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 Almées et ghawazee : la confusion des genres.

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blue note

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MessageSujet: Almées et ghawazee : la confusion des genres.   Lun 16 Nov 2009 - 1:26

En Egypte, jusqu'à l'arrivée des troupes de Bonaparte, il existait deux genres de danseuses, carrément différentes : les almées et les ghawazee (pluriel de : ghaziya).

Les almées étaient des femmes extrêmement respectées, leur nom provient d'ailleurs de l'arabe "âlmet", "savantes".
Il s'agissait de filles de bonne famille, choisies pour leurs dons artistiques, pas forcément belles mais plaisantes. Elles recevaient une éducation artistique soignée, et se produisaient à la cour et dans les harems de riches personnalités. Elles chantaient et jouaient de la musique plutôt qu'elles ne dansaient. Mais elles se produisaient uniquement devant les femmes, jamais devant les hommes. Eventuellement, les hommes de la maisonnée pouvaient se tenir à l'extérieur de la pièce et écouter leur chant.
Elles ne se prostituaient certainement pas, à ce qu'on en sait, même si elles pouvaient avoir des protecteurs. C'est ce détail qui pourrait les différencier des geishas (encore que...), avec lesquelles elles présentent des points de ressemblance.
Lorsque Bonaparte envahit l'Egypte, les almées, dégoûtées, s'enfuir du Caire.
Avec la mode de l'orientalisme qui se déchainait, des intellectuels, des romantiques, des peintres, voulurent absolument assister aux danses de ces mythiques almées.
Cela ressemble par ailleurs à la quête des danseuses bayadères en Inde...
Mais en réalité, aucun Européen n'a jamais vu danser une almée ! Et on ne sais pas ce que dansaient les almées du XIXème siècle, puisqu'elles se sont évaporées dans la nature.
Par contre, quand les Européens quittèrent l'Egypte dans les années 1950, on assista au retour de danseuses dans les fêtes : certaines étaient des descendantes de ghawazee, d'autres des femmes du peuple qui n'avaient que la danse pour vivre, en tous cas elles se firent appeler des almées, même si elles ne l'étaient certainement pas.
Ces nouvelles almées se caractérisent par un travail de danse au sol, hérité disent-elles des vraies almées, mais l'une d'entre elles explique qu'elles dansaient au sol parce que certaines étaient si grosses qu'elles peinaient à danser debout.

Revenons à nos Européens qui découvrent l'Egypte. Ce qui est marrant, c'est que les Français, et les Européens en général, se sont fait royalement pigeonner, car d'autres danseuses se présentèrent comme des almées (ça faisait bon genre) et s'employèrent à leur soutirer des sous : il s'agit des ghawazee.

Les ghawazee disent appartenir à la tribu tsigane des Nawar, issue du nord de l'Inde, qui transita par l'Afghanistan et que l'on retrouve aussi au Liban et en Syrie.
On ne sait exactement quand ils arrivèrent en Egypte : visiblement, il y eu une première grande migration vers le IXè siècle, et c'est de là qu'ils seraient aussi partie vers l'Espagne (l'Andalousie), la France et l'Europe Centrale, rejoignant le flux nord des Rroms passés par les Balkans. D'autres soutiennent que les tsiganes n'arrivèrent qu'au XVIè siècle, avec les armées ottomanes.
Ce qu'on sait, c'est que les ghawazee ont un type physique très différent, et une langue d'origine indienne. De même, leur musique et leur danse comportent des élèments typiquement rroms ou Sinthi, comme certains instuments à cordes, (rebaba en Egypte), les frappes de pieds, les zapateado du flamenco et tous les mouvements particuliers de ces danses.
Les ghawazee se produisaient dans la rue, dans les cérémonies et les fêtes, et dansaient devant les hommes, sans voile, ce qui était pour le moins "scandaleux". Elles se prostituaient aussi à l'occasion, les femmes tsiganes ayant des moeurs très libres.
L'élite les méprisait, contrairement aux almées, mais elles étaient très aimées du peuple. De plus, comme elles payaient beaucoup d'impôts, elles étaient tolérées.
Quand les armées de Bonaparte arrivèrent en Egypte, elles se frottèrent les mains : de la clientèle !
Elles s'installèrent dans le campement militaire, où on ouvrit d'ailleurs les premières maisons closes d'Egypte, et arrivèrent si bien à distraire les soldats qu'ils ne voulaient plus rien faire (ah, les délices de Capoue !).
Si bien que Bonaparte, avec sa clémence habituelle, fit exécuter 400 ghawazee et jeter leurs corps décapités dans le Nil.

