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 De la nécessité du vocabulaire

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Vic Taurugaux

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MessageSujet: De la nécessité du vocabulaire   Jeu 14 Mai 2009 - 18:36

Cortiqué : adjectif

Une fois n’est pas coutume, la définition d’un mot échappe au Lexicalf pour prendre pied sur le fil de la psychologie. En effet, c’est dans ce cadre que ce mot m’est apparu dernièrement. D’aucuns le qualifieront de néologisme, ce en quoi ils n’auront pas tort car, à ce jour, ce mot ne figure dans aucun dictionnaire.

Il est une création de la thérapie de Louison, cinq ans. Cette petite fille a jusqu’alors beaucoup fréquenté les docteurs pour des problèmes de vue. Si, ses troubles visuels sont maintenant résolus, il reste qu’elle a beaucoup de mal à apprendre en classe, car le concept même d’apprendre lui semble étranger. Sa maman a également beaucoup souffert car pour traverser ses épreuves cette jeune femme mère célibataire qui n’a plus de famille, (sa mère est morte quand elle avait dix-huit ans) a été très angoissée par tout ce problème médical. Aussi, tout se passe actuellement comme si, la cécité de Louison un temps oculaire était devenu pour l’heure intellectuelle. Elle voit ce que la maîtresse écrit au tableau ou montre dans le livre, mais de s’y intéresser lui semble hors de propos. Il ne s’agit pas seulement dans la vie de récupérer la vision, il faut également en comprendre la fonction.

Ce qui préoccupe bien plus Louison que les choses qu’on souhaite lui montrer, sont les relations qu’elle ressent entre les personnes. Ainsi, ce qu’elle me représente en jeu de faire semblant dans sa thérapie, ce sont les soucis de chacun à son propos. Elle joue et rejoue la consultation ophtalmologique durant laquelle le docteur cherche vainement ce qui, dans le corps du bébé inquiète tant sa mère. Invariablement, à chacune de ses séances hebdomadaires, nous devons elle et moi (je suis le père de son bébé) patienter dans la salle d’attente d’un docteur très exigeant. Enfin, lors de notre dernière séance, l’homme de l’art a enfin réussi à extraire du corps de son jeune patient une masse informe toute cortiquée. On me présente la chose le plus près possible de mon visage. C’est un amas de pâte à modeler collé au fond d’un verre en plastique.
-Qu’est-ce que c’est ?
-C’est tout cortiqué, tu vois, je n’arrive pas… c’est du caca, du pipi et du sang mélangé, mais c’est tout cortiqué !
Je constate les efforts du praticien qui malgré ses instruments ne peut décoller tout ce substrat du récipient. On me le représente tout contre mon œil. J’avoue alors moi aussi ma cécité.
-Je ne vois rien, c’est trop près !
Mais, il faut que j’assiste au plus près ! On me dispute pour mon manque de coopération !
Puis, le docteur Louison impuissante, me parle de la lourdeur de ses heures de garde et de sa collègue bénéficiant de R.T.T.
Enfin, elle m’avoue : Comment veux-tu que je décortique tout cela toute seule….


Ce qui est incroyable chez les enfants, c’est leur possibilité de trouver le mot juste, même si celui-ci n’existe pas !
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Romane
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Jeu 14 Mai 2009 - 18:59

pfiou... merci. Merci, Vic. Vraiment. bisou

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Farouche

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Jeu 14 Mai 2009 - 19:38

Je ne sais pas ce que j'ai le plus aimé du fond ou de la forme. Les deux en fait !
C'est si profond et raconté avec une telle sensibilité, tendresse, humour !
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filo

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 15 Mai 2009 - 12:45

Dé-cortiqué ! Je l'avais déjà sorti, ainsi que "dé-pravé", et même "dé-ment" (qui serait celui qui ne ment pas).
J'adore ta façon de raconter.

Mais j'ai un doute sur le fait que le psy soit le père du bébé imaginaire de sa propre patiente, même pour un jeu... non ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
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Romane
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 15 Mai 2009 - 12:54

filo a écrit:
Mais j'ai un doute sur le fait que le psy soit le père du bébé imaginaire de sa propre patiente, même pour un jeu... non ?

