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 Petites soeurs

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Astérisque
"J'étais pas là"
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Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 14:30

J'ai longtemps hésité à vous mettre ce texte en ligne, pour plusieurs raisons. La première est qu'il constitue mon premier texte relativement long et abouti, il remonte à quelques années. Par ailleurs c'est de la bio, destinée au départ à mettre à plat une partie de mes problématiques personnelles, ce qui n'en fait pas forcément un sujet intéressant. Enfin ce n'est qu'un témoignage parmi d'autres, non une demande d'apitoiement.
Si je l'ouvre aujourd'hui, c'est plutôt pour partager cette difficulté que certains d'entre nous éprouvent à trouver leur juste place. Les chemins sont différents, certains plus résilients que d'autres. Nous avons tous nos cicatrices, mais elles ne nous démangent pas au même moment, ni ne se réactivent aux mêmes stimuli...


Petites sœurs.


« Fille unique ! ». Combien de fois ce mot a-t-il résonné à mes oreilles ! Camarades de jeu d’enfance, puis d’internats, conjoint bien sûr ; tous me l’ont peu ou prou jeté à la figure en réponse à mes accès d’égoïsme, voire à mes moindres manifestations de narcissisme ! L’agacement qu’il ne manquait jamais de déclencher, s’accompagnait pour moi d’un sentiment de parfaite injustice. Aujourd’hui le fait est si banal, que l’invective a peut être simplement disparu ?
Si j’ai vécu le plus souvent seule à la maison, le partage m’a été très tôt imposé par ma catéchiste de mère qui accueillait, chaque semaine voire pendant les vacances, de nombreux enfants. Si, à mon encontre, la quasi totalité d’entre eux avaient la télévision, mes poupées ( cadeaux de mes grands-tantes ) présentaient pour mes camarades un intérêt inversement proportionnel à celui qu’elles m’inspiraient. Il n’y avait donc nul mérite de ma part à m’en dessaisir quelques temps, en échange d’une séance de « Rintintin » ou de « Thierry la fronde » qui, à l’époque, inspiraient nos jeux dans la cour de récréation. Le summum du troc consistait dans l’accès aux petites autos et aux garages de leurs frères qui me faisaient bien autrement rêver que les jouets qui m’étaient alors impartis !
Pour comble de guigne, nous avions pour voisins une famille de sept enfants qu’il m’était interdit de fréquenter en raison de leur manque d’éducation, assurait ma mère ; plus vraisemblablement parce que leur père était un militant communiste ! Quel bonheur, les trop rares fois où je pouvais me glisser chez eux ! La maman, d’une nature assez nonchalante, avait tendance à laisser aller le cours des choses ; je ne me rappelle pas y avoir vu la table débarrassée, et de grands tas de linge attendaient toujours un hypothétique repassage… Mais quelle ambiance, quel contraste avec le silence qui régnait chez nous, mais pour autant, s’ils entretenaient un lien de parenté avec « Groseille », notre situation sociale ne faisait pas de moi une « Lannoy »… Les après-midi de congé où ma mère était prise par ses activités paroissiales ou municipales, il m’arrivait de transgresser l’interdit et de descendre jouer dans le « Vivier » avec deux des enfants.
L’endroit était merveilleux, imaginez : de l’autre côté du chemin qui bordait nos maisons commençaient les bois, en fait, d’anciens vergers retournés à l’état sauvage depuis un bon demi siècle. Le sol de la région est notoirement sablonneux et la colline s’infléchit brusquement laissant sourdre au bas de la pente une quantité de petits filets d’eau qui à quelques dizaines de mètres forment un ruisseau. Le décor était enchanteur (il ne l’est plus) et la flore aussi abondante que variée ; nous avons passé là des heures à jouer à détourner les ruisselets, à dresser de petits barrages ou des cabanes, à grimper sur les souches gigantesques ( à notre échelle d’alors ) des grands arbres déracinés, qui nous inspiraient des histoires délirantes quant aux causes de leur chute ; car notre enfance ne pouvait imaginer nos compagnons feuillus autres qu’éternels… Comme ces terrains à l’abandon ne voyaient jamais passer un bûcheron, pour justifier ces défections, nous étions bien obligés d’évoquer des puissances surnaturelles destructrices ! Sans compter que le « Spoutnik » fraîchement lancé, qui faisait forcément la joie de nos voisins, nous ouvrait le cœur vers des perspectives irréelles. Il va de soi que chez nous l’objet était suspect, au même titre que les essais atomiques de Reggane qui nous détraquaient le temps. Maman, que l’on a fait sortir de classe un jour de sa petite enfance pour regarder passer un aéroplane sur la plaine du Nord, ne s’est, à ma connaissance, plus jamais passionnée pour les progrès de l’aéronautique. Elle s’en est tenue aux récits de Jules Verne…
