Dans le fil
http://liensutiles.forumactif.com/psychologie-f54/de-la-ncessit-du-vocabulaire-t17270-15.htm Zaza me félicite:
Comme quoi les mots peuvent soigner les grands maux ! bravo Vic, je te lis souvent même si je n'interviens pas.
Cette flatterie m’oblige à aller plus loin pour aussi à justifier ce pourquoi je m’intéresse tant aux petites filles dans :
http://liensutiles.forumactif.com/atelier-textes-en-prose-corrections-amliorations-f62/la-petite-fille-qui-n-avait-pas-envie-t17536.htmJe crois que les mots soignent par les nuances qu’ils apportent dans les relations viciées que nous appelleront savamment des quiproquos.
Je crois vous avoir raconté, mais je ne trouve plus mon fil du fait de ce forum si mal tenu, quelques séances de psychomotricité de Mattéo, trois ans et demi. Alors dans le doute, je vous resitue :
Mattéo est un petit garçon que nous pourrions qualifier de dur. Il ne cède jamais, c’est constamment un tête à tête avec lui pour tout et n’importe quoi. Quand sa maman vient nous consulter en Mars de l’année dernière, elle redoute que l’école maternelle ne veuille le garder.
Cette maman a pourtant mis toute sa fierté à élever ses deux enfants en se doutant que cela ne serait pas facile. En effet, elle a eu une mère très austère qui depuis son plus jeune âge l’avait décrétée nulle et méchante et qu’elle ne pourrait que foirer tout ce qu’elle entreprendrait. Mais malgré ce délicat augure, cette jeune femme tenait à avoir des enfants pour qu’ eux puissent au moins bénéficier du bonheur et du rêve de l’enfance dont elle avait été cruellement privée.
Son premier enfant, ce n’avait pas été facile, mais enfin, il avait maintenant neuf ans et l’entourage disait de lui que c’était un garçon qui allait plutôt bien. Ce dont elle pouvait légitimement être fière. Mais avec Matteo, c’était à nouveau l’enfer. Il fallait se battre constamment contre lui, il dévastait tout à la maison, ses deux parents et son frère étant plus qu’exaspérés.
La première fois que je rencontre Mattéo et sa maman, celle-ci me raconte tout ce que son fils leur fait endurer, Matteo est là, ne semble pas l’écouter trop occuper à déchirer la feuille de papier que je lui ai donnée.
Un psy qui saurait les choses dirait : c’est la dépression de la mère qui agite l’enfant. On ne lui donnerait pas tort et d’ailleurs la maman consulte déjà un psy pour se soigner, elle. Mais moi, on me consulte pour Matteo, pas pour la maman.
Je dis donc à Matteo :
Si ta maman pleure comme ça, c’est à cause de toi. Tu veux tout faire, tout diriger et ça fait pleurer maman.Matteo regarde alors sa maman qui pleure.
Elle se retourne vers moi et me dit :
Mais, vous croyez qu’il va vous comprendre ?-Il faut commencer par le lui dire. Si vous ne lui expliquer pas qu’il y a une cause entre votre état et ce qu’il fait, comment peut-il le deviner ?Voilà, la première
nuance que j’apporte pour solutionner leur
quiproquo.
Moi, je me place dans le contexte d’un psychomotricien qui souhaiterait que cet enfant développe son intelligence par ses jeux, par les expériences qu’il mène mais aussi par les commentaires des adultes sur ses actions afin que celles-ci prennent du sens pour lui. Je pense que j’ai devant moi un enfant qui ne sait pas pourquoi, il fait les choses si fortement, alors qu’il les fait exactement comme tout être humain qui voudrait à tout prix penser, c'est-à-dire par curiosité. Il les fait fortement et sa famille lui réplique (pour se défendre de lui) de la même façon. Mais personne pour lui dire le désarroi de son entourage et que ces actions pourraient en être la cause.
