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 Le petit chaperon rouge

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Le petit chaperon rouge

Le petit chaperon rouge

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MessageSujet: Le petit chaperon rouge   Le petit chaperon rouge EmptyDim 13 Sep 2009 - 13:41

Petite psychose entre voisins

C’était un samedi soir habituel pour la jeune fille asociale que je suis : je discutais avec un ami sur internet tout en réduisant peu à peu le volume du saladier rempli (à la base) de raisin…
Il devait être environ dix heures du soir lorsque ma sonnette m’appela. Intriguée, mais persuadée qu’il s’agissait d’un imbécile un peu trop alcoolisé s’étant échoué près de ma porte d’entrée, en bas de l’immeuble et ayant senti une inspiration soudaine à la vue de mon nom, je m’avance sans conviction à la porte. Tout en décrochant l’interphone, j’entends derrière ma porte un « c’est le voisin » plutôt rassurant. Avant d’ouvrir ma porte, je me rends brièvement compte de la stupidité qui m’habite en regardant avec consternation la pile de manteaux qui m’empêche d’accéder à « l’œil de bœuf » (nom fort poétique soit dit en passant) censé être installé pour plus de sécurité. En toute confiance, j’ouvre la porte, affublée d’une chemise de nuit marron et dorée relativement légère et du kimono qui l’accompagne pour en dévoiler un peu moins. Lui me fait face, dans un pantalon plutôt horrible et dont le tissu est digne des vieux films de cow-boys réalisés avec un (très) petit budget : rouge et blanc à carreaux, difforme et terminé par de grosses chaussettes blanches. Une fraction de seconde, ma tenue ultra-non-négligée pour aller dormir me rappelle la « coquetterie » et plus concrètement la grande superficialité dont je fais preuve même lorsque je suis seule. « Bonsoir, t’aurais pas des feuilles ? »… Des feuilles, intéressante façon d’aborder une conversation avec une inconnue croisée pas plus de 5 fois dans l’escalier. Menthe ? Thym ? Salsepareille ?... Moraliste, je réponds un « non je ne fume pas » sans appel. Un peu perdu, il s’agace de la situation et dans un élan toujours aussi donneur de leçon, je conclue qu’il serait peut-être plus sage d’arrêter. Trois minutes plus tard, je me dis que j’y ai été un peu fort et que pour tisser des liens avec ses voisins et rencontrer de nouvelles personnes (mon ambition du moment), il faut probablement éviter de faire ressortir les défauts de leur conduite dans les dix premières phrases échangées. Dans un tiroir, ma mère a abandonné un paquet de cigarettes dont elle ne se servira jamais puisqu’elle vient toujours avec celles soigneusement préparées pour son séjour. « Comment entrer dans le gouffre de l’enfer en une leçon », par Moi. Je fais deux pas sur le pallier, sonne, lui explique d’où viennent ces cigarettes. Il me propose d’entrer dans un endroit qui me semble encore moins rangé que chez moi. Étant donné mes vêtements, je refuse poliment, prétextant être « très occupée par une conversation msn en cours ». Parole anodine qui se retourne contre moi ! Il me demande si à l’occasion il pourra venir faire un petit tour sur internet pour une courte recherche. Souriante, je pratique la courtoisie du voisinage, et l’invite pour un café « à venir ». L’étau se referme, ou plutôt je le referme en préparant un instant café.

Le lendemain, je sors au parc pour réviser mon premier examen au soleil… Par réviser j’entends parcourir mes cours pendant 15mn et dormir durant 45… A mon retour, la porte du bas claque derrière mon passage et le temps de remonter les trois étages, j’entends un bruit de porte qui s’ouvre plus haut… J’aime bien ces petits moments où l’on sait que l’on va rencontrer ou apercevoir quelqu’un d’ici peu, mais qu’on n’a aucune idée de si on le connaît déjà ou non et qu’on ne peut se fier qu’à son pas pour le définir. Mon voisin d’hier soir, « oh hasard », affublé d’une casquette… « Bon alors le mauvais goût c’est récurrent en fait chez toi » ironise mon moi très direct dans un dialogue intérieur. En passant il m’interpelle « ça tient toujours pour le café ? », je lui réponds qu’effectivement ça « tient toujours » et qu’il peut passer tout à l’heure en fin d’après-midi.
Il arrive enfin, accompagné de son chat, un magazine télé, une boîte de café, un paquet de cigarettes rose et un autre beige… Sans me méfier je commence à sortir mes tasses, mais quand même, il emménage chez moi ou…? Très vite il commence à fumer avec insistance, enfumant d’une odeur de guimauve mon appartement qui jusque là, sentait l’encens à la cannelle sur lequel on me complimente si souvent et qui fait ma fierté. Puis, il tente une ou deux phrases de séduction vraiment très maladroites que je repousse en essayant de ne pas froisser son orgueil de mâle. Il me montre des photographies faites avec son portable : sa passion, des chats derrière une vitre … (les timbres ce n’est pas plus étrange me dis-je). Au passage, une photo de sous-vêtements de femme prise la nuit, devant la vitrine d’un magasin… « bah je suis un mec » précise-t-il pour se justifier. Bon, pas de jugement trop hâtif surtout, nous recommençons à discuter. Dès lors commence une logorrhée insoutenable et bizarrement attendrissante à la fois. Il me raconte comment il est tombé dans la drogue, l’alcool, m’affirme que ce soir il fume son dernier joint mais que justement, il vient d’aller chercher la substance qui devait lui permettre de concrétiser son envie et qu’il ne la retrouve plus. « Ah… euh j’ai de la chantilly aussi si tu veux en mettre sur ton café ! » Bref, je l’écoute, mon instinct de Mère Thérésa me taraude, puis il avance « tu veux pas venir m’aider à chercher ma boulette de shit chez moi s’il te plait ? »… Avec des yeux ronds, ma bouche n’émet qu’un « oui » qui m’engage déjà dans une action que je ne souhaite, ni ne peux accomplir pleinement. Me voilà chez lui, entourée de photos de femmes nues, de bouteilles d’alcool plus ou moins vides, de paquets de cigarettes élégamment disposés pour décorer son appartement « vraiment cosy »… On se sent bien ! C’est alors que je commence ma quête. Petite jeune fille de 18ans, je n’ai jamais été confrontée à de tels problèmes et ne sais même pas à quoi ressemble ce que je cherche. Je l’informe de mon inculture à ce propos et il me montre un je-ne sais quoi imitant l’objet convoité. « Bon, ben très bien, tu n’as qu’à fumer ça ce soir, c’est suffisant ». « Léger » moment de gêne lorsqu’il rétorque avec un regard d’incompréhension « euh ouais, mais ça en fait, c’est du chocolat »… Ne pas reconnaître du chocolat ! C’est vous dire comme j’étais perturbée ! Finalement il le retrouve, mais ça ne ressemble pas du tout à du chocolat ! Pire, ça a trainé dans sa chaussette, puis vers la litière de son chat bien aimé. C’est maintenant plein de poils et m’évoquerait bien plus une boule recrachée par un gremlins que du chocolat… De retour chez moi, il me demande s’il peut fumer « son précieux » à mes côtés… Pareille à moi-même, je lui permets par un « si tu veux » moyennement convainquant. A l’odeur de guimauve se mêle alors une odeur d’ail, d’oignons et de menthe aussi étrange que franchement désagréable. Mes yeux me piquent et j’étouffe peu à peu en regardant avec frénésie la pendule… Il est 21h00, j’ai cours demain, je ne suis pas lavée, pas shampoinée, pas brushinguée et pas non plus nourrie ! Quant à lui, il me dévisage d’un regard bovin et plus aucune parole ne semble lui venir à la bouche ou à l’esprit… S’il vomit sur ma moquette, je fais un scandale !
Une demi-heure plus tard, à bout, énervée et accompagnée d’une chose à forme humaine mais pas plus loquace qu’une vache en train de brouter de l’herbe, je formule une phrase plutôt claire et expéditive : « bon, tu parles plus… de toute façon demain j’ai cours, alors ce n’est pas pour te mettre dehors mais… ». Oui en fait en court et avec moins de civilité ça aurait donné « va-t-en ! ». Après « la scène du chat » désignant la pauvre bête qui s’agrippe à tout ce qu’il peut sous mon lit, il s’en va…Enfin ! Beurk, je cours à la fenêtre, définitivement guérie de la guimauve et de l’ail ! Ce soir, ce sera double-dose de shampoing, toute la boîte d’encens et je passerai le plus clair de mon temps à la fenêtre…
Et le soir, je reçois le premier message précédant une longue suite de messages que je reçois encore à ce jour. Quelle idée de lui céder mon numéro… Mon cher voisin m’informait que ça lui faisait « mal de dormir seul »… ça m’a fait une belle jambe comme vous l’imaginez. Je n’ai répondu que le matin après avoir pris le temps de me préparer et être partie en direction du lycée. Sans détour, je lui annonçais que pour ma part, j’aimais bien dormir seule. Déjà que je suis le genre de personne qui n’aime pas manger « avec » un inconnu dans l’avion lorsqu’on sert les repas, alors partager mon lit (et mon oreiller !) avec un être pour le moins étrange, évidemment perdu et un peu trop envahissant à mon goût, c’était inconcevable. Cette journée là, ce message fut « la blague du jour » et la réponse également. Mes amies n’en revenaient pas, pour elles, c’était évident que cela s’arrêterait là.

Le soir en remontant mes trois étages, je le croise toujours « par hasard », canette en main et avec un air un peu mou et surtout ailleurs. Sans faire référence aux messages de la veille, je m’informe sur le succès de son entreprise qui avait bien sûr déjà été loupée. Soit, je rentre chez moi et passe à autre chose.
Ce jeudi-là, je passais mon premier oral pour le bac, je l’avais prévenu et du lundi dans les escaliers, au samedi suivant je ne l’ai pas vu du tout. Mais les messages se sont faits de plus en plus insistants et après tout, ils ne me déplaisaient pas plus que ça. La raison était simple : il avait trouvé une motivation pour faire quelque chose de sa vie ou en tout cas essayer et c’était moi… Très étrange à dire, je le conçois, mais il m’envoyait un message pour notifier qu’il avait lu un livre, qu’il avait été voir un film. Bref, enfin, il me semblait vouloir reprendre goût à la vie… S’il était décidé, je pouvais l’aider. Après tout, c’est un peu difficile de laisser quelqu’un de 26ans se détruire tout seul comme un grand, alors que l’on n’est séparé que par un pallier. C’était décidé, je m’en ferai un ami, ou au moins un copain… bref je le prendrai sous mon aile.

Le samedi suivant, donc, soulagée d’avoir terminé cet oral, je l’invite pour un second café puisqu’il voulait en prendre un. Une condition : tout ce qui se fume reste hors de chez moi. Soit, il accepte et me retrouve dans « mes appartements ». Il était environ 21h00 et voilà qu’il arrive avec une petite assiette où sont posées 4tartines de confitures. L’une d’elles est faite par lui : de la confiture à la rose. Je ne l’ai pas encore dit, il était pâtissier, au chômage depuis 2mois environ. Intérieurement, je m’interroge, je ne sais plus trop quoi penser. Cet homme qui me semble plus être un jeune gamin perdu peut-il vraiment avoir eu un passé couvert de tâches, alors qu’il a cet air si innocent et doux ?
Nous parlons de l’amitié homme-femme en laquelle je crois honnêtement… tout ça pour lui répéter une fois de plus que je ne veux rien de plus. Nous parlons de nos relations passées, il cite les prénoms des filles dont il parle…sauf d’une qu’il ne veut pas me dire. Bon, je n’en mourrai pas je pense. Il me fait lire ce qu’il écrit, je fais de même et il s’extasie devant des poèmes qui n’ont rien d’assez exceptionnels pour susciter une telle réaction admirative. Mais à ce moment, je l’avoue, je suis surtout flattée et commence à me livrer et à expliquer ce dont je parle et surtout de qui je parle. Puis, très indélicatement, il me coupe, comme si ma conversation le gênait. Il se vante d’être un homme qui embrasse bien depuis son tout premier baiser… Naïve que je suis, je n’y vois même pas d’invitation, mais je le trouve un peu prétentieux d’affirmer quelque chose qu’il ne vérifiera jamais par lui-même. Il est persuadé de « tout connaître sur les femmes », ce qui me fait doucement rire bien entendu. Puis, telle une mauvais copie de Dom Juan, il s’avance gauchement jusqu’à moi et se pose là un instant… pas très longtemps car pour éviter la gêne éventuelle d’un rapprochement de lèvres rejeté, je fais un petit « glissement-retournement-retour sur ma chaise » tout naturellement et nous n’en parlons plus. Il va chercher sa guitare puisque je lui confie que l’an prochain, c’est certain, je tente de développer mon côté artistique à l’aide de cet instrument. Bien loin de m’apprendre quelques bases, il me dit qu’elle est désaccordée et n’hésite pas à la gratter de toutes ses forces pour lui faire crier des sons qui dans un film, annonceraient la fin du Monde. « Chut, il est tard, les voisins vont se plaindre » dis-je en faignant d’être apeurée par les autres voisins n’ayant pas donné signe de vie. Il cesse, c’est le principal. Puis il est tard, il rentre, mais avant il me dit que ça lui a fait un bien fou d’être chez moi et je suis heureuse car je sens que mes espérances se concrétisent. Après tout, je l’aime quand même bien malgré tous ses petits travers, car il reste un être gentil au fond. Il me laisse sa guitare « à dormir » et bien que l’objet soit inutilisable, je reste en admiration un bon moment devant son bois si lisse et brillant. Un autre message, pour me remercier et dire qu’il a pris goût à nos petites discussions et que maintenant, il en voudra encore d’autres… Je suis sereine ce soir-là et je ne sens pas du tout que la situation dérape peu à peu.

Le lendemain, je travaille de nouveau, mais j’ai besoin d’air… pas n’importe lequel : celui de la patinoire. Ancienne patineuse que je suis, j’ai retrouvé depuis peu les plaisirs de la glace et y vais pour laisser mes pensées négatives ou stressantes sur ma compagne claire et fraîche. Mon voisin m’interroge sur mon activité et lorsque je réponds que cet après-midi je sors, il veut savoir où … une balade ? Je sens l’étau se resserrer, je lui explique mon projet mais ne l’y invite pas… j’aime y aller seule et il faudra qu’il le respecte. Je m’en veux un petit peu de l’abandonner à son triste sort, mais après tout nous avons passé la soirée ensemble, c’est bien suffisant. Tout à coup, la sonnette retenti… c’est lui, il est venu récupérer ses cigarettes dont il pensait pouvoir se passer la veille car il était bien. J’ai bien compris le sous-entendu : « tu ne veux pas passer de temps avec moi, donc tu ne m’aimes pas, donc je vais mal, donc je fume ». Je lui rends et il me répond sans un regard, « bon ben à je sais pas trop quand alors »… Après une petite heure, un brin de culpabilité et un peu trop de travail pour m’accorder une après-midi entière dehors, je lui propose une partie de console mais je viens chez lui et ne reste pas plus d’une heure. Je lui rapporte sa guitare, j’ai bien compris que tout était prétexte pour revenir chez moi, alors je préfère ça. Je lance une ou deux fléchettes (oui, de façon assez ridicule), puis m’attarde sur la décoration très alcoolisée … je lui fais remarquer que malgré tout, il semble se complaire dans son malheur d’une certaine manière. Puis je m’amuse avec une balle antistress posée sur la table au milieu d’un fouillis d’affaires en tout genre. Je commence à raconter avec nostalgie que mon père m’en avait ramené une en forme d’avion lorsque j’étais petite. Je m’interroge alors sur la forme de celle-ci… je reste perplexe trois secondes, une idée étrange me vient la quatrième, qui se confirme à le cinquième… oui, oui, c’est bien ça : une boule antistress en forme de testicules. C’est tout à fait charmant ! Je repose mon petit jouet qui m’interpelle un peu et vais rejoindre le canapé. Nous discutons de nouveau et son ton monte lorsqu’il évoque un tatouage dont je voulais connaître la représentation puisqu’il était placé dans un endroit « à ne pas montrer à tout le monde ». Un prénom féminin… étant donné son énervement soudain je me remémore la scène du soir précédent, lorsqu’il ne voulait pas dévoiler l’un des prénoms de ses conquêtes. Soit, je n’avais pas compris et après tout, c’était pour parler… mais je sens qu’un malaise s’est installé en lui. Indéfinissable…
Puis il me demande de l’aider à mettre sa couette à l’intérieur de son drap… j’entre dans son antre secret. En plein « travail » je lève la tête et là… mon regard croise une affiche faite par lui, bandée de scotch et vraiment très longue. « C’est mon monde de rêve, regarde pas » m’annonce-t-il avec un temps de retard. J’ai eu le temps de voir une vingtaine de pénis entourant la tête d’une blonde déjà très occupée avec celui d’entre eux qu’elle avait élu dans le « bouquet ». Décidément, c’est vraiment un petit nid douillet chez celui-là ! Et comme si je l’avais supplié d’en connaître plus, il me dit, « bon allonge toi, tu peux regarder si tu veux… ». Alors, d’abord, je ne vais pas dans ton lit ! Ensuite, si tu crois que tu vas me donner des leçons sur le pourquoi du comment contenter un homme en imitant les barbies pornos… non merci, je t’ai pas attendu pour m’informer. Enfin… de toute façon je viens de voir qu’il y avait une autre affiche sur le mur juste à côté de toi et que si celle-ci ne montre pas de tête de blondasse au 95Z « parfaitement naturel », elle a au moins « l’avantage » d’accrocher le regard avec l’image d’un énorme téton placé juste au milieu. Je complimente le meuble en bois et « ohhh il se fait tard, j’ai encore de la philo à réviser… » .
Enfin chez moi, sans testicules, sans pénis, sans tétons ! Franchement, j’aime encore plus ma décoration sino-africaine… et non, non tout ce qu’il y a chez lui ne me manque pas. En tout cas, il a arrêté le shit et l’alcool à défaut d’avoir arrêté la cigarette… tant mieux ! Mine de rien, tout est déjà beaucoup moins plaisant tout à coup. Son univers est malsain, je veux bien l’inviter dans le mien, mais pas aller dans le sien !

