Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 14:42

Dans le fil http://liensutiles.forumactif.com/psychologie-f54/de-la-ncessit-du-vocabulaire-t17270-15.htm Zaza me félicite:
Comme quoi les mots peuvent soigner les grands maux ! bravo Vic, je te lis souvent même si je n'interviens pas.

Cette flatterie m’oblige à aller plus loin pour aussi à justifier ce pourquoi je m’intéresse tant aux petites filles dans : http://liensutiles.forumactif.com/atelier-textes-en-prose-corrections-amliorations-f62/la-petite-fille-qui-n-avait-pas-envie-t17536.htm

Je crois que les mots soignent par les nuances qu’ils apportent dans les relations viciées que nous appelleront savamment des quiproquos.

Je crois vous avoir raconté, mais je ne trouve plus mon fil du fait de ce forum si mal tenu, quelques séances de psychomotricité de Mattéo, trois ans et demi. Alors dans le doute, je vous resitue :
Mattéo est un petit garçon que nous pourrions qualifier de dur. Il ne cède jamais, c’est constamment un tête à tête avec lui pour tout et n’importe quoi. Quand sa maman vient nous consulter en Mars de l’année dernière, elle redoute que l’école maternelle ne veuille le garder.
Cette maman a pourtant mis toute sa fierté à élever ses deux enfants en se doutant que cela ne serait pas facile. En effet, elle a eu une mère très austère qui depuis son plus jeune âge l’avait décrétée nulle et méchante et qu’elle ne pourrait que foirer tout ce qu’elle entreprendrait. Mais malgré ce délicat augure, cette jeune femme tenait à avoir des enfants pour qu’ eux puissent au moins bénéficier du bonheur et du rêve de l’enfance dont elle avait été cruellement privée.

Son premier enfant, ce n’avait pas été facile, mais enfin, il avait maintenant neuf ans et l’entourage disait de lui que c’était un garçon qui allait plutôt bien. Ce dont elle pouvait légitimement être fière. Mais avec Matteo, c’était à nouveau l’enfer. Il fallait se battre constamment contre lui, il dévastait tout à la maison, ses deux parents et son frère étant plus qu’exaspérés.

La première fois que je rencontre Mattéo et sa maman, celle-ci me raconte tout ce que son fils leur fait endurer, Matteo est là, ne semble pas l’écouter trop occuper à déchirer la feuille de papier que je lui ai donnée.
Un psy qui saurait les choses dirait : c’est la dépression de la mère qui agite l’enfant. On ne lui donnerait pas tort et d’ailleurs la maman consulte déjà un psy pour se soigner, elle. Mais moi, on me consulte pour Matteo, pas pour la maman.
Je dis donc à Matteo : Si ta maman pleure comme ça, c’est à cause de toi. Tu veux tout faire, tout diriger et ça fait pleurer maman.
Matteo regarde alors sa maman qui pleure.
Elle se retourne vers moi et me dit : Mais, vous croyez qu’il va vous comprendre ?
-Il faut commencer par le lui dire. Si vous ne lui expliquer pas qu’il y a une cause entre votre état et ce qu’il fait, comment peut-il le deviner ?

Voilà, la première nuance que j’apporte pour solutionner leur quiproquo.

Moi, je me place dans le contexte d’un psychomotricien qui souhaiterait que cet enfant développe son intelligence par ses jeux, par les expériences qu’il mène mais aussi par les commentaires des adultes sur ses actions afin que celles-ci prennent du sens pour lui. Je pense que j’ai devant moi un enfant qui ne sait pas pourquoi, il fait les choses si fortement, alors qu’il les fait exactement comme tout être humain qui voudrait à tout prix penser, c'est-à-dire par curiosité. Il les fait fortement et sa famille lui réplique (pour se défendre de lui) de la même façon. Mais personne pour lui dire le désarroi de son entourage et que ces actions pourraient en être la cause.

Or, pourquoi la maman ne lui explique pas cela alors que ce serait dans l’intérêt de son enfant et du sien? Et bien, c’est parce qu’elle pense que ça ne sert à rien. Elle et son mari ont eu beau le disputer, lui donner des fessées, me dit-elle, non seulement, il continue, mais en plus, on dirait qu’il fait exprès de faire pire !

