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 L'autodidacte

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Astérisque
"J'étais pas là"
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Nombre de messages : 1549
Date d'inscription : 21/02/2008

MessageSujet: L'autodidacte   Ven 16 Oct 2009 - 0:46

Un texte exhumé, une autodidacte ayant pesé très lourd dans ma vie, pour le meilleur et le pire. La statue est déboulonnée, mais c'est un hommage indirect et tardif...

L’Autodidacte


Je crois bien que j’ai connu la signification de ce mot avant même d’être capable d’épeler mon nom. Je vous entends déjà vous récrier sur ma grotesque pédanterie… Que nenni, chers lecteur(trice) ! D’une part, j’appartiens à cette classe d’âge qui n’a connu l’école qu’à partir de six ans et qui, par suite a dû fantasmer le sens de bien des mots avant de le saisir. Mais surtout, ce mot revenait souvent titiller mes oreilles par la voix de ma mère, comme un juteux leitmotiv, un de ces mots intimidants qu’elle était bien la seule à employer dans notre communauté villageoise. Qualité qu’elle exhibait volontiers, comme on tend sa carte, mais d’abord, avec fierté. Meilleur était le bagage intellectuel de son vis à vis plus ses yeux étincelaient. Passé l’effet de fascination que ce mot exerçait sur moi, je me résolus un jour à questionner ma sphinge. La sentence tomba : « un autodidacte est quelqu’un qui s’est instruit tout seul, par ses propres moyens. Tu sais bien que je n’ai pas eu la chance, comme toi, d’avoir ma maman pour veiller à mon éducation… ». Vint ensuite l’évocation de ses heures de loisir consacrées à la lecture via la bibliothèque de son premier employeur. Ce dernier étant enchanté que sa petite bonne occupe si sagement les après-midi de ses dimanches…

L’affaire était entendue. Plus tard, bien plus tard, j’ai retrouvé le personnage au détour de « la Nausée », un peu trop caricatural sans doute, il m’a fait sourire bien sûr, mais ne m’a pas touchée. Beaucoup moins en tout cas que ces personnes que j’ai commencé à côtoyer, au sortir du monde scolaire. Collègues, amis, toujours leur conversation dépassait en loin la banalité du tout venant. Des êtres de passion (et il existe des passions froides) et de grand exigence qui pour un genre musical, qui pour les sciences humaines qui courant après un humanisme en perdition. J’ai beaucoup appris d’eux. Ils m’ont ouvert de nouveaux angles de vue sur des domaines que l’École n’avait fait qu’effleurer (mais après tout n’est-ce pas son rôle d’éveiller ?). Dans leur genre ils étaient des spécialistes à la curiosité toujours aiguisée et alerte quand d’autres, à la culture estampillée universitaire, se révélaient de piètres rabâcheurs. Mais surtout, ils parlaient d’autorité là où d’autres auraient nuancé sous le poids des références, ils n’avaient guère la pratique de la contradiction.

Alors pourquoi me touchaient-ils ? Parce que, passés ces moments de fièvre où leurs propos vous enchantaient jusqu’à vous faire oublier l’heure et les impératifs, venait souvent la chute inéluctable, le propos qui éreinte. « Oui, tu vois, mais je n’ai pas mon Bac, j’ai dû arrêter mes études… ». Moment intensément douloureux où l’on se dit quel gâchis, en même temps qu’on claironne sa réponse bête et bien vaine : « mais enfin tu vois bien que tu en sais plus que bien des diplômés… de même que tu as une situation que nombre d’entre eux envieraient ». Ils en sont parfaitement conscients bien sûr, mais leur savoir n’est pas reconnu, raison pour laquelle ils ont concocté leur carte de visite, d’autres y verraient un blason… Et pourtant l’on sentait bien qu’ils ne quémandaient pas simplement cette sorte de reconnaissance.

Cette réponse idiote, ce regard au ras des pâquerettes alors que l’autre est là entrain de t’ouvrir son cœur, son âme... Lui, il parle désir. Et j’entends contenu. Sa soif inextinguible de savoir c’est sa façon à lui de remplir son vide, comme d’autres leur porte-monnaie.

Lorsqu’il est sur son terrain, sa conviction l’emporte, ses arguments sont forts parfois jusqu’à la lourdeur. Fou de joie de captiver son auditoire, il n’entend pas l’objection qui lui dit la limite, le point de vue adverse, la relativité des valeurs. Sa perle, son joyau mérite le plus bel écrin voire l’exposition. Non, il n’est pas le seul loin de là, c’est que l’enthousiasme contamine jusqu’au plus averti des amoureux. Mais il est bien le seul à ignorer à ce point que son aimée est borgne.

Et puis qui dira le seuil du processus ? À supposer une éducation tronquée, sinon absente, à quelle étape, quel niveau de diplôme débute cette qualification ? La période de scolarisation s’allonge, les moyens d’éducation et d’acquisition du savoir sont à portée d’un nombre toujours plus grand. Au moins un présupposé à cet itinéraire : le sujet sait lire et/ou entendre, ressentir… Après… après c’est affaire d’orientation du désir, de ténacité dans le défi, de pugnacité face aux résistances, d’adaptabilité aussi. Alors la cotation radicale du mot est peut-être dépassée ?

Longtemps abasourdie sous les mérites de l’Autodidacte, je lui fais un clin d’œil et lui tire ma révérence…
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Stoicus.

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Nombre de messages : 196
Age : 26
Localisation : Oujda City-Morocco-.
Date d'inscription : 20/01/2008

MessageSujet: Re: L'autodidacte   Sam 28 Nov 2009 - 4:39

Une description minutieuse de l'autodidacte!
J'ai bien aimé.
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L'autodidacte
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