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 Marie Laberge

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Renord

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Localisation : à gauche de l'épinette!
Date d'inscription : 23/02/2008

MessageSujet: Marie Laberge   Sam 2 Mai 2009 - 18:29

Tant qu'a moi c'est une trouvaille !
La période d'abonnement Aux nouvelles de Martha est maintenant terminée. Nous vous remercions de votre intérêt.
Merci aux 41 000 abonnés
Je vous présente Martha
Martha, c’est un personnage qui vous parviendra
petit à petit, pendant un an
par lettres qui vous seront personnellement adressées.
Martha, c’est un feuilleton épistolaire.
Martha, c’est une femme qui évolue dans le même univers que vous.
se livrera et livrera son monde en vous écrivant 26 lettres.
Vous les lirez à votre rythme,
Vous les garderez pour les relire,
Et, au bout de l’année 2009, vous aurez pris connaissance
du monde de Martha et de son rapport à ce monde en ayant
l’impression de faire un peu partie de ce monde.
26 lettres où Martha s’adresse à vous.
26 lettres personnalisées qui arriveront chez vous pendant toute l’année.
26 lettres que vous vous surprendrez à attendre, comme on attend des nouvelles d’une amie.
Martha, on ne peut la connaître que par abonnement.
On s’y abonne de septembre à décembre 2008 au coût de 33,00 $ (avant taxes).

Les lettres arriveront de janvier à décembre 2009.
http://www.marielaberge.com/index.php?id=7&l=fr
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Renord

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MessageSujet: Re: Marie Laberge   Sam 2 Mai 2009 - 19:15

Un exemple de lettre. Jeannine est ma belle maman.

Le 4 janvier 2009

Ma chère Jeannine,

Ce soir, pour la première fois depuis quarante-deux ans, je suis seule sans mon appartement. Façon de parler -- de dramatiser dirait la défunte tante Aline -- puisque j'ai eu des moments de solitude occasionnelle pendant toutes ces années. Mais bon, on ne s'obstinera pas sur des détails!

Ce que je veux dire, finalement, c'est que Julie est partie. Mon bébé, ma Bébette comme j'aime tant l'appeler, est partie pour de bon. Hier, samedi, elle a vidé sa chambre et elle s'est installée dans son minuscule deux et demi du Plateau.. qui coûte une fortune, évidemment!

Tu me diras qu'à vingt-huit ans bien sonnés, c'est à peu près temps. Je sais. J'ai tout entendu en ce qui concerne sa tendance à profiter des autres -- de moi en particulier -- à ne se soucier que de sa personne et de ses problèmes, et à s'arranger pour faire pitié. Sa soeur Jessica a eu bien de la misère à tenir sa langue quand Julie nous a annoncé son départ au souper de Noël. Mais je t'avouerai que je lui ai coupé le sifflet quand elle s'est ouvert la trappe. Bien involontairement d'ailleurs. J'ai, pour une fois dans ma vie, tranché net toute forme de commentaires, qu'ils soient élogieux ou désagréables.

Je n'ai pas mis mon poing sur la table, je n'ai pas hurlé ou même parlé fort, tu me connais, j'en suis incapable. Non. J'ai seulement fait une folle de moi. Je suis partie à pleurer. Pas arrêtable. Une vraie fontaine! Dès que j'essayais de me reprendre, de faire bonne figure, ça repartait. Ils ont bien été obligés de s'occuper de moi et de garder leur avis pour plus tard. Oh! je ne suis pas naïve, je suis certaine que Jessica me réserve son chapelet de reproches -- ce que Julie a mal fait, ce que j'aurais dû faire depuis longtemps ... tu sais bien, le discours des aînés de famille qui savent mieux que toute le monde comment les choses doivent se passer -- mais sur le coup, disons que la surprise de ma réaction a provoqué un "time out" des habituelles hostilités. Jusqu'à Maxim qui s'est fendu d'un : "Ben voyons, maman, elle s'en va, elle disparaît pas pour toujours!", ce qui, tu vas être d'accord avec moi, représente un très long commentaire de sa part. Seigneur, qu'y ressemble à son père celui-là! Ce pauvre Maxim était rouge d'émotion, immobile, incapable de dire quoi que ce soit, comme si parler allait lui arracher le gosier. J'ai vu sa femme Mélanie lui saisir la main et le pousser littéralement vers moi. C'était tellement bizarre... J'avais l'impression d'être double : une partie de moi qui sanglotait et se répandait sans aucune retenue, et l'autre froide, stoïque, presque brutale qui regardait, observait, enregistrait les réactions de chacun, comme si j'étais devenue une actrice qui comptait les spectateurs tout en les faisant pleurer. Vraiment étrange. Je ne sais pas trop comment expliquer ça. Ça ressemble à un choc. Un peu comme quand maman est morte subitement : le cerveau fonctionne à plein régime et le corps devient pesant, et on dirait qu'il abandonne la course avant le départ. Je suis même gênée de l'écrire, comme si avoir la présence d'esprit de "voir" la réaction des enfants à ma peine la rendait douteuse, pour ne pas dire suspecte. En tout cas, je ne me livrerai pas à une analyse psychologique approfondie, ça risquerait de te priver de cette lettre : j'en suis à me demander si je vais te l'envoyer ou non. Mais comme je ne t'écris presque jamais, ce serait dommage de ne pas te faire parvenir celle-là!

Tout ça pour dire que mon Noël a été plutôt "sweet and sour", comme disait ma mère. Un mélange difficile à décrire. Comme toujours, ce sont les enfants qui ont sauvé le party. Les petits-enfants, je veux dire. Pas les trois miens, les trois leurs -- sais-tu que je ne sais même plus où tu en es avec mes petits-enfants? Replaces-tu Juliette? C'est la fille unique de Maxim et de Mélanie. Ma fille Jessica en a deux, elle, Josiane et Damien. La petite Juliette, si sensible, s'est mise à pleurer plus fort que moi. Inutile de te dire que ça a eu un effet immédiat sur mes larmes. Cette enfant-là a une façon de nous regarder et de tout comprendre, c'est pas croyable. Deux ans et à fleur de peau. À peine imaginable qu'une enfant aussi tendre et aussi ouverte soit la fille de mon fils! Comme si un coffre-fort avait donné naissance à un oiseau. Et ce n'est pas de Mélanie qu'elle tient : la pauvre fille a bien du mal à comprendre autre chose que le fonctionnement de son lave-vaisselle. Oh, me voilà carrément méchante! La vraie belle-mère exécrable. C'est juste que Mélanie ne m'inspire pas trop. Ses champs d'intérêt sont toujours les mêmes -- et me laissent très froide -- et s'explique en long et en large. C'est tellement interminable quand elle s'embarque dans une récit que j'ai envie de lui crier : "Embraye!" ou alors de lui raconter la fin hautement prévisible -- et toujours annoncée -- de son histoire. Je vois d'ici ton sourire : tu te dis que je fais exactement la même chose dans cette lettre, un récit interminable dont la fin est déjà connue.

C'est un peu vrai.

T'écrire, c'est comme parler enfin de ce que je garde toujours pour moi et qui gruge mon élan au jour le jour. Ce n'est pas anondin si c'est à toi que j'ai pensé ce soir. Ce n'est pas un hasard ou le devoir qui me dictait de t'écrire pour les voeux de bonne année -- qui sont en retard, en plus! -- on, en rentrant de la boutique, hier soir, je n'étais plus pressée. Plus personne ne m'attendait à la maison. Plus personne n'avait besoin d'avoir un souper prêt, gardé chaud au cas... Plus personne ne laissait traîner ses bottes au milieu du tapis du vestibule de sorte qu'en poussant la porte, ça m'empêchait de l'ouvrir. Toute seule. J'ai pensé que tu comprendrais. Tu as une bonne idée de ces soirées étranges où le son du frigo devient presque amical tellement le silence est grand. J'ai pensé à toi et j'ai eu envie de te dire que je devinais que tu avais traversé certains silences toi aussi. Ma solitude soudaine m'a enfin rendue sensible à celle des autres.

À quelque chose malheur est bon, comme on dit. Le seul fait de savoir que je pouvais t'écrire sans retenue, sans me surveiller de crainte d'être jugée, me fait beaucoup de bien. Alors, voilà ce que je vais faire cette année : je vais t'écrire plus souvent, je vais te raconter mes petites histoires -- en essayant de rester concise et de ne pas m'étendre comme Mélanie -- je vais me rapprocher de ton affectueuse pensée par l'écriture.

J'espère que cela t'amusera, que ça te fera l'effet d'une visite-surprise. Je suis sûre que, pour ma part, cela constituera un bon moment passé en ta compagnie, un moment d'amitié et d'affection. Et, rassure-toi, je n'attends pas de réponse. Savoir que tu me lis, que tu m'entends avec tout ton coeur si ouvert et généreux, me suffit amplement.

Bonne et douce année à toi.

Je t'embrasse très fort.

Martha.
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Marie Laberge
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