Mes dix ans ont sonné le glas du paradis. Finies les escapades avec Laurent, dont nous rentrions tout crottés, bons pour une bonne algarade : lui seulement pour ses vêtements mouillés, moi, en sus, pour avoir osé transgresser l’interdit ! J’ai été mise en pension loin de chez moi, en ville et en uniforme… Lorsque je revenais je devais faire mes devoirs… Et puis, de toute façon nous aurions grandi avec des jeux différents… Nous n’avons plus guère eu l’occasion d’échanger autre chose que de rares bonjours, avec tout de même un vieux reste de complicité.
Je n’ai mesuré que très tardivement l’ampleur et la brutalité du contraste entre ce contact familier, sensuel, spontané avec l’eau, le sable, la végétation et ses parfums et la froideur urbaine du béton du collège où je passerai huit années. Là-bas plus rien de spontané, ni de petit frère même d’occasion, plus d’échappatoire, mais le « Bac » en point de mire, non pour faire des études à mon goût, mais pour trouver un « bon parti ».
Il va sans dire que cette scolarité « à fonds perdus » sera des plus médiocres. Les années passant, avec la certitude grandissante que l’Université me restera interdite, je donnerai toute la mesure de ma capacité d’inertie dans le franchissement des années avec la moyenne, juste la moyenne ! Pour y parvenir, j’investirai tout de même une énergie assez conséquente dans de savants calculs, intégrants d’une part les coefficients des matières, de l’autre une donnée qui m’est propre : l’absence de méthode de mémorisation… ce qui me valut quelques déboires assumés et ensuite de sinistres regrets. « Aquoiboniste » façon Gainsbourg, indolente pour mes éducateurs, je me demande encore aujourd’hui si c’est paresse ou impotence réelle ce sentiment récurrent de n’être pas concernée… ou si rarement.
À tout venant ma mère me déclarait choyée, mais non pas gâtée. La sentence a tenu tant que j’ai vécu dans mon village, télévision mise à part, notre train de vie était moyen, mais je ressentais tout de même un indicible malaise lorsque ma mère me disait « choyée ». Etait ce pour me choyer qu’elle me refusa le port des lunettes jusqu’à ce que la directrice lui adresse une mise en demeure de me conduire chez un ophtalmologue, sous prétexte qu’elle même n’en avait jamais porté ? Mon père, lui, me choyait, m’entourait de sollicitude, ma mère, non. J’ai à son endroit plus de souvenirs d’une crainte de ne pas être à la hauteur de ses attentes que de confiance.
Quelle confiance aurais-je pu avoir en une femme qui trahissait mes petits secrets d’enfance pour le seul plaisir de montrer à des amies qu’elle était ma confidente ? Incapable à cette époque de formuler le paradoxe, je le ressentais. Quelle confiance en une mère qui, par souci d’impartialité, a fait agenouiller en public sa petite fille de cinq ans devant un camarade avec lequel elle se chamaillait pour des queues de cerises ? Quelle confiance en une mère qui se vantait dans mon adolescence qu’entre nous le « cordon » n’avait jamais été coupé, me donnant alors proprement un vertige qui me faisait sourire gênée ? Quelle confiance lorsque faisant son marché elle vantait mes supposés mérites auprès d’un commerçant ayant également un fils de ma génération ; quand, d’accord avec son ancienne belle-mère qui les avait dépouillés, elle me faisait rencontrer son petit-fils, espérant que, par je ne sais quelle opération du Saint-Esprit, un mariage entre lui et moi puisse compenser ? effacer ?… la conduite inique de la vieille ? Qu’espérait elle en retirer sauf une vaine gloriole ? J’en étais écœurée et malade de honte, pour elle surtout, mais à qui aurais je pu me confier ?
Adolescente encore, à une tante maternelle qui me rappelait que j’avais un statut enviable puisque « fille unique », j’ai bien essayé de glisser que j’avais eu aussi une « grande sœur ». Son verdict est tombé : « oui, mais ça ne compte pas puisque ta sœur est morte !». Quoique révoltée intérieurement, je n’ai pas répliqué et j’ai poursuivi ma route, ma haine au fond de la poche. Car je n’avais pas le droit à la révolte, moi qui n’étais pas orpheline, je me devais de ne pas décevoir, d’être un « bâton de vieillesse » fidèle, puisque j’étais vivante ! Jusqu’à récemment, je me suis sentie une enfant de remplacement, comme il existe des pièces de remplacement pour les voitures.

