Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Jeu

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 12:55

3 ou 4 fois par an, nous nous réunissons entre amis autour d'un repas dont la nouvelle littéraire est le thème central. La règle du jeu change à chaque fois : lectures, mises en scène, écritures... Ceux qui reçoivent fixe les règles dont ils nous font part quelques mois à l'avance.


Cette fois-ci, le challenge était d'écrire un texte à partir de phrases et de mots que nos hôtes avaient pêchés dans une nouvelle célèbre dont nous ignorions et le titre et l'auteur.
Il fallait placer :


"Je prenais régulièrement le train quand je revenais de la côte normande vers la capitale, mais ce jour là j'avais un rendez-vous important en fin d'après-midi et les horaires ne m'arrangeaient pas.
Je roulais depuis une demi-heure quand je ressentis le besoin de prendre un café dans le bistrot d'un petit village.
Je la vis immédiatement alors que je me demandais encore à quelle table j'allais m'installer."Ecrivain ; sourire de connivence ; improbable rencontre ; célébrité ; inéluctable logique ; subjuguée ; mort ; singulièrement hivernal ; présence vénéneuse ; choix ; arrière goût de malaise ; destin ; signes ; incroyable coïncidence ; croisement ; aveux.


Pour ce qui me concerne, cela a donné le texte qui suit :



Musique d'intro:

http://www.dailymotion.com/video/x5ooz6_8-femmes-catherine-deneuve-toi-jama_music

"Je prenais régulièrement le train quand je revenais de la côte normande vers la capitale, mais ce jour là j'avais un rendez-vous important en fin d'après-midi et les horaires ne m'arrangeaient pas. J’avais laissé Gérard au milieu de sa jumenterie. C’était sa nouvelle lubie pour, croyait-il, s’éloigner du métier. Gérard était fou, je le savais, mais son amitié m’était toujours utile. Je ne pouvais pas l’oublier dans sa campagne, au milieu de ses pouliches, dans cette escapade qui ne serait de toute façon que de courte durée. A travers la vitre, défilaient haies, champs et bosquets cousus en un manteau d’Arlequin et dans lequel se plaisait encore à paraître le bocage normand. En surimpression, mon portrait, sur la vitre, en plan américain. Mes rides que je ne pouvais plus cachées mais surtout cette superbe veste que Christian m’avait dessiné, lui qui savait combien je tenais à mon élégance classique mais jeune à la fois. Je rêvais au dernier défilé de ses mannequins, et que nous avions choisies ensemble, à sa nouvelle collection qui comme toujours était à ravir. Je roulais depuis une demi-heure quand je ressentis le besoin de prendre un café dans le bistrot d'un petit village. De rompre moi aussi avec l’avenue Montaigne, le Ritz, les cocktails, les mondanités, enfin tout le train-train. « Surdon, dix minutes d’arrêt. Quai B : correspondance pour les passagers à destination d’Alençon, Le Mans, château du Loir, Tours. Veuillez empruntez le passage souterrain ».

Depuis quand la SNCF lisait-elle dans mes pensées ? Etais-je devenue si transparente à force de tant paraître ? Cette incroyable coïncidence entre mon spleen intérieur et l’arrêt du convoi me rendit perplexe et, une fois de plus, je me remis à douter de ma carrière tout en sautant prestement du marchepied. Le buffet s’étendait sur plus des deux-tiers de cette modeste gare. Un quidam, ébahi par ma présence dans ce trou perdu, s’empressa d’en pousser pour moi la porte vitrée. Je lui accordai un bref sourire suffisamment cassant pour stopper sa demande d’autographe et je pénétrai dans le boui-boui. Je la vis immédiatement alors que je me demandais encore à quelle table j'allais m'installer. Tous les regards que son aura avait aspirés se détournèrent alors instantanément d’elle comme irrémédiablement aimantés, happés désormais par mon entrée en scène. C’est sans doute à cela qu’elle sentit la présence d’une « même » dans son dos. Son instinct lui commanda de ne pas se retourner. »

Disséminé debout au comptoir ou assis autour de quelques tablées, le public admire la nouvelle arrivante allant s’asseoir face à celle dont la seule présence avait subjugué la salle depuis plus d’une heure. Plus le moindre tintement de verre, les bruits des fourchettes s’étant également tu.

- Quelle surprise ma chérie ! Quelle improbable rencontre ! Te trouver dans un endroit pareil ?

- Je pourrais t’adresser la même réplique ! Tu es toujours aussi merveilleusement belle, ma chère Catherine !



Disant cela, la première femme se lève pour embrasser son amie et dévoiler également le fait qu’elle la domine d’une bonne tête. Catherine se rassoit rapidement pour masquer cette inégalité de taille qui pourrait jouer en sa défaveur !

- Cette deuxième réplique vaut aussi pour toi, Fanny ! Chaque fois que je te vois, tu me sembles rajeunie.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Fanny part dans ce grand éclat de rire qu’on lui connaît tous. Si nous avons le même texte, c’est qu’il doit être pondu par un bien piètre écrivain !

