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 Joyce Carol Oates

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Pierre Bachy

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MessageSujet: Joyce Carol Oates (*)   Mer 28 Déc 2005 - 9:40

Les chutes

Le premier mari d’Ariah s’était jeté dans les Chutes. Et donc son second mari était condamné à mourir dans les Chutes.
L’intrigue se situe à Niagara Falls, dans l’Etat de New York. Cette région a vu se métamorphoser ce lieu touristique en délire industriel (on y trouve désormais la plus forte concentration d’usines chimiques du pays). Ce décor, furieux, bouillonnant, est le théâtre du drame qu’échafaude Oates : histoire brève et violente d’une noce achevée dans les Chutes, puis complainte longue et fébrile d’un mariage brisé par une société qu’on ne trahit pas sans le payer de sa vie. Elle a une vision d’une Amérique en chute libre, à la recherche de son propre rêve atomisée par une croyance folle dans le progrès, les pulsations de mort qui parcourent ses héros brûlés par une révolte interdite, l’affrontement entre des générations dont les fils reproduisent les crimes des pères.

Dans le vaste lit du Rainbow Grand Hotel, près de chutes du Niagara, Ariah Littrell se réveille de sa nuit de noces. Seule et sidérée de l’être. Un mot énigmatique l’attend. Mariée depuis trop peu de temps pour connaître les hommes, elle nourrit pourtant un pressentiment terrible : et si Gilbert s’était suicidé en se jetant dans les chutes ? Bientôt, la police de Niagara confirme qu’un homme ressemblant à son époux, Gilbert Erskine, a bien disparu dans les Horseshoe Falls, un peu en aval d’une attraction naturelle appelée « Entonnoir du diable ». Dans cette « capitale mondiale de la lune de miel », la jeune mariée se voit isolée.

Ariah se remarie avec l’avocat Dirk Burnaby, un étrange et brillant personnage fasciné par la jeune femme autant que par les chutes. Dick va disparaître dans des circonstances non élucidées officiellement, soulevant un pan peu glorieux du passé américain des « fifties » et « sixties » : la pollution industrielle de toute la région. En fait, il fut coincé à des fins criminelles par un semi-remorque et une voiture de police. Son véhicule heurta la glissière de sécurité et l’inévitable se produisit.
Joyce Carol Oates détruit les mythes, les légendes, les rêves. Il ne faut pas la lire pour être rassuré, mais pour être réveillé. C’est une douche froide. Elle préfère la vérité à tout. Tout au long du roman, on retrouve un florilège de ses obsessions : la violence contenue toujours prête à exploser, la fascination troublante pour la mort, la corruption, les scandales soigneusement étouffés par la cupidité des pouvoirs en place, la malédiction qui peut peser sur un nom, une famille. Les phrases sont rapides, heurtées comme les émotions qui vous bombardent. Ou comme des directs à la boxe, un sport qu'affectionne particulièrement Joyce Carol Oates. Ce sentiment d'intensité semble parfois se transmettre de l'auteur au lecteur. Il y a là, comme dans les rapides de Niagara, quelque chose de bouillonnant qui vous happe diaboliquement. On referme le livre un peu étourdi par cette écriture cinématographique, dramatique, auditive qui fait miroiter les mots sur la page. Et l'on comprend mieux la définition que Conrad donnait de l'art du roman, « la conversion en mots de forces nerveuses ».

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Renord

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MessageSujet: Joyce Carol Oates   Dim 14 Juin 2009 - 16:25

Joyce Carol Oates une vie d'écriture
Le Devoir : Gilles Archambault
Il ne se passe pas une année, à la saison des prix Nobel de littérature, sans qu'on évoque le nom de Joyce Carol Oates. Romancière, poétesse, universitaire, l'Américaine a produit une oeuvre abondante, variée. Ses romans, souvent copieux, ne font pas toujours l'unanimité. Joyce Carol Oates a ses fidèles et ses détracteurs.


Qu'une femme comme elle, qui publie avec une rare ferveur, abordant les sujets les plus hétéroclites, trouve le temps de tenir un journal peut étonner. Mais où prend-elle le temps? D'autant qu'on apprend que, dans son intégralité, ledit journal tient en 4000 pages dactylographiées à interligne simple!

Le choix qui nous est donné porte sur les années 1973-1982. On y a retranché -- qui? l'auteur, l'éditeur américain? -- les pages concernant des propos sur la vie familiale et les potins universitaires. Reste la relation en tous points passionnante d'une vie d'écrivain.

Alors que certains carnets d'écrivain, tout captivants qu'ils sont, nous rebutent par une certaine autosuffisance, Oates est presque modeste. Elle s'étonne à l'occasion qu'on lui voue un culte, doute de son talent si un critique l'égratigne au passage.

La décennie visée marque pour la romancière des années plutôt heureuses au plan de sa carrière. Elle accède au rang d'écrivain majeur, fraye avec les plus grands, noue des amitiés, avec John Updike par exemple.

Pour elle, le journal est surtout utilitaire. Pourquoi persister à marquer la fuite des jours? L'entreprise est narcissique, avoue-t-elle, mais elle lui permet d'exercer son sens de l'ordre. Elle peut livrer ses pensées, ses élans d'écrivain, sans dévoiler des détails trop intimes.

Elle multiplie pourtant les notes sur la vie de couple qu'elle connaît avec son mari. Union heureuse en tous points. Son mari est universitaire comme elle. Ils n'ont pas d'enfants. Elle n'en veut pas. Émue plus qu'il n'est raisonnable par la présence de ses parents, qu'elle chérit, inconsolable à la pensée de leur éventuelle disparition, elle est d'avis que l'art, donc la littérature, passe en premier dans ses préoccupations.

Si elle additionne romans, nouvelles, critiques avec régularité, se donnant à peine quelques jours de répit, elle s'intéresse avec frénésie vers la quarantaine à l'oeuvre de Chopin. Consciente de ses limites comme pianiste, elle ne se penche pas moins sur son clavier pendant des heures. Si on lui demande le nom d'une célébrité du passé qu'elle regrette de ne pas avoir connue, elle avance celui de l'auteur des Études et des Mazurkas. Elle aurait souhaité l'entendre jouer, pas tellement lui parler.

Les lecteurs du journal de Virginia Woolf auraient intérêt à lire celui-ci. Surtout s'ils ont des velléités d'écriture. Ils y apprendraient que, si l'oeuvre à faire peut constituer une importante occupation, nécessitant de ce fait une énergie et une constance sans failles, elle n'interdit pas les lectures nombreuses, la curiosité intellectuelle. Le lisant, ce journal, j'ai pensé l'espace d'un instant, à ces écrivains en herbe qui craignent d'être influencés par leurs lectures. Au contraire, il faut apprendre, s'informer, se nourrir avant d'inventer, croit Oates.

Quand elle admet être visitée par la crainte de vieillir, elle songe surtout à ce temps qui lui sera enlevé pour sa quête: «ma crainte de vieillir n'a rien à voir avec la vanité... mais avec le fait que j'aurai moins de temps, toujours moins de temps pour apprendre, pour savoir, pour vivre, pour admirer, pour être impressionnée, pour créer».

Je n'ignore pas qu'on pourra trouver Joyce Carol Oates un peu bas-bleu, qu'on déplore peut-être sa position à l'égard du au féminisme militant américain. Pour moi, en tout cas, un journal chaleureux, passionnant pour plusieurs de ses aspects.

***

Journal 1973-1982

Joyce Carol Oates

Éditions Philippe Rey

Paris, 2009, 527 pages
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lucarne



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MessageSujet: Re: Joyce Carol Oates   Mer 20 Jan 2010 - 20:31

Je tombe par hasard ici. JC Oates ! Une de mes chouchoutes.

Que dire ? Que du bien, quel plaisir d'entrer dans l'univers de cette auteure. Corky ou Blonde, plongée en apnée dans la peau de deux personnages (un homme américain "arrivé" pour le premier, Marilyn Monroe pour le second). Hudson River, farce sociale et comédie noire. Les Chutes, errance autour des tumultueuses et envoûtantes chutes du Niagara...

J'en suis sortie chaque fois un peu sonnée, et impatiente d'y retourner.
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