Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Du camping et autres éléments de nostalgie.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
filo



Nombre de messages : 8690
Date d'inscription : 02/04/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Ven 21 Aoû 2009 - 18:57

Ok Vic, comme tu veux, on va attendre ; peut-être Romane saura-t-elle te proposer mieux que moi, en plus.
Mais tu peux déjà changer le titre du fil en quelque chose de plus correspondant, genre "Du camping".
Revenir en haut Aller en bas
http://filosphere.com
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Ven 21 Aoû 2009 - 19:02

AAArghh! Mais comment puis-je modifier le titre? Je trouve pas...
Revenir en haut Aller en bas
Rosacée



Nombre de messages : 2122
Date d'inscription : 05/06/2009

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Ven 21 Aoû 2009 - 19:50

Je me glisse entre les commentaires pour dire que le passage avec la tente Trigano me rappelle bien des souvenirs. De beaux souvenirs...
Revenir en haut Aller en bas
LylaTsB

avatar

Nombre de messages : 4714
Age : 58
Localisation : Entre allanguie & languissante ...
Date d'inscription : 21/05/2006

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Ven 21 Aoû 2009 - 20:10

mdr et l'odeur, les odeurs de la toile, du auvent en passant par le double-toit et des chambres compartimentées, celles des matelas pneumatiques surchauffés au soleil, celles des fringues humides jetées au fond des sacs dégueulants de tissus douteux... et la couleur, les couleurs qui se superposent et se fondent, un moustique écrasé avant succion, un autre après succion, les traînées d'herbes vertes barbouillées de terre, les miettes de coquilles et de sable amalgamées avec celles des biscuits englués de chocolat ou de banane, les tâches d'huile étoilées, au-dessus du réchaud, luisantes comme une voie lactée sur un ciel laiteux des traces de savon de marseille frotté à la brosse à chiendent dans l'espoir de dégraisser un peu... Raaaah, quelle poésie, le camping ! ! ! MDRRR !
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91108
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 12:22

Encore un peu de patience. Je saute du train en marche et attrape mon matériel de camping d'ici quelques heures. J'ai bien hâte de lire ce fil !

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 12:48

LylaTsB a écrit:
mdr et l'odeur, les odeurs de la toile, du auvent en passant par le double-toit et des chambres compartimentées, celles des matelas pneumatiques surchauffés au soleil, celles des fringues humides jetées au fond des sacs dégueulants de tissus douteux... et la couleur, les couleurs qui se superposent et se fondent, un moustique écrasé avant succion, un autre après succion, les traînées d'herbes vertes barbouillées de terre, les miettes de coquilles et de sable amalgamées avec celles des biscuits englués de chocolat ou de banane, les tâches d'huile étoilées, au-dessus du réchaud, luisantes comme une voie lactée sur un ciel laiteux des traces de savon de marseille frotté à la brosse à chiendent dans l'espoir de dégraisser un peu... Raaaah, quelle poésie, le camping ! ! ! MDRRR !

Tiens! Une autre ancienne combattante! mdr mdr mdr

Merci Filo pour le titre. Mais ça m'oblige à continuer! Je ne sais pas si je vais beaucoup avancer ce week-end, j'ai Marc et toute sa famille qui débarque...
Revenir en haut Aller en bas
Tryskel
Miserere mei
avatar

Nombre de messages : 9703
Age : 69
Localisation : A l'Ouest d'Avalon
Date d'inscription : 25/09/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 13:27

Le camping ça me rapelle bien des choses, sur des dunes, et aileurs, dans les Cevennes.
Cétait il y a longtemps, enfin pas si longtemps! dernier en date Plouharnel, 2005...

Mais ce qui me touche le plus c'est l'évocation de Vic des pêches à pied, quand il y avait encore quelque chose à pêcher! Va trouver des trourteaux (dormeurs) tout prés de la côte aujourd'hui, sans négliger les crabes verts, les "enragés" qu'il faut prendre par le dos pour pas se faire pincer. et glisser sa main dans un trou pour sentir la carapce et tirer le récalcitrant du dit trou! Tout un art et un parfum d'enfance et de vacances!

Quant à la question d'origine, on se communautarise de plus en plus, on devient plus séléctifs, on veut se retrouver "entre soi", ça se discute!
Mais ça un petit goût ségégatif quand même, à quand les camping réservés aux blonds, aux bruns, aux cadres, aux...

le côté promiscuité que soulève la Peste n'était pas vraiment un blem à l'époque dont parle Vic, aujourd'hui, c'est autre chose!

Camping chic (qui finit avec les mobils homes loués à des tarifs plutôt élevés, qui finit par n'être plus du camping) ou camping bauf?
Revenir en haut Aller en bas
filo

avatar

Nombre de messages : 8690
Age : 104
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 02/04/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 13:56

Vic, tu n'es pas tenu à un rythme régulier et serré !
Pour changer le titre d'un fil, il suffit de l'éditer dans le premier post de celui-ci.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
L'art est parfois un sale boulot, mais il faut bien que quelqu'un le fasse
Le site Filosphere ** Filographies : photo & design ** Ma musique récente ou inédite ** Musique de la Juste Parole
Revenir en haut Aller en bas
http://filosphere.com
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 15:32

On ne peut comprendre le Erdeven de 1970 en le visitant aujourd’hui car désormais, c’est une station balnéaire comme le reste du littoral breton. Les offices de tourisme sont nés, et très vite les promoteurs, et tout ce beau commerce est parti clamé d’abord en France, plus tard dans toute l’Europe que passer ces vacances en Bretagne, c’était drôlement bien ! Du coup, pour recevoir cette foule, tout s’est aménagé, même les campings !
Mais revenons si vous le voulez bien à notre far-West, à notre époque de pionniers et gardons un esprit digne des Tristes Tropiques dans ce que je dis pour comprendre un tant soit peu l’étrange civilisation d’où j’émergeais. A l’époque donc, à part Carnac et Quiberon, nous n’avions pas grand-chose à offrir aux vacanciers. Ceux-ci, forcément riches, s’étaient fait construire dans ces deux communes de superbes villas, s’essayaient à la plaisance et aux bains de mer bien avant que Louison Bobet n’inventa la thalassothérapie.

Seulement ces gens-là, c’étaient des étrangers. Depuis toujours, nous autres les bretons, comme de la mort, nous nous étions méfiés de la mer. Il existe encore sur les dépliants touristiques ce qu’on appelle l’Argoat, le pays intérieur, celui des bois et de la sécurité et sur son pourtour, l’Armor. En ce temps-là, ce deuxième pays, c’était la frange. La limite. Une bande d’estrans, de roches, de dunes, de marais et de semblants de terre qui n’excédaient pas dans ces plus grandes largeurs les quinze kilomètres pour qui se veut généreux. Ce no man’s land offrait l’avantage aux humains d’éviter tout contact direct avec ce qui nous ceignait depuis toujours, je veux dire le monde des abysses, l’univers du Léviathan. Or, peut-être la politique du général de Gaulle qui cherchait à nous désenclaver avec son fameux plan routier, peut-être l’apparition sur Pleumeur-Bodou de relais de télévision, peut-être encore, (pourquoi aller chercher si loin) l’ennui qu’on ressentait en nous, enfin tout cela avait concouru à nos premières migrations estivales vers la côte. De Pluvigner d’abord, mais bien vite d’au-delà les landes de Lanvaux, de Baud, de Pontivy et même de Guémené, une procession toujours plus nombreuse débordait le rituel pardon de Sainte Anne d’Auray pour aller voir la mer ! Et ce mouvement, rien ne l’arrêtait. Ni les recteurs pourtant gardiens séculaires de leurs ouailles, ni même ce chevelu d’Alan Stivell qui soufflait dans sa bombarde le vent révolutionnaire d’un lointain mai 68 parisien, rien n’y faisait, notre peuple était en marche troquant les traditionnels costumes et coiffes pour s’offrir toujours dans le même rayon vestimentaire de chez Edouard Leclerc les fameux maillots de bain ! Bref, dans ses modernes cabines d’essayage, nous étions en train, sans le savoir, de changer de civilisation !

Tout cela pour vous expliquer le demi-tour de mon père. Comment pouvait-il en effet comprendre cette nouvelle façon de faire, dans un pays qui n’était plus vraiment le sien (imaginez-vous : nous étions à plus de cinquante kilomètres de la maison) qui consistait à monnayer des services aussi futiles soient-ils que d’aller faire caca dans le champ du voisin. Bien sûr me direz-vous, cette économie tertiaire n’en était encore qu’à ses balbutiements. Aucun panneau n’indiquait sur les sanitaires qu’il fallait payer pour petit et grand besoin encore moins pour rincer notre pot de chambre ! Mais le progrès avançait par des chemins dont nous ne nous saurions pas douté car vivre comme les riches, ça ne s’inventait pas !