La Deneuve esquisse un vrai sourire de connivence. Celui marquant depuis toujours la complicité des femmes entre elles.

- C’est … la surprise ma chérie ! Je ne pensais vraiment pas tombée sur toi… dans ce lieu …inconséquent. Tu me diras … le décor est charmant. C’est ... inespéré … Tu sais, je ne suis jamais très à l’aise de sortir seule. Ta présence m’est d’un grand réconfort. Tu reprends un deuxième café, je n’ai que quelques minutes …



Prenant soin à ce que sa chevelure glisse harmonieusement sur ses épaules, Fanny Ardant effectue une rotation de trois-quarts profil sur la droite et adresse un regard au barman qui attend son tour. Celui-ci rentre rapidement dans le champ et pose la tasse de Deneuve sur le guéridon qui sépare les deux actrices.



- Et comment diantre t’es-tu perdue aussi loin de l’Avenue Foch ?

- Moques-toi de moi ! J’ai du mettre des bottes. Je reviens de chez Depardieu. Figures-toi qu’il s’est entiché de devenir gentleman-farmer. Il va, paraît-il, « produire des anglo-arabes » dans sa nouvelle propriété de Granville. Soixante hectares au bord de la mer. Il en a marre de tout le Tra la la la du milieu parisien, il veut retrouver sa vraie nature !

- Mon Dieu ! Gérard ? Sa nature d’ours, mais, il n’a que ça ! Je ne lui donne pas trois mois ! Il a encore grossi ?

Fanny repart dans un grand éclat de rire et Catherine essaie d’en faire autant, tout en sachant très bien que ce n’est pas trop son jeu. Elle enchaîne, en s’essuyant discrètement les yeux :

- Ce que tu peux être bête ! Il avait enfilé un gros trench-coat pour me faire croire qu’il s’occupait lui-même de ses animaux et surtout pour mieux me cacher son embonpoint ! Je lui ai dit que je le trouvais très en forme ! Avec qui d’autre veux-tu que je tourne désormais ! C’est fini Marcello !

Son visage devient triste tout à coup, son regard se perdant dans le vague. C’est comme ça qu’elle reste encore la plus belle.

- Et moi ! Tu ne me demandes pas ce que je fais ici ?

- Pardonne-moi ! Bien sûr, je te le demande !

- Figure-toi que mon agent s’est entiché de me faire travailler avec Benoit Poolvoerde ! Tu te rends compte ! Pour rajeunir mon look comme il dit ! Alors, j’avais rendez-vous ici avec lui ! Ca lui ressemble comme lieu de tournage ! Mais le plus glauque, c’est qu’il m’y fait poireauter depuis plus d’une heure ! Moi, de jouer avec ce jeune maigrichon, je vais paraître comme une grosse mémère, tu ne penses pas ?

- Ton agent a raison ! Il faut qu’on se secoue, nous les vieilles ! Le maquillage ne fait pas tout ! Tu as vu Virginie Ledoyen ! Et le gentil minois de la petite Sagnier !

- Mon Dieu ! C’est trop affreux ! Pourquoi es-tu aussi méchante ! C’est parce que je suis plus jeune que toi, c’est çà !



La scène prend désormais un arrière goût de malaise de plus en plus palpable ! Quand la célébrité d’une femme vacille sur son socle du fait de son âge, la présence vénéneuse d’une rivale risque fort d’instaurer une lutte sans merci.

- Mais regarde-toi plutôt ma pauvre Fanny, tu vieillis bientôt plus vite que la Béart !

- Je ne te savais pas aussi peste ! C’est parce que tu n’as plus aucune proposition de films, c’est ça ? Alors tu me jalouses même ce petit belge ?

- Jalouse de toi ? Moi ? Mais tu te prends pour qui ? Tout le monde sait très bien que ton César pour « Pédale douce » n’était qu’un arrangement entre producteurs. Tu n’as jamais eu la moindre qualité de jeu… A part ta bouche… Ah oui, ça, on peut t’envier ta bouche. Ta bouche ! Pour sa forme pulpeuse à défaut de ce qu’elle dit !

- Deneuve ! Tu sais ce que tu es ! Une aigrie ! Oui ! Parfaitement, une aigrie ! Une vieille sauce qui a mal tourné ! Moi ! J’ai un public chez les 15 - 35 ans. Officialisé par Médiamétrie, ça fait un article dans le Nouvelobs … Mais toi, depuis combien de temps déjà un magazine a parlé de toi ?

- Mes agents n’ont aucunement besoin de me payer des journaux ma chère ! Ce sont les journalistes qui mangent dans ma main ! D’ailleurs, si je redescends si vite à Paris, c’est que ce soir, je signe un contrat ! Je ne poireaute pas moi, ma chère, je cours !

- Ah ! Oui ! Sans doute un film pour le troisième âge…

- Tu ne crois pas si bien dire, je suis distribuée avec Danièle Darrieux …



Catherine mesure son effet. Fanny accuse l’uppercut. Tourner avec la Darrieux … Elle n’avait même jamais osé, dans ses rêves les plus fous de jeunes premières, l’espérer. Celle que l’on surnomma DD bien avant que la Bardot se dise BB ! Le romantisme incroyable de Marie Vetsera dans Mayerling à 19 ans, Battement de cœur avec Saturnin Fabre à 22, la Vérité sur bébé Donge avec Jean Ga… Tout et encore plus de cette illustre filmographie s’abattant d’un coup sur celle qui s’imaginait être enfin devenue la star française !



Fanny réajuste son décolleté :

- On ne m’en avait rien dit…euh, je veux dire, c’est bien pour toi, non ? … Tu te penses à la hauteur ?



La main de Catherine Deneuve enserre fortement le poignet de sa rivale.



- Si tu t’amuses à me piquer ce rôle, je te crève !

- Aïe ! Tu me fais mal ! Mais lâche-moi ! Tu es complètement folle ! Je n’ai encore jamais songé à jouer un rôle de vieille ! Je suis une bombe sexuelle moi, tu comprends !

- Oui ! Une bombe sexuelle avec un nabot ! Ce sera un remake de Blanche-Neige et les sept nains ! Les enfants vont adorer pour Noël !

- Faisons la paix, veux-tu ! Lâche-moi et faisons la paix !

- Pas avant que tu me jures que ton agent ne me piquera pas le rôle !

- J’aurai ce rôle car je suis la meilleure !



Fanny Ardant empoigne les cheveux de Catherine Deneuve. Les tasses de café, les soucoupes et les petites cuillers valsent jusqu’au sol. Fanny tire sur les mèches et Catherine s’arcboute à la table.

- Tu n’auras jamais ma blondeur !

- J’en veux pas de tes cheveux, lâche-moi le bras et je te lâcherais ta couleur !

- Salope ! Toutes les brunes sont des salopes !

- Et la Huppert ! Tu crois peut-être que c’est une vraie rousse ? Je vais te faire un shampoing ma mignonne ! Je ne te dis que ça ! Après, tu pourras jouer avec Balasko dans Gazon maudit !



L’inéluctable logique qui pousse des destins compromis au pire de leur croisement entraîne nos deux égéries dans un corps à corps torride sous le regard atterré des spectateurs. Elles roulent au sol et s’y entortillent ! Elles n’ont plus le moindre choix ! Elles se battent à mort et coûte que coûte à même la crasse du carrelage pour sauver leurs carrières respectives quand enfin leur entremêlement narcissique passe aux aveux. Alors, elles redeviennent câlines :

- Donne-moi ta bouche, garce !

- Tu crois m’aimer encore alors que tu me détestes !

- Arrête ma chérie, tu me fais trop souffrir ! Et puis … on va nous voir !

- Qui veux-tu qui nous voit ici ! Il n’y a pas le moindre journaliste donnant signes de vie !



Les deux vipères s’enlacent et se tordent au sol dans une grande confusion de sentiments. Une atmosphère, oui atmosphère, comme une gueule d’atmosphère singulièrement hivernale s’abat sur le plateau.



- Coupez ! C’est bon pour moi ! Merci Mesdames, comme toujours, vous avez été magnifiques ! Ce casting est parfait. La production verra vos agents pour les détails. On commence le tournage mercredi.



C’est ainsi que Catherine Deneuve et Fanny Ardant furent choisies par François Ozon pour jouer dans son long métrage Huit Femmes.

Ozon : enfin un cinéaste comprenant l’univers féminin…

Revenir en haut Aller en bas
Vilain
Nain de Jourdain
avatar

Nombre de messages : 9160
Date d'inscription : 20/02/2004

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 12:58

Oui, bon....Mais y'avait quoi à manger et à boire ?.... AngeR
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 13:06

C'était des amis qui ont vécu à la Réunion. Ils nous ont cuisiné des trucs vachement bon mais je te donnerais pas le titre!
Autrement du Bergerac ....
Revenir en haut Aller en bas
Vic Taurugaux

avatar

Nombre de messages : 4816
Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
Date d'inscription : 27/03/2007

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 13:07

Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91099
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 14:37

Et voilà ! Notre Vic s'est fait son cinéma ! On aurait pu lui filer n'importe quel mot, style ; Vaccin, Lire dans un champ à longueur de journée, Le dictionnaire des symboles sur l'étagère, Octobre/Novembre/Décembre, Chargé s'affiche.... et ainsi de suite, que je parie qu'il aurait pondu exactement le même texte.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
lison

avatar

Nombre de messages : 7704
Localisation : Gatineau, Québec
Date d'inscription : 22/02/2005

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 18:24

Hum hum! un vrai régal...
Revenir en haut Aller en bas
Tryskel
Miserere mei
avatar

Nombre de messages : 9703
Age : 69
Localisation : A l'Ouest d'Avalon
Date d'inscription : 25/09/2007

MessageSujet: Re: Jeu   Dim 25 Oct 2009 - 20:35

chinois chinois chinois

Décidément, les défis, ça inspire, mais z'avez deux mois vous!
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Jeu   

Revenir en haut Aller en bas
 
Jeu
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Vos écrits : Poésie, nouvelles, romans, théâtre... :: Vic Taurugaux-
Sauter vers: