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 La résilience

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Romane
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MessageSujet: La résilience   Lun 30 Nov 2009 - 3:14

Je tombe sur cet article fantastique. J'avais l'intention de n'en citer que certains passages, mais décidément non, je vous le livre entier.

Citation :
«Une âme saine dans un corps sain. Cela est beau, mais encore borné et commun. Ce qu’il y a dans l’homme de plus vaste, de plus ouvert, de plus héroïque, de plus subtil, de plus délicatement noble et vibrant, c’est une âme saine dans un corps malade. Une âme qui résiste à la contagion de la détresse vitale et dont la santé, sans cesse conquise à la pointe de l’épée, est le fruit tendre et saignant d’une victoire.»
Gustave Thibon, L’Échelle de Jacob


Les médias nous livrent tous les jours leur terrible moisson des malheurs humains prélevée dans le monde: les guerres dont les civils sont les éternels vaincus, les tremblements de terre qui privent, au pire de la vie, au mieux, de ces habitations qui sont les nids de l’humanité, les régimes politiques qui font de tout un peuple des prisonniers réels ou en puissance.

Et lorsque, en dépit de la distance qui nous en sépare, nous ressentons tout de même un peu de cette douleur humaine, nous sommes éblouis par la capacité d’encaisser de ces bombardés, de ces ensevelis revenus à la vie. Dans les camps de réfugiés, par exemple, il y a moins de suicides que chez les bien nantis occidentaux. Qu’est-ce que cette aptitude à encaisser? D’où provient-elle? Comment apparaît et se développe la résilience?

Tant de choses à prendre en considération mais celle, essentielle, que nous voudrions dégager, c’est que les coups durs, les malheurs, les souffrances causées par la maladie ou par des conditions extérieures –catastrophes naturelles ou guerre –, font apparaître des ressources inconnues et illimitées en réveillant la résilience chez les victimes.

L’aptitude à faire face aux souffrances n’est pas d’abord spirituelle, elle est un mélange d’instinct vital, de tempérament et de caractère, de réactions dictées par la culture familiale et sociale, par l’ethnie à laquelle on appartient. Il n’y a qu’à évoquer, à titre d’illustration, les rituels très diversifiés de l’accouchement ou du deuil dans certains pays. On attribue de façon générale l’extériorisation des douleurs davantage au tempérament latin, leur intériorisation, le fameux flegme britannique, au tempérament nordique. Elle doit aussi beaucoup cette résilience à la mobilisation de toutes les énergies provoquées par l’urgence d’une situation. Les Québécois qui ont subi la crise du verglas ont eu une expérience positive de cette mobilisation.

Mais l’absence de malheur national, pour ainsi dire, amènerait-elle à la longue une perte de cette faculté d’affronter des situations graves? Autrement dit, y aurait-il moins de résilience chez les êtres choyés par la vie, par la nation à laquelle ils appartiennent, par la richesse à laquelle ils ont à chaque moment accès, – et je ne pense pas à la fortune en tant que telle mais au confort, au choix de la nourriture, des vêtements, du logement, des moyens de transport, y compris au choix de son avenir avec ce qu’il implique, à tout ce qui est notre lot?

Il serait à la fois simpliste et faux de répondre par l’affirmative, car l’expérience quotidienne nous montre parfois que des gens ayant tout eu, comme on dit, et subitement privés de tout, réagissent avec un étonnant pouvoir de résilience. Alors que d’autres, pourvus de peu, tolèrent très mal la perte de ce peu. On dira que dans le premier cas, le fait d’avoir été comblé dispose paradoxalement au détachement, moins paradoxalement toutefois qu’il n’apparaît, les désirs satisfaits disparaissant dans leur satisfaction même. Alors que la perte, dans le cas où on a reçu au compte-gouttes les bienfaits de la vie, peut être ressentie comme l’obstacle final et définitif au bonheur. L'inverse existe aussi: des êtres pauvres ont la sagesse non seulement de se contenter de ce qu'ils ont mais de s'en réjouir. Donc, question éminemment complexe.

En premier lieu, les êtres doués d’un instinct vital fort sont sans doute mieux disposés par la nature même, par leurs gènes, par leur tempérament, à continuer d’adhérer à la vie quels que soient ses assauts. Ils ont aussi la capacité de retourner ces assauts en leur faveur. Sont-ils des résilients? Ils sont avant tout des vivants. On peut leur appliquer ce que disait d’Alexandre Dumas une de ses proches: «Il était la vie, il n’a pas vu venir la mort.»

Mais ces êtres sont rares et, en général, doués d’un pouvoir créateur tel qu’il leur permet de prendre la vie par les cornes plutôt de se faire encorner par elle.

La majorité, dont nous sommes, sont des êtres dont la faculté de rebondir est liée à un ensemble de conditions qui vont de la première enfance, de l’amour de la mère en particulier, à l’éducation reçue, aux modèles qui leur ont été transmis par la société autant que par la famille. Car, une fois admis le fait que d’être aimé ou d’avoir été aimé immunise contre certaines formes de dépression, comme cette fillette terrifiée par la pensée de la mort, qui se consolait en pensant «Il est impossible que je meure, puisque cela ferait aussi mourir ma mère de chagrin», la résilience ne peut quand même pas s’expliquer uniquement par l’amour.
S'il résout beaucoup de problèmes, l'amour ne les résout pas tous. Les modèles proposés ou transmis spontanément, l’éducation donc, – car qu’est-ce que l’éducation, sinon le fait de favoriser chez l’enfant l’intériorisation de modèles positifs –, joue un rôle primordial.

Le développement de la résilience chez l’enfant est alors lié, non à l’instinct vital mais à une attitude mentale, morale, chez ses parents, devant les coups du sort. Le comportement de son entourage est son premier modèle. «Mon père savait encaisser; ma mère riait beaucoup et ne se plaignait jamais; mes parents étaient pauvres mais heureux; ils embrassaient bien la vie». C’est par des jugements semblables, portés sur leurs parents, que les enfants devenus grands révèlent qu’ils ont bien vu et bien compris la force de leur courage mais aussi leur capacité de consentir au destin. Ajoutons, tant l’âme humaine a de facettes, que les modèles contraires de tristesse, de désenchantement, de découragement peuvent jouer le même rôle, en éveillant chez l’enfant un désir ardent de s’en sortir.

Lorsque l’épreuve est pour ainsi dire matérielle, qu’elle concerne les conditions extérieures de la vie: la perte d’un emploi, un conflit de travail, une diminution de revenus, etc., la personne qui en est victime n’est pas touchée jusqu’au fond d’elle-même. Elle peut avoir la capacité de retourner une situation en sa faveur par des mesures relevant du bon sens et de l’à propos. Car il existe dans la plupart des cas une solution à ce niveau, fût-elle étatique.

Lorsque l’épreuve est physique, comme la maladie ou une infirmité, ou morale, comme la mort d’un proche ou la mort d’un amour, c’est l’âme elle-même qui est touchée. C’est seulement en descendant en soi-même, en approfondissant le sens de la vie, de sa vie, en puisant dans ce que les saints, les sages ou un proche ont pensé de douleur humaine qu’on peut trouver, non pas une solution, mais une dissolution du problème dans le mystère et dans la poésie; littéralement, une renaissance dans un état supérieur de conscience et de confiance. On constate cet état supérieur chez certains handicapés, qui auraient pu se suicider, et qui sont rayonnants de vie une fois qu’ils ont surmonté cette légitime tentation.

Leur résilience morale a été nourrie par leur réflexion sur la destinée humaine, sur le sens de la souffrance, par certaines rencontres aussi prolongeant cette réflexion. Ce qui nous amène à dire que le recours à la pensée est une composante essentielle de la résilience de l’âme. Une bénévole dans un Centre d’accueil racontait que, lorsqu’elle entrait dans une chambre de personne âgée grabataire et qu’elle lisait sur son visage une détresse particulière, elle lui faisait la lecture de cette pensée de Marc-Aurèle, qui est devenue la prière adoptée par les Alcooliques Anonymes (lesquels ont peut-être oublié sa lointaine origine) et que tout le monde connaît: «Donnez-moi la force de distinguer entre les choses qui peuvent être changées et celles qui ne peuvent l’être», etc. Elle a vérifié maintes fois, concluait-elle, l’effet apaisant de cette prière.

La résilience à ce niveau n’est pas le pouvoir de rebondir mais celui de s’incliner, comme le roseau. Il faut alors faire appel à une autre notion, celle, métaphysique, du rapport de Dieu avec la souffrance. Car, qu’on soit ou non croyant, la souffrance est la déchirure dans le bonheur humain par laquelle la question de Dieu ne peut pas ne pas se poser. Et je n’entrerai pas ici dans le dédale des raisonnements sur l’existence ou non de Dieu. Elle se pose alors cette question, non pas à la raison si souvent utilisée comme faculté de dénégation, mais à l’être même qui, lorsque touché jusqu’au centre, crie son désespoir. Il y a des réponses à ce cri, et la moindre n’est pas le profond silence, ou la sérénité qui en découle, et qui rayonne de certains êtres qui sont remontés vers la vie.
Source : http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Resilience--La_resilience_morale_par_Helene_Laberge

Et donc, je lance le sujet sur la résilience ; qu'en pensez-vous, comment la vivez-vous, êtes-vous conscient d'en faire preuve, etc.

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lucarne



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MessageSujet: Re: La résilience   Lun 30 Nov 2009 - 13:04

A un moment, j'ai lu quelques livres de Cyrulnik. Et j'ai fini par me dire que la résilience, c'était quelque chose d'évident pour la raison, mais quand il s'agit des tripes, de la souffrance morale, c'est un concept qui peut devenir totalement inaccessible.

Il faut aussi prendre en compte que nous ne sommes pas tous physiologiquement égaux devant la souffrance morale. Les molécules faisant fonctionner le cerveau et jouant un rôle essentiel dans l'équilibre psychique ne sont pas gérées de la même façon par tous les organismes. Il y a donc des personnes "naturellement" plus résilientes que d'autres.

Ensuite, la résilience sera bien plus facile pour une personne ayant bénéficié de beaucoup d'amour dans sa petite enfance. Il est plus solide, il a été porté en sécurité.

Il est connu qu'il y a beaucoup moins de dépressions dans les périodes de conflits ou de grande détresse "politique". Mais n'est-ce pas tout simplement parce que tous les mécanismes de pensée sont portés vers la seule survie. De plus, le stress peut être exprimé dans ces situations : on fuit, on attaque...

Dans nos sociétés, non seulement on nous éduque en nous expliquant que nous sommes des êtres libres et citoyens, mais en plus nous avons le temps et la possibilité de penser nos vies, nos choix... Par contre, impossible d'exprimer le stress. Bien souvent, la fuite est impossible (ou en tout cas très difficile), l'attaque non tolérée. Alors le petit stress ronge et fait son travail de destruction. Et en plus, nous nous en sentons complice puisque nous ne trouvons pas la solution. Comment ne pas nous détester ?

Je crois qu'il est bien plus facile, étrangement, d'atteindre la résilience vis-à-vis de "bourreaux" extérieurs, que vis-à-vis des gens que nous sommes sensés aimer ou de soi-même.


Citation :
Lorsque l’épreuve est pour ainsi dire matérielle, qu’elle concerne les conditions extérieures de la vie: la perte d’un emploi, un conflit de travail, une diminution de revenus, etc., la personne qui en est victime n’est pas touchée jusqu’au fond d’elle-même.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec cette affirmation. Quand ce genre de difficultés se répètent, dans le monde instable que nous connaissons, et quand nous avons une famille à nourrir, comment prétendre que la perte d'un emploi ne touche pas la victime jusqu'au fond d'elle-même ? Culpabilité, inquiétude pour les siens, désespoir...
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blue note

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MessageSujet: Re: La résilience   Mar 1 Déc 2009 - 0:22

Un article très intéressant, mais j'ai trop sommeil pour réfléchir... on verra après...
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Rosacée



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MessageSujet: Re: La résilience   Mar 1 Déc 2009 - 16:09

lucaerne a écrit:


Ensuite, la résilience sera bien plus facile pour une personne ayant bénéficié de beaucoup d'amour dans sa petite enfance. Il est plus solide, il a été porté en sécurité.

Il m'est impossible de laisser dire une chose pareille. Je ne suis pas du tout d'accord avec cette phrase, même si dans son sens, je peux comprendre la forme.

La résilience est un terme que l'on utilise en chimie, mais en psychologie cela signifie tout autre.
Je pense que si ce terme est utilisé en psychologie, il s'applique sur des personnes ayant eu ou vécu des traumatismes.

Définitions :

La résilience est, à l'origine, un terme pour expliquer la résistance des matériaux aux chocs.

Psychologie : Aptitude d'un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques.

Les premières publications dans le domaine de la psychologie datent de 1939-1945. Werner et Smith, deux psychologues scolaires américaines à Hawaï, travaillaient avec des enfants à risque psychopathologique, condamnés à présenter des troubles. Elles les ont suivis pendant trente ans et ont noté qu'un certain nombre d'entre eux « s'en sortaient » grâce à des qualités individuelles ou des opportunités de l’environnement.

La résilience serait le résultat de multiples processus qui viennent interrompre des trajectoires négatives.

Un enfant devenu adulte qui aurait vécu de façon harmonieuse, sans trop de souci, sans traumatismes et avec beaucoup d'affection, de tendresse et d'amour n'aurait selon moi pas besoin d'utiliser cette résilience.
Pourquoi saurait-il mieux l'utiliser ou pourquoi se serait applicable que pour ceux là ?

Non, justement, la résilience s'applique surtout aux personnes ayant subi des traumatismes. Je pense que celle-ci s'intègre et est intrinsèque à chaque individu selon la capacité de l'individu à s'auto protéger. Je la considère comme étant une source positive venant d'un sens moral et/ou de la raison.
Tout comme Lucaerne, je pense que tout le monde n'est pas au même niveau. Cependant, certains ont la capacité de se libérer en passant par la réflexion et je vais aussi utiliser ce mot : la réflection.
Je pense qu'il y a un ou des pilliers sur lesquels chaque individu peut se référer. Cela demande beaucoup d'observation et de logique, donc du raisonnement et de la résonnance de cet ensemble.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: La résilience   Mar 1 Déc 2009 - 19:32

Résilience= résistance aux chocs.
C'est valable en chimie comme en psycho, en fait pour parler trés trivial, c'est un machin qui en nous fait que même si on en prend plein la gueule, on s'effondre pas totalement, on encaisse et on continue à vivre.
D'où ça vient cette "force"?
Sais pas, mais je rejoins Rosacée, avoir été aimé et protégé dans sa petite enfance n'est pas une condition sine qua non, sinon, qu'adviendrait-il de tous ceux qui ont pas eu cette chance et qui s'en sortent quand même?
Ceux qui perdent tout matériellement et/ou affectivement et qui se flinguent pas pour autant?

" Ce qui ne tue pas rend plus fort"
Je sais pas non plus si "l'instinct vital" est génétique, c'est comme ça.
Même si l'envie nous prend parfois (souvent) de tout envoyer paître, de tirer le trait final, on reste, on vit!
Il m'est souvent arrivé de me dire que s'accrocher comme ça à la vie c'était de la lâcheté, paraît (je m'interesse à la résilience depuis peu, on a attiré mon attention dessus) que c'est au contraire la preuve d'un grand courage.
Alors je serais "courageuse?" Sais pas si c'est le mot qui convient, mais la Vie, ben, c'est c'est juste la vie, et c'est peut être là le truc: si elle est ancrée en nous, les catas qui nous plombent ne peuvent pas la décrocher même si y'a des hauts et des bas!
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Romane
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MessageSujet: Re: La résilience   Mer 2 Déc 2009 - 2:58

Je crois que la résilience est faite pour n'importe quelle situation que vivrait n'importe qui, chacun étant doté de capacités plus ou moins importantes, tout comme n'importe quelle autre capacité.

Ainsi donc X serait plus apte à la résilience que Y, que les situations soient indifféremment plus ou moins traumatisantes chez l'un comme chez l'autre.

Qu'en pense Vic, s'il passe par là ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Rosacée



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MessageSujet: Re: La résilience   Mer 2 Déc 2009 - 11:36

En attendant que Vic vienne dire ce qu'il en pense, d'ailleurs, je pense que Filo aussi peut nous donner un avis ainsi que d'autres. Je me permets de rajouter ce que j'en pense.

Je rejoins assez ta phrase, Romane : n'importe qui mais pas pour n'importe quoi, puisqu'à la base la résilience sert à se sortir d'un choc négatif qu'un ou plusieurs individu aurai(en)t subi ou bien à rebondir dessus, si l'on préfère. C'est un peu comme quand on tombe de cheval, il faudrait remonter assez rapidement dessus.
Par exemple, dans le domaine de l'assistance aux collectivités en cas de catastrophe (naturelle ou causée par l'homme) on parle également de communautés résilientes. La démarche d'assistance post-immédiate aux personnes touchées par un évènement critique a généralement une dimension psychosociale. On peut aussi parlé de résilience écologique.

J'ai le sentiment que la résilience sert non seulement à rebondir sur les chocs mais permet de flotter dessus...
Je pense que ce qu'il faut savoir faire, c'est parler de ce qui nous a percuté, c'est déjà un moyen d'évacuer ce qui blesse, fait mal psychologiquement et nous pèse.
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Tryskel
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MessageSujet: Re: La résilience   Mar 15 Déc 2009 - 20:02

15/12/09


UN MERVEILLEUX MALHEUR

BORIS CYRULNIK

EXTRAITS DE L’INTRODUCTION


Les passages en gras sont soulignés par moi, les passages en italiques c'est mon grain de sel perso!


« Il ne s’agit pas du tout de ce que vous croyez. Aucun malheur n’est merveilleux. Mais quand l’épreuve arrive, faut-il nous y soumettre ? Et si nous combattons, quelles armes sont les nôtres ?


Où l’on s’émerveille de rencontrer des enfants qui triomphent de leurs malheurs.

L’étonnement ne date pas d’aujourd’hui. On s’est toujours émerveillé devant ces enfants qui ont su triompher d’épreuves immenses et se faire une vie d’homme malgré tout. Mais cette manière classique de poser le problème révèle déjà la façon dont il est interprété avant même d’être étudié… La merveille et le malheur sont déjà associés. Quant au sentiment de triomphe, pour qu’il vienne à l’esprit de l’observateur, il faut que l’enfant blessé ait eu le temps d’écrire plusieurs chapitre de son histoire afin que, se retournant sur son passé, il puisse se rendre compte qu’il en a triomphé…

Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur. Mais dés qu’on en fait un récit, on donne sens à nos souffrances, on comprend, longtemps après, comment on a pu changer un malheur en merveille, car tout homme blessé est contraint à la métamorphose.
Deux mots organiseront la manière d’observer et de comprendre ceux qui s’en sont sortis et qui, devenus adultes, se retournent sur les cicatrices de leur passé. Ces deux mots étrange qui préparent notre regard sont « résilience « et « oxymoron ».

Quand l’enfant blessé devient sujet de roman et objet de science.

Sont cités des romans tels que « Sans Famille », « Poil de Carotte » , d’Hervé Bazin (Vipère au Poing, la Mort du Petit Cheval)), ceux de Dickens… Qui racontent des enfances malheureuses, mais en général finissent bien !

En fait, ces contes de fées sociaux témoignent de la naissance du roman populaire dans une civilisation industrielle. Ils plantent l’espoir dans le cœur des maltraités et illustrent une seule devise : « N’ayez pas de pitié, notre rire est une arme. Nous sommes plus fort que le désespoir. »
Au XXe s., la ronde des spécialistes entoure les berceaux et l’enfant devient un objet de science. Chacun découpe son morceau. L’enfant biologique du pédiatre n’a rien à voir avec l’enfant symbolique du psychologue, qui ignore l’enfant des institutions sociales et s’étonne de la grande relativité de l’enfant de l’historien…

A partir des années 1990, le problème de la résilience s’est orienté vers l’étude des facteurs de protection : dans le fracas de l’existence, un enfant met en place des moyens de défense internes, tels que le clivage, quand le MOI se divise en une parie socialement acceptée et une autre plus secrète, qui s’exprime par des détours et des surprises. Le déni permet de ne pas voir une réalité dangereuse ou de banaliser une blessure douloureuse... La rêverie est tellement belle quand le réel est désolé. Elle imagine des refuges merveilleux en sacrifiant les relations trop difficiles… L’intellectualisation permet d’éviter l’affrontement qui nous impliquerait personnellement… L’abstraction nous contraint à trouver les lois générales qui nous permettent de maîtriser ou d’éviter l’adversaire, alors que l’absence de danger autorise l’engourdissement intellectuel…

Les dictateurs imposent le bonheur au peuple, mais ils n’aiment pas son humour qui est un signe de lutte contre la souffrance…
Quand la douleur est trop forte, on est soumis à sa perception. On souffre. Mais dés qu’on parvient à prendre un peu de recul, dés qu’on peut en faire une représentation théâtrale, le malheur devient supportable, ou plutôt la mémoire du malheur est métamorphosée en rire ou en œuvre d’art…

John Bowlby, un des fondateurs de la théorie de l’attachement qui connaît actuellement un immense succès, a terminé sa vie en souhaitant l’ouverture de travaux sur la résilience. La psychologie disait-il, repose sur un a priori implicite qui suggère que « Plus la vie est dure, plus on a de chance de faire une dépression », ce qui n’est pas certain du tout… Souffrance et tristesse ne sont pas des signes de dépression…

L’inégalité des traumatismes nous mène à penser que l’histoire n’est pas un destin.


La résilience constitue un processus naturel où ce que nous sommes à un moment donné doit obligatoirement se tricoter avec ses milieux écologiques, affectifs et verbaux. Qu’un seul milieu défaille et tout s’effondrera. Qu’un seul point d’appui soit offert et la construction reprendra. Bien sûr, au moment du traumatisme, on ne voit que la blessure. On ne pourra parler de résilience que longtemps après. On baigne dans l’illusion rétrospective de réparation sociale, on ne sait pas ce qui se passe dans le monde intime de cet adulte « réussi » malgré tout !
… A l’intérieur, on est structuré comme un oxymoron qui révèle la division intérieure de l’homme blessé, la cohabitation du Ciel et de l’Enfer, le bonheur sur le fil du rasoir….

Le tissage du sentiment de soi semble un facteur capital de l’aptitude à la résilience. Or ce sentiment est une émotion physiquement éprouvée qui a pour origine une représentation sociale… ce qui revient à dire que l’émotion qu’un enfant éprouve et exprime par ses comportements a été implanté dans son âme par un discours social.


Une défense victorieuse ne coûte que quelques oxymorons


L’oxymoron est une figure de rhétorique qui consiste à associer deux termes antinomiques…
L’oxymoron fait apparaître le contraste de celui qui, recevant un grand coup, s’y adapte en se clivant. La partie qui a reçu le coup souffre et se nécrose, tandis qu’une autre, mieux protégée, encore saine mais plus secrète, rassemble avec l’énergie du désespoir, tout ce qui donner encore un peu de bonheur et de sens à vivre…
L’oxymoron devient caractéristique d’une personnalité blessée mais résistante, souffrante, mais heureuse d’espérer quand même. Clef de voûte de l’histoire d’une blessure…
En général, l’éducation cherche à épurer l’ambivalence : on doit aimer ses proches et tout leur pardonner, comme il est moral d’haïr ses ennemis et de les éloigner.
Dans l’oxymoron, les deux sont nécessaires. Ils sont inévitables puisque la blessure vient de l’histoire quand un événement extérieur l’a infligé et imprégné dans le corps et la mémoire. L’oxymoron décrit une pathologie de la coupure du lien qu’il faudra renouer, alors que l’ambivalence désigne une pathologie du tissage du lien…

Un malheur n’est jamais merveilleux. C’est une fange glacée, une boue noire, une escarre de douleur qui nous oblige à faire un choix : nous y soumettre ou le surmonter. La résilience définit le ressort de ceux qui, ayant reçu le coup ont pu le dépasser. L’oxymoron décrit le monde intime de ces vainqueurs blessés.

Le triomphe d’un blessé n’a jamais disculpé l’ agresseur

Alors dit la culture : « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». « Détrompez vous, répond le conquérant de l’extrême, un autre drame se prépare. Vous m’avez fait taire à l’époque où je souffrais en silence parce que votre déni vous protégeait de la vérité. Vous cherchez encore à protéger votre tranquillité en vous indignant du témoignage de ceux qui s’en sont sortis. Seul l’ordinaire est pensable. Tout ce qui en dévie est éprouvé comme une agression. »
Dire à une victime qu’il est possible de s’en remettre n’est pas relativiser le crime de l’agresseur. Mais quand la victime cicatrise et parvient à transformer sa douleur en combat, l’agresseur risque de paraître un peu moins monstrueux.

… Les blessés de l’âme ne veulent ni haïr ni se soumettre : ils veulent s’en sortir. Trop souvent la culture qui devrait les protéger les agresse au nom de la morale : « Je suis une combattante. Ce qui m’est arrivé (l’inceste) m’a rendue pas comme les autres. Je suis obligée de devenir plus sage et plus forte. » me dit cette jolie jeune femme qui vient de monter une entreprise et doit cacher sa tragédie pour paraître normale…
Psychozorro a besoin que la victime reste victime, afin qu’il puisse voler à son secours. Si par malheur elle s’en sort et devient victorieuse, que deviendra Psychozorro ? »


C’est là un paradoxe que j’ai mis du temps à comprendre, en fait c’est en lisant ça que je le comprends. Ne sont acceptables socialement que les victimes qui demeurent victimes, les larmoyantes, les « fragiles. Celui qui s’en sort en « faisant avec », ne suscite ni attention ni attendrissement. On lui en veut presque d’être encore debout, de pas pleurnicher, s’il n’en est pas mort, c’est que c’était pas si grave, que l’agresseur était pas si coupable, peut être même qu’il en rajoute…
Alors faut pas s’étonner si ceux qui ont subit des agressions les gardent pour eux, font comme si et se réfugient dans l’oxymoron ! T'ain de société qui ne veut rien savoir!
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Romane
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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 20 Déc 2009 - 1:40

Génial, ton article, Trys.

Tryskel a écrit:
C’est là un paradoxe que j’ai mis du temps à comprendre, en fait c’est en lisant ça que je le comprends. Ne sont acceptables socialement que les victimes qui demeurent victimes, les larmoyantes, les « fragiles. Celui qui s’en sort en « faisant avec », ne suscite ni attention ni attendrissement

J'en suis aussi venue à la même conclusion. Avec le même écoeurement.
Tout à coup me vient la sensation que ce fil rejoint celui qui parle de "Un contre tous". Une fois de plus, je me dis : facile... !

Donc retour à la case départ ; celui qui va s'en sortir parce qu'il va s'en donner les moyens, lutter pour remonter à la surface, se battre jour après jour, parce qu'il se sera donné tout ce mal et s'en sera sorti sans pleurnicher ni rechigner à la dépense d'énergie pour aller dans le sens "vivre", n'obtiendra pas la même considération que celui qui va se complaire au fond du trou en geignant qu'il fait de la dépression et que c'est pas de sa faute, le pauvre.

Attention, je ne dis pas qu'il n'existe pas de vrais cas dépressifs, on en sait quelque chose ne serait-ce que ceux qui ont connu par exemple sur LU les témoignages poignants de Riz qui se battait comme un diable (en vain) pour en sortir, rageusement et avec la faim de vie dont ceux qui l'ont connu se souviennent sans doute.

Il nous est probablement arrivé à tous de croiser des geignards d'une autre trempe, de ceux qu'on plaint comme s'ils étaient plus faibles que les autres et qu'il fallait être aux petits soins, je parie que dans la quantité, un bon pourcentage pourrait se remuer la couenne, au moins essayer, quoi.

Voilà ce que suscite en moi cet article, bien que par ailleurs je sois plutôt du genre compassion qu'agression, parce que je sais aussi que ce n'est pas toujours si simple.

M'enfin ça fait du bien aussi d'avoir une réaction franche, même si elle est hard.

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Rosacée



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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 20 Déc 2009 - 11:58

Tryskel a écrit:



C’est là un paradoxe que j’ai mis du temps à comprendre, en fait c’est en lisant ça que je le comprends. Ne sont acceptables socialement que les victimes qui demeurent victimes, les larmoyantes, les « fragiles. Celui qui s’en sort en « faisant avec », ne suscite ni attention ni attendrissement. On lui en veut presque d’être encore debout, de pas pleurnicher, s’il n’en est pas mort, c’est que c’était pas si grave, que l’agresseur était pas si coupable, peut être même qu’il en rajoute…
Alors faut pas s’étonner si ceux qui ont subit des agressions les gardent pour eux, font comme si et se réfugient dans l’oxymoron ! T'ain de société qui ne veut rien savoir!

Parfois on est debout et on tient debout sans imaginer qu'en fait et mine de rien, sourire devant, sourire éclatant, toujours battant, un peu fier, on est littéralement en miette intérieurement.
Au travers du système psychologique, parfois et excusez moi par avance, mais parfois "Il" culpabilise l'humain, car ce système a tendance à trouver des excuses à Autrui.

Vous comprenez, parce qu'il a été éduqué ainsi, parce qu'il a subi des choses ignobles, il a agit de la même façon. Vous, le patient, devant une telle constatation, vous vous demandez lequel est le plus à plaindre, la victime ou l'agresseur-victime.
Alors dans le fond, je me demande s'il n'est pas mieux de se conduire comme l'agresseur et se faire plaindre et se faire soigner ou bien pleurnichouiller et faire le malade et que l'on vous dise qu'à côté d'autres malheurs, ce que vous avez subi c'est de la nioniote.
Après, ça n'est pas très important mais on semble être écarté de la société classique, celle qui semble aller... ?
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Sbreccia



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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 20 Déc 2009 - 12:37

J'ai lu la totalité du fil et je ne peux encore une fois (je m'en excuse..) penser aux cubains, ce peuple vit la resilience au jour le jour, ils sont doués d'un pouvoir de resistance morale enorme et durant les trois années que j'y ai passé je n'ai pas entendu parler de suicide, à moins que le fait de monter sur des bouées faites de pneus de camions pour quitter l'île et naviguer entre les requins puisse être assimilé au suicide, un suicide pour rejoindre la vie...
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lucarne



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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 20 Déc 2009 - 14:37

Je reviens juste sur deux points, parce que je n'ai pas assez de temps pour le reste, sauf que j'avais bien l'intention de lire le dernier cyrulnik.

Tryskel a écrit:
D'où ça vient cette "force"?
Je crois que justement, ce n'est pas une force mais une souplesse.

Tryskel a écrit:
Sais pas, mais je rejoins Rosacée, avoir été aimé et protégé dans sa petite enfance n'est pas une condition sine qua non, sinon, qu'adviendrait-il de tous ceux qui ont pas eu cette chance et qui s'en sortent quand même?
Je n'ai jamais dit que c'était une condition sine qua non, j'ai dit que c'était une donnée facilitante, ce qui ne garantit ni n'exclut personne. Tout s'apprend, heureuseument. Et je maintiens.
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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 20 Déc 2009 - 15:55

Je trouve que tu n'as pas à t'excuser, Sbreccia car tout exemple est bon.
Je ne peux vraiment dire si ailleurs la résilience est partiqué, mais ce que je puis dire ; là, je pense aux Congolais qui n'hésitent pas à quitter leur territoire dans des conditions à la fois extrêmes et lamentables se retrouvant compressés dans les cales d'un paquebot pendant des jours et des jours entiers sans rien avaler ou bien aggrippé sous un camion 19 tonnes.
C'est vrai que l'on pourrait s'interroger sur ces parallèles.
Il y a ceux qui partent pour rejoindre un monde meilleur et ceux qui se trouvent dans un monde meilleur et qui partent quand même sans voyager, parce que tout compte fait, un monde meilleur qu'est-ce que cela peut vouloir bien dire en chacun de nous ?

On part tous pour rejoindre la vie, oui, c'est sûr, mais laquelle ?

Pour le meilleur, l'humain peut-être capable de tout même du pire. Il trouve une force intérieure insoupçonnable.
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Romane
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MessageSujet: Re: La résilience   Dim 11 Nov 2012 - 14:15


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