C'est-à-dire que la maman dote son enfant d’une pensée bien plus élaborée qu’il n’a en réalité. Pour elle, son fils saurait très bien qu’en se conduisant de la sorte, il réussirait à faire pleurer sa mère, ce qu’il chercherait car ce serait peut-être là son plaisir.

Or, je ne vois pas Matteo sourire. Il n’est pas triste non plus. Il est plutôt inexpressif quand il est calme, et quand il veut quelque chose, il prend vite un air buté. Bien sûr, il ne parle pratiquement pas et ne peut dire ce qu’il veut. C’est généralement, la première chose qui lui tombe sous la main.
C’est pour cela que je répète à la mère que c’est à elle de lui expliquer les conséquences de ses actions pour qu’il comprenne.
Mais bien sûr pour la mère et pour moi, le mot comprendre n’a pas la même signification. Elle voudrait que son fils comprenne que c’est de sa faute ! Et que je l’aide à le culpabiliser en disant à Mattéo :
-C’est de ta faute si Maman pleure. Rends-toi compte combien tu es méchant !

Mais moi, je ne dis pas que les pleurs maternels sont de la faute de Matteo, je dis juste que son comportement en est la cause.

C’est une nuance de poids.

Je ne pense pas avec colère comme la maman de la maman que les enfants sont nuls où méchants. Je pense juste qu’ils attendent des adultes que ces derniers leur expliquent le pourquoi des choses. Seulement, ce fantasme qui voudrat que les enfants puissent être méchants (sûrement malins et méchants) et contre lequel cette jeune mère cherche à lutter en mettant au monde ses propres enfants, ce fantasme cherche, de toutes ses forces, à se réifier ici dans Mattéo. Cet enfant serait ainsi la preuve que dans cette famille, quoiqu’on fasse ou désire, on accoucherait génération après génération de petits monstres.

Le back-ground de la maman pour « affronter » un tel enfant, n’est pas d’avoir bénéficié d’une mère aimante et généreuse, mais plutôt une mère défensive qui a toujours eu, on ne sait pourquoi, peur de sa propre fille. Cette jeune femme doit donc aller puiser chez son psy l’idée, mais surtout la sensation qu’on peut-être soignée, maternée autrement pour devenir une adulte suffisamment bonne malgré ses défauts.

Je consens donc à prendre en psychomotricité Mattéo non pas parce qu’il serait un tyran mais plus parce qu’il est « en retard ».
Quand je dis en retard, je m’avance un peu, (dans notre métier, il faut prendre des risques) je ne sais pas diantre de quoi. Et voilà bien mon problème. C’est pour cela que de temps en temps, je me rends en formation chez des enfants comme Léa. Je sais que ça ne se fait pas de prendre des maîtresses aussi jeunes. Mais comment voudriez-vous que je fasse autrement pour comprendre ?
Donc, durant une année entière, semaine après semaine, Matteo a attaqué ma maison. Comme chez lui. Ma maison, c’est mon jouet qu’il utilise le plus. C’est une maison de play-mobil, très jolie, une sorte de façade avec des portes et des fenêtres où, les joueurs peuvent se disposer, eux où leurs figurines dedans ou dehors.
Matteo me mit immédiatement dedans. Lui était dehors et fracturait régulièrement ma porte pour venir me voir. (Ce jeu, autour de la porte tandis que dans sa vraie vie, à la maison, on l’enfermait à l’époque dans sa chambre pour avoir un peu la paix.) Peu à peu, son activité changea. Il est restait plus longtemps plus seul dehors, sollicitant moins la porte mais s’en prenant aux petites fleurs qui décorent les fenêtres de la maison. Ce sont de toutes petites fleurs, au moins une soixantaine que l’on peut déclipser une à une. Quand il avait ainsi fini de me ruiner la façade, il fracassait alors ma porte pour m’offrir tout un panier de fleurs qu’il avait ainsi cueillies méticuleusement. J’en étais très heureux, mais quitte une fois la séance terminée de remettre une à une toutes ces foutues fleurs à leur place.

