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 Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 29 Déc 2009 - 19:37

- Je ne hurlais pas, répondis-je après réflexion… J’aboyais juste. J’essayais d’alerter, de prévenir, de dire que la vérité ne se mesure pas à du tissu vert, à des épées de parade et à des sardines dorées. Il y a deux labels qui, aujourd’hui, font vendre des livres : une bande rouge autour de la couverture portant le nom de l’auteur – que, personnellement, je ne connais d’ailleurs pas la plupart du temps – et la mention de l’appartenance à l’Académie française. Vous allez cumuler les deux… Et si, en plus, on ajoute un « Vu à la télé », vous allez truster les sommets du box-office pendant des années…
- Vous voyez bien que vous êtes jalouse… Imaginez « Fiona Toussaint de l’Académie française »… Vous ne croyez pas que cela en jetterait comme disent les jeunes qui ont parfois des expressions merveilleusement imagées.
- A tout prendre, je préfèrerais « Fiona Toussaint » tout court…
- Pour le « tout court », votre jupe est merveilleusement en harmonie avec cette expression. Cependant, je me suis permis de vous apporter certaines petites choses que…
- Monsieur Lagault… N’allez pas trop vite… Quelles sont vos intentions ?… Je veux dire par rapport à mon article…
- Une attaque en diffamation, cela me paraît un minimum… Avec demande de dommages et intérêts… J’ai cru comprendre que vous étiez beaucoup plus riche que ce que vous rapportent vos simples émoluments d’enseignante-chercheuse…
- Diffamation ?… Je perdrai d’évidence puisque, malgré tout ce qui a pu se passer à Blois, on continue à vous tenir pour l’auteur de vos livres… A ce propos, comment va votre Cardinal de Richelieu ?
- On ne peut mieux… Il doit sortir de manière anticipée lundi prochain… Vous devinez pourquoi…
Diable ! Proximité des fêtes et prestigieuse promotion de l’auteur, cela sentait doublement bon pour l’éditeur. Jackpot prévisible avec campagne de promo tous azimuts pour verrouiller l’ensemble.
- Je prends le risque de la diffamation… Je saurais me défendre… Il suffira de faire citer Josselin Rivière…
- Je le savais… Voilà pourquoi je me suis permis de faire remarquer à certains de mes amis que vous aviez usurpé certains titres auxquels vous ne pouviez prétendre dans votre pamphlet matinal.
- Ah !… Et de quels amis s’agit-il ?…
- L’un s’appelle Luc et l’autre Valérie, répondit tranquillement le romancier. Des quadras dynamiques et qui occupent une belle position dans l’Etat… Même si l’un comme l’autre ne sont pas comme vous. En petit comité, ils avouent avoir une montagne d’ambitions. Et quand on est ambitieux, on sait rendre service à qui le demande gentiment et possède une plume pour vous pousser de l’avant.
- Et vous leur avez demandé gentiment de faire quoi ?
- Oh… Rien de précis… Ils trouveront…
- Ils peuvent me radier de l’université ?
- Il suffit d’un simple décret, souffla Maximilien Lagault avec ce ton particulier qui n’appartient qu’aux méchants sadiques des films américains, genre Belle-Mère de Blanche-Neige.
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 29 Déc 2009 - 19:41

J’avais failli perdre la vie au début de la journée lorsque j’avais voulu me jeter dans l’escalier et en finir avec toutes ces affaires qui m’encombraient la tête. J’avais failli perdre la vie à la mi-journée dans l’incendie de ma boutique. La soirée m’amenait la perspective d’une troisième mort, une mort purement cérébrale. Bien sûr, sans ce boulot, j’avais largement de quoi vivre pendant des années. Bien sûr, sans l’université et mes cours, je pouvais continuer à chercher, à publier.
Bien sûr.
Mais j’avais besoin de ces dizaines de regards fixés vers moi, j’avais besoin de ce contact avec cette jeunesse curieuse, j’avais besoin de me sentir utile, d’être celle qui allait passer le flambeau. SI c’était cela l’ambition, alors oui, j’en avais à revendre. En me radiant, on me l’enlèverait.
A jamais.
- Que voulez-vous pour arrêter tout ça ?
- Allons, très chère Fiona, vous le savez depuis le début. Et quand je dis le début, je parle bien sûr de notre première rencontre à Blois. Vous le savez, je n’aime que les femmes qui ont la force de résister, qui ont l’intelligence et la classe qui les rend inaccessibles mais qui cèdent quand même.
- Une nuit ?
- Une nuit… Je suis certain qu’avec vous cela équivaudra à deux avec bien d’autres…
- A vos conditions ?
- Evidemment… Je vous l’ai dit… Un paquet vous attend sur le lit… Mais rien ne presse… D’abord, nous dinerons…
- J’ai votre parole que demain matin, tout sera terminé.
- Ma parole vous est acquise.
- Autrement dit, la parole de quelqu’un qui ment depuis vingt ans à son public… Etonnez-vous ensuite que j’ai du mal à apprécier mes contemporains… Non, sur ce point-là, nous allons en passer par mes conditions. Vous allez me signer une déclaration selon laquelle vous renoncez à toute forme de poursuite contre moi.
- Si cela peut vous rassurer…
- Vous allez la signer tout de suite…
- Sûrement pas ! Vous vous enfuiriez dès que je l’aurais signée.
- Vous avez reconnu que je n’étais pas une ambitieuse et une menteuse. Cela devrait vous permettre de croire en ma parole.
- On ne sait jamais. Vous pourriez commencer ce soir…
- Très bien… Dans ces conditions, puisque vous vous méfiez de moi, je sais ce que je vais faire…
Je me levai du fauteuil, ôtai ma veste puis mon chemiser avant de faire glisser ma jupe. Je ne portais plus, devant un Maximilien Lagault aux anges, que mes dessous et mes hautes bottes noires vernies.
- Il y a bien un coffre-fort dans cette suite ? Enfermez donc mes vêtements dedans… Et nous mettrons également votre déclaration avec. Cela vous rassure-t-il sur mes intentions ?
Je n’avais jamais été aussi proche de satisfaire son appétit de carnassier. J’étais quasiment offerte, à portée de mains, à portée de caresses. Il ne pouvait faire autrement qu’en passer par ma proposition puisque l’essentiel du chemin était fait et qu’il me devenait impossible de faire machine arrière.
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 29 Déc 2009 - 19:45

Le romancier s’empara d’une feuille dans un de ses dossiers, prit un des deux stylo-plumes qu’il portait dans la poche supérieure de sa chemise parme et commença à écrire tout en lisant à haute voix.
« Je soussigné Maximilien Edouard Gilbert Lagault déclare par le présent document éteintes, dès aujourd’hui et à perpétuité, toutes poursuites de ma part pouvant porter sur les écrits de mademoiselle Fiona Toussaint me concernant. En conséquence, je m’engage à ne pas attaquer mademoiselle Toussaint en diffamation pour son article du 10 décembre 2009 paru dans le journal La Garonne Libre. »
- Et le reste ? dis-je stupéfaite qu’il restreigne à la seule diffamation la compensation au sacrifice de mon corps. Je constate avec beaucoup de déplaisir que vous m’estimez à peu !
Il voulait des femmes fortes de caractère et intelligentes ? J’allais lui montrer qu’il n’avait pas fait le mauvais choix en portant ses ambitions sur moi.
« Je déclare également que toute action introduite par un tiers contre mademoiselle Fiona Toussaint le serait sans aucune pression ou assistance de ma part. Je m’engage par ailleurs à user de mon influence pour mettre fin à toute action qui pourrait déjà avoir été introduite »
- Je suis désolé mais je ne peux pas m’engager au nom de quelqu’un d’autre, dit-il. Je ne peux pas faire plus que cela.
- Cela suffira. Rajoutez par contre les termes complets de l’accord…
- C’est-à-dire ?
- Une nuit avec vous…
- Mais si ce papier…
- Si ce papier « sort » comme vous semblez le craindre dans la presse, que met-il le plus en péril ? Votre honneur ou le mien ?… En revanche, je veux que le prix que je paye figure sur la facture… C’est normal, non ?
« En échange, mademoiselle Fiona Toussaint s’engage à passer en ma compagnie la nuit du jeudi 10 au vendredi 11 décembre 2009 et… »
- Je continue ? demanda-t-il comme si le fait d’imaginer la suite risquait ou de l’amener trop vite au paroxysme de l’émotion ou, au contraire, à affaiblir ce qui suivrait.
- Si nous sommes d’accord sur ce que signifie « passer la nuit en ma compagnie », rien ne nous oblige à aller plus loin… Sans compter, ajoutai-je l’œil vaguement égrillard, que nous ne savons pas forcément jusqu’où nous allons aller… plus loin.
Il signa, je contresignai dans la foulée et mes vêtements et le papier finirent dans le coffre qui fut prestement refermé et bloqué par une combinaison que je ne cherchais même pas à lire.
- Avant que nous appelions le service d’étage, voudriez-vous passer un peignoir afin qu’on ne vous voit pas en si petite tenue ?
- Comment Maximilien ?… Je ne suis même pas encore à vous que vous voici jaloux !
C’était une remarque à la Feydeau. Et, contrairement aux beaux esprits, j’adorais Feydeau…
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 29 Déc 2009 - 19:49

A 19h30, le garçon d’étage venait prendre notre commande. Maximilien Lagault fut furieux de constater qu’il n’y avait pas de restaurant digne de ce nom dans l’hôtel et que le service en chambre ne concernait que des plats chauds assez primaires à son goût. Personnellement, cela m’arrangeait plutôt et, avec des arguments à base d’œillades et de peignoir entrouvert, je réussis à calmer sa colère. Pas de souper fin mais une partie fine ; l’une saurait bien compenser l’absence de l’autre.
A 21h, tout était terminé et le dessert n’avait guère plus résisté à mon appétit féroce que ce qui l’avait précédé. Je n’avais rien mangé depuis la veille avec tous ces événements hormis quelques morceaux de sucre à l’hôpital.
Le garçon d’étage avait largement eu le temps, lui, de comprendre lui le genre d’assaut qui allait s’engager dans la chambre après son départ. Lagault avait commandé une bouteille de vodka pour la nuit et un champagne au millésime aussi prestigieux qu’onéreux pour le moment qu’il jugerait le plus opportun.
- Je crois qu’il est temps de passer aux choses sérieuses, dis-je lorsque la vodka et le magnum de champagne se retrouvèrent à faire trempette ensemble dans le même seau à glaçons.
- Le paquet est toujours sur le lit… Il y a aussi une petite carte qui précise certaines règles…
- Des règles ? fis-je sans être étonnée plus que cela. Quel genre de règles ?
- Tu sais lire, non ?
Le passage du « vous » au « tu » devait faire partie des règles. Cela donnait déjà un ordre d’idées du genre de jeux auxquels l’académicien souhaitait se livrer avec moi.
- Pour vous rassurer encore, maître…
Ca ne coûtait rien de lui montrer que je n’étais pas naïve sur ses intentions… Et que j’aimais jouer avec les mots…
- … enfermez donc la clé de la chambre également dans le coffre. Vous serez bien assuré de la sorte que je ne chercherai pas à m’enfuir même si le contenu du paquet et du petit bristol ne sont pas à mon goût. Ce que je redoute fort…
- Bonne idée…
- Je me retire un instant dans la salle de bains… Soyez bien sage en m’attendant…
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mer 30 Déc 2009 - 2:05

DIMANCHE 28

C’est dimanche. Il fait beau. Pour la première fois depuis plusieurs jours, le soleil perce enfin et les gros nuages gris se sont évanouis. Le ciel bleu est de retour. Il fait presque doux.
Quand on n’a pas le moral, il faut venir ici, sur ce pont Saint-Michel, d’habitude si bruyant, pour contempler la splendeur rouge brique de la ville rose. A droite et à gauche, la verdure de la prairie des filtres et des îles, en face le Pont-Neuf et toute la « skyline » toulousaine faite de clochers octogonaux plutôt que de gratte-ciels. « Ca ressemble à la Toscane, douce et belle de Vinci » a chanté Goldman. Je ne connais pas la Toscane, mais c’est bien ainsi que je l’imagine.
A 2h47 très précises cette nuit, j’ai tapé le point final au bout de la dernière phrase de ma conclusion. Le Louis XIII est terminé. Je ne vais pas dire que j’en étais venu à détester ce roi - alors que mon but initial était de le réhabiliter – mais il était grand temps que je puisse passer à autre chose. Depuis la terrible journée du 10 décembre, j’avais délibérément choisi de ne plus exister, de me replier sur moi-même ou plus exactement de me recentrer sur mon bouquin. Compréhensif, le docteur Favier m’avait délivré un arrêt de travail complaisant de deux jours qui n’aurait en fait qu’une valeur comptable. Mes quatre heures de cours et mes deux heures de TD seraient assurées d’une manière ou d’une autre d’ici la fin de l’année universitaire. Moralement j’y tenais.
J’en suis presque venue à vivre à l’envers, travaillant la nuit et sommeillant le jour. Pour me nourrir, il y a un service de livraisons à domicile très pratique qui s’appelle Ludmilla. Désoccupée depuis qu’elle a lâchement abandonné les archives du château des Rinchard pour un enseignant toulousain de six ans plus âgé qu’elle, elle partage son temps entre la rédaction d’un roman historique, son encyclopédie informatique d’Histoire et sa « grande malade »… A savoir moi.
L’air est hivernal avec un petit vent qui vivifie les joues mais dans l’ensemble c’est un agréable retour avec la réalité du monde. Je n’en ai ignoré aucune des grandes évolutions récentes – Copenhague a été un échec, Dubaï a failli se noyer sous ses dettes et les Eurostars n’aiment pas le froid – mais j’ai refusé d’y attacher la moindre importance. Même ce qui me touchait de près était entre parenthèses. Certains auraient appelé ça une dépression… Pour moi c’était au contraire un retour à mes réalités : travailler, mangeoter, dormir un peu. Le retour aux valeurs, le retour à l’authentique, il paraît qu’il n’y a rien de mieux pour se reconstruire. C’est ce que j’ai fait.
Jean-Gilles Nolhan me tient au courant – quand il y pense – des derniers développements de cette affaire judiciaire complexe dont je suis, à mon corps défendant, le cœur. L’inspecteur Lhuillier a été mis en examen pour tentative d’homicide avec préméditation et relevé de ses fonctions. Encore heureux ! Marina Moreno et Hugo Marmont se sont fait pincer – quelle ironie ! – à la frontière franco-espagnole. Aux dernières nouvelles, il parle et elle se tait. On sait grâce à ses aveux que le système électrique général a été d’emblée trafiqué pour « péter à la demande » ; il a bien mouillé Marina en en faisant l’instigatrice de tout. Je pense qu’ils se sont bien trouvés et que quand Marina se mettra à table à son tout, le pauvre Hugo en prendra pour son grade. Et « grave » comme dirait la mère Rouquet qui aime tant le langage jeune.
Victor peine à faire les miracles attendus, mon argent est planqué aux dernières nouvelles quelque part entre Macao et les îles Caïman mais sans que le superordinateur réussisse à identifier la banque où il s’est posé… A supposer qu’il ne soit pas encore en train de tourner autour du monde, histoire de bien noyer sa trace sous des transactions on ne peut plus honnêtes.
Paul Gonzalez a terminé sa carrière le 10 décembre. Les brûlures au deuxième et troisième degrés qu’il a subi sont suffisamment cruelles pour le contraindre à terminer son existence dans la douleur et sous assistante médicamenteuse. Je ne m’y connais pas assez pour savoir si des greffes de peau sont possibles. Je suppose que oui. Si c’est une question d’argent, il pourra compter sur mon aide. C’était pas le mauvais bougre. Il a eu une mère qu’il n’a pas connue ; moi j’ai une mère qui ne veut plus me connaître.
Outre Ludmilla, ma « maman de substitution », je n’ai reçu qu’une personne à l’appartement : Adeline Clément. J’ai envers elle une dette énorme. Pas seulement les 50 euros qu’elle avait sorti de sa carte bleue pour donner à titre d’avance aux artisans décorateurs. Elle a abandonné un boulot qui lui rapportait - peu - pour un travail qui a cessé d’exister au bout de trois jours, donc pour gagner rien. Il fallait que je lui dise qu’elle continuerait à être payée même si Parfum Violettes n’existait plus et même si son contrat avait été en partie noyé sous la neige carbonique des pompiers.
De ce que sera le nouveau Parfum Violettes, je n’ai aucune idée précise. Nous avons voulu faire trop de choses à la fois parce que nous sommes enthousiastes et passionnées et, au final, à nous éparpiller, nous avons oublié l’essentiel qui est de réussir. L’idée d’un espace de travail ambitieux qui mêlerait bibliothèques classique et virtuelle, dispositifs d’aide et de formation, ressources pédagogiques me plait de plus en plus. Intégrer toute la connaissance historique du monde dans une sorte de wikipedia cent pour cent fiable mais qui ne soit pas figé, froid, officiel, voilà qui aurait de la gueule. Est-ce que c’est seulement possible ? Sommes-nous, Ludmilla et moi – et toutes les âmes de bonne volonté qui voudraient bien nous assister – aptes à mener ça à bien ou resterons-nous des sortes de trentenaires rêveuses imaginant l’idéal faute de pouvoir se satisfaire du banal ? A voir…
Je n’ai pas revu Robert Loupiac, maître, père et ami. Il faut dire que, sans que cela soit définitif et dramatique, je lui en veux un peu… Un peu ? Beaucoup ?… Peut-être parce qu’il est homme, il n’a pas mesuré ce que pouvait représenter un rendez-vous entre Maximilien Lagault et moi dans une chambre d’hôtel en fin de journée ? Peut-être qu’il n’a pas imagine ce qui pouvait se passer dans ce mélange détonant de deux fougues contraires ? Ou s’il l’a imaginé c’était en se disant qu’il y aurait là pour moi quelque vertu pédagogique à en tirer ?… Comme on donne des coups de règle sur les doigts d’un enfant pour éviter qu’il recommence à faire une bêtise.
Il ne sait donc rien de cette nuit du 10 au 11 décembre dans la plus coûteuse des chambres de l’hôtel Mercure Saint-Georges. Il n’est pas le seul d’ailleurs, puisque même Ludmilla, en dépit de ses pressantes objurgations, n’a rien tiré de moi. Il faut dire que je ne suis pas très fière de ce que j’ai pu faire. J’avais déjà un strip-tease en boite de nuit sur la conscience… Mais là, je crois que j’ai écrasé la concurrence…
Comme vous ne lirez ces lignes que longtemps après qu’on aura découvert ces mémoires échevelées – si on les découvre et si cela intéresse quelqu’un de les lire, voire de les publier – je peux révéler ici que ce fut une nuit digne de tous les feux d’artifices, une apothéose de jeux pervers et d’une sensualité éreintante. Maximilien, amant fougueux et endurant. Moi me découvrant soudain nymphomane et assoiffée de plaisirs tordus… Une annexe de l’enfer tels que les plus érotomanes des hommes d’Eglise du passé ont pu l’imaginer à la faveur de leurs propres turpitudes.
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mer 30 Déc 2009 - 2:07

Ca, c’est ce que vous auriez peut-être aimé que je vous raconte mais la vérité est tout autre. Enfin, ma vérité ! Celle que vous êtes bien obligés de croire puisque, sur cette nuit, il n’y aura jamais qu’un seul témoignage, le mien.
Pour bien comprendre comment les choses se sont déroulées, il faut remonter dans le temps jusqu’à cette frange temporelle courte pendant lequel Ludmilla prenait une douche dans mon appartement. Sachant où j’allais et ce que je risquais, je pris l’initiative un peu périlleuse d’appeler le docteur Favier, de lui expliquer ma situation délicate et de lui demander de me faxer une ordonnance correspondant à un certain type de produit. Ensuite sur le chemin de l’hôtel Mercure, un arrêt dans une pharmacie me permit d’acheter le produit en question.
Du Rivotril.
Ma problématique était la suivante. Ne pas céder à l’étalon académicien mais lui faire croire que je l’avais fait. Construire une réalité à travers un rêve. Je devais donc être avec lui avant la nuit, pendant la nuit et après la nuit, quitte à exiger de petit-déjeuner dans la salle commune plutôt qu’en chambre. Il fallait qu’on nous voit ensemble et qu’on nous voit dans une attitude qui serait sans équivoque.
Avant et après.
Pendant, c’était autre chose.
Il était hors de question qu’il me touche ou qu’il me fasse l’amour… Et, que cela soit fait dans les termes inscrits sur la fiche – pas si petite que cela d’ailleurs -, encore moins !
Il me fut déjà très pénible de me glisser dans les vêtements moulants qu’il m’offrait – car, comme les cuissardes de Sept jours en danger, je les ai gardés… une historienne ne jette rien – et encore plus de venir le narguer comme il me le demandait jusqu’au moment où, d’un ton sans équivoque, il me plierait au moindre de ses désirs.
La vodka fut mon cheval de Troie. Elle me permit de faire pénétrer les dix gouttes de Rivotril dans le corps de mon adversaire. Peu à peu, il se sentit sombrer dans l’inconscient mais plus je le voyais cligner des yeux et partir du côté de chez celle salope de Morphée, plus j’imprimais dans sa mémoire des images fantasmatiques… comme mes fesses moulées dans du latex – qui n’avait rien à voir avec mes gants d’apprentie-cambrioleuse – roulant à quelques centimètres de son visage. Le docteur Favier m’avait expliqué que ce relaxant nerveux était d’une efficacité telle que les hyperactifs, dont le cerveau était habituellement trop occupé la nuit au point de ne pas fixer leurs rêves, en venaient à réduire leur activité cérébrale et à se souvenir au matin de leurs rêves de la nuit. Pile ce qu’il me fallait !
C’est à partir de ce médicament-là que j’avais construit toute ma ruse de guerre. Endormir la confiance du mâle en multipliant les gestes de bonne volonté, jusqu’à me mettre en sous-vêtements devant lui – ce qui n’était guère pire que d’aller se faire mâter sur une plage méditerranéenne en juillet-août – et à le laisser enfermer la clé de la chambre dans le coffre. Charger son esprit d’images suggestives qui allaient en appeler d’autres – encore plus - dont il ne saurait plus au matin si elles avaient été de l’ordre du rêve ou de la réalité.
Ce beau principe général demandait évidemment une adaptation aux désidératas du romancier. J’avais subodoré la tenue laquée noire mais minoré les attentes perverses du bonhomme. Il me fallut donc faire en sorte qu’au matin il ait eu l’impression d’avoir fait tout ce qu’il voulait exiger de moi. Croyez-moi, il faut avoir une certaine conscience de l’intérêt de défendre son intimité pour se flanquer un ou deux coups de fouet bien marqués sur les fesses ou accepter de se passer un collier clouté autour du cou.
Je passais donc toute la nuit à fignoler la mise en scène, couchant l’académicien après l’avoir déshabillé, l’aspergeant de vodka avant de vider la bouteille dans le bac de la plante verte, détruisant le magnum de champagne en fracassant le goulot contre le rebord du lit. Mon esprit, bien qu’épuisé, trouvait une motivation sans cesse renouvelée en songeant à quel point j’étais en train d’embrouiller celui qui, même sans le vouloir, m’avait pourri mes derniers sept jours. C’était vraiment beaucoup plus jouissif que le genre de jeu tordu qu’il m’avait préparé.
Enfin, aux premières lueurs du jour, sentant l’heure de la grande comédie arriver, je m’étais barbouillée le visage au champagne avant d’en venir à la mise en scène ultime : me menotter aux chevilles et aux poignets… tout en gardant la clé au creux de ma main au cas où…
Je me suis forcée à construire les phrases que j’allais lui dire au réveil. Faudrait-il le vouvoyer, le tutoyer ? Rien de cela n’était écrit dans le « programme ». La tonalité générale m’incitait à conserver le « vous ». L’inquiétude m’empêchait de donner libre cours à mon besoin de sommeil. Je devais feindre de dormir mais ne surtout pas dormir. Il devait trouver la clé pour me libérer mais pas entre mes mains, je devais donc être assez habile et réactive pour la glisser à portée de lui au moment le plus approprié. Tout était comme ça. Sur le fil du rasoir…
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mer 30 Déc 2009 - 2:08

Tout marcha tellement bien que, rétrospectivement, je juge en avoir trop fait. Après un petit déjeuner en public où je m’efforçais de lui dire des mots bien cochons à l’oreille, je repartis avec mon précieux papier au fond de mon sac, mes vêtements lubriques toujours collés à la peau mais sans les menottes qu’il récupéra et rangea précautionneusement dans un boitier particulier. Les yeux dissimulés derrière des lunettes pour que personne ne remarque mon côté zombi, j’ai traversé le centre-ville déjà bouillonnant d’activité matinale, j’ai regagné mon appartement et je me suis effondrée sur mon lit sans même prendre la peine de me déshabiller.
Voilà pourquoi depuis plus de quinze jours je vis dans une sorte d’hémisphère sud, échangeant le jour et la nuit, sans réussir à remettre la pendule dans le bon ordre.

Sur ce coup-là, je crois m’être vraiment débrouillée toute seule comme une grande, mais quand je regarde ce mois de décembre épuisant, toutes ces émotions, positives ou non, qui m’ont labourée en profondeur, je me dis que sans eux…
Sans le professeur Loupiac m’empêchant de me jeter dans l’escalier, sans Marc Dieuzaide et sa petite fiche verte sur Sylvia Marini, sans Jean-Gilles Nolhan le misanthrope et son Victor titanesque, sans le docteur Favier et ses gouttes magiques. Et surtout sans ma merveilleuse Ludmilla que j’avais crue perdue et que j’ai retrouvée plus proche que jamais. Sans ces gens-là, je ne serais pas là sur ce pont Saint-Michel à me dire que ma vie ne serait rien without a big help from my friends.

FIN
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