La transposition dans le jeu, qui est un exercice d'application pendant la séance, destiné à collecter des indices, ne m'a pas troublée plus que ça. Le jeu avait besoin de X personnages très ciblés, et le nombre d'acteurs étant limité, comment faire autrement ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 11:54

La psychothérapie, c’est un lieu où on tente de penser la réalité. Ce n’est donc pas la réalité, la vraie vie. Pour un adulte, le média utilisé est celui de la parole. Il cherche à mettre des mots sur ses affects, ses chamboulements, sa souffrance pour se les représenter.

Chez les enfants, souvent le vocabulaire manque pour décrire, représenter les sentiments. Le jeu, par le plaisir qu’il procure, à faire comme si, à copier et recréer la réalité mais qui n’est pas la réalité est la « voie royale » pour se la représenter. Mais, beaucoup d’enfants, surtout quand ils vont mal, ne sont plus capables de jouer seuls, au contraire, ils sont trop pris dans leur réalité, ils en sont le jouet, l’objet, comme si ils n’avaient pas la capacité de se mettre à distance pour penser ce qui leur arrive. Jouer avec eux, c’est leur montrer que c’est plus facile, plus agréable de vivre la réalité, quand on a la possibilité de s’en extraire et d’y revenir, qu’on est libre de son mouvement entre le réel et l’image qu’on peut s’en faire.

Quand j’ai rencontré, il y a de cela plus de deux ans Louison, elle ne voulait pas me voir. Durant trois séances, elle est restée les yeux cachés derrière ses mains, debout près de la porte et prête à partir rejoindre sa mère qui, folle d’inquiétude l’attendait derrière. Cette dernière expliquait son inquiétude par le fait que Louison se comportait toujours ainsi avec les docteurs qui devaient s’occuper d’elle pour son problème de vision, que c’était terrible et que même une orthoptiste, avait du la menacer de l’enfermer dans un placard tout noir si elle ne se montrait plus coopérative pour ses soins ! A l’école, Louison se cachait aussi de la sorte au moment de la sieste pour dormir si bien que la maîtresse, ne la retrouvant pas, avait cru l’avoir perdue et l’avait donc vertement réprimandée quand on l’avait enfin retrouvée sous un tas de couverture.

J’ai montré mon placard à la mère et la petite fille en leur disant que celui-ci était trop plein de jouets pour qu’en plus, je puisse y cacher une petite fille. Bien sûr, Louison n’a rien voulu en voir, mais cette intervention a suffisamment rassuré la maman pour qu’elle puisse attendre le retour de sa fille depuis la salle d’attente.

J’ai redit à Louison que ce que je voulais, moi, c’était jouer avec elle, qu’on s’amuserait bien et que si elle ne voulait pas des jouets de mon placard, j’étais d’accord pour jouer à cache-cache avec elle et je me suis mis moi aussi les mains sur les yeux. J’ai alors vu entre mes doigts que j’avais gagné un sourire sur ses lèvres, mais comme elle aussi voyait entre ses doigts que je la regardais de la même façon qu’elle me regardait, elle a caché sa bouche car c’est une fille très sérieuse.
Malgré son immense peur, la curiosité que j’avais suscitée mêlée à quelque chose comme de la fierté l’obligeait donc à rester avec moi plutôt que de rejoindre sa mère. A la troisième séance, elle avait apporté son parapluie en séance pour me le montrer et ainsi s’en servir de paravent. Ce parapluie d’enfant avait la particularité d’avoir deux grands yeux de grenouille dessinés sur la toile. Alors, comme c’était à peu près les seuls yeux qui voulaient bien me voir, j’ai entrepris la thérapie de ce parapluie-grenouille.

A partir de là, je crois que Louison a eu un peu pitié de moi. La fois suivante, elle n’a pas rapporté le parapluie mais m’a regardé enfin dans les yeux. J’ai alors compris son courage et, pour médiatiser notre face à face, je lui ai lu mon livre du « géant de Zéralda », un pauvre ogre à qui une petite fille apprend qu’il est préférable de manger sa cuisine plutôt que les enfants.

Par la suite, Louison a bien voulu jouer avec moi et c’est pour ça qu’actuellement nous avons deux bébés et que nous en sommes à décortiquer avec nos couteaux et nos scalpels ce qu’ils ont dans le ventre.
Parallèlement, derrière la porte, sa maman a fait elle aussi un travail incroyable. Bien sûr que ce ne sont les médecins et la maîtresse qui par leur maladresse ont « traumatisé » Louison. C’est elle, la maman qui avait un secret terrible pour sa fille. La mort par suicide de sa mère quand elle dix-huit ans et ses deux frères qui ont depuis sombré dans l’alcool. Cette jeune mère était donc venue consulter notre pédopsychiatre pour savoir si, avec une histoire pareille, elle avait le droit d’avoir un enfant, si, elle n’allait pas transmettre la mort comme sa mère l’avait fait. Seulement, cette question, elle n’a pas pu l’a posée à la psychiatre car la première rencontre avait dévié sur les problèmes oculaires de Louison qui avait pourtant bien été pris en charge médicalement. Le jeu de cache-cache avec ce problème parental durera plus d’un an et demi avant que la pédopsychiatre puisse enfin revoir et certifier que la maman de Louison était une mère tout à fait convenable.

Depuis, Louison a pu, à l’initiative de sa mère, voir la tombe de sa grand’mère et elle s’intéresse de plus en plus à ce qui se passe à l’école si bien que l’année prochaine, elle passe en C.P.

Jouer avec les petites filles demandent donc de la part du psychomotricien de ne pas avoir peur des pensées de ces dernières. Bien sûr qu’à tous les coups, il va falloir jouer au papa et à la maman. C’est un classique. Mais, à chaque fois, ce sont des jeux terribles quand on y voit l’impuissance des adultes à s’occuper des bébés. Seulement, il faut rester zen car l’enfant ne comprendrait pas qu’un adulte puisse avoir peur des peurs qu’elle met enfin en scène.

Car enfin, dans ce jeu de regards, il ne passe rien sinon ici la réalité d’une porte trop tôt définitivement close entre une mère et sa fille et incorporée par le bébé.

A propos des pères, c’était la semaine dernière l’anniversaire de celui, réel, de Louison. Comme cadeau, elle et sa mère avait prévu un CD des chansons des années 80 et un barbecue. Mercredi, j’ai demandé s’il avait été content de ses cadeaux. Le Cd lui avait plu surtout que Louison qui va sur mon « autorisation » à la danse depuis un an avait rajouté une de ses chorégraphies sur une chanson de Céline Dion. Je me suis inquiété pour le barbecue mais on m’a répondu :
C’est pas possible vous les hommes, vous n’en avez donc jamais assez ?

Vous voyez bien que tout ça, c’est juste de l’imagination !
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kate100fin
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 12:21

C'est un très beau témoignage, Vic ; moi je suis toujours abasourdie de voir à quel point les adultes ne pensent pas que les problèmes de leurs enfants sont intimement liés à eux ; j'en connais plusieurs qui les envoie voir un "pédopsychiatre" sans penser une minute à y aller eux aussi et ils disent : "j'ai un problème avec mon enfant" ou bien "mon enfant à un problème" ; peut-être parce que nos enfants sont notre miroir et que l'on préfère soigner le reflet plutôt que la réalité, mais c'est une chose difficile à dire à un parent, j'ai pas vu beaucoup de praticens le faire, je suppose qu'il faut savoir marcher sur des oeufs...


Dernière édition par kate100fin le Sam 16 Mai 2009 - 15:16, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 12:37

Vic, moi ici je vois beaucoup de choses, une fois de plus comme à chacune de tes interventions. J'y vois en premier lieu la personnalité d'un homme, ouverte au monde et attentive, une infinie patience, un regard toujours bienveillant jusque dans les travers humains, qui n'est pas complaisant mais plutôt fait de compassion et qui, aidé par les études de psy, a renforcé cet aspect là, ce qui ne veut pas dire que tu ne condamnes pas les choses graves de la vie, très graves et très perturbantes pour les humains (je pense aux conflits mondiaux, etc), mais la capacité de décortiquer fait que ton regard est vachement lucide et la bienveillance est une qualité incroyable.
Et puis je vois toute l'utilité de l'aide psy, souvent décriée et qui, si elle n'existait pas, laisserait dans la détresse bon nombre d'entre nous tous. J'ai toujours pensé que ton métier était un métier noble et décidément encore aujourd'hui je vous salue, vous tous qui avez le don de nous déchiffrer.
Et enfin, tout cela amène aux relations humaines, si bellement déployées entre l'homme et le professionnel, mais aussi notre membre LUnien qui n'hésite pas à témoigner tout en préservant l'anonymat de ces gens que nous ne rencontrerons jamais, mais que nous rencontrons tous les jours autour de nous, voire même en nous.