Enfin ! Enfin j’ai les résultats tant attendus : je suis prise dans l’école où j’avais envoyé mon dossier. J’envois un message à quelques personnes, puis à mon voisin puisqu’il m’avait demandé de le tenir au courant. Tout content il continue la conversation, puis me demande s’il peut venir faire une « recherche internet rapide »… Bonne pomme, je réponds positivement, « mais attention, je dois réviser donc pas de bruit ». Hmm bien sûr, surexcitée par la nouvelle, c’est moi qui parle… Il est très heureux que je reste dans cette ville. « Ah, non par contre ça ce n’est pas encore certain… ». Tout à coup, j’ai droit à son regard de perdu, il panique et me demande de m’expliquer. C’est très simple, un concours approche, si je le réussis, il est possible que je doive partir. Décontenancé et sourd à mes explications, il me dévisage derrière ses petites lunettes. Il ne m’écoute plus, il est en pleine réflexion intérieure, jusqu’au moment où il me soutient qu’il serait dévasté si je partais d’ici. Toujours partagée entre attendrissement et représentation de sa folie, je réponds évasivement.

De mon côté je multiplie les coups de téléphone anxieux et ciblés sur mon voisin, mais la prison a ouvert ses portes car déjà je me sens épiée. Il décide de réparer son vélo après cela… Primo, je ne l’ai jamais vu sur un vélo, secundo il choisi de le réparer sur le pallier alors qu’il aurait la place chez lui. Or, si l’on n’entend rien d’un appartement à l’autre, on entend tout du pallier à un appartement… Mais il me semble que je fabule, il n’est probablement pas collant à ce point. Et les messages continuent… bizarres, incompréhensibles. Sur les conseils de tout le monde à qui j’en parle, je devrais abandonner tout espoir de le voir changer. D’un autre côté, si je fais ça, je ne vaux pas mieux que tous ceux qu’il a rencontrés auparavant… je suis partagée, mais je sens que je m’asphyxie tous les jours un peu plus. Je trouve un compromis : j’arrête de le voir constamment. Cependant, c’est là que je me rends compte que je ne peux pas car je suis déjà prise au piège. Il instaure une habitude cette deuxième semaine : venir sonner chez moi à 21h environ… Pour tout et rien… l’emprunt d’une bougie, une « recherche internet » (comprendre, une recherche concernant des présentateurs télé), me demander du basilic… Je tente de me raisonner en me disant qu’après tout il me prend 10minutes de temps par jour et qu’il en est content. Mais cela me pèse, il sonne au moment des repas car je mange tard, ses excuses sont nulles et m’agacent de plus en plus …
Un soir, une tactique proposée par ma mère s’orchestre naturellement : le téléphone sonne alors qu’il sonne lui-même à la porte. C’est ma sœur aînée…Victoire. Je décroche avant d’ouvrir. Une fois la porte ouverte, je dis silencieusement bonjour et montre le téléphone en faisant mine de ne pas pouvoir interrompre mon interlocuteur. Comme l’aurait dit ma mère, « là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir » ! Je vous assure qu’il a du ressentir une quantité folle de plaisir à cet instant, car il est entré « comme dans un moulin » et a patienté jusqu’à la fin de ma conversation. J’étais sciée… ça y est, j’étais mariée depuis 20ans, mon mari venait vérifier que je n’ai pas d’amants… Non je n’invente pas. J’avais évoqué un petit jeu auquel je m’adonnais avec mon voisin d’en face. Un genre de « tu me vois, je te vois » qui s’était récemment soldé par un signe de sa part… Eh bien, il a été se poster à la fenêtre, soit pour montrer que l’Homme (au pantalon à carreaux rouge et blanc) défendrait son territoire, soit pour guetter son « concurrent » que je ne connaissais même pas ! Que me voulait-il encore ?! Je raccroche à contrecœur, et lui tire une tête longue comme un jour sans pain… Alors, non seulement son excuse était toujours aussi nulle, mais en plus elle avait abrégé la conversation que j’avais avec ma sœur qui m’appelait de Guadeloupe ! Il voulait que nous regardions le sketch de Franck Dubosc… Rhhhaaa j’hésite : arracher ses cheveux ou les miens ! A l’occasion il faudra que je lui laisse le texte de Shopenauer à propos des porcs-épics et de leur façon de vouloir vivre ensemble tout en se laissant un espace nécessaire à chacun… Lui, il avait des pics démesurément longs et blessants !
Nouvelle résolution : une tactique mûrement réfléchie ! J’irai désormais prendre ma douche à 21h… en entendant l’eau couler, soit il ne sonnera pas, soit je ferais mine de ne pas entendre… c’est plausible, ça me plait ! Ensuite, il ne viendra pas sonner après 22h, alors je prends mon temps pour me chouchouter…comme jamais ! Et le sèche-cheveux, c’est fantastique, long et ça fait du bruit ! « Ma superbe » technique est vitre percée à jour par l’envahisseur et dès lors, il vient vers 17-18h… Pire, il vient plusieurs fois et les messages affluent toujours autant.

Un soir, je remarque qu’il se bloque devant un photographie de mon meilleur ami Alexandre… il soupçonne quelque chose entre nous et lorsqu’il remarque que l’accusé en question tente de me parler sur msn alors que je suis en hors ligne, il le prend de haut et avec amertume m’informe qu’il va partir et me laisser parler avec lui. Son regard est celui d’un époux trahi par sa compagne qui lui demande de quitter la pièce pour rejoindre son amant. Tout prend une dimension de plus en plus folle… Ma mère s’affole de son côté, Alexandre me conseille de le laisser tomber car ce genre de personnage pourrait être violent envers moi ou n’importe quelle personne de sexe masculin entrant dans mon appartement… J’ironise toujours sur ces récits dramatiques et me refuse à couper les ponts d’une telle manière. Puis un soir mon voisin vient avec un paquet de cigarette beige en main… Il me le tend et là, horreur : il a écrit de nombreux petits poèmes, a repris des phrases que j’ai moi-même prononcées, a découpé des coupures de magazines parlant de « concours de lettre d’amour ». Le pire de tout reste le support du plus long poème : le bout du rouleau adhésif que j’avais utilisé le dimanche précédent pour décoller les poils de son chat sur mon pantalon. Prise d’un peur vraiment bizarre et incertaine… je me persuade que j’interprète peut-être mal. Mais non, je commence à paniquer… il est à deux pas de là, il attend sûrement une réaction de ma part… rien n’est explicite en même temps. C’est quoi ? une déclaration d’obsession ? En bref, je me jette avec angoisse sur mon téléphone et appelle…Alexandre ! Pour lui, c’est évident, ce type est un malade pur et dur comme on n’en fait plus… « Ah c’est une bonne nouvelle… ». Il me conseille de m’expliquer avec lui, mais 1) que ce soit dehors. 2) que nous soyons entourés de gens. 3) que je l’appelle en rentrant. Bonne idée, je me précipite vers des vêtements, envoie un court message aussi fluide que possible et lui donne rendez-vous 15minutes plus tard. Il est d’accord et m’attendra « aux boîtes aux lettres ». Finissant mon café je regarde à la fenêtre… Il est là, avec sa casquette et son air penaud… Il n’est pas aux boîtes aux lettres, il attend le dos au mur trois étages plus bas et de là, il peut me voir me dis-je. Je m’éloigne de l’ouverture de ce donjon inhabituel où le psychopathe remplace le beau prince charmant et son cheval blanc. Je descends, excitée, énervée, peureuse… j’appréhende déjà. Je l’aperçois enfin. Il ne s’est pas séparé de son air tendre et abandonné qui cherche désespérément un regard de reconnaissance dans les yeux de ses semblables. Nous sortons et marchons vers une grande place fréquentée jour et nuit. Comme cela arrive parfois, je délaisse brutalement mon côté timide en me persuadant que de toute manière, il faudra que je le dise. J’attaque ma proie ou plutôt mon prédateur que je tente de cerner. Je m’agace, je veux une explication : pourquoi tous ces poèmes, pourquoi tous ces messages ? en fait-il autant avec ses amis masculins ? Mais il a réponse à tout. Il me répète qu’il a déjà vu des films où des amis se serraient dans les bras, se disaient de belles paroles sans pour autant qu’il y ait derrière une envie sexuelle. Mes arguments se confondent… et si j’interprétais mal et que l’esprit tordu, ce soit le mien ? Je ne peux m’empêcher un parallèle décalé : mes poèmes traitent de quelqu’un d’autre effectivement, mais si je les ai écrit c’était pour me vider d’une obsession qui m’envahissait et ne laissait de place pour rien d’autre… était-ce son cas ? Sa réponse reste floue, incompréhensive. Comme pour me rassurer là-dessus, il me parle de l’une de ses ex qui lui a écrit une lettre qu’il connaît par cœur. Il me la récite…euh que dire ? Quel rapport ? Nous parlons et je m’insurge lorsqu’il a le malheur de me dire qu’ « on peut passer une nuit d’amour sans faire l’amour ». C'est-à-dire parler sur un lit puis s’endormir innocemment… « Et ensuite je te regarderais dormir ou tu le ferais si je m’endormais avant toi ». « Mais il y a un truc que tu n’as pas l’air de comprendre : j’ai déjà regardé quelqu’un dont j’étais amoureuse dormir effectivement. Mais lorsqu’Alexandre dort, même dans une position ridicule…il dort et voilà tout. En clair je ne me sens pas transportée parce que je peux l’observer au gré de ma fantaisie. Il est inactif (sauf lorsqu’il gigote) point à la ligne. Tu vois la nuance ? ». Sa tête de mule semble à peine écouter ce que je dis. Telle une vrais passoire auditive il entend ce qu’il choisit d’entendre. Il me soutient qu’il n’est ni amoureux, ni trop accroché, ni obsédé… qu’il n’y avait aucune mauvaise intention dans ses propos ou ses écrits. J’ai envie de le croire et je le fais.
En rentrant il me lance un « alors on dort pas ensemble ce soir ? »… Réponse négative, mais il reçoit une invitation à boire du thé pour compenser mon refus. Il me fait une demande : l’accompagner à la fête de son école primaire dans laquelle il n’a pas été depuis des années. J’hésite, c’est le samedi qui suit et je ne suis pas vraiment certaine de vouloir me lever… je pose une réserve tandis qu’il me dit que sa sœur qui est enceinte ne peut par conséquent pas venir facilement… En conclusion, il m’invite telle « une sœur de substitution » dirons-nous. Ca me va déjà un peu mieux! Une idée me trotte dans la tête : il pourrait revoir d’anciens camarades, pourquoi pas changer son réseau d’amis tout aussi rongés que lui par la drogue. Dernier arrangement signé : s’il veut que nous nous fréquentions encore, il faudra qu’il voie parallèlement d’autres filles… sinon, il s’accrochera par défaut, c’est certain ! Avant de partir, il m’assure que les messages se feront moins oppressants à l’avenir. Soulagée, je referme la porte et rassure Alexandre.

Deux jours plus tard, j’accepte… « Génial ! Et au fait, je peux venir faire une recherche internet rapidement ? ». Lorsque je lui propose un thé, il acquiesce, mais veut choisir sa tasse… Un peu déconcertée, j’ouvre le placard. Il attrape la plus grosse : une tasse de mariage de mes parents (de la taille d’un verre à bière tout de même !) qui est bien moins attirante que mes jolies petites tasses colorées (et qui sont assorties à mon abat-jour ! Youpi). Cette tasse n’était même pas la plus accessible… je devine que c’est pour rester le plus longtemps possible. Il m’interroge, c’est l’heure du retour de mon cher et tendre mari : « quelqu’un est venu chez toi hier soir ? »… mal à l’aise je réponds « euh…pourquoi ? » avec peu d’assurance. Très calme il répond qu’il a cru apercevoir quelqu’un hier soir à ma fenêtre. Première nouvelle, il regarde à ma fenêtre, donc il poirote dans la rue en attente de mes faits et gestes. Deuxième nouvelle, je dois réduire ma vie sociale (déjà peu fournie) à néant. Puis une copine m’appelle, mais je ne prononce pas de prénom ou de dénominatif clair. Quelques paroles plus tard, un lien musical échangé et un « je suis pas seule tu ne peux pas venir » implicite, je raccroche. Mon mari bien aimé me questionne « c’était une copine à toi ? »… La moutarde monte au nez ? Eh bien lui aussi ! Je réponds un « non c’était le père noël » coupant court à ce début d’interrogatoire déplacé. Je finis le « rendez-vous » en regardant des photos de famille qu’il m’a apportées. Je note un complexe d’infériorité par rapport à son cousin qui a « tout réussi » et une nostalgie certaine. En même temps, il me paraît content que quelqu’un partage ses souvenirs : sa première tenue de pâtissier, son neveu, etc… Une chose me dérange depuis le début : il ne cesse d’aller aux toilettes. Je l’arrête en plein élan, prétextant « un foutoir innommable » dans ma salle de bain. En réalité depuis le début, je déteste qu’il visite cette pièce alors qu’elle regorge de sous-vêtements en train de sécher. Un pas de plus vers l’impolitesse, mais il accepte et va se soulager chez lui (de toute façon qu’est-ce qu’il m’énervait à ne jamais rabaisser la lunette… un vrai petit couple routinier vous dis-je !). Il me redemande pour son école et je confirme me venue. Soit, à 9h15 ce samedi.

Le vendredi précédent notre visite, il redouble son niveau gluant et vient me solliciter trois fois entre 16h et 21h… A peine suis-je revenue de quelques courses qu’il m’entend rentrer et vient sonner… Pourquoi ? Je vous le demande. Premièrement, il me dépose ses bulletins de primaire. Que dire, à part que ce n’est pas brillant ? Une seconde fois il vient me déposer l’adresse e-mail de sa voisine « pour que tu lui demandes si ton voisin est un mec bien qui rend les sous qu’il emprunte »… Moi qui ne lui avais rien demandé à propos des 10euros en question je réponds que « je n’ai besoin de personne pour me former une opinion », mais il y tient, il me le laisse… Et il revient… Pour tout vous dire, je pense que je suis une fille assez expressive de visage : je suis heureuse ça se voit, on m’insupporte, ça se voit encore plus. J’ouvre donc, maudissant ma sonnette, mon voisin et toutes les écoles primaires de ce monde. « Eh j’ai une photo de mon école primaire viens voir, c’est sur le mur de ma chambre ». Je rétorque de toute manière je verrai l’école dès le lendemain… je m’intéresse à l’intérêt inexistant de cette visite déplaisante. Il ne laissera pas tomber, j’y vais… Je suis comblée par des commentaires inutiles « alors là tu vois ce sont les toilettes, mais ça fait plus de 15ans ça a peut être changé depuis ». C’est formidable vraiment ! Enchantée par cette « superbe » découverte d’une cour banale et de toilettes supposées dans l’angle du bâtiment « A DEMAIN ! ». Ah je regrette déjà, j’espère que ce ne sera pas vain et qu’il rencontrera au moins quelqu’un… petite prière au passage puisqu’il le faut.
Ce soir là je passe une longue soirée internet à discuter de tout et de rien avec un internaute que j’ai rencontré il y a peu. Une conversation plaisante comme je n’ai pas avec mon voisin ! Dernier message avant de rejoindre mon lit : « demain c’est notre troisième sortie ». Quoi ? il veut organiser une fête pour cette occasion stupide ou… ? Mais ça y est je remarque qu’il m’obsède en m’énervant à ce point ! En clair, je m’attarde sur internet et me couche tard. Cette heure tardive est le premier facteur de mon énervement du lendemain. Soit je n’ai plus cours en attendant le bac, mais ce parasite énervant m’oblige à me lever tôt (tout est relatif) un samedi ! Les cernes me font redoubler de fureur, je m’apprête, je sors et le croise. Il m’énerve déjà. Je commence alors à donner dans l’infecte comme jamais et une fois en bas je lui aboie « tu m’as dit qu’il fallait 10minutes pour y aller, si on en met 11 je hurle ». Énervé par mon comportement il me répond que si c’est pour être comme ça, ce n’est pas la peine de venir. J’en remets une dose : « eh je me suis pas levée pour tes fesses pour retourner me coucher maintenant ! ». Il se tait, on parle à peine et je vois son regard se poser indiscrètement sur n’importe quelle paire de fesses féminines que l’on croise. Mon dieu qu’il m’exaspère, quel rustre, quel frustré, quel…
Arrivée à l’école, je me pose là et pratique le sport féminin le plus en vogue : la boude. Nous patientons et j’apprends qu’il ne s’agit pas d’une fête des anciens comme je le pensais, mais d’une fête de l’école ! Aucune chance qu’il y rencontre qui que ce soit. Je boue intérieurement et mes oreilles émettent de la vapeur. Une petite leçon de vie au passage : les spectacles d’enfants c’est sûrement très bien lorsque sa progéniture fait partie du lot. Mais sinon il n’y a ABSOLUMENT aucun intérêt. Un mal de tête me prend et il veut à tout prie être très près des baffles : en définitive, je suis aux anges ! Les enfants entrent en scène accompagnés de…tambours ! Fantastique, sublime, on n’aurait pas pu imaginer plus horrible pour me faire exploser. Mes nerfs ont besoin d’air, je m’éloigne au fond de la cour et réfléchit. Bon, j’admets que je suis odieuse, il faudrait que je me calme. Nous repartons, passons au marché et il redevient « charmant » tandis que je redeviens moi-même.
Au retour, nous prenons un café chez lui, la colère est retombée. Il me gratifie tout de même d’un « moi mes dvd pornos j’y suis accro » qui m’afflige un peu avant de me dire que sa frustration devrait m’obliger à une tolérance maximale à ce niveau. Je remarque néanmoins qu’il se décide enfin à ranger son appartement et à le faire sentir bon, probablement dans l’attente d’une visite… la mienne ? L’après-midi je suis tranquille et vers 18h il me propose de trinquer au thé. « User mais pas abuser » cela évoque-t-il quelque chose ? Pas à son niveau non. Je réponds que pour ce soir j’ai déjà des projets (retrouver mon copain internaute c’est un projet non ?) et que nous avons passé suffisamment de temps ensemble aujourd’hui. En réponse : « bonne soirée » un peu déçu, suivi d’un point d’interrogation sur la personne avec qui je passerai ma soirée… L’homme des poèmes ? Excédée par son style de porc-épic envahissant, je fais la morte et poursuis ma soirée de révision et d’internet.

Enfin les examens commencent, le stress est à son comble et il continue à venir me voir chaque soir. Je suis embourbée dans cette situation et tente toujours de relativiser pour me concentrer sur « autre chose ». Chaque soir il m’interroge sur mon épreuve du jour. C’est plutôt gentil, c’est juste. Mais c’est toujours autant un prétexte énervant.
Dix minutes avant mon départ pour le bac d’espagnol j’entends sonner. Ce bruit est devenu l’annonce de l’apocalypse dans mon esprit. J’ouvre avec ma tête des grands jours. « Oui ? », « Hé salut, tu veux pas m’aider à me raser les cheveux ? ». Quoi ? il se fiche de moi ? Et avant de me connaître il faisait comment ? Son père apparemment, mais puisque je suis « son amie » et que je suis là, c’est plus simple que ce soit moi. Bien sûr, à la pleine lune pour qu’ils repoussent moins vite et sans vêtements tant qu’on y est ? Je suis sur le point de partir et ce détail met fin à la conversation.
Quatre heures plus tard, je suis enfin de retour : épuisée, affamée et surtout soulagée… Je redoutais cette épreuve et la voilà déjà à ranger dans la case souvenir. Je ferme la porte et sans avoir eu le temps de terminer de ranger mes courses, monsieur m’envoie un message. Il veut absolument que je m’occupe de ses cheveux lorsque je serai rentrée. Bien sûr, il sait que je viens de revenir. J’explose une fois de plus et lui confie tendrement que ses cheveux ne sont pas ma priorité, que je ressors d’une épreuve et que vraiment ses cheveux je m’en fiche comme ce n’est pas possible ! Il ne se vexe même pas, je suis à bout… au lieu de ça il sonne et m’apporte une branche sur laquelle il a cloué trois fleurs de couleurs différentes. Il s’excuse et ajoute « je sais que normalement on offre ça à sa petite amie et pas à son amie mais voilà je ne suis pas délicat c’est tout ». De nouveau il m’envoie en pleine face une vague de culpabilité… Je reviens à de meilleurs sentiments.

Alors que j’ai enfin terminé mes épreuves, il frappe (oh surprise). « Pour me faire plaisir » il a décroché son affiche perverse et me l’a emmenée pour que j’ai tout le temps de l’admirer puisqu’elle semblait m’intriguer. « Non, non sérieusement je n’y tiens pas »… Mais il insiste et m’assure que je peux la garder toute la semaine même. Toute la semaine ? Non mais ça ne va pas. Un ami est censé passer dans la semaine, je ne veux pas qu’il tombe sur ça ! Il revient plus tard « Alors tu l’as regardée ? »… « Nooooon, mais si je le fais tu la reprends ? ». J’observe avec « intérêt » ses places de concert pour aller voir Johny Halliday, ses photos de Zidane et bien sûr la suite logique de « madame et son bouquet romantique ». Enfin il s’en va !

Il ne me reste plus qu’un oral et un concours avant d’être officiellement en vacances. En attendant, je pars faire les soldes pour me détendre. Loin de chez moi et de l’omniprésence de mon voisin. Cet homme-là, c’est un genre d’anti boule antistress finalement. Je me prends à rêver de quitter cet appartement l’an prochain, de changer de numéro… et pourquoi pas de nom de famille ? Il me hante, hier soir il m’a envoyé un message pour me demander mon numéro de fixe… Mais je n’ai plus aucun scrupule à le laisser sans réponse, je m’en fiche éperdument même… En rentrant après une « dure » après-midi, je contemple avec satisfaction les affaires effectuées lorsque… Je sursaute : mon téléphone annonce un message. « AHHHHHH ». A cet instant précis je n’ai plus qu’une aspiration : changer d’identité à tout prix. Je préfèrerais même devenir un poulet, un cochon, une plante… peu m’importe. Mon envahisseur veut que je frappe chez lui car il a quelque chose pour moi. Il ajoute qu’on est « des fous » que je lui ai envoyé une centaine de message depuis que je le connais. C’est normal, il faut bien répondre puisque tu as dû m’envoyer le double ! Je réponds sans détour un « Arrêteeeeeeeeeeeeee je ne veux pas de cadeau, j’en ai marre tu continues à m’envoyer des sms tout le temps, à venir tout le temps, on n’est pas obligé d’être collés 24/24h ! ». Disons que ça aura eu le mérite d’être clair ! En réponse tout aussi courtoise voir même mieux, je reçois « ta gueule. Adieu ! » Et le cadeau en question était une plante ! Peu après il continu : d’après lui un jour il m’offrira une orchidée et fini son message en me traitant de « connasse ». Charmant, le dossier est rangé.
Il sonne pour me rapporter mes affaires. S’il espérait des excuses il a du être déçu. Je lui ai simplement rendu les siennes et ai sèchement refermé mon monde, sans même un regret.
Plus tard dans la soirée, il s’excuse déjà avec ce petit côté schizophrène absolument pas touchant et me remercie d’avoir été son « ©rayon de soleil de juin ». La fameuse question qui le turlupine terminait son message : ce bénéfice avait-il été réciproque ? Levant les yeux au ciel, je me répétais qu’il avait bien plus été l’ombre du rayon de soleil qu’autre chose pendant ces derniers temps, sans lui, ma vie aurait été aussi illuminée que la ville d’Hawaï. De plates excuses me furent faites quelques heures plus tard, il paraissait passer par tous les sentiments, mais cela ne m’importait plus du tout.

Le lendemain il tenta de sonner, bien conscient que j’étais là malgré le fait que je ne réponde pas. Les messages s’arrêtèrent soudainement jusqu’au jour où… Il frappa chez moi après plusieurs jours d’inertie (de liberté oui!). La pitié m’avait reprise, néanmoins mêlée à la colère de m’être faite insulter… Ce mélange donna un gâteau de courtoisie un peu sec. Il tenait dans ses mains deux pots, l’un vide, l’autre plein. Il me proposait celui que je préférais : le vide nécessitait mon attention pour faire pousser l’orchidée qui y séjournait et le plein présentait déjà fièrement une belle orchidée qui n’attendait plus que des soins d’entretien. Abasourdie, je le regardais avec affliction et refusais l’offre. Il tentait par suite de me persuader que « conasse » était un des « petits noms » qu’il donnait à l’une de ses ex. Ravie de l’apprendre, je le remets en place, fais ressortir sa mauvaise foi et termine ma tirade sur une accusation hypothétique : « Et le jour où je te dirai un mot de travers tu me mettras une patate et on n'en parlera plus ? ». En détournant ses yeux verts il m’assura qu’il ne frappait pas les femmes… ni les hommes d’ailleurs. Remarque intérieure : a-t-il approché un humain de sexe féminin (mises à part les filles de sa famille et moi-même) dans les 4ans précédent notre rencontre ? Probablement pas ! Quant à moi, c’est une erreur de parcours de ma part. Mon radar « attention danger » devait être légèrement en panne lors de notre rencontre (ou a-t-il jamais existé ?). Là n’est plus la question, au point où j’en suis, j’ai envie de le jeter lui et ses saletés d’orchidées par la fenêtre. Il s’inquiète : dois-je avoir un délai pour me remettre de ces insultes ? Ne serait-ce pas plutôt le « Adieu » qui m’a traumatisé ? Finalement je conclue que l’expression « il se la raconte » s’adapte très bien à la situation de mon cher voisin, quoique l’expression de base soit dénaturée. Il prend les éléments de sa vie, les réactions de ceux qui l’entourent et les interprète de nouveau à sa manière. Je clarifie les choses pour sa seconde demande « non, non, c’est le « conasse » qui n’est pas passé… va savoir pourquoi ! », pour ce qui est du reste, ma foi je ne sais pas et je ferme la porte en rehaussant ma réponse d’un mouvement de sourcil.

Je tente de reprendre ma vie ! Mais mon voisin c’est un peu comme un abonnement à un magazine : on continue à vous harceler de publicité lorsque vous tentez de vous désabonner et il faut plusieurs mois pour aboutir. J’ai donc reçu une « publicité » peu après. Pour citer des chansons, disons qu’il m’a fait un petit mix de « je t’attends » et « ne me quitte pas » me semblant nettement déboucher sur « love me, please love me ». Puis il divague de nouveau, me promet qu’un jour je voudrais le savoir sous un arbre et que je lui couperai la tête et le bras avec un sabre… Et surprise, il m’avoue comme il l’aurait fait devant un tribunal qu’il a déjà battu une femme, qu’il a payé une grosse amende pour cela et qu’il a fait de la prison. Je ferme ma porte à triple tour et m’en éloigne…loin, loin très loin. Heureusement, je n’ai plus de crédit et ne suis pas tentée de lui répondre.
Mais le lendemain, il continue… pire, il oublie ! Il voudrait que je le dépanne de 5euros… je fais un petit arrêt sur image à la lecture de son texto. C’est un dingue ! J’ai tiré le gros lot. Comment Alexandre m’avait-il appelé il y a déjà 3semaines ? « Miss je me mets dans les embrouilles toute seule » ? Présente Monsieur !
Mon dernier jour, enfin mon concours… 7h30 d’épreuves pompeuses, il faut le dire, mais c’est mon voisin qui me « coupe le souffle » dans le mauvais sens du terme en me convoquant dès mon retour « à la fontaine république » car il est primordial que nous discutions. En partant faire des courses ce soir-là, je dépose sous sa porte ma réponse écrite rapidement et avec énergie au crayon à papier sur une feuille à moitié déchirée. Il me semble clair et net que c’est un « non » catégorique. Je me lance alors dans de grandes phrases insensées qui m’arrangent mais ne tiennent pas franchement debout. Mais à quoi serviraient toutes les séries américaines que je regarde si je ne peux même pas utiliser quelques phrases toutes faites. « L’amitié, c’est ne pas avoir à s’excuser, surtout pas au bout d’un mois ». Film à l’eau de rose ou non, en tout cas je vous assure que ce genre de phrase est prononcé dans un film de série B.
Au retour, Monsieur a sorti sa plume pour tenter d’imiter Alfred de Musset… j’ai dit tenter ! Pas de chance pour lui, Georges est aussi inexistant qu’Alfred dans cette histoire. Il me sermonne sur l’amitié, s’accroche comme Winnie le ferait à un pot de miel. Le verdict est le même pour les deux : Winnie et mon voisin doivent se restreindre à un régime niveau miel!
Plus que 5jours avant mon envol… Gardons ce détail secret par ailleurs.
Une petite épreuve auparavant (sinon ce n’est pas drôle) : je sors boire un verre avec un copain. Finalement, celui-ci rejoint mon donjon mais reçoit auparavant de quelques indications. « Pas trop de bruit, sinon il va nous entendre monter ». Comme je le fais désormais, je referme la lourde porte verte d’en bas avec douceur pour ne pas qu’elle trahisse mon arrivée et nous entamons la montée des marches. Je maudis mes talons et les tintements que font mes chaussures et m’attends à voir débarquer mon voisin paré d’une arme et d’un regard rougi parla colère. Au deuxième étage, je me reprends : à nous deux (sans grande contribution de ma part), nous pourrions terrasser l’ennemi sans trop de souci. Mine de rien, je baisse d’un ton et ouvre avec empressement.
Peu après nous l’entendons monter et ouvrir sa porte. Ses clés ont un cliquetis particulier du fait de leur nombre… j’ai appris à le reconnaître et à le craindre. Mes yeux doublent alors de volume et ma bouche se crispe en montrant la porte : « C’est lui »… Je prie pour qu’aucun son masculin ne filtre et que l’homme en présence garde le silence, ou, seconde option, adopte la voix d’une vieille copine fictive qui serait appelée Muriel. Le second plan nait et reste dans ma tête. Pas de proposition de genre si on ne veut pas blesser la virilité de ces messieurs… Il est rentré, nous voilà tranquilles ! J’ai déjà un peu honte d’avoir adopté ce comportement de lapin effrayé et muet.

Le lendemain, il veut connaître les résultats du bac, je réponds, le remercie mais termine par une note moins positive à laquelle je m’accroche pour le tenir loin « cela ne change rien au passé ». Ce à quoi il répondra « mon passé ou notre passé ? ». Une fois de plus, je l’abandonne à ses interrogations et reprends mon activité.
Plus de nouvelles jusqu’au jour de mon départ. Cela vous semble un grand pas ? Oui, un jour de régime sec, c’est déjà un grand pas pour Winnie. Enfin il sonne. « T’aurais pas une imprimante ? ». Court retour en arrière au niveau des excuses pitoyables… Il est évident que j’en ai une ! Ne pas la voir dans mon petit studio, c’est un peu comme louper la grosse fleur en peluche jaune et verte qui trône à mon entrée : c’est impossible (oui, oui, j’ai toujours un petit commentaire sur cette fleur qui ne manque pas d’étonner… étant donné sa taille, c’est bien normal)! « Je n’ai plus d’encre »… et le voilà parti à m’expliquer que c’est pour ses parents et blablabla. C’est très intéressant Winnie, mais je n’ai vraiment plus d’encre et même si j’en avais, je t’enverrais te faire voir. « De toute façon, je n’ai pas le temps car je pars dans 1h pour prendre un train ». « Fermez le rideau. Merci mesdames et messieurs ». Bon cela ne l’empêche pas de me déposer une autre lettre sous la porte et de me laisser un autre message sur mon portable « Tu m’enverras une carte postale ». Je manque de m’étrangler en lisant ces mots… déjà que je ne le fais pas avec mes amis alors ta carte postale tu vas pouvoir l’attendre mon coco. Je lui réponds que je pars à Paris et non en Martinique. De plus je souligne que la feuille laissée sous ma porte embaumait la cigarette et que si c’est un chantage c’est tout sauf fin. Enfin je fais ressortir qu’à part au théâtre on ne dit pas « Adieu » à chaque battement de cils.

Assise dans le train, je jette mon portable dans mon sac avec énervement et l’entends parfois m’appeler pour me signaler un message. Puis enfin plus rien. Fantastique me dis-je, il a lâché prise… Six jours de total oubli… Douce utopie ! Les messages recommencent avec une fréquence moins soutenue… environ tous les 4-5jours, mais cette fois c’est arrêté : je ne réponds ni aux appels, ni aux messages. Et dans l’idéal je changerai de numéro de téléphone avant la rentrée.
Partagée entre deux réactions, j’apprends que j’ai raté mon concours. Je reste par conséquent dans la même ville, dans le même appartement…mais surtout dans le même voisinage pendant deux ans.
En tout cas je m’emballe déjà à l’idée d’un scénario farfelu dans lequel je ferais passer Alexandre pour « mon cher et tendre » pour que le dérangé d’à côté me laisse enfin.
Je prépare également une nouvelle décoration d’appartement : pour apporter de la chaleur dans un endroit, on y installe des plantes et des fleurs… Et je vous laisse deviner quelle fleur ne pénétrera jamais dans mon nid douillet…


Dernière édition par Le petit chaperon rouge le Lun 28 Sep 2009 - 23:18, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: Le petit chaperon rouge   Le petit chaperon rouge EmptyDim 13 Sep 2009 - 16:15

J'imagine que c'est le lys...

Eh bé, quel cercle vicieux...
Je ne pense pas que la fonction sécurité était en panne. Je pense simplement que tu as voulu faire des efforts pour t'ouvrir et tendre un peu de sympathie. Je ne pense pas que tu sois asociale. Quand on est jeune, on a le droit aussi d'être méfiant et encore plus quand on vit seule dans son appart...

J'ai adoré ton écrit ! Il m'a beaucoup parlé.

Beaucoup de passages mon fait rire aux éclats. L'histoire des feuilles... le passage où il est complètement beurré... La balle anti stress Very Happy MDR ! Mais aussi le passage avec les pubs ( je t'attends, je t'attends, je t'attends...) - puis Winnie l'ourson accroché à son pot de miel, quelle belle image !
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MessageSujet: Re: Le petit chaperon rouge   Le petit chaperon rouge EmptyDim 13 Sep 2009 - 16:37

Ah je suis bien heureuse que ce style (quand même bien différent de mes vers) te convienne! Et encore plus d'avoir provoqué ton rire...

Non, non il s'agit de l'orchidée en réalité! Je fais une allergie à cette fleur depuis cette histoire! Allez savoir pourquoi!

Au fait, absolument tout est vrai! Avec ce genre de personnage, nul besoin d'inventer!
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MessageSujet: Re: Le petit chaperon rouge   Le petit chaperon rouge EmptyDim 13 Sep 2009 - 17:45

Aimez ce que vous voudrez

Comme chaque semaine, je m’affaire dans un magasin bien trop grand pour moi, histoire de remplumer un peu mon frigidaire qui crie famine alors que je le délaisse. Le pire dans tout ça, c’est que je me rends compte que je vais toujours dans les mêmes rayons et reviens toujours avec quasiment la même chose chez moi. C’est effrayant ! Ma vie serait-elle aussi monotone ? Je n’ose pas même penser à l’heure de mes visites régulières : si je découvrais qu’elle se répète, ce serait la fin ! Enfin bref, je brûle des calories en courant d’un rayon à l’autre, mais je ne suis qu’à demi présente dans le lieu dit : je suis bien plus dans mon monde grâce à mon MP3 que dans celui qui m’entoure.
Un court instant d’excitation : « Et si je changeais de thé ? ». Chacun son petit truc pour égayer sa vie. Pas trop vite quand même, on change le parfum mais pas la marque surtout… Enfin j’ai choisi, mes yeux, puis mes mains se posent sur une boite de thé pomme-caramel qu’il me tarde de goûter. Je m’écarte doucement en scrutant l’étagère pleine, comme si j’attendais une soudaine illumination qui m’obligerait à poser celle que je viens de saisir, car j’ai eu le coup de foudre pour une autre…Mais rien. Quelle aventure palpitante !

Soudain je sens une présence sur moi et je vois une silhouette se profiler à quelques pas. Dans la grande allée qui me fait face, il m’observe et mon regard croise les nuances de bleu du sien. Je le reconnais ! J’en suis persuadée ! J’ai croisé ce charmant jeune homme dans le métro lillois en allant à la station la plus proche pour aller au marché. J’avais bénit le métro et ma fainéantise ce jour particulier d’ailleurs. J’avais tout de suite été appelée par cette grande ombre qui était dans le même wagon que moi… Ma tête s’était peu à peu tournée… je voyais qu’il portait quelque chose de rouge à l’époque, mais mon angle de vue laissait encore planer le mystère de son visage. Puis (pas discrètement du tout) j’avais fini par tourner franchement ma tête. Je me souviens de ce petit trouble qui prend parfois et vous laisse au dépourvu tant il est inattendu. Ses cheveux bruns contrastaient parfaitement avec la pâleur douce de ses yeux. Puis, pareille à moi-même, j’avais détournée le regard en croisant le sien. Comme pour me faire oublier, je regardais mes pieds, puis la porte, puis les pieds de mon voisin et les miens de nouveau. Une activité passionnante qui pour le coup, ne passait pas inaperçue du tout au vu des mouvements frénétiques de ma tête! Le détail qui me revient en mémoire : ses chaussures noires et blanches décorées comme un damier. Le genre de détail débile dont je me rappelle souvent… Gênée d’exister je suis sortie en trombe du métro, sans un regard, un sourire, rien !
Soit, revenons dans le magasin. Il assiste à un second « retournement de tête » typique lorsque je me sens mal à l’aise ou percée à jour. C’est fou, il va penser que c’est une maladie, que j’ai un genre de torticolis à vie… ou pire que je ne maîtrise pas vraiment cette partie de mon corps… J’ai honte et me ravise. J’ose repositionner ma tête droite et m’avance ici et là, l’air de rien. Comme si l’article en question me transportait de par son grand intérêt, je m’approche d’un paquet de cacahuètes qui avait la chance d’être à deux pas de mon mystérieux inconnu. Afin de m’attarder un peu dans les parages je le saisis et m’intéresse aux composantes et autres informations inutiles. En le retirant je me rends compte qu’il s’agit d’une promotion « 4 paquets pour le prix de 3 ». Je m’interpelle moi-même et tente de prendre du recul sur la situation : je suis une jeune fille faisant ses courses seule, en train d’observer très longuement le nombre de calories d’une série de 4 paquets d’un aliment hautement déconseillé pour les régimes… Une seule question m’obstine : « va-t-il m’adresser la parole ? ». J’étudie notre cas. Il peut tirer deux conclusions du tableau qui s’offre à lui : soit il suppose que je suis une fille très branchée et populaire qui fait ses courses pour préparer les nombreux apéritifs, qu’elle fera avec ses multiples amies sur des compiles qui éveilleraient n’importe quelle soirée ; soit il observe avec inquiétude la pile de livres qui dort dans mon sac et en déduit que je suis une célibataire boulimique qui pense encore que les cacahuètes ne sont pas nécessairement un ennemi pour la ligne… et qui pourquoi pas, vivrait avec deux ou trois chats à un âge inquiétant. Apeurée par la seconde hypothèse, je me décide en prononçant au fond de moi la phrase que me fait toujours réagir : « On n’a qu’une vie ». Quittant les faux-semblants et les airs détachés, mes cornes de bélier repoussent et je lance sans délicatesse aucune « Vous ne voyez pas que j’essaie de m’approcher de vous ? ». L’homme reste interdit, il se rend compte à cet instant que je ne suis pas une fleur fragile… Je lui fais le plus grand sourire qu’il soit en mon pouvoir de faire et tente de concurrencer les actrices des publicités pour dentifrice en forçant le mouvement ; puis, j’attends ainsi au moins six longues secondes. Sans se démonter, il me prend à mon propre jeu : « Et vous, vous ne voyez pas que j’ai fait trois fois l’aller-retour entre crackers et cacahuètes alors que franchement, j’ai toujours préféré les chips… ». Je reste impressionnée devant sa répartie expéditive et culotée qui résonne bien avec la mienne. « Quel est votre prénom ? », me demande-t-il. Pour continuer dans la conversation directe je lui lance « Justement cher monsieur qui préférez les chips, je voudrais savoir quel prénom on m’attribuerait sans me connaître. Le problème, c’est que je pose toujours la question à des gens qui me connaissent déjà. Alors, quel prénom m’auriez-vous donné ? ». Amusé par le jeu proposé, il lève les sourcils et m’observe un moment. « Constance… ou Elodie »… Déçue, je choisis Constance et ne révèle pas mon prénom. Par vengeance, il fait de même et je décide de l’appeler Raphaël…oui il a bien une tête de Raphaël ! En toute honnêteté, j’aime tant ce prénom que tout le monde a une tête à s’appeler Raphaël! Finalement j’aimerais connaître le prénom de mon interlocuteur, mais prise au piège il me répond « Prenez mon numéro et contactez moi, je vous donnerai mon prénom si vous le faites». En voilà des manières, mais j’aime son style et j’accepte, un peu intriguée par tout cela.
Bien entendu, je connais quelques règles de la drague par sms… ne jamais envoyer de message trop vite après la transmission du numéro, sous peine de paraître un peu trop intéressé et donc en position faible. Je patiente, encore et encore… 21h17, cela me paraît parfait. 21h ce n’est pas trop tôt, 17, ce n’est pas un chiffre rond, ni pile la moitié d’une dizaine. Ce n’est pas non plus 16 ou 19 donnant le sentiment qu’on a justement voulu éviter le 15 ou le 20, mais qu’on est si pressé que l’on n’a pas pu attendre plus d’une minute pour donner le change. « Bonsoir très cher Raphaël, j’espère lever enfin le voile après ce message »… La réponse est rapide et j’en suis très flattée. Il me répond étrangement, il est tout à fait d’accord pour me donner son prénom, « mais est-ce si important après tout ?», ajoute-t-il. Un peu troublée, je conçois que le prénom est effectivement une donnée qui ne reflète pas grand-chose… Alors qu’il me laisse dans la perplexité la plus complète je reçois un second message. « Ne lèveriez-vous pas mieux le voile en acceptant un verre avec moi ? ». Son empressement et son côté direct m’attirent… je le laisse à ses pensées quelques minutes avant de répondre plus ou moins détachée « Ma foi, quel risque prendrais-je à accepter l’offre ? ». Le rendez-vous est fixé, le lendemain à 19h. Je me sens déjà plus fraîche, plus épanouie, plus vivante… par le simple fait d’avoir éveillé son intérêt.
Au petit matin je reçois un message de nouveau… mon inconnu s’inquiète de la nuit que j’ai passée. La pensée à mon égard me touche, je suis heureuse d’avoir été dans son esprit au réveil. Il occupe mes pensées également, mais en même temps, il reste dans cette ombre qui fait tout son charme. Je ne le connais pas vraiment et pourtant, il me séduit déjà avec doigté.

A 19h je suis toute parée, rien n’est laissé au hasard, on tente de séduire pour de bon ou on ne tente rien ! Il m’attend à la terrasse du café que nous avions convenu d’occuper. Première vraie découverte à son propos : la boisson sélectionnée… Avec classe, il me demande d’abord ce que je souhaite boire, « un café merci » dis-je avec un grand sourire et des étoiles plein les yeux en remarquant la galanterie dont il fait preuve. Puis il demande pour lui-même une bière. D’accord il a un avantage : le café lui révèle que je suis probablement quelqu’un de nerveux, alors que pour ma part, la bière ne m’annonce pas énormément de choses à son sujet… Je dois tirer les conclusions par moi-même : il porte une chemise noire, un jean bleu et des converses assorties à sa chemise… j’apprécie son petit style romantique-soigné-jeune. Après une rapide analyse chacun de notre côté nous commençons à parler :
-« Rencontre inhabituelle », dis-je pour jeter une idée en espérant qu’il la rattrape.
-« Oui, me répond-il, mais chaque rencontre a un petit côté inhabituel puisqu’on rencontre toujours quelqu’un de différent, non ? »
-« Très juste, très juste. Et sinon tu fais quoi dans la vie ? » A ce moment précis, je revois ma professeur de philosophie nous dire que c’est toujours la première question que les gens posent en société… Elle se trouve d’ailleurs souvent gênée lorsqu’il s’agit de répondre, car elle connaît par avance les deux réactions possibles. La première « Ah j’ai AD-O-RE la philo au lycée, c’est vraiment une matière exceptionnelle qui aide à l’ouverture de l’esprit et blablabla » et la seconde « Oula, la philo très peu pour moi, j’ai eu 3 au bac. Vade retro Satanas ». Tant pis, la rencontre était originale, on se passera d’originalité pour la première question. Il reprend alors :
-« En fait, je me rends compte à l’instant que ce n’est pas plus important que ça. Ce que j’ai bien aimé avec toi c’est justement ce mystère que tu as laissé planer tout en réussissant à attiser ma sympathie. Depuis, j’ai commencé à me poser une question qui reste sans réponse : lorsqu’on apprécie quelqu’un, ou qu’on l’aime, on l’apprécie pour quelle raison ? ».
Je réfléchis un moment… Il dit vrai, on n’aime pas quelqu’un pour son métier ou son prénom. Mais disons que pour engager la conversation c’est tout de même mieux. Je m’arrête un moment : le but de tout ce théâtre c’est donc d’engager la conversation sur tout et rien…
«-Soit, on parle de tout sauf de nous si tu le souhaites » proposais-je. L’idée, l’emballe et la rencontre me perturbe décidément de plus en plus. Je ne sais pas ce que j’ai envie ou le droit de savoir. Le jeu est établi entre nous, nous devons rencontrer nos manières de penser et non nos personnages livrés aux yeux de tous. Il se met alors à commenter tout simplement ce qui l’entoure… la forme d’un verre, la couleur de la table etc… Je fais de même et me perds un peu dans des remarques aussi inutiles qu’agréables, car elles se concentrent sur le présent même, alors que nous fuyons toujours ce temps.
Je rentre chez moi plus troublée que jamais. Il n’a laissé filtrer aucune information personnelle et moi non plus, mais j’ai aimé la façon d’être qu’il m’a enseigné… j’ai appris à aimer les interventions inconsistantes que je sais enfin faire. En refermant ma porte, mon téléphone annonce un message : « Rencontre tellement appréciable, je t’aime beaucoup pour ce que tu es vraiment ». Visiblement, j’ai fait une bonne impression malgré le peu de détails qu’il a eus à mon propos… Je tourne et retourne la question posée plus tôt… on n’est clairement pas amoureux de quelqu’un pour des données physiques, sociales, ni même pour des goûts. Un texte qui m’avait marqué me revient en mémoire : Pascal affirmait qu’on ne savait pas ce qu’on aimait chez quelqu’un car on ne savait pas définir clairement ce qu’était le le «moi ». Il est vrai que si on tombe amoureux de quelqu’un pour ses goûts, ses centres d’intérêts, ou autre, on devrait s’en détacher dès qu’il remet en question ceux-ci ou change d’horizon… Finalement ma relation avec « Raphaël » me paraît plus honnête. Il ne peut y avoir aucun intérêt mal placé en jeu, on est certain d’être apprécié ou non pour ce que l’on est au plus profond de nous même.


Les rencontres se multiplient, il me nomme Constance, il me complimente, me fait voir le monde de là où il le voit.
En un peu moins de deux semaines, je sens que la situation se complique dans ma tête… Je me sens trop bien avec lui pour que ce soit une simple amitié, je respire le bonheur lorsqu’il me fait part de ses remarques et je m’attache très vite à ce personnage si étrangement nécessaire à ma vie. Dans un élan de joie et de bien-être je lui fais part de mes sentiments grandissants… Mais la réflexion me paraît si bizarre. Pas vraiment prématurée, mais incompréhensible de par le contexte. Sans dire que je l’aime comme on aime quelqu’un lorsqu’on sait tout de lui, c’est tout de même plus que de l’amitié, donc je me cantonnerai à définir le sentiment nouveau par les mots « sentiment amoureux ». Satisfait, il me sourit et m’enlace tendrement.


Le lendemain je reçois une lettre déposée directement dans ma boîte aux lettres de sa main :

« Chère Constance,
je viens de mener à bien une expérience grâce à toi. Te souviens-tu de la question que je t’ai posée lors de notre seconde rencontre ? J’ai enfin la réponse de ce que l’on aime en amour, car je pense que tu es arrivée au moins à caresser ce sentiment à l’heure qu’il est.
Tu as fini par tomber amoureuse, non pas pour ce que tu aimais ma personnalité puisque tu ne me connais pas. Ce fut pour deux autres raisons : la première est la façon dont je te valorisais en te prêtant toute mon attention, te laissant penser que ta place était particulièrement importante dans mes pensées. La seconde est la manière dont tu te sentais à mes côtés : épanouie et en accord avec toi-même. En clair, tu aimais l’image que je te renvoyais et que tu apprenais à voir en même temps que je la reflétais.
La réponse est si simple qu’elle paraît complexe car on ne se dirige pas vers le bon sujet : en amour, on n’aime que soi-même.

Adieu ».
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