En ce temps-là, la firme Simca équipait ses modernes Arondes des meilleurs amortisseurs. Ces derniers nous furent d’un grand secours sur le chemin qui reliait Kerilhio à Kerouriec. Ce chemin qui traversait les dunes (et qui aujourd’hui est goudronné aussi lissement que pour une étape du Tour de France), ce chemin donc, était une suite d’ornières qui menaçaient à chaque instant de nous ensabler et de tas de pierres et autres gravats censés redonner de l’adhérence à nos pneus. A vrai dire, nos pérégrinations de pêcheurs de crabes ne nous avaient pas encore porté si loin au cœur des dunes. Dans la lunette arrière et un nuage de poussière s’évanouissait pour toujours le mirage de Kerilhio comme le souvenir de l’oasis à l’arrière des méharées. Devant nous, le désert. Des dunes que nous escaladions et qui dévoilaient d’autres dunes. Le vent balayait leur surface que protégeaient des armées de chardons, des centuries d’oyats, des légions d’oignons sauvages reconnaissables à leur têtes mauves et que ces pauvres sentinelles oscillaient comme autant de mises en garde en notre direction. Partout, des terriers de lapins, des bancs énormes de sternes et çà et là, comme pour nous rappeler la civilisation, des bourriers, amoncellements improbables de vieilles cuisinières, de carcasses de voitures et même, comble du chic de modernes machines à laver. Toute cette tôle rouillait sous l’action conjuguée du soleil, du crachin du vent du sable et du sel qui recyclaient naturellement ces éphémères traces d’humains. On voyait aussi cette oxydation à l’assaut d’immenses rouleaux de fils de fer barbelé, d’étranges silhouettes de poteaux métalliques disposés géométriquement et qui étaient (seule information que nous accorda papa) les cibles des canons marins pour les tirs de Gâvres ! Nous autres, les enfants, nous ne connaissions encore rien de la désolation des anciens champs de bataille et nos yeux s’écarquillèrent davantage à la vue de notre premier bloc-haus !

Puis la voiture se laissa glisser vers le marais et nous entrevîmes enfin l’autre Monde : le hameau de Kérouriec !

(A suivre...)


Dernière édition par Vic Taurugaux le Sam 12 Sep 2009 - 14:54, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Astérisque
"J'étais pas là"
avatar

Nombre de messages : 1549
Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Sam 22 Aoû 2009 - 16:01

Miam! Du Vic du meilleur jus, ça se déguste n'importe où. Ce sentier passager convient tout à fait: tel un conteur assis sur le talus, le brûle-gueule éteint au coin bu bec, il nous accueille sur sa lande, le sourire entendu et la répartie taquine...
Pourquoi faudrait-il imposer un espace délimité où poser sa tente et ses sachets? Pourquoi le camper dans une case ad-hoc, ses tribulations estivales s'épanouissent bien ici, en liberté, alors qu'il risque de se trouver très vite recouvert d'une avalanche sableuse dans un fortin cadastré...
Revenir en haut Aller en bas
Rosacée



Nombre de messages : 2122
Date d'inscription : 05/06/2009

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Dim 23 Aoû 2009 - 9:26

J'adore les souvenirs racontés par Vic pour la simple et bonne raison c'est qu'il me fait visiter des lieux qui me sont totalement inconnus. J'aimerais bien que ce fil reste ici, parce qu'une fois cloisonné dans la partie littérature/prose, on ne peut plus vraiment intervenir pour y participer, et j'aime aussi lire ce que les autres participants écrivent.
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Lun 24 Aoû 2009 - 14:34

Il faut comprendre les gens à défaut de se comprendre soi-même. Les gens s’agglomèrent dans des espèces distinctes. D’un côté, il y aura toujours les commerçants quant à l’autre bout étaient déjà les paysans. Au milieu : les ouvriers. Eux, ont toujours travaillé pour les autres, et ont donc beaucoup de mal à se comprendre eux-mêmes. Trimant chez l’un, payant chez l’autre, ils doivent pourtant choisir leur camp. Papa avait choisi au sortir du camping de revenir à la campagne d’où il n’était jamais vraiment parti. Retour dans l’ancien monde, pas celui moderne dont rêvait pour nous Maman. Kerouriec : c’était également la campagne mais celle de l’Armor, je vous l’ai déjà dit : un pays inconnu. Une campagne d’arbres ras, de cours d’eau saumâtres, de vents ébouriffants et de soleils agressifs, rien dans le relief qui n’arrêtât vraiment les nuages et d’une terre qui n’était pas une terre mais plutôt des vagues de roche et de sable. Les paysans de l’Armor ne cultivent aucune pomme de terre. Pas de froment, même pas du sarrasin, non, ils cultivent des oignons. Heureusement pour eux, les marais leur délaissent quelques maigres prairies où paissent d’étiques vaches. C’est dire s’ils sont pauvres. On le voit de loin à leurs toits. Ils n’ont pas d’ardoises !

Le hameau vers lequel nous roulions était alors coiffé de joncs rafistolés de ci de là par des tôles aussi ondulées que rouillées. Mais, ce qui faisait le plus sale, c’était tout ce jaune-orange pisseux, des plaques de lichen qui, comme une lèpre, s’étaient pris dans le granit des murs. Ces tâches aux couleurs vénéneuses sous l’immense gris du ciel semblaient pourtant être l’objectif de notre père. L’Aronde courut encore un temps sur son erre, au point mort, avant de s’échouer devant le premier tas de fumier qui signalait le seuil de cet improbable oasis. Les poules en délaissèrent un temps leurs activités fébriles pour venir interroger nos insipides pneus bien avant que des chiens faméliques hurlent à la ronde l’approche de cette dernière.

Papa pria Maman de conserver son siège avant, la voiture et la famille, fit un signe de têtes à ses hommes et Marc et moi obtempérèrent illico en l’imitant. Les portières avant et arrière tout autant dûment claquées, (pour bien qu’on nous entende) nous marchâmes à sa suite vers l’habitant. Il fallut se laisser renifler par tous les chiens sans montrer une once d’inquiétude. Alors, en face de nous, une porte s’ouvrit. D’abord un béret, puis son propriétaire en sortit, fit trois pas en notre direction selon la procédure habituelle de tout émissaire. Papa salua d’un signe de tête qui montrait les nuages, nous ses garçons nous regardâmes de même, l’autre paysan également, et en guise de bienvenue :
-On ne peut encore rien dire !

Nous parlions déjà à mi-mots du temps, de son incertitude, tant il est vrai qu’aujourd’hui dans ces mêmes hameaux repeints en chaumières-résidences secondaires pour vos cartes postales, ce dernier se trouve bêtement épinglé une fois pour toutes par le baratin du bulletin météo.

La modestie de cet échange de paroles autorisa un deuxième homme à franchir la même ouverture sombre pour venir nous dévisager. Leurs regards ainsi démultipliés se portèrent autant sur nous que sur notre somptueuse voiture ce qui permit à Papa de dire :
-Vous ne connaîtriez pas par hasard quelqu’un qui ferait ici les oignons ?

Le deuxième se retourna vers leur embrasure et émit quelque chose qui ressemblait à : Ou Mamm ! Et qui pour nos oreilles de bretons voulait dire : Maman !

Elle apparut en effet devant nous et nous vîmes ses yeux d’un bleu bien plus délavé que ne rendront jamais tous vos artistes-peintres, un bleu si profond qui fait que le regard même n’a plus depuis longtemps aucun fond: un regard que nous ne connaissions pas encore, celui des mères de marins !
Revenir en haut Aller en bas
Farouche

avatar

Nombre de messages : 3203
Localisation : Sud où il fait beau
Date d'inscription : 29/04/2008

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Lun 24 Aoû 2009 - 16:39

Pfff, j'ai au moins trois posts de retard... Sad
Revenir en haut Aller en bas
http://laurencebarreau.pythonanywhere.com/
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Mar 25 Aoû 2009 - 14:36

Le troc eut lieu dans la grange. De loin, nous n’avions pas remarqué l’exceptionnel de cette bâtisse collée au pignon nord de ce qui semblait être la maison d’habitation. Pourtant c’était le plus important des bâtiments de ce qui se qualifie pompeusement aujourd’hui de « longère » et qui consistait alors en une suite d’appentis mis bout à bout, masures après taudis jusqu’au dernier et traditionnel penn-ty. De l’Ouest, par là où nous étions arrivés, rien ne laissait présager du modernisme de cet hangar, entièrement ouvert sur sa façade « sous le vent ». Son toit, tout comme le mur du fond, étaient également recouverts de cette même lèpre jaune orange qui gangrénait sur son extérieur l’entièreté du hameau. Les yeux de nos hôtes se levant enfin fièrement, nous indiquèrent ce qu’il fallait regarder dans le dedans de chez eux. Au-dessus de l’enchevêtrement de bois (grosses branches plutôt que poutres qui tenaient lieu de charpente), nous découvrîmes alors, ébahis, la richesse du lieu : le toit lichéné, vu de dessous, livrait son secret : il était entièrement réalisé en tôles fibro-ciment ! Imaginez le chef-d’œuvre, vous autres qui ne visiter désormais plus que les chapelles et les cathédrales ! Pas une seule gouttière dans cet espace qui représentait le cœur de cette ferme et que mon père avait depuis longtemps flairée dans cet étrange pays. Il émit un sifflet admiratif, Marc en fit autant et je me cachai honteusement derrière mon aîné car, à l’âge de dix ans, je ne possédais pas encore cette langue !

Comme dans toute campagne, cette grange abritait le capital de la ferme. D’abord, tout un étalage d’oignons séchant là orgueilleusement leur pâle blancheur comme ailleurs, imbues d’elles-mêmes, les riches moissons de céréales blondissent dans la pénombre des greniers. Puis, en arrière, pêle-mêle, tout leur matériel agricole ! Le tombereau bleu pétrole en premier qui nous indiquait également de ses deux brancards ce qui le sauvait désormais d’un pourrissement prématuré de son bois ; puis, un brabant réversible, une minuscule herse, une sarcleuse que rouillait également l’iode marin. Et encore, seule concession au modernisme, un tarare sans doute utile pour souffler les oignons. Mon impolitesse fut vite rachetée par mon père qui, par un haussement de sourcils m’expédia à la voiture en soutirer notre sac de jute. Il ne contenait guère plus alors, vacances obligent, que huit à dix malheureux kilos de patates, et encore, je vous dois cette confidence, pas mal de germées et autant de flétries. Heureusement, ces quelques désagréments n’effrayèrent en rien nos nouveaux amis.

On troqua les oignons contre les pommes de terre. On trinqua avec leur cidre. Pour nous les enfants, jusqu’à la lie du verre. On remercia en français. Nos paroles furent appréciées. La vieille se dirigea vers une imposante dune de sable qui, au fond du bâtiment, semblait s’être glissée sous le mur. Elle en collecta quatre énormes carottes qu’elle posa sur notre sac pour conclure l’affaire. Puis, le bleu ultra-marin de ses yeux nous regarda.
Je sens bien qu’arrivé à cet endroit de mon récit, je me dois désormais de confesser à mon lectorat un de nos plus pénibles secrets de famille. Je me doute, que delà où il repose désormais, mon père ne m’en voudra pas. Car, pour comprendre vraiment les choses, il faut vous avouer maintenant que les carottes étaient le talon d’Achille de mon père. Pas moyen d’en faire dans le jardin ! Ce n’était pas faute d’essayer ! Il avait cherché toutes les solutions. Rien ni faisait, ses rangs, dûment amendés, binés, arrosés, éclaircis ne produisaient que des canettes et pour la plupart, verrées ! Alors que là, on nous offrait des carottes à l’opulence de betteraves ! Mon père calcula intérieurement la qualité insoupçonnée de leur terre sablonneuse amendée juste à façon par un rigoureux mélange de fumier et de goémon. Il referma le sac sur ce trésor, salua la dame et ses deux garçons, recula les siens et promit : si nous étions de nouveau de passage dans la région, kénevo, c'est-à-dire, de revenir !

Au sortir du village, côté nord et donc goudronné cette fois-ci, notre Aronde ralentit respectueusement devant leur jument qui finissait un carré de choux. On gambergea un moment encore, comment en faisant le thon avec les bateaux d’Etel, la mer permettait d’amasser de telles fortunes. Puis, nous rentrâmes à la maison.

Seul résonna dans nos deux cerveaux enfantins et donc partant, toujours avides d’espoir, le verbe revenir que notre père avait prononcé !

(A suivre.)
Revenir en haut Aller en bas
Rosacée



Nombre de messages : 2122
Date d'inscription : 05/06/2009

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Mar 25 Aoû 2009 - 15:07

C'est toujours un régal à lire et le passage concernant le pénible secret de famille m'a fait beaucoup sourire. Je trouve ça plutôt mignon.
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Mer 26 Aoû 2009 - 15:35

La nuit demeure l’endroit propice aux rêves, je veux parler ici autant des projets que des réminiscences. Marc m’en informait le matin : dans son cauchemar, les parents avaient beaucoup parlé. Il me le relatait. Moi, je vivais tout ce bruit, (sans doute parce que je n’avais que dix ans), encore à la manière d’une berceuse dont il ne fallait pas s’alarmer.
-Tu comprends, ils ont parlé au moins jusqu’à minuit ! Plusieurs fois, Papa s’est mis en colère ! Qu’est-ce qui va nous arriver ?

Comme toujours, Papa avait son idée. Mais, elle était devenue d’importance. Aussi, pour la mieux réfléchir, le soir au lit, avait-il besoin de s’en entretenir avec Maman. Bien sûr, il avait raison puisque c’était Papa. Mais comme partout et de toute époque, le diable aura toujours besoin d’un avocat. Maman jouait ce rôle plus par amour que par conviction. C’est pour cela sans doute qu’elle se faisait si souvent rabrouer.
-Puisque je te dis et que je te répète que dans trois ans, on aura fini de payer la maison !
C’était l’argument massue, auquel son rôle la soumettait de se rendre, celui qui clôturait tous les soirs leurs débats et auquel nous n’avions plus qu’à souscrire pour oser enfin nous extraire de notre condition.


Je ne connais pas ce qui se passe dans les maisons des autres, et vous me direz sans doute que ce ne sont pas mes oignons. Seulement, certains, pour se payer un toit digne de ce nom n’hésitaient plus à embarquer pour des pêches hauturières, quitte à y laisser leurs vies pour quelques fabuleux poissons. La mode, en cette fin des années soixante, avait migré depuis l’île de Groix jusqu’au port d’Etel. Ces insulaires avaient fait courir le bruit qu’au large de côtes africaines gisaient de mirifiques bancs de thons et qu’à la criée de Lorient, ces bateaux aventuriers se retrouvaient recouverts d’or. Et depuis, de misérables paysans troquaient le temps d’une saison leurs sabots pour des bottes pour recouvrir leur pauvre passé de fibro-ciment !

C’est pourquoi, ce samedi matin-là, après deux mois de pénibles et nocturnes tergiversations, Papa et Maman s’étaient rendus à un rendez-vous du Crédit Agricole. Au vu des arguments, ce dernier se montra également sceptique. Mais quoi ! Qui ne risque rien, n’a rien ! C’était d’abord leur philosophie, et ils durent finalement nous en faire crédit !
Trois mille francs remboursables sur cinq ans !

Dès la toussaint, nous revînmes faire le plein d’oignons ! Ils nous attendaient car chez les bretons, l’armoricain est aussi curieux de son voisin. On troqua ce qu’il fallait troquer, on ingurgita ce qu’il fallait de cidre, puis, la veuve nous regarda depuis l’abîme de ses yeux afin que Papa puisse enfin cracher l’objectif de nos si nombreuses rencontres !


-Avec des sous ? S’exclama-t-elle en français alors que son fils qui semblait l’aîné lui avait chuchoté la chose à l’oreille dans un breton que nous ne comprenions pas. Papa hocha la tête, fier de son effet de surprise. Et c’est pour cela que tous ensemble, nous prîmes le chemin du marais !
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Jeu 27 Aoû 2009 - 15:01

Aussi curieux que cela paraisse, l’eau et le sable ne sont pas des éléments opposés. Regardez la plage à marée basse: quantités de flaques subsistent sur l’estran offrant aux crevettes et à d’étonnants mollusques venus du fond des temps autant de biotopes éphémères. Mais que vous-même décidiez d’agir sur les choses, ne serait-ce que pour les comprendre, alors, tout se passe autrement. Vous aurez beau déverser des dizaines de seau d’eau dans le bassin que vous vous étiez amoureusement aménagé sur cette même plage, celle-ci boit tout insatiablement. C’est que les flaques composées naturellement par la mer sont des clepsydres d’une autre échelle temporelle à vos patouillages enfantins. A votre différence, l’océan calcule l’éternité.

Les souvenirs sont comme cette écume qui stagne un temps au fond de votre ouvrage. Elle tente désespérément de témoigner des efforts fous auxquels votre rêve vous avait contraint. Puis, le vent l’emporte… L’immensité des dunes d’Erdeven agit pareillement. Au premier examen, vous pensez visiter une steppe forcément aride, vous vous en voulez d’être là, habitué que vous êtes aux sols imperméables du haut-Morbihan. Or, pour celui qui s’y attarde, qui s’y intéresse un tant soit peu, les dunes lui dévoilent alors leurs milieux humides. A ce moment-là, il ne faut surtout pas chercher à comprendre. Seul, le coassement abrutissant des grenouilles vous indique que dans ce semblant de vallon se tapit sous des herbes plus vertes un ruisseau, et que si vous le remonter, quel qu’il soit dans tout le labyrinthe que vous découvrez alors pas à pas, vous arriverez immanquablement au marais. Lui aussi vit à même le sable. Derrière ses remparts de joncs et de roseaux, il cache mystérieusement le domaine aquatique des hérons et des canards. Mais, ne cherchez jamais pour toute cette eau suspendue une compréhension, une issue quelconque, des échappatoires comme un estuaire sur la mer, un delta, un aber, quelque ria remontant à son secours. Tout cela n’existe pas. Comme dans les mirages, l’eau disparaît d’un coup vous obligeant désormais à croire à sa magie.

Le champ était un polygone informe dessiné dans la dune par les ruines d’un muret de granits. Par endroit, l’appareillage intact de ces moellons témoignait de la patience et du savoir-faire avec laquelle des anciens avaient édifié ces maçonneries sans le moindre mortier, quand d’autres portions éventrées nous renseignaient sur l’opiniâtreté du vent. Tout cela portait la marque de l’homme et de son amour de la rectitude. La franche virilité de ces sillons de pierre épousait obstinément toutes les courbes si féminines et indisciplinées de cette section de dunes et qu’il avait fallu un jour à tout prix délimiter. Car, il n’y avait absolument aucune différence dans la sauvagerie du sol à l’intérieur et à l’extérieur de l’enclos. Partout, les mêmes bosses et les mêmes creux se répondant aléatoirement, partout la même flore d’herbes sèches de chardons et d’aux sauvages. Sur l’est, une lande d’épineux avait mangée ces limites artificielles qu’on devinait malgré tout ramper sous la végétation. Au-delà de cette frontière naturelle s’étalaient, uniformément plates, les prairies, antichambres du marais !

Cinq mille mètres carrés ! Annonça l’homme au béret. Que de la bonne terre !

Disant cela, il ne pratiquait aucun humour, aucune ironie. Il sondait seulement cet étrange paysan qu’était pour lui mon père, un breton de l’intérieur, riche d’une voiture et sans aucun doute de terres opulentes, venu troquer du véritable argent contre du sable ! Marc marchait à grands pas le long des murs. Puis il regardait le ciel espérant y décrocher la formule géométrique sûrement apprise au collège et susceptible d’invalider l’assertion de notre vendeur. Mais depuis longtemps, les géomètres avait fait de leur science une exactitude inutile là où il s’agissait de conclure dans la diplomatie de l’à peu près. Le savoir de Marc n’entretint donc que sa propre suffisance. Car, fixer le moindre étalon, la moindre unité de référence que ce fut en surface ou en coût risquait à tout moment d’offenser l’un des deux protagonistes. Il y avait d’une part la valeur de ce morceau de dunes, élément ambigu représentant l’estime éternelle due à la misère de toute la paysannerie, fût-elle armoricaine, et, sur l’autre plateau de la balance, une somme habilement soutirée au Crédit Agricole, fait glorieux mais trop récent d’un ancien paysan mû désormais par l’ambition des investisseurs. Alors, la mesquinerie du cadastre, des notaires, gratte-sous autant que gratte-papiers, de tous ces commerçants qui calculent avec des chiffres, ne pouvait en rien ternir l’honneur de toper là, entre hommes, sous le ciel et dans la bourrasque fille d’éternité, sur notre futur terrain de camping sauvage et privé.


Dernière édition par Vic Taurugaux le Jeu 27 Aoû 2009 - 18:20, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Farouche

avatar

Nombre de messages : 3203
Localisation : Sud où il fait beau
Date d'inscription : 29/04/2008

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Jeu 27 Aoû 2009 - 15:43

Voilà. J'ai pu venir enfin me régaler de ces souvenirs qui m'ont convertie, le temps d'une lecture, aux vraies joies du camping, de l'océan, de la Bretagne, et convaincue que tu tiens là, dans ces récits, un livre Smile

Une seule chose restera un mystère : pourquoi, tandis que je te lisais en grignotant des tomates cerise cueillies ce matin, pourquoi, mais pourquoi Diable avais-je en tête "La belle de Cadix" que je n'ai cessé de fredonner ? scratch
Revenir en haut Aller en bas
http://laurencebarreau.pythonanywhere.com/
Tryskel
Miserere mei
avatar

Nombre de messages : 9703
Age : 69
Localisation : A l'Ouest d'Avalon
Date d'inscription : 25/09/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Jeu 27 Aoû 2009 - 16:26

Un régal Vic que ton histoire vraiment bretonne!

J'y retrouve cette Bretagne que j'ai connu enfant, dans les années 60 justement, encore "attardée" selon les critères parisiens, il fallait ne pas avoir beaucoup de moyens pour se risquer à y passer ses vacances. et l'eternel "Vous allez en Bretagne, mais il pleut tout le temps!"
Je me sent d'autant mieux dans ton récit que je connais les lieux dont tu parles...
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   Jeu 27 Aoû 2009 - 18:29

Merci de vos visites, elles m'aident beaucoup. En bonus, un dernier épisode avant que je ne parte en vacances, en Corse, à l'hôtel!
Mais, promis la suite dès la rentrée....






-Ca fait soixante centimes du mètre carré de terrain vague ! Me chuchota Marc dans la pénombre de notre chambre !
-Et alors ! Lui répliquais-je, scandalisé qu’il puisse aussi impunément se permettre de fourrer son nez dans les affaires de Papa.
-Alors ? Rien ! C’était pour dire !

Il existe un âge maudit où un poison diabolique s’insinue dans le corps des garçons. Et de cet âge, Marc venait d’en franchir le seuil. Ce poison, qui nous affectera tous un jour, peu ou prou est insidieux. Il se fraie clandestinement, à votre insu, un chemin vers votre esprit. Et alors, vous commencez, sans vous en rendre compte à mettre en doute la toute-puissance même de vos parents. Ce doute est un venin terrible qui donne des éruptions d’acné ! C’est pourquoi, j’étais encore plus triste pour mon aîné que je n’étais en colère ! Imaginer ne serait-ce quelques minutes que votre père ait pu se faire avoir dans une transaction ! C’était, si vous me permettez la comparaison, remettre en cause le bien-fondé du miracle des noces de Cana ! Car, et je le savais également, malgré sa communion solennelle, mon frère Marc discutait tout en l’expérimentant l’authenticité de ce miracle avec ses copains !

Nos parents étaient pour moi forcément des héros, même si pour la dernière fois, ils nous expédièrent encore durant tout le mois de Juillet 1971 à la colo de Kerdual. Peut-être, est-ce, lors de cette dernière semaine, ce genre de débat sur la foi que les enfants peuvent accorder ou non aux adultes qui dégénéra dans notre groupe de pré-ados. Je ne rappelle plus. Toujours est-il que tout cela déboucha sur une bagarre mémorable. Les monos eurent bien du mal à nous séparer tant les enjeux philosophiques nourrissaient notre pugilat ! On nous priva de tout, on nous menaça du pire tant la peur était grande que les parents s’offusquent de notre agitation et de tous nos bleus. Aussi, fut il finalement décidé comme purge générale que nous irions tous à confesse chez le Père Hyarrick, le dévoué directeur de nos vacances et de nos âmes et qui nous accueillait si charitablement tous les étés. A ce brave homme, quand ce fut mon tour, forcément exempt de péchés, j’exposai largement mes convictions de loyaliste ! Il ne les écouta que d’une oreille distraite ce qui m’étonna beaucoup. Ce qui m’étonna davantage fut la confidence de la Vérité qu’il lui était apparu. Un sage et gentil garçon comme moi ne pouvait néanmoins dispenser de si bons et pieux sentiments que par l’action de sa propre volonté. Dieu m’avait choisi comme porteur de sa Parole. Il me parla du petit séminaire de Sainte d’Auray qui était un excellent collège et où je pourrais dès la rentrée parfaire ma vocation de futur prédicateur ! D’ailleurs, à ce sujet, il allait avoir un entretien avec mes parents. Je ne pouvais bien sûr rien contester de cet honneur au risque du parjure et, constatant, en fin de soirée que nous étions au moins six nouveaux Messies en culottes courtes, j’attendis sereinement que Maman déficelle ce quiproquo. J’étais le dévoué de mon père, et cet apostolat comblait toute ma soif mystique, Dieu étant un seigneur et maître bien trop colossal pour moi !

Seulement, je crois vous l’avoir déjà dit, Maman n’apportait la contradiction à son vis-à-vis que par respect de ce dernier qui, par nature avait toujours raison. Autant dire que devant l’homme de Dieu, pour cette croyante, la défense du diable ne pouvait être fourner que par des arguments modérés. Et, si finalement, Dieu parlait par ma bouche, elle pouvait bien faire le sacrifice de profiter de moi qu’après les desseins divins! Le prêtre l’assura que je reviendrais bien entendu à la maison tous les quinze jours et l’affaire fut ainsi réglée. Ma stupéfaction d’être ainsi abandonné prenant valeur de bénédiction. J’apprenais alors à mes dépens comment on peut si aisément capturer le discours d’un enfant pour le transformer en son contraire. Ni moi, ni ma mère ne désirions pour le moins du monde être séparés, mais déjà à l’époque la crise des vocations obligeait à un recrutement outré. Mais, que voulez-vous, les loyalistes ne sont pas les mieux armés pour la rébellion !

Heureusement, s’ouvrait devant nous le mois d’Août et notre premier séjour dans notre nouveau camping de Kérouriec !
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Du camping et autres éléments de nostalgie.   

Revenir en haut Aller en bas
 
Du camping et autres éléments de nostalgie.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Du camping et autres éléments de nostalgie.
» La taille du Titanic comparée à d'autres éléments...
» Personnages et autres éléments de décor : pas cher !!!
» Quel radio et autres éléments pour mon bateau
» Soudure d'éléments en laiton et autres métaux percer polir..

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Présentation & Débats :: Paroles et débats :: Société, Politique-
Sauter vers: