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 Le jasmin étoilé

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Sbreccia



Nombre de messages : 5085
Date d'inscription : 04/08/2005

MessageSujet: Le jasmin étoilé   Ven 27 Nov 2009 - 16:33



Trois mois, depuis l'arrivée de François dans l'île, temps passé à appréhender les lieux dans la chaleur étouffante et sèche. L'ennui le gagnait peu à peu. Au début il éprouva du soulagement à ne rien faire de son temps, il mettait cela sur le compte du changement après la vie mouvementée qu'il avait menée aux Caraïbes.
Le silence des journées passées dans le jardin inondé de blanc, blanc des murs badigeonnés à la chaux, blancs des fleurs de jasmin serpentant sur les façades, c'était comme une chambre d'hôpital pour soigner ses blessures de l'âme.
Malgré sa solitude il évitait de penser au passé, à cette boule qu'il avait là dans la poitrine, il la sentait présente et prête à éclater. Il déambulait du salon au bout du jardin empruntant les coins d'ombres tel un cafard dérangé par une présence.
Il le savait elle était là, pas loin, prête à ressurgir, à le bruler, à le détruire. Quand il sentait qu'il allait défaillir, succomber à son souvenir il s'affalait sur le divan, la clim à fond et il tombait dans un sommeil comateux, un sommeil d'oubli bienfaiteur.
Au réveil, il ressentait la soif, une soif plus forte que celle qu'il avait connue là bas, il se levait s'aspergeait d'eau se coiffait d'une casquette et sortait, fuyant la maison, fragile.
De suite, dès le seuil de la porte il était englouti par la lumière, elle écrasait tout dans les rues, ondulant en vagues de chaleur. La rue dévorait l'espace, comme une plaie saignante entre les édifices écrasés par le bleu de la mer qui noyait l'horizon. Il marchait au hasard entre les maisons maures, dépassant les portes ouvragées, les balcons de fer forgé. Un monde de bleu et de blanc, vide d'habitants aux heures chaudes du jour.
Il errait plutôt, jusqu'à en avoir mal, marre des couleurs agressives et des odeurs piquantes.


Les vibrations de l'asphalte brulant remontaient de la chaussée brouillant la vue de François, partout pierres et fer se mêlaient en des formes mouvantes, la rue ressemblait à un grill immense. Il sentait la sueur dégouliner dans son dos le long de sa colonne vertébrale, ses tempes ruisselaient, c'est alors qu'il le vit. Subjugué il resta cloué au milieu de la rue face au monstre de fer, le bolide venait de tourner à l'angle de la rue Ben Ameur. Il le regardait fasciné se glisser dans le mirage de la rue, se scinder en plaques de couleurs dans ce kaléidoscope géant que n'aurait pas renié un peintre cubiste. Son rouge ensanglantait l'espace, il percevait distinctement le bruit du moteur; un bruit monstrueux qui se fracassait contre les façades et les bleus des maisons. La voiture lui venait dessus sans freiner et lui cloué au sol la regardait comme un torero au centre de l'arène regarde venir le taureau, à la différence que lui ne tenterait pas l'esquive. Il était fasciné par la bestialité de l'engin, sa puissance et son bruit.
Il entendit distinctement l'auto radio de la Porsche qui diffusait une musique arabe, il avait déjà entendu cet air, ce fut la dernière pensée qu'il eût avant que le véhicule le percute.



La forme lui apparut progressivement, tout d'abord noire sur fond blanc, puis grise et enfin couleur chair.
D'instinct il sentit qu'il n'y avait aucun risque, elle n'en voulait pas à sa peau, au contraire, elle lui sembla douce dans sa lenteur. Elle allait et venait horizontalement au-dessus d'une surface ocre, et ce mouvement lui rappela celui d'un encensoir. Le même qui l'avait intrigué lors de la nuit de Noël à l'église Russe de Nice, agité lentement par les moines dans un brouillard ambiant.
Était il mort..? Certes non, puisqu'il pouvait voir, penser et sentir, enfin sentir, oui les odeurs car de son corps il n'avait aucune nouvelle.
---Vous êtes joueur Mr Macanek..???
En d'autres temps la question l'eût surpris, mais là il tentait de rassembler ses esprits, il se sentait émerger du néant bénéficiant d'un vocabulaire et capable de comprendre, cela lui paraissait si étrange qu'il ne s'interrogea pas. Il s'entendit répondre :
---Comment...?
---Parce que si ce n'est le cas vous avez beaucoup de chance sans le savoir, vous vous en tirez avec une fracture du tibia après trois semaines de coma. A votre place dès le retour en France je jouerai au Casino.
---Je ne me souviens de rien que s'est il passé..? Et où suis-je..?
---A la clinique de D...., entre les mains de bons médecins, ce qu'il s'est passé, justement nous comptions sur vous pour nous le dire. Etes vous suicidaire..? Dépressif..? Vous sentez vous de me répondre..?
---Franchement non. J'ai besoin de rassembler mes souvenirs, de me rappeler...
---Mr Macanek, prenez votre temps, voici ma carte, je suis Mohammed Dayan du Commissariat Principal, je repasserai vous voir...
François vit une ombre immense se dresser près de lui, il l'entendit heurter le lit dans lequel il était couché et disparaître tranquillement.

Le policier parti François éprouva le besoin de savoir comment son corps pouvait répondre aux sollicitations, et tout d’abord voir plus clairement. Il se frotta les yeux pour décoller ses paupières afin de pouvoir discerner les formes. Elles étaient collées par son long sommeil, il put constater petit à petit que la vue lui revenait. Il découvrit une table près de son lit et posée dessus une tasse de thé de couleur marron, celle que l’homme avait touillée pendant un long moment lors de son éveil.
Il avait du attendre longtemps qu’il reprenne connaissance et pourtant il ne s’était pas montré insistant, ce qui dénotait une certaine élégance.
Les paroles de Dayan lui revinrent en mémoire, une fracture du tibia avait il dit. Il passa en revue ses membres, les supérieurs lui obéissaient parfaitement, par contre pour ce qui était des inferieurs, il ne sentait rien.
Se pouvait il qu’ils aient été insensibilisés, anesthésiés. La peur d’une paralysie lui vint soudainement, il ne pouvait s’imaginer finir sa vie paralysé dans un fauteuil. Il se mit à trembler.
C’est à ce moment qu’une infirmière entra dans sa chambre. C’était une belle brune aux longs cheveux noirs frisés retombant sur les épaules, elle avait les traits fins typés bédouine.
Il réalisa en regardant la femme qu’il n’était pas cassé de partout et que son état n’était pas si désespéré qu’il le craignait. Il se décida à poser la question qui lui brulait les lèvres :
--- Dites moi, comment se fait il que je ne sente plus le bas de mon corps… ?
---C’est normal Mr Macanek vous êtes ankylosé, quelques séances à la piscine du centre et vous vous trouverez mieux. Vous revenez de loin, savez vous…
---Pouvez vous me dire comment je suis venu ici.. ?
--- Un voisin du lieu de l’accident a fait appel à l’unité de secours, on vous a retrouvé inconscient au milieu de la route. Pendant votre sommeil vous avez beaucoup parlé Mr Macanek, vous avez du beaucoup l’aimer.. . ?
--- De qui parlez-vous ?
---Mais de la femme que vous appeliez dans votre coma, vous n’avez pas dit son nom, elle semblait vous tourmenter énormément…Sans connaître une personne on peut mesurer l’étendue de ses souffrances, vos paroles ont fortement résonné en moi Mr Macanek, j’ai reconnu la douleur d’avoir perdu un être cher, la mort, la séparation c’était bouleversant. François regarda la jeune femme avec attention, le fait que cette personne inconnue ait eu connaissance de ses pensées intimes, dans un instant où il ne contrôlait rien, où il était sans défense, qu’il ait livré en public ce qu’il ressentait, le manque dont il souffrait le contrariait. C’était un homme réservé, avare de ses sentiments, ce viol involontaire l’agaçait.
---Je ne me souviens de rien, je ne sais pas de qui il s’agit, je suis fatigué pouvez vous me laisser… ?
---Bien sur, reposez vous , je repasse dans une heure. Visiblement la jeune femme regrettait ses paroles contraires à la retenue habituelle des gens de ce pays, peut être était elle allée trop loin. Elle évita de le regarder en s’adressant à lui et ajouta : si vous avez besoin d’aide appelez moi.

Après un mois d'hôpital François put sortir à condition de marcher avec des béquilles, il avait sympathisé avec Mounira son infirmière, en tout bien tout honneur. Elle lui expliquait les difficultés que vivaient au quotidien les femmes de cette région. Appartenant à un pays laïque, l’un des plus évolués du monde arabe, le sud était rétrograde et l’emprise de la religion et de la famille étouffantes, emprise des hommes sur les épouses, les femmes de la famille.
Elle lui conta l’histoire de cette habitante d’un village perché près de la frontière algérienne. Mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle ; un vieux barbon revêche, aigri, suivant les préceptes du Coran quand cela l’arrangeait , les digressant pour assouvir ses vices : l’alcool et les femmes, mais en cachette, toujours. Ils avaient eu un enfant, trois ans plus tard, à l’occasion d’un voyage en France avec son époux elle avait profité d’un instant d’inattention de ce dernier et de la famille de France pour s’enfuir sur la côte d’azur avec sa petite valise. Elle était jolie, agréable et d’un abord facile. Elle rencontra plusieurs hommes, obtint un petit boulot de vendeuse au black.
Mais avec le temps, son enfant lui manqua de manière insupportable. Elle décida de revenir au village pour reprendre sa petite. Elle fit le voyage, c’est un petit pays, tout se sait rapidement, à peine débarquée de l’avion le mari fut prévenu du retour.
Il chargea ses frères de l’accueillir, ils la reçurent dans leur maison, lui firent attendre la gamine. Mais ce fut le mari qui vint, armé d’un rasoir. Il se jeta sur elle et la balafra, il lui fit ce que l’on appelle : « le sourire kabyle », une estafilade de la bouche à l’oreille. Ainsi défigurée, couverte de honte, n’osant plus se montrer que voilée elle ne quitta plus le village.
Ce récit révolta François, il y voyait l’expression de la propriété masculine sur l’autre sexe, comme du bétail, oui, la femme était traitée comme du bétail. Mais significativement cette histoire se passait dans le sud du pays, il savait qu’il en était autrement dans les régions du nord où la vie à l’occidentale était courante. L’éducation, l’économie, tout semblait concourir à rendre les femmes du sud plus dépendantes de leurs époux. Les modes de vie traditionnalistes étouffaient la société dans ces régions. Dans les rues la population masculine était plus nombreuse, c’était soit des hommes, soit des fantômes, c’est ainsi qu’il désignait la gente féminine. Corps et visages cachés sous les tissus, impossible de croiser un regard chez ces zombies qui se protégeaient des mâles.
Ce que Dayan avait dit à Marc l’intriguait, il voulait en savoir plus sur ces histoires de morts suspectes. Les circonstances de l’accident lui revenaient la nuit en cauchemars par bribes. Il était impossible que quelqu’un lui en veuille au point de le renverser volontairement, mais il était vrai que la voiture n’avait pas cherché à l’éviter.
Il téléphona à Dayan et prit rendez vous dans un café proche du Commissariat, non loin du Centre ville. C’était un établissement agréable avec une grande terrasse de terre battue jouxtant une jardinerie où étaient mis en vente des poteries et des plantes ainsi que des pots de fleurs. Un coin de verdure avec des parasols en formes de paillottes de fibres de palmiers. Le propriétaire des lieux se présentait comme ingénieur agronome, mais les anciens disaient qu’il ne l’avait jamais été et qu’il trainait une vieille histoire de malversations. Depuis son arrivée il en avait entendu pas mal, ce genre de personnes au passé flétri jouant la respectabilité, c’était courant. Faire bonne figure devant l’étranger pour gagner sa confiance paraissait un bon moyen de se donner bonne conscience, tout finissait cependant par se savoir.




Chapitre II

Mohammed Dayan


Il fréquentait souvent cette terrasse avant son accident, il y lisait les périodiques français, la profusion des arbres en faisait un lieu d’ombre et de fraîcheur pendant les grosses chaleurs de l’été saharien. Il se dirigea vers une des tables en plastique blanc, recula un des fauteuils de même type et s’aida de sa canne pour allonger sa jambe blessée de façon confortable.
Le lieu était désert ce matin, seul un couple d’homosexuels se tenant par la main avait choisi un recoin à l’écart de la rue pour fuir les regards indiscrets. Il s’assit de façon à avoir en point de mire la jardinerie et surtout l’allée par où les clients pouvaient accéder au café. La matinée était douce, le ciel d’un beau bleu sans nuage. Il enviait les couleurs naturelles qui l’entouraient , parviendrait il un jour à les traduire sur une toile ?
La torpeur ambiante le gagnait peu à peu, il caressait la poignée mousse de sa canne anglaise en patientant. Enfin il vit un homme s’avancer dans l’allée du côté de l’exposition des oliviers. C’était un grand type très maigre vêtu d’un costume gris et d’un chapeau genre borsalino, une coiffe que l’on ne porte plus de nos jours. Il lui parut anachronique dans ce décor, un petit air de Louis Jouvet, mais ce qui frappait en lui c’était la pâleur de son teint. Il avait le visage d’un blanc cadavérique . En se rapprochant il lui évoqua ces films muets représentant Nosferatu le vampire. Il imagina l’angoisse que devaient éprouver les criminels soumis à ses interrogatoires, sans qu’il ait à parler son aspect devait amener de prompts aveux.



L’homme s’approcha de lui en esquissant une sorte de sourire qui ne le rendit pas pour autant plus sympathique.
-Sabah al kheir, salam aleikoum Mr Macanek, labes..? Je suis content de pouvoir vous souhaiter la bienvenue dans notre pays. Etes vous bien installé.. ?
François avait beau connaître la prolixité des formules de politesse en Afrique du nord, il ne pouvait s’empêcher d’en être à chaque fois étonné.
-Très bien Mr Dayan, enchanté de faire votre connaissance, je vous remercie de votre visite à l’hôpital et m’excuse de n’avoir pu répondre à vos questions. Sachez que même si j’avais été en forme pour vous répondre je n’aurai pu vous apporter d’éléments susceptibles d’orienter votre enquête. Je ne m’explique toujours pas pourquoi ce véhicule m’a foncé dessus.
- Ne vous tracassez pas, l’enquête avance tout de même, d’autres faits nous permettent de cerner un peu plus la situation et d’entrevoir certaines explications. Mais revenons à vous Mr Macanek. Tout d’abord que diriez vous de gouter à un des excellents thé à la menthe servi dans cet établissement que nous appelons « le café de l’environnement ».
Tout en parlant Dayan fit signe au serveur et lui commanda les deux thés accompagnés d’une bouteille d’eau.
Il déplia son grand corps et se pencha vers François à le toucher
-Avez-vous eu l’occasion de vous rendre en Libye avant votre accident.. ? dit il d’un air mystérieux
Débiter ses humanités ne le dispensait pas de travailler, grattez sous le vernis vous découvrirez le chasseur pensa François.
-En Libye non, en direction de la Libye plus exactement, je me suis rendu à Ben Guerdane près de la frontière libyenne avec un ami voyagiste, il y existe un souk important.



- Mr Macanek, Ben Guerdane est une ville de contrebande, vous y trouverez de tout à des prix défiant toute concurrence. C’est la plaque tournante du négoce illégal dans le sud tunisien. Ben Guerdane, est sur la route de Tripoli, qu’êtes vous allé faire à cet endroit ?
- La curiosité Mr Dayan, la curiosité, j’ai voulu visiter ce caravansérail géant en plein air. Je dois dire qu’effectivement c’est impressionnant. Comment votre pays peut-il tolérer ce far-west à quelques centaines de kilomètres de la capitale ?
-La politique Mr Macanek, entre deux maux il faut choisir le moindre, savoir donner du mou pour conserver le cap. Nous sommes aussi un peuple de marins et d’explorateurs. Pourquoi Ben Guerdane Mr Macanek ?
Devant cette insistance François se sentit inconfortable, était ce la position du fauteuil gagné petit à petit par le rayonnement de l’ascension du soleil ou les questions répétitives de Dayan qu’il ressentait comme une intrusion malsaine de son libre arbitre bien occidental ?
-Je pourrai vous répondre que je ne suis qu’un touriste.
-Curieux touriste Mr Macanek, que celui qui revient s’installer après une absence de cinquante années dans le pays où il a vu le jour. Vous aviez emporté vos racines avec vous comme ce bonzaï. Résultat vous avez parcouru le monde à la recherche du sel de votre terre natale. On vous retrouve en Corse où vous êtes proche des mouvements autonomistes sans pour autant participer aux actions, en Colombie et en Equateur dans le but de réaliser un documentaire sur les FARC, puis à Cuba où la politique n’a pas été votre tasse de thé, dit il avec un sourire entendu. Spectateur des soubresauts du monde sans en être acteur, Cuba a été votre calvaire expiatoire Mr Macanek ?
-Vous pensez connaître beaucoup de moi Mr Dayan, jugez vous les gens aux visas figurant sur leurs passeports ?
François réalisa que la conversation prenait un tour agressif qu’il risquait de regretter par la suite. En braquant cet homme il compromettrait toute possibilité d’en savoir plus sur les raisons de son accident.



Ce fut alors que tout partit en live. Faire un saut périlleux arrière sans esquisser le moindre mouvement, sentir son flux de sang remonter à la tête, vous avouerez que ce n’est pas courant.
Pourtant c’est ce qu’il se passa, en fait ce fut la conjugaison du souffle violent de l’explosion et du plaquage manqué de Dayan qui projetèrent François cul par-dessus tête de l’autre côté de son fauteuil. Il retomba en même temps que des centaines d’étincelles multicolores poursuivaient sa canne en ascension à hauteur des plus basses branches des palmiers dattiers. Spectateur médusé, il vit des poteries passer à travers les vitres accompagnant l’écriteau « café de l’environnement », des gerbes de géraniums s’enflammer parmi les ramures d’araucarias.
Il était au spectacle, aux premières loges d’un merveilleux feu d’artifice. Ses oreilles bourdonnaient de sons moelleux qui lui parvenaient comme au ralenti.
A quelques mètres de lui le corps de Dayan était allongé sur le ventre dans le sable de la terrasse. Il le vit bouger, il n’y avait pas de sang. Autour, aucun cri, nous étions le lendemain de l’Aïd et ce matin la ville avait la gueule de bois.
Il lui revint en mémoire cet exercice idiot qui plaisait tant à son sergent instructeur pendant ses classes. Celui-ci faisait allonger en cercle le peloton et, au centre de la troupe, dégoupillait une grenade offensive qui explosait en projetant peu d’éclats. Le sergent disait que c’était pour aguerrir le soldat. Jusqu’au jour où il y eut un blessé, cette pratique disparut du bataillon en même temps que ce sergent.
Dayan le regardait hébété et son visage était plus pale
François rampa vers lui, ne sachant si le danger était toujours présent.
-Mr Macanek je souffre, j’ai reçu quelque chose à la poitrine, je ne peux me retourner c’est trop douloureux. Ecoutez, il faut que je vous dise : nous avons eu des informations sur la présence de citoyens libyens hostiles à notre mode de fonctionnement. Ils désirent mettre un terme à notre développement économique basé sur le tourisme en s’en prenant aux étrangers, dans un premier temps de façon anodine puis en durcissant leurs actions. Mr Macanek vous avez dû être un témoin gênant à Ben Guerdane, vous avez vu quelque chose ou quelqu’un que vous ne deviez pas voir. Ah, j’ai mal…Mr Macanek, mon père était juif, ma mère arabe, je suis contre la violence de ce monde, la vie est si belle Mr Macanek.
Cet homme avait besoin d’une aide urgente, François essaya de se lever pour appeler du monde, mais sans sa canne il n’y parvint pas. Il se mit à hurler pour alerter les personnes qui petit à petit envahissaient la place.
Lorsqu’il se tourna à nouveau vers Dayan, il vit un filet de sang couler de sa bouche et s’étaler sur le sable. Le liquide était bu instantanément par le sol avide. Une mouche assoiffée se posa sur ce nectar. François la chassa d’un geste de la main instinctif, ce sont souvent ces genres de gestes anodins et idiots qu’un homme accompli lorsqu’il ne peut dominer les événements. Il avait perdu un ami il y a quelques années lors d’une libération d’otages, la mort n’était pas une inconnue et il comprit que Dayan n’en avait pas pour longtemps.
Des infirmiers commencèrent à examiner l’homme , des trousses de soins, des médicaments, des brancards, une tente transformèrent les lieux en hôpital de campagne. Quelqu’un soutint François pour qu’il se mette sur pied après qu’il ait été visité rapidement par un médecin. On lui tendit sa canne. Il n’avait rien, juste une petite commotion, le geste de Dayan l’avait sauvé. Un policier s’approcha de lui et lui enjoint de le suivre.


Le commissariat se trouvait à 200 mètres de la place, un bâtiment moderne, blanc comme tous les édifices de l’île, trônant au centre d’un grand parking avec une guitoune encadrée de deux drapeaux.
Il fut conduit dans un bureau au rez de chaussée près des services de l’immigration. Bizarrement il n’éprouva pas la même répulsion qu’il avait connue dans les locaux de Police de Cuba, les regards y étaient moins insistants, on n’y sentait pas la même méfiance, le même dédain que chez les fonctionnaires cubains.
Il y avait beaucoup d’animation, la nouvelle de l’attentat avait semé la panique chez les uniformes, des hommes entraient, sortaient, s’interpellaient. Il eut l’impression d’être au sein d’un essaim d’abeilles dérangé par un apiculteur.


Le bureau était sobre et froid, au fond derrière une table presque plus haute que lui un homme lui fit signe de prendre place. Il s’assit et observa son futur interlocuteur, c’était un gros homme adipeux, suant et au col sale, il portait une petite moustache ridicule. Malgré cela il se donnait un air d’importance. Il le fit attendre le temps nécessaire à assoir sa supériorité et à le rendre tributaire de son bon vouloir.
Après les événements qu’il venait de vivre François n’était pas à dix minutes près, aussi attendit il sans montrer d’impatience ce qui sembla avoir pour effet de chagriner Mustafa. L’homme se présenta ainsi comme étant Mustafa K…, insistant sur le grade de Premier Officier dont il semblait très fier. Il prononçait « premier officier » en tortillant de la main sa moustache, parodiant l’attitude d’un officier de l’armée des Indes. En même temps il tripotait un crayon de ses doigts boudinés en fixant François dans les yeux.
-Mr Macanik ?
- Mr Macanek !
-Oui Mr Macanek (il se racla la gorge), vous n’avez pas idée du guêpier dans lequel vous vous êtes fourré. A cause de vous un de nos meilleurs hommes est entre la vie et la mort, tout cela parce que vous êtes allé fureter dans des lieux où vous n’aviez pas à mettre les pieds.
-Ecoutez, je me suis expliqué avec Mr Dayan
-Vous n’avez rien expliqué du tout car nous possédons des éléments dont Mr Dayan n’avait pas connaissance
-Quels éléments ?
-Mr Macanek, arrêtez de jouer au chat et à la souris (il tritura un peu plus son crayon), nous savons que vous êtes un Privé, dit il sur de son effet en guettant la réaction de François, vous travaillez pour l’Agence Rigollet-Sainte Rose de Lyon. Vous êtes venu dans notre pays pour votre travail. Vous feriez bien de parler maintenant, sinon…
-Sinon, quoi, vous n’avez aucune charge contre moi, j’ai été victime d’un accident et aujourd’hui ma vie a été mise en danger, je pourrai demander l’intervention de mon ambassade.
Mustafa faillit s’étrangler de rage devant l’aplomb de ce français qui lui tenait tête. Il avait du compter sur l’effet psychologique de l’attentat, espéré une faiblesse de son vis-à-vis. Mais il n’en était rien et cela le rendait furieux, d’autant plus qu’il était conscient de ne pouvoir le mettre en cause et le retenir dans ses locaux.
François décida d’avancer un pion comme aux échecs.
-Mr K…, je respecte les lois de votre pays, je suis prêt à vous remettre l’ensemble des photos que j’ai prises le jour de mon voyage, il se pourrait qu’elles vous soient utiles, de mon côté j’aurai besoin de votre aide.
K…fit un effort pour se contenir, François le vit serrer les poings, tenter d’effacer le rictus qui avait pris place à la commissure de ses lèvres. L’homme se domina relativement vite. L’ambigüité de la situation l’avait déstabilisé, il ne s’attendait pas à un tel toupet.
Il se leva, s’avança vers François et lui mit une gifle retentissante. Sans un mot il lui passa les menottes et le saisissant par le col le sortit de son bureau, et le remit à deux gardiens en leur parlant en arabe.
François ne tarda pas à comprendre le sens de ces paroles car il fut conduit dans une geôle plongée dans l’obscurité, délesté de ses chaussures et de sa ceinture. Des amis tunisiens lui avaient bien parlé de l’élasticité des lois dans ce pays et de certaines méthodes policières, mais il ne s’attendait pas à ce traitement.
Petit à petit l’obscurité lui devint coutumière, il sentit l’odeur pestilentielle de la cellule, puis il marcha pieds nus dans un liquide qu’il identifia plus tard comme de l’urine. Dans un coin il y avait une banquette en pierre sur laquelle était jeté un matelas pouilleux. En passant la main dessus il se rendit compte qu’il était mouillé et troué, écœuré il le souleva et le fit tomber au sol, préférant s’allonger à même le socle rugueux.
Tapis dans le noir, le temps lui sembla une éternité. L’humidité suait par les murs dont peu à peu il discernait les contours et les ombres cauchemardesques. Il devinait les cafards et les bestioles qui sillonnaient le sol et les murs de la cellule, attentif au moindre bruit.
Il ferma les yeux, le visage de Rym lui apparut comme une lueur d’espoir, il avança les bras pour l’étreindre, inutile…

Chapitre III

Rym,




Dans les pays du Maghreb, un des sujet d’illustration des tapis, des tableaux est celui de la cavalcade de la mariée le soir des noces. Le couple est représenté sur un fringuant cheval arabe, elle en amazone dans une belle robe et lui guidant l’animal harnaché pour la fête. Avant de savoir qu’il s’agissait d’une noce François imaginait plutôt l’ enlèvement d’une mariée par son amant de cœur. Il voyait les amoureux poursuivis par une chevauchée d’hommes en armes par une belle nuit étoilée sous une lune éclatante de romantisme.
C’est à cette image qu’il pensait le soir, lorsqu’il se rendait dans une rue sombre à bord de sa voiture pour chercher Rym. Elle prenait des précautions avant de monter dans la voiture, attendant qu’il n’y ai personne pour s’engouffrer à l’arrière et s’allonger sur la banquette. Elle était fiancée et ne voulait pas risquer d’être découverte. Dans le sud une liaison avec un européen était déjà suffisamment problématique. Les mentalités attardées faisait d’une femme aperçue en compagnie d’un homme, une personne de mœurs légères, ce que nous appelons une pute.
Le simple fait pour une femme de se rendre seule dans un café était compromettant.
Il l’avait rencontrée par hasard, l’avait désirée, lui avait parlé discrètement. Elle était lettrée, native du nord du pays, lasse d’un fiancé égoïste qui n’avait pas d’attention pour elle, et surtout possédait une splendide paire de fesses.
Son fiancé travaillait dans la garde nationale, ses horaires de service, son travail étaient prenants pour un salaire de misère. Avec le temps, elle ressentait une certaine lassitude de vivre avec un homme qui la considérait comme sa femme de ménage et se servait de son corps. Sa rencontre avec François correspondait à un moment charnière de sa vie, elle avait besoin d’autre chose, de se sentir femme, désirée, partager de bons moments, des sorties, des discussions. François était prévenant, gentil et doux, bien que plus âgé il lui apportait ce qui lui manquait tant.
Les ruses de sioux déployées pour pouvoir se retrouver, les parties de cache-cache dans la voiture, les ruelles sombres tout cela aurait pu tourner au comique. Avec son sens du comique François aurait pu en rire, mais finalement cela était attristant car révélateur de mentalités d’un autre âge, d’une chape d’interdits, de mensonges, d’hypocrisie, qui ne lui correspondaient pas.
Où était la liberté, de circuler, liberté d’aimer tout simplement. Il avait du mal à le supporter, il était confronté à une forme de ségrégation, une relation entre un non-musulman et une femme tunisienne était source de conflits dans les familles. De son côté, elle aussi en souffrait, mais elle était résignée, son éducation, sa forme de penser, son expérience faisaient qu’elle devait se soumettre au secret, se montrer au grand jour serait une insulte à ses origines, elle devait vivre ses contradictions entre désir et interdits. L’impatience de François la mettait mal à l’aise. Elle le lui disait, essayant de calmer ses ardeurs, lui faire comprendre qu’habitant ce pays il devait se soumettre aux coutumes, même s’il les jugeait injustes et dénues de sens.
Elle se pliait aux préceptes de sa religion, faisant une entorse à ses convictions pour lui, mais n’allait pas jusqu’à porter le voile, fille du nord elle se refusait à suivre les usages djerbiens. D’ailleurs dans ses confidences elle ne se gênait pas de lui dire les vices que cachaient certains voiles, les amants de passage, les maris trompés.
La porte s’ouvrit brutalement et la lumière aveuglante fit irruption dans la pièce. François ferma les yeux, incapable de regarder ce qu’il se passait. Il entendit des cris et la chute d’un corps près de lui. La porte se referma et le noir se fit à nouveau, les cafards pouvaient sortir de leurs cachettes provisoires. Il attendit un instant et hasarda :
-Qui êtes vous, que faites vous là.. ?
L’homme près de lui gémit en remuant. François répéta ses questions. L’homme se décida à parler.
- Je suis Igor Olanov, je suis accusé d'espionnage et j'ai été tabassé toute la journée par ces fous furieux. Je suis innocent, je vous l'affirme. Je n’ai rien fait, je travaille pour une compagnie pétrolière norvégienne et j’ai été mandaté pour faire de la prospection près de la frontière libyenne. Mon guide tunisien est tombé malade pendant le voyage vers le sud, j’ai du le remplacer au volant, je me suis trompé de route et je suis entré dans la zone militaire interdite au sud de Remada. C’est là que la Police m’a arrêté. Et vous que faites vous là.. ?
- Je ne sais pas exactement pourquoi, je me suis rendu à Ben Guerdane près de la frontière, j’y ai pris des photographies, il paraîtrait qu’elles soient compromettantes, mais j’ignore en quoi. Ils ne veulent pas l’admettre.
- Etes vous sur de ce que vous leur avait dit.. ?
- Parfaitement sur.
- Alors vous avez du soucis à vous faire. Les flics de ce pays arrêtent les gens, les mettent en prison sur de simples présomptions et cela peut durer des mois avant qu’ils reconnaissent leur erreur et procèdent à une libération. Où sont les photos.. ?
François hésita un instant et répondit :
- Chez moi, sur mon bureau.
- Vous avez fait des doubles.. ?
- Non
- Donnez les, ne jouez pas avec eux.
François allait répondre que cela n’était pas son intention, il en avait assez de jouer au chat et à la souris avec ces services, de risquer sa peau aussi, lorsque la porte s’ouvrit à nouveau et trois hommes se jetèrent sur Igor, le prirent par les pieds et les cheveux en l’injuriant et le trainèrent hors de la cellule.
Derrière eux un homme apparut dans l’encadrement de la porte, sa masse occulta un instant la lumière. Il lui parla d’une voix affable.
- Mr Macanek, je vous présente mes excuses, il s’agit d’une regrettable erreur. Veuillez me suivre dans mon bureau.
François se leva en titubant, il suivit l’homme jusqu’à une pièce prés des geôles.
- Je suis le commissaire Ahmed Guerzi, je vous prie à nouveau d’excuser les méthodes lamentables de Mr Mustafa K.. Vous êtes le bienvenu dans notre pays. Nous allons vous accompagner jusqu’à chez vous et vous nous remettrez les photographies, nous pensons que vous avez pris des clichés du Boucher, un chef terroriste libyen redoutable. Nous nous doutions qu’il avait passé la frontière. Votre ami voyagiste a été interrogé, il travaille pour nos services et était présent lorsque vous avez pris les photos. Il a reconnu le Boucher, nous ne possédons que des vidéos anciennes de lui, vos clichés sont donc très importants pour nous. Et vous que demandez vous en échange ?
- Mon cabinet travaille sur l’enlèvement de la fille d’un banquier suisse. Je suis venu en Tunisie à la suite d’informations signalant la jeune fille à la frontière libyenne. J’ai besoin que vous me facilitiez l’enquête, la Police française n’a pas été saisie du dossier et je ne peux donc agir au grand jour.
- Mr Macanek, je me dois de reconnaître que vous faites preuve de bonne volonté, puisque vous avez décidé de coopérer avec nous je vais faire un geste en votre faveur. J’ai décidé de vous faire accompagner par un de mes adjoints des plus efficaces qui se chargera de vous protéger et faciliter vos recherches. Vous verrez, vous ne serez pas déçu, de plus ce sera une agréable surprise pour vous. Mais tout d'abord...: Omar, allez chercher la canne de Mr Macanek et rendez la lui..!

Un derviche débile s'affaira et ramena l'attribut si utile qui faisait défaut depuis de trop longues heures.
- "Avec toutes mes excuses Mr Macanek..."

Une fois en possession de sa canne François rajusta sa tenue et suivit le Commissaire Guerzi qui le conduisit par un long couloir sombre jusqu'à une pièce oubliée, une sorte de cuisine délabrée à l'arrière des bâtiments. Là, au fond près du mur, un homme tournait le dos.
---"Dayan..!!!" Non, ce n'est pas possible..! Mais vous êtes mort..!"
- C’est vous qui étiez visé, pourquoi serai-je mort à votre place Mr Macanek, ironisa Dayan.
- Mais enfin je vous ai vu mort, vous saigniez..
- Je vois que vous ne connaissez pas les délicieux tubes à la fraise et la rose Sibo-Sibon, j’en ai toujours un sur moi, en Tunisie nous avons internet et on peut se faire livrer de délicieux desserts, à condition d’y mettre le prix bien sur, éclata de rire le policier. Mais soyons sérieux, asseyez vous deux minutes François, vous permettez que je vous appelle François.. ?
Ce dernier n’eût pas le temps de répondre qu’Ahmed Guerzi renchérissait :
- Je vois que je ne me suis pas trompé sur votre future association. Le boucher n’a qu’a bien se tenir. Mais je vous laisse continuer Mohammed.


- François, comme je l’ai dit, c’est vous qui étiez visé dans cet attentat. Nos conclusions sont que son auteur ne peut qu’être le Boucher, vous l’avez photographié à Ben Guerdane et pour lui vous êtes un agent de l’étranger. Le Boucher est comme une pierre affûtée, un diamant vif, constamment aux aguets il note le moindre élément ou indice qui sort de l’ordinaire. Il a pris votre geste comme une intrusion, une intention particulière de lui nuire. Je le traque depuis des mois, je scrute ses moindres actions, je lis en lui comme dans un livre, l’ennui c’est que pour l’instant il a toujours une page d’avance. Mais je ne désespère pas de mettre un point final à son scénario d’enfer.
- Si vous le connaissez si bien, comment se fait il qu’il circule aussi librement dans votre pays.. ?
- Le Boucher n’est pas seul François, une organisation qui a ses bases en Libye le soutient, le finance, lui procure « ses planques ». Un homme seul n’irait pas loin. Lui est comme un poisson dans l’eau du lac d’Ichkeul. Pour que nous puissions mettre fin à ses actes il faut qu’il commette une erreur, une seule. Et là, ce qui vient de se passer pourrait être la faute de jeu que j’attendais. Le fennec a montré ses oreilles, je vais les lui couper avant qu’il ne regagne son terrier. Pour cela nous devons nous rendre à Monastir.
- Pourquoi Monastir et pas Sfax ou Sousse.. ?
Dayan eût l’air agacé par cette remarque que visiblement il jugeait déplacée. Il prit un air pincé, mais sa force de caractère fit qu’il composa son personnage en quelques infimes secondes.
- Monastir François, parce qu’à Monastir vit Ferhat Mechiche, avez-vous entendu parler de cet homme.. ?
- Attendez oui, ne serait ce pas l’un des chefs d’un parti d’opposition toléré et contrôlé par Ben Ali.. ?
- En partie oui.. ! En fait ce parti fait office de soupape sur la cocotte explosive de la tchachouka tunisienne entrain de bouillir sur le feu des revendications du peuple. Ferhat est une vipère du désert qui nourrit la haine du peuple tout en ménageant le pouvoir en place. Ce qui fait que Ben Ali le tolère. Mais plus le temps passe et plus Ferhat assoit les bases d’une future révolution. Son souhait : devenir le calife à la place du calife.

- Bien, mais qu’est ce qui vous fait penser que le Boucher se rendra à Monastir.. ?
- Vous savez François dans mon pays il y a ce qui se voit et ce qu’il se passe réellement. Les Tunisiens sont des gens pacifiques, ils tolèrent ce qui peut déranger un pouvoir qu’ils ont du mal à suivre, mais ils aiment le calme, la paix qui est propice aux affaires. Peut être ont-ils hérité cela des envahisseurs Romains, la « Pax Romana » propice à faire la grandeur de Rome. Nous sommes aussi des méditerranéens et nous avons le sang chaud, on s’enflamme très facilement face à l’iniquité qui fait le lit d’individus tels que le Boucher. Donc, certaines personnes aident le Boucher parce qu’il sert momentanément certains de leurs intérêts, mais au fond d’eux-mêmes ils sont tunisiens et aiment leur pays, ils détestent ce genre d’individu sans foi ni lois. Ainsi les langues se délient, les confidences secrètes dans les arrières salles désertes et sombres des cafés aux heures chaudes de la sieste nous amènent sur sa trace. Le Boucher se rendra chez Ferhat Mechiche François et nous serons là.
- Quand partons nous.. ?
- Demain matin aux aurores.
- Bien Messieurs, excellente décision approuva le Commissaire. Mohammed vous prendrez ma BMW de fonction, je vous la confie, attention à l’embrayage il est un peu sensible en ce moment et je n’ai pas eu le temps de le faire réviser ce mois ci. N’oubliez pas les tickets d’essence et lorsque vous serez à Monastir contactez mon ami le Commissaire Djibflouz, il a été témoin au mariage de ma fille à Tindja. Il a toute ma confiance et saura vous aider au besoin. Cette mission est « Confidentiel Défense » Messieurs, aucun de ses tenants ou aboutissants ne doivent être divulgués. Seul Djibflouz sera mis dans la confidence par moi-même. S’il vous arrivait quelque chose Mr Macanek nous ignorons jusqu’à votre existence. On ne s’est jamais rencontré, vous ne m’avez jamais vu. Allez Messieurs mektoub.. ! Et qu’Allah, paix à son nom, vous garde tous deux.


Après de brefs adieux et un rendez vous pris pour le lendemain matin François regagna son domicile. Le porche franchi, de retrouver ses arbres, ses massifs de fleurs, la fraîcheur de l'allée à l'abri des palmiers le ragaillardit. Décidément il se plaisait dans ce pays, si ce n'était cette menace inquiétante il prendrait bien l'engagement d'y vivre encore de nombreuses années. Il s'assit quelques instants sur le banc en pierres peintes de blanc qui trônait près de l'entrée de ce jardin des délices. Une nouvelle fois il s'émerveilla sur la capacité de cette terre à l'aspect aride et sablonneuse sous la chaleur des rayons du soleil et qui dès le soir tombé sous un arrosage abondant se révélait prolixe et nourricière. Par analogie il repensa à la phrase de Mohammed sur les aides du Boucher, des janus près à te planter un couteau dès que tu leur tourne le dos. Il réalisa la dangerosité de la mission dans laquelle il allait se lancer, mais comment faire autrement..? Il avait besoin de l'appui des autorités tunisiennes pour se lancer à la recherche de Nicole la fille du riche banquier Fieldkronenc de Genève, à la clef une commission de 300.000 $, de quoi assurer ses vieux jours. Alors il n'y a pas à hésiter, le jeu en vaut la chandelle avec un peu de chance les dollars tomberont dans son escarcelle...
Il était tellement plongé dans ses réflexions qu'il n'avait pas vu une forme juvénile sortir de sa maison et s'approcher de lui en lui tendant un grand verre de citronnade bien frais.
- Rym ma chérie cela fait longtemps que tu es là dit il en se saisissant du verre dont le contact frais lui procura une onde de plaisir.?
- J'ai entendu à la radio qu'un attentat avait eu lieu au café de l'environnement, on parlait de la mort d'un policier et d'un français qui était blessé, j'ai eu peur pour toi. Alors je suis venue discrètement jusqu'ici, viens rentrons je veux te sentir contre moi.
Le lendemain matin, François était devant l’entrée du souk, parmi la foule des touristes européens en mal d’achats. Sur les façades, les portes et fenêtres des boutiques un amoncellement d’objets hétéroclites et de tissus colorés de toutes sortes pendouillaient au vent tandis que quelques petits yaouleds tentaient d’alpaguer les chalands, les agrippant par la manche, vantant leur bronzage, avec les sempiternels « zoli gazelle » qui finissait par lui taper sur les nerfs. C’est bien connu « ici c’est moins cher qu’à côté » et « viens chez moi mon ami, je te ferai un bon prix ».
Le refrain attrape-gogos que nombre de touristes avaient fini d’interpréter avec le temps, mais que la gouaille populaire continuait à servir jusqu’à plus soif, quitte à faire fuir le client.
Il s’était posté à l’écart à côté de l’échoppe de « Ali Bidouille » un petit vendeur d’autoradios récupérés sur le marché de Ben Guerdane et revendus deux fois le prix. De là il pouvait guetter l’arrivée de Mohammed et sa voiture de police. Il n’eût pas à attendre longtemps, un quart d’heure tunisien plus tard la BMW sérigraphiée s’arrêtait sur la Place, au volant un flicard en képi lui fit signe de monter à l’arrière. Il ouvrit la portière et aperçut Mohammed recroquevillé sur la banquette. C’est vrai qu’il ne tenait pas à se faire voir dans la ville, son corps était supposé reposer au funérarium en ces instants.
François se glissa prestement dans le véhicule, serrant la main de l’Inspecteur, et la voiture redémarra rapidement. Le chauffeur prit l’enfilade des ruelles en direction du Boulevard de l’Hôpital qui l’amènerait au grand carrefour d’où il serait aisé de prendre la route d’Ajim et la Voie Romaine. Djerba est une île reliée au continent par cette route construite à l’époque Romaine par la légion qui occupait cette région berbère, on peut également y accéder par un bac maritime ou par avion.
Passer par la route rallongeait le trajet mais avait l’avantage de ne pas avoir à attendre la navette des transbordeurs, et de plus éviterait les curieux pullulant comme des mouches à cet endroit. Le chauffeur conduisait vite, il était natif du coin et la topographie n’avait aucun secret pour lui. Il enfilait les rangées de palmiers pour la plupart désséchés à cette époque, les champs d’oliviers tortueux et les haies de cactus comme sur les lieux d’un rallye. Ace rythme la Voie Romaine fut atteinte en moins de vingt minutes, il s’arrêta près d’une station service fermée devant laquelle était garée une vieille 4 L. Le flicard n’arrêta pas le moteur et sans un mot quitta le véhicule en direction de la 4 L., tandis que Mohammed prenait le volant.
François testa alors la conduite de l’Inspecteur, souple et moins brutale, on voyait qu’il dominait la machine. Une fois la Voie Romaine traversée ils prirent la route vers Gabès.
En ces endroits le paysage est relativement monotone, c’est une succession de champs d’oliviers sur une terre aride. Le commerce de l’huile d’olive est le principal négoce de la région. Dans certains villages des moulins à huile repérables facilement par cette odeur acre et entêtante si particulière apportent une source de revenu non négligeable en transformant la manne divine. En période de récolte des familles entières dressent leurs tentes berbères sous les arbres et recueillent les fruits de ces arbres de paix.
Mais aujourd’hui ce n’était pas de saison, les olives étaient vertes et les seules personnes que l’on pouvait entrevoir sur ces étendues désertes étaient de-ci delà des revendeurs d’essence libyenne avec leurs stocks de bidons multicolores entassés au bord de la route. Un système ingénieux permettait de remplir les réservoirs, le bidon était suspendu sur un socle en hauteur, un tuyau en caoutchouc passait du bidon à un petit compteur et ensuite au réservoir. On vendait ainsi une essence de qualité moins chère qu’à la pompe et tout cela à la vue de la Police et des Douanes qui fermaient les yeux sur ce commerce illégal. Ben Ali achetait momentanément le calme dans cette région pauvre.


Chapitre IV

Monastir



Voyager de compagnie sur de longues distances vous engage à échanger des idées, à vous confier quelquefois selon les affinités qui se créent ou non.
François et Mohammed ne tardèrent pas à franchir la frontière de la réserve pour en venir à disserter sur leur conception de la vie. La barrière culturelle est une ligne fragile érigée souvent par nécéssité, l'informatique et les médias offrent une vision de pluralité du plus profond d'un igloo au plus feutré d'un caravansérail. Et finalement, partout sur cette terre on s'aperçoit que le but universel de l'humanité est la recherche du bonheur.
Mohammed lui confia ainsi avoir été élevé dans deux religions, son père l’avait amené à la synagogue de la Ghriba au huitième jour après sa naissance pour y subir la Brith Milah (circoncision), il reçut un prénom hébreu : Israël et un prénom courant : Mohammed par respect pour sa mère. La veille sa mère avait fait venir son oncle à la maison, la religion musulmane se transmettant par le père, une des similitudes de plus avec la religion juive tout comme la circoncision. Son oncle avait prononcé l’Adhan à son oreille gauche (appel à la prière) et récité ensuite l’Aqamah.
Une grande fête s’était ensuite tenue à la maison où deux béliers avaient été sacrifiés. Ainsi Mohammed suivit les préceptes des deux religions sans en privilégier une par rapport à l’autre, ce qui avait fortifié chez lui un esprit de tolérance hors du commun.
François releva le caractère exceptionnel de cette situation et lui demanda si le sujet religieux avait malgré tout été source de conflit entre ses parents. Mohammed lui parla avec émotion de l’harmonie qui régnait dans le couple parental. Et comme la Ghriba avait été évoquée il lui raconta une coutume peu connue selon laquelle dans une petite cavité au fond de la pièce principale les femmes déposeraient des œufs marqués du nom d’une jeune fille que l’on voudrait marier, ces faits se produiraient en Mai en période du Festival local, à côté de l’œuf on mettait une petite bougie. Quelques temps plus tard on remettait l’œuf à la jeune fille qui après l’avoir mangé devait trouver mari. François se souvint ainsi que lors d’une visite à la Ghriba cette petite cavité cachée par une porte basse avait attiré son attention.

La conversation dévia ensuite sur des sujets moins brûlants.
Le temps et les kilomètres fondaient sans qu’ils s’en aperçoivent et bientôt ils arrivèrent aux abords de Gabès. De fait, la route contourne cette oasis, la seule au monde à être un port donnant sur la mer. Une sorte de périphérique évite de pénétrer dans la ville des phosphates. Pendant quelques kilomètres cette voie est bordée de petites cahutes genre gourbis constitués de feuilles de palmes, de planches et de cartons, meublées d’une table et d’une ou deux chaises on y expose des poteries, des dattes, des figues et autres fruits, du miel ainsi que des tas de bibelots, bijoux artisanaux etc…
Partout c’est un alignement de ces tabias prés desquelles s’arrêtent des files de véhicules et d’autocars. Mohammed et François ne s’y arrêtèrent pas un instant, ils avaient mieux à faire qu’à jouer les touristes.
Les 137 kilomètres de route de Gabès à Sfax en remontant vers le nord ne sont pas les plus beaux, la chaussée y est moins bonne, bien sur cela n’a rien à voir avec les routes cubaines défoncées par endroit, tout juste la qualité d’une petite route secondaire en France. De plus c’est la partie industrieuse du Sud de la Tunisie, les kilomètres s’y succèdent monotones dans des paysages plats.
A Sfax ils prirent l’autoroute qui remonte jusqu’à Tunis, à l’entrée il y a bien un poste de péage installé, mais personne, c’est gratuit. François ne put s’empêcher de penser aux sommes pharamineuses engrangées par les sociétés d’autoroute en France , surtout en période estivale, ici rien de tout cela. De Sfax à Monastir l’autoroute était belle, la chaleur étouffante. Ils firent un arrêt dans un petit café maure du côté d’El Hencha. Désirant soulager une envie pressante François une fois de plus, fut confronté à l’état repoussant des toilettes de ces petits cafés en bord de route. Décidement il y avait du travail à faire dans ces commerces au niveau de l’hygiène. Lorsqu’il regagna la table Mohammed eut l’air penaud et gêné, il avait compris, François se tût.
Ils entrèrent à Monastir par la C100et se rendirent à l’Hôtel Ribat sur l’Avenue Bourguiba où Dayan avait réservé deux chambres contigües. François posa sa valise et en profita pour prendre une bonne douche qui le remit de la fatigue du voyage.
Moins d’une heure plus tard il était au rez de chaussée à visiter ce somptueux bâtiment. Une piscine attrayante trônait au centre de la cour, Dayan était près du bord à admirer la majesté des lieux. Une terrasse accueillante desservie par un bar offrait des tables et des fauteuils confortables dans un coin de fraîcheur. François en vint à penser que s’il n’avait pas un travail à faire aboutir, il aurait bien passé quelques jours de vacances en ce lieu. Bien calé dans son fauteuil il dévisagea les quelques clients présents et quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir allongée sur un fauteuil de plage, Mounira son infirmière de Djerba qui l’avait soigné après avoir été renversé par la voiture de sport.
Elle était ravissante, drapée d’un paréo recouvrant sa tenue de bain, sur la tête un chapeau aux larges bords la protégeait de l’agressivité du soleil de fin d’après midi, elle sirotait langoureusement un thé la menthe servi avec des pignons.
François se leva et se rendit auprès d’elle, elle leva vers lui ses yeux de biche et lui répondit par un sourire désarmant. Elle croisa féminine ses longues jambes bronzées découvrant un temps ses cuisses marmoréennes.
- Je suis arrivée hier à Monastir François, à la demande d’un important personnage souffrant d’une maladie de Lyme, vous savez que les maladies exotiques sont ma spécialité.. ? Je vais résider ici quelques temps aux frais de cet homme, quel plaisir de vous y retrouver. J’ai souvent pensé à vous depuis votre sortie de l’hôpital. Et vous que faites vous ici.. ?

- Je dois assister à une conférence qui se déroulera après demain dans la cour intérieure du Ribat de cette ville. Mais acceptez vous que je vous présente un ami.. ?
Mounira acquiesça de la tête et François fit signe à Dayan de les rejoindre.
- Je vous présente Mr Mohammed Fakhir un ami de Djerba. Dayan (Fakhir) et Mounira s’échangèrent des politesses et Mounira eût la délicatesse de ne poser aucune question.
- Sur ces entrefaites Ferhat Mechiche fit son apparition au seuil de la terrasse coiffé d’un canotier il avait une certaine ressemblance avec Louis de Funès. Dayan et François se regardèrent interloqués quelques secondes, la réponse à leurs questions ne tarda pas. Mounira le héla de la main d’un geste gracile. Il s’avança alors jusqu’à eux, empressé.
- Bonjour, Mademoiselle, cet hôtel vous convient il.. ? Êtes-vous bien installée. ?
- Fort bien Mr Mechiche lui répondit elle en arabe, l’endroit est calme et agréable. Je vous présente deux amis, Messieurs Fakhir et Macanek, ils viennent de Djerba et le hasard a fait que nous venons de nous rencontrer
Puis se tournant vers François :
- Je vous présente Mr Ferhat Mechiche, la personne à qui je viens apporter mes soins.
Dayan et François saluèrent Ferhat, ce dernier cacha furtivement un air pincé, à quelque part cette venue contrariait ses plans, mais il s’efforça de ne rien en laisser paraître. Ils engagèrent une conversation sur les routes tunisiennes et la beauté de Monastir. Ferhat semblait pressé, il remit une invitation pour deux personnes à sa prochaine conférence et demanda à Mounira si elle pouvait le soigner dans sa chambre.
Après les formalités de politesse d’usage tous deux s’éclipsèrent et Dayan et François se retrouvèrent seuls devant leur punch.
Il n’avait pas l’intention de passer sa soirée entre hommes, une présence féminine se faisait ressentir, aussi attendit il une petite heure avant de téléphoner à la chambre de Mounira.
Celle-ci tarda un peu à lui répondre, il allait raccrocher lorsqu’elle prit l’écouteur. François l’invita à prendre un verre. Elle accepta avec enthousiasme. Rendez vous fut pris dans le hall de l’hôtel et un taxi les transporta au restaurant « Ali Baba ».

Cet endroit avait la particularité d’avoir une petite terrasse bien fraîche avec peu de tables dans une charmante courette intérieure connue des initiés. Un endroit idéal pour converser loin des bruits de musiques des restaurants traditionnels. Le personnel était stylé et prévenant. Il offrait ainsi l’avantage de la discretion alliée au confort, et le menu était à l’avenant.
François aimait le raffinement et était sensible à l’accueil, combien de restaurants à l’addition salée vous accueille comme un chien dans un jeu de quille et vous fait poireauter entre chaque plat, avant de vous faire languir pour « la douloureuse ».
Visiblement le couple s’entendait bien, Mounira était détendue, rassurée par l’intimité du lieu. Comme nombre de femmes de ce pays s’afficher avec un homme sans être mariée et à fortiori un européen vous place sous les feux du jugement et des critiques passant par de mauvais regards.
De son côté François la trouvait à son goût, mais il avait la ferme intention de ne pas savourer à la première occasion. Elle portait une robe printanière imprimée de fleurs, des sortes d'iris qui eurent pour lui des réminiscences posthumes, délicatement colorées elles mettaient en valeur le galbe de ses épaules sur lesquelles ses longs cheveux ruisselaient en vagues.
Ils soupèrent et partagèrent un bon moment relaxant. Tard dans la soirée une promenade en calèche en bord de plage leur offrit la vision romantique de cette cité berceau d’un président de la république.
A un moment la main de François effleura la peau de Mounira qui le regarda langoureusement et la retint. François ne poussa pas son avantage, gentleman il lui recouvrit les épaules avec sa veste.
A l’avant de la calèche, il entendit le conducteur moustachu prononcer entre ses dents : « Mektoub »…
Le lendemain matin Dayan était le premier debout, il vint prendre le petit déjeuner avec François sur le balcon, ce dernier en profita pour amener la conversation sur Nicole la fille du banquier Suisse, le temps passait et il avait interrompu son enquête depuis les événements de Djerba. Mohammed le rassura, une équipe de Police Judiciaire travaillait sur l’affaire depuis que François en avait donné connaissance, et les choses avançaient favorablement, c’est le moins qu’il en savait. Cette déclaration le ragaillardit, il avait hâte d’en terminer avec ce Boucher, de retrouver la fille et de prendre des vacances.
Dayan lui fit comprendre qu’ils n’en étaient pas encore là, lui-même devait se rendre le matin même au Commissariat Central pour prendre contact avec le Commissaire Djibflouz et mettre en place les modalités de surveillance des participants à la Conférence. François avait donc la matinée devant lui pour visiter la ville, il appela Mounira pour partager avec elle ces instants.

Le tour de ville imposait la visite du Mausolée de Bourguiba construit de son vivant sur ses propres deniers et renfermant sa dépouille, qui fut l’objet d’une querelle entre sa famille et la présidence de Ben Ali qui voulait en monnayer l’entrée. Il s visitèrent rapidement le Ribat, un fort construit à l’époque du célèbre khalife Haroun Ar Rachid, la conférence devait s’y tenir le lendemain et les lieux de ce fait n’étaient pas entièrement accessibles, les services de sécurité filtrant rigoureusement l’entrée. La matinée passa agréablement suivie d’une après midi à la piscine de l’hôtel.
Le soir Dayan lui annonça que tout était en place pour la souricière, le gros rat n’avait plus qu’à se pointer.

Chapitre V

Du rififi au Ribat




Le soir après avoir fixé l'heure du réveil avec Dayan François s'apprêtait à se coucher lorsqu’il reçut un appel téléphonique dans sa chambre. Mounira désirait le remercier pour cette journée et lui dire qu’elle l’appréciait beaucoup. Cette nuit là, il fit des rêves étoilés.
Tôt le matin, Dayan et François prirent la direction du Ribat, ils tenaient à être sur place avant l’arrivée de l’équipe du conférencier et des invités. Le speech devait avoir lieu dans la grande cour du fort. A l’occasion des dais de jute blanche avaient été tendus de façon à procurer de l’ombre car le lieu pourrait devenir rapidement une fournaise au soleil.
En descendant de voiture Dayan désigna à François un homme de petite taille au crâne chauve et à l’embonpoint conséquent. Il comprit qu’il s’agissait là du Commissaire Djibflouz, celui-ci donnait ses instructions en sautillant ce qui pour un observateur non affranchi pouvait sembler comique. Le petit homme en apercevant Dayan se dirigea vers eux en prenant un air affable. François le trouva sympathique et la conversation qu’ils eurent lui donna l’impression d’un homme au fait des solutions de maintien de l’ordre et du contrôle des manifestations. Djibflouz ne tarda pas à lui dire qu’il avait fait ses classes d’Inspecteur lorsqu’il était jeune à l’école de Police de Beaujon à Paris avec les Inspecteurs français dans le cadre de la coopération.

Il avait pris soin de faire habiller ses hommes de façon diverse afin de surveiller dans l’anonymat. Ceux-ci portaient cependant les mêmes lunettes noires et de façon discrète, une petite épingle dorée au revers de leur veste. C’étaient en majorité des hommes de plus d’1m80 et bien bâtis, ce qui dénotait avec la morphologie de Djibflouz, mais nous le savons bien, l’intelligence ne se calcule pas au mètre.
La journée s’annonçait splendide, tous les dix mètres sur le chemin de ronde du Ribat un homme était disposé avec une mitraillette, et dans l’assistance d’autres devaient s’assoir, leur holster caché par leur veste. Le régime ne badinait pas avec la sécurité.
Des fauteuils étaient disposés en rangs d’oignons sur le parterre de la cour, les deux premières rangées étaient marquées au nom des officiels. François, dans ce luxe de précautions, se demanda où le Boucher allait se placer dans ce nid de barbouzes. Il était à craindre qu’il ne vint, l’endroit offrant peu de possibilités de fuite.
La cour était immense, et le long des remparts qui la ceinturaient quelques bâtiments aux accés condamnés s’appuyaient aux murs bouillants. L’édifice avait résisté à bien des sièges, il était l’orgueil de l’islam de conquête.
Le Président du Comité de Réception avait fait disposer à l’écart quelques tables où des serveurs en chéchias rouges devaient désaltérer l’assistance le temps de la conférence. Bien sûr, aucun alcool ne devait être distribué.
Petit à petit, les visiteurs entraient se placer dirigés par des hôtesses en jupettes, ultime concession à la laïcité, de jolis brins de filles sélectionnées sur le volet. Les arrivants étaient pour la plupart des hommes et des femmes notables de la ville ou des environs, dont l’âge moyen dépassait la quarantaine. De toute évidence, les principaux intéressés en l’occurrence les jeunes démunis n’avaient pas eu l’heur d’être invités à une discussion engageant leur avenir.
Dayan et François s’étaient affublés de fausses moustaches et de lunettes et arboraient des casquettes d’une marque sportive américaine. Ainsi déguisés ils devenaient méconnaissables pour qui les connaissait peu.
Ils avaient choisi une place dans les derniers rangs de façon à surveiller facilement les entrants et sortants. L’Assistance était vêtue à l’européenne pour cette manifestation, une tenue correcte était exigée. Lorsque le parterre fut pratiquement comble Ferhat Mechiche fit son apparition sous les applaudissements de la foule. Ils avaient eu beau scruter les visages, comparer les silhouettes, aucune personne ne semblait correspondre au Boucher.
Le silence étant revenu, Ferhat s’éclaircit la voix et après les formules de politesse d’usage commença par une diatribe sur les méfaits de la civilisation occidentale menant à l’athéisme et à la perte des valeurs traditionnelles musulmanes. Rien de bien nouveau pour ce type de discours pensa François.

Au bout d’un quart d’heure l’orateur n’avait pas varié le débit de sa voix, il faisait parfois une petite halte le temps de se rafraîchir en buvant une lampée d’eau qui ne devait plus être bien fraîche. Cela donna soif au français qui se dirigea vers le buffet pour y commander un rafraîchissement.
Il était à boire un sodas bien frais lorsque son regard se posa sur la ceinture d’un des serveurs aux allures d’oustachi, la crosse d’un revolver dépassait légèrement. L’homme croisa son regard, comprit et se renfrogna en dissimulant l’arme d’un geste preste. Ces serveurs ne faisant pas partie du service d’ordre quel danger pouvait représenter cette présence.. ?


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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mar 16 Aoû 2011 - 15:24

Le Jasmin étoilé...(Suite................)


----En catimini, François regagna sa place près de Dayan et le tint au courant de cet élément. Dayan lui chuchota de se tenir prêt à toute éventualité, il devait contacter le Commissaire Djibflouz pour lui rendre compte, et ce, sans trop attirer l’attention sur lui. Prévoyants ils avaient convenu de se biper en cas de besoin. Dayan actionna son appareil, Djibflouz lui fit signe de le rejoindre derrière l’estrade. Mohammed se leva, fit semblant de se dégourdir les jambes quelques instants et s’achemina vers son collègue.
Il allait atteindre le pied de l’estrade lorsque tout bascula.
François vit que dans le coin de la buvette un groupe de quatre ou cinq personnes tenait en respect les autres serveurs. Ils étaient armés de pistolets mitrailleurs Uzi à crosse pliante, 9 mm parabellum, et bien sur de la célèbre Kalachnikov AK74M à crosse repliable, sur le côté gauche mdr , dont toutes les guérillas de par leur monde sont équipées, vu leur faible coût et leur extrême fiabilité..
Sur les hauteurs des remparts les hommes de Djibflouz s’étaient mis en position, tandis que la sécurité au sol essayait de canaliser les spectateurs en leur demandant de s’allonger sur les graviers. François comprit que le Boucher n’était pas venu seul et que le fait de découvrir un de ses complices était à l’origine d’une action que le terroriste ne devait pas contrôler, ses hommes avaient agi d’instinct.
Et effectivement quelques secondes plus tard, alors que la confusion régnait de partout, que les hommes des remparts tiraient des rafales en l’air…
Avez-vous connu la peur.. ? La vraie peur : celle que l’on peut ressentir lorsque sa vie est en jeu, celle où on devient flasque, vidé de sa matière comme à en devenir aussi peu consistant qu’une feuille de papier, celle où votre cerveau ne réagit plus, où vous avez l’impression que votre cœur ne bat plus et que vous êtes glacé, une chiffe molle en quelque sorte. Où aucune idée ne vous vient à l’esprit hormis la certitude que c’est la fin du parcours. Et bien François en était là comme dans un métro avant le terminus, il savait que c’était la fin, que tout allait s’embraser dans ce parterre de forteresse où la seule sortie possible passait par le groupe de guérilleros de l’entrée.
C’est alors qu’il remarqua un vieillard qu’il avait déjà entrevu sans y prêter trop d’attention, se redresser et déployer ses épaules. L’homme portait une longue barbe blanche, coiffé d’un canotier il était vêtu d’un costume gris fatigué. Ses mouvements étaient vifs, il jeta un regard circulaire à l’assistance et se dirigea vers la sortie, négligeant les recommandations du service d’ordre qui n’assurait plus que le désordre. François compris qu’il avait affaire au Boucher, pas le temps de prévenir Dayan ou le Commissaire bondissant, qui s’acharnait à faire cesser les tirs de ses hommes.
C’est souvent lorsque l’on se trouve au bout du bout du rouleau qu’une petite étincelle de courage vient à votre secours. C’est ce qu’il arriva à François, il avait maintenant un but, suivre le Boucher, se sortir du guêpier. L’homme avançait vivement, il le suivit, derrière lui les policiers hurlaient en lui demandant de se coucher ce qui provoqua une fusillade nourrie entre les serveurs et les gardes du corps. Le Boucher en profita pour passer la porte, suivi par François qui avait miraculeusement échappé aux rafales…

Passée l’entrée, le Ribat donne sur une grande place où deux fois par semaine un immense marché dresse ses étalages colorés pour les ménagères de la ville. Le Boucher se hâta, bien décidé à traverser ce marché pour rejoindre le dédale des ruelles de la Médina. François le suivit, se repérant au canotier que l’homme avait conservé. Se frayer un chemin à travers une foule bruyante ignorante des incidents du Ribat, des étals regorgeant de victuailles amoncelées en désordre ne fut pas chose aisée. Mais ils parvinrent à hauteur des ruelles étroites et sombres sans que François ne le perde.
Ils s’engagèrent alors dans un fatras de ruelles exigües et sales malgré le blanc des murs. Il y faisait plus frais que sur la Place du Ribat. Le Boucher avançait rapidement, mais heureusement sans se retourner, ce qui facilita la tâche de François. L’homme ne pouvait imaginer être suivi vu la rapidité des évènements qui venaient de s’enchainer, aussi arpentait il les lieux avec l’aisance d’un habitué.
Au bout de quelques minutes ils arrivèrent sur une placette remplie de chaudrons gigantesques ainsi que de petits bassins creusés dans le sol, séparés de petits murets. Sur les murs des écheveaux de laine aux multiples couleurs séchaient au soleil, c’était une profusion de rouges, de jaunes, d’indigo et de roses. Entre les bassins des dizaines d’hommes plongeaient leurs bras dans des liquides douteux pour teindre la laine, certains jambes nues, pantalons retroussés au niveau des cuisses foulaient la matière en dégoulinant de sueur, et tout ceci dans une odeur âcre et nauséabonde de sang séché, d’urine et autres senteurs indéfinissables, qui vous prenait aux narines de façon entêtante.


Chapitre VI

Nœud gordien à El Jem.

François vit le Boucher s’engouffrer dans le couloir d’une maison donnant sur la place. La maison était facilement identifiable par le dessin d’un œil peint en bleu, sujet berbère courant dans le sud tunisien et destiné à détourner le mauvais œil. Il attendit un peu, puis entrebailla la porte pour voir que ce couloir menait aux étage, il n’y avait pas d’autre porte en rez de chaussée, c’était donc un repaire.
Pas question de quitter les lieux au risque de permettre la fuite du Boucher, il fallait planquer sur la maison en attendant du renfort, et ce dans les odeurs pestilentielles du souk des teinturiers.



Il appela Dayan avec son portable, espérant qu’il avait rechapé à la fusillade. En l’entendant il s’étonna d’être soulagé qu’il fut en vie. Il lui expliqua où il se trouvait demandant un renfort discret. Dix minutes plus tard Mohammed était là avec Djibflouz et quelques hommes. Il leur situa le refuge, et Dayan l’informa que huit personnes étaient décédées dans la fusillade, dont les cinq complices du Boucher, trois spectateurs avaient été les victimes collatérales de ce drame.
Dayan lui-même avait été légèrement éraflé par une balle à l’épaule. Djibflouz préconisa de mettre la maison sous surveillance et d’attendre la nuit pour intervenir, il y avait trop de monde sur la place cette heure. Le Commissaire se chargea du dispositif. François suggéra à Dayan de planquer sur les toits en terrasses, ils pourraient ainsi dominer le dédale des ruelles.
Son instinct lui disait que si le Boucher tentait une sortie il la ferait par les hauteurs. Le crépuscule se rapprocha, les cris de la place s’estompèrent et les artisans peu à peu la désertèrent. Encore une heure et ce fut une de ces belles nuits étoilées d’orient, d’un noir d’encre, sans un nuage, aux étoiles scintillantes par milliards et à la lune moqueuse détachée des contingences de ce monde.
Tous étaient fatigués mais il fallait veiller l’intervention était proche. François commençait à cligner des yeux, il était près de minuit, lorsque quelque chose bougea sur une terrasse de l’autre côté de la ruelle, celle à côté de la maison en surveillance. Il tapota l’épaule de Dayan, mais il vit que celui-ci était en alerte.


En Afrique du Nord, les terrasses sont désertées aux heures chaudes de la journée, le matin c’est le lieu réservé aux femmes et aux enfants, elles y étendent leur linge, préparent les repas sur les kanouns. En soirée, les hommes y préparent de petits barbecue et plus tard s’y réunissent pour discuter entre eux et fumer une chicha.
François fugacement se souvint des heures passées à regarder sa mère avec ses voisines tunisiennes sur la terrasse de la maison de Menzel Bourguiba autrefois Ferryville, un bel et grand immeuble donnant sur la rue de France au dessus du café Ben Yeder, ses amies lui apprenaient à faire le couscous, tandis qu’il les regardaient avec délectation tamiser la semoule, éplucher les légumes dans les confidences et la rigolade.
Mais on n’en était plus là maintenant, c’était une toute autre espèce d’individu qui essayait de se faufiler dans les mailles du filet, qu’entre nous François estimait bien laches. Dayan lui fit signe et tels des sioux ils se glissèrent entre les cabanes à pigeons et les étendoirs couverts de draps pour se rapprocher du lieu où la chose était tapie.
Et , soudain, il vit la silhouette d’un homme se dessiner sur les façades en contre-jour des rares réverbères, l’homme s’enfuyait prestement. Dayan et François se mirent à courir à sa poursuite. Il était leste, sa silhouette correspondait à celle du Boucher, de partout des coups de sifflets résonnèrent. En contrebas, dans la ruelle une charrette tirée par deux ânes cahotait dans cette voie où aucune automobile n’aurait pu s’engager.
Ils virent alors l’homme faire un bond prodigieux, sauter à l’arrière de la charrette, en éjecter le chibani qui la conduisait et houspiller les ânes en hurlant : « bara emchi.. ! » pour qu’ils avancent plus vite. Dayan et François n’avaient pas d’autre solution que de sauter dans le vide également…
Ce n’était pas le moment d’hésiter, il fallait prendre le risque de se rompre le cou plutôt que de perdre le fugitif. Retenant son souffle François s’élança yeux fermés suivi de Dayan. La réception fut difficile. Avant que la carriole ne disparaisse à un croisement ils étaient à ses trousses. Le hasard fit que sur le bas côté d’une petite épicerie une autre charrette tirée par un vieux cheval famélique avec juste la peau et les os était attachée à un poteau. Dayan la libéra de son entrave et tous deux s’installèrent en voltige sur le banc vermoulu. A l’arrière quelques kilos de pastèques se mirent à brinquebaler. Ils se lancèrent alors dans une poursuite infernale inaugurant peut être les débuts des westerns-couscous.
Les deux baudets du Boucher gagnaient du terrain et il était à craindre que François et Dayan ne le perde. Ils passèrent près de la gare à la sortie de la Médina, et le Boucher décida de quitter son attelage, car il devenait évident qu’une charrette dans de grands axes ne pouvait garantir sa fuite. Quelques taxis stationnaient sur un parking dans l’attente de voyageurs de la nuit. Le Boucher s’installa dans un, il venait de démarrer lorsque François et Dayan en avisaient un autre et montaient à l’arrière.
Leur chauffeur semblait un petit malin et l’appât du gain dû à une longue course fait tomber les barrières. Dayan se présenta de la Police et lui demanda de suivre l’autre taxi de manière à ne pas être repérés. L’homme leur répondit que l’autre taxi est son cousin et que même s’ils le perdaient un appel sur son portable le localiserait rapidement. Ainsi purent ils suivre le Boucher à distance, ils avaient pris la route d’El Jem, une localité proche de l’autoroute de Tunis, à une cinquantaine de kilomètres de Monastir.

El Jem est l’ancienne Thysdrus romaine, son joyau est un Colisée romain en bon état, le troisième plus important du monde antique. Autrefois on pouvait l’apercevoir de la route à plusieurs kilomètres à la ronde se détachant sur le ciel bleu d’Afrique, une image à vous prendre les tripes. Mais le développement urbain l’a occulté à la vue des voyageurs et il faut maintenant connaître son existence pour venir le visiter.
Le grand problème des « ruines antiques » c’est que malgré la beauté des ouvrages ce ne sont que des amoncellements de pierres, bien taillées, bien agencées certes, mais des pierres tout de même. Et que le petit peuple lassé de l’expression de Juvénal « Panem et circenses » privilégia la possession d’un toit. Ce qui fit qu’au cours des siècles après le passage des Vandales on se servit sur la bête, bloc après bloc pour construire sa maison. L’Empire romain avait vécu, les Vandales laissèrent en place l’organisation économique et sociale romaine, mais les jeux perdirent de leur splendeur, adieu les spectacles grandioses, la musique tonitruante dans ces arènes où 30.000 spectateurs supportaient pire que le bruit de nos vuvuzuelas contemporaines.
El Jem fut comme ses congénères latins le lieu de la politique de l’Empereur, avec près de 180 jours de spectacles par an à la fin de l’Empire, la population était autant manipulée que peuvent le faire nos médias modernes.
Une fois entré en ville, le taxi du Boucher stationna devant la boutique du vendeur de Tabounas, sur la petite place à côté du Colisée. Celui de François s’engagea prudemment en début de place et se gara derrière la baraque du marchand de journaux. A cette heure matinale, l’endroit était quasiment désert. Le marchand de journaux commençait à sortir ses présentoirs, et à aligner ses périodiques sur les barres en fer, bien disposé à gagner son salaire de misère.
Dans le lointain l’appel du Muezzin retentissait repris du haut des minarets par les hauts parleurs d’autres mosquées, invitant les croyants à prier. Le Boucher n’en avait cure, il se dirigea vers une petite porte basse entrebâillée. Dayan et François le suivirent de loin, ne voulant pas signaler leur présence. Après quelques secondes d’attente ils franchirent également la porte du monument. La beauté du lieu, son côté imposant rempli d’Histoire et heureusement restauré en partie suite à son classement au Patrimoine Mondial de l’Humanité imposaient un immense respect.
Ils longèrent les parois de l’édifice, se glissant entre les arcades du rez de chaussée. Il revint en mémoire à François un épisode de l’histoire du lieu en hommage à la Kahena, une princesse berbère, qui lutta sur ce site durant quatre années contre l’envahisseur musulman et ne dut sa perte qu’à la trahison de son amant qui la poignarda et envoya sa tête au chef des envahisseurs arabes.

Et pour l’heure, les ruines viraient sinistres, des ombres vacillaient fugaces entre les colonnes, des bruits étranges résonnaient de loin en loin rendant l’ambiance funeste. Le Boucher semblait avoir disparu lorsque Dayan fit signe à François d’écouter attentivement, et en fait de faibles sons de voix leur parvinrent du sous sol. Sous les arènes des pièces étaient aménagées, lieux de repos pour les gladiateurs, local pour entreposer la machinerie, geôles, cages aux fauves, les romains avaient tout prévu afin que l’espace accueille les actes du théâtre sanglant destiné à amadouer la gourmandise de la foule assoiffée de meurtres.
Au détour d’un pylône ils découvrirent un trou peu conséquent duquel des escaliers en pierres descendaient vers les entrailles du monument, François pensa à une scène du film « Orphée aux enfers » de Cocteau. C’était surement l’accès emprunté par le Boucher, ils descendirent dans la pénombre, peu rassurés.
En bas des escaliers dégoulinants d’humidité un couloir voûté aux murs de briques rouges desservait de nombreuses salles ayant chacune sa destination propre. Le bruit de voix se faisait plus perceptible au fur et à mesure qu’ils approchaient d’une des salles où la lumière d’une bougie projetait une lueur vacillante dans le couloir.
Ils décidèrent de se rapprocher et de pénétrer dans la salle adjacente à celle d’où provenaient les bruits. Une fois à l’intérieur du local dont le sol sableux était jonché de blocs de pierres, de gravats et de remblais, ils avisèrent une petite anfractuosité dans un mur par où ils purent entrevoir ce qu’il se passait dans la pièce du Boucher.
Au centre de cette salle deux tréteaux supportaient une planche sur laquelle un homme était attaché ou plutôt ficelé comme un saucisson. Autour de lui, trois hommes dont le Boucher semblaient procéder à un interrogatoire nazi. Malgré la faible clarté de la bougie, François crût reconnaître Igor Olanov, l’homme avec qui il avait partagé sa cellule au Commissariat de Djerba
Igor paraissait mal en point, les deux acolytes du Boucher devaient l’entreprendre depuis longtemps car apparemment il en était au point où la langue se délie, où le corps las des souffrances demande grâce et ne souhaite qu’une chose, que tout cesse. François et Dayan purent constater que le son des voix leur parvenait distinctement de là où ils se trouvaient.
Ils virent le Boucher ouvrir une vieille malle et en extraire une mallette en cuir qu’il posa sur un amoncellement de cartons à quelques mètres d’eux. Il actionna la serrure et releva un côté, une pile de billets en grosses coupures y étaient entassés soigneusement.
- « Bien joué » s’exclama-t-il à l’intention de ses complices.
- « Cela n’a pas été trop difficile Maître » répondit l’un d’eux.
Le Boucher se tourna vers Igor et s’adressant à lui :
-« Cela t’apprendra à vouloir jouer cavalier seul. Je t’avais dit que cet argent n’était pas pour toi. Et en plus de me voler l’argent tu as gardé la fille. J’avais confiance en toi Igor, c’est pourquoi je t’avais chargé de l’enlèvement, tu m’as déçu. Tu m’as bien servi en enlevant Nicole, et tout a basculé à Djerba. Je t’avais donné pour mission de tuer le français, tu as eu trois occasions de le faire dont la dernière dans sa cellule et tu ne l’as pas fait. Je n’aurai jamais dû t’en faire sortir, j’ai soudoyé un flic pour toi, cela m’a coûté beaucoup d’argent et voilà comment tu me remercies, en t’enfuyant avec ma mallette, heureusement que j’ai des hommes plus fidèles que toi espèce de alouf.
Il te reste une dernière chance, dis moi où tu as caché la fille et nous ne te ferons aucun mal. »
- C’est bien vrai. ? Dit Igor d’une voix faible.
- Parles Igor, parles, insista le libyen d’un ton menaçant.
- Vous ne me tuerez pas, après. ?
- Parles, je te dis. ! Aboya le tortionnaire.
- Bien, elle est chez Rachid , route de Douz près de la station d’essence Alybia à Matmata. Elle est en bonne santé.
François et Dayan n’avaient rien perdu de la conversation, ainsi le Boucher était mêlé à l’enlèvement de Nicole la fille du banquier suisse. Sa poursuite et leur acharnement leur permettrait peut être de dénouer les nœuds de deux affaires tenant entre elles par le lien alambiqué de ce personnage sanguinaire.
Ils n’eurent pas le temps de se regarder que déjà le Boucher avait sorti de sa poche un énorme couteau à cran d’arrêt qu’il plongea dans la carotide d’Igor. Voilà comment il tenait ses promesses.
Ses deux complices étaient restés là bouche bée, bien qu’ils connaissaient sa haine, il les surpassait dans l’horreur.

Chapitre VII

Echec et Mat à Matmata

Le Boucher visiblement ne faisait pas dans la dentelle, tout ce qui le gênait devait disparaître, ainsi pour Igor. François se retourna pour voir la réaction de Dayan et savoir s’ils devaient intervenir. Mais au même moment une sirène de Police retentit à l’extérieur du Colisée.


A ce bruit, toujours aussi vif le Boucher se saisit de sa mallette et se rua vers la porte de sortie. Surpris François et Dayan eurent un temps de latence et finirent par réagir, François poursuivit le Boucher tandis que Dayan entrait dans la pièce où reposait le corps d’Igor. François constata une fois de plus la vélocité du Boucher qui tout en courant communiquait par téléphone mobile. Il entendit le bruit d’un moteur d’hélicoptère et une fois à la surface vit que le Boucher s’accrochait à une échelle de cordes ballotant par la porte ventrale de l’hélicoptère portant des inscriptions et des symboles russes.
L’hélicoptère s’élevait lentement tandis que le Boucher montait les échelons de l’échelle, se rendant ainsi inaccessible au français impuissant. Dans le même temps, il entendit des coups de feu qui parvenaient du sous sol qu’il avait quitté. Ne pouvant rien de plus pour attraper le Boucher qui le narguait de sa hauteur, il se précipita au secours de Dayan. Il pénétra dans la pièce, se rendant compte un peu trop tard du risque qu’il venait de prendre, Dayan était près du corps d’Igor, au sol les deux complices gisaient sans vie. Dayan se retourna vers lui, il avait à la main un ordinateur portable.
- Je l’ai trouvé par terre contre le mur, le Boucher a commis une erreur, il l’a oublié dans sa fuite. Nous allons le faire parler, peut être contient il des éléments de preuves qui satisferont un tribunal.
Et tout de go à l’aide de son téléphone portable il appela le Commissaire Djibflouz, ce dernier ne tarda pas à les rejoindre, c’était bien lui le responsable de la fuite du terroriste. François releva la bêtise d’utiliser une sirène au risque d’alerter un criminel, si c’était cela qu’il avait retenu de ses études en France…



Promenade neuronale de l’auteur :
- Pour une meilleure compréhension de l’histoire, le narrateur se doit à ce stade du récit d’apporter des éléments supplémentaires à la réflexion des lecteurs. Le plus attentif de ceux-ci n’a pas dû manquer de se poser la question : quelle est cette agence de détectives de Lyon pour laquelle François travaille.. ?
Pour y répondre il est nécessaire de se transporter à Lyon sur les bords du Rhône dans le quartier si pittoresque des traboules, dans une petite ruelle discrète dont le nom ne vous dirait rien, une enseigne ne payant pas de mine annonce pompeusement :
Maison Rigollet-Sainte Rose, Agence Internationale de Détectives Privés, Enquêtes et Filatures en tous genres.
Et pour bien marquer la fonction le dessin d’une loupe avec un œil en son centre placarde l’attribut du métier : la surveillance.
Au premier étage d’un escalier en colimaçon, passé un palier recouvert de bois vermoulu et grinçant à la teinte douteuse, la porte s’ouvre sur une petite officine ne payant pas de mine.
Peu de monde y travaille, le patron Mr Rigollet, nous reviendrons sur le personnage, et sa secrétaire Melle Germaine, une vieille fille pincée, suçotant d’éternelles pastilles de menthe. Germaine est l’âme du lieu, elle connaît par cœur toutes les enquêtes (elle les a toutes apprises le soir en faisant des heures supplémentaires). Elle est capable de retrouver en quelques secondes le moindre rapport de Police litigieux et ceci sans ordinateur. D’ailleurs, Mr Rigollet dit toujours : » Si Germaine tombe malade je plie bagages ».
L’officine comprend deux enquêteurs, notre ami François dit le français et Gustave un jeunot rachitique dont le plus grand plaisir est de singer les détectives privés américains dans le style Mike Hammer dit Le Marteau. Enfin, Mr Rigollet, Edmond pour les dames, ancien Adjudant en Algérie, il en a ramené une claudication de la jambe gauche pour avoir sauté sur une grenade lors de la Bataille d’Alger et des idées d’extrême droite qu’il expose vertement au grand dam de Melle Germaine.
Mr Rigollet est un sot, mais un sot sympathique avec un cœur énorme, c’est lui qui avait engagé François un soir de vague à l’âme, où celui-ci désespéré par une histoire d’amour allait se jeter dans le fleuve du haut du pont Michel. Il lui avait parlé, avait tendu la main et l’avait recueilli. Ainsi peut-on passer pour un salaud dans la société et néanmoins avoir du cœur. François ne partageait pas ses idées, il en était même à l’opposé, mais François avait de la mémoire et du tact. Il s’en serait voulu de prononcer une phrase qui condamne, et d’ailleurs de quel droit juge t’on les autres.. ?
L’Agence ne faisait pas de gros bénéfices, c’est pourquoi le jour où le célèbre banquier suisse s’était adressé à eux en désespoir de cause, était à marquer d’une pierre blanche, on allait pouvoir payer les loyers et les traites en retard et bien sur les trois mois de salaires impayés aux employés. Mr Rigollet avait confié l’affaire à François avec tous ses espoirs. François avait accepté, il avait fait sa valise, n’avait pas oublié sa patte de lapin et avait pris une location à Djerba où la piste de Nicole la fille du banquier avait été perdue.


Promenade neuronale, suite sans fin.

Igor Olanov, Zombie ou réalité.. ?

Garde t’on toujours la même ligne de conduite toute sa vie ou existe-t-il des foultitudes de variables qui font que l’on peut emprunter des chemins scabreux, remplis de fange où l’on risque d’y perdre son âme.. ? Nombreux sont ceux qui croient qu’il n’existe pas d’autres possibles, par peur d’y perdre son confort en affrontant l’inconnu. Bien souvent par manque d’imagination, par faiblesse ou lâcheté, par avarice tel ce dicton : lâcher la proie pour l’ombre. Alors on se contente du peu que l’on a, on le protège âprement, en se disant : après tout c’est ma vie je n’en ai qu’une.
Igor emprunta de nombreuses voies dès sa naissance, ses parents natifs de Bakou en Azerbaïdjan étaient russes orthodoxes, après la naissance d’Igor ils furent tués lors de la guerre qui opposa ce pays à l’Arménie en 1991. Rescapé miraculeusement il fut recueilli par une famille musulmane chiite qui l’éleva et lui apprit sa langue l’Azeri.
Le gamin grandit ignorant de ses origines, il se voyait bien blond aux yeux bleus alors que ses frères et sœurs étaient bruns comme le geai des chênes, mais les questions disparaissaient devant un plat de dolmas que leur servait la mère.
Ce ne fut qu’à l’âge de sept ans qu’il comprit que quelque chose clochait dans son existence, lorsqu’il découvrit qu’il n’avait pas été circoncis alors que ses frères l’étaient.
Il posa la question à son père et celui-ci lui révéla ses origines et lui expliqua que par respect il ne l’avait pas fait circoncire, lui laissant le choix de sa religion. L’enfant aurait pris la foudre que sa réaction aurait été approchante, il avait un caractère bien trempé et s’efforça de ne rien laisser paraître. En lui-même il aurait préféré que son « père » ait tout fait pour que jamais il ne connaisse la vérité. Vivre dans cette famille lui était devenu insupportable.
A présent qu’il savait il percevait de nombreux détails qui autrefois ne l’avaient pas interpellé, des regards plus appuyés sur ses « frères » et « sœurs », des petites attentions qui lui sautaient aux yeux et qu’il amplifiait.
Il ressentait cela comme des blessures au fer rouge. Il découvrait la jalousie, un sentiment qui lui était inconnu jusqu’à ce jour, dont il se sentait coupable et éprouvait le remords. Cette situation lui devint intolérable, il fallait qu’il prenne une décision.
Le village était desservi par une voie de chemin de fer qui menait à Moscou, de vieux trains dégageant d’énormes volutes de fumées noires y passaient deux fois par semaine. Il prépara son départ.
Quelques effets personnels jetés dans un vieux sac à provisions à deux anses, un peu de pain, des pommes et des noix, de l’eau, il s’estima paré. Le tout était de ne pas éveiller l’attention sur ses préparatifs. Dans le même temps il se rendit compte qu’il n’éprouvait que peu de tristesse à partir. Il décida de ne pas trop attendre car l’hiver s’annonçait et entreprendre un tel voyage par cette période aurait été de la folie.
Igor se renseigna sur les horaires et les jours de passage des trains de marchandises et fixa son départ au mercredi suivant. En attendant il se comporta comme si de rien n’était et la veille du départ réprima ses émotions. Dans la nuit il prit la route de la gare avec son baluchon. La nuit était fraîche et voilée, il se dissimula près des bâtiments attendant l’heure, son cœur battant la chamade.
Il chantonna un air que sa « mère » lui avait appris pour se donner du courage. Il n’eut pas à attendre longtemps, la locomotive poussive fit entendre son sifflement dans le lointain et peu de temps après le convoi déboucha du tunnel avant la station. Dans un bruit de ferraille le train mit du temps à s’immobiliser, le chef de gare ne se hasarda pas à sortir dans la fraîcheur de la nuit.
Pendant que le conducteur vérifiait les essieux des wagons Igor se glissa le long des rails et tenta de trouver une porte non cadenassée, par chance il ne tarda pas à en trouver une et pénétra dans le compartiment rempli de sacs, il se dissimula dans le fond après avoir refermé la porte.
Il dut attendre longtemps avant que le signal du départ ne retentisse.
Le train s’ébranla et s’enfonça dans la nuit en direction de son avenir. Il se cala du mieux possible sur les sacs et ne tarda pas à s’endormir. Au matin des rayons de soleil provenant des interstices des panneaux de bois lui caressèrent le visage jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Il étancha sa soif et mangea un peu de pain. Puis il se colla contre la paroi pour essayer d’entrevoir l’extérieur.
L’espace entre les planches était trop étroit, aussi à l’aide de son couteau se confectionna t’il un petit œilleton qui lui permit de découvrir les paysages traversés. Sa surprise fut grande d’apercevoir la mer, il ne l’avait jamais vue depuis sa naissance, une telle étendue d’eau au bord de laquelle des enfants ramassaient par endroits des coquillages, comme ils devaient être heureux.
En fait la ligne de chemin de fer longeait la Mer Noire sur des centaines de kilomètres, elle traversait les montagnes du Caucase, des républiques telles l’Azerbaïdjan, le Daghestan pour déboucher sur la grande plaine de Tchétchénie, où elle obliquait vers les fleuves du Don et de la Volga en direction de Volvograd.
Igor explora l’intérieur de son wagon, il découvrit que c’étaient des sacs de pommes de terre empilés par dizaines, l’évocation de ce légume lui rappela les heures de souffrances passées à en faire la récolte dans le froid tel que pour se dégeler les doigts lui et ses « frères » devaient s’uriner dans les mains.
La faim le taraudait ainsi que la soif, le voyage allait être long bien que le train ne stationnait pas longtemps dans les gares, les distances étaient immenses et sa connaissance de la géographie fort réduite. Cependant il avait repéré sur un plan de la gare de départ des noms de villes qu’il devait traverser, le nom de Volvograd en particulier.
Je vous fais grâce des étapes du voyage qui fut long et épuisant, et au cours duquel l’enfant souffrit de la soif. Ce qui le sauva ce furent ces pommes de terre sur lesquelles il dormait, il en creva un sac et lorsqu’il manqua d’eau il les coupa en deux et les suça pour calmer sa soif. Aussi lorsqu’une nuit le train s’arrêta en gare de Vody une petite ville de Russie passée la frontière Tchéchène il décida de descendre, complètement déshydraté et affamé.
Il se laissa tomber sur le quai et se recroquevilla contre un mur de la gare, il ne savait pas où il était, il savait qu’il avait passé une frontière, mais laquelle. ?
Il se mit en boule sur lui-même essayant de conserver le mieux possible la chaleur de son corps, il y parvint tant bien que mal et s’endormit. Au petit matin tandis qu’il dormait encore une main se posa sur son épaule et y exerça une pression. Igor se réveilla en sursaut et tenta d’ouvrir les yeux aveuglé par le soleil. Face à lui ce qu’il vit en premier ce fut une énorme barbe blanche qui encadrait un visage rond aux yeux remplis de bonté.
- Petit Père, Dieu t’a mis sur mon chemin, viens avec moi au chaud.
Igor se leva ankylosé , ramassa son maigre bardas et suivit l’homme, se disant qu’il n’avait pas mieux à faire. En marchant il détailla avec plus d’attention le personnage, celui portait une longue robe brune qui lui tombait aux chevilles, ses pieds chaussaient des sandales et ses cheveux blancs lui tombaient sur les épaules. Il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer un tel individu au village où il vivait avec sa « famille ». Ils marchèrent un long moment en traversant le village, et arrivèrent devant un bâtiment carré à coupole centrale flanquée de quatre coupoles latérales, à côté de cet édifice une sorte de tour qu’il apprit être le clocher était séparée de l’église.
Non loin se trouvait une petite maison d’aspect modeste entourée d’un grand jardin potager. Igor n’avait jamais vu d’église, il ne connaissait rien en matière de religion, il n’avait reçu aucune éducation et ne savait ni lire ni écrire. Il apprit que cet homme s’appelait Boris, qu’il était marié, avait six enfants, sa femme une bonne grosse maman lui servait aussi de domestique. C’était le prêtre du village, un pope orthodoxe, un homme pauvre qui vivait comme le peuple qui l’entourait, un excellent ouvrier de la terre.
Il faisait vivre sa famille des produits de son potager, des rares animaux qu’il élevait, ainsi que de la vente de cierges et d’images bénites. Fils de prolétaire, dans sa famille on était pope de père en fils, d’ailleurs son nom de famille était Popov, c’est dire le degré d’ancrage de la religion dans cette âme fruste. Boris comme je l’ai dit déjà était un homme bon et sobre, pas comme certains prêtres qui venaient dire la messe complètement saouls et recevaient 25 coups de verge à la fin de l’office.
Il parla longuement à Igor et lui annonça qu’il le garderait avec lui, lui assurerait le gîte et le couvert à condition qu’il vende des cierges dans le village et nettoie l’église, il lui apprendrait aussi à lire et à écrire. Il lui raconta l’histoire de son père qui deux fois par semaine disait la prière à la table du noble du village, à l’époque où il y en avait encore. Et lorsque son père en avait fini, le noble le chassait en cuisine pour qu’il y prenne son repas avec les domestiques, triste époque où l’homme pauvre n’était qu’un serf.
Ce que le prêtre lui proposa sembla satisfaire Igor. On lui attribua un lit dans la chambre des garçons et il fit en sorte de mériter sa pitance. Dans le même temps, il découvrit l’humble cérémonial de la messe orthodoxe héritière de l’Eglise Grecque, dans les campagnes. Il assista aux offices qui ne duraient pas longtemps car il n’y avait pas de sermons. Les fidèles se tenaient debout scandant des chants lors des prières du prêtre, une phrase revenait souvent : « Seigneur aie pitié de nous ! Seigneur nous t’implorons ! Seigneur accorde nous cela ! ».
Une fois la messe dite il nettoyait l’église. Ce qui l’avait surprit dans tout ceci c’était le rituel de la communion des fidèles sous forme de pain et de vin, le prêtre prenait un petit morceau de pain qu’il trempait dans du vin puis le posait sur une petite cuillère tendue au communiant.
Boris lui apprit à lire et à écrire rapidement car Igor était très intelligent et désireux de savoir. Ainsi un jour l’enfant découvrit sur une étagère un vieux livre écrit dans une langue inconnue, il l’apporta au prêtre qui lui dit qu’il s’agissait d’un auteur français, un certain Victor Hugo, le titre en était « les misérables ». Boris lui dit qu’il savait lire le français, il l’aurait appris de son père qui lui-même le tenait du noble du village, car à son époque nombreux étaient les nobles qui parlaient cette langue, c’était une clef pour paraître érudit à la cour du Tsar.
Boris entreprit d’apprendre le français à Igor, ce fut chose facile car l’enfant avait de réelles facilités dans l’apprentissage des langues. En quelques années il obtint un niveau suffisant dans toutes les matières, et dans le même temps il grandit, et se développa musculairement de sorte qu’il devint un redoutable petit athlète aux formes harmonieuses. Sérieux, appliqué et curieux de tout c’était la fierté de Boris qui l’avait adopté officiellement.
Mais dans ce monde ingrat il n’existe pas de futur idyllique et même si l’on ne croit pas à la lutte du bien contre le mal ce dernier ne se résous pas au silence et ignore le bonheur. Aussi lorsque Igor eût atteins l’âge de 14 ans des troubles graves éclatèrent dans la région. Des attentats, des meurtres ensanglantèrent les villages où la lutte entre les communautés pris de l’ampleur. L’intolérance des uns répondant à l’intransigeance des autres, les hommes une nouvelle fois s’affrontaient, détruisant les familles, rasant les édifices, chaque partie étant convaincue de son bon droit.
Vody ne fut pas épargnée par le malheur surtout dans la campagne avoisinante. Une nuit des hommes cagoulés vinrent dans la maison du prêtre, cette nuit là Igor avait été invité à dormir chez un copain. Boris et sa famille furent lâchement assassinés et la maison brûlée. Le lendemain matin consterné Igor découvrit les ruines de ce que furent les meilleures années de sa courte existence.
Dans l’intention de ménager le lecteur je ne détaillerai pas ici ce qu’il advint d’Igor à la suite de la mort de Boris et jusqu’à son arrivée en Tunisie bien des années plus tard, cela fera peut être l’objet d’une future nouvelle. Par contre ce que je puis dire c’est que sa mentalité, son comportement changèrent du tout au tout, cet adolescent honnête et studieux se changea en un monstre d’égoïsme et de haine, jusqu’à sa fin horrible….




Echec et Mat à Matmata - Suite



Djibflouz remit l’ordinateur à un de ses enquêteurs avec mission de lui extirper tout ce qu’il pourrait révéler afin d’aider l’enquête en cours, et ce en urgence, l’évènement allant en se précipitant.
Il fit également appel à un hélicoptère de l’Armée pour transporter François et Dayan au plus vite à Matmata où la jeune Nicole était retenue prisonnière. En attendant l’appareil François en profita pour passer un coup de téléphone à Mounira qui n’avait plus de nouvelles de lui depuis deux jours.


Dernière édition par Sbreccia le Jeu 22 Sep 2011 - 17:27, édité 52 fois
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 22 Aoû 2011 - 11:40

François vit le Boucher s’engouffrer dans le couloir d’une maison donnant sur la place. La maison était facilement identifiable par le dessin d’un œil peint en bleu, sujet berbère courant dans le sud tunisien et destiné à détourner le mauvais œil. Il attendit un peu, puis entrebailla la porte pour voir que ce couloir menait aux étage, il n’y avait pas d’autre porte en rez de chaussée, c’était donc un repaire.
Pas question de quitter les lieux au risque de permettre la fuite du Boucher, il fallait planquer sur la maison en attendant du renfort, et ce dans les odeurs pestilentielles du souk des teinturiers.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 22 Aoû 2011 - 23:22

Il appela Dayan avec son portable, espérant qu’il avait rechapé à la fusillade. En l’entendant il s’étonna d’être soulagé qu’il fut en vie. Il lui expliqua où il se trouvait demandant un renfort discret. Dix minutes plus tard Mohammed était là avec Djibflouz et quelques hommes. Il leur situa le refuge, et Dayan l’informa que huit personnes étaient décédées dans la fusillade, dont les cinq complices du Boucher, trois spectateurs avaient été les victimes collatérales de ce drame.
Dayan lui-même avait été légèrement éraflé par une balle à l’épaule. Djibflouz préconisa de mettre la maison sous surveillance et d’attendre la nuit pour intervenir, il y avait trop de monde sur la place cette heure. Le Commissaire se chargea du dispositif. François suggéra à Dayan de planquer sur les toits en terrasses, ils pourraient ainsi dominer le dédale des ruelles.
Son instinct lui disait que si le Boucher tentait une sortie il la ferait par les hauteurs. Le crépuscule se rapprocha, les cris de la place s’estompèrent et les artisans peu à peu la désertèrent. Encore une heure et ce fut une de ces belles nuits étoilées d’orient, d’un noir d’encre, sans un nuage, aux étoiles scintillantes par milliards et à la lune moqueuse détachée des contingences de ce monde.
Tous étaient fatigués mais il fallait veiller l’intervention était proche. François commençait à cligner des yeux, il était près de minuit, lorsque quelque chose bougea sur une terrasse de l’autre côté de la ruelle, celle à côté de la maison en surveillance. Il tapota l’épaule de Dayan, mais il vit que celui-ci était en alerte.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mar 23 Aoû 2011 - 23:46

En Afrique du Nord, les terrasses sont désertées aux heures chaudes de la journée, le matin c’est le lieu réservé aux femmes et aux enfants, elles y étendent leur linge, préparent les repas sur les kanouns. En soirée, les hommes y préparent de petits barbecue et plus tard s’y réunissent pour discuter entre eux et fumer une chicha.
François fugacement se souvint des heures passées à regarder sa mère avec ses voisines tunisiennes sur la terrasse de la maison de Menzel Bourguiba autrefois Ferryville, un bel et grand immeuble donnant sur la rue de France au dessus du café Ben Yeder, ses amies lui apprenaient à faire le couscous, tandis qu’il les regardaient avec délectation tamiser la semoule, éplucher les légumes dans les confidences et la rigolade.
Mais on n’en était plus là maintenant, c’était une toute autre espèce d’individu qui essayait de se faufiler dans les mailles du filet, qu’entre nous François estimait bien laches. Dayab lui fit signe et tels des sioux ils se glissèrent entre les cabanes à pigeons et les étendoirs couverts de draps pour se rapprocher du lieu où la chose était tapie.
Et , soudain, il vit la silhouette d’un homme se dessiner sur les façades en contre-jour des rares réverbères, l’homme s’enfuyait prestement. Dayan et François se mirent à courir à sa poursuite. Il était leste, sa silhouette correspondait à celle du Boucher, de partout des coups de sifflets résonnèrent. En contrebas, dans la ruelle une charrette tirée par deux ânes cahotait dans cette voie où aucune automobile n’aurait pu s’engager.
Ils virent alors l’homme faire un bond prodigieux, sauter à l’arrière de la charrette, en éjecter le chibani qui la conduisait et houspiller les ânes en hurlant : « bara emchi.. ! » pour qu’ils avancent plus vite. Dayan et François n’avaient pas d’autre solution que de sauter dans le vide également…
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mer 24 Aoû 2011 - 18:04

Ce n’était pas le moment d’hésiter, il fallait prendre le risque de se rompre le cou plutôt que de perdre le fugitif. Retenant son souffle François s’élança yeux fermés suivi de Dayan. La réception fut difficile. Avant que la carriole ne disparaisse à un croisement ils étaient à ses trousses. Le hasard fit que sur le bas côté d’une petite épicerie une autre charrette tirée par un vieux cheval famélique avec juste la peau et les os était attachée à un poteau. Dayan la libéra de son entrave et tous deux s’installèrent en voltige sur le banc vermoulu. A l’arrière quelques kilos de pastèques se mirent à brinquebaler. Ils se lancèrent alors dans une poursuite infernale inaugurant peut être les débuts des westerns-couscous.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Sam 27 Aoû 2011 - 15:39

Les deux baudets du Boucher gagnaient du terrain et il était à craindre que François et Dayan ne le perde. Ils passèrent près de la gare à la sortie de la Médina, et le Boucher décida de quitter son attelage, car il devenait évident qu’une charrette dans de grands axes ne pouvait garantir sa fuite. Quelques taxis stationnaient sur un parking dans l’attente de voyageurs de la nuit. Le Boucher s’installa dans un, il venait de démarrer lorsque François et Dayan en avisaient un autre et montaient à l’arrière.
Leur chauffeur semblait un petit malin et l’appât du gain dû à une longue course fait tomber les barrières. Dayan se présenta de la Police et lui demanda de suivre l’autre taxi de manière à ne pas être repérés. L’homme leur répondit que l’autre taxi est son cousin et que même s’ils le perdaient un appel sur son portable le localiserait rapidement. Ainsi purent ils suivre le Boucher à distance, ils avaient pris la route d’El Jem, une localité proche de l’autoroute de Tunis, à une cinquantaine de kilomètres de Monastir.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Sam 27 Aoû 2011 - 21:00

El Jem est l’ancienne Thysdrus romaine, son joyau est un Colisée romain en bon état, le troisième plus important du monde antique. Autrefois on pouvait l’apercevoir de la route à plusieurs kilomètres à la ronde se détachant sur le ciel bleu d’Afrique, une image à vous prendre les tripes. Mais le développement urbain l’a occulté à la vue des voyageurs et il faut maintenant connaître son existence pour venir le visiter.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 29 Aoû 2011 - 11:31

Le grand problème des « ruines antiques » c’est que malgré la beauté des ouvrages ce ne sont que des amoncellements de pierres, bien taillées, bien agencées certes, mais des pierres tout de même. Et que le petit peuple lassé de l’expression de Juvénal « Panem et circenses » privilégia la possession d’un toit. Ce qui fit qu’au cours des siècles après le passage des Vandales on se servit sur la bête, bloc après bloc pour construire sa maison. L’Empire romain avait vécu, les Vandales laissèrent en place l’organisation économique et sociale romaine, mais les jeux perdirent de leur splendeur, adieu les spectacles grandioses, la musique tonitruante dans ces arènes où 30.000 spectateurs supportaient pire que le bruit de nos vuvuzuelas contemporaines.
El Jem fut comme ses congénères latins le lieu de la politique de l’Empereur, avec près de 180 jours de spectacles par an à la fin de l’Empire, la population était autant manipulée que pezuvent le faire nos médias modernes.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 29 Aoû 2011 - 14:48

Une fois entré en ville, le taxi du Boucher stationna devant la boutique du vendeur de Tabounas, sur la petite place à côté du Colisée. Celui de François s’engagea prudemment en début de place et se gara derrière la baraque du marchand de journaux. A cette heure matinale, l’endroit était quasiment désert. Le marchand de journaux commençait à sortir ses présentoirs, et à aligner ses périodiques sur les barres en fer, bien disposé à gagner son salaire de misère.
Dans le lointain l’appel du Muezzin retentissait repris du haut des minarets par les hauts parleurs d’autres mosquées, invitant les croyants à prier. Le Boucher n’en avait cure, il se dirigea vers une petite porte basse entrebâillée. Dayan et François le suivirent de loin, ne voulant pas signaler leur présence. Après quelques secondes d’attente ils franchirent également la porte du monument. La beauté du lieu, son côté imposant rempli d’Histoire et heureusement restauré en partie suite à son classement au Patrimoine Mondial de l’Humanité imposaient un immense respect.
Ils longèrent les parois de l’édifice, se glissant entre les arcades du rez de chaussée. Il revint en mémoire à François un épisode de l’histoire du lieu en hommage à la Kahena, une princesse berbère, qui lutta sur ce site durant quatre années contre l’envahisseur musulman et ne dut sa perte qu’à la trahison de son amant qui la poignarda et envoya sa tête au chef des envahisseurs arabes.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 29 Aoû 2011 - 19:35

Et pour l’heure, les ruines viraient sinistres, des ombres vacillaient fugaces entre les colonnes, des bruits étranges résonnaient de loin en loin rendant l’ambiance funeste. Le Boucher semblait avoir disparu lorsque Dayan fit signe à François d’écouter attentivement, et en fait de faibles sons de voix leur parvinrent du sous sol. Sous les arènes des pièces étaient aménagées, lieux de repos pour les gladiateurs, local pour entreposer la machinerie, geôles, cages aux fauves, les romains avaient tout prévu afin que l’espace accueille les actes du théâtre sanglant destiné à amadouer la gourmandise de la foule assoiffée de meurtres.
Au détour d’un pylône ils découvrirent un trou peu conséquent duquel des escaliers en pierres descendaient vers les entrailles du monument, François pensa à une scène du film « Orphée aux enfers » de Cocteau. C’était surement l’accès emprunté par le Boucher, ils descendirent dans la pénombre, peu rassurés.
En bas des escaliers dégoulinants d’humidité un couloir voûté aux murs de briques rouges desservait de nombreuses salles ayant chacune sa destination propre. Le bruit de voix se faisait plus perceptible au fur et à mesure qu’ils approchaient d’une des salles où la lumière d’une bougie projetait une lueur vacillante dans le couloir.
Ils décidèrent de se rapprocher et de pénétrer dans la salle adjacente à celle d’où provenaient les bruits. Une fois à l’intérieur du local dont le sol sableux était jonché de blocs de pierres, de gravats et de remblais, ils avisèrent une petite anfractuosité dans un mur par où ils purent entrevoir ce qu’il se passait dans la pièce du Boucher.
Au centre de cette salle deux tréteaux supportaient une planche sur laquelle un homme était attaché ou plutôt ficelé comme un saucisson. Autour de lui, trois hommes dont le Boucher semblaient procéder à un interrogatoire nazi. Malgré la faible clarté de la bougie, François crût reconnaître Grishka Olanov, l’homme avec qui il avait partagé sa cellule au Commissariat de Djerba
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Jeu 1 Sep 2011 - 15:45

Igor paraissait mal en point, les deux acolytes du Boucher devaient l’entreprendre depuis longtemps car apparemment il en était au point où la langue se délie, où le corps las des souffrances demande grâce et ne souhaite qu’une chose, que tout cesse. François et Dayan purent constater que le son des voix leur parvenait distinctement de là où ils se trouvaient.
Ils virent le Boucher ouvrir une vieille malle et en extraire une mallette en cuir qu’il posa sur un amoncellement de cartons à quelques mètres d’eux. Il actionna la serrure et releva un côté, une pile de billets en grosses coupures y étaient entassés soigneusement.
- « Bien joué » s’exclama-t-il à l’intention de ses complices.
- « Cela n’a pas été trop difficile Maître » répondit l’un d’eux.
Le Boucher se tourna vers Igor et s’adressant à lui :
-« Cela t’apprendra à vouloir jouer cavalier seul. Je t’avais dit que cet argent n’était pas pour toi. Et en plus de me voler l’argent tu as gardé la fille. J’avais confiance en toi Igor, c’est pourquoi je t’avais chargé de l’enlèvement, tu m’as déçu. Tu m’as bien servi en enlevant Nicole, et tout a basculé à Djerba. Je t’avais donné pour mission de tuer le français, tu as eu trois occasions de le faire dont la dernière dans sa cellule et tu ne l’as pas fait. Je n’aurai jamais dû t’en faire sortir, j’ai soudoyé un flic pour toi, cela m’a coûté beaucoup d’argent et voilà comment tu me remercies, en t’enfuyant avec ma mallette, heureusement que j’ai des hommes plus fidèles que toi espèce de alouf.
Il te reste une dernière chance, dis moi où tu as caché la fille et nous ne te ferons aucun mal. »
- C’est bien vrai. ? Dit Igor d’une voix faible.
- Parles Igor, parles, insista le libyen d’un ton menaçant.
- Vous ne me tuerez pas, après. ?
- Parles, je te dis. ! Aboya le tortionnaire.
- Bien, elle est chez Rachid , route de Douz près de la station d’essence Alybia à Matmata. Elle est en bonne santé.
François et Dayan n’avaient rien perdu de la conversation, ainsi le Boucher était mêlé à l’enlèvement de Nicole la fille du banquier suisse. Sa poursuite et leur acharnement leur permettrait peut être de dénouer les nœuds de deux affaires tenant entre elles par le lien alambiqué de ce personnage sanguinaire.
Ils n’eurent pas le temps de se regarder que déjà le Boucher avait sorti de sa poche un énorme couteau à cran d’arrêt qu’il plongea dans la carotide d’Igor. Voilà comment il tenait ses promesses.
Ses deux complices étaient restés là bouche bée, bien qu’ils connaissaient sa haine, il les surpassait dans l’horreur.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Sam 3 Sep 2011 - 17:51

Le Boucher visiblement ne faisait pas dans la dentelle, tout ce qui le gênait devait disparaître, ainsi pour Igor. François se retourna pour voir la réaction de Dayan et savoir s’ils devaient intervenir. Mais au même moment une sirène de Police retentit à l’extérieur du Colisée.
A ce bruit, toujours aussi vif le Boucher se saisit de sa mallette et se rua vers la porte de sortie. Surpris François et Dayan eurent un temps de latence et finirent par réagir, François poursuivit le Boucher tandis que Dayan entrait dans la pièce où reposait le corps d’Igor. François constata une fois de plus la vélocité du Boucher qui tout en courant communiquait par téléphone mobile. Il entendit le bruit d’un moteur d’hélicoptère et une fois à la surface vit que le Boucher s’accrochait à une échelle de cordes ballotant par la porte ventrale de l’hélicoptère portant des inscriptions et des symboles russes.
L’hélicoptère s’élevait lentement tandis que le Boucher montait les échelons de l’échelle, se rendant ainsi inaccessible au français impuissant. Dans le même temps, il entendit des coups de feu qui parvenaient du sous sol qu’il avait quitté. Ne pouvant rien de plus pour attraper le Boucher qui le narguait de sa hauteur, il se précipita au secours de Dayan. Il pénétra dans la pièce, se rendant compte un peu trop tard du risque qu’il venait de prendre, Dayan était près du corps d’Igor, au sol les deux complices gisaient sans vie. Dayan se retourna vers lui, il avait à la main un ordinateur portable.
- Je l’ai trouvé par terre contre le mur, le Boucher a commis une erreur, il l’a oublié dans sa fuite. Nous allons le faire parler, peut être contient il des éléments de preuves qui satisferont un tribunal.
Et tout de go à l’aide de son téléphone portable il appela le Commissaire Djibflouz, ce dernier ne tarda pas à les rejoindre, c’était bien lui le responsable de la fuite du terroriste. François releva la bêtise d’utiliser une sirène au risque d’alerter un criminel, si c’était cela qu’il avait retenu de ses études en France…
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Dim 4 Sep 2011 - 1:57


Aparté de l’auteur :
- Pour une meilleure compréhension de l’histoire, le narrateur se doit à ce stade du récit d’apporter des éléments supplémentaires à la réflexion des lecteurs. Le plus attentif de ceux-ci n’a pas dû manquer de se poser la question : quelle est cette agence de détectives de Lyon pour laquelle François travaille.. ?
Pour y répondre il est nécessaire de se transporter à Lyon sur les bords du Rhône dans le quartier si pittoresque des traboules, dans une petite ruelle discrète dont le nom ne vous dirait rien, une enseigne ne payant pas de mine annonce pompeusement :
Maison Rigollet-Sainte Rose, Agence Internationale de Détectives Privés, Enquêtes et Filatures en tous genres.
Et pour bien marquer la fonction le dessin d’une loupe avec un œil en son centre placarde l’attribut du métier : la surveillance.
Au premier étage d’un escalier en colimaçon, passé un palier recouvert de bois vermoulu et grinçant à la teinte douteuse, la porte s’ouvre sur une petite officine ne payant pas de mine.
Peu de monde y travaille, le patron Mr Rigollet, nous reviendrons sur le personnage, et sa secrétaire Melle Germaine, une vieille fille pincée, suçotant d’éternelles pastilles de menthe. Germaine est l’âme du lieu, elle connaît par cœur toutes les enquêtes (elle les a toutes apprises le soir en faisant des heures supplémentaires). Elle est capable de retrouver en quelques secondes le moindre rapport de Police litigieux et ceci sans ordinateur. D’ailleurs, Mr Rigollet dit toujours : » Si Germaine tombe malade je plie bagages ».
L’officine comprend deux enquêteurs, notre ami François dit le français et Gustave un jeunot rachitique dont le plus grand plaisir est de singer les détectives privés américains dans le style Mike Hammer dit Le Marteau. Enfin, Mr Rigollet, Edmond pour les dames, ancien Adjudant en Algérie, il en a ramené une claudication de la jambe gauche pour avoir sauté sur une grenade lors de la Bataille d’Alger et des idées d’extrême droite qu’il expose vertement au grand dam de Melle Germaine.
Mr Rigollet est un sot, mais un sot sympathique avec un cœur énorme, c’est lui qui avait engagé François un soir de vague à l’âme, où celui-ci désespéré par une histoire d’amour allait se jeter dans le fleuve du haut du pont Michel. Il lui avait parlé, avait tendu la main et l’avait recueilli. Ainsi peut-on passer pour un salaud dans la société et néanmoins avoir du cœur. François ne partageait pas ses idées, il en était même à l’opposé, mais François avait de la mémoire et du tact. Il s’en serait voulu de prononcer une phrase qui condamne, et d’ailleurs de quel droit juge t’on les autres.. ?
L’Agence ne faisait pas de gros bénéfices, c’est pourquoi le jour où le célèbre banquier suisse s’était adressé à eux en désespoir de cause, était à marquer d’une pierre blanche, on allait pouvoir payer les loyers et les traites en retard et bien sur les trois mois de salaires impayés aux employés. Mr Rigollet avait confié l’affaire à François avec tous ses espoirs. François avait accepté, il avait fait sa valise, n’avait pas oublié sa patte de lapin et avait pris une location à Djerba où la piste de Nicole la fille du banquier avait été perdue.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 5 Sep 2011 - 20:00

Promenade neuronale, suite sans fin.

Igor Olanov, Zombie ou réalité.. ?

Garde t’on toujours la même ligne de conduite toute sa vie ou existe-t-il des foultitudes de variables qui font que l’on peut emprunter des chemins scabreux, remplis de fange où l’on risque d’y perdre son âme.. ? Nombreux sont ceux qui croient qu’il n’existe pas d’autres possibles, par peur d’y perdre son confort en affrontant l’inconnu. Bien souvent par manque d’imagination, par faiblesse ou lâcheté, par avarice tel ce dicton : lâcher la proie pour l’ombre. Alors on se contente du peu que l’on a, on le protège âprement, en se disant : après tout c’est ma vie je n’en ai qu’une.
Igor emprunta de nombreuses voies dès sa naissance, ses parents natifs de Bakou en Azerbaïdjan étaient russes orthodoxes, après la naissance d’Igor ils furent tués lors de la guerre qui opposa ce pays à l’Arménie en 1991. Rescapé miraculeusement il fut recueilli par une famille musulmane chiite qui l’éleva et lui apprit sa langue l’Azeri.
Le gamin grandit ignorant de ses origines, il se voyait bien blond aux yeux bleus alors que ses frères et sœurs étaient bruns comme le geai des chênes, mais les questions disparaissaient devant un plat de dolmas que leur servait la mère.
Ce ne fut qu’à l’âge de sept ans qu’il comprit que quelque chose clochait dans son existence, lorsqu’il découvrit qu’il n’avait pas été circoncis alors que ses frères l’étaient.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mer 7 Sep 2011 - 16:06

Il posa la question à son père et celui-ci lui révéla ses origines et lui expliqua que par respect il ne l’avait pas fait circoncire, lui laissant le choix de sa religion. L’enfant aurait pris la foudre que sa réaction aurait été approchante, il avait un caractère bien trempé et s’efforça de ne rien laisser paraître. En lui-même il aurait préféré que son « père » ait tout fait pour que jamais il ne connaisse la vérité. Vivre dans cette famille lui était devenu insupportable.
A présent qu’il savait il percevait de nombreux détails qui autrefois ne l’avaient pas interpellé, des regards plus appuyés sur ses « frères » et « sœurs », des petites attentions qui lui sautaient aux yeux et qu’il amplifiait.
Il ressentait cela comme des blessures au fer rouge. Il découvrait la jalousie, un sentiment qui lui était inconnu jusqu’à ce jour, dont il se sentait coupable et éprouvait le remords. Cette situation lui devint intolérable, il fallait qu’il prenne une décision.
Le village était desservi par une voie de chemin de fer qui menait à Moscou, de vieux trains dégageant d’énormes volutes de fumées noires y passaient deux fois par semaine. Il prépara son départ.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Dim 11 Sep 2011 - 0:43

Quelques effets personnels jetés dans un vieux sac à provisions à deux anses, un peu de pain, des pommes et des noix, de l’eau, il s’estima paré. Le tout était de ne pas éveiller l’attention sur ses préparatifs. Dans le même temps il se rendit compte qu’il n’éprouvait que peu de tristesse à partir. Il décida de ne pas trop attendre car l’hiver s’annonçait et entreprendre un tel voyage par cette période aurait été de la folie.
Igor se renseigna sur les horaires et les jours de passage des trains de marchandises et fixa son départ au mercredi suivant. En attendant il se comporta comme si de rien n’était et la veille du départ réprima ses émotions. Dans la nuit il prit la route de la gare avec son baluchon. La nuit était fraîche et voilée, il se dissimula près des bâtiments attendant l’heure, son cœur battant la chamade.
Il chantonna un air que sa « mère » lui avait appris pour se donner du courage. Il n’eut pas à attendre longtemps, la locomotive poussive fit entendre son sifflement dans le lointain et peu de temps après le convoi déboucha du tunnel avant la station. Dans un bruit de ferraille le train mit du temps à s’immobiliser, le chef de gare ne se hasarda pas à sortir dans la fraîcheur de la nuit.
Pendant que le conducteur vérifiait les essieux des wagons Igor se glissa le long des rails et tenta de trouver une porte non cadenassée, par chance il ne tarda pas à en trouver une et pénétra dans le compartiment rempli de sacs, il se dissimula dans le fond après avoir refermé la porte.
Il dut attendre longtemps avant que le signal du départ ne retentisse.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Lun 12 Sep 2011 - 10:08

Le train s’ébranla et s’enfonça dans la nuit en direction de son avenir. Il se cala du mieux possible sur les sacs et ne tarda pas à s’endormir. Au matin des rayons de soleil provenant des interstices des panneaux de bois lui caressèrent le visage jusqu’à ce qu’il ouvre les yeux. Il étancha sa soif et mangea un peu de pain. Puis il se colla contre la paroi pour essayer d’entrevoir l’extérieur.
L’espace entre les planches était trop étroit, aussi à l’aide de son couteau se confectionna t’il un petit œilleton qui lui permit de découvrir les paysages traversés. Sa surprise fut grande d’apercevoir la mer, il ne l’avait jamais vue depuis sa naissance, une telle étendue d’eau au bord de laquelle des enfants ramassaient par endroits des coquillages, comme ils devaient être heureux.
En fait la ligne de chemin de fer longeait la Mer Noire sur des centaines de kilomètres, elle traversait les montagnes du Caucase, des républiques telles l’Azerbaïdjan, le Daghestan pour déboucher sur la grande plaine de Tchétchénie, où elle obliquait vers les fleuves du Don et de la Volga en direction de Volvograd.
Igor explora l’intérieur de son wagon, il découvrit que c’étaient des sacs de pommes de terre empilés par dizaines, l’évocation de ce légume lui rappela les heures de souffrances passées à en faire la récolte dans le froid tel que pour se dégeler les doigts lui et ses « frères » devaient s’uriner dans les mains.
La faim le taraudait ainsi que la soif, le voyage allait être long bien que le train ne stationnait pas longtemps dans les gares, les distances étaient immenses et sa connaissance de la géographie fort réduite. Cependant il avait repéré sur un plan de la gare de départ des noms de villes qu’il devait traverser, le nom de Volvograd en particulier.
Je vous fais grâce des étapes du voyage qui fut long et épuisant, et au cours duquel l’enfant souffrit de la soif. Ce qui le sauva ce furent ces pommes de terre sur lesquelles il dormait, il en creva un sac et lorsqu’il manqua d’eau il les coupa en deux et les suça pour calmer sa soif. Aussi lorsqu’une nuit le train s’arrêta en gare de Vody une petite ville de Russie passée la frontière Tchéchène il décida de descendre, complètement déshydraté et affamé.
Il se laissa tomber sur le quai et se recroquevilla contre un mur de la gare, il ne savait pas où il était, il savait qu’il avait passé une frontière, mais laquelle. ?
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mar 13 Sep 2011 - 16:35

Il se mit en boule sur lui-même essayant de conserver le mieux possible la chaleur de son corps, il y parvint tant bien que mal et s’endormit. Au petit matin tandis qu’il dormait encore une main se posa sur son épaule et y exerça une pression. Igor se réveilla en sursaut et tenta d’ouvrir les yeux aveuglé par le soleil. Face à lui ce qu’il vit en premier ce fut une énorme barbe blanche qui encadrait un visage rond aux yeux remplis de bonté.
- Petit Père, Dieu t’a mis sur mon chemin, viens avec moi au chaud.
Igor se leva ankylosé , ramassa son maigre bardas et suivit l’homme, se disant qu’il n’avait pas mieux à faire. En marchant il détailla avec plus d’attention le personnage, celui portait une longue robe brune qui lui tombait aux chevilles, ses pieds chaussaient des sandales et ses cheveux blancs lui tombaient sur les épaules. Il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer un tel individu au village où il vivait avec sa « famille ». Ils marchèrent un long moment en traversant le village.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mer 14 Sep 2011 - 14:30

et arrivèrent devant un bâtiment carré à coupole centrale flanquée de quatre coupoles latérales, à côté de cet édifice une sorte de tour qu’il apprit être le clocher était séparée de l’église.
Non loin se trouvait une petite maison d’aspect modeste entourée d’un grand jardin potager. Igor n’avait jamais vu d’église, il ne connaissait rien en matière de religion, il n’avait reçu aucune éducation et ne savait ni lire ni écrire. Il apprit que cet homme s’appelait Boris, qu’il était marié, avait six enfants, sa femme une bonne grosse maman lui servait aussi de domestique. C’était le prêtre du village, un pope orthodoxe, un homme pauvre qui vivait comme le peuple qui l’entourait, un excellent ouvrier de la terre.
Il faisait vivre sa famille des produits de son potager, des rares animaux qu’il élevait, ainsi que de la vente de cierges et d’images bénites. Fils de prolétaire, dans sa famille on était pope de père en fils, d’ailleurs son nom de famille était Popov, c’est dire le degré d’ancrage de la religion dans cette âme fruste. Boris comme je l’ai dit déjà était un homme bon et sobre, pas comme certains prêtres qui venaient dire la messe complètement saouls et recevaient 25 coups de verge à la fin de l’office.
Il parla longuement à Igor et lui annonça qu’il le garderait avec lui, lui assurerait le gîte et le couvert à condition qu’il vende des cierges dans le village et nettoie l’église, il lui apprendrait aussi à lire et à écrire. Il lui raconta l’histoire de son père qui deux fois par semaine disait la prière à la table du noble du village, à l’époque où il y en avait encore. Et lorsque son père en avait fini, le noble le chassait en cuisine pour qu’il y prenne son repas avec les domestiques, triste époque où l’homme pauvre n’était qu’un serf.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mer 14 Sep 2011 - 22:06

Ce que le prêtre lui proposa sembla satisfaire Igor. On lui attribua un lit dans la chambre des garçons et il fit en sorte de mériter sa pitance. Dans le même temps, il découvrit l’humble cérémonial de la messe orthodoxe héritière de l’Eglise Grecque, dans les campagnes. Il assista aux offices qui ne duraient pas longtemps car il n’y avait pas de sermons. Les fidèles se tenaient debout scandant des chants lors des prières du prêtre, une phrase revenait souvent : « Seigneur aie pitié de nous ! Seigneur nous t’implorons ! Seigneur accorde nous cela ! ».
Une fois la messe dite il nettoyait l’église. Ce qui l’avait surprit dans tout ceci c’était le rituel de la communion des fidèles sous forme de pain et de vin, le prêtre prenait un petit morceau de pain qu’il trempait dans du vin puis le posait sur une petite cuillère tendue au communiant.
Boris lui apprit à lire et à écrire rapidement car Igor était très intelligent et désireux de savoir. Ainsi un jour l’enfant découvrit sur une étagère un vieux livre écrit dans une langue inconnue, il l’apporta au prêtre qui lui dit qu’il s’agissait d’un auteur français, un certain Victor Hugo, le titre en était « les misérables ». Boris lui dit qu’il savait lire le français, il l’aurait appris de son père qui lui-même le tenait du noble du village, car à son époque nombreux étaient les nobles qui parlaient cette langue, c’était une clef pour paraître érudit à la cour du Tsar.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Mar 20 Sep 2011 - 20:40

Boris entreprit d’apprendre le français à Igor, ce fut chose facile car l’enfant avait de réelles facilités dans l’apprentissage des langues. En quelques années il obtint un niveau suffisant dans toutes les matières, et dans le même temps il grandit, et se développa musculairement de sorte qu’il devint un redoutable petit athlète aux formes harmonieuses. Sérieux, appliqué et curieux de tout c’était la fierté de Boris qui l’avait adopté officiellement.
Mais dans ce monde ingrat il n’existe pas de futur idyllique et même si l’on ne croit pas à la lutte du bien contre le mal ce dernier ne se résous pas au silence et ignore le bonheur. Aussi lorsque Igor eût atteins l’âge de 14 ans des troubles graves éclatèrent dans la région. Des attentats, des meurtres ensanglantèrent les villages où la lutte entre les communautés pris de l’ampleur. L’intolérance des uns répondant à l’intransigeance des autres, les hommes une nouvelle fois s’affrontaient, détruisant les familles, rasant les édifices, chaque partie étant convaincue de son bon droit.
Vody ne fut pas épargnée par le malheur surtout dans la campagne avoisinante. Une nuit des hommes cagoulés vinrent dans la maison du prêtre, cette nuit là Igor avait été invité à dormir chez un copain. Boris et sa famille furent lâchement assassinés et la maison brûlée. Le lendemain matin consterné Igor découvrit les ruines de ce que furent les meilleures années de sa courte existence.
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Jeu 22 Sep 2011 - 17:11

Dans l’intention de ménager le lecteur je ne détaillerai pas ici ce qu’il advint d’Igor à la suite de la mort de Boris et jusqu’à son arrivée en Tunisie bien des années plus tard, cela fera peut être l’objet d’une future nouvelle. Par contre ce que je puis dire c’est que sa mentalité, son comportement changèrent du tout au tout, cet adolescent honnête et studieux se changea en un monstre d’égoïsme et de haine, jusqu’à sa fin horrible….
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MessageSujet: Re: Le jasmin étoilé   Jeu 22 Sep 2011 - 17:24

Djibflouz remit l’ordinateur à un de ses enquêteurs avec mission de lui extirper tout ce qu’il pourrait révéler afin d’aider l’enquête en cours, et ce en urgence, l’évènement allant en se précipitant.
Il fit également appel à un hélicoptère de l’Armée pour transporter François et Dayan au plus vite à Matmata où la jeune Nicole était retenue prisonnière. En attendant l’appareil François en profita pour passer un coup de téléphone à Mounira qui n’avait plus de nouvelles de lui depuis deux jours.
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