Entre temps, Matteo allait à l’école avec une gentille maîtresse qui disait beaucoup de bien de lui et son grand frère lui avait alors appris à écrire son nom en y reconnaissant toutes lettres. Il ne savait pas dessiner un rond, venait en séance avec du pipi dans la culotte, mais savait écrire son nom.
Sur la façade de ma maison est également accrochée outre les fleurs, une boite aux lettres. Matteo voulut alors mettre des lettres dedans mais il n’en trouvait pas et donc, ensemble, comme avec son frère, nous prîmes un tout petit bout de papier (c’est moi qui en choisissait les dimensions) ou nous écrivions méticuleusement toutes les lettres de son nom. Ainsi ces lettres, il pouvait les mettre dans la boîte, puis relever le courrier, enfin fracturer ma porte pour que je lise MATTEO.
Je dis tout cela pour rendre compte de l’histoire, mais ce dont je veux surtout vous parler, c’est de notre dernière séance. Celle juste après que je fus en formation chez Léa, et après aussi que cela allait de mieux en mieux dans sa maison (la vraie).
Hier donc, Matteo détacha comme à son habitude toutes les fleurs de ma façade et en remplit le même panier à ras bord. Puis, il voulut mettre toutes ses fleurs dans la boîte aux lettres. Seulement, celle-ci est trop petite. Matteo bourre alors le plus qu’il peut la boîte. Je lui dis : elle est trop petite, tu ne pourras pas mettre toutes les fleurs dedans. Mais lui, il continue. Forcément, ça déborde. Il y en a partout parterre. Il les reprend et il continue « bêtement » à vouloir les faire entrer dans ce contenant qui est plus que plein.

Alors, si je n’avais pas été en formation chez Léa, je me serais dit : tiens voilà, le retard de pensée de cet enfant ; il ne comprend pas le concept de plein. Tant qu’il y a une ouverture, il suffit de forcer pour que ça entre. Il est têtu. Mais, heureusement, Léa m’a appris durant mon stage chez elle que ce n’est pas comme ça qu’il faut que je pense. Elle m’a appris que Mattéo était plutôt en train de tester le concept de débordement. Pourquoi les choses sortent même quand on veut les faire rentrer. Un peu comme ses actions trop violentes, un peu comme les pleurs de Maman. Pourquoi ça déborde ? La question est encore un creux. car la réponse on l’a pas.

A la fin de la séance, quand je retourne en salle d’attente, nous retrouvons la maman. Et là, je constate deux choses : d’abord un équilibre, un peu comme deux vases qui, communicants entre eux, possèdent le même niveau, la mère et le fils se ressemblent goutte à goutte, ils sont habillés pareils, mêmes T-shirt mauves, mêmes jeans, mêmes chaussures de sport, mêmes séduisants bronzages.

Je constate surtout, que la mère est radieuse. Elle dit : C’est le jour et la nuit ! A la maison, tout le monde se bat pour pouvoir aller jouer avec Matteo. Alors, je dis à Matteo :
-Tu vois, si ta maman sourit, c’est à cause de toi !
Mais Matteo lit un livre studieusement. Car, il ne sait pas encore se départir de son sérieux.
Je ne dis pas alors qu’intérieurement je les trouve tous les deux très beaux. Car, en façade, je me dois de garder ma neutralité bienveillante surtout face au très joli sourire de la maman et qui est l’œuvre de Matteo. Il ne s’agirait pas maintenant que je me mette à déborder.
Revenir en haut Aller en bas
JoK
Poulet branché


Nombre de messages : 4997
Date d'inscription : 18/07/2006

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 14:57

Citation :
Je crois vous avoir raconté, mais je ne trouve plus mon fil du fait de ce forum si mal tenu...
Cauchemard
Si tu étais plus "ordonné" ça n'arriverait pas !
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91099
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 15:10

Laughing Jok. Au lieu de glandouiller, vois ce qu'il te reste à faire.

Tu sais, Vic, ton histoire vient à point, car je cogite toujours au sujet de celle que j'ai appelé Fanny et il faudra bien que j'y revienne.

Ici, notamment, ce n'est pas le contenant trop petit qui m'interpelle, parce que je l'ai deviné dès que tu as commencé à décrire les deux volumes. C'est plutôt ; comment expliquer à l'enfant que la cause du mal être de la maman vient de son comportement à lui. Et puis aussi ceci : est-ce que son comportement à lui trouve une source quelque part ?

Sinon, pour tout le reste, j'admire les nuances que tu apportes, elles sont vachement importantes et même essentielles. Ici, sur LU, on le voit bien. Travaux pratiques tous les jours.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
JoK
Poulet branché


Nombre de messages : 4997
Date d'inscription : 18/07/2006

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 15:12

Chi pas ton Pape Ro... spc
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91099
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 15:14

JoK a écrit:
Chi pas ton Pape Ro... spc

Dis nounours enconnecté, tu cherch' la bagarre ? Cauchemard

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
sophiesuite

avatar

Nombre de messages : 467
Date d'inscription : 22/01/2009

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 15:16

Au passage, comme ça, je me disais que... dans cette famille ça a l'air de se "battre" beaucoup. Que ça soit au début en "négatif", ou à la fin, quand tout le monde se "bat" pour jouer avec Matteo.
Et la maman sourit.

Enfin ça a croché mon attention dans ton histoire Vic, dans le premier paragraphe, j'ai eu l'impression d'un truc assez "battant" effectivement.
Et tu termines sur le fait que l'enfant et la mère se ressemblent.
Peut-être qu'il a tout simplement pris le côté "battant" de sa mère, avec cette idée sous-jacente que la vie c'est difficile et qu'il faut se battre... ?
Et du coup chez lui ça s'exprime... ben sans complexe, à la manière des enfants...
Et ça se retourne aussi contre sa mère... sans qu'elle comprenne que c'est une sorte de "miroir" pour elle aussi...

Qu'en penses-tu ?
Revenir en haut Aller en bas
Rosacée



Nombre de messages : 2122
Date d'inscription : 05/06/2009

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 15:20

Vic Taurugaux a écrit:
Dans le fil http://liensutiles.forumactif.com/psychologie-f54/de-la-ncessit-du-vocabulaire-t17270-15.htm Zaza me félicite:
Comme quoi les mots peuvent soigner les grands maux ! bravo Vic, je te lis souvent même si je n'interviens pas.

Cette flatterie m’oblige à aller plus loin pour aussi à justifier ce pourquoi je m’intéresse tant aux petites filles dans : http://liensutiles.forumactif.com/atelier-textes-en-prose-corrections-amliorations-f62/la-petite-fille-qui-n-avait-pas-envie-t17536.htm

Je crois que les mots soignent par les nuances qu’ils apportent dans les relations viciées que nous appelleront savamment des quiproquos.

Je crois vous avoir raconté, mais je ne trouve plus mon fil du fait de ce forum si mal tenu, quelques séances de psychomotricité de Mattéo, trois ans et demi. Alors dans le doute, je vous resitue.


Ce que raconte Vic ressemble à ça :

Dans l'item "Métier" sous item "psy" - page 10. (je suis une lectrice assidue) AngeR

Vic Taurugaux a écrit:


Je suis actuellement en psychomotricité un petit Lancelot (j’offre le pseudo à Astérisque) qui est (était une vraie bombe.) La première fois que je le vois, sa mère est en pleurs, elle n’en peut plus, il casse tout à la maison, se bat sans cesse avec son grand frère de 10 ans qui veut partir habiter chez les grands-parents, le papa est aussi dépassé que la maman, la seule solution, c’est de l’enfermer dans sa chambre, mais là, idem, il détruit tout. Lancelot regarde avec son visage fermé sa maman raconter tout cela et les larmes qui coulent en abondance. Je fais remarquer à Lancelot qu’il fait de la peine à sa maman : elle pleure. Elle, retenant sa colère : Mais vous croyez qu’il va vous comprendre si vous dites cela ? Je lui réponds que j’essaie de lui apprendre des mots qui parlent des sentiments. C’est une expérience de voir la tristesse de sa maman, mais il faut lui dire comment ça s’appelle. Je propose à la maman de rester avec moi pour apprendre d’autres choses à son fils car, je lui dis aussi qu’il est en retard et que c’est peut-être pour ça qu’elle se sent incompétente. Elle lui a appris à écrire son prénom pour aller à la petite section de maternelle mais elle a peur que on le lui refuse parce qu’il n’est pas encore propre. Mais, elle préfère aller de son côté soigner sa dépression chez son propre psy et compte sur moi pour réparer Lancelot.
Ma thérapie psychomotrice avec Lancelot consiste à jouer avec mes briques en mousse. J’en ai tout un tas qui sert à construire avec les enfants des murs, des maisons des châteaux, des routes, des voitures etc… Lancelot est capable de construire une tour de deux briques qu’il détruit tout aussitôt à grands coups de pieds ou en se jetant dessus de toute ses forces. Il me tient à l’écart de son activité en me répétant non si je veux l’aider ou en me jetant des briques à la figure s’il me sent trop proche. Je me contente de le féliciter pour savoir si bien représenter le chaos qui est en lui, dans sa maison, dans le cœur de sa maman quand il lui fait de la peine. Au bout de vingt minutes, je range mes cubes dans mon armoire, je maintiens Lancelot allongé sur un tapis de sol pour qu’il souffle un peu, il est en sueur et quand il est calmé, je le rends à sa maman. Dès la deuxième séance, la semaine suivante, il me permet de lui construire une tour de quatre briques pour qu’il puisse la casser. Il s’y emploie avec la même application qu’il avait précédemment, mais au bout d’un moment ça l’énerve, il voudrait savoir construire des tours comme les miennes. En effet, c’est pas juste, moi j’y arrive mais pas lui.
Cette semaine, nous en sommes à la dixième séance, l’école a dit qu’elle allait le garder car, même si parfois, il y a des petits accidents dans sa culotte, c’est un petit garçon charmant. La maman qui va mieux grâce à sa thérapie et malgré que sa maison soit toujours aussi attaquée par Lancelot a eu un insight lors de sa dernière colère après lui. Elle l’avait enfermée comme d’habitude dans sa chambre après qu’il eut mis le salon en charpie, mais Lancelot n’avait fini son chantier de démolition. Il prenait tous ses jouets pour les balancer le plus violemment possible sur la porte fermée au risque de l’abimer. Alors sa maman, désormais plus en colère qu’effondrée est entré dans sa chambre et voyant tous les jouets projectiles cassés, les a tous mis à la poubelle et ne lui a laissé que deux ou trois babioles. Depuis, c’est le paradis. Il joue avec les trois babioles et ne va plus voler les affaires de son frère.
Avant notre dernière séance, comme d’habitude la maman a fait faire pipi à Lancelot pour ne pas qu’il le fasse dans ma salle. Seulement Lancelot m’a demandé trois fois d’aller faire pipi. Je l’ai autorisé, il y ait aller tout seul, les trois fois. Malheureusement, quand je l’ai rendu à sa mère, il y avait du pipi au fond de la culotte. J’ai vu sur la maman de la colère mêlée à un peu de tristesse. Je nous sommes défendus : Lancelot y avait été trois fois sur mon autorisation. On a convenu qu’il avait fait pipi dans la culotte alors qu’il l’avait baissé et s’était assis sur la lunette des W.C. J’ai dit que peut-être cela serait plus facile pour lui, s’il faisait pipi debout. Mais, la maman m’a dit qu’elle enseignait à ses fils à faire pipi assis. D’ailleurs, le grand frère de dix ans s’y prenait de la sorte. Elle ne voulait pas que les garçons fassent pipi debout car, ils visaient mal et en mettait plein à côté. J’ai proposé que pour qu’ils apprennent à viser, elle leur demande d’essuyer avec du papier toilettes les bavures, comme ça à la longue, ça lui ferait moins de lessive que laver toujours autant de slips. Elle va y réfléchir avec son mari.

On voit sur cet exemple les entrées et sorties du système petit garçon et du système Maman. Les contenants dans lesquels leurs disques durs logent. La maison, la chambre, la salle de thérapie, l’école, et les mots et les liquides échangés. En ouvrant le système petit garçon, j’ouvre le système Maman, on tâtonne, ouvrir trop ou pas assez, that is the question….

Le but d’une thérapie, ce n’est pas d’atteindre la vérité, mais de retrouver la paix.
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 25 Juin 2009 - 18:17

Rosacée tu es une mère pour moi! C'est effectivement le même cas. si jok rangeait mieux mes affaires, on n'en serait pas là.

@ sophiesuite: bien sûr que la maman est une battante. elle est très courageuse. Elle se bat avec son fils contre ce virus que sa mère lui à refiler et qui est qu'il faut se défendre de ses enfants.

@ Ro. Le compliqué avec Fanny, c'est qu'elle n'a plus trois ans...
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91099
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 27 Aoû 2009 - 6:24

Citation :
Je crois que les mots soignent par les nuances
qu’ils apportent dans les relations viciées que nous appelleront
savamment des quiproquos.

A condition qu'on les dise. Il faut parfois beaucoup de courage pour oser les sortir du fond de la gorge. Ils engagent. Ils dévoilent. Parfois (souvent) je me dis qu'ils me rendent faible aux yeux d'autrui, puisqu'ils révèlent les failles, érigent les défauts. Les mots sont comme des projecteurs qu'on se prend en pleine poire. Ils mettent en lumière tous les défauts, les rides, les formes ou les tics disgrâcieux. Que peut-on soustraire au regard d'autrui ?

Qu'est-ce qui fait peur, quand on n'ose pas dire les mots ? Est-ce vraiment l'interlocuteur... ou soi-même ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 27 Aoû 2009 - 9:56

C’est vrai, les mots trahissent la fragilité de celui qui les prononce. Car, quand on parle vrai, on dit forcément que l’on n’a pas réponse à tout. Que sur beaucoup de choses, on est impuissant.

J’ai revu hier Mattéo et sa maman. Il est à nouveau très agité depuis 15 jours. Sa mère a mis en lien cette agitation avec une nouvelle otite qui devait lui faire mal. Elle a consulté son médecin qui a soigné l’otite mais aussi conseillé d’aller voir un spécialiste des enfants hyperactifs pour que Mattéo bénéficie de Ritaline. La maman a refusé ce pseudo-confort. Son fils n’est pas hyperactif, il sait se calmer lui-même. Il n’a pas besoin de médicaments. Quand sa mère dit cela, elle prend un risque énorme : celui de faire confiance à Mattéo plutôt qu’au docteur. Mattéo écoute dans le plus grand calme sa mère me dire cela. Lui aussi fait confiance à sa mère, même si son agitation les déborde encore parfois tous les deux…


Autre exemple, une heure plus tard. Une maman revient nous consulter pour son fils de huit ans dont elle a craint que du fait qu’elle se soit séparée il y a cinq ans de son père, cela traumatise ce garçon qui va plutôt bien à nos yeux. Mais, c’est une maman parfaite qui veut tout réparer. Son problème est que son fils vient de la traiter de sale pute la dernière fois ou elle a du se battre pour qu’il fasse encore un peu plus de devoirs de vacances. Bien sûr, elle l’a puni de façon adaptée mais implore notre secours : comment pourrions l’aider à changer son terrible garçon ? Je propose au garçon d’aller dessiner en salle d’attente pendant que nous réfléchissons à ce problème entre adultes. Une fois l’enfant sorti, la maman peut enfin éclater en sanglots et pleurer pendant plus d’une heure. Parler de tout ce qu’elle fait pour rattraper l’éducation déplorable que lui administre son père durant les week-ends. Sa peur que le fils devienne aussi je m’en foutiste que son père. Enfin comment accepter la douleur qu’elle ne peut pas tout. Au bout d’une heure, elle cherche désespérément à se recomposer un visage. Ce n’est pas facile. Je fais néanmoins rentrer le fils qui à attendu patiemment pendant tout ce temps. Il me montre ses dessins mais ne s’y intéresse déjà plus. Il regarde éberlué les yeux rougis de sa mère :

Mais, Maman, tu as pleuré ?
C’est la première fois de sa vie qu’il constate la fragilité de sa mère.
Pour la prochaine séance, je propose que l’enfant reste en classe. Par contre, que Madame vienne avec son nouveau conjoint pour qu’on voit ensemble, dans cette famille recomposée, l’énergie que doit prendre l’éducation de l’enfant.
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91099
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   Jeu 27 Aoû 2009 - 16:40

Vic Taurugaux a écrit:
C’est vrai, les mots trahissent la fragilité de celui qui les prononce. Car, quand on parle vrai, on dit forcément que l’on n’a pas réponse à tout. Que sur beaucoup de choses, on est impuissant.

Complètement d'accord avec toi, Vic.
Constater son impuissance, les points de suspension à la place de réponses bien plantées sûr de soi, ça flanque une petite douche d'humilité, or la plupart du temps les gens préfèrent se montrer forts, pour se rassurer eux-mêmes. Du coup, la mise en évidence de cette impuissance se fait plus ou moins supportable selon la fragilité de qui l'avoue...

On devrait tous apprendre les bienfaits de l'humilité. On devrait tous apprendre à cesser de culpabiliser. A cesser de complexer. Tout serait tellement plus simple...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Comment les mots peuvent-ils soigner les maux ?
» James et Lilly
» Les 10 règles de la tueuse
» l'amour des mots c'est pas des maux
» Ajouter Mot T9 HD2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Présentation & Débats :: Paroles et débats :: Humain, Psychologie-
Sauter vers: