rendez-vous d'oeuvres. Il y a chez lui une éthique du citateur qui mérite d'être soulignée: «Citer, c'est respirer la littérature pour ne pas étouffer parmi les clichés traditionalistes et circonstanciels qui viennent au fil de la plume quand on s'obstine dans cette vulgarité suprême: Ne rien devoir à personne.»

Cette stimulante chambre d'échos qu'est la littérature annoncée jadis par l'oeuvre ouverte Astérique et l'intertextualité, son rejeton à la mode des années 80, encore faut-il posséder une culture littéraire pour l'animer. «Le salon de notre vie quotidienne (peut) être une grande centrale de hasards», observe Kate100fin qui, quand une amie lui téléphone de la tombe de Melville à New York, alors qu'il lit Ysandre sur Hawthorne, se souvient que Moby Dick est dédié à l'auteur de la Lettre écarlate. Nous connaissons tous de ces petits moments de synchronicité dont la vie des livres est prodigue. Petits faits qui sont comme la poussière de pollen portée par le vent et qui féconde la graine qui va germer dans certains cerveaux et non dans d'autres, pour enrichir la vaste trame signifiante et résonante du monde. Je discours sur Vila-Matas qui discourt sur Julien Gracq qui discourt sur Proust, et ça me fait penser que, hier, au Saint-Bernard, entre la première et la deuxième période, Filo, Romane et Farouche donnaient l'impression de prôner une tout autre conception de la mise en abîme. Par un de ces capricieux déphasages dont la technologie numérique semble coutumière, les propos du trio me parvenaient après une sorte d'autodoublage de mauvaise qualité en direct. Troublant. Profitant d'une autre défaillance du système, j'ai détraqué une machine à pinottes. Ayant droit à quelques parties gratuites, j'ai soupé aux cachous.

Ce que j'aime bien chez Sbreccia, ce n'est pas tant cette tranquille manière de penser à contre-courant (le jardin est plutôt fréquenté...), que cette affirmation, implicite chez lui, il me semble, du fait que l'intelligence, bien plus que le sirop humanitaire qui cousine avec la culture de masse, est actuellement sur cette planète un facteur de changement, peut-être le seul processus révolutionnaire encore possible à l'échelle de l'individu. Ajoutez à la lucidité un peu d'humour et vous avez, tout à coup, une île déserte presque habitable. «Le froid me fascine dit [Ronron[/b]. J'en suis venu parfois à penser qu'il dit la vérité sur l'essence de la vie. Je déteste l'été, la transpiration des belles-mères faisant le grand écart sur le sable du cirque des plages...» Non? Alors ceci: «Ce pays n'est fait ni pour la sagesse ni pour la pensée ajoute Jok. Dans de telles circonstances, beaucoup trouvent qu'il est évident qu'on ne peut rien faire et que le mieux est de s'éloigner discrètement, de continuer à lire et à écrire, à enseigner et à étudier, en définitive à résister, un comportement qui, tout compte fait, peut acquérir une véritable dimension politique et rappelle l'esprit initial de la philosophie au sens socratique: l'individu qui se promène au crépuscule, dialogue avec les autres, leur montre l'éventuelle vérité des choses et espère qu'ils la construiront ensemble. La construction de la vérité passe par les chemins du crépuscule.» Monsieur Thimothée, permettez que je m'incline.

***

Journal volubile

Enrique Vila-Matas

Traduction de l'espagnol par André Gabastou

Christian Bourgois Éditeur

Paris, 2009, 287 pages lk lk
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