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 Jean D'Ormesson

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cathyhune



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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 30 Nov 2009 - 16:36

Romane a écrit:
Quelqu'un qui se pose devant les caméras et les micros et qui jure qu'il préférerait qu'on lui foute la paix, là je n'interprète pas, je constate.

Je te l'accorde effectivement, d'un côté il dit qu'il préférerait qu'on lui foute la paix et on le voit partout, il y comme un problème....
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 30 Nov 2009 - 16:53

JoK a écrit:
Jean d'Ormesson est ce qu'on appelle en anglais "entertainer", à ce titre il est un pur "produit" des médias.

L'un des premiers à ne pas s'y être trompé, c'est Philippe Bouvard, puisque Jean a fait partie des premières émissions de la série "Les grosses têtes" (émission radiophonique).

Tu peux expliquer par produit des médias.
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Romane
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 30 Nov 2009 - 16:57

cathyhune a écrit:
Romane a écrit:
Quelqu'un qui se pose devant les caméras et les micros et qui jure qu'il préférerait qu'on lui foute la paix, là je n'interprète pas, je constate.

Je te l'accorde effectivement, d'un côté il dit qu'il préférerait qu'on lui foute la paix et on le voit partout, il y comme un problème....

Ah ben voilà. Comme quoi, avec un peu de bonne volonté et un brin de logique, on y arrive.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Ven 4 Déc 2009 - 16:54