Je ne peux dire à quel point lire tes interventions sur LU, quelles qu'elles soient, équivaut à un banquet beau et bon, dont je peux t'affirmer qu'il aide à tenir le corps et l'esprit en osmose face au monde environnant et aux difficultés quotidiennes.

Voilà. C'était l'hommage du jour, les autres jours il est aussi présent même s'il garde silence, parce que tout de même, je veille à ce que tu ne finisses pas par prendre ma place de mère de LU, faut pas charrier. Laughing

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 15:04

Le problème en pédopsychiatrie, c’est où se trouve le problème de l’enfant. On peut penser qu’il se trouve à l’intérieur de l’enfant et on cherche alors comme on le fait avec Louison à l’intérieur du bébé. Cette idée n’est pas mauvaise en soi car c’est comme ça que les ophtalmos ont réussi à faire correctement fonctionner ses yeux. Mais, pour nous les psys, un enfant ne se résume pas à ce qu’on voit de lui, son corps. Son psychisme est encore en grande partie dans la tête de ses parents qui, se reprochant toujours d’être trop « fusionnels » cherchent à ce que leur enfant pense par lui-même, qu’il devienne autonome. C’est une bonne idée de parents mais tout ne se réalise pas toujours ainsi qu’on l’idéalisait. C’est pour cela que nous les psys devons de notre côté garder en tête l’idée qu’un enfant = un enfant + sa famille. L’enfant est contenu dans sa famille autant que la famille est contenue dans l’enfant. Sa pensée n’est qu’une partie de la pensée familiale et cette même famille ne peut plus penser sans son enfant. Le problème est ainsi souvent bien plus complexe que sa petite personne mais, il n’en reste pas moins vrai que c’est ce problème qu’il devra résoudre à sa façon. Quand les parents prennent leur part de travail dans la réflexion, c’est plus facile, mais parfois cela n’est pas possible et tout cela doit se résoudre autrement que dans notre exemple.

Quand la maman de Louison montre à sa fille la tombe de sa grand’mère, Louison n’en fait que très peu cas à la grande surprise cette dernière qui avait imaginée que c’était cela le plus important pour sa fille. Avec ses mots de maman, elle cherche à expliquer le pourquoi de ce décès, Louison écoute poliment sa maman lui dire : si tu ne comprends pas, n’hésite pas à me poser des questions. Mais Louison n’a aucune question sur cette dame qu’elle n’a pas connue. Tout ça, c’est le problème de sa mère, son problème de petite fille orpheline, la culpabilité héritée en plus qu’elle ne serait pas une suffisamment bonne mère. Or, depuis cette révélation-aveu maternelle, Louison s’intéresse tout à coup à ce que raconte la maîtresse. Comme par magie, l’école devient son problème, elle y prend gout. Ainsi chacun le sien, à toi ta mère morte, à moi ma maîtresse. Ca peut paraître un peu ingrat, mais depuis quand ce serait aux petites filles de s’occuper des grand’mères de l’autre côté de la forêt ?

Avec nos bébés en celluloïd, c’est pareil. On s’occupe beaucoup à savoir ce qu’ils ont à l’intérieur d’eux. On les trifouille, on s’invective tous les deux de ne pas bien s’y prendre, mais finalement on sait très bien tous deux sans se l’avouer qu’il n’y a rien à trouver à l’intérieur des bébés sinon le plaisir à s’en occuper ensemble. Le principal secret de cette thérapie résiderait alors en ce qu’il n’y aurait pas de problèmes à l’intérieur de Louison, tout cela n’aurait été qu’imagination, un peu de pâte à modeler, mais aussi que de se l’avouer trop vite, ce ne serait pas de jeu car on devrait alors se quitter réellement et ce serait beaucoup trop tôt.
De son côté, celui de l’école, déjà consultée par la maman, la future maîtresse du C.P. pense qu’il serait bon que Louison poursuive encore ses séances de psychomotricité, l’année prochaine. Tout le monde se rangera donc à son avis, Louison et moi n’allons tout de même pas aller à l’encontre de celle qui possède le Savoir. Ce qu’on lui taira par contre, c’est que nous aussi possédons désormais, nos petits secrets, c'est-à-dire notre libre pensée.
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Romane
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 15:21

En te lisant, et plus particulièrement cette phrase qui me fait tilt : garder en tête l’idée qu’un enfant = un enfant +
sa famille. L’enfant est contenu dans sa famille autant que la famille
est contenue dans l’enfant.,
je fais le rapprochement avec une autre situation, bien banale en somme, et qui pourrait paraître décalée mais si on s'y penche, pas si tant que ça ; mon groupe théâtre (je pense aux adultes pour l'instant, mais je peux aussi bien penser aux enfants et aux ados) et leurs mules.
En caricaturant, je pourrais dire qu'un psy au sein du groupe ne serait pas du luxe. Laughing

Bon. J'y go. Il y a encore mille choses à dire, ce sera pour plus tard.



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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 16:05

C'est quoi leurs mules?
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Romane
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 18:59

Vic Taurugaux a écrit:
C'est quoi leurs mules?

Les poids de problèmes familiaux, de problèmes de santé, de problèmes de boulot, de problèmes noeuds de vie à dépatouiller, de problèmes d'ignorances de divers points restant à s'approprier pour les sentir aux tripes, toutes ces sortes de choses dont on pourrait penser qu'elles sont bien distinctes de la vie de la troupe, alors qu'en réalité elles y sont reliées par des cordons conducteurs évidents. Tout a une incidence sur tout, dans un mouvement d'allées et venues permanentes. Tout se tient.

Tu vois ?

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Sam 16 Mai 2009 - 21:36

J'ai été touché et ravi par ton témoignage de ce matin, Vic, et je me joins à Ro pour te remercier d'exister, et même sur LU.

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Dim 24 Mai 2009 - 11:49

Vic:
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Mar 26 Mai 2009 - 15:19

Aujourd’hui, j’ai revu Blaise avec ses deux parents. Sa petite sœur n’a pas pu venir à cause d’une composition de Français. Ca ne va pas du tout. Malgré nos injonctions, Blaise ne veut plus retourner depuis plus d’un mois, au lycée. Pourtant ses parents ont tout fait. Ils n’arrêtent pas. L’ont changé de l’établissement où il s’était fait raillé : intellectuel, fils de flic, etc. depuis, il s’est refugié sur Internet, sur Warcraft. Là, il est à nouveau connecté à ses condisciples. Il s’y bat également mais à coups feutrés. En fait, il y a amassé plusieurs vies. Ce matin pour venir nous voir vu qu’il ne va plus à l’école, son père a du le sortir de sa couette de façon physique. Faut dire que le paternel est un ancien champion de rugby.
A l’inverse de son père, Blaise a toujours aimé penser. Gros lecteur mais maintenant, c’est les jeux vidéo. Les autres garçons de son âge lui font pourtant des avances : Tu viens te battre, sale petit pédé ? A 15 ans à peine, on ne lui avait encore jamais parlé comme cela. Sa mère pleure. Beaucoup. C’est terrible l’adolescence quand ça vous tombe tout à coup dessus. Pourtant, papa est un spécialiste des jeunes. Il fait des conférences dans les collèges et les lycées sur les méfaits de la marijuana. Papa cache son arme de service dans son armoire entre ses chemises. Cela fait beaucoup crié Maman depuis que Blaise qui connaît la cachette a déclaré songer au suicide. Comme Grand-Père qui rêvait tant de rejoindre Mamie. Un jour, il y a si longtemps, (Blaise avait trois ans) Papa avait raconté à Maman pourquoi il avait perdu son collègue. Celui-ci par inadvertance avait posé son arme de service sur le buffet le temps de monter les courses. Son fils de cinq ans avait trouvé le jouet. Du haut de l’escalier, il avait braqué son père, comme à leur habitude pour jouer au gendarme et au voleur. Mais le collègue n’avait pas eu le temps de déposer calmement ses deux sacs de provisions pour expliquer à son gentil petit garçon que ce pistolet là n’était un jouet. Il est mort avant. Blaise préfère internet au lycée. C’est moins dangereux. Pourtant, il croirait les garçons qui lui ont dit que son père est un sale flic qui tabasse les arabes. Sa maman nous demande si cela ne vaudrait pas mieux de l’hospitaliser. Tout le monde serait plus tranquille. Ca suffit la mort entre père et fils, ça n’est pas très sérieux quand on n’a pas encore quinze ans.
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Mar 26 Mai 2009 - 16:32

Pfiou....

Je ne sais pas soigner le grandir, moi. Heureusement, toi tu sais, Vic.

Mais j'ai quand même envie de dire à Blaise (il ne m'entendra pas et c'est peut-être mieux) : oui, il y a tout ça. Et tout ça, ça ne facilite pas les choses pour avoir envie d'être grand et d'aller au lycée. Il va te falloir du courage.
Et puis, tu sais, il y a aussi des filles et des garçons aux yeux doux, qui préfèrent les rêveurs de livres aux bagarreurs de ring. Et dans ceux-là, il y a un cœur avec une place pour Blaise dedans.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Jeu 28 Mai 2009 - 19:14

J’ai guéri Blaise, je n’en reviens pas ! Il faut que je vous dise comment.

J’étais très inquiet à la fin de l’entretien car j’avais refusé l’hospitalisation malgré que Blaise ait parlé de suicide. Nous avions fait tout un travail durant la séance sur la reconnaissance du traumatisme subi. Il avait pu avouer à son père s’être fait tabassé par ses agresseurs. Un moment, on a pensé bien pire, un viol, mais non. Je lui ai expliqué qu’il était vain de vouloir être compris par son père, car ce n’est pas le rôle des pères de comprendre leurs enfants, les reconnaître, c’est déjà beaucoup.
Ensuite, j’ai qualifié cette famille d’intelligente car le problème est qu’il semblait l’avoir perdue leur intelligence. Je leur ai donc donné comme tâche à chacun de rechercher en quoi les autres membres de la famille sont intelligents à leur manière afin de puiser dans tout cela pour pouvoir affronter la connerie ambiante qu’on est à même de rencontrer dans n’importe quel lycée. Ils m’ont alors demandé ce qu’il devait faire de Blaise d’ici la prochaine séance et je leur ai répondu que la scolarité était obligatoire à son âge.

Trois jours plus tard, tout le monde revient le sourire aux lèvres. Le lendemain matin, Blaise avait réintégrer sa classe malgré un léger mal de ventre et fait avec deux camarades un exposé devant toute la classe sur les bouliers chinois.

Je pensais que c’était la reconnaissance de l’agression qui avait permis à Blaise d’aller mieux. Mais, sa maman me dit que c’était surtout le fait que je leur dise qu’ils étaient une famille intelligente.

Dans les cas d’agressions, j’ai appris qu’il est très important d’appliquer la règle des trois R : Reconnaître, Renarcisser, Reritualiser.
Renarcisser, c’était leur dire qu’ils étaient intelligents, eux qui tous pitoyables venaient nous avouer leur incompétence à faire retourner Blaise à l’école. Ils avaient perdu cette évidence et il était important que nous la leur rappelions dans leur désarroi.
Mais, quand on a été victime, les choses ne peuvent plus être comme avant. Il faut changer. C’est cela le troisième R. Il faut pouvoir être différent pour qu’en cas de nouvelle agression, on ne soit pas à nouveau victime. J’ai donc proposé à ce que, dans leur confiance retrouvé entre eux deux, père et fils réfléchissent ensemble s’il serait opportun qu’ils aillent porter plainte au commissariat. Ce serait le nouveau travail d’ici la séance suivante. Je pensais la séance terminée mais je me suis fait prendre la main par la véritable thérapeute de cette famille, Enola, la petite sœur.
Elle, changer la famille, c’est tout de suite qu’il le faut. Elle en a plus que marre que toute l’attention familiale soit focalisée sur son frère et que personne ne fait plus attention à elle. Elle ne peut plus jouer avec son frère car quand il n’est pas enfermé dans sa chambre devant son ordinateur, sa mère lui refuse de jouer avec celui qui risque de faire une crise et le père interdit à son fils d’aller embêter sa sœur. Depuis longtemps déjà, la maison dépense une grande énergie pour qu’il n’y ait pas de crise. Madame veille à tout. Il ne faut pas que les enfants se disputent, il ne faut pas que le père intervienne car il serait trop violent. Enola dénonce cette tyrannie maternelle qui empêche chacun de vivre. Je remercie Enola pour sa contribution mais, ce qu’elle nous raconte, c’est déjà le travail de la prochaine séance : on ne peut pas tout faire à la fois. (En fait, je ne veux pas qu’ils guérissent trop vite : je veux qu’ils reviennent : une rechute serait désastreuse, je veux rester prudent malgré tout cet optimisme retrouvé.)
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Jeu 28 Mai 2009 - 20:59

Vic, chapeau. Je te lis avidement, partout, parce qu'il en ressort toujours une nouveauté ou le rappel de quelque chose d'oublié, un réglage plus ajusté, et en tout cas un grand réconfort, jusque dans le fait de te voir te battre, subir des échecs, traverser des doutes, sourire d'allégresse quand tu parviens à un résultat, enfin tout ça à la fois et bien d'autres choses.
Je ne sais pas si tu as conscience que grâce à tes témoignages, tu m'aides vachement. En tout cas aujourd'hui, en cet instant, je viens de boire un monde d'oxygène et j'en avais rudement besoin. Merci, merci.

Je regrette depuis des années de ne pas en savoir autant que vous, les psy, pour arriver à colmater les brèches une fois qu'elles seraient vidées de leurs souillures. Parfois, il suffit d'un mot, un seul, oui mais lequel. On nage trop dans le brouillard, tout est confus trop souvent, on a le nez dans le guidon, on est des petits enfants.

Si très tôt on pouvait nous initier au B.A BA de ce qu'est l'humain, je crois que notre cécité diminuerait un peu, à défaut de disparaître totalement. Heureusement qu'on vous a.

Chapeau bas, encore une fois. chinois

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 3:18

Bravo Doc! Tu as bien fait ton travail. C'est tout de même surprenant que si peux de mots (famille intelligente) peuvent parfois changer la vie de toute une famille, mais il fallait y penser.
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 9:21

Comme quoi les mots peuvent soigner les grands maux ! bravo Vic, je te lis souvent même si je n'interviens pas.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
C'est ainsi que je veux écrire. Avec autant d'espace autour de peu de mots. Je hais l'excès de mots. Je voudrais n'écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer le silence. En réalité, les mots doivent accentuer le silence. »

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 10:25

Merci, Vic de nous faire part de tes expériences, elles me font bien évidemment penser à des exemples de vies, plus ou moins proches...tu mets du coeur dans ton travail et de l'intelligence ( ce qui pour moi est la même chose ) et c'est toujours un bonheur de voir qu'il y a des humains qui font du bien aux autres. Je ne l'ai encore jamais dit, je crois, mais tu as l'âme généreuse et vaste, et je lui rends hommage, c'est un bien précieux et pour moi, la valeur la plus importante... bisou
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MessageSujet: de la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 10:28

Vic = l'intelligence du coeur + intelligence mise au service d'un métier
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 10:39

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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 11:34

Mon travail, ce n’est pas de la générosité : je suis payé pour, pour l’instant. Avec vos impôts et ça s’appelle encore le service public. (Je dis ça juste pour les prochaines élections.)

Lison fait remarquer à juste titre que pour remettre les choses d’aplomb, il ne s’agit pas toujours de faire une introspection savante sur qui suis-je ? Et dans quelle étagère. Le désarroi cache l’évidence. Blaise a été attaqué par des cons et toute la famille devient conne. Ils se disputent entre eux pour rien, bêtement, eux qui s’aimaient tant. Mais imaginer que les agresseurs de Blaise sont des petits cons est quelque chose de difficile pour eux. Pour les gentils : tout le monde est gentil. Papa est flic d’accord, mais au lieu de se coltiner aux voyous, il fait des actions de prévention contre les stupéfiants dans les collèges et les lycées. C’est un flic gentil. Les camarades de Blaise, les collègues de travail de Madame ont beau les alerter : mais si c’est un flic, c’est forcément un sale con, toutes ses insultes sont inconsciemment absorbées, digérées car en leur for intérieur chacun sait que Papa n’est pas comme ça. Le problème de Blaise qui est un « intellectuel » autant dire une tête à claques dans le lycée technique où il s’était inscrit de lui-même, c’est qu’il a beaucoup de mal à se faire des copains. Il avait fait beaucoup d’efforts pour se faire accepter par ces petits durs, et avait pensé les séduire avec ses qualités de gentillesse, sans imaginer un instant que ces avances auraient pu être ressenties comme celles d’un petit pédé. Il existe en effet à cet âge entre garçons une façon de faire, d’être, de s’habiller, un code qui permet d’intégrer un milieu ou un autre. En revenant en seconde générale, Blaise se retrouve tout à coup à l’aise. Il s’apercevra par la suite que ce n’est pas lui qui avait un problème. Il avait juste fait peur à des garçons qui se sont défendus de lui.

Souvent, les gens sensibles, intelligents, finissent par croire que toutes leurs qualités sont des défauts. Ils ne seraient que des lopettes. Leurs agresseurs leur disent cela. Avec force. La force que eux possèdent et contre laquelle on ne pourrait rien. Car, comme le dit Monsieur de La Fontaine, la loi du plus fort est toujours la meilleure.

Les choses se compliquent encore dans cette famille ou Papa est devenu flic parce que sa mère quand il était en terminale l’avait obligé à passé les concours de la fonction publique. Pour le caser. Il en avait réussi deux : la police et monteur de lignes au P.T.T. L’intérêt de la police, c’est qu’il y avait la possibilité d’y continuer sa carrière sportive. Papa était alors pilier dans une équipe de rugby qui marchait plutôt bien. J’ai oublié de vous dire que Papa a le physique de Chabal. Tout cela fit que Monsieur continua sa carrière rugbystique sous un maillot de la police nationale tout en subissant les quolibets des collègues qui pensaient que leurs sportifs étaient surtout des planqués. Des danseuses protégées par la hiérarchie. Alors vous comprenez, s’occuper désormais des gosses plutôt que de courir arme au poing après les trafiquants, ça vous attaque un peu la virilité. C’est beaucoup pour ça que Blaise est surtout le fils de sa maman. Qu’il est bien dans ses jupes. Elle défend son mari quand je dis : mais les pères ne sont pas là pour être des papas-poule ! Elle dit : Non, c’est plutôt un papa kangourou, il a une poche pour porter ses enfants… Monsieur s’étrangle ! Ah ! Je dis, je croyais que les poches, c’était plutôt l’apanage des mères. C’est à ce moment là que Madame peut un peu parler de tous les soucis qu’elle a eu avec son papa. (Des fois, je viens à la rescousse des garçons : les mères ne sont que des femmes, elle sont terribles, vous savez !)

Dans le nouveau logiciel que nous a concocté l’administration hospitalière, il faut que pour une histoire comme ça, nous rentrions un diagnostic afin d’évaluer le traitement le plus économiquement rentable. Bien sûr le dossier de Blaise n’est pas comme ici truqué. On y inscrit sa véritable identité. Comme nous ne savons absolument pas à quoi son dossier va servir et par qui il peu être lu, nous restons suffisamment soft. On inscrit juste phobie scolaire. Surtout pas idées suicidaires. Ca, c’est un truc qui reste entre nous. Donc, on minimise le truc dans l’intérêt de notre patient. Cliniquement, sous ce symptôme de phobie scolaire, nous ne savons pas à l’avance ce que nous allons découvrir. Or, on voit ici que nous avançons pour traiter autre chose et que nous ne connaissons pas encore. Nous devenons utiles à l’ensemble de la famille. Le problème de Blaise n’était qu’une porte d’entrée. Mais, avec ce logiciel, comment faire percevoir notre travail à notre administration sans qu’ils cataloguent les gens. Le logiciel ne le permet pas. Il rend plutôt compte que nous ne faisons pas grand-chose. Peut-être même que nous ne serions pas rentables…

C’est pour ça, quand je vous dis de penser aux élections….

A votre bon coeur AngeR
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MessageSujet: Re: De la nécessité du vocabulaire   Ven 29 Mai 2009 - 11:46

Ah, c'est rare que je te lise quasi en direct, Vic.
C'est passionnant et surprenant ce que tu nous décris de ton job, je ne l'imaginais pas sous cet angle tu vois... Tu fais bien d'insister, j'y découvre toujours de nouvelles facettes.
Très sincèrement, merci à toi Vic. Et là je ne plaisante pas.
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