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 Un piano sur un tas de bûches

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Romane
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MessageSujet: Un piano sur un tas de bûches   Ven 31 Juil 2009 - 15:23

Piano

J’ai vu le vol des oiseaux par-dessus la terre plissée. Ils allaient en balancelle, de vagues en vagues dans l’océan du ciel, ils allaient en pochoirs mouvants, petites caravelles aux doigts ailés, fragiles et puissants, ils allaient majesté, ils allaient arabesques, en ronds dans l’eau suspendue, ils allaient, ils allaient…

Nous ne parlons pas le même langage, mon amour. Il faut s’envoler si haut, dépasser tant de murs, rompre tant des silences de nos deux mondes… Ecouter peut-être la rumeur là-bas, elle qu’on ne perçoit que si peu, si pas, celle du fond de gorge et toujours plus profond, celle dont les mots ne veulent pas se déshabiller. Ont-il froid qu’ils grelottent à en claquer leur musique ?

Piano

Plus loin, derrière l’échevelée aux mille verts, plus loin encore, au-delà du bleu de Toi, l’autre prairie abandonnée. Le galop d’un fuselé luisant, avec, sur son flanc, le cavalier presque aérien. Ils allaient glorieux, ils allaient blé mûr, ils allaient racines à peine soulevées, grâce en leur accord parfait, ils allaient, ils allaient…

Un sourire a recouvert la dégringolade de mes pluies souterraines. Fermer les yeux en verbe sans conjugaison… Laisser leur liberté aux charbons des ardeurs, aux deuils des flambeaux déchus, aux agonies malgré elles. Toutes ces questions sans réponse. Toutes ces couleurs dégoulinées, confondues, pauvres masques défaits et refaits à fin inépuisée, cercle des dérisions renaissantes et mourantes.




Assise sur son tas de bûches, assise en regard fixe, assise en bas-côté, en marche rompue, en arrêt sur image, Elle demeure là, hébétée, doigts en sang, jambes inertes, genoux serrés.

On a bien du lui dire.

Toutes ces choses qu’elle n’a pas comprises. Qui lui ferment le cœur en lui tordant le ventre. Toutes ces choses qui lui sont étrangères, ou qu’elle a fui un jour d’il y a longtemps. Entre lesquelles elle a posé des jours, des nuits, des jours, des nuits, d’autres encore, beaucoup, en redressant la tête pendant qu’enfin ses jambes ont accepté de la porter plus loin.
Alors elle a aimé. Pour la première fois. A mains nues, sans grammaire des chiffres ni équation. Elle a aimé !

C’est très agréable de baiser sur un tas de bûches…

On a bien du lui dire…

Assise là, sur l’objet du fantasme d’un autre. Assise là sur un tas de nausées. Hallucinée.



Voici venue l’heure des mots hagards.

Froissements. Crissements. Une jambe contre l’autre, elles glissent et se caressent des chevilles. Mes doigts cherchaient le tendre galop dans tes cheveux. Il est des mots qui ne me quitteront plus jamais. Faucheurs de tendre tendresse. Ils avalent, avalanchent, déconstruisent. Un monde découpé en petits morceaux papier à jeter. Au feu. Qu’avez-vous fait de vous… Au ventre monte la sourde plainte des océans jamais rassasiés. Froissements plus haut. L’entrave des étoffes qu’elles voudraient qu’ils déchirent. Oh, Vous mes sœurs, Vous mes semblables, Vous désespérées ! Qu’avez-vous fait d’eux qui n’attendaient que vous… Cuisses en douceurs trompeuses, dévoreuses d’hommes, celui-ci ou celui là, ici ou là, qu’importe lequel qu’importe le temps, elles s’ouvrent en invite directe. La blancheur de vos seins marbrés de la maternité. Ont-ils vomi le lait dans leurs râles d’hommes ? Qu’avez-vous fait de l’amour ? Elles partout. Elles toutes, cuisses ouvertes, offertes, à brûler et puis recommencer. Est-ce ainsi qu’il me voit ? Qu’avez-vous fait de moi…

Chair de plaisir, chair de douleur, chair à mourir. Chaque allumette craquée mange un confetti de vie. La fête s’en va, la fête se consume, elle se meurt, la fête. Le tas de bûches peut bien s’amenuiser, quelle importance… son spectre flambe plus dru que le feu d’à-côté. Il est des bois secs consumés qui ne connaîtront jamais la cendre. De leurs ombres ils ont tatoué la pierre, près de l’âtre. Funérailles de la joliesse.

C’est très agréable de baiser sur un tas de bûches…

Qu’as-tu fait de moi…







Romane

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Rosacée



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MessageSujet: Re: Un piano sur un tas de bûches   Ven 31 Juil 2009 - 16:49

Pas un tas de bûches en tout cas !
Il n'a pu faire de toi un tas de bûches...
Non...

"Subjugée" - admirative de tes mots si percutants.

Je suis littéralement émue que je ne trouve pas de mots pour exprimer toutes les émotions que tu as fait naître en moi au travers de ce texte magnifique.
Bravo !

Tu penses que j'exagère ?
Non... Laisse-moi juste dire, juste exprimer un ressenti.
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Romane
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MessageSujet: Re: Un piano sur un tas de bûches   Ven 31 Juil 2009 - 17:08

Merci, Rosacée. Je ne sais pas si ce texte est complet ou achevé, s'il reviendra sous une autre forme, sans doute oui, je crois, oui, sans doute.
Il n'a pas été jeté dans la fosse aux ordures.
Merci à toi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Farouche

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MessageSujet: Re: Un piano sur un tas de bûches   Mer 12 Aoû 2009 - 11:49

Ta façon inimitable de ciseler les mots, de les plier à l'impérieuse loi romanienne Smile
Et ces paradoxes qui rassurent, cette déconstruction permanente, cette mouvance.
Comme dit Jacques Salomé : "Il est bien plus facile d'apprendre ce qu'on ne sait pas que d'apprendre ce qu'on sait".
Voici ce que m'inspire ce texte.
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Alizé

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MessageSujet: Re: Un piano sur un tas de bûches   Mer 12 Aoû 2009 - 12:07

Je croyais avoir commenté ce texte.
Tu avais l'intention de le jeter dans la fosse aux ordures !
Je l'adore. Il est bouillonnant de vie, si plein de tout à en perdre le souffle.
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MessageSujet: Re: Un piano sur un tas de bûches   

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