Vous trouverez une bio parue recemment sur le magazine lire.
Il fait l'unanimité: un concert de louanges salue son heureux caractère, sa culture et sa courtoisie. Icône des années 1970, puis 1980 et 1990, Jean d'Ormesson est toujours dans le coup: à 84 ans, il réussit l'exploit d'être de nouveau tendance. Récit.
Il s'est lui-même surnommé l'"écrivain du bonheur". Il déploie le charme insolent de la réussite avec l'élégance de faire croire que la vie lui a toujours souri. Son visage lumineux, sa conversation pétillante ont fait de ce séducteur à l'oeil espiègle le plus télégénique des académiciens. Poids lourd de l'édition depuis plus de quarante ans, ses ouvrages s'écoulent, chaque année, entre 100 000 et 350 000 exemplaires. Tout le monde le connaît. Ou croit le connaître. Il a le sens de la formule. Capable de citer Woody Allen, Lamartine et Jorge Luis Borges dans une même phrase, il a fait de la citation son arme secrète.
La coqueluche des retraités d'Auteuil? Pas seulement. A force d'apparitions médiatiques, l'éternel jeune homme au teint hâlé est parvenu à séduire une nouvelle génération. "Ceux-là, je me doute bien qu'ils ne m'ont pas lu, qu'ils m'ont seulement vu à la télé", feint-il de s'inquiéter. Le chanteur Julien Doré, révélé par la Nouvelle Star en 2007, s'est fait tatouer son nom sur le bras gauche. Quand Christophe Hondelatte reçoit Olivia Ruiz et Jean d'Ormesson sur un plateau de France 2, pour lire en tandem un poème d'Aragon ("C'est une chose étrange à la fin que le monde"), la chanteuse s'exclame, après le tournage: "C'était génial. Jean est vraiment tel qu'on l'imagine: tendre, joyeux, émerveillé, joueur, coquin." Loin de se ringardiser, le stendhalien est devenu une icône: la première pop star en costume flanelle. Ceux qui l'ont approché s'accordent tous à reconnaître ses nombreuses qualités: érudit, brillant, élégant, charmant, gai, drôle, modeste, bien élevé... De rares sceptiques osent à peine murmurer "trop poli pour être honnête". Selon le biographe Arnaud Ramsay, auteur du récent Jean d'Ormesson ou l'élégance du bonheur, sa vie recèle "des tonnes de secrets". Il a l'art de brouiller les pistes, de charmer ses interlocuteurs, y compris ses rares détracteurs. Sur un forum en ligne, un commentaire résume tout: "Qui n'aime pas Jean d'Ormesson? "
Comment celui que son frère aîné surnommait le "moustique" est-il arrivé à un niveau d'estime aussi consensuel?
Les valises diplomatiques de l'enfance
Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d'Ormesson est né à Paris en 1925. Marie, sa mère, est une Anisson du Perron, famille monarchiste ultracatholique. Le père, André, descend d'une noblesse plus éclairée. Son aïeul Louis Michel Le Peletier, député aux états généraux, vota la mort de Louis XVI et fut assassiné par un garde du roi. Depuis, chez les d'Ormesson, on fait dans le catholicisme social. André cache des Juifs pendant la guerre. Nommé ambassadeur de France par Léon Blum, il se voit affublé du surnom de "marquis rouge".
Dans l'un de ses grands succès, Au plaisir de Dieu, Jean d'Ormesson transcendera le château maternel de Saint-Fargeau, en Bourgogne, où il passe une grande partie de son enfance, sous le nom de Plessis-lez-Vaudreuil. Mais, surtout, il voyage. Dans les valises diplomatiques d'un père ambassadeur. Sous la neige, au milieu des sapins de Bavière, puis des Carpates. Elevé par des nourrices, il parle l'allemand avant le français et maîtrise le roumain. Il l'écrira dans Qu'ai-je donc fait?: "Je suis d'abord bavarois, moldo-valaque et brésilien." Son plus vieux souvenir? La première - et dernière - gifle paternelle. C'était à Munich, en 1930. L'enfant avait eu la mauvaise idée d'applaudir un défilé nazi en criant "Heil Hitler! ". Depuis, il a compris "qu'il y a une limite à la tolérance: et c'est l'intolérable".
Pour s'évader du cocon, il lit Les Pieds Nickelés, Arsène Lupin, L'île au trésor et tout ce qui lui passe sous les yeux: prospectus, affiches publicitaires, ordonnances médicales. Car il ne fréquente pas la communale. Une nounou lui sert de maîtresse d'école jusqu'à l'âge du collège.
En 1945, il est admis à l'Ecole normale supérieure. Le biographe Arnaud Ramsay a déniché une savoureuse anecdote: à l'époque, d'Ormesson prend sa carte... à la CGT! Pour la rendre peu de temps après. Il passe l'agrégation de philosophie, contre l'avis de son professeur, Louis Althusser. Selon Manuel Carcassonne, aujourd'hui directeur général adjoint des éditions Grasset, qui fut son gendre pendant quatorze ans, "il a gardé ce côté prof normalien. Il ne se plaint jamais mais a un oeil volontiers critique et dur en présence d'un intellectuel qui ne connaît pas une date historique." Jean d'O entame pourtant une carrière de journaliste people à Paris Match. Il rêve d'être Cary Grant ("avec Ingrid Bergman dans les bras") mais entre par hasard à l'Unesco, au Conseil international de la philosophie. D'après Manuel Carcassonne, "l'Unesco fut très important dans sa vie. Il y est resté quarante ans." Sa fille Héloïse, aujourd'hui éditrice, précise: "Il a toujours été présent pour moi mais il partait souvent, à cause de ses missions pour l'Unesco, car il coordonnait des bureaux dans le monde entier. Cela lui correspondait, il a un besoin viscéral de se sentir libre."
Des débuts littéraires difficiles
L'éditeur René Julliard, qui voit en Jean d'Ormesson un "Sagan au masculin", publie son premier roman en 1956. Mais L'amour est un plaisir se vend à seulement 2 000 exemplaires. Il ne se décourage pas pour autant. Jean-Marie Rouart fait sa connaissance à cette époque. "Il était mon aîné de dix-huit ans mais ce n'était pas l'écrivain consacré d'aujourd'hui. Je l'admirais pour le personnage qu'il incarnait, fait de désinvolture, de culture et de liberté. J'ai beaucoup appris à son contact, par infusion, comme du thé. Il m'a montré comment prendre de la distance avec la société. Il m'a poussé à écrire, il est encourageant avec la jeunesse. Son état d'esprit est éternellement jeune."
En octobre 1962, il épouse Françoise Béghin, "déjà enceinte de quelques semaines, ce qui n'est pas forcément la règle dans leur milieu", précise Arnaud Ramsay. Ils sont toujours mariés mais l'écrivain s'affiche rarement avec son épouse. "Ma mère est très effacée, ça lui convient à elle et ça lui convient très bien à lui. L'autorité n'est pas son domaine. Ma mère fixait les limites à sa place", raconte leur fille. Comme l'indique son nom de jeune fille, Françoise d'Ormesson est l'une des héritières de la célèbre dynastie sucrière. Sa mère, de nationalité suisse, possédait une maison de famille au bord du lac de Morat, où Jean d'Ormesson aime à écrire au calme. "On s'y retrouvait pendant les vacances d'été, avec le patriarche. Et là, mon père faisait son Louis de Funès: il s'enroulait une serviette autour du nez..." se souvient Héloïse. Ferdinand Béghin, beau-père de Jean, a consolidé son empire en investissant dans l'imprimerie et en s'associant au groupe Prouvost. Il devient ainsi actionnaire de Paris Match, puis du Figaro.
Jean d'Ormesson aurait pu se contenter d'une vie de rentier mais l'écriture le démange. Il faudra le passage chez Gallimard et la parution de La gloire de l'Empire, en 1971, pour que le succès vienne, enfin, à sa rencontre.
Les feux du pouvoir
En 1973, Jean d'Ormesson est élu à l'Académie française, au fauteuil de Jules Romains. Il échoue à y intégrer Aron et Aragon. En revanche, on lui doit l'une des plus belles élections de l'Institut, celle de la première femme: Marguerite Yourcenar.
Une autre fonction, presque aussi prestigieuse, participe à la reconnaissance publique du jeune immortel: en 1974, il est nommé directeur du Figaro. Le romancier reste seulement trois ans à la tête du grand quotidien mais continue à l'incarner dans l'esprit de nombreux lecteurs. En interne, il a laissé l'image d'un homme toujours courtois avec les employés. "C'était un bon directeur. Il a fait entrer Nourissier, entre autres. Mais il lui aurait fallu un rédacteur en chef pour s'occuper de l'exécutif, quelqu'un comme Philippe Tesson. Jean d'Ormesson est fait pour régner, pas pour gouverner. Il ferait un bon président, pas un Premier ministre", raconte Jean-Marie Rouart, qui a dirigé Le Figaro littéraire. Rouart considère son ami d'Ormesson comme un héros de roman. Il l'a d'ailleurs dépeint (sous les traits d'un certain Dorsac) dans son roman Les feux du pouvoir, prix Interallié en 1977.
Homme de pouvoir, peut-être, homme de réseau, certainement. Jean d'O se brouille rarement. Quand le nouvel actionnaire du Figaro, Robert Hersant, décide de signer les éditoriaux à sa place, il s'en ouvre à ses lecteurs pour annoncer son départ. Vexé, le "papivore" répondra dans les colonnes du quotidien: "Jean d'Ormesson négociait au jour le jour la survie de l'entreprise, avec pour seule force sa faiblesse." Cet épisode n'empêchera pas le diplomate-né de réintégrer le groupe Hersant, avec une place de choix dans Le Figaro Magazine lancé par Louis Pauwels...
Un écrivain très médiatique
Pétri de contradictions, ce travailleur acharné ne cesse de faire l'éloge de la paresse. Mais il ne décroche jamais. Tel son maître Chateaubriand, il a besoin de briller en société. C'est la télévision qui lui en fournira l'occasion. Bernard Pivot explique aujourd'hui: "Si je l'ai invité dix-sept fois à Apostrophes, ce n'était pas pour l'Audimat, qui n'existait pas à l'époque, mais parce que c'était un "bon client", drôle et profond, qui savait parler des livres des autres. Il est l'un des premiers à avoir su mettre les téléspectateurs dans sa poche. Il a compris d'emblée que c'était un bon moyen de séduire ses lecteurs."
En 1978, Jean d'O propose à TF1 son émission littéraire, Livres en fête, qui restera un an à l'antenne. Puis, chaque mois, l'écrivain évoque pour Antenne 2 une femme célèbre de jadis. En 1995, il commente les élections présidentielles sur RTL en compagnie de son complice Erik Orsenna. L'année suivante, il présente sur La Cinquième avec Olivier Barrot une Histoire personnelle de la littérature française... Il a son mannequin de cire au musée Grévin, aux côtés de Sartre, Diderot et... Bernard Pivot. En 1987, il est élu l'un des dix hommes les plus élégants de l'année (sa collection de chaussures de marque compte, paraît-il, 80 paires). "Il accepte d'être un personnage public mais ne livre rien de personnel. Il est resté très longtemps secret sur sa vie privée", commente sa fille.
Qui n'aime pas Jean d'Ormesson?
Ecrivain avant tout, on pourrait penser que Jean d'Ormesson ne parle que de lui dans ses romans. Pourtant, il a brassé plusieurs genres: fresque historique (Histoire du Juif errant), chronique familiale (Au plaisir de Dieu), causerie philosophique (Dieu, sa vie, son oeuvre, La Douane de mer) et même satire sociale - allègre, bien sûr (Casimir mène la grande vie). Sans oublier la biographie "sentimentale" avec Mon dernier rêve sera pour vous (sur Chateaubriand), son meilleur livre selon Philippe Sollers qui le qualifie d'"écrivain classique atypique". Comment expliquer son succès populaire? "Il s'est répété, bien sûr, comme beaucoup d'écrivains à la fin de leur vie, estime Bernard Pivot. Mais j'aime beaucoup ses livres car il y a une joie de vivre et une joie de savoir. Il enseigne à ses lecteurs que philosopher apporte beaucoup d'agrément à la vie." Jean-Marie Rouart complète: "Les gens lui sont reconnaissants de les réconcilier avec leur histoire. La France est une création de la littérature, elle est façonnée par les écrivains. Le public peut accéder à la culture grâce à Jean d'Ormesson car il ne le méprise pas, contrairement à certaines élites. Il a le goût de transmettre." Selon son ancien collaborateur au Figaro, Georges Walter, auteur du Palanquin des larmes: "L'une de ses forces consiste à toujours reconnaître la critique." Marguerite Duras disait de lui: "Voilà le seul homme de droite que j'aime bien." Et Thierry Ardisson d'ajouter: "Si tous les aristocrates étaient comme lui, il n'y aurait pas eu la Révolution! "
Le biographe Arnaud Ramsay, lui-même admiratif, se désespère presque: "Difficile de trouver quelqu'un qui haïsse Jean d'Ormesson! " Parmi les critiques littéraires, peu s'en sont pris à lui. Pour Pierre Drachline, l'auteur du Grand livre de la méchanceté, "d'Ormesson, c'est un peu comme un fromage. Un produit typiquement français mais difficilement exportable." Mais Angelo Rinaldi a changé d'avis à son sujet et Jérôme Garcin l'a à peine égratigné, il y a longtemps: "Il entra en littérature avec des yeux bleu Morgan ainsi que des petits romans sentimentaux et vains - du Sagan, moins le charme." Seul Bernard Frank n'a cessé de le tourner en ridicule dans ses chroniques du Monde: "Il est au point pour faire un Mauriac de poche", raillait-il quand il ne se moquait pas de son "débit d'eau tiède". Peu revanchard, Jean d'O écrit, dans Saveur du temps: "Frank était un écrivain qui faisait rêver les jeunes gens. Il avait un immense talent. Accessoirement, il se moquait volontiers de moi, il me prenait pour tête de Turc. Je ne répondais guère. Et puis, une fois pour toutes, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Il est mort. Il ouvre ces pages parce que je l'aimais." Toujours aussi élégant...
Casimir mène la grande vie
"Il s'est débrouillé très vite, dans sa vie, pour ne pas avoir de responsabilités matérielles", estime Manuel Carcassonne. "Il ne veut pas être contraint. Il faut un certain génie existentialiste pour y arriver." Seule ombre au tableau dans un parcours sans faute, une révélation de L'Express, en 2003: "L'académicien et son épouse sont dans le collimateur du fisc, qui s'intéresse à 16 millions d'euros déposés sur deux comptes à Genève..." Précisions, sous la plume de Jean-Marie Pontaut: "Jean d'Ormesson aurait déclaré ne pas s'intéresser de près à la gestion de son patrimoine. Son épouse, en revanche, aurait reconnu que cet argent n'a pas été déclaré à l'administration fiscale française." Pontaut se souvient de cette affaire avec un grand rire: "Quand je l'ai appelé pour vérifier s'il avait bien été entendu par la brigade financière, il a très bien réagi, il a été très drôle. C'était comme si je lui parlais d'un roman. C'était désarmant comme réaction. Mais il n'a pas démenti. D'après ce que j'ai compris, c'était de l'argent de famille, que le couple venait de récupérer. Jean d'Ormesson n'a pas fait pression pour qu'on étouffe l'affaire, alors qu'il connaissait le directeur du journal..." Le fin mot de l'histoire? Selon un enquêteur chargé du dossier, "il n'y a pas eu de poursuites fiscales, ni de redressement, la France ayant dû respecter les conventions de l'époque avec la Suisse".
Le petit prince des lettres ne s'est jamais caché de mener grand train. Il roule en coupé Mercedes et habite, à Neuilly, un hôtel particulier ayant, paraît-il, appartenu à... Louis Aragon. Manuel Carcassonne, qui y a longtemps occupé un appartement avec Héloïse d'Ormesson, se souvient: "Il aime les plaisirs que procure l'argent mais n'est pas bluffé par les vanités terrestres. Seules l'impressionnent les productions de l'esprit."
Jean d'Ormesson a abandonné son bureau d'écrivain installé au-dessus des jardins du Palais-Royal mais conserve de vieilles habitudes. Il passe chaque été en Corse, à Saint-Florent, dans un manoir appartenant à la famille Béghin. Il aime s'y baigner et, selon des proches, s'y promener dans le plus simple appareil. En 2007, une enquête du Monde nous apprenait que "rentrée littéraire et manoeuvres académiques s'amorcent ici, au pied du désert des Agriates, dans l'ancien port naturel de Saint-Florent". Chez l'académicien Maurice Rheims, disparu en 2003, on croisait Pierre Combescot, François Nourissier ou Bertrand Poirot-Delpech. A quelques centaines de mètres, sur la même piste en terre, se trouve le domaine de la famille d'Ormesson. Jean-Marie Rouart s'amuse à l'évocation de ces rencontres traditionnelles avec Michel Déon, Félicien Marceau, Michel Mohrt, Maurice Rheims ou Jean-François Deniau: "Les voir tous ensemble me donnait envie de faire partie du club. Ils formaient une petite bande qui communiait dans la même conception de la vie, spirituelle et jamais médiocre. Jean d'O faisait des listes de noms sur le sable, on en riait, c'était sérieux sans l'être..."
L'écrivain au quotidien
"Si tout était lisse, je n'écrirais pas", a déclaré Jean d'Ormesson. Son biographe complète: "Il écrit sa nécrologie en permanence." Mais de quelle manière travaille-t-il? Sa fille Héloïse sourit à la question: "Il écrit n'importe où, sur ses genoux, dans un taxi ou sur un rocher corse, en plein soleil. Parfois, les manuscrits s'envolent et il ne les a pas paginés..." Enfant, elle avait remarqué un détail: "Quand il utilisait un feutre bleu ou noir et prenait un air concentré, je savais qu'il écrivait un article. S'il avait le nez en l'air et employait un crayon, je devinais qu'il écrivait un livre..." Manuel Carcassonne complète: "Il a un pouvoir de concentration et d'abstraction extraordinaire. En vacances, il est capable de se mettre à écrire au milieu de ses amis, une serviette autour des reins! Mais si quelqu'un, par mégarde, lui a pris son crayon, il peut en venir aux insultes." Jean d'Ormesson use, paraît-il, quatre crayons par livre.
Dans le fatras de son bureau, à Neuilly, seul se distingue son objet fétiche: une réplique du chat offert à Chateaubriand par le pape (ou Juliette Récamier, selon les sources). "Son bureau est un sanctuaire. Quand j'étais enfant, personne n'avait le droit d'y entrer, même pour faire le ménage", se souvient sa fille. Qui ajoute des détails significatifs: "Il n'a ni ordinateur, ni machine à écrire, pas de téléphone portable, pas de montre, pas de portefeuille, une seule carte de crédit qu'il n'utilise même pas. Il a seulement deux clefs, une pour sa voiture, l'autre pour la maison, qu'il n'égare plus depuis que maman lui a offert un porte-clefs en forme de livre, sur lequel sont inscrits les titres de ses premiers romans... Il ne s'encombre pas, il s'allège. Il est toujours dans le léger." En somme, Jean d'Ormesson est un pur intellectuel. "Il aime le luxe, le confort, mais n'a aucun besoin. Il emporte seulement un caleçon et une brosse à dents en voyage."
L'art du secret
"Pour comprendre ses secrets, il faut chercher autour des femmes, de l'argent", remarque Arnaud Ramsay. En gros, les principaux tabous de son éducation catholique. En octobre 2008, il publie Qu'ai-je donc fait? (Robert Laffont). Avec le mélange de vraie-fausse modestie et d'ingénuité qui le caractérise, il y confesse avoir volé une femme à un cousin puis avoir été, finalement, "lâche et médiocre" avec ladite femme. Carcassonne décrypte: "Il n'aime pas parler de lui. Ou alors il raconte ce qui l'arrange. Il y a eu des blessures amoureuses, certainement. Et un rapport à sa mère très fort, mais ce n'est qu'une intuition de ma part." Il a été, parfois, d'une audace surprenante, presque juvénile, avec les femmes. Pour son ancien gendre, père de sa petite-fille: "Aujourd'hui, il est de plus en plus attaché à son cercle familial très proche." Il est d'une sincérité désarmante quand il écrit, en préface d'un recueil de chroniques édité par Héloïse d'Ormesson: "Ce que j'ai réussi de mieux, c'est ma fille."
Ses amis peinent à lui trouver des défauts. Après une longue hésitation, Jean-Marie Rouart n'en trouve qu'un: "Sa résistance à la psychanalyse. L'irrationnel l'inquiète. Il aime la lumière, pas les ombres. Il accepte l'ordre des choses." Bernard Pivot se souvient de cette confidence de Jean d'O à l'époque où il dirigeait Le Figaro: "Je ne sais pas dire non."
On a l'impression que la chance a toujours souri à Jean d'Ormesson. Que lui manque-t-il? La réponse est de Bernard Frank: "Trente-sept fois cité à l'ordre d'Apostrophes, [il] affichait ce mépris tranquille et narquois de l'homme qui n'a plus que deux médailles à décrocher: le Nobel et la mort."
Mais que laisse Jean d'Ormesson en dehors de l'image d'un éternel séducteur au teint hâlé et aux yeux bleus? Un style d'un admirable classicisme et cette merveilleuse définition de la littérature: "Du chagrin dominé par la grammaire." Le plus aristocratique des écrivains contemporains garde pudiquement le secret de ses chagrins.
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Sam 5 Déc 2009 - 1:27