Leur histoire ne fut pas de tout repos.
En 1834, le nouveau sultan Mohammed Ali déclare leur présence indécente et contraire aux bonnes moeurs, et les exilent sous peine de mort dans le "saïdi", dans le sud : elles s'installent à Louxor et Esna en particulier. Malgré l'interdiction de danser, et les lourds châtiments corporels qu'elles risquaient, elles continuent de pratiquer leur art, y compris dans les maisons closes.
C'est d'ailleurs à Esna que Flaubert rencontra la fameuse Kutchuk Hanem, qui devint la coqueluche des occidentaux "orientalistes".
Petit a-parté : on dit que le sultan trouvait les femmes indécentes parce que, tout simplement, il préférait les hommes. D'ailleurs, ce furent des hommes "efféminés", d'origine perse, qui dansèrent à leur place dans les rues et les harems.
En 1866, le bannissement fut levé, mais de nombreuses ghawazee choisirent de rester dans le sud.
Au début du XXè siècle, 'Little Egypt", une ghaziya, danse à l'exposition universelle de Chicago, et lance la mode de l'orientalisme et de la "danse du ventre" aux Etats-Unis, malgré le scandale que provoqua son exhibition.
Actuellement, les danseuses ghawazee sont représentées par les Banat Maazin, les soeurs Maazin, qu'on estime être les dernières ghawazee professionnelles. Une des soeurs est morte, l'autre est devenue une bonne musulmane (donc ne danse plus), il en reste donc une, qui n'est plus toute jeune.

Je vous mets des liens pour vous éclaircir les idées.

D'abord celui du site d'Aisha Ali, qui a étudié les ghawazee.
L'article est en anglais, mais il y a des gravures et photos des ghawazee, où l'on voit le costume traditionnel ancien et moderne.
Sur la première gravure, vous pouvez voir leur habillement, composé d'un manteau long (le yelek), d'un manteau plus court superposé (anteree), d'un pantalon bouffant (shintiyan), d'une chemise transparente en-dessous (qamis), et d'un turban (rabtah).
Le costume moderne a remplacé la tenue traditionnelle par une longue galabeya à franges, un haut moulant, une veste à la turque courte, et une sorte de couronne en forme de banane.

http://www.gildedserpent.com/articles17/sadiraaishaalighawasi.htm


Ensuite, une vidéo de la dernière ghawazee professionnelle : Khairiyya Maazin :

http://www.youtube.com/watch?v=KoC8t4ciGEE


Une vidéo de ghawazee modernes. Vous remarquerez qu'elles utilisent au début les cymbalettes de doigts (les sagattes), puis le bâton, une danse très typique du sud de l'Egypte (le style saïdi). C'est très typique aussi de danser à plusieurs : il s'agit d'une danse festive, improvisée.

http://www.youtube.com/watch?v=Lf0zSVxtWNs


Une troupe spécialisée dans les diverses danses d'Egypte, je trouve la danse un peut trop "apprêtée" et ça manque un peu de spontanéité, mais on y voit à mon sens très clairement la provenance indienne de l'affaire... en plus, on les voit bien jouer des sagattes.

http://www.youtube.com/watch?v=XazNyIawonI&feature=related


Enfin, j'ai gardé le meilleur pour la fin : une vidéo de ma prof, Leila Haddad, dans son spectacle "Sur les traces des Ghawazee".
Les musiciens qui l'accompagnent, "Les musiciens du Nil", sont les ghawazee les plus réputés d'Egypte, ils se produisent dans le monde entier et accompagnent Leila quand elle donne ce spectacle.
J'ai eu la chance, ce printemps en Egypte, de les avoir au stage de danse toute une matinée, ils nous accompagnaient. Je n'osais plus danser, du coup !
Je précise que les vidéos de Leila sont rarissimes, donc régalez-vous, c'est le top.

http://www.youtube.com/watch?v=3FsVLrRYdXY&feature=related


Woula !
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Romane
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MessageSujet: Re: Almées et ghawazee : la confusion des genres.   Lun 16 Nov 2009 - 2:00

Ce fil, comme les autres, est un régal. Je lis comme un roman, au point que je me dis que tu pourrais en écrire un. Sur les vidéos, je suis scotchée par la désolidarisation de certaines parties du corps, alternant avec un mouvement d'ensemble.

L'une des vidéos me fait penser à la danse en ligne, avec variantes évidemment. Dépaysant, fameux !!

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Almées et ghawazee : la confusion des genres.   Mar 17 Nov 2009 - 1:05

Merci ma bibiche, ton intérêt me touche Smile

Cette "désolidarisation" entre les parties du corps, ça s'appelle "l'isolation", et c'est une des choses les plus difficiles à comprendre, et surtout à appliquer.
C'est en partie pour cela que l'appellation "danse du ventre" est inexacte, du moins très incomplète : en fait, on bouge plein de parties du corps, mais souvent une par une. Un petit mouvement d'épaule, un mouvement de tête, un accent de hanche... etc. Et seule cette partie doit bouger, même si le mouvement part du "corps spiral", c'est à dire qu'il provient de l'intérieur et se combine par un travail global du corps.
En danse indienne classique, le raffinement est poussé à l'extrême : dans certains mouvements, la danseuse ne bouge que d'un frémissement de doigts, d'un haussement de sourcil.
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