Petites sœurs : c’est étrange tout de même que j’éprouve le besoin de vous désigner ainsi mes aînées ! Toi, Henriette, née la première en 1928, ou toi, Raymonde, en 1931 (je crois), toi , Marie-Françoise, « vingt ans après » qui m’a précédée de deux ans pile poil, mais si fragile… que c’est à moi qu’il incombe de conter ton histoire. Mais voilà, aucune de vous n’a atteint l’âge adulte, ni à fortiori celui d’être grand-mère. Lorsque ma mère évoquait l’aînée, tout était resté à l’état de possible, le meilleur bien sûr !
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 14:32

La « mouche »

En fait, Marie-Françoise, ma seule « véritable » sœur, à ton sujet les données sont pauvres : ton souffle de vie s’est éteint au bout de trois mois. Nos parents quadragénaires tout juste sortis de situations familiales dramatiques s’étaient mariés à la Libération et ton attente venait concrétiser leur espoir commun d’un foyer plein de vie. Etait-ce l’âge de Maman, ou comme elle se l’est souvent reproché la prise d’un traitement médicamenteux pour maintenir sa grossesse ?… Tu ne t’accrochas pas.
Je l’ai souvent entendue au cours de mon enfance regretter son empressement à être mère et pour ce faire à « forcer la nature », disait-elle ; à ses larmes d’alors et à sa tristesse j’ai imaginé quel avait dû être son chagrin, en dépit des soins incessants qu’elle t’avait prodigués, de te sentir si peu accrochée à la vie, elle qui aura lutté jusqu’à quatre-vingt quinze ans !
Dans l’album photo de famille, il existe de rares clichés de toi mais tellement emmaillotée que l’on ne distingue pas tes traits ; tu souffrais de la tétralogie de Fallot. Au temps de ta naissance, on envisageait une intervention pour ton cœur et pour ta lèvre… mais il aurait fallu que tu tiennes la rampe un peu plus longtemps…
J’ai hérité de toi un prénom : la moitié la plus solide, la plus compacte, la moins virginale (qu’y puis-je, Maman ?). Celle qui sent le terroir, le bon sens, un prénom de servante ou de favorite… Je m’accroche, un peu bornée, mais il n’est pas en mon pouvoir de vous ignorer, ni toi, ni les « grandes », je l’ai bien tenté, mais en vain ! Maman serait sûrement heureuse de savoir que, par ces mots, tu survis petit fantôme. Tu ne sais pas à quoi tu as échappé ! Ou bien peut-être si, justement, as tu renoncé à temps !
Papa, à mon époque levait un peu trop le coude à mon goût, mais il a toujours été pour moi un père tendre et attentif, toutes les filles de ma génération ne peuvent en dire autant… Alors je vis petite sœur, enfin j’essaye…



La « plume »

Comme jadis son beau-père l’avait fait pour lui, Papa a commencé par épouser une femme nantie d’un fils auquel il a donné un nom, il disparut au Vietnam, l’année même de ma naissance. L’histoire familiale a retenu ses friponneries d’adolescent privé d’autorité paternelle par la guerre qui l’ont conduit là où il repose : il ne représente rien pour moi. Mais tu étais venue, toi Raymonde, pour le grand bonheur de Papa qui a toujours assuré préférer les filles. J’ai le souvenir de tes traits, une photo de toi en communiante : tu as un air très doux plus soumis qu’espiègle. Cette photo est restée sur la table de nuit de Papa jusqu’à son décès.
En quelle année es-tu née exactement, Raymonde, 1931 ? J’évalue approximativement, car après le décès de Papa, ma mère a fait disparaître et les photos et les papiers qui te concernaient toi, ta mère et ton demi-frère, comme tout ce qui ne la flattait pas, sans même m’en parler… J’ai trouvé çà un peu cavalier. Elle a donné de même mes souvenirs d’enfant, ces petits riens précieux où s’accroche la mémoire. Mais elle-même avait perdu sa mère et son foyer à huit ans, au début de la guerre, la Grande, la der des der, et avec Céline, j’imagine, s’étaient envolés tous sentiments de connivence féminine et de légèreté.
De toi et de ta maman, je ne sais pas grand chose, Papa était très pudique au regard des malheurs qui ont émaillé sa vie. Pas une fois il ne m’a parlé de vous. Ce que je sais, je le tiens de ma mère, elle parlait de vous en termes suffisants, vous étiez sans le sous, sans éducation… Moi je m’en fichais.
Ce que je crois, c’est que tu as dû souffrir lorsque Papa a été fait prisonnier de guerre et a été envoyé au fin fond de l’Allemagne. Tu avais quel âge à cette époque ? Huit ans, neuf ? C’est l’âge où l’on aime les câlins, et Papa n’a pas dû en être plus chiche avec toi qu’avec moi. Et son absence s’est étirée… Et puis enfin est venu le « Débarquement », d’aucuns en tirent encore des sujets de films à l’heure actuelle, c’est une vraie mine, si j’ose dire… à la gloire des « petits gars » d’Outre-Atlantique.
Aujourd’hui encore leur chef suprême ouvre des fronts sur la planète, mais en veillant à ne pas exposer inutilement leurs vies très précieuses lorsqu’ils balancent leurs bombes. Je peux te dire que ta maman et toi êtes décédées à titre de « dommages collatéraux », car c’est ainsi que l’on désigne maintenant les victimes civiles des guerres. En 1944, il a été établi que votre quartier avait été bombardé « par erreur », ce qui a amené nos libérateurs à dédommager les survivants. Ainsi, ton bourg possède un centre ville neuf, une halle au beurre en béton, Marie Harel a également une nouvelle statue bien proprette ; quant à moi, j’ai eu le plaisir de naître dans un baraquement américain, sûrement plus « hygiénique » que le modeste logement où tu as dû voir le jour. God bless America ! Papa a été averti de votre sort par les services de la Croix Rouge… Notre histoire a bien failli s’arrêter là, dans les eaux froides de la Sprée.
Mais un ange passait à ce moment, il a pour nom Margarethe, pour moi Margot. Elle a été une sorte de marraine dès ma naissance. Je me rappelle avec bonheur ses séjours parmi nous, elle venait passer une quinzaine pour Pâques, je l’accompagnais dans ses nombreuses promenades dans les bois, elle était professeur de français ce qui était bien commode ! Pour moi, sa venue représentait un vrai ballon d’oxygène : tout d’abord, elle était protestante, et puis elle ne se soignait qu’avec de drôles de petits granulés blancs qui laissaient ma mère à tout le moins perplexe… elle m’apportait des douceurs inconnues dont le meilleur à mes papilles était le massepain ; ou bien les cartes enluminées avec le lapin de Pâques à propos desquelles ma mère me chapitrait parce que c’était païen !
Mais, avec le recul, il m’apparaît surtout que Margot était la seule personne étrangère à la famille reçue dans l’intimité du foyer, et qu’elle seule eut le privilège de discuter avec ma mère d’égale à égale. Ce qui n’est pas peu ; privilège de l’âge sûrement, mais aussi souci de donner une bonne image de la France à cette étrangère émérite, car je crois bien que, dans le fond, ma mère était jalouse, jalouse mais intelligente. Car tu ne peux imaginer ce que représentait, dans un petit village, de recevoir une Allemande au tout début des années cinquante surtout pour nos braves voisins communistes ! C’est bien simple, nous fréquentions une « boche ». Mais à ma grande honte, je n’ai jamais fait l’effort d’apprendre l’allemand, je suis bien trop paresseuse ! Elle vient de vous rejoindre, à l’approche de son centenaire, nous aurons pu correspondre jusqu’à quelques mois de sa mort. Elle aura été ma mère spirituelle…
Papa s’en est allé aussi, il y aura bientôt vingt ans. Hier… et j’ai la certitude qu’il est en paix, au-delà de tous ces drames dont il ne m’a jamais touché un mot, mais qu’il commémorait à sa façon, bien triste et alcoolisée chaque année au quatorze juin.
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Astérisque
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 14:34

La « lourde »

Et te voici : Henriette. Bien plus que les filles de mon père, tu as carrément envahi le monde de mon enfance puis de mon adolescence. Sûr que tu n’es pas responsable de l’amertume que j’ai longtemps éprouvée à ton égard !
Tu as cependant nourri un fantasme de ma petite enfance : j’ai dormi seule assez tôt dans ma chambre au fond d’une très vieille maison, alors, en sombrant dans le sommeil, j’entendais des loirs qui faisaient la sarabande dans le grenier. Et ce frou-frou très doux qui accompagnait mon endormissement me plongeait dans la certitude que tu n’étais pas morte, mais que Maman montait pour s’occuper de toi, car elle te cachait là-haut pour que je ne sois pas jalouse, ainsi c’étaient vos déplacements discrets que je percevais. Toi qui as pratiqué Maman durant quinze années, tu sais sûrement à quel point sa volonté était forte et combien il était difficile d’y échapper, d’ailleurs n’avais-tu pas toi-même un peu fugué avant de disparaître pour toujours ?
Note que l’expression disparaître est fort peu appropriée : dans les cartons de photos tu étais présente plus que quiconque de la famille ; je t’ai toujours vue trôner au-dessus du lit de mes parents sous la forme d’un très beau et très grand portrait. Ce détail n’a d’ailleurs pas échappé à une parente, en visite chez Maman, alors en maison de retraite : ton portrait était toujours à sa place, solennel, mais il fallait chercher pour trouver le mien au milieu du fatras des autres ; j’ai le sentiment que ce détail a secoué ma cousine en lui ouvrant des perspectives insoupçonnées. Que veux-tu, tu étais et es restée sa « première fille », c’est ainsi qu’elle te désignait. Oui, j’ai été jalouse !
Les personnes qui t’ont connue me vantent encore ta beauté lumineuse et ton intelligence, notamment ma Tante et ton institutrice qui s’est retrouvée dans la même maison de retraite que Maman; évidemment, elles ont du mal à réaliser que pour moi tu n’as pas d’existence réelle, elles nous confondent d’une certaine façon dans une même lignée de Maman : je suis un peu agacée parfois qu’elles ne saisissent pas le hiatus. Il est vrai que ton regard rieur et sûr de soi des portraits en témoigne, à quatorze ans tu parais déjà une jeune fille. Je peux aujourd’hui comprendre que Maman n’y ait pas retrouvé son compte, est-ce à dire que tu étais ce que l’on nomme une enfant de l’amour ? Aujourd’hui, ton portrait repose avec elle : je ne vous ai pas séparées…
Il faut te dire qu’en 1946, Maman a trouvé à se marier, en règle avec l’Eglise, avec un veuf, via les petites annonces de l’ « Action Française », presse à laquelle ton père l’avait initiée mais qui ne cadrait vraiment pas avec les idées de Grand-père, l’as tu jamais su ?… C’est Tatie qui lui a conseillé de refaire sa vie, le conseil est bien d’une bonne sœur ! Elle m’a dit un jour avoir eu une autre occasion à l’époque : un Monsieur classe et aisé mais : oh horreur, il était divorcé ! Elle sortait de la galère avec ton père, elle n’allait pas y retourner. Sans doute aussi a-t-elle culpabilisé après ton décès, enfant illégitime… punition divine etc.… etc.… Bref, elle a épousé mon père, qui était un super Papa (je mesure aujourd’hui à quel point !), mais aussi un pauvre homme sans le sous auquel la vie n’avait pas fait de cadeaux. Au sortir du train de vie auquel ton père puis ton grand-père l’avaient accoutumée, la redescente dut être difficile.
De nos jours, il existe un accompagnement psychologique pour les personnes qui vivent un deuil, ou toute autre forme de violence. Lorsque tu étais jeune, tu as peut-être entendu parler de Freüd ou de la psychanalyse, mais c’était le temps des balbutiements, et de toute façon, compte tenu de l’attitude ultérieure de Maman, je ne pense pas qu’elle se serait sentie plus autorisée à interroger son inconscient toi vivante que sans toi. Et la presse qu’elle lisait n’était sûrement pas favorable à cette approche. Combien de fois l’ai-je entendue conspuer des émissions de radio où l’on traitait de psychologie ! Pour elle le salut ne pouvait venir irrémédiablement que de la religion… Que de confusion dans cet esprit que beaucoup admiraient ; mais on touche là aux limites de l’autodidacte, si fière et si sûre de son savoir et si intolérante ! Mais ni toi ni moi n’avons été privées aussi jeunes des études… Par-delà de l’évolution de la société, difficile de savoir ce que Maman t’aurait laissé envisager à la sortie du Cours Complémentaire. Aurait-elle été aussi dirigiste qu’avec moi ? Toi vivante, sans doute aurait-elle échappé à la culpabilité et à son cortège de « réparations », trop occupée qu’elle était à travailler pour t’élever ; encore que le service de Pauline chez ton grand-père lui ait bien facilité la vie !
Figure toi que je me suis longtemps interrogée sur la raison pour laquelle vous étiez demeurées chez ton grand-père après le décès d’Henri ? Maman prétendait qu’il vous avait fait du chantage au sentiment lorsqu’elle avait voulu repartir pour Pau où elle avait été si heureuse. Si heureuse parce que pouvant mener grand train sans avoir à travailler. Soit. Mais à bien y réfléchir, Maman n’avait pas de travail là-bas. Alors qu’ici elle conservait une situation confortable mais obtenue par relation. Quant à vivre sous le toit de son beau-père, ce qu’elle perdait en liberté, elle le regagnait en confort, à savoir que cette brave Pauline assumait la totalité de l’intendance, soit tout le sale boulot en ces temps d’Occupation où les arts ménagers n’étaient pas encore florissants ! Oui, Pauline vous était chère ! D’autant plus chère que les salaires d’alors l’étaient moins.
Le SMIC, encore une notion qui a fait hurler Maman lors de son apparition ! Pense un peu, rétribuer chaque employé sur la même base de salaire horaire, et non plus au mérite, enfin au mérite selon le patron… Encore un événement qui m’a fait toucher du doigt les délires de Maman et plus que tout ses incohérences. Car enfin elle était issue d’un milieu modeste et éduqué, de gauche. Et bien qu’elle ait manifesté jusqu’à la fin de sa vie un amour passionné pour son père auquel elle s’identifiait volontiers, ses choix d’adulte, qu’ils soient politiques ou plus personnels, l’on entraînée aux antipodes de ceux de son géniteur, et malheur à qui aurait tenté de lui en faire la remarque : elle n’avait de leçon à recevoir de personne !
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 14:35

Bref, Maman avait adopté en tous points les idées de ton père, au grand dam de sa famille ; et moi-même, je serai toujours déroutée de la voir adopter les points de vue les plus réactionnaires de grands bourgeois rentiers. Et ce, bien qu’elle ait choisi de partager la vie d’un ancien ouvrier du bâtiment qu’elle aura poussé à s’établir maître artisan sur le tard ! Mon père n’avait nulle ambition comptable, il aimait le bel ouvrage. Alors que leurs débuts seront difficiles dans la région où ils viennent de s’installer, Maman aura une possibilité d’embauche des plus intéressantes, en qualité de secrétaire comptable, à laquelle elle renoncera. Elle préférera démarrer une flamboyante carrière de dame patronnesse inflexible dès lors que je serai scolarisée et, parallèlement, grandira son mépris pour les insuffisances de mon père, au contact de ces dames à particules qu’elle vénère à proportion de ce qu’elles l’instrumentent. Le sommet du comique sera atteint un beau soir de Mai, lorsque les socialistes reviendront au pouvoir : Maman piquera une crise d’hystérie en proclamant que les « rouges » vont leur supprimer leur retraite !
J’imagine que lui revenaient alors les souvenirs de 1936. Combien de fois ne m’a-t-elle pas raconté comment vous traversiez le bourg dans votre Renault six cylindres, le bras tendu en réponse aux poings brandis par les ouvriers de l’usine où, quelques années plus tard, elle jouera les éminences grises pour le compte de la direction… J’éprouvais alors un véritable écœurement, et me demandais comment elle s’accommodait avec l’Evangile, enfin avec ce que je comprenais de l’Evangile… Mais toi, qu’aurais-tu fait de ton héritage paternel ?
J’ai pour ma part quitté dès dix ans l’école publique pour un internat privé assez éloigné de la maison et qui ne correspondait vraiment pas à notre profil socio-économique. J’ai ainsi grandi parmi des filles de moyenne et grosse bourgeoisie qui, pour une grande part, se montraient très arrogantes, indépendamment de leurs succès scolaires. Je crois que c’est à cette époque que j’ai développé une certaine distanciation, mais aussi un profond dégoût pour la morgue des « possédants ». Dans une situation comparable il est probable que seule la solitude t’aurait affectée, solitude que tu aurais eu le loisir de meubler par une pratique musicale ou artistique ou encore sportive, tous dérivatifs dont l’accès me fut refusé parce que sujets à suppléments…
Arrivée au terme des études secondaires, j’ai découvert avec horreur que Maman avait envisagé sérieusement de signer pour moi un engagement de dix ans dans ce même établissement moyennant une formation accélérée de professeur de français, sans même me demander mon avis ! En ce domaine comme dans d’autres, il est vrai que seul le curé du village fut son conseiller… Mais il restait à Maman un autre projet qui lui tenait très à cœur : faire de moi l’assistante sociale qu’elle avait rêvé d’être… Là tout de même, j’ai senti l’odeur de souffre : une de ses relations était proche de la retraite… Mon avenir était tracé : elle régnerait enfin sur l’attribution des « allocations », par personne interposée ! J’ai échappé de justesse à la manipulation, je n’ai pas été gentille. Je n’ai pas non plus réussi de parcours professionnel…
La manipulation, ça c’était son truc. Imagine toi que sur le caveau où tu reposes avec ton père et ton grand-père, elle avait fait inscrire ton nom et le sien comme fille et épouse d’Henri. Durant toute ma jeunesse, nous sommes allées, avec mon père nous y recueillir aux dates convenues bien que n’habitant plus la région ; c’était d’ailleurs à chaque fois une occasion pour Maman de souligner mon manque de cœur parce que je ne pleurais pas sur ta tombe… J’ai retrouvé, après son décès, des cartes de visite et ses bulletins de paye à l’intitulé frauduleux. Besoin de compensation, de sécurité à utiliser un nom « sésame », de revanche sur le titulaire ingrat ? Je peux le comprendre. Ce qui m’a le plus troublé, mais là encore j’ai été bien incapable de lui faire face, c’est le fait qu’elle ait fait graver le nom de son père sur la tombe de sa mère, morte depuis soixante-quinze ans, alors que celui-ci repose à côté de sa troisième épouse… S’imaginait elle avoir reconstruit le foyer perdu ? Comment quelqu’un réputé si intelligent, quelqu’un qui de surcroît avait la foi, du moins en manifestait elle tous les signes extérieurs, pouvait elle trouver son compte dans de telles illusions ? À de telles aberrations j’aurais dû mesurer sa souffrance, sauf que son comportement inflexible n’incitait pas à la compassion. Elle étendra ces pratiques envers mon père et moi-même, il s’en est fallu de peu que j’y laisse la raison.
Tu ne trouves pas qu’il était difficile de lui faire face ? En fait, tu t’es esbignée avant que ne débute la partie pour de vrai et tu en as conservé le rôle d’éternelle gagnante. Tandis que chez les adultes la triche est sanctionnée… enfin lorsqu’on la débusque et parfois ça peut prendre du temps. Et tu sais avec quelle énergie et quel sérieux Maman jouait aux cartes : gare à qui aurait tenté de la berner ! Mais la vie n’est-elle qu’un jeu ?… Dans un de ses délires interprétatifs, ne lui est il pas venu à l’esprit que si le Seigneur t’avait rappelée à Lui, c’était pour te protéger du grand malheur qui allait s’abattre sur toi.
Tu devais entrer au Cours Complémentaire donc, et pour la première fois, Maman avait été dans l’obligation de fournir un certificat de naissance. Il n’y avait plus de dérogations possibles ni d’arrangements avec des directrices complaisantes, elle allait être mise en demeure de te révéler que tu portais indûment, depuis ta naissance, le nom de ton père naturel.
J’ai appris récemment que Grand-père avait proposé à Maman de s’occuper de te faire reconnaître de ton géniteur, alors qu’elle était encore en Maison Maternelle après ta naissance, puisqu’elle avait dû se débrouiller seule pour accoucher. Mais elle a refusé catégoriquement. Je sais que pendant environ deux ans tu as été placée en nourrice tandis que Maman travaillait comme bonne d’enfants dans une famille de grands-bourgeois (encore !). Comment est-elle parvenue à se faire accepter ensuite comme la dame de compagnie de son très cher Henri… ? Bref ton père a joint l’utile à l’agréable sans déroger à la promesse qu’il avait faite à ta bigote de grand-mère, à savoir de ne jamais se remarier… Que d’hypocrisie ! Moyennant quoi vous vécûtes des largesses du père naturel (lui aussi) de ce joli Monsieur, du moins jusqu’à sa mort.



Oui, tu étais très belle, et les ressources de ton père, pour ambiguës qu’elles aient été, permettaient à Maman de jouer à la poupée avec toi. Dans ma petite enfance j’avais droit le vendredi après-midi, jour de repassage aux confidences de Maman, à la description détaillée de tes tenues, assorties de chaussures, sacs et chapeaux. Le « must » dirait-on aujourd’hui. Je l’écoutais, les yeux ronds, je crois qu’il s’agissait alors pour moi d’une sorte de conte de fées… Bien sur, j’aurais aimé qu’il en fût de même pour moi, mais nous vivions dans un autre monde. Et puis tu avais perdu ton père à dix ans… Il n’empêche, lorsque j’ai atteint, à mes quatorze ans, la pointure quarante deux, j’aurais bien aimé qu’on m’achète des chaussures à ma taille… Mais le magasin du coin s’arrêtait au quarante et un standard, alors j’ai du serrer les dents. Et me faire opérer les pieds plus tard pour en redresser les déformations ! Imagine-toi également qu’entre 1943 et 1965 la mode avait quelque peu évolué, mais pas les idées ni les goûts de Maman, ou plus sûrement cherchait elle à te retrouver en moi, alors j’ai subi quelques décalages vestimentaires qui n’ont pas facilité mes relations d’adolescente ingrate : il m’est arrivé de raser les murs. J’ai porté une de tes jupes en « prince de Galles » indémodable ! Mais surtout elle cousait mes vêtements depuis toujours par souci d’économie bien sûr, mais si les idées ne lui manquaient pas, souvent la patience lui faisait défaut et la finition n’était pas à hauteur de son projet ! Ajoute à cela ma carrure qui a inspiré aux garçons de ma classe, en terminale, le doux surnom de «grand cheval», tu peux imaginer que je me suis sentie un peu hors jeu…
J’étais très jeune lorsqu’elle a commencé ses confidences, peut-être monologuait-elle simplement en ma présence, je suis convaincue de par son comportement avec moi qu’elle ne m’a jamais conçue comme séparée d’elle : j’étais son prolongement. Aussi ne se rendait-elle pas compte de la portée que pouvaient avoir ses propos sur une enfant. Que ne m’a-t-elle pas raconté de sa vie, qu’il s’agisse de notre famille commune, mais aussi de ton père, c’est bien simple, j’ai le sentiment d’en savoir autant sur vous que sur mes propres enfants. J’ai tout avalé, comme s’il s’agissait de ma propre vie. Votre histoire fait corps avec la mienne.
C’est ainsi que j’ai enregistré que tu avais fait une fugue quelques mois avant ta mort. Oh, une petite fugue pas bien méchante m’avait elle dit; j’ai retrouvé un petit mot allusif de toi par lequel tu lui demandes pardon. Ma Tante m’a raconté depuis le décès de Maman : tu étais accompagnée de Loïd, petite coquine, c’était là une bien grosse entorse ! Moi aussi j’ai en quelque sorte fugué, mais pas pour les mêmes raisons. J’avais treize ans, c’était un soir d’hiver glacial, je rapportais un bulletin scolaire muni d’un avertissement, pour manque de travail sans aucun doute. Mais à la descente de l’autocar, au lieu de rentrer directement à la maison, je me suis cachée dans le jardin tellement j’avais la frousse de Maman. Seul le froid m’a fait frapper à la porte vers vingt-trois heures. Comme je m’y attendais, j’ai eu droit à un savon maison assorti de quelques bonnes claques de sa part ; mon père, lui, a eu l’air soulagé, mais ne s’est pas interposé.



Maman n’est plus. Sur son lit, le matin de son décès, elle reposait, le corps détendu mais le visage violemment détourné.
Le personnel m’a dit qu’elle était morte dans son sommeil, et compte tenu de son âge et de son état, je suis encline à les croire. Au long de ma carrière, j’ai clos bien des yeux, pas des milliers bien sûr, mais assurément plus d’une dizaine. Jamais encore je n’avais rencontré cette attitude de détournement radical, que refusait elle en cet ultime instant ?
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 15:18

Je l'avais déjà lu, mais j'avoue l'avoir relu dans la même intensité. Je trouve remarquable de pouvoir ainsi poser les mots et même j'ai envie d'ajouter qu'à mes yeux, cela constitue un exploit.
Terribles, cette histoire et ses conséquences.
Je reste en suspens, songeant à toutes ces histoires humaines connues et inconnues, tant d'histoires, jamais pareilles aux autres et pourtant réunissant l'humanité dans un seul contenant : la vasque des harmonies ratées...

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 16:50

Au premier degré,il s'agissait de mettre à plat des sentiments confus autour de cette histoire familiale qui m'a bouffé la rate et la jeunesse. Et puis bien sûr donner un sens à la souffrance qui advient et dont on n'est pas l'instigateur. Pour poser un terme. L'écrire c'est le circonscrire pour éviter que le lait ne continue à déborder de la bouilloire...
Mais, oui, nous avons tous des paquets plein les jambes au départ, c'est l'héritage. Tu pars à dix-huit ans, toute fiérote, tu vas enfin diriger ta vie. Et tu te demandes pourquoi tu foires au fur et à mesure tout ou partie de tes entreprises personnelles. Quand ça se répète trop à l'identique, arrive le moment où il faut déballer les fameux paquets. Et avec le temps, les noeuds des ficelles se sont durcis. Alors il faut prendre les ciseaux, et crac! La ficelle coupée tu te prends tout les vieilles nippes sur les pieds, et ça pue! et souvent il y a plus à jeter qu'à garder!...
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 16:57

Je viendrai. Quand je pourrai prendre le temps de faire ça bien.
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 17:26

Je ne suis pas douée pour les commentaires. Là je sors d'une lecture intense et j'en reste comme deux ronds de flans. Parce que j'ai retrouvé des profils de personnes que j'ai connues sur la fin de leurs vies mais aussi, beaucoup de similitudes entre ce que tu dis de ta mère et ce que j'ai pu comprendre de la mienne. ALors évidemment...
Je dois quand même dire que je me suis un peu paumée dans les ramifications de ta famille par moment.
Tu vois là, il me reste une drôle de sensation au coeur... comme l'envie de dire à "la petite" d'arrêter de parler aux fantômes pour se tourner vers les vivants. Et en même temps je me dis que quand ma propre mère aura disparu, j'aurais sans doute ce même genre de réflexion, de questions sans réponses. Les fantômes m'attendent dans l'arrière cour moi aussi.
J'espère lire la suite si suite il y a...
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 24 Sep 2009 - 18:50

BloodyMary a écrit:
Je ne suis pas douée pour les commentaires.
Bienvenue au club, sister!

BloodyMary a écrit:

Je dois quand même dire que je me suis un peu paumée dans les ramifications de ta famille par moment.
T'inquiètes pas, c'est normal, c'était une famille recomposée avant la mode! En fait le phénomène n'a rien de récent, sauf qu'autrefois c'était l'omerta avec tous les faux semblants qui s'y rattachent, d'hypocrisie et de douleurs apparemment infondées...

BloodyMary a écrit:
Là je sors d'une lecture intense et j'en reste comme deux ronds de flans. Parce que j'ai retrouvé des profils de personnes que j'ai connues sur la fin de leurs vies mais aussi, beaucoup de similitudes entre ce que tu dis de ta mère et ce que j'ai pu comprendre de la mienne. ALors évidemment...

Tu vois là, il me reste une drôle de sensation au coeur... comme l'envie de dire à "la petite" d'arrêter de parler aux fantômes pour se tourner vers les vivants. Et en même temps je me dis que quand ma propre mère aura disparu, j'aurais sans doute ce même genre de réflexion, de questions sans réponses. Les fantômes m'attendent dans l'arrière cour moi aussi.
J'espère lire la suite si suite il y a...
Rassure-toi, ce texte est dépassé, et les fantômes ont quitté ma maison. C'est pourquoi j'avais précisé qu'il s'agissait d'une étape. Mais tu as raison, c'est à la mort de ma mère que j'ai éprouvé le besoin de faire ce tri là, qui nous concernait toutes deux. Et mon oncle, son petit frère, que j'aimais beaucoup, est décédé le mois dernier. Alors peut-être que certains mots échangés à cette occasion sont revenus affleurer.
Mais tu sais la petite fille va bien, elle aime danser et chanter encore, pour elle-même! ... comme ça, juste pour le fun...
La suite? Il n'y a pas à proprement parler de suite. Peut-être dans la même veine, "dis Papa", ou "le petit Poucet".
Du taff d'écriture, il y en a en cours. Un long, un plus court... On verra! Mais peut-être si j'en trouve le temps un jour, une sorte de saga de cette famille qui a subi de plein fouet les soubresauts de l'Histoire. Mais là, y a un sacré boulot!... et je suis lente....
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Ven 25 Sep 2009 - 0:21

J'ai lu avec attention cette chronique familiale, forte et parfois amère, et je peux dire que j'en suis un peu secouée. Non non, tu ne m'as pas (encore) traumatisée. C'est passionnant, lucide, et je trouve plutôt courageux de nous offrir ce témoignage. J'ai traîné moi aussi une mère pas du tout facile, je crois comprendre ce que tu veux dire dans certains passages.
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Ven 25 Sep 2009 - 2:00

Blue note (mmmmm... excellente évocation ton pseudo)
J'ai été amenée à creuser pour éviter de renvoyer toute cette amertume aux autres. C'est une forme de libération, mais de construction aussi, pour moi. C'est dans la démarche même de l'écriture, dans l'effort de mise en forme, que le sens m'est apparu, tout doucement, progressivement... Moi qui n'osais pas ouvrir la bouche, je me suis lancée dans un texte où j'ai fait parler une bègue, c'était très lent à élaborer, mais je ne regrette pas l'exercice! Il faut apprivoiser ses démons... Je ne suis pas un modèle de douceur pour autant, mais il reste de ce travail une paix intérieure par rapport à ce vécu... Ca m'a aidée... Ce n'est pas le contenu qui compte, mais la démarche, oui, osez sortir ce magma informe qui étouffe. Peu importe le moyen, musique, peinture... mais donnez lui une forme identifiable pour qu'il devienne acceptable... (mon "vous" est un collectif... Wink )
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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Ven 25 Sep 2009 - 12:46

Astérisque a écrit:
Blue note (mmmmm... excellente évocation ton pseudo)
J'ai été amenée à creuser pour éviter de renvoyer toute cette amertume aux autres. C'est une forme de libération, mais de construction aussi, pour moi. C'est dans la démarche même de l'écriture, dans l'effort de mise en forme, que le sens m'est apparu, tout doucement, progressivement... Moi qui n'osais pas ouvrir la bouche, je me suis lancée dans un texte où j'ai fait parler une bègue, c'était très lent à élaborer, mais je ne regrette pas l'exercice! Il faut apprivoiser ses démons... Je ne suis pas un modèle de douceur pour autant, mais il reste de ce travail une paix intérieure par rapport à ce vécu... Ca m'a aidée... Ce n'est pas le contenu qui compte, mais la démarche, oui, osez sortir ce magma informe qui étouffe. Peu importe le moyen, musique, peinture... mais donnez lui une forme identifiable pour qu'il devienne acceptable... (mon "vous" est un collectif... )

Remarquable démarche, qui plus est (et surtout) porteuse. Tu détiens là une clé essentielle, et dieu sait combien nous avons besoin de ce trousseau...!

Et si j'avais un voeu, il serait celui-ci : que la paix intérieure continue à faire son chemin et s'amplifie un peu plus chaque jour !

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MessageSujet: Re: Petites soeurs   Jeu 11 Fév 2010 - 12:28

Je suis bouleversée par ce que je viens de lire, peut-être par résonnance, mais en tout cas sûrement par la façon dont tu l'écris. Ton texte a une "âme", il respire, il aspire de la première à la dernière ligne.
Et quelle belle tranche de réflexion.
Merci de l'avoir écrit.
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