Merci cathy, voilà un admirable portrait.
Et cette définition de la littérature: "Du chagrin dominé par la grammaire", superbe...i
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Sam 5 Déc 2009 - 2:22

Ha parce que tu as tout lu, toi ? Chuuttt

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Sam 5 Déc 2009 - 23:18

Ben voui, je lis quasiment tout sur le forum, et le sujet m'intéressait.
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Dim 6 Déc 2009 - 13:25

blue note a écrit:
Ben voui, je lis quasiment tout sur le forum, et le sujet m'intéressait.

Merci beaucoup pour ce message. J'ai trouvé que cette bio reflétait bien les différentes facettes du personnage.
En ce moment, je cherche des vidéos des anciennes emissions d'apostrophe entre lui et Peyreffite (ils n'étaient pas très amis) et bernard Franck (un journaliste qui l'a beaucoup critiqué).
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 14 Déc 2009 - 12:01

J'ai enfin pris le temps de lire ce long article posté par cathy (merci cathy !), rudement riche en mille détails. Je me disais en parcourant le chemin de vie de cet homme, que les fées se sont penchées sur son berceau. Rares sont ceux qui, aujourd'hui, peuvent témoigner d'autant de chance à tout point de vue. Il fait partie des exceptions heureuses, en quelque sorte. Cela ne me le rend ni plus ni moins attachant, je ne le connais pas, ou si peu, à travers quelques émissions un peu bouffonnes comme "Les Grosses Têtes" que j'écoutais jadis et à qui il m'est arrivé d'envoyer des colles, à cette époque. Je crois même, en y réfléchissant, que cette émission a contribué à me le rendre un peu antipathique, sans qu'il y ait aucune autre raison que l'impression à un moment que Bouvard et ses invités glissaient dans la vulgarité ou quelque chose comme ça (je ne sais plus trop, depuis le temps, en tout cas aujourd'hui je sais que je fuis ce genre d'émissions).

Alors du coup je suis perplexe, parce que l'article dresse le portrait d'un homme raffiné que la vie a bien favorisé. Je me demande quelle est la teneur de ses livres, non sur le plan des histoires qu'il raconte, mais sur la qualité de l'écriture.

Est-il possible de lire un extrait quelque part ?

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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 14 Déc 2009 - 17:05

Romane a écrit:
J'ai enfin pris le temps de lire ce long article posté par cathy (merci cathy !), rudement riche en mille détails. Je me disais en parcourant le chemin de vie de cet homme, que les fées se sont penchées sur son berceau. Rares sont ceux qui, aujourd'hui, peuvent témoigner d'autant de chance à tout point de vue. Il fait partie des exceptions heureuses, en quelque sorte. Cela ne me le rend ni plus ni moins attachant, je ne le connais pas, ou si peu, à travers quelques émissions un peu bouffonnes comme "Les Grosses Têtes" que j'écoutais jadis et à qui il m'est arrivé d'envoyer des colles, à cette époque. Je crois même, en y réfléchissant, que cette émission a contribué à me le rendre un peu antipathique, sans qu'il y ait aucune autre raison que l'impression à un moment que Bouvard et ses invités glissaient dans la vulgarité ou quelque chose comme ça (je ne sais plus trop, depuis le temps, en tout cas aujourd'hui je sais que je fuis ce genre d'émissions).

Alors du coup je suis perplexe, parce que l'article dresse le portrait d'un homme raffiné que la vie a bien favorisé. Je me demande quelle est la teneur de ses livres, non sur le plan des histoires qu'il raconte, mais sur la qualité de l'écriture.

Est-il possible de lire un extrait quelque part ?

Pour ce qui est des extraits , je me mets en recherche (prochain message). Ces livres ont des thèmes communs : Dieu, la création du monde, le temps, le hasard et la nécessité, Marie qui a été son grand amour, un peu lui-même. Il parle de lui-même surtout dans la fête en larme, qu'ai je donc fait et son dernier livre relate ses chroniques littéraires de l'époque où il était journaliste (il est toujours éditorialiste).
Pour la qualité de son écriture, je peux dire que son style est fluide, agréable à lire, qu'il y a beaucoup de détails.
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Romane
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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Lun 14 Déc 2009 - 17:11

Merci cathy !

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cathyhune



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MessageSujet: Re: Jean D'Ormesson   Mar 15 Déc 2009 - 17:02

Romane a écrit:
J'ai enfin pris le temps de lire ce long article posté par cathy (merci cathy !), rudement riche en mille détails. Je me disais en parcourant le chemin de vie de cet homme, que les fées se sont penchées sur son berceau. Rares sont ceux qui, aujourd'hui, peuvent témoigner d'autant de chance à tout point de vue. Il fait partie des exceptions heureuses, en quelque sorte. Cela ne me le rend ni plus ni moins attachant, je ne le connais pas, ou si peu, à travers quelques émissions un peu bouffonnes comme "Les Grosses Têtes" que j'écoutais jadis et à qui il m'est arrivé d'envoyer des colles, à cette époque. Je crois même, en y réfléchissant, que cette émission a contribué à me le rendre un peu antipathique, sans qu'il y ait aucune autre raison que l'impression à un moment que Bouvard et ses invités glissaient dans la vulgarité ou quelque chose comme ça (je ne sais plus trop, depuis le temps, en tout cas aujourd'hui je sais que je fuis ce genre d'émissions).

Alors du coup je suis perplexe, parce que l'article dresse le portrait d'un homme raffiné que la vie a bien favorisé. Je me demande quelle est la teneur de ses livres, non sur le plan des histoires qu'il raconte, mais sur la qualité de l'écriture.

Est-il possible de lire un extrait quelque part ?

J'ai en trouvé quelques uns plus des citations de lui, je m'excuse par avance car il y a beaucoup à lire (peut-être trop .....)

Les citations de Jean d'Ormesson
«Il est plus difficile de prouver à quelqu'un sa bêtise que sa misère.»
[ Jean d'Ormesson ] - Du côté de chez Jean

«Depuis le big bang, tout commence à mourir à l'instant même de naître. L'univers n'est qu'un élan vers l'usure et la mort.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«Il y a de l'esprit ailleurs que dans la pensée des hommes.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«Les hommes sont un peu comme Dieu : tout ce qu’ils peuvent faire, ils le font. Ou ils le feront.»
[ Jean d'Ormesson ] - Presque rien sur presque tout

«Tout le problème est de s'élever, de se distinguer, sans se séparer des autres hommes.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994

«Peut-être la bicyclette, dans ce monde de machines, était-elle à nos yeux une héritière du cheval ?»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d’ Au plaisir de Dieu

«Toute mort est un mystère parce que toute vie est un mystère.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«Les passions de la vie, des plus hautes aux plus basses, comme l'argent par exemple, font partie de la vie.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994

«La science, la morale, l'histoire se passent très bien de Dieu. Ce sont les hommes qui ne s'en passent pas.»
[ Jean d'Ormesson ] - Dieu, sa vie, son oeuvre

«La télévision est un spectacle. C'est une tribune, une scène, un journal du monde, un stade, un cirque.»
[ Jean d'Ormesson ] - Merci Bernard Pivot - 18 Mars 2001

«La plus haute tâche de la tradition est de rendre au progrès la politesse qu'elle lui doit et de permettre au progrès de surgir de la tradition comme la tradition a surgi du progrès.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait de la Réponse au discours de réception à l'Académie française de Madame Yourcenar

«La naissance est le lieu de l'inégalité. L'égalité prend sa revanche avec l'approche de la mort.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«C’est ça qui me fait peur dans le bonheur : l’usure, la lassitude, l’effilochage.»
[ Jean d'Ormesson ] - L’amour est un plaisir

«C'est le langage qui crée l'homme.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994

«Rien n'est plus proche de l'absolu qu'un amour en train de naître.»
[ Jean d'Ormesson ]

«Une certaine légèreté demande plus d'efforts que la pesanteur, les leçons de morale, la gravité, l'ennui qui s'en dégage. Mais elle est liée aussi à une certaine grâce, au charme, au plaisir.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994

«Ecrire est difficile, parce qu'on est toujours dépassé par son livre.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Pascale Frey - Janvier 1994

«La télévision est une machine à montrer ceux qui y passent et à cacher ceux qui n'y passent pas.»
[ Jean d'Ormesson ] - Merci Bernard Pivot - 18 Mars 2001

«Là où existe encore quelque chose, là règnent déjà le changement et la contradiction.»
[ Jean d'Ormesson ] - Dieu, sa vie, son oeuvre

«La seule façon pour Dieu de s'exonérer d'une responsabilité écrasante, c'est de ne pas exister. On peut pardonner à Dieu s'il n'existe pas. S'il existe, je crains qu'il ne faille trop souvent le maudire.»
[ Jean d'Ormesson ]

«N'existent que les êtres dans l'espace et le temps. Dieu n'existe pas puisqu'il est éternel.»
[ Jean d'Ormesson ] - Presque rien sur presque tout

«Il y a des jours, des mois, des années interminables où il ne se passe presque rien. Il y a des minutes et des secondes qui contiennent tout un monde.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«C'est quand il y a quelque chose au-dessus de la vie que la vie devient belle.»
[ Jean d'Ormesson ]

«Chacun est prisonnier de sa famille, de son milieu, de son métier, de son temps.»
[ Jean d'Ormesson ] - Voyez comme on danse

«Rien n'est plus difficile pour chacun d'entre nous que de situer ce qu'il a fait et de se situer soi-même à sa juste mesure.»
[ Jean d'Ormesson ] - C’était bien

«Tout le bonheur du monde est dans l'inattendu.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'une interview dans Libération - 23 Décembre 2000

«Dans une éternité et un infini qui sont fermés à jamais aux êtres dans le temps, Dieu est le nom le plus commode pour le néant et pour le tout.»
[ Jean d'Ormesson ] - Presque rien sur presque tout

«Cette vie foisonnante de l'histoire est si merveilleusement riche qu'elle réduit à néant les inventions sans génie d'une imagination essoufflée.»
[ Jean d'Ormesson ] - La Gloire de l'empire

«De part et d’autre de votre présent si fragile, le passé et l’avenir sont des monstres assoiffés de temps.»
[ Jean d'Ormesson ] - La Création du monde

«L'éternité, c'est ce qu'il y a de plus fragile, c'est du papier. Qu'est-ce qui reste de tout le passé ? Non pas les idées, parce qu'elles s'envolent, mais des mots écrits.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'un Entretien avec Bernard Pivot - Juin 1978

«Être bon dans les médias n’est pas le signe qu’on est un bon écrivain.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'une interview sur Evene.fr - Mai 2007

«Un livre qui passe à la télévision est un livre menacé, parce que la télévision transforme le livre en spectacle.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'une interview sur Evene.fr - Mai 2007

«Les traditions - comme les femmes - sont faites pour être à la fois respectées et bousculées.»
[ Jean d'Ormesson ]

«Les honneurs, je les méprise, mais je ne déteste pas forcément ce que je méprise.»
[ Jean d'Ormesson ]

«Passer à la télévision est le rêve de tous les m'as-tu-vu qui, à tort ou à raison, s'imaginent avoir quelques choses à communiquer aux autres.»
[ Jean d'Ormesson ] - Merci Bernard Pivot - 18 Mars 2001

«L’espace change, l’univers se dilate, et la seule chose qui ne passe pas, c’est ce qui passe sans cesse, le temps.»
[ Jean d'Ormesson ] - Extrait d'une interview sur Evene.fr - Mai 2007


Extrait du roman : Presque rien sur presque tout - Jean d'Ormesson
L'EAU
« Pour un esprit, venu d'ailleurs, qui tomberait sur cette Terre et qui en ignorerait tout, l'eau serait un objet de stupeur presque autant que le temps. L'eau est une matière si souple, si mobile, si proche de l'évanouissement et de l'inexistence qu'elle ressemble à une idée ou à un sentiment. Elle ressemble aussi au temps, qu'elle a longtemps servi à mesurer, au même titre que l'ombre et le sable. Le cadran solaire, le sablier, la clepsydre jettent un pont entre le temps et la matière impalpable de l'ombre, du sable et de l'eau. Plus solide que l'ombre, plus subtile que le sable, l'eau n'a ni odeur, ni saveur, ni couleur, ni forme. Elle n'a pas de taille. Elle n'a pas de goût. Elle a toujours tendance à s'en aller ailleurs que là où elle est. Elle est de la matière déjà en route vers le néant. Elle n'est pas ce qu'on peut imaginer de plus proche du néant: l'ombre, bien sûr, mais aussi l'air sont plus si l'on ose dire - inexistants que l'eau.
Ce qu'il y a de merveilleux dans l'eau, c'est elle est un peu là, et même beaucoup, mais avec une délicatesse de sentiment assez rare, avec une exquise discrétion. Un peu à la façon de l'intelligence chez les hommes, elle s'adapte à tout et à n'importe quoi. Elle prend la forme que vous voulez : elle est carrée dans un bassin, elle est oblongue dans un canal, elle est ronde dans un puits ou dans une casserole. Elle est bleue, verte ou noire, ou parfois turquoise ou moirée, ou tout à fait transparente et déjà presque absente. Elle est chaude ou froide, à la température du corps, ou bouillante jusqu'à s'évaporer, ou déjà sur le point de geler et de se changer en glace. Tantôt vous l'avalez et l'eau est dans votre corps; et tantôt vous vous plongez en elle et c'est votre corps qui est dans l'eau. Elle dort, elle bouge, elle change, elle court avec les ruisseaux, elle gronde dans les torrents, elle s'étale dans les lacs ou dans les océans et des vagues la font frémir, la tempête la bouleverse, des courants la parcourent, elle rugit et se calme. Elle est à l'image des sentiments et des passions de l'âme.
Ce serait une erreur que de prêter à l'eau, à cause de sa finesse et de sa transparence, une fragilité dont elle est loin. Rien de plus résistant que cette eau si docile et toujours si prête à s'évanouir. Là où les outils les plus puissants ne parviennent pas à atteindre, elle pénètre sans difficulté. Elle use les roches les plus dures. Elle creuse les vallées, elle isole les pierres témoins, elle transforme en îles des châteaux et des régions entières.
Elle est douce, fraîche, légère, lustrale, bénite, quotidienne, de vie, de rose, de fleur d'oranger, de cour, de toilette ou de table, thermale ou minérale, de Cologne ou de Seltz. Elle peut aussi être lourde, saumâtre, meurtrière et cruelle. Sa puissance est redoutable. Ses colères sont célèbres. Elle porte les navires qui n'existent que par elle, et elle leur inflige des naufrages qui font verser des larmes aux veuves de marins. Lorsqu'elle se présente sous forme de mur, lorsqu'elle s'avance, selon la formule des poètes et des rescapés, à la vitesse d'un cheval au galop, lorsqu'elle s'abat sur les côtes et sur les villes, elle fait surgir du passé les vieilles terreurs ancestrales.
Aussi vieille que la terre, ou plus vieille, plus largement répandue à la surface de la planète, complice des algues, des nénuphars, du plancton et du sel, fière de ses origines, consciente des services qu'elle a rendus à l'homme dont elle a longtemps abrité et nourri les ancêtres, puisque durant trois milliards et demi d'années tout ce qui vit est sous l'eau, elle considère toute matière autre qu'elle-même avec une sorte de dédain. Comme la lumière, elle est nécessaire à la vie. Supprimez l'eau, c'est le désert, la ruine, la fin de tout, la mort. II n'y a pas d'eau sur la Lune. Aussi peut-on assurer que ses paysages sont lunaires. »

Extrait du roman Voyez comme on danse
Deux ou trois étés de suite, nous avions lâché l'Italie pour l'une ou l'autre des îles grecques. Nous louions pour pas cher des maisons qui étaient loin des villages et tout près de la mer. Les voitures, les journaux, les faits divers, les impôts, les débats de société et les institutions, nous les laissions derrière nous avec Margault et Romain. À Naxos, notre fenêtre donnait sur un champ de lavande. À Symi, nous avions un figuier au milieu du jardin. J'écrivais à son ombre un livre sur mon enfance qui allait s'appeler Au plaisir de Dieu
Nous marchions sur le sable, nous dormions beaucoup, nous ne voyions personne, nous nous baignions à tout bout de champ, nous nous nourrissions de tomates, de mezze, de feuilles de vigne farcies, de tzatziki. Les journaux de Paris arrivaient une fois par semaine au port où nous n'allions pas les chercher.
Non, nous ne nous ennuyions pas. Nous ne faisions presque rien. Nous nous aimions.

Extrait du roman Odeur du temps. Chroniques du temps qui passe

« POIL A GRATTER, DANS LE SENS DU POIL
Je surprendrai peut-être le lecteur en lui assurant que ce que je préfère, c’est me taire. J’ai parfois regretté mes paroles, je n’ai jamais regretté mon silence. Je ne participe pas volontiers aux querelles qui agitent le petit monde des intellectuels parisiens. De temps en temps, j’ai pourtant échangé quelques banderilles avec des amis pour qui j’avais de l’estime, et parfois un peu plus. Au premier rang d’entre eux, Bernard Frank.
Frank était un écrivain qui faisait rêver les jeunes gens. Il avait un immense talent. Accessoirement, il se moquait volontiers de moi, il me prenait pour tête de Turc. Je ne répondais guère. Et puis, une fois pour toutes, je lui ai rendu la monnaie de sa pièce. Il est mort. Il ouvre ces pages parce que je l’aimais.
MON BOURREAU, MON AMOUR
Non, le mégalomane, le paranoïaque, ce n’est pas moi. C’est lui. Moi, personne ne m’appelle jamais, personne ne m’écrit jamais. Ou alors des dames de province avec des chapeaux verts ou des colonels à la retraite. Moi, je cache mes téléphones de Saint-Chély-d’Apcher ou de Loguivy-Plougras et les lettres que je reçois, d’une écriture maladroite, sur du papier quadrillé, pour me confirmer que je suis idiot et la honte de la famille. Lui, c’est Sartre à tout bout de champ. C’est Nadeau deux fois par semaine. Dans les jours les plus sans, dans les heures les plus pâles, c’est Fontaine ou Fauvet, il ne sait plus, il les confond, il plane très loin au dessus-d’eux. Mais il se souvient avec précision de tous les torrents de miel qui sortaient de leur bouche : « Ah ! comme c’est bien Frank, ce que vous avez écrit sur Drieu ! Je ne croyais pas que vous seriez capable d’écrire quelque chose d’aussi bon. Pourquoi ne nous donneriez-vous pas un article comme ça, en plus long, pour Les Temps modernes ? (Ou pour le Cahier des saisons, ou pour Le Monde, ou pour L’Observateur, on le réclame de partout, rayez la mention inutile.) Allez-y comme vous voulez sur le sujet que vous voulez. » Éblouir ! Éblouir ! Le jeune Frank ne pense qu’à ça. Et il y réussit. Pas toujours pour longtemps. C’est souvent : « Bonjour ! Bonsoir ! Adieu ! Et allez au diable ! » On dirait qu’on se fatigue de Bernard Frank plus qu’il ne se fatigue de lui-même. « J’ignorais, lui confie Sartre avec une espèce d’admiration, que vous pouviez écrire quoi que ce soit sur quelqu’un d’autre que vous-même. » Mais enfin, à mi-chemin entre le coup de tonnerre de la révélation sur le mont Sinaï ou sur le mont Nebo et la lassitude, le dégoût, l’extinction de voix, Bernard Frank, qui vient de réunir en volume ses articles des années cinquante1, y aura tenu beaucoup de place. Une place qui me paraît énorme puisqu’elle fait plus de bruit que la mienne.
Moi, pour la modestie, je ne crains personne. Et je me demande pourtant ce que Bernard Frank aurait pu faire sans moi ? Je venais d’atterrir, je me souviens, dans un fauteuil d’un journal un peu réactionnaire – ah ! c’était moins élégant que Combat ou L’Observateur… – qui s’appelait Le Figaro. C’était avant l’arrivée de Robert Hersant qui allait, bien entendu – il y a dans cette affaire comme un parfum de romance à la Modiano –, écrire « une lettre charmante » à notre bon Bernard et insister « par deux fois », avec vigueur, auprès de lui pour qu’il veuille bien accepter comme une grâce d’entrer au Figaro en qualité de feuilletoniste en titre. Ah ! ce n’est pas à moi, refrain, que Robert Hersant aurait écrit des lettres charmantes. Je crois bien qu’il ne répond même pas aux livres que je lui envoie avec des dédicaces aimables. Mais Bernard, plus malin que moi, préfère Le Monde et L’Observateur. Où en étais-je ? Ah ! oui… je venais d’arriver au Figaro quand je reçois une lettre – charmante, pour parler comme Bernard Frank – de Philippe Tesson qui dirigeait (et dirige toujours) un autre journal réactionnaire : Le Quotidien de Paris. Bernard Frank lui avait envoyé un article, excellent, où il me traînait dans la boue. Parfait. L’article paraît. Huit jours après, même scénario : lettre de Tesson, deuxième article de Bernard Frank sur ma pauvre personne dont il ne restait presque rien, publication et succès. Dix jours plus tard : même histoire, troisième article, tout Paris lance à Bernard les oreilles et la queue, malheureusement ce sont les miennes, je me fais de plus en plus minuscule dans mon superbe bureau. Enfin, quinze jours plus tard, Tesson m’annonce qu’il a reçu un quatrième article de Bernard Frank. Il parle de Marlène Dietrich. Et il est si mauvais qu’il est impubliable. Voilà un homme, évidemment, qui ne peut pas se passer de moi. Ce sont de ces choses qui créent des liens. J’aime Bernard Frank à la folie. »
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