Or, pourquoi la maman ne lui explique pas cela alors que ce serait dans l’intérêt de son enfant et du sien? Et bien, c’est parce qu’elle pense que ça ne sert à rien. Elle et son mari ont eu beau le disputer, lui donner des fessées, me dit-elle, non seulement, il continue, mais en plus, on dirait qu’il fait exprès de faire pire !
C'est-à-dire que la maman dote son enfant d’une pensée bien plus élaborée qu’il n’a en réalité. Pour elle, son fils saurait très bien qu’en se conduisant de la sorte, il réussirait à faire pleurer sa mère, ce qu’il chercherait car ce serait peut-être là son plaisir.
Or, je ne vois pas Matteo sourire. Il n’est pas triste non plus. Il est plutôt inexpressif quand il est calme, et quand il veut quelque chose, il prend vite un air buté. Bien sûr, il ne parle pratiquement pas et ne peut dire ce qu’il veut. C’est généralement, la première chose qui lui tombe sous la main.
C’est pour cela que je répète à la mère que c’est à elle de lui expliquer les conséquences de ses actions pour qu’il comprenne.
Mais bien sûr pour la mère et pour moi, le mot comprendre n’a pas la même signification. Elle voudrait que son fils comprenne que c’est de sa faute ! Et que je l’aide à le culpabiliser en disant à Mattéo :
-C’est de ta faute si Maman pleure. Rends-toi compte combien tu es méchant !Mais moi, je ne dis pas que les pleurs maternels sont de la faute de Matteo, je dis juste que son comportement en est la cause.
C’est une nuance de poids.
Je ne pense pas avec colère comme la maman de la maman que les enfants sont nuls où méchants. Je pense juste qu’ils attendent des adultes que ces derniers leur expliquent le pourquoi des choses. Seulement, ce fantasme qui voudrat que les enfants puissent être méchants (sûrement malins et méchants) et contre lequel cette jeune mère cherche à lutter en mettant au monde ses propres enfants, ce fantasme cherche, de toutes ses forces, à se réifier ici dans Mattéo. Cet enfant serait ainsi la preuve que dans cette famille, quoiqu’on fasse ou désire, on accoucherait génération après génération de petits monstres.
Le back-ground de la maman pour « affronter » un tel enfant, n’est pas d’avoir bénéficié d’une mère aimante et généreuse, mais plutôt une mère défensive qui a toujours eu, on ne sait pourquoi, peur de sa propre fille. Cette jeune femme doit donc aller puiser chez son psy l’idée, mais surtout la sensation qu’on peut-être soignée, maternée autrement pour devenir une adulte suffisamment bonne malgré ses défauts.
Je consens donc à prendre en psychomotricité Mattéo non pas parce qu’il serait un tyran mais plus parce qu’il est « en retard ».
Quand je dis en retard, je m’avance un peu, (dans notre métier, il faut prendre des risques) je ne sais pas diantre de quoi. Et voilà bien mon problème. C’est pour cela que de temps en temps, je me rends en formation chez des enfants comme Léa. Je sais que ça ne se fait pas de prendre des maîtresses aussi jeunes. Mais comment voudriez-vous que je fasse autrement pour comprendre ?
Donc, durant une année entière, semaine après semaine, Matteo a attaqué ma maison. Comme chez lui. Ma maison, c’est mon jouet qu’il utilise le plus. C’est une maison de play-mobil, très jolie, une sorte de façade avec des portes et des fenêtres où, les joueurs peuvent se disposer, eux où leurs figurines dedans ou dehors.
Matteo me mit immédiatement dedans. Lui était dehors et fracturait régulièrement ma porte pour venir me voir. (Ce jeu, autour de la porte tandis que dans sa vraie vie, à la maison, on l’enfermait à l’époque dans sa chambre pour avoir un peu la paix.) Peu à peu, son activité changea. Il est restait plus longtemps plus seul dehors, sollicitant moins la porte mais s’en prenant aux petites fleurs qui décorent les fenêtres de la maison. Ce sont de toutes petites fleurs, au moins une soixantaine que l’on peut déclipser une à une. Quand il avait ainsi fini de me ruiner la façade, il fracassait alors ma porte pour m’offrir tout un panier de fleurs qu’il avait ainsi cueillies méticuleusement. J’en étais très heureux, mais quitte une fois la séance terminée de remettre une à une toutes ces foutues fleurs à leur place.
Entre temps, Matteo allait à l’école avec une gentille maîtresse qui disait beaucoup de bien de lui et son grand frère lui avait alors appris à écrire son nom en y reconnaissant toutes lettres. Il ne savait pas dessiner un rond, venait en séance avec du pipi dans la culotte, mais savait écrire son nom.
Sur la façade de ma maison est également accrochée outre les fleurs, une boite aux lettres. Matteo voulut alors mettre des lettres dedans mais il n’en trouvait pas et donc, ensemble, comme avec son frère, nous prîmes un tout petit bout de papier (c’est moi qui en choisissait les dimensions) ou nous écrivions méticuleusement toutes les lettres de son nom. Ainsi ces lettres, il pouvait les mettre dans la boîte, puis relever le courrier, enfin fracturer ma porte pour que je lise MATTEO.
Je dis tout cela pour rendre compte de l’histoire, mais ce dont je veux surtout vous parler, c’est de notre dernière séance. Celle juste après que je fus en formation chez Léa, et après aussi que cela allait de mieux en mieux dans sa maison (la vraie).
Hier donc, Matteo détacha comme à son habitude toutes les fleurs de ma façade et en remplit le même panier à ras bord. Puis, il voulut mettre toutes ses fleurs dans la boîte aux lettres. Seulement, celle-ci est trop petite. Matteo bourre alors le plus qu’il peut la boîte. Je lui dis : elle est trop petite, tu ne pourras pas mettre toutes les fleurs dedans. Mais lui, il continue. Forcément, ça déborde. Il y en a partout parterre. Il les reprend et il continue « bêtement » à vouloir les faire entrer dans ce contenant qui est plus que plein.
Alors, si je n’avais pas été en formation chez Léa, je me serais dit : tiens voilà, le retard de pensée de cet enfant ; il ne comprend pas le concept de plein. Tant qu’il y a une ouverture, il suffit de forcer pour que ça entre. Il est têtu. Mais, heureusement, Léa m’a appris durant mon stage chez elle que ce n’est pas comme ça qu’il faut que je pense. Elle m’a appris que Mattéo était plutôt en train de tester le concept de débordement. Pourquoi les choses sortent même quand on veut les faire rentrer. Un peu comme ses actions trop violentes, un peu comme les pleurs de Maman. Pourquoi ça déborde ? La question est encore un creux. car la réponse on l’a pas.
A la fin de la séance, quand je retourne en salle d’attente, nous retrouvons la maman. Et là, je constate deux choses : d’abord un équilibre, un peu comme deux vases qui, communicants entre eux, possèdent le même niveau, la mère et le fils se ressemblent goutte à goutte, ils sont habillés pareils, mêmes T-shirt mauves, mêmes jeans, mêmes chaussures de sport, mêmes séduisants bronzages.
Je constate surtout, que la mère est radieuse. Elle dit :
C’est le jour et la nuit ! A la maison, tout le monde se bat pour pouvoir aller jouer avec Matteo. Alors, je dis à Matteo :
-Tu vois, si ta maman sourit, c’est à cause de toi !Mais Matteo lit un livre studieusement. Car, il ne sait pas encore se départir de son sérieux.
Je ne dis pas alors qu’intérieurement je les trouve tous les deux très beaux. Car, en façade, je me dois de garder ma neutralité bienveillante surtout face au très joli sourire de la maman et qui est l’œuvre de Matteo. Il ne s’agirait pas maintenant que je me mette à déborder.