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 Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 8 Déc 2009 - 21:11

Je suis repartie de Montauban apaisée. Dotée par la voisine de maman d’un « cœur pur », je me sentais enfin débarrassée d’une grosse partie de mes doutes. Que cette femme qui ne me connaissait que par les confessions, sans doute rarement positives, de maman en soit venue à me considérer comme quelqu’un de bien, cela suffisait à me faire décoller… Et même trop car je me rendis compte que j’étais à 120 km/h sur le « chainon manquant », cette voie rapide qui relie les deux sections d’autoroute au nord et au sud de Montauban.
L’enthousiasme ne dura guère. En me rapprochant de Toulouse, je rebasculai dans cette tourbe de problèmes indistincts qui tournaient tous autour de ma jeune maison d’édition : le « suicide » de Jenna et ses motivations ; les choix à faire dans notre ligne éditoriale qui était bien trop vague ; la réponse d’Adeline Clément. A cela s’ajoutait l’avancée de la rédaction de mon bouquin pour lequel j’avais fixé une limite, celle de l’année civile ; je tenais à être dégagée de cette charge en janvier au moment des partiels universitaires. La première des choses à faire, parce que je m’y étais engagée, était d’appeler Ludmilla et de mettre les choses au point avec elle. Je craignais de plus en plus que nos relations ne se dégradent simplement parce qu’à la fin de chaque mois, un virement automatique de 3500 euros partait de mon compte en banque vers le sien. Pourrait-elle accepter que je l’aie tenue pour quantité négligeable depuis deux jours, ne la mettant pas au courant du drame survenu, n’osant pas lui avouer que son enthousiasme débordant serait forcément limité par des réalités dont je commençais désormais à prendre conscience ? Pouvions-nous demeurer amies en n’étant pas sur un pied d’égalité ? J’étais riche et passablement renommée, elle avait refusé cette richesse et se terrait dans l’anonymat d’un vieux château et de sa salle des archives. Quelque part, la situation aurait dû, eu égard à nos personnalités, être strictement opposée. A elle la lumière et à moi l’ombre.
Après l’exercice toujours particulier que constituait l’entrée de la voiture – pourtant un petit modèle – dans le parking privé de ma résidence, j’escaladais au pas de charge les marches jusqu’à l’appartement. Il me fallait appliquer la même méthode qu’avec maman, avancer sans me poser de questions, affronter la situation pour en tirer une conclusion nette et définitive. Quelque part pourtant, dans un coin de ma tête, j’espérais que Ludmilla serait sortie.
- Ah ! C’est toi ! me lança-t-elle. Je commençais à me poser beaucoup de questions.
Cela commençait mal. La voix n’était pas agressive mais l’impatience était manifeste.
- Ludmi, les nouvelles sont tellement mauvaises que j’ai reculé avant de te les donner… Et si tu n’avais pas appelé ce matin….
-Tu ne m’aurais rien dit, c’est ça ?… Merci pour la confiance !… J’apprécie.
Cela ne continuait pas mieux. Les bases de la discussion étaient d’emblée tendues.
- Jenna a été retrouvée mercredi matin dans la Garonne. La police a tout de suite conclu à un suicide. L’enquête a été expédiée par les flics et à l’heure qu’il est, Jenna n’existe plus que sous forme de cendres dans une urne quelque part dans un cimetière de la ville. Voilà… J’ai…
- Mercredi, tu es sûre ?
- Totalement. La police, en l’occurrence le très sympathique inspecteur Lhuillier, m’a interrogée le soir même…
- Comment cela se fait-il alors que je n’ai rien trouvé sur cette histoire dans le canard local ?
- Tu lis La Garonne libre ?
- Non, mais depuis ce matin j’ai épluché leur site internet. Il n’y a pas une trace de cette affaire. Pourtant, le moindre chien écrasé a droit à une brève, même dans la version informatique, mais une fille sympa se jette dans la Garonne et ça ne fait même pas une demi-ligne.
- Tu es sûre de toi ?
- Complètement. Tu peux perdre trois heures à vérifier si tu veux.
Cette information éclairait toute l’affaire d’une lumière nouvelle. Il y avait eu quelqu’un pour prévenir après la découverte du corps, des témoins et des curieux pour observer l’intervention des flics, une enquête officielle de la police, des amis pour venir à la cérémonie des funérailles… Pourtant, tout semblait concourir à recouvrir d’un voile de secret la mort de Jenna. Comme si rien de tout cela n’avait existé.
- Je suppose que tu vas aller mettre ton nez là-dedans ? demanda Ludmilla.
- Pourquoi je le ferais ?
- Parce que tu as une sainte horreur des mystères et encore plus qu’on se fiche de ta gueule… Ce qui semble être le cas. Là, je suis sûre que tu commences déjà à échafauder tes petits systèmes graphiques dans ta tête. Je suis sûre aussi que, comme moi, tu ne crois pas au suicide et que tu n’y as jamais cru. Quelqu’un veut cacher quelque chose… Et…
- Et ?…
- Moi, je me dis que ça a peut-être un rapport avec ce que faisait Jenna pour ton compte.
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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Jeu 10 Déc 2009 - 20:58

Allez empêcher un esprit aussi effervescent que le mien de se mettre à bouillonner après une telle supposition. Jusqu’à l’heure du repas, il me fut impossible de travailler à ma biographie de Louis XIII. J’avais – et l’expression est merveilleusement exacte – la tête ailleurs. Imaginer que j’avais été visée à travers l’élimination de Jenna revenait à ouvrir une ligne de questions quasiment sans fin. Cela allait de « Qui est-ce que je peux bien déranger ? » à « Qu’est-ce que l’auteur du crime peut y gagner ? » en passant par la plus douloureuse, car la plus culpabilisante, « pourquoi elle et pas moi ? ». Au bout de deux heures, force fut de constater que cette supposition ne me menait nulle part en l’état de mes connaissances sur l’affaire. En fait, je me rendais compte que je réfléchissais sur du vent, sans rien de matériel, juste sur des sensations… Mais les sensations, je le savais bien, ne disaient que rarement la vérité. Filtrées par notre éducation, nos repères et nos peurs, elles en venaient à dire ce que nous voulions qu’elles disent. Je ne faisais qu’accumuler – et Ludmilla venait de faire de même – les indices conduisant aux doutes sur le suicide. Après tout, la famille – le suicide restant source de honte - avait pu décider de ne pas donner de « publicité » à la mort de Jenna. C’était aussi bête que cela. Quand on n’était pas fier de quelque chose, quand quelque chose vous faisait mal au point de vous obséder, on n’avait pas envie d’aller disserter à longueur de temps dessus. Moi-même, je ne parlais que très rarement de mes problèmes avec ma mère… et ceux avec qui j’en avais parlé, comme le professeur Loupiac, ayant une position différente de la mienne, j’évitais d’autant plus d’en parler avec eux. Voilà comment se construisent les silences qui durent.
Le fait de reprendre mes habitudes anciennes, une salade et un yaourt au repas du soir, marqua une transition nette dans le déroulé de ma fin de journée. Un quart d’heure de télé – avec la première bêtise venue – pendant mon repas agrandit le fossé me séparant de toutes les questions portant sur l’affaire. Je pus me remettre à mon travail sans dételer pendant cinq heures. Lorsque je me glissai sous ma couette, j’avais allongé mon Louis XIII d’une vingtaine de pages. C’était un rythme qui me convenait. Je m’endormis avec la conscience du devoir accompli.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 11 Déc 2009 - 21:16

DIMANCHE 6


Pas de petit-déjeuner le dimanche matin, cela veut dire pas de besoin particulier de se lever pour aller acheter son pain (ou ses croissants pour les plus gourmands). Et quand on vit au centre-ville, c’est paradoxalement une bonne nouvelle car les véritables boulangeries se font rares et les sandwicheries ne sont généralement pas ouvertes le dimanche. Aussi après m’être encore couchée bien au-delà de une heure du matin, j’aspirais à une petite grasse matinée – qui dépasse rarement pour moi 9h – lorsqu’on sonna à ma porte vers 7 heures et demie… Enfin, sonner à ma porte est une façon de parler car on n’accède au palier qu’après avoir montré voix blanche à l’interphone collectif dans la rue.
- Oui ?…
Cela n’avait pas une grande originalité comme réaction au coup de sonnette. D’un autre côté, quel dialoguiste se voulant crédible oserait faire tenir à ses personnages une tirade complète au saut du lit ? J’avais déjà ce mérite, immense à mes yeux, de ne pas ponctuer mes propos matinaux de longs bâillements plaintifs disant la douleur de remettre le cerveau en marche.
- Il paraît qu’il fait beau dans le sud… Je suis venue vérifier.
- Mais comment t’es venue ?!
Là encore, il me faut confesser la stupidité de la réaction. En 2009, en France, aller de Tours à Toulouse en douze heures, cela n’a rien d’exceptionnel. On peut même, dans le temps imparti et si on veut être original, faire le trajet en voiture, puis train jusqu’à Paris, puis avion et enfin bus pour rallier le centre-ville depuis Blagnac… Mais, que Ludmilla, qui n’était jamais venue me voir dans mon sud natal, ait pris la peine de s’arracher aux archives des Rinchard pour me rejoindre… Cela en disait tellement sur notre amitié que mes yeux s’humectèrent aussitôt. Je résiste aux larmes de tristesse… Pour la joie, j’ai beaucoup de mal.
- Tu m’ouvres d’abord, on discute ensuite d’accord… J’ai l’impression de m’être faite arnaquer. Ah, il ne pleut pas mais il ne fait pas bien chaud dans ton patelin !…
Je fis mieux qu’ouvrir bêtement en déverrouillant la porte à distance. Je descendis quatre à quatre les marches, sans même prendre la peine de me couvrir, pour aller ouvrir moi-même. Je tombai dans les bras de Ludmilla sans rien pouvoir dire. Mon voisin du dessous, cadre supérieur et adepte de jogging, découvrant la scène en partant avaler ses kilomètres quotidiens faillit s’en étrangler de stupeur… et d’indignation ? J’étais en nuisette gris argent et petits chaussons assortis en train de pleurer comme une madeleine, accrochée au cou d’une autre fille. Voilà comment naissent des réputations sexuelles… Mais sur le coup, je n’en avais rien à faire. Ce qui comptait, était ailleurs. Avec Ludmilla, je n’étais plus seule.
- Alors, dis-je en essayant de ne pas renifler comme une gamine mal élevée, comment tu es venue ?
- Tu veux le trajet précis ? Départ de Saint-Pierre-des-Corps à 20h53… Près d’une heure et demie d’attente aux Aubrais avant de monter dans le Lunéa à minuit et arrivée ici à 6h41… Officiellement… En fait, avec dix minutes de retard mais à cette heure-là, en général, tout le monde s’en fout. Et après j’ai cherché dans la grande ville où tu créchais… Pas facile d’ailleurs… Les bons plans sont rares, j’a dû en acheter un à la gare…
- Je te le rembourserai, va.
Et je n’ai rien pu dire en plus. Cela faisait trop d’émotions positives. Du coup, j’ai attrapé le petit sac de Ludmilla et j’ai entrepris de le monter jusqu’au deuxième étage.
- Tu restes longtemps ? fis-je.
- Ah ben bravo, se marra ma copine, on est à peine arrivé qu’on veut déjà vous mettre dehors. Merci pour l’accueil.
- Tu as mis quoi dans ton sac ? Il pèse une tonne.
- Ah ça… Tu verras bien… Mais ça ne se mange pas… J’espère juste que ça se dévore…

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 11 Déc 2009 - 23:51

Il a bien fallu faire visiter mon « grand » appartement et son organisation très personnelle. Depuis que j’étais devenue indépendante, je me refusais à faire appel à une femme de ménage. Pas par économie d’ailleurs mais tout simplement – preuve que je suis cohérente avec moi-même il me semble – parce que je répugne à donner des ordres à quelqu’un et à lui demander de faire ce que je me sens capable de faire moi-même. En conséquence de quoi, la pièce la mieux rangée de l’appartement était mon bureau, la cuisine était honnête, la pièce principale pouvait faire illusion et ma chambre ressemblait à un dépotoir puisque j’y planquais à chaque visite tout ce qui trainait habituellement dans les autres pièces. La poussière prenait ses habitudes sur les meubles, les vitres auraient mérité de croiser un produit superpuissant du même type que ceux qui faisaient des miracles à la télé et mes draps avaient quelques kilomètres de trop au compteur… Mais après tout j’y dormais si peu de temps…
- C’est pas grand… s’écria Ludmilla en revenant dans la salle à manger.
Tu m’étonnes, elle vivait dans un château !… L’appartement entier aurait pratiquement contenu dans la seule salle à manger d’apparat.
- Mais c’est très personnel comme rangement, ajouta-t-elle… J’aime beaucoup….Et la vue sur la Garonne, c’est quelque chose. Il y a quand même un truc qui me chiffonne… Où sont tes livres ?
Là, Ludmilla se moquait de moi. Des livres, il y en avait partout. J’avais même acheté trois meubles supplémentaires après mon déménagement pour les coller dans le couloir de l’entrée. A moins de coloniser la salle de bains, je n’avais plus de possibilités supplémentaires d’accroître les rayonnages.
- Je te demande cela parce que je t’ai amenée une curiosité que tu voudras sans doute placer bien en évidence dans ton capharnaüm.
Ludmilla me tendit deux paquets enveloppés dans du papier cadeau.
- Le père Noël ne passe pas toujours à l’heure en province, alors j’ai pris les devants. Ou alors, si tu veux bien, on dira que c’est pour la saint Nicolas…
- C’est quoi ? demandai-je.
- Des désintégrateurs de particules miniaturisés, plaisanta-t-elle… Comme ça tu auras plus de place… Non, mais attends, tu ne crois pas que je vais te le dire ! Ouvre !
C’était parallélépipédique avec une légère courbure sur le côté. Des bouquins. Forcément. On ne pouvait pas s’offrir des produits de beauté ou des nécessaires de couture. Pas nous. Ou alors dans bien des années, quand la vie et l’âge nous auraient dégoûté des petits caractères.
Je sentais bien que ces cadeaux avaient pour Ludmilla un sens fort, qu’il représentait bien plus qu’une simple attention. Raison de plus pour que nous savourions encore un peu ensemble la révélation de leur contenu.
- Laisse-moi deviner… Ce sont de vieux bouquins ?
- Non, répondit Ludmilla en se donnant le masque de l’impassibilité.
- Des raretés.
- Encore mieux… dit-elle en esquissant un sourire
- Des tirés à part ?
- En quelque sorte, concéda-t-elle.
- Ils sont uniques ?
- Dans tous les sens du terme.
Ce petit ping-pong ne me menait nulle part. Tout ce que j’en avais tiré, c’était la confirmation que j’avais entre les mains des ouvrages exceptionnels. Et j’aimais tellement les bouquins…
En faisant glisser la première couverture, je vis une grande tâche violette sur la couverture, puis deux mots en bas de la couverture dans une simple graphie en italique : Parfum Violette.
- Qu’est-ce que tu as fait ? fis-je en tremblant autant d’étonnement que de crainte.
- J’ai voulu que les premiers volumes de ta maison d’édition soient complètement originaux. Alors, j’ai pris le motif que tu avais préféré jusqu’à présent et j’ai commandé sur un site en ligne l’impression des deux livres.
- Correspondance de Louis-Edgar de Rinchard (1752-1764), lis-je sur la couverture. C’est ton travail ?…
- Le premier volume des archives avec mes commentaires… Le second est dans l’autre paquet… De 1764 à 1777…
- Et la lettre que tu sais ?…
- Je l’ai incluse à la fin du premier volume et au début du second.
Nos vies à toutes deux devaient tant à cette lettre adressée à Louis-Edgar de Rinchard. Elle évoquait l’assassinat maquillé en mort naturelle de la marquise de Pompadour. Parce qu’elle avait découvert cette lettre dans les archives du comte de Rinchard, puis parce qu’elle l’avait crue perdue, Ludmilla avait rompu avec ses études d’Histoire. Au terme de bien des péripéties, le lien créé entre elle et le comte avait abouti au choix d’une autre héritière… qui, pour des raisons qui restaient en partie mystérieuses, avait été moi.
- Je me suis dit que nous ne pourrions jamais publier cette intégrale telle quelle. Donc j’ai fait faire cet exemplaire pour toi. Et d’un, tu as un bouquin absolument unique… je n’en ai même pas le double. Et de deux, tu peux visualiser ce que donne cette présentation.
Je n’étais pas fondamentalement enchantée par l’habillage coloré. Un violet trop sombre sur lequel le titre noir se distinguait mal même avec un léger ombrage gris. La quatrième de couverture était suffisamment longue pour décourager un lecteur de bonne volonté. Mais tout cela, nous le reverrions calmement plus tard. Pour le moment, j’avais reçu et je n’avais rien donné à mon amie.
- Installe-toi pour reprendre ton souffle… Je m’habille et on part en balade…
- Tu me fais visiter la ville ?
- Ma pauvre, je craindrais de te dire de grosses bêtises sur l’histoire locale… Plus tard peut-être…

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Sam 12 Déc 2009 - 13:32

Histoire de me donner un peu de temps pour discuter avec Lumdilla, je fis le détour en descendant dans la Garonnette, ce bras ancien du fleuve mis hors eau au début des années 50. J’avais deux ou trois choses à lui demander avant d’arriver à la boutique Parfum Violette. Des choses délicates à échanger par téléphone. Mais puisqu’elle était là…
- C’est mignon tout plein ici, fit Ludmilla. Ce petit ruisseau d’eau, ces bandes de gazon avec toutes ces vieilles maisons autour.
- Il paraît que c’est récent… C’est l’agent immobilier qui m’a expliqué ça… Avant il y avait la Garonne qui coulait ici, puis après on en avait fait une sorte de grand parking parce que c’était le seul lieu de stationnement gratuit aussi près du centre.
- Mais si le niveau de l’eau monte…
- Regarde cette grande porte en acier… Elle se ferme automatiquement et obstrue le passage vers la Garonne.
- Et ça arrive souvent…
- D’après ma source, jamais… Rassure-toi… On ne risque rien
J’obliquai vers la gauche au bout de la Garonnette pour rejoindre la berge du fleuve.
- Le Pont-Neuf, fis-je comme si je présentais un vieil ami.
- Impressionnant ! Quelle masse ! Et en même temps, il s’en dégage comme une harmonie.
- C’est une œuvre Renaissance, expliquai-je grâce à mon peu de science historique sur le local. Là bas, c’est le dôme de la Grave et…
Je baissai la voix.
- Derrière l’autre pont, c’est là qu’ils ont retrouvé le corps de Jenna.
Il y eut forcément un long silence. Cela avait commencé comme une petite visite touristique entre amies et on en revenait au drame. Tant que j’habiterais ce secteur de la ville, je me heurterais à tous les instants à ce souvenir. Il s’affaiblirait sans doute avec les mois et les années mais il me serait impossible de l’effacer totalement. J’avais trop de mémoire pour cela.
- C’est à cause de la mort de Jenna que tu es venue ou c’est juste pour me porter les livres ?
Il était temps que j’en vienne à cette fameuse discussion que je devais avoir avec ma meilleure amie. L’endroit s’y prêtait à merveille. Au bord de l’eau, entre le Pont-Neuf et le Pont Saint-Pierre, sur un banc adossé à la haute digue de briques rouges avec en face nous la façade classique de l’Hôtel-Dieu et l’arche unique du vieux pont de la Daurade. Ici, on pouvait se croire hors du temps.
- J’allais pas te laisser toute seule au milieu de ce merdier, répondit sobrement Ludmilla comme si elle hésitait à aller jusqu’au bout de son propos.
- Il n’y a pas de merdier, tu sais… Juste des doutes sur ce qui est arrivé à Jenna… Pour le reste, il faut que j’arrête d’imaginer des complots et des coups tordus partout. Avec ce que j’ai connu en trois ans, je peux bien me dire que je suis immunisée pour un moment.
- Fiona, il y en a qui attirent la chance… D’autres qui ont tout le temps la poisse… Toi, tu dois bien avoir le chic pour toujours te retrouver mêlée à des histoires compliquées. Je ne vais pas dire que tu les provoques mais comme tu refuses de te laisser manipuler par quiconque, comme tu tiens à ton indépendance, comme tu as toujours des positions extrêmes et sans concession, tu suscites forcément des ripostes qui le sont aussi. Pourquoi t’a-t-on contrainte à finir ta thèse à toute vitesse ? Pourquoi as-tu dû te cacher sous l’apparence de Florence Woodworth ? Pourquoi t’es-tu retrouvée suspectée d’avoir agressé Maximilien Lagault ? A chaque fois parce que tu avais refusé de te laisser faire, que tu avais rué dans les brancards et que cela avait provoqué une réaction de ceux qui croyaient pouvoir faire leur petit coup en douce.
Ludmilla n’était pas du genre à argumenter pendant des heures. Je venais donc d’assister de sa part à un véritable exploit rhétorique. Le pire à mes yeux, c’est que tout ce qu’elle disait se tenait parfaitement. Elle était venue parce qu’elle ne voyait pas comment toute cette histoire pourrait en rester là. Ma précédente aventure à Blois l’avait laissée frustrée. Rétrospectivement, elle avait dû se reprocher de ne pas être restée avec moi. Elle avait dû se dire que s’il m’était arrivé quelque chose en gare de Blois lorsque Foulque Rivière avait voulu me tabasser jusqu’à me laisser raide, elle s’en serait sentie responsable sa vie entière. Comme moi avec le « suicide » de Jenna.
- Donc, tu penses que cette histoire n’en restera pas là.
- J’en suis persuadée. C’est un truc qui flotte dans l’air, que je sens depuis que tu m’as appelée hier. J’ai échangé des mails avec Jenna, je l’ai eue au téléphone trois ou quatre fois. Cette fille était bien dans sa tête. Donc nous sommes deux à savoir qu’elle ne s’est pas suicidée.
- Mais la famille dit que…
- C’est donc par la famille qu’il faut commencer à enquêter… Et on pourra le faire d’autant plus facilement que moi ils ne me connaissent pas.
La famille ? Je me retrouvais dans la même situation qu’avant. Je ne savais toujours pas où je pouvais la joindre. J’avais renvoyé un mail – mais c’était sur l’adresse de Jenna – pour demander quand on pourrait se rencontrer pour que je récupère l’ordinateur portable. Je n’avais pas encore eu de réponse ce qui était parfaitement compréhensible après la journée pénible vécue la veille par Manuela et ses proches. S’il n’y avait pas de réponse d’ici demain, il me faudrait aviser et passer à l’action.
- Allez, viens, dis-je en prenant la main de Ludmilla, je t’amène à la boutique. Tu l’as bien mérité.
Et les questions existentielles sur nos rapports attendraient. Elle venait de me montrer doublement qu’elle se pensait mon amie avant de me voir comme mon employée.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Sam 12 Déc 2009 - 16:05

- Alors, ça en est où ? demanda Ludmilla en arrivant face à la boutique. Parce que là, on ne voit pas grand chose.
- Le décorateur doit arriver demain… Tout ce que je te demande, c’est de ne surtout pas le conseiller.
Ludmilla le prit pour une vanne. Tant mieux ! Cela retardait là aussi le moment de mettre les points sur les i concernant l’implication de ma copine dans tout l’aspect artistique du projet.
- Et la boite aux lettres, elle arrive quand ?
- Pourquoi tu demandes ça ?
- Parce que tu as du courrier sous la porte.
Ludmilla se pencha et ramena une enveloppe blanche – enfin qui l’était avant d’avoir été placée en contact avec la saleté – boue et ciment - du seuil.
- Cela doit être une pub ou un truc du genre denier du culte, fis-je en tournant la clé dans la serrure… C’est bientôt Noël… De toutes façons, tout ce qui est important et touche à la boutique m’arrive directement à l’appartement.
- Ce n’est pas une pub et si c’est le denier du culte, le curé de ta paroisse a de drôles de façons de faire appel à la générosité. Regarde ça !
Ludmilla me tendit une feuille blanche sur laquelle une imprimante avait tracé quelques mots définitifs en rouge écarlate : « Quittez cet endroit ! Vous voyez bien qu’il porte malheur ! ».
J’hésitai entre un éclat de rire et le découragement. Eclat de rire parce que je ne croyais pas aux malédictions et autres sornettes pour esprits faibles. Découragement parce que cet exhortation à tout plaquer allait dans le sens de ce que Ludmilla me disait quelques minutes plus tôt. En mettant mon nez partout, je provoquais toujours ceux qui avaient de sales idées en tête. Il y avait forcément un rapport entre mes questions sur le suicide de Jenna et cette menace. Le « vous voyez bien » était suffisamment éloquent tant dans son rapport au passé, la mort de Jenna, que dans ce qu’il annonçait pour la suite. D’autres malheurs du même type.
- Je crois que nos soupçons se confirment, dit Ludmilla en se posant sur la seule chaise de la boutique. Tu n’as plus qu’à apporter ce message aux flics.
- Et qu’est-ce qu’ils en feront selon toi ?
- Je ne sais pas… Chercher des traces ADN, rouvrir l’enquête sur la mort de Jenna.
- Tu regardes trop les séries américaines, Ludmi. La police a autre chose à faire que de s’occuper de cette histoire. Le corps de Jenna a été incinéré, il ne dira rien de plus que ce qui a déjà été constaté et qui a validé l’hypothèse du suicide. Ce message, on va me rire au nez. Ok, il est menaçant mais ça peut être aussi un mauvais plaisantin qui s’amuse. Ils vont pas mettre en branle la police scientifique pour si peu.
En disant cela, une idée me traversa l’esprit. Une idée pas très agréable mais qu’il me fallut exprimer sans attendre.
- Ce ne serait pas toi des fois qui aurait déposé ça ce matin ?
- Eh ! répliqua Ludmilla… Je t’accorde que je t’ai jouée une fois un sale coup avec une lettre, mais c’était pour la bonne cause… Je ne vais pas m’amuser à ça tout le temps… Promis-juré… Donc si tu es persuadée que les flics ne t’écouteront pas…
- Ils ont autre chose à faire… Et moi je commence à en avoir assez de les fréquenter…
- Et si tu accordes un peu de crédit à ce sympathique message, tu en concluras qu’il faut qu’on se prépare à affronter un adversaire qui semble bien décidé à nous bouter hors d’ici. Pourquoi ? Comment ? Ce sont des questions qu’on a l’habitude de traiter non ?
Dans les yeux bleus de Ludmilla, une excitation réelle brillait. Depuis plusieurs mois, elle était enfermée dans le château des Rinchard et ses journées n’avaient été occupées que de travaux intellectuels – elle avait même pris un peu de poids ces derniers temps. Comment ne pas comprendre cette envie d’animation dans sa vie ? Moi qui en avais connu plus que de nécessaire, je ne partageais évidemment pas un tel enthousiasme. Il m’arrivait, quand j’étais un peu fatiguée, de revoir certaines images de mon passé récent. Le saut devant le train à Blois, la chute de l’échelle au château de Charentilly étaient deux moment où mon destin avait basculé du bon côté. Je n’étais plus vraiment certaine d’avoir envie de continuer à jouer à pile ou face avec ma vie.
- Qui ? dis-je pour amorcer la tempête de cerveaux.
Je m’étais posée sur les deux parpaings gris qui trônaient toujours au milieu de la boutique. Ludmilla était en face de moi de l’autre côté du bureau.
- Des commerçants du quartier qui lorgnaient sur la boutique pour s’agrandir. Des concurrents potentiels. Des nostalgiques de la parfumerie ou des membres de la famille de l’ancienne propriétaire…. Tes ennemis personnels, autrement dit tous ceux qui sont jaloux de ta réussite. Cela fait du monde mais pas tant que ça… Le problème c’est qu’on ne connaît pas ces gens-là… Alors moi, je te dis quoi…
- Un espace de vente relativement bien placé au centre-ville et qui peut intéresser beaucoup de monde. Une maison d’édition nouvelle qui peut faire de l’ombre aux gros éditeurs de la région… Mais non, tout cela ne tient pas. Des commerces il s’en ouvre et il s’en ferme tout le temps dans le centre des villes. Les emplacements ne manquent pas ; alors pourquoi celui-là en particulier ? Quant à faire peur à nos concurrents, comment imaginer qu’ils tremblent devant une aussi petite structure que la nôtre ? Quand je suis allée me renseigner, on m’a dit que des petites maisons d’éditions, il y en avait plusieurs centaines rien qu’en Midi-Pyrénées. On n’a rien de particulièrement menaçant. Tu vois bien qu’on se met la tête à l’envers pour rien.
- Pas d’accord, objecta Ludmilla. On a un faux suicide et une sorte de lettre de menace. Cela fait déjà beaucoup même si je t’accorde qu’on n’a pas grand chose à part ça… Il y a aussi ce manque de publicité sur le suicide de Jenna et ce mot qui y fait pourtant référence même si c’est de manière voilée.
- Cela s’est passé pas très loin d’ici, rappelai-je. SI c’est quelqu’un du quartier qui est derrière cette mauvaise plaisanterie, il était au courant du drame.
- Au courant qu’une fille s’est jetée dans la Garonne l’autre jour peut-être mais savoir que c’était justement la fille qui travaillait pour Parfum Violette, tu m’excuseras, ils n’ont pas pu le savoir. A moins d’avoir eu le nez dessus, si je peux me permettre cette image pas très agréable.
Je n’aimais pas spécialement être prise en défaut. Fierté encore et toujours. Force était pourtant de convenir que Ludmilla avait raison.
- Sauf si l’inspecteur Lhuillier a interrogé tout le quartier, dis-je dans une ultime tentative… Non, oublie ça, je n’ai rien dit.
De la manière dont l’enquête avait été bâclée, une telle tournée du flic dans les commerces voisins n’avait pas pu se produire.
- Donc, reprit Ludmilla. La personne qui a laissé ce message sait que la fille qui travaillait dans cette boutique est morte. Soit il est à l’origine de cette mort, soit il a décidé d’en profiter pour obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire que tu échoues et que tu t’en ailles de là.
J’avais toujours l’impression que ça n’avançait pas, que nous tournions en rond. J’allais en faire la remarque à Ludmilla lorsque mon portable se mit à sonner.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Sam 12 Déc 2009 - 18:26

- Mademoiselle Toussaint ?… Bonjour, je suis journaliste à la Garonne Libre et je souhaiterais avoir votre réaction quant à la suppression de l’Histoire-Géographie en Terminale scientifique.
- Qui vous a donné mon numéro de portable ? dis-je un brin agressive tant j’appréciais peu qu’on m’appelle ainsi.
- Euh… Personne. Il est dans notre base de données au journal.
- Ah !… Eh bien, il faudra faire en sorte qu’il la quitte. Je ne souhaite pas être dérangée par la presse pour un oui ou pour un non… Sur ce problème, pourquoi ne consultez-vous pas plutôt des enseignants du secondaire ? Ils sont les premiers concernés il me semble.
- Bien sûr, nous le faisons aussi, mais nous voudrions avoir l’avis d’universitaires suite à la parution dans le JDD d’un manifeste de célèbres historiens pour défendre l’Histoire en terminale scientifique.
- Je vous repose donc ma question : pourquoi moi ?
Je n’avais pas besoin de cette tension supplémentaire. Déjà savoir que je faisais partie d’un pool de correspondants potentiels du quotidien local me mettait en rogne, mais qu’on veuille absolument de moi une réponse alors que je m’estimais peu compétente sur le sujet me dépassait.
- Vous êtes connue, vous avez reçu un prix il y a peu et vous passez bien à la télé, me répondit le journaliste.
Pour lui c’était une sorte d’évidence. Du moment qu’on se débrouillait bien dans son boulot, qu’on y gagnait une certaine reconnaissance, on était une proie intéressante. Et si on avait une plutôt belle gueule, on devenait carrément indispensable et incontournable. Ca ressemblait à un délit de faciès inversé.
- Attendez, je ne vous comprends pas. Vous êtes un journal, un quotidien régional et vous vous souciez des images.
- C’est pour le site internet, mademoiselle Toussaint.
Là, il me prenait vraiment pour une andouille. Je n’ignorais pas que les correspondants locaux des chaînes e télé oeuvraient aussi le plus souvent pour la presse locale. D’un même entretien, il titait un reportage télé et un papier pour le canard du lendemain.
- Maintenant que les données de base sont claires, repris-je, voici ma réponse ferme et définitive. En trois mots u à peu près… Trouvez quelqu’un d’autre ! Je n’ai rien à vous dire sur ce sujet.
Là c’était un pur mensonge. J’avais bien sûr quelques idées à développer sur cette question… et même des idées un peu iconoclastes forgées au cours de discussion avec mes étudiants. Il était cependant hors de question que j’aille me rajouter un problème supplémentaire en ouvrant ma gueule. Je l’avais déjà fait à Blois en disant son fait au romancier Maximilien Lagault et cela m’avait bien pourri la vie. Pas question que je recommence à jouer à ce jeu-là. Surtout en ce moment.
- Si vous changez d’avis d’ici le milieu d’après-midi, appelez la rédaction du journal et demandez Hugo Marmont.
Je sursautai en entendant ce nom qui m’évoquait quelque chose. Et spontanément, ce n’était pas un souvenir agréable. Où pouvais-je avoir lu ce nom-là ? Lu ou entendu ?
- Vous n’avez pas changé d’avis ? demanda une dernière fois le journaliste.
- Vous voulez qu’on se rencontre où ? Pour avoir des images, je suppose qu’une conversation téléphonique ne vous arrange pas.
- Chez vous, proposa le journaliste.
- Sûrement pas… Pourquoi pas à votre journal ?
- Parfait. Quatorze heures, cela vous convient ?
- J’y serai… Et d’ici là, je suis sûre que j’aurais retrouvé la raison pour laquelle votre nom me donne des boutons rien qu’à l’entendre.
- Je suis certain, rétorqua-t-il froidement, que cela vous reviendra très vite. A tout à l’heure.
Il raccrocha. J’étais dubitative et effondrée par ce que je venais de faire. Au lieu de me concentrer sur l’affaire des menaces au lieu de penser à cette pauvre Jenna, je me lançais dans quelque chose d’autre.
- Qu’est-ce qu’il te veux le journaliste, demanda Ludmilla qui n’avait forcément entendu que la moitié de la conversation.
- Que je réagisse sur la suppression de l’Histoire en Terminale S ! Il paraît que comme je passe bien à l’écran, c’est moi qu’il faut.
- C’est bien le genre d’argument qui aurait dû te faire refuser, fit remarquer mon amie.
- Oh que non ! Parce que tu vois, le fumier qui vient de m’appeler, et dont je viens enfin d’identifier le visage, c’est celui qui a fait ce reportage abject sur moi…
- Celui où ta mère disait que tu étais…
- Celui-là... Exactement…
- Je crois que j’ai bien fait de descendre sur Toulouse, moi, rigola Ludmilla. J’ai l’impression de débarquer en plein Far Sud-Ouest.
- On se partage donc le travail pour cette aprem. Tu sondes les mystères d’internet pour retrouver des infos intéressantes sur le passé du numéro 19 de la rue Sainte-Ursule et moi je solde un vieux compte avec un pourri magnifique. En attendant, je te propose de mettre un peu d’ordre dans ce bazar. Pendant qu’on déblayera, tu en profiteras pour me raconter les dernières nouvelles de Charentilly. Et après, on se fera belle, dans la mesure où cela reste possible, et on ira au resto.
- Au resto ? Toi ?
- Oui, bon… On ira chez Flunch…

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Dim 13 Déc 2009 - 0:31

Le siège de La Garonne libre avait connu le destin de bien des activités jadis présentes au centre de la ville ; il avait migré vers une zone périphérique à proximité de la rocade toulousaine. Le bâtiment abritait à la fois la direction, la rédaction et les ateliers de fabrication. Cela nécessitait un espace considérable et pour éviter de construire un monstre de béton, l’architecte avait étagé les activités suivant une logique fort simple. La production du journal se faisait au rez-de-chaussée et au sous-sol – ce qui contribuait à limiter les nuisances sonores - , la conception était réalisée au premier étage et les sphères dirigeantes trônaient au second avec tout le secteur administratif. De l’extérieur, on ne voyait donc qu’une sorte de cube blanc, vitré en partie, et sous lequel plongeait des voies goudronnées qui menaient aux espaces de chargement.
Je me présentai au poste de garde avec une assurance d’autant plus forte que j’avais l’impression de venir solder un vieux compte. Le gardien releva les yeux de sa grille de mots croisés avec un brin d’étonnement ; les visites devaient être rares le dimanche. Il fallut parlementer un moment pour qu’il comprenne ce que je venais faire exactement. J’eus droit enfin aux explications – pas superflues d’ailleurs car du portail principal on ne voyait pas du tout l’entrée du bâtiment – me permettant de me diriger.
- Pour la rédaction, vous contournez le bâtiment par la droite. Vous allez trouver une rampe qui vous conduira à une grande porte en verre. Après le sas, vous entrez dans la ruche. Vous demanderez à la première personne que vous croiserez, elle vous indiquera le bureau de monsieur Marmont.
La ruche comme je le compris était un vaste plateau où s’agitaient journalistes, secrétaires et documentalistes. Quant au « bureau » d’Hugo Marmont, il mesurait environ quatre mètres sur quatre, surface qui était déjà passablement encombrée par un meuble métallique gris et une armoire de classement à façade coulissante. Pour compléter le paysage, il fallait ajouter un gros écran d’ordinateur et une unité centrale qui ronflait comme un septuagénaire enrhumé. Des piles de papier, des dossiers multicolores finissaient de garnir un capharnaüm qui aurait fait fuir Ludmilla et sa maniaquerie maladive. Derrière l’écran, émergeait enfin le sommet d’une tête qu’un raclement de gorge suffit à faire jaillir complètement.
- Ah ! Mademoiselle Toussaint ! Puis-je dire que je suis heureux de vous rencontrer enfin ?
- Ce plaisir, si tant est que plaisir soit le mot qui convient, est complètement partagé. Je dois vous prévenir que, malgré mon peu de goût pour la violence, je m’étais bien promise de vous casser la figure le jour où cette joie me serait donnée… Ou si vous casser la figure n’était pas possible, en raison de tailles incompatibles par exemple, de vous amocher suffisamment pour qu’il n’y ait aucune chance que vous puissiez perpétuer votre lignée. J’ai toujours souhaité rendre de grands services à l’humanité.
Je disais ça aussi froidement que possible. Hormis Foulque Rivière, je n’avais jamais frappé la moindre personne depuis que j’avais dépassé l’âge de tirer les cheveux dans la cour de récré. Il n’y avait aucune chance que je me laisse aller à un comportement violent mais l’idée de lui flanquer un peu la trouille me semblait être un bon point de départ avant notre futur entretien.
- Dois-je appeler la sécurité tout de suite ? demanda-t-il avec un flegme impressionnant. Ou préférez-vous que je la convoque uniquement si vous avez envie de me forcer à faire l’amour ?
Bigre ! Hugo Marmont n’était pas du genre à se laisser déstabiliser. Mes petites menaces avaient glissé sur lui comme l’eau sur les plumes d’un canard. Non seulement, il paraissait s’en moquer mais en plus il contre-attaquait en se posant en irrésistible séducteur. Pour tout avouer, il avait une super belle gueule, le genre à qui on donnerait le bon Dieu sans confession. Les yeux noisette étaient rieurs et perçants, le sourire chaleureux et une petite fossette au menton lui donnait un air d’appartenance à la dynastie des Douglas, comédiens américains de père en fils.
- Le dernier qui a essayé de me draguer est toujours, aux dernières nouvelles, en cellule, vous savez.
C’était vrai en plus mais il n’était pas censé le savoir, la police de Blois ayant peu communiqué sur l’arrestation des jumeaux Rivière après l’affaire Lagault.
- J’éviterai donc de répondre à vos avances, conclut-il en perdant son regard sur son écran d’ordinateur.
Cette rencontre partait vraiment mal. Nous nous jaugions, nous nous attaquions verbalement, nous en profitions pour nous épier et chercher le défaut de la cuirasse de l’adversaire. Mais comment aurait-il pu en être autrement ? Je m’étais promise de lui réserver un chien de ma chienne et il n’avait absolument manifesté aucun remords pour la manière dont il m’avait humiliée deux mois plus tôt. Cela faisait l’effet de deux gladiateurs face à face prêts à se rendre coup pour coup jusqu’à ce qu’un d’entre eux roule sur le sable. Pas facile pour entamer ce qui pouvait être considéré comme un travail en commun.
- C’est ici que nous nous entretenons ? dis-je pour essayer de replacer la rencontre sur de meilleurs rails. Je croyais que le cadre avait une certaine importance… Il ne faut pas sans doute que seule la personne interviewée soit agréable à regarder.
Il ignora la nouvelle perfidie et répondit en désignant un endroit derrière lui… endroit qu’on ne pouvait voir puisqu’une cloison de lambris plastifiés barrait l’horizon cinquante centimètres dans son dos.
- Non, nous allons tourner cela dans le centre de documentation du journal. J’ai fait installer une caméra là-bas. Des dossiers ou des livres, peu importe… Il faut juste que ce qu’on voit derrière vous renforce votre crédibilité.
- Ah bon ?! fis-je en feignant l’étonnement… Mais comment se fait-il alors que vous ne m’interrogiez pas dans un sex-shop ? J’avais cru comprendre en visionnant un de vos reportages que j’étais une sale pute doublée d’une ambitieuse forcenée.
- Arrêtez de revenir sur cet épisode ! C’est du passé !
- Justement ! Le passé c’est mon métier et le passé ça m’intéresse… Et donc, je n’oublie pas.
- Vous voulez quoi ? Que je m’excuse ?
- Ce serait la moindre des choses, dis-je. Et si j’aimais les fleurs, je serais en droit d’attendre au moins une brassée de roses pour effacer l’injure.
- Je n’ai fait que suivre ce que disaient mes sources…
- Choisissez les mieux à l’avenir et évitez de ne retenir dans leurs propos que ce qui vous arrange. D’ailleurs, sachez que tout ce que nous allons dire sera enregistré par ce petit magnétophone numérique que j’utilise quand je dois assister à des conférences prononcées en anglais. J’enregistre les propos du conférencier et je vérifie ensuite à la maison que j’ai bien compris ce qu’il disait. Je vous garantis que cet appareil fonctionne très bien et que si vous vous amusez à modifier le sens de mes propos dans votre canard ou sur le web, je vous fais un procès.
- Vous savez bien qu’un enregistrement n’a aucune valeur devant la justice.
- Qui vous a parlé de justice ? Aujourd’hui, on peut accuser et brûler quelqu’un sans avoir besoin de passer par le prétoire et le bûcher. Il suffit d’être invité dans une émission de grande écoute. Et cela, je saurais faire, croyez-moi…
- C’est le rédac en chef qui a le final cut, vous savez… Moi je ne suis qu’un sous-fifre.
Le coup de pied en touche était encore plus dégueulasse que le reste. Il n’assumait même pas en plus.
- Eh bien, nous verrons cela avec ce monsieur, repris-je. Il ne travaille pas le dimanche, je suppose ?
- Généralement, il passe en début de soirée mais aujourd’hui ça m’étonnerait… Un problème familial… Il ne reviendra sans doute que demain.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Dim 13 Déc 2009 - 2:03

Je m’installai sans broncher dans le fauteuil qu’on avait amené spécialement pour l’occasion devant cette impressionnante galerie de cartons d’archivage. Hugo Marmont fit le cadre avec la caméra puis vint brancher sur le haut de mon chemisier un micro-cravate. Dans la foulée, j’ajoutai celui de mon propre enregistreur, histoire de bien lui rappeler que je ne perdrais pas un soupir de tout cet entretien.
- Il y aura une présentation faite à part, un chapeau comme on dit, expliqua-t-il. Je dirais qui vous êtes, quelles sont vos fonctions et à quel titre vous vous exprimez.
- A quel titre je m’exprime ? persiflai-je. Voilà bien quelque chose d’étonnant dans la bouche d’un journaliste. Quand vous faites vos micros-trottoirs qui sont sensés refléter l’opinion de la rue, précisez-vous à quel titre les gens s’expriment, indiquez-vous leurs qualités éminentes pour qu’on puisse juger de la fiabilité de leurs réactions ? Vous voyez, déjà, sur ce point, nos logiques de fonctionnement s’opposent. Votre rigueur n’est absolument pas la mienne. A quel titre donc, puis-je m’exprimer alors ? Je suis une citoyenne ce qui me donne le droit de donner un avis puisque nous sommes en démocratie. Je suis une passionnée d’Histoire ce qui veut dire que, par définition, je ne peux pas être objective sur ce sujet. Je trouverai toujours qu’il n’y a pas assez de cours d’Histoire et qu’au contraire les maths ne servent à rien et qu’on pourrait diviser leur horaire par deux. J’enseigne à l’université et à ce titre je récupère des jeunes gens et des jeunes filles qui viennent d’obtenir leur bac, je serais donc plutôt encline à trouver qu’ils n’ont rien appris durant leurs années lycée parce qu’ils en savent cinquante fois moins que moi en général et mille fois moins dans mon domaine de spécialisation. Si, une fois pris en compte tout cela, vous estimez que ma parole a encore une valeur, c’est que vous êtes bien journaliste.
- Vous avez fini votre petit discours ? demanda Hugo Marmont dont l’agacement perçait… On peut commencer ?
- Pour moi, nous avons déjà commencé.
- Mademoiselle Toussaint, que pensez-vous de la suppression de l’enseignement obligatoire de l’Histoire-Géographie en classe de Terminale scientifique ?
- Je pense, comme les collègues qui ont signé aujourd’hui ce manifeste dans le Journal du Dimanche, que c’est une aberration. L’histoire est essentielle pour comprendre les grands enjeux du monde actuel, surtout dans une époque où des problématiques comme l’identité ou le choc des civilisations sont utilisées pour séparer les hommes. Et, bien qu’historienne, je n’oublierai pas de m’inquiéter également pour le sort fait à la géographie. On n’entend guère les géographes depuis que le ministre a fait cette annonce. Peut-être sont-ils résignés d’avance ou peut-être leur voix ne porte-t-elle pas assez dans les médias ? J’ai envie de leur dire qu’ils enseignent une discipline importante parce qu’elle ouvre largement les hommes sur leur présent et leur futur, qu’elle leur donne à comprendre les paysages, les activités, les logiques du monde qui est le leur. Parce que qu’aussi elle leur dit l’importance de leurs choix et la nécessité de les penser intelligemment.
- Vous vous accordez donc complètement à la déclaration commune de ces universitaires de renom ?
- Pas complètement.
Je pris un temps pour respirer. J’essayais de parler sans laisser trop de temps entre mes mots de manière à éviter qu’on puisse trop facilement « shunter » tel ou tel de mes propos. Et puis ce que j’allais dire maintenant pouvait être mal interprété… et serait mal interprété je le savais.
- D’un autre côté, il faut faire le bilan de ce qu’un élève a retenu au terme de ses quatre années de collège et de ses trois années de lycée en histoire-géographie. En terme de quantité, cela paraît maigre et cette quantité maigre, elle n’est le plus souvent qu’une suite désincarnée de faits et d’idées qui ne parviennent même pas à se relier entre eux, à s’assembler entre elles. Si on prend ce bilan final en compte, on se rend compte que ce ne sont pas une, deux ou trois heures en moins qui changeront les choses. Ce qu’il conviendrait de changer, c’est la philosophie générale de notre système éducatif. Nous essayons de construire des encyclopédies vivantes. Rien qu’en histoire, un élève en fin de terminale est censé être capable de se souvenir de l’organisation de la démocratie athénienne, de l’organisation de la féodalité, ne pas s’emmêler dans la chronologie complexe de la Révolution française ou maîtriser les différents types de cycles économiques. Autrement dit un savoir que les gens de la rue normaux – et cette normalité n’a rien de péjoratif dans ma bouche – n’ont pas, ou ont eu… et ont oublié depuis. Donc, je dirai que multiplier les heures d’histoire et de géographie est un objectif louable et qu’en supprimer est forcément quelque chose d’inquiétant… mais que ce ne sont pas des comptes d’apothicaires pour cause de réductions budgétaires déguisées ou de luttes mesquines entre disciplines qui doivent cacher l’essentiel : cet enseignement doit être formateur mais aussi intéressant. En un mot, oui à moins d’heures si cela doit apporter de l’efficacité… Mais, malheureusement, c’est une chose à laquelle je ne crois pas. On associe tellement l’Histoire à un apprentissage par cœur que des étudiants en première année continuent à apprendre leurs cours sans même les comprendre. Nos élèves encyclopédies en savent plus que bien des élèves d’autres pays : ils savent mieux l’histoire des Etats-Unis que les petits Américains n’entendent l’histoire de l’ensemble des pays d’Europe. A quoi cela leur sert-il s’ils ne sont pas capables d’exprimer précisément ce savoir par écrit, de l’exprimer clairement à l’oral ?

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Dim 13 Déc 2009 - 2:03

J’étais en train de m’emballer et de perdre le fil. En fait, c’était tout le système qu’il fallait revoir et cela ne pouvait pas s’expliquer en deux minutes.
- Pardon, dis-je, je crois que ce que je raconte ne va pas vous convenir…
- C’est très intéressant, concéda le journaliste, mais vous avez raison, cela ne passera jamais tel quel.
- Je recommence ?
- Oui s’il vous plait… Toute la première partie ira bien mais il faut que vous soyez plus concise dans la suite… Je vous repose la question et vous embrayez… Vous vous accordez donc complètement à cette déclaration commune de ces universitaires de renom ?
- Pas complètement… Il faut arrêter de raisonner en terme d’heures ou d’importance dans les emplois du temps. Ce sont de simples logiques comptables. Moi je voudrais qu’on réfléchisse en terme de plaisir d’apprendre, en terme de projets. Que l’élève apprenne d’abord le sens général de l’histoire, qu’il comprenne ce qui pousse les hommes à agir, comment il se fait que certains pays sont devenus des démocraties et pourquoi d’autres peinent à y parvenir. Et qu’ensuite, une fois ces bases maîtrisées, qu’on lui laisse le choix, qu’il suive lui-même ses envies et que l’institution soit capable de lui proposer de choisir d’étudier ce qui l’intéresse le plus. L’idée que l’Histoire-Géo soit une option ne devrait pas nous faire peur. Un élève de série scientifique qui prendra l’option de deux heures en plus des quatre heures de première fera plus d’heures que dans le système actuel, six contre cinq. A nous de faire en sorte que les élèves aient suffisamment le goût de nos matières pour qu’ils fassent systématiquement ce choix.
Je n’avais pas vraiment réfléchi à tout cela avant. Du moins pas d’une manière systématique. Je voyais le manque de bases de ces étudiants qui prenaient un enseignement d’histoire à la fac, soit comme discipline principale, soit comme complémentaire. Ils étaient rarement des phénix, confondaient les périodes et les événements, ne savaient que paraphraser les documents. Mes propres souvenirs d’élève, que je prenais bien garde à ne jamais oublier, suffisaient à me dire que l’histoire, que la géographie, n’était qu’une case dans l’emploi du temps de l’élève et que souvent on accrochait parce que le prof était au-delà de l’ordinaire, parce qu’on aimait le dépaysement ou parce que c’était une heure où on était un peu euphorique (ouf ! les deux heures de maths étaient passées !). Pour moi aujourd’hui, les intendants de Louis XIV avaient un nom, un visage, une histoire personnelle ; ils étaient quasiment charnels. Un élève de 4ème ne voyait en eux qu’une définition largement désincarnée à apprendre dans un cours sur l’absolutisme. J’avais choisi de les fréquente, ces intendants. Entre une partie sur la X Box et les intendants du Roi-Soleil, quel adolescent hésiterait ?
- Votre position n’est pas vraiment conventionnelle, fit Hugo Marmont.
- Vous qui avez étudié ma biographie sous toutes les coutures, vous devriez savoir que je ne suis pas conventionnelle. Je n’aime pas les réactions catégorielles, les procès d’intention. J’essaye de juger les faits et rien que les faits. Si l’Histoire et la Géographie développent le respect de l’autre par la connaissance du monde, donnent un esprit critique et évitent l’effet mouton, en supprimer ne serait-ce que dix minutes est un crime. Si cela ne sert qu’à avoir une ligne de plus sur le bulletin de notes, qu’on supprime l’Histoire et la Géographie sans tarder ! Elles ne servent à rien !
- Merci… Je vais devoir couper évidemment dans votre intervention pour le journal mais je vous promets d’en conserver les grandes lignes… Et l’intégralité de vos propos sera accessible en ligne sur le net.
- Au mot près ?
- A la respiration près, je m’y engage.
Le pire, c’est que je me prenais à croire en lui.
- Je ferai livrer un exemplaire du journal chez vous demain matin, ajouta-t-il. Normalement, l’article devrait y paraître en page 3 ou 4… Je vais essayer d’obtenir un rab de lignes directement auprès de monsieur Gonzalez.
- Qui est monsieur Gonzalez ?
- Le rédacteur en chef… Pourquoi ?

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Dim 13 Déc 2009 - 22:13

Même avec plus de 700 abonnés téléphoniques répondant dans le département à ce nom d’origine hispanique, la probabilité que le rédacteur en chef de la Garonne Libre soit aussi le père de Jenna était énorme. L’absence du responsable cette après-midi pour « problème familial » renforçait encore mes certitudes. Cette correspondance expliquait notamment pourquoi le quotidien régional n’avait pas évoqué dans ses colonnes le « suicide » de Jenna… ou plutôt cela jetait un voile encore plus troublant sur ce silence. D’habitude, on signalait par un entrefilet en bas de page les joies et les peines du personnel du journal, ce qui permettait d’associer chacun, de resserrer les rangs, de cultiver ce qu’on appelait la cohésion de l’entreprise. Or là, rien de tout cela. Ludmilla l’avait constaté et je m’étais dépêchée de le vérifier moi-même. Bien sûr, il était peut-être plus délicat d’évoquer un suicide… même si rien n’obligeait de mentionner dans la brève que cela en fût un. Cette découverte était une première pierre sur laquelle j’allais pouvoir construire un vrai raisonnement. Ma maison d’édition répondait au quotidien local comme monsieur Gonzalez faisait face à sa fille. Deux sortes de structures parallèles entre lesquelles il existait vraisemblablement des liens… et pas seulement un lien familial.
Hugo Marmont prit la peine de me raccompagner jusqu’à ma voiture. Il s’était progressivement détendu et faisait trainer les choses, me faisant faire un détour pour voir les rotatives encore à l’arrêt ou les services de l’acheminement. Cela me laissa un peu de temps pour essayer de lui soutirer une information ou deux sur son rédacteur en chef qui devenait ma piste numéro un.
- Monsieur Gonzalez, il n’a pas une fille qui fait des études d’Histoire à la fac ? demandai-je tandis que nous descendions la rampe qui ramenait dans le parc.
Pas brillant comme embrouille, mais difficilement attaquable grâce à la multiplicité des Gonzalez dans la région toulousaine.
- Je ne crois pas… En fait, je n’en sais rien… Nous ne sommes pas intimes, vous savez. Cela fait peu de temps que je travaille ici. Avant, comme vous savez, j’étais correspondant pour une chaîne d’information continue…
- Qui vous a viré à cause de moi ?
- Qui m’a viré à cause de vous… Enfin, ils ne l’ont pas présenté comme ça bien sûr. Compression de personnel… Mais, en même temps qu’ils me mettaient dehors, ils me recommandaient à la direction de la Garonne Libre. Sans doute un échange de bons procédés dont je n’ai pas réussi à comprendre la cause exacte.
- Et monsieur Gonzalez vous a engagé…
- Je suppose que c’est la présidente, madame Rouquet, qui engage les nouveaux journalistes… Mais monsieur Gonzalez doit peut-être être consulté à un moment ou à l’autre… En tous cas, c’est lui qui m’a reçu le premier jour… Pourquoi il vous intéresse tant mon rédacteur en chef ?
Hugo Marmont avait oublié d’être bête. Je revenais trop sur monsieur Gonzalez pour que cela ne l’ait pas intrigué.
- Vous avez bien dit tout à l’heure que si j’estimais que vous aviez déformé mes propos dans votre article, je pourrais aller me plaindre à lui. Alors, je me renseigne… Sans compter que, avec ce que j’ai pu vous dire, il se pourrait bien que l’université française ne veuille plus de moi. Je pourrais toujours me reconvertir dans le journalisme.
- Je ne vois rien de politiquement incorrect dans vos propos.
- Alors, c’est que vous êtes un grand naïf… ou un horrible manipulateur. Avec vos ciseaux magiques, vous allez bien trouver des morceaux de phrases à sortir de leur contexte. Je tremble avec ce que vous pourriez faire de ma dernière phrase. J’ai quand même affirmé que l’Histoire et la Géographie ne servaient à rien.
- Vous allez finir par me fâcher avec vos insinuations !
- Avoir fait dire à ma mère que j’étais une pute, il fallait oser. Etonnez-vous que je sois méfiante.
- C’est ce qu’elle a dit…
- Elle prétend que vous avez tronqué sa phrase… Et que vous avez provoqué sa réaction en lui montrant une photo très déshabillée.
- Je maintiens que c’est ce qu’elle a dit. Mot pour mot… et sans rien avant qu’on ait coupé. Malheureusement, je ne peux rien prouver, ces bandes ne m’appartiennent pas.
- Défense habile et prévisible, monsieur le journaliste.
- Je croyais que cette affaire était oubliée, dit-il en secouant la tête comme si mon attitude le désespérait.
- Je vous ai bien dit que je n’oubliais rien. Au revoir, monsieur Marmont. Je compte quand même sur vous pour faire preuve d’un peu plus d’honnêteté cette fois-ci. Eh oui, je suis un peu naïve moi aussi.
Je déverrouillai les portières d’un appui brusque sur la clé de contact. Il était temps de je file avant que cela finisse mal. Peu à peu, le journaliste avait essayé de m’endormir : il était honnête, il était victime, il me garantissait que tout se passerait bien. Et j’avais failli marcher, me laisser attendrir par son beau regard noisette. Il était juste allé trop loin en m’assurant que je n’avais rien dit de compromettant. Je savais pertinemment ce que j’avais affirmé et je savais pertinemment que la plupart des intégristes de ma profession n’étaient pas prêts à l’entendre. Le réveil avait été brusque, je m’étais rendue compte qu’il m’embobinait et j’avais sorti mes griffes
- Vous êtes très belle quand vous êtes en colère… fit-il comme s’il osait enfin livrer le fond de ses pensées.
- Alors je devrais vous engager comme produit de beauté, rétorquai-je en claquant la portière. Vous êtes très efficace.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Lun 14 Déc 2009 - 18:06

Ludmilla m‘attendait avec la mine de quelqu’un qui n’a pas perdu son temps. Comme j’arrivais en ayant moi-même des informations intéressantes dans ma besace, nous nous fîmes quelques politesses avant que l’une – moi en l’occurrence – commence à exposer ses découvertes de l’après-midi.
- C’est pas mal, concéda Ludmilla après m’avoir écoutée. Tu vas peut-être pouvoir retrouver ton ordinateur finalement. Il suffit de trouver où crèche ce monsieur.
- Sauf, objectai-je, que c’est justement le genre de type qui doit être sur liste rouge. Attends, tu imagines qu’on peut appeler le rédacteur en chef d’un grand quotidien chez lui dès qu’on n’est pas content. Ce serait un enfer pour lui et sa famille. Ce sera sans doute plus simple de se rendre au journal et de demander gentiment à le voir.
- Ou pas… lâcha Ludmilla avec un silence qui sentait la révélation bien retentissante à venir.
- Alors, toi, qu’est-ce que tu as appris ?
- Il s’est bien passé quelque chose au 19 de la rue Sainte-Ursule… En 1971, la personne qui tenait la boutique, c’était une mercerie à l’époque, a été attaquée pendant la nuit. Elle a été enfermée dans sa chambre pendant que le voleur prenait d’abord la caisse et ensuite la poudre d’escampette…
- Et ?…
- Et rien, rétorqua Ludmilla en riant… Tu t’attendais à quoi ? A un crime atroce ? A la mercière vidée de son sang avec la flaque qui coulait jusque dans le caniveau ?…
- A quelque chose qui corrobore la menace du message à tout le moins…
- Si tu remontes dans le temps, tu peux avoir un peu de sang. En avril 1944, une femme a été abattue dans la rue Sainte-Ursule, juste devant le magasin. Elle appartenait au mouvement de résistance des MOI.
- Les MOI ? Rafraîchis-moi la mémoire… J’ai une faiblesse sur le coup.
- L’acronyme veut dire Main d’œuvre Immigrée… C’était le nom que s’étaient donnés des groupes de résistants étrangers à l’occupation allemande… Des résistants qui n’étaient pas d’origine française mais qui avaient rejoint la France dans les années 30.
- Des Espagnols ? fis-je soudain intéressée par la possible connexion avec le passé de la famille Gonzalez.
- Il y en avait un grand nombre dans la région mais on trouvait aussi des Italiens ou des Arméniens… Il y a une conjonction d’événements importants au début d’avril 1944. Le 4 avril, une grande rafle est effectuée par la police française auprès des membres de la 35ème brigade FTP-MOI qui venait de commettre plusieurs coups d’éclat contre les Allemands. Dans la nuit du 5 au 6 avril, Toulouse connaît son premier grand bombardement allié. La femme est assassinée pendant le black-out consécutif au bombardement. On a supposé qu’elle avait donné les membres du réseau à la police et qu’elle a été abattue pour avoir trahi le groupe. Je t’ai envoyé par mail le lien vers une vidéo du site de l’INA sur le bombardement de Toulouse et aussi l’adresse de la chronologie mise en ligne par le musée départemental de la résistance et de la déportation. Cela remplira tes « vides ».
- C’est de l’histoire ancienne tout cela, fis-je observer. Trop loin pour que ça pèse encore sur les lieux… Le seul point qu’on peut éventuellement en tirer c’est que l’auteur de la menace devait avoir entendu parler de cette histoire. Quelqu’un qui vit dans le quartier depuis longtemps…
- Ou un bon historien de la ville… Ou quelqu’un qui sait se servir d’internet aussi bien que moi… Tu vois bien qu’on ne peut rien déduire de fiable à partir de ces événements.
- Tu connais le nom de cette femme qui a été descendue devant le 19 ?
- Je te vois venir… Tu te demandes si, par hasard, elle ne s’appellerait pas Gonzalez ?
- Ce serait un coïncidence extraordinaire… et je ne vois pas bien de toute façon le rapport que cela aurait avec notre histoire.
- Moi non plus… D’autant qu’elle était italienne et qu’elle s’appelait Sylvia Marini… Et qu’on ne sait rien de plus sur elle… Même pas si c’est elle qui avait trahi.
- Donc, si je synthétise tes informations, soi-disant exceptionnelles, il n’y a rien qui dans l’histoire du quartier fasse du 19 un endroit remarquable.
- Rien… Mais moi aussi j’ai fouillé du côté des Gonzalez, et notamment du côté de Manuela Gonzalez… Tu sais ce qu’elle fait dans la vie ?…
- Non. On n’a pas discuté de ça, ce n’était pas vraiment le moment… Et Jenna ne m’avait jamais parlé de sa sœur.
- Elle est top model !
- Qu’est-ce que tu racontes ? Elle a un certain charme mais…
- Oh mais tu pourras vérifier. Tapes Manuela Gonzalez sur Google et tu verras sur quoi tu tombes. Bon, le problème c’est qu’elle est colombienne et pas aussi brune que celle que tu as rencontrée hier matin. Donc, tu te dis que c’est une homonymie aussi regrettable qu’embêtante… Alors, tu fouilles plus en détail et tu rencontres une Manuela Gonzalez en région parisienne, c’est une biologiste de renom apparemment. Tu en trouves une autre du côté de Lyon… et après tout le reste, sur des pages et des pages, ce sont des Manuela Gonzalez qui vivent en Espagne, en Suisse, en Amérique latine. Même en ayant spécifié que tu ne veux que des sites français. Ta Manuela, on ne peut pas dire qu’elle laisse beaucoup de traces sur sa vie. Par exemple, sur des sites comme copainsd’avant ou trombi.com, des tas de Gonzalez dans la région toulousaine… Mais pas de Manuela… Et pas de Jenna non plus d’ailleurs. Je dois reconnaître que tu avais raison sur un point, cette famille a le sens du secret. Pour un peu, s’il n’y avait la réussite du pater familias, on pourrait imaginer que ce sont des sans-papiers qui se planquent des services de l’immigration.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 15 Déc 2009 - 1:09

La fin de journée se passa en discussion à bâtons rompus sur un peu tout et n’importe quoi.
Je n’avais toujours aucune réponse de la part de Manuela à propos de l’ordinateur de la maison d’édition. Cela ne nous empêcha pas d’établir, non sans quelques accrochages sérieux parfois, une liste de douze sujets d’ouvrages dont nous envisagions de lancer l’écriture.
Ces douze ouvrages se répartissaient en trois catégories qu’il nous fallut bien, faute de synonymes appropriés, baptiser du mot de « collection ». La première, orientée vers un public large, présenterait des biographies de personnages célèbres. La plupart des éditeurs intitulaient ces collections-là « biographie » ce qui nous parût terriblement banal ; nous finîmes par retenir l’expression « Acteurs de l’Histoire » tout en étant conscient des problèmes de classement qui pourraient s’en suivre à l’usage. Mon professeur d’Histoire contemporaine, Jean-François Soulet, nous avait raconté un jour comment, ayant intitulé un ouvrage sur la fin du communisme « La mort de Lénine » il l’avait trouvé classé dans une grande librairie parisienne parmi les biographies. Les « Acteurs de l’Histoire » pouvaient donc fort bien être relégués dans le rayon cinéma. George Washington, Michel Le Tellier – je m’en réservais l’étude -, le dictateur portugais Salazar et l’empereur autrichien François II n’y avaient pourtant pas leur place.
La deuxième collection visait à proposer des ouvrages que les grandes maisons d’édition, par frilosité, refusaient de mettre à leur catalogue. C’était là des synthèses qui pouvaient porter sur des questions générales mais concernant des espaces géographiques peu connus, comme des études érudites du type thèse. Ludmilla avait proposé comme nom général « Questions rares ». J’avais tiqué un moment puis finalement estimé que cela traduisait assez bien notre approche. Les quatre premiers volumes de la collection seraient demandés à quatre des « conjurés de Blois ». La Scandinavie à l’époque moderne, la domesticité au XVIIIème siècle, les campagnes du monde germanique entre Charles Quint et Marie-Thérèse, l’armée britannique au temps de la guerre civile étaient les questions que nous avions élues pour inaugurer la deuxième collection.
Enfin, la dernière collection serait consacrée – c’était une idée de Ludmilla – à l’étude d’objets historiques sur des dizaines d’années voire des siècles. Je comptais proposer à Robert Loupiac de s’intéresser à une famille de capitouls toulousains tandis que Ludmilla prendrait à son compte les Rinchard qu’elle commençait à bien connaître. Pour faire bon poids dans cette collection « Temps long », nous souhaitions une étude de deux châteaux, un de France et un d’un autre pays de l’Europe. Ces châteaux ne seraient pas les Versailles, les Chambord, les Schönbrunn des guides pour touristes. Notre objectif était de raconter l’histoire d’une construction anonyme, de celles qui font partie de notre quotidien et qu’on ne remarque pratiquement jamais, de ces monuments qu’on croit immuables et qui pourtant n’ont jamais présenté le même visage aux hommes.
Cela c’était la partie rêve éveillé de notre dialogue. Lorsque nous retombions dans le monde réel, l’affaire du « suicide » nous taraudait à nouveau. Faute de réponse de Manuela Gonzalez d’ici le lendemain matin, nous passerions à l’offensive à notre manière. La solution logique aurait été évidemment d’aller trouver la police et de présenter notre problème, voire avec un peu de témérité d’évoquer nos doutes sur la disparition de Jenna. J’avais tranché – face à une Ludmilla plus volontariste - que je ne retournerais au commissariat qu’avec des preuves tangibles – et d’un ! – et uniquement si j’étais certaine d’avoir à faire à un autre clampin que le dénommé Lhuillier – et de deux ! -. En vertu de ces desideratas fermes et définitifs, il nous faudrait trouver le domicile de la famille Gonzalez par nous-mêmes.
- C’est pas très compliqué. Demain, tu me passes ta voiture, je vais me poster sur le parking du journal, je planque toute la journée s’il le faut et quand le señor Gonzalez s’en va, je le suis.
J’aimais bien ce côté direct de Ludmilla. Lorsque nous nous étions rencontrées pour la première fois, elle avait un plan tout aussi simple pour faire de moi l’héritière des Rinchard. Manque de bol, j’avais introduit beaucoup de complexité en plus, ce qui avait manqué de tout faire capoter. Evidemment, cette idée simple pouvait réussir mais…
- Et tu connais Toulouse et ses environs bien sûr ? fis-je remarquer avec un peu de perfidie.
- Ben quoi ?… Tu n’as pas de GPS dans ta voiture ?
- Plutôt crever ! répondis-je. Je conduis peu mais quand j’ai un volant entre les mains j’aime bien être la personne qui décide à bord.
- Eh bien, soupira mon amie, j’utiliserai le plan que j’ai acheté ce matin. C’est ça que je te reproche finalement. Tu fais illusion parce que tu travailles sur ton ordinateur portable toute la journée mais en fait, tu es une épouvantable attardée qui refuse le progrès.
Que pouvais-je répondre ? Rien sinon donner les clés et les papiers de mon véhicule à Ludmilla.
Après le repas – forcément frugal – du soir, je me repliai vers mon Louis XIII qui m’avait attendu toute la journée tandis que Ludmilla éclusait son « décalage horaire » devant le film dominical. Si ce que je vivais était une aventure du type de celles que j’avais connues dans les mois précédents, le rythme de celle-ci était d’une lenteur déroutante. Au lieu de crouler sous les indices et les suppositions, nous n’avions rien ou presque pour faire meuler nos cerveaux.
Quelque part, j’étais pourtant convaincue que beaucoup de petits cailloux étaient semés et que nous n’allions pas tarder à remonter des pistes intéressantes. Je résolus donc de sonner le couvre-feu dès 23 heures. Rien ne disait que la nouvelle semaine ne serait pas agitée.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 15 Déc 2009 - 13:07

LUNDI 7


- Comment on fait pour avoir un petit déj’ dans cet hôtel ? demanda Ludmilla en s’étirant.
- On commence déjà par quitter l’hôtel… Ici, tu ne trouveras ni thé, ni café, ni chocolat en poudre… Donc c’est mort. Soit tu vas dans le premier bar venu, soit si tu as une grosse envie de pancakes tu pousses jusqu’à la place du Capitole et tu te fais un Mac Morning sucré.
- Ouais, eh ben, je vais me plaindre au guide du routard… Ici, le cadre est sympa mais l’hôtesse est souvent chiante et les prestations minimales ne sont pas assurées… Ben quoi, ajouta mon amie en se redressant en sursaut dans le lit, tu es déjà habillée ?
- Je ne suis pas du genre marmotte, moi, dis-je. Le décorateur arrive à 8h30 et j’ai quelques bricoles à faire. Je t’ai imprimé un plan pour aller au siège de La Garonne Libre et aussi une photo du señor Gonzalez comme tu dis… Ce serait ballot que tu suives le balayeur en chef quand même. Je t’ai laissé aussi un double de la clé et le boitier d’ouverture du portail du parking. Fais gaffe à mes ailes, ça passe tout juste…
- Tu ne veux pas que j’en profite aussi pour faire la lessive ? demanda Ludmilla avec un air grognon.
- Non, ça je m’en charge… En revanche, tu trouveras aussi sur la table du salon une clé USB… SI tu penses à prendre ton ordinateur, tu pourras déguster en exclusivité trois nouveaux chapitres de mon Louis XIII…
- Tu es une mère pour moi, se moqua Ludmi
- Une sœur, cela me suffirait bien… Allez, je file… On se tient au courant…
- Oui, répliqua Ludmilla… Si tu penses à laisser ton téléphone allumé.
Il était vrai que j’avais une fichue tendance à couper mon téléphone portable, ou du moins à oublier de le rallumer, tant j’aimais m’isoler du monde. Ce matin pourtant, il était difficile d’imaginer que je « m’ermitise ». Entre les coups de téléphone éventuels du décorateur – en retard -, d’Adeline Clément ayant choisi de s’excuser de ne pas donner suite à ma proposition ou de Ludmilla perdue dans le dédale des anneaux de circulation du Mirail, il y avait de grandes probabilités pour que l’appareil chauffe en cours de matinée.
Après le dimanche ensoleillé que nous avions connu la veille, un ciel gris et bas était retombé sur la ville. Il ne pleuvait pas mais les bougons perpétuels du centre annonçaient l’imminence de la pluie se fiant aussi bien à leurs rhumatismes qu’aux prévisions de la télé, ce qui dans les deux cas était bien hasardeux. En fait, je m’en fichais un peu. J’allais passer l’essentiel de ma journée à l’intérieur de la boutique à discuter couleurs, formes et matériaux. Et après, il pouvait bien pleuvoir comme vache qui pisse au retour, je n’habitais qu’à quelques centaines de mètres et n’empruntais que des rues étroites dans lesquelles les maisons anciennes offraient des abris suffisants.
La première chose que je vis en quittant la rue Gambetta pour la rue Sainte-Ursule fut une silhouette fine, toute en jambes qui attendait en faisant les cent pas devant la boutique. Au moins, la journée commençait bien ; Adeline Clément avait mordu à l’hameçon.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 15 Déc 2009 - 13:22

- Bonjour madame, fit-elle en me tendant la main…
- On ne va pas commencer par de grands cérémoniaux. Moi c’est Fiona… Et on se dit tu.
- Ca me gêne… J’ai du mal à tutoyer les gens que je connais mal.
- Eh bien, on dira que tu es en période d’apprentissage et que si il y a quelques « vous » qui traînent je ferai comme si je ne les avais pas entendus. Alors, on entre d’abord et on fixe les modalités exactes de notre collaboration ensuite.
Je fis tourner la clé, la porte s’ouvrit et l’ambiance glaciale de la boutique nous foudroya.
- Oui, il ne fait pas très chaud, concédai-je gênée. Je vais engueuler l’électricien de bon matin, ça lancera ma journée.
En fait c’était moi que j’avais envie de traiter de tous les noms – et, en vrai, je ne me ménageais pas intérieurement – car en acceptant que les interrupteurs soient branchés plus tard, j’avais inconsciemment validé l’idée que les radiateurs électriques le seraient aussi. Il me fallut parler un peu sec pour que l’artisan consente à venir nous poser les convecteurs chauffants d’ici la fin de la journée. Par chance, il n’était pas à l’autre bout du département. Auquel cas il aurait réussi à e repousser cela jusqu’à la fin de la semaine.
- Qu’est-ce qui t’a décidé à accepter ma proposition ? demandai-je à Adeline lorsque la perspective d’avoir bientôt le chauffage nous eût requinqué le moral.
- Je crois que je ne peux plus voir un steak sans avoir des boutons… Les gens sont souvent d’une politesse assez limite… Il y en a toujours qui passent leur repas à nous mâter les jambes… Et puis c’est crevant, on est tout le temps sur la brèche, on croit finir à 14h et à 15h on est toujours là. Résultat, quand je veux bosser sur un livre, mes yeux se ferment tout seuls… Et puis aussi, si j’ai bien compris, ce que vous m’avez proposée c’est un vrai job, pas un simple boulot d’étudiant.
- Ce sera un vrai job si tu vas jusqu’à ta licence d’Histoire, dis-je. J’ai besoin de quelqu’un qui en sache assez sur l’Histoire pour me remplacer si je ne suis pas disponible.
- Mais je ne comprends pas pourquoi vous m’avez choisie, moi. Vous ne saviez même pas mon nom.
- J’avais besoin de quelqu’un mais je ne cherchais pas vraiment quelqu’un. C’est un peu spécial comme situation. J’ai vu dans cette rencontre un coup de pouce du destin… Et puis accessoirement, je me souvenais d’avoir vu ton nom qui sur la liste des résultats de première année correspondait à une collection de mentions bien et très bien. Ca fait partie de toutes ces petites choses que j’emmagasine sans m’en rendre compte. Je ne savais pas qui tu étais, à quoi tu ressemblais mais je savais que tu avais certaines qualités.
- Donc je ne suis pas un choix dû au seul hasard ?
- Au feeling, dirais-je. Cela te convient comme situation ?
- Cela me rassure. Vous êtes carrée même en dehors de vos cours.
- Dans un premier temps, je te propose la signature d’un CDD de 18 mois. Cela correspond au temps qui te sépare de la fin de ta troisième année de licence. Si tu poursuis tes études avec le même succès… et si la boite ne s’est pas cassée la figure dans ce laps de temps, tu auras le choix entre signer un CDI ou t’impliquer totalement dans un master. C’est quoi ton ambition après tes études ?
- Enseigner !… Oui, je sais… Tout le monde me dit que c’est mal payé, qu’on n’est pas bien considéré et qu’on bosse plus que ne le croient les gens, mais j’ai envie de faire ça depuis que je suis toute petite. Papa est prof de maths et maman prof de lettres… C’est dans mon sang comme une tare héréditaire. Peut-être aussi que je ne m’imagine pas vivre sans avoir des vacances toutes les sept semaines.
- Si c’est dans ton sang alors… Je ne pourrais pas lutter. Ton boulot sera multiple. D’abord gérer le quotidien de la maison d’édition : régler les factures, contacter les imprimeurs, vérifier les contrats, gérer les ventes.
- Pas beaucoup d’Histoire là-dedans, fit remarquer Adeline Clément.
- Exact ! C’est pour cela que dans un premier temps j’avais engagé quelqu’un qui était plutôt dans cette partie.
- Vous l’avez virée ? demanda l’étudiante.
- Non, elle nous a quitté, répondis-je sobrement en jouant involontairement sur le double-sens de l’expression.
En disant cela, j’eus une soudaine bouffée d’angoisse. Engager Adeline n’était-ce pas la mettre en danger ? Si la disparition de Jenna avait été liée à une sombre histoire de locaux convoités par d’autres et prêts à tout pour les obtenir, Adeline était potentiellement menacée à son tour. Fallait-il la mettre au courant ?
C’est dans ces moments-là que je me rendais compte à quel point il m’avait fallu grandir et changer. Pendant des années, je n’avais pris des décisions que pour moi, qui n’engageaient que moi. Désormais, plusieurs personnes – mes étudiants, Ludmilla, Adeline à l’avenir – seraient totalement dépendantes de mon efficacité ou de mon inefficacité. Quand on a l’habitude d’être hypercritique avec soi-même, cela renforce la pression qu’on se met sur les épaules. Cela file la migraine plus souvent qu’on ne le voudrait.
- Je t’expliquerai ça, c’est promis… Mais pas maintenant, cela reste trop frais et trop délicat à raconter… Pour le reste, tu partages avec moi le relationnel avec les auteurs, tu organises la promotion après la sortie des ouvrages et si tu as un niveau en anglais convenable, on peut même imaginer que tu serves de traductrice.
- Vous êtes sûre qu’il va me rester du temps pour mes études ?
- J’oubliais de préciser que tu vendais également à la boutique et que tu supervisais les ventes sur le site web… Après, tu choisiras tes horaires en fonction de tes cours et moi je complèterai ici durant tes absences. De toute façon, pendant plusieurs mois, ne t’en fais pas, ce sera très calme. Donc, si tu profites de ton temps à la boutique pour bosser sur tes bouquins – ou les miens que je te prêterai volontiers – la patronne ne t’en tiendra pas rigueur.
- Je crois que je démissionne, lâcha Adeline en riant.
- Et encore, tu ne sais pas que si le décorateur n’est pas arrivé dans dix minutes, c’est toi qui le remplaces.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mar 15 Déc 2009 - 15:56

Le décorateur, arrivé avec vingt bonnes minutes de retard, avait des idées très audacieuses pour l’aménagement de la boutique et du petit espace situé à l’arrière. Il fallut que je lui en fasse rabattre. Que des miroirs stratégiquement disposés donnent l’impression d’un local plus vaste, ok… mais de là à créer une sorte d’annexe de la galerie des glaces, il y avait une limite que mes goûts propres et mon budget ne m’inclinaient pas à franchir. Question coloris, il était difficile d’éviter une ambiance tournant autour de la violette. Le choix de la marier avec le blanc qui m’était proposée ne m’enchantait guère ; je craignais que la librairie soit prise du dehors pour une annexe du Toulouse Football Club dont le blanc et le violet était justement les couleurs. Je défendais une couleur complémentaire tirant plutôt sur le gris argent.
- Si je peux me permettre d’intervenir, fit Adeline qui bougeait sans cesse et sautillait quasiment sur place, cela ne réchauffera pas vraiment l’endroit. Le violet est la teinte la plus froide et le gris argent n’est pas spécialement porteur d’une sensation de chaleur.
- Mademoiselle a raison, fit le décorateur. C’est ultra-tendance le violet et l’argent mais plus pour des boites de nuit, vous voyez. Des endroits où on bouge beaucoup.
Deux contre un. Même en étant la patronne, j’avais trop le sens de la démocratie pour m’entêter. Il me semblait pourtant avoir lu quelque part, sans doute dans un des innombrables mails de Ludmilla qui avait creusé la question, que c’était exactement ce qu’il fallait pour des ambiances feutrées.
- Nous pourrions forcer sur le violet, l’assombrir et le coupler avec du blanc et de l’orange. C’est quelque chose qui donne un côté futuriste, très fun…
- C’est une librairie consacrée à l’Histoire, monsieur Fanchon… Alors le futurisme…
- Vous avez raison, concéda-t-il sans faire montre d’un quelconque acharnement à soutenir sa proposition précédente.
Le décorateur se remit à farfouiller nerveusement dans ses palettes pour en extraire trois nouvelles teintes qu’il déposa devant nous l’air triomphant.
- Ambiance seventies… Violet prune, jaune et vert.
Adeline fit la moue. Pas plus convaincue qu’elle, je m’engouffrai dans la brèche.
- Violet et gris argent, tranchai-je… Tant pis pour l’aspect froid. Je suis qûre que nous nous y ferons très bien. Voilà exactement l’ambiance que je veux : sérieux, calme, sérénité.
- Ah mais tout à fait, intervint le décorateur qui, comme ses confrères, volait au secours de la victoire dès qu’on osait prendre le contre-pied de ses propositions. Le violet est aujourd’hui beaucoup utilisé pour les bureaux d’étude, les lieux où on a besoin de réfléchir… Mais il faut alors un violet un peu sombre, comme celui-ci qui tire sur l’aubergine…
- Eh bien tirons sur l’aubergine alors, je…
Ma phrase resta suspendue entre mes lèvres. Mon téléphone sonnait. Une sonnerie qui n’était pas une des sonneries préréglées en fonction du correspondant.
- Excusez-moi… Adeline, continuez à regarder ce que monsieur Fanchon propose comme mobilier. Je reviens.
Je m’isolai dans l’arrière-boutique pour répondre. Un appel de ce genre, ce n’était pas forcément bon signe.
- Fiona Toussaint, bonjour.
- Madame Toussaint, ici c’est le secrétariat de monsieur Kowieczki, le maçon-plaquiste. Je vous appelle à propos de votre chèque de la semaine dernière.
- Oui… J’ai oublié de le dater ?… Ca m’arrive souvent.
Autant dire que j’étais dans tous mes états d’avoir fait une boulette comme ça. Toute erreur était à mes yeux soit une preuve de manque de sérieux et d’attention, soit un indice de perte des facultés essentielles. Entre les deux, j’avais du mal à choisir quel problème était le pire. En l’occurrence, cela allait au-delà de ça.
- Non, madame… Le problème ne provient pas de là. Votre banque a rejeté le chèque pour défaut de provision.
- Pardon ?!… Ce doit être une erreur. J’ai ouvert ce compte spécialement pour ces travaux et il a été crédité directement des sommes qui avaient été définies avec les artisans et… Et merde !
Cela me traversa soudain la tête. Je me revis quelques jours plus tôt au même endroit. Quelle avait été ma première réaction en constatant la disparition du portable de Jenna ? A quoi avais-je pensé en premier ?
Au fait qu’elle avait les codes pour gérer comme elle le voulait l’enveloppe travaux.
Et c’était arrivé ! Je ne savais pas comment, je ne savais pas quelle pouvait être la part de Jenna là-dedans mais le compte avait été siphonné. Il ne restait rien à l’intérieur.
- Madame, excusez-moi pour la grossièreté que vous avez entendu et qui ne s’adressait bien sûr pas à vous. Je vais faire l’essentiel pour que le compte soit réapprovisionné dans les plus brefs délais. Vous pourrez représenter le chèque à la fin de cette semaine et son montant sera honoré…
- Il faut qu’on soit payé tout de suite ! beugla la femme.
- Je n’en doute pas, madame… Mais là ce n’est techniquement pas possible… En revanche, je vous propose d’oublier le contentieux que j’ai pu avoir avec vos artisans qui voulaient me facturer de la laine de verre qu’ils n’installaient pas. On fait comme ça ?
Encore une chose que je n’aurais pas réussi à faire quelques années plus tôt. Surtou avec cette voix mielleuse qui dégoulinait d’une fausse suavité. La secrétaire, sans doute la femme du patron de l’entreprise en eut le bec cloué, marmonna un vague « j’attends la fin de la semaine » et raccrocha.
Voilà ! On y était ! En plein !
Mais quand j’avais dit que la semaine qui s’ouvrait aller apporter du nouveau, j’avais complètement omis d’imaginer ce genre de mauvaise surprise.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mer 16 Déc 2009 - 17:35

Au risque de choquer les bonnes consciences et les défenseurs des humbles, ce n’était pas tant la perte financière qui me mettait hors de moi que le sentiment de m’être faite avoir jusqu’au trognon par quelqu’un de si proche. Etrangement, par la grâce inquiétante de ce coup de téléphone, l’idée d’un suicide de Jenna redevenait une hypothèse envisageable. Ayant commis, seule ou sous une pression extérieure, l’indélicatesse de vider mes comptes, Jenna n’avait pas supporté son acte et, rongée par le remords, elle s’était jetée dans la Garonne en pleine nuit… A moins que son (sa ?) complice ne l’y ait aidée. C’était odieusement simpliste comme raisonnement car les remords auraient été bien prompts à venir après le forfait… Surtout à un moment où, peut-être, la situation pouvait encore être inversée. En approfondissant la réflexion, c’était plus que simpliste même : complètement stupide. Les sommes en jeu dans la maison d’édition n’allaient cesser de croître avec le temps ; agir au tout début de l’aventure c’était se contenter de la portion congrue, d’une base de trésorerie indigne d’un escroc ambitieux. Si tout fonctionnait bien, dans un an, il y aurait eu sur le compte spécifique à Parfum Violette deux ou trois fois la valeur dérobée. Preuve peut-être que les auteurs de la malversation n’étaient pas très malins… Ou bien qu’ils étaient très pressés.
Dans tous les cas, il devenait important aussi dans mon enquête de s’intéresser à Jenna que, depuis le début, nous avions considérée comme intouchable. La victime ne pouvait être soupçonnée puisque la mort l’avait emportée.
- J’ai un petit contretemps, dis-je en revenant dans la boutique. Adeline, je te confie la maison. Si tout se passe correctement, je serai de retour en fin de matinée et tu pourras aller te restaurer. Cette après-midi, nous organiserons ton emploi du temps… Monsieur Fanchon, vous avez toujours le mail que je vous avais envoyé concernant nos besoins d’aménagement ?
- Tout à fait, mademoiselle Toussaint. Il est dans mon dossier. Bureau, espaces de rangement, dessertes informatiques…
- Parfait ! Lorsque je repasse en fin de matinée, j’aimerais avoir deux ou trois propositions concrètes et finalisées sur tous les plans…
- Elles sont là, répondit le décorateur en tapotant sur son dossier cartonné. Adaptable selon vos désirs.
- Excellent ! Présentez tout ceci en détail à ma collaboratrice, chiffrez précisément les différentes propositions et je vous dirai ce soir la solution que j’ai retenue.
- Vous me laissez choisir le mobilier ? s’étonna Adeline.
- Il faut bien commencer à se faire confiance, répondis-je. De toute façon, tu es bien destinée à y passer une grande partie de ton temps. Alors autant que tu trouves la chose pratique et à ton goût. Quand pouvez-vous lancer les travaux, monsieur Fanchon ?
- Il faut le temps que les composants du mobilier soient livrés… Disons, quinze jours…
- C’est trop long ! On ne peut pas commencer sérieusement à bosser dans des locaux qui ne sont pas terminés. Faites au moins les murs et les sols le plus vite possible… Demain, vous pourriez ?
- Demain ? balbutia le décorateur avec dans le regard un mélange de surprise et de panique… Demain, non… C’est trop court.
- Après-demain alors ?…
- Il faut que je voie avec mon équipe… Il y a quelque chose de prévu, je crois… Mais avec un petit supplément…
- Vous aurez un petit supplément… 10 % en plus, ça va…
- Ca ira, concéda le décorateur.
- Alors, nous vous attendrons mercredi pour peindre, poser le parquet et les miroirs.
- Il faudrait une avance pour que…
- Une avance ?… Disons que quand vous aurez fait la moitié du travail mercredi, là vous aurez une avance. Suffisante mais qui devrait vous rappeler aussi que la totalité ne viendra qu’à la fin et après parfaite réception des travaux.
Le décorateur s’inclina. Je me surprenais dans ce rôle de femme d’affaires. Il y a trois semaines j’aurais dit oui à tout. Aux quinze jours de délai, au chèque avant même le début des travaux et je me serais faite rouler dans la farine à tous les coups. Jenna m’avait parfaitement appris à résister, à lutter pied à pied, à surtout ne jamais perdre de vue que dans la discussion ce n’était pas moi qui étais en position de faiblesse mais l’autre, celui qui avait besoin du chantier pour vivre. Voilà pourquoi imaginer que cette même personne ait pu me soulager de quelques dizaines de milliers d’euros me mettait très mal à l’aise.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Mer 16 Déc 2009 - 19:06

Sur le chemin de l’appartement, je lançai un appel à destination de Ludmilla. Le fait de n’avoir reçu aucun appel au secours de sa part m’avait au moins rassuré sur sa capacité à naviguer entre les pylônes du parking et à suivre mon plan de déplacement.
- C’est très intéressant ce que tu me racontes, fit-elle en refusant, elle aussi, de céder au catastrophisme. On se serait faites entuber comme des bleues ? C’est le métier qui rentre comme on dit… Il faut que tu contactes Gabrielle, elle te dira ce qu’il faut faire. Moi, tu sais, le fric…
Gabrielle Le Poezat, ancienne camarade de lycée de Ludmilla et collaboratrice du notaire de Tours qui avait géré l’héritage Rinchard, avait la charge de s’occuper de ma fortune. Elle s’y prenait tellement bien que, même au milieu de la crise, mes avoirs progressaient tous les mois. Beaucoup auraient voulu avoir leur gestionnaire sous la main, ce n’était pas mon cas. L’éloignement était pour moi une garantie contre cette tentation de puiser sans cesse dans ce qui apparaissait comme un puits sans fond. La personnalité de Gabrielle était aussi de nature à me donner entière confiance : une femme qui aimait sincèrement et profondément un type de plus de vingt ans son aîné ne pouvait pas être intéressée par ces choses matérielles qui font perdre la tête aux gens normaux. Elle me conseillerait sur la meilleure manière de réagir face au détournement de fonds tout comme sur le moyen le plus rapide de faire face à mes dettes inattendues.
- Et le señor ? Quelles nouvelles ? demandai-je.
- Il doit être payé à ne rien foutre. Je ne l’ai pas vu débarquer et l’espace réservé à la voiture du rédacteur en chef sur le parking du personnel est toujours vide.
- Il peut tout aussi bien avoir obtenu des jours de congé le temps de se remettre du deuil.
- Tu le ferais, toi ? répliqua Ludmilla.
Bien sûr que non. Mon naturel tourmenté ne se mariait pas avec l’inaction. Pour soulager ma tête, il fallait que je fasse des choses et surtout que je ne perde pas mon rythme habituel. Paul Gonzalez appartenait selon toute vraisemblance à la même race que moi. On ne devenait pas rédacteur en chef d’un grand quotidien local sans avoir la passion et la niaque… Il fallait peut-être même avoir flirté avec la ligne blanche de la morale, avoir poussé dans le fossé des concurrents et écarté des rivaux bien mieux armés… De là à imaginer que ce soit congénital et héréditaire, il y avait évidemment une limite que mon honnêteté scientifique m’interdisait de franchir. Mais d’un autre côté, que répétait toujours la mère de Jenna et Manuela ? « Les chiens ne font pas des chats ».
- Ils doivent commencer à préparer l’édition du lendemain pendant l’après-midi, pronostiquai-je pour encourager Ludmilla.
- Oh mais, je ne dis pas que je m’ennuie. Je m’instruis en découvrant une interprétation originale de l’appel au pouvoir de l’évêque de Luçon par Louis XIII en 1624. Comment cela t’est-il venu en tête ?
- Comme pour tout bon historien, en regardant vivre les hommes et en écoutant battre le cœur du monde !… Donc, ça te plait ?
- Ca endort moins que les bouquins de ton cher Maximilien et on se sent moins bête après avoir lu qu’avant… Maintenant, j’attends la suite avec impatience. Il ne faudrait pas que ça s’arrête quand c’est bon.
- Ah, tu ne vas pas faire comme Robert ?! Lui il veut que tout soit terminé avant de lire ! Comment je fais pour calibrer ma prose si tout le monde fait comme vous ?… Et puis, tu vois bien que j’ai quelques soucis qui vont me faire prendre du retard. Allez, reprends ton rôle de détective et laisse-moi jongler avec mes millions.
En pénétrant dans le hall de l’ancien immeuble rénové, qui abritait mes nuits et souvent une grande partie de mes jours, je vis dépasser de ma boite aux lettres une sorte de tube aplati en papier. J’y reconnus sans trop de mal l’exemplaire déposé par porteur selon la volonté d’Hugo Marmont. Encore un fait que j’avais zappé durant la matinée. S’il le faut, il était déjà là lorsque j’étais partie pour la boutique et je ne l’avais pas remarqué. Tant mieux ! J’avais gagné sans cette lecture, j’en étais sûre, une ou deux heures de sérénité en début de matinée.
Sans attendre, je déchirai la bande de papier qui portait mon adresse et dépliai le quotidien. Le plus gros titre était, sans surprise, pour l’ouverture du sommet de Copenhague et la bande du dessus déplorait la défaite du TFC contre l’équipe de Grenoble pourtant dernière du classement de Ligue 1. J’avais droit à une petite photo an bas à gauche de la première page avec un titre direct comme un mensonge : Réforme du lycée : « Oui à moins d’heures » en Histoire.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Jeu 17 Déc 2009 - 16:10

La lecture de l’article signé par Hugo Marmont en page 5 du journal me laissa un goût amer dans le bouche.
Je l’avais bien cherché !
Parce que, tout en étant consciente que je prenais le risque de voir mes propos déformés si on les sortait de leur contexte et de leur logique globale, j’avais pensé que mon opinion méritait d’être entendue pour alimenter la réflexion générale. Tout en sachant comme les choses se passeraient, j’avais pris le risque de faire confiance à la presse. Et encore une fois, je me sentais flouée par la forme très particulière de rigueur de certains membres de cette profession.
« Alors qu’un collectif d’universitaires, historiens pour la plupart, a fait paraître hier un manifeste dans le Journal du Dimanche pour défendre l’enseignement obligatoire de l’Histoire et de la Géographie dans les classes de Terminales scientifiques, Fiona Toussaint, maître de conférences à l’université du Mirail fait entendre une singulière différence. Pour elle, le véritable problème n’est pas la suppression des heures en Terminales S mais l’utilité générale de l’enseignement de cette matière : « En terme de quantité », ce que l’élève retient « paraît maigre et cette quantité maigre, elle n’est le plus souvent qu’une suite désincarnée de faits et d’idées qui ne parviennent même pas à se relier entre eux, à s’assembler entre elles. ». L’universitaire pose donc la question de l’intérêt de continuer à enseigner l’Histoire et la Géographie dans leur forme actuelle et voit dans une rénovation complète la meilleure chance pour ces matières de demeurer parmi les disciplines enseignées (« En un mot, oui à moins d’heures si cela doit apporter de l’efficacité… » ). S’étant déjà signalée dans l’actualité récente, notamment en octobre dernier, par des prises de position décalées, Fiona Toussaint enfonce ici le clou de sa différence et peut donc apparaître comme une voix divergente et différente, légitimant l’action du ministère de l’Education nationale. »
C’était fait avec une telle habileté que j’étais ligotée par ma propre conscience. Toutes les citations étaient exactes, le sens général n’était même pas détourné mais toute la partie préliminaire montrant mon inquiétude par rapport à la réforme, tout ce qui disait l’importance des deux disciplines à mes yeux dans la formation de l’individu et du citoyen avait été laissé de côté. On était dans le mensonge par omission. Même si un rectificatif était publié le lendemain, le mal était fait. Comme pour les reportages sortis au moment des Rendez-Vous de l’Histoire à Blois, la première information aurait plus de force que le démenti.
La suite de tout ça, je n’avais aucun mal à l’imaginer. Les coups de téléphone, y compris de personnes ne me connaissant pas, les injures, les traîtrises vengeresses, la mise au ban de la communauté scientifique. Cela pouvait aller très vite et la Roche Tarpéienne était si proche du Capitole. A Blois, j’avais été l’héroïne de la profession en égratignant ouvertement Maximilien Lagault. Attitude qui serait oubliée lorsqu’il s’agirait de me lyncher pour mes propos supposés du moment.
Toute vérité n’est pas bonne à dire, dit-on. Sans doute… Mais pire encore, toute idée n’est pas bonne à proposer surtout si ce n’est pas à une oreille honnête. Comment me fallait-il réagir à cette nouvelle entourloupe médiatique ?
J’avais l’enregistrement de l’interview. Comment l’utiliser ? Comment désamorcer la crise avant qu’elle ne s’abatte sur moi ? J’imaginais sans peine la grosse vague des reproches, des jugements définitifs, des lazzis en train de gonfler. Fallait-il me retirer à l’abri ? Construire une digue d’urgence ?… Ou bien générer une vague encore plus grosse qui irait contenir la précédente et reviendrait écraser sa source ?
Je décrochai mon téléphone pour appeler le siège de La Garonne Libre. Sans colère mais avec la ferme intention d’éviter le carnage. Le rôle de bouc émissaire, ce pharmakon de la cité grecque, avec sa peau de caprin sur le dos et chargé de récupérer tout ce qui était mauvais, ce rôle je refusais absolument de le jouer.
Il fallut quelques minutes pour que la standardiste comprenne ce que je lui demandais. Parler au rédacteur en chef.
- Mais, madame, on ne peut pas parler comme cela à monsieur Gonzalez.
- Mademoiselle, comprenez bien que je n’ai rien contre vous et que je comprends que vous faites votre travail en conscience, mais je vais être claire et directe. Ou je parle à monsieur Gonzalez immédiatement pour qu’il clarifie ce qu’il a publié me concernant dans son journal ce matin, ou monsieur Gonzalez va s’en prendre plein la figure à son tour.
La menace était à la fois vague et vide. J’escomptais de la part de la standardiste un sentiment de panique l’amenant à se décharger au plus vite de la situation inusitée à laquelle elle était confrontée.
- Je vous passe la secrétaire de monsieur Gonzalez.
Un premier verrou avait sauté. Le suivant promettait d’être plus coriace. Je jetai un coup d’œil à ma montre. La fin de matinée approchait à grand pas et j’avais promis de retourner à la boutique pour libérer Adeline. Non seulement, je devais franchir l’obstacle de la secrétaire ou, en cas d’absence du rédacteur en chef, lui transmettre mon courroux et mes menaces, mais en plus il fallait y parvenir rapidement.
C’était loin d’être gagné.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 0:08

- Monsieur Gonzalez n’est pas encore arrivé… mais de toutes les manières, il ne répond pas au téléphone dans des cas comme le vôtre. Si vous souhaitez le rencontrer, je peux vous donner un rendez-vous.
- Madame, je n’ai pas la grippe, je n’ai pas de problèmes nerveux, je n’ai pas de rage de dents. Ce n’est pas un médecin que je souhaite voir mais le responsable de l’article paru dans vos colonnes et me concernant. Ce n’est pas docteur Gonzalez avec qui je veux m’expliquer mais avec l’irresponsable qui se permet de jouer avec la réputation des gens. Donc, si ce monsieur n’assume pas ses responsabilités, je trouverai le moyen de les lui rappeler en face à face… D’une manière ou d’une autre.
- Ce sont des menaces que vous faites là, madame, rétorqua la secrétaire en élevant la voix. Ce n’est pas tolérable.
- On peut le voir ainsi, concédai-je en essayant de garder pour ma part un ton uni et placide. Je préfère signaler à monsieur Gonzalez – mais peut-être dois-je monter jusqu’à la présidente ? - que je compte agir contre votre journal. Pas de la manière classique, celle qui passe par la voie judiciaire et qui se termine toujours à votre avantage au nom de la liberté de la presse. Je peux prouver que monsieur Hugo Marmont, qui écrit dans les colonnes de votre journal, a sciemment déformé mes propos. Alors soit monsieur Gonzalez me donne rapidement une entrevue pour m’expliquer comment il entend restaurer mon honneur, soit…
Je laissai ma voix se perdre dans un silence que j’imaginais pesant. Pour tout dire, je n’avais aucune espèce d’idée de la manière dont je pouvais bien coincer Marmont, Gonzalez et leur canard de bas étage. Mon aventure blésoise, qui m’avait confrontée à Maximilien Lagault, poids lourd de la littérature et homme proche du pouvoir, m’avait montrée qu’il existait toujours un moyen pour enlever les places a priori inexpugnables. Un peu comme au judo, il fallait se servir de la force de l’adversaire pour le faire vaciller, trébucher puis tomber. Si on essayait de le prendre bille en tête, on valsait dans le décor avec pertes et fracas, et c’était fini.
- Je préviendrai monsieur Gonzalez de votre appel. Il vous rappellera lorsqu’il le pourra.
Sur cette conclusion on ne peut plus définitive, la secrétaire raccrocha me laissant mi-chèvre mi-chou quant aux conséquences de cet appel. Le « lorsqu’il le pourra » était un « lorsqu’il le voudra » à peine dissimulé.
Bien résolue à griller mon forfait téléphonique en deux jours s’il le fallait, je repassai un coup de fil à Ludmilla.
- Toujours rien sur le front des opérations ? demandai-je.
- J’ai un peu faim parce que mon chef d’opération a complètement oublié de me fournir de quoi me sustenter… Et je sens que si je quitte mon poste, la cible va arriver juste à ce moment précis.
- Ecoute, tu tiens le coup encore une heure et j’arrive pour te remplacer.
- Tu arrives avec quoi ? Je te rappelle que c’est moi qui ai ta voiture.
- Ne t’inquiète pas pour ça… Au besoin, je prendrai un taxi.
- Ah oui, c’est vrai. J’oubliais que madame a des goûts de luxe, railla Ludmilla… Oh ! Attends ! Je crois qu’il arrive… Ouais c’est bien lui… Je reconnais son crâne dégarni et ses joues de bouledogue.
- Oh ! m’insurgeai-je. On ne juge pas les gens sur leur physique. Il devait être plutôt pas mal étant jeune parce que ses filles ne sont pas mal… Dis-moi plutôt comment il se comporte ? Ca m’intéresse davantage.
- Il n’a pas l’air spécialement zen. Ca fait deux fois qu’il claque les portières de sa Peugeot comme s’il voulait les fracasser… Je sais même pas ce que c’est comme modèle sa caisse d’ailleurs… Une sorte de grand monospace gris aluminium… Oui, franchement, là il passe devant moi, il fait sacrément la gueule… Et pas comme quelqu’un dont la fille se serait foutue en l’air la semaine dernière.
J’espérais secrètement que sa secrétaire s’était empressée de lui transmettre mon bon souvenir et que c’était cela qui lui chiffonnait l’esprit.
- Allez, courage petit soldat, lançai-je à Ludmilla. J’arrive pour te relever. Juste le temps de faire un saut à la boutique.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 1:17

A Parfum violette, je découvris Adeline penchée comme une bonne élève sur le bureau. Elle était en train de prendre des notes, la langue légèrement tirée en signe d’effort, à partir d’un bouquin. En m’entendant surgir dans la boutique, elle se redressa comme une gamine prise en faute.
- Excusez-moi… fit-elle. Monsieur Fanchon est parti depuis un quart d’heure et…
- Et tu t’es dis que ça te laissait un peu de temps pour bosser. Parfait ! Je crois que si je t’avais trouvée les bras croisés, je t’aurais virée sur le champ… Sur quel bouquin tu travailles ?
- Euh, eh bien, le vôtre… Le chapitre sur la vie des campagnes…
- Je crois que tu n’as pas encore tout compris, fis-je en pointant l’index vers Adeline…
- Compris ?… Qu’est-ce que je n’ai pas compris ?
- Deux choses essentielles. La première c’est que ce calcul des étudiants qui consiste à bosser en priorité les ouvrages de leurs profs de l’année en se disant qu’ils auront de meilleurs résultats aux partiels, c’est une bêtise absolue.
- C’est pourtant ce qu’on m’a dit de faire l’année dernière…
- Pendant des années, il y a eu des gens pour dire à ceux qui venaient après eux qu’il fallait aller pourfendre les païens pour entrer au Paradis. Tu as vu où ça a mené l’humanité… Oui je sais, j’ai des images toujours assez pessimistes et globalement exagérées. Ce que je veux te dire, c’est que ce sont là des calculs à court terme. Ce que je dirai en cours, c’est dans les grandes lignes ce que j’ai pu écrire dans mon manuel, je ne vois pas bien ce que je peux inventer d’autre. Va donc plutôt lire le bouquin de Renaud Fourtier sur les révoltes populaires et tu auras un autre point de vue sur la vie des campagnes. Comme ça, quand tu arriveras aux concours de l’Education nationale, tu auras une palette beaucoup plus large que les autres et des lectures d’avance.
Cela me faisait du bien de me retrouver, même pour un court instant, dans ma peau d’enseignante. Petite parenthèse enchantée au milieu d’une cascade bourdonnante de soucis en tous genres.
- Et la seconde chose que je n’ai pas comprise ? questionna Adeline.
- Je t’ai demandé de me tutoyer… 100 % d’échec depuis ce matin.
- Je crois que je vais plutôt suivre votre premier conseil… Pour le second, je crois que je ne suis pas prête. J’ai l’impression de ne rien avoir fait pour mériter d’être sur un pied d’égalité avec vous.
Si je n’avais chaque jour de petits signes me montrant que j’avançais dans la vie en laissant de plus en plus loin derrière moi ma juvénilité, les scrupules d’Adeline m’auraient ouvert les yeux. Combien d’années avait-il fallu avant que j’ose dire « tu » à Robert Loupiac ?
- Alors, laisse venir la chose sans t’en occuper… Et sache que mon « tu » vaut ton « vous »… En plus, je pense que tu as fait quelque chose d’important pour moi depuis ce matin. Que nous a laissé ce brave monsieur Fanchon ?
- Ca !
Adeline me tendit un dossier jaune qui avait été sur les genoux du décorateur tout le temps où nous avions discuté en début de matinée. Visiblement, après mon départ, il ne s’était pas donné la peine de retravailler quoi que ce soit.
- Ma question était sans doute mal posée, Adeline. Je ne te demande pas de me passer son dossier mais de me dire ce que tu as pensé de ses propositions.
- La deuxième me plait bien avec la grande banque en position centrale qui permet d’être au cœur de tout ce qui se passe. Les rayonnages sont sympas et finalement assez accessibles. Sur le projet n°1, ça ressemble un peu trop à une agence bancaire, c’est froid et sans âme…
- Et le troisième ? demandai-je.
- Celui-là… On dirait la bibliothèque de mon quartier… Quand on a connu la BU, ça craint…
Adeline avait bien résumé la situation come je pus le constater en feuilletant le dossier. Le projet numéro deux avait le double avantage de l’originalité et de la fonctionnalité. Bien sûr, il y aurait des grincheux pour trouver que ce n’était pas cohérent, qu’on était un peu perdu avec cet espace central autour duquel rayonnaient les présentoirs d’exposition. Bien sûr… De toute façon, il y en avait toujours de sgrincheux. Des jeunes et des vieux. Des grincheux et des grincheuses. Toute une tripotée de gens qui semblaient n’être venus sur Terre que pour refuser la nouveauté et prôner le conformisme le plus étroit. En étant certain de leur bon droit pour ne rien arranger.
- Tu fais quoi maintenant que tu viens de décider de l’aménagement intérieur de la boutique ? dis-je.
- Je crois que je vais aller à la fac. J’ai un cours.
- Nous pourrons donc discuter en chemin… Moi je vais du côté de Basso Cambo. On va mettre au point ton emploi du temps pendant le trajet…
Je n’eus pas le temps de préciser les choses, le téléphone se mit à bourdonner dans la poche de ma veste.
- Oui ?…
- C’est Ludmi… Il repart déjà… Je le suis et j’essaye de te dire où il va.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 19:05

Lorsque nous sommes ressortis du métro, Adeline et moi, à la station Mirail-Université, nous avions finalisé notre répartition de service à la boutique. Un message sous forme de sms de Ludmilla m’attendait sur mon portable après avoir patienté pendant le gros quart d’heure de voyage souterrain.
- Il est dans une petite ville de banlieue qui s’appelle Tournefeuille, j’espère que tu sais où c’est. Il est entré dans une maison située rue des Tamaris. Mais je ne suis pas sûre que ce soit chez lui. Je me suis garée à une certaine distance, j’ai remonté la rue à pied et ce n’est pas son nom qui est sur la boite aux lettres.
- Quel nom ? demandai-je sans espoir particulier.
- Cathy Miramont.
Voilà qui sentait l’aventure extraconjugale… Et pendant les horaires de travail qui plus est. Même si cette pratique me déplaisait, je tenais désormais un levier qui allait rendre Paul Gonzalez beaucoup plus souple à mon égard. La vérité contre le silence.
- Je reprends le métro, expliquai-je… Je crois qu’il faut que j’aille jusqu’aux Arènes et puis là-bas, je prendrai le premier bus pour Tournefeuille. On se retrouve là-bas.

La station Arènes était un grand lieu d’échanges de voyageurs. Entre le métro, les bus, la ligne de chemin de fer vers la Gascogne, et en attendant le tramway dont les rails déjà posés annonçaient la mise en service prochaine, on pouvait partir dans de nombreuses directions – principalement cependant celles de l’ouest toulousain.
Sauf qu’il était treize heures, soit une heure creuse dans la rotation des bus desservant les communes de banlieue comme Tournefeuille. Comme j’étais pressée, j’avisai la Laguna d’un chauffeur de taxi qui, sans aucun doute, devait avoir compris tout l’intérêt de se trouver ici à cette heure précise.
- Vous pourriez m’amener rue des Tamaris à Tournefeuille ? dis-je.
- Une jolie fille, répliqua-t-il du tac au tac, je l’amène où elle veut.
C’était mon premier taxi toulousain - il était donc trop tôt pour tirer des généralités à partir de ce spécimen – mais je le suspectais fort de ne pas m’avoir bien regardée. Ce matin, n’étant pas « de service », je n’avais fait aucun effort particulier pour m’habiller ou me maquiller. J’étais dans le quelconque le plus ordinaire, ce qui d’ailleurs me convenait fort bien et me rendait à la Fiona Toussaint que je préférais.
Le chauffeur m’avait au contraire fort bien détaillée car lorsque nous eûmes quitté la station des Arènes, il me montra le journal qu’il avait jusqu’alors posé sur le siège passager.
- C’est bien vous là en première page ? lança-t-il content, comme tout bon taxi qui se respecte, de transporter une célébrité.
Je n’avais pas véritablement envie de lui répondre. J’avais tellement de choses en tête. J’espérais pouvoir me confronter à Paul Gonzalez et l’interroger sur les deux affaires, distinctes mais toutes aussi douloureuses, qui me rattachaient à lui. Alors, les questions « peoplistiques » d’un chauffeur de taxi ne m’attiraient pas vraiment. Il me fallut donc beaucoup d’énergie et de contrôle de moi-même pour formuler une réponse qui ne soit ni un mensonge, ni une agression.
- Oui, c’est moi… Mais je peux vous assurer que j’aurais préféré être ailleurs qu’en première page de ce canard.
- Bah, fit l’artisan taxi avec ce fatalisme que je n’arrivais jamais pour ma part à adopter, vous en faites pas… Personne ne regarde jamais les photos… Moi, c’est parce que j’ai rien à faire pendant longtemps que je les vois… Les gens, la plupart du temps, ils lisent juste les titres.
C’était une observation qui allait à l’encontre de ce que je savais de nos contemporains gavés et friands d’images. Je la pris donc pour une tentative de réconfort et votais au bonhomme des remerciements muets.
- C’est quoi d’ailleurs cette histoire pour laquelle vous êtes dans le journal ?
Là, en revanche, il y avait matière à relativiser mes craintes. Mes propos, ou du moins ce que Hugo Marmont en avait retenu, paraissaient passer bien au-dessus des centres d’intérêt du commun des mortels.
- C’est à propos de la suppression de l’histoire et de la géographie en Terminale scientifique.
- Ah oui… J’ai entendu parler de ça… Il ferait bien de supprimer ça partout… Ca sert à rien !… Enfin, quand je dis que ça sert à rien, je veux dire ce qu’on apprend au lycée. Regardez, je vois avec ma fille. Elle étudie des villes comme Le Caire ou Los Angeles mais elle est pas fichue de savoir quelle sortie il faut prendre sur le périphérique pour partir vers Revel. C’est bien une preuve qu’on vous apprend surtout des trucs qui servent à que dalle… En plus, elle travaille, elle apprend tous ses cours par cœur et elle a que des cartons… Alors, je sais pas vraiment ce que vous en pensez mais faudrait supprimer tout ça et faire des cours qui servent vraiment à quelque chose.
- Vous n’avez pas tort, dis-je sans vouloir poursuivre plus avant ce qui n’aurait pas été un débat mais plutôt un dialogue de sourds.
Nous vivions dans un monde de pure apparence. Officiellement, tout le monde avait les mêmes besoins, les mêmes envies, globalement les mêmes principes. Dans la réalité, qu’y avait-il de commun entre ce type sympathique qui ne comprenait pas la logique de l’enseignement dispensé à sa fille et les membres du comité qui avait défini ce programme de seconde ? On ne pouvait attendre aucune efficacité d’un système éducatif si personne ne lui attribuait les mêmes objectifs. Entre trouver son chemin pour aller à Revel et comprendre les dynamiques urbaines cairotes, il y avait un gouffre. Et c’est un peu parce que j’avais voulu jeter une passerelle entre ces rives si éloignées que je me retrouvai dans ce taxi en route vers Tournefeuille.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 19:20

Je me fis arrêter par le chauffeur de taxi au début de la rue. Il n’était pas indispensable qu’il connût l’adresse exacte de ma destination. Un bavard, moi ça en sait, plus on est tranquille.
Je reconnus ma propre voiture quelques dizaines de mètres plus loin, m’en rapprochai à pas rapide, ouvris avec décision la portière côté passager.
- Alors ? demandai-je.
- Si j’avais une clé 3G pour me connecter au net, j’aurais pu chercher qui était cette Cathy Miramont. Là, tout ce que je peux te dire c’est qu’elle a un jardin parfaitement tenu et une très jolie piscine..
- Et lui ? Je ne t’ai pas fait venir ici pour me chercher une baraque à acheter.
- Le señor était beaucoup plus calme en entrant. La perspective de câlins, ça vous change un homme, il semble. Et de ton côté, qu’as-dit le décorateur ?
- Je l’ai un peu bousculé pour qu’il passe rapidement de la conception à la réalisation. Mercredi, les artisans attaquent sols et peintures. La semaine prochaine, on aura le mobilier. On pourra ouvrir rapidement ensuite… même si on a rien à vendre…
C’était proprement consternant mais c’était ainsi. J’avais envie de voir vivre cette boutique le plus rapidement possible. Peut-être que dans un premier temps, j’y vendrais des ouvrages d’autres éditeurs, ce n’était pas vraiment défini en fait…
- Dis, tu vas encore te fâcher contre moi, mais est-ce que Parfum Violette ne pourrait pas développer également des produits culturels multimédia ?
- Attends, je viens de me faire escroquer d’une somme d’argent que je n’ose même pas estimer et toi tu me proposes d’en dépenser encore davantage.
- Euh, ok… Je n’ai rien dit.
Je n’étais pas hors de moi car il était impossible d’être hors de soi avec quelqu’un qu’on estimait comme une sœur. J’étais simplement déçue qu’elle soit toujours plus dans le rêve que dans la réalité. Sa vie c’était farfouiller dans des archives et bricoler des trucs sur son ordinateur. Parfois je me demandais quel genre d’institutrice elle avait pu être pendant quelques années avant de rebasculer dans la passion de l’Histoire.
- Il sort !
Le cri de Ludmilla, accompagné d’un geste vif qui secoua la voiture, m’extirpa de mes pensées. Bigre ! C’était un rapide, le Paulo !… Nous n’avions même pas eu le temps de réfléchir à la meilleure façon d’agir lorsqu’il quitterait la maison de la rue des Tamaris. Tant pis ! J’allais foncer et on verrait bien.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 19:40

Il venait de mettre la main sur la poignée de sa portière lorsque je le rattrapai.
- Monsieur Gonzalez !
Il se retourna et me reconnut. Soit qu’il ait bien mémorisé la photographie à la une de son journal, soit qu’il m’ait aperçue auprès de Manuela lors des funérailles de Jenna… cérémonie où, j’y pensais soudain, je ne l’avais pas vu.
- Qu’est-ce que vous me voulez, mademoiselle Toussaint ?… Et d’abord que faites-vous là ? Vous me suivez ?… Ma secrétaire m’a dit que vous demandiez à me rencontrer… De là à imaginer que vous alliez me coller aux fesses…
- Vous savez donc pourquoi je veux vous rencontrer ?
- Je le sais mais je ne peux rien pour vous. Ce qui est fait est fait…
J’explosai littéralement. Tout le feu du Krakatoa n’aurait pu égaler l’énergie qui se libéra d’un seul coup… et dont j’ai horriblement honte avec le recul.
- Vous pouvez doublement faire quelque chose pour moi. D’abord en tant que rédacteur de cette feuille de chou qui se prétend quotidien d’information, vous pouvez et vous devez publier l’intégralité de mon interview d’hier avec Hugo Marmont. Dans l’article paru ce matin, vous me faites passer pour ce que je ne suis pas, vous me discréditez aux yeux de l’opinion et pire encore aux yeux de mes collègues. Je vais être, à cause de votre inconséquence, à nouveau cataloguée comme une ambitieuse prête à faire de la lèche pour progresser dans sa carrière.
- Je ne peux pas publier cela… Ce serait trop long et ce n’est pas dans la ligne éditoriale de…
- Votre ligne éditoriale, vous savez où vous pouvez vous la mettre ?
C’était dingue. Je n’avais jamais utilisé cette expression-là. Elle sortait toute seule de ma bouche comme si j’avais aboli ma propre autocensure.
- Ensuite, je voudrais vous parler de votre fille…
- Qu’est-ce que ma fille vient faire dans tout cela ? s’indigna-t-il.
- Elle avait un ordinateur portable qui m’appartenait. Cet ordinateur était configuré pour la gestion de la maison d’édition que j’ai créée et pour laquelle j’avais engagé votre fille.
- Je ne comprends rien à toute cette histoire.
Il tenta d’écarter mon bras qui lui barrait l’accès à sa portière.
- Mon compte bancaire a été vidé. Vous comprenez que j’aimerais bien comprendre comment et par qui.
- Mais cela ne me regarde pas… Et puis de toute façon, ma fille ne travaille pas pour vous.
- Manuela ne travaille pas pour moi c’est vrai, mais Jenna travaillait pour moi.
- Ma fille s’appelle Marie, elle est psychanalyste en région parisienne et je pense que vous devriez aller la consulter à l’occasion ! Maintenant, laissez-moi passer !
Je suis restée sans réaction. Ce type avait un culot extraordinaire. Il niait l’évidence avec un aplomb qu’on ne pouvait qu’admirer comme on s’enthousiasme devant les prouesses d’un acteur. Il était en colère mais il paraissait si sincère, si sûr de lui.
J’ai tenté de reprendre l’avantage en prenant un nouvel angle d’attaque. Pas le plus glorieux mais j’en espérais une profonde déstabilisation de l’adversaire.
- Je suis supposée vous croire, n’est-ce pas ?… Et cette visite à madame Cathy Miramont, je dois aussi vous croire si vous me dites que c’est votre grand mère, qu’elle est souffrante et que vous lui avez apportée une galette et un petit pot de beurre ? Vous êtes un menteur, monsieur Gonzalez !
- Et vous une folle dangereuse, mademoiselle ! Cathy Miramont est l’avocate du journal, elle est effectivement souffrante et je suis venu la consulter quand même à propos d’un coup de téléphone reçu il y a un peu plus d’une heure d’une excitée qui veut faire changer un article publié sur elle. Je reviens de quinze jours de vacances et sincèrement je n’imaginais pas que ma semaine commencerait par une telle folie.
Dire que je me suis sentie mal serait peindre la réalité sous des couleurs d’un rose charmant. J’étais anéantie. S’il disait vrai – et je me rendais compte soudain qu’il disait vrai – je l’avais doublement mal jugé. En tant que professionnel de la presse et en tant que père de famille. Quels étaient les signes que j’avais négligés depuis le début de toute cette histoire ? Comment en étais-je arrivée à tout focaliser sur ce type qui n’était ni le père de Jenna, ni le responsable de la parution de l’article me concernant ?
- Monsieur, je suis complètement confuse… On m’a dit que vous aviez eu des problèmes familiaux et j’en ai conclu que vous étiez le père de Jenna, mon assistante indélicate, qui s’est suicidée il y a quelques jours. J’en ai acquis la certitude car cette information n’est pas parue dans votre journal et j’ai pensé que vous n’aviez pas souhaité que ce suicide s’ébruite. Pour rajouter encore à mon erreur, Hugo Marmont m’a dit que vous passeriez peut-être hier soir pour valider son article… Or vous étiez en vacances, dites-vous… Il s’est bien foutu de moi.
- Je vous préfère largement quand vous êtes plus calme, mademoiselle Toussaint. J’ai eu l’occasion d’entendre parler de vous – et en des termes très élogieux – par un ami… dont je ne vous dirais cependant pas le nom parce que vous ne me croiriez pas. De toute façon j’ai l’impression que vous avez du mal à croire les gens quand vous avez arrêté votre jugement sur eux. Après ce que j’avais entendu dire sur vous, apprendre que vous vouliez attaquer le journal, que vous me menaciez personnellement m’a d’abord étonné, puis intrigué et enfin inquiété. Quant à la scène que vous venez de me faire, elle est plus digne d’une harpie furieuse que d’une universitaire de renom. Il était temps que vous vous repreniez… Ce que je retiens de votre charabia c’est qu’Hugo Marmont a encore dérapé. Et gravement si j’en juge par votre méprise... Si vous le permettez, il faut que je retourne au journal maintenant ; j’ai du travail et le journal n’attend pas. Je vous propose de vous recevoir demain matin à 10 heures à mon bureau pour que nous parlions de tout cela et que tout soit tiré au clair au plus vite. D’ici là, je fais mettre ce loustic sur la touche et je mène ma propre enquête interne. En revanche, je ne peux décider la publication que vous réclamez et pour votre histoire d’ordinateur, je ne peux pas grand chose.
C’est clair, précis et honnête… et cela ne m’arrangeait pas au moment de reprendre la parole.
- Ecoutez, j’ai eu des occasions dans ma vie de me sentir minable, d’être mortifiée par ce que j’avais pu faire ou dire… Mais là, cela dépasse tout ce que j’ai pu éprouver par le passé. Je me sens sale intérieurement. Je n’avais pas le droit de vous suivre, de vous suspecter sans preuves, de vous agresser comme j’ai pu le faire.
- N’y pensez plus… Ca m’a secoué mais vous êtes déjà pardonnée. Vous n’êtes visiblement pas dans votre état normal.
- Ne plus penser à quelque chose de mal que j’ai pu commettre, monsieur Gonzalez, vous m’en demandez trop. Je vais avoir ce moment-là en tête jusqu’à mon dernier souffle… Je vous souhaite une bonne après-midi. SI la chose est possible…
Je lui ai serré la main en tremblant. Je devais être blanche comme un cachet d’aspirine et tituber car Ludmilla, en me voyant revenir, jaillit de la voiture pour me récupérer. Je me suis laissée guider comme un boxeur sonné qui regagne son coin après le KO. En fait, j’en étais revenue au point zéro de l’enquête et ma seule certitude, celle de la supériorité de mon esprit analytique, était en ruine.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 19:48

La Bérézina est-elle la défaite que des générations de manuels scolaires ont présenté ? A en croire les historiens actuels des guerres napoléoniennes, le fait que les débris de la Grande Armée de Napoléon aient pu franchir le fleuve est assimilable à une victoire. Sans cela, c’était l’écrasement absolu.
Alors ? Ma Bérézina à moi, quelle lecture pourrais-je en faire a posteriori ? Au plan de la tactique, c’était une défaite complète, un écrasement en rase campagne… Mais peut-être qu’en écartant nos regards d’une mauvaise piste, nous nous donnions la chance de prendre une voie nouvelle et victorieuse. Il fallait reprendre de la hauteur, ré-inventorier les faits en notre possession et réadapter notre stratégie.
C’est ce dont j’essayais de me convaincre pendant que Ludmilla grignotait ses potatoes. Elle ne disait rien de peur de raviver mon malaise. J’aimais ce silence et ce qu’il disait. J’aimais aussi son regard qui se posait sur moi avec une chaleur revigorante. Une chaleur qui faisait fondre peu à peu les glaces de la Bérézina.
- Le seul endroit où nous pourrons trouver des informations sur Jenna, ce n’est pas sur internet, mais bien chez elle dans son appartement, dis-je enfin. Nous n’avons plus que cela comme piste puisque nous n’avons pas l’adresse des parents, puisque Manuela est introuvable et qu’elle ne répond pas à mes mails.
- Tu oublies ton ami journaliste, objecta Ludmilla. Il me semble être le nouveau cœur de cette histoire. C’est quand même lui qui, outre son article dégueulasse, t’a laissée supposer que Paul Gonzalez était le père de Jenna. S’il l’a fait c’est qu’il connaissait cette histoire de suicide.
- Est-ce qu’il a vraiment dit quelque chose ou est-ce que c’est moi qui ai compris ce que j’avais envie de comprendre ?… On verra ça demain avec le rédacteur en chef. Il m’a semblé saisir qu’il n’allait pas faire de cadeau à Marmont s’il s’avérait qu’il avait bidonné son article. Là, le seul truc qu’il me semble important de faire, c’est d’entrer chez Jenna.
- Tu défonces la porte à coups d’épaule pour y arriver ?
- Je crois qu’on devrait pouvoir faire ça plus simplement. On va se faire ouvrir la porte par un serrurier.
- C’est illégal.
- C’est légal car je le veux, répliquais-je avec une arrogance que n’aurait point renié le grand Louis XIV.

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MessageSujet: Re: Parfum violettes [Fiona 4 - terminé]   Ven 18 Déc 2009 - 22:50

Trouver un serrurier est une chose aisée. Il suffit de tapoter sur un ordinateur relié au net et plusieurs professionnels s’offrent à vous en un instant. Obtenir l’intervention dudit serrurier dans un délai raisonnable en est une autre. Malgré la page d’accueil du site qui indiquait une « intervention dans l’heure », le rendez-vous ne fut fixé qu’à 17 heures, soit précisément au moment où il risquait d’y avoir un certain trafic dans le couloir du numéro 8 boulevard Bourges-Maunoury : patients se rendant aux consultations libres du médecin, enfants rentrant de l’école ou adultes revenant du boulot. Ce n’était vraiment pas l’idéal mais en appelant en début d’après-midi, il était difficile de réclamer une intervention sur le coup de minuit sans que la chose soit éminemment suspecte.
Un tirage au sort désigna Ludmilla pour être la malheureuse locataire ayant perdu ses clés. Elle se pointa donc vers 16h45 devant la grille de la résidence et attendit patiemment l’arrivée de l’employé de la compagnie de dépannage. Celui-ci arriva avec un léger retard – dû, dira-t-il, à la circulation sur le périphérique- qui pouvait aisément se comprendre vu l’heure de la journée et vu l’évolution météo. Le ciel qui avait été gris et bas toute la journée commençait à pleurer des gouttes de pluie éparses qui ne demandaient qu’à se multiplier. J’étais donc plutôt ravie d’être à l’abri dans la voiture.
Cette situation en marge de l’action ne tarda pas cependant à me peser. Ne revoyant pas sortir le serrurier, ne recevant pas l’appel de Ludmilla me disant que la voie était libre, l’inquiétude se fit de plus en plus sourde. Mon amie s’était-elle trahie ? Un voisin trop curieux était-il venu s’intéresser à cette réparation suspecte ? Le serrurier faisait-il des difficultés et exigeait-il une preuve de l’identité supposée de l’habitante de l’appartement ? Je faillis à deux reprises me lancer à la rescousse, y renonçai grâce à l’opportun secours de deux voitures lancées à fond sur le boulevard Bourges-Maunoury qui m’empêchèrent d’ouvrir ma portière. Enfin, au bout de vingt terribles minutes, je vis le serrurier refermer derrière lui le portillon métallique et s’échapper, col relevé, en direction de sa camionnette. Dans les secondes qui suivirent, un sms laconique de Ludmilla - « J’y suis » - m’invita à la rejoindre.
La porte de l’appartement avait été refermée pour plus de discrétion mais dans la lueur étouffée de l’éclairage du couloir mes yeux ne voyaient qu’une chose, la serrure aux dorures immaculées qui venait d’être installée.
Je sonnai un coup sec. La porte s’ouvrit devant moi et se referma rapidement après que je sois entrée. A partir de maintenant, nous devions devenir de véritables fantômes.
- Quelle aventure ! soupira Ludmilla. J’espère que tu n’as pas truqué le tirage au sort tout à l’heure parce que sinon…
Ce doute-là me fit assez mal au ventre, au cœur et à la tête. Il disait à la fois que Ludmilla pouvait ne pas avoir une entière confiance en moi et que les choses ne s’étaient pas spécialement bien passées avec le serrurier.
- Raconte, dis-je simplement.
- D’abord, il a voulu que je lui confirme mon identité parce qu’il avait besoin de vérifier que le nom sur la porte était bien le mien. Il était méfiant le bougre. Il a fallu que je lui invente que mes papiers étaient dans mon sac et que le sac était dans ma voiture… dont j’avais aussi perdu les clés. Bon, l’embobiner ça a pris du temps. Il fallait lui sourire mais pas trop. Il fallait lui montrer que j’angoissais mais sans trop en faire. Heureusement que j’ai fait un peu de théâtre à la compagnie Romane au Blanc-Mesnil. Quand il a enfin commencé à attaquer la serrure, il y a eu un type qui sortait pour jeter une poche poubelle. Regards pesants et interrogatifs mais pas de remarques. Heureusement que les gens sont curieux mais pas vraiment interventionnistes. Quand le serrurier a réussi à ouvrir, ce qui a été fait en un tournemain, il a dit qu’il fallait absolument changer la serrure pour éviter que si quelqu’un trouvait mes clés il entre ici comme dans un moulin. Donc ça a encore pris du temps et moi je n’en pouvais plus. C’était interminable d’être coincée dans ce couloir lugubre. Et puis crois-moi, il était pas discret le type ! Comme s’il faisait du bruit exprès pour que quelqu’un vienne demander ce qu’il se passait et qui j’étais. Ensuite, j’ai commencé à paniquer en me disant que pour payer j’allais manquer de sous… Le changement de serrure, je pensais pas qu’il était prévu d’origine… Heureusement que tu avais vu large. S’il avait voulu un chèque, avec mon nom dessus…
- Il ne pouvait pas te demander un chèque, bécasse… Ton chéquier est dans ton sac qui est dans ta voiture dont tu as perdu les clés.
- Oui mais alors, rétorqua Ludmilla sur le même ton, d’où vient tout cet argent que je lui ai donné ?
- De ta carte bleue que tu avais dans la poche de ton blouson lorsque tu as perdu tes clés… Tu vois bien qu’il n’était pas si soupçonneux que ça ton type… Il doit juste être payé en fonction de la durée de ses interventions.
Nous avons éclaté de rire et d’un coup largement évacué tensions et frustrations de la journée. Nous étions désormais dans la place et bien décidées à l’explorer sous toutes ses coutures jusqu’à trouver l’indice qui nous mettrait sur la piste de Jenna, Manuela ou du premier Gonzalez mêlé à cette affaire, fût-il la grand-mère irascible..
- Passe-moi les gants !
J’extirpai de mon sac à main une boite contenant des gants en latex fins achetés dans un hypermarché. Nous étions conscientes des dangers de ce que nous faisions et bien décidées à en limiter les risques. Evidemment si on faisait une enquête dans l’appartement en utilisant les techniques les plus récentes de la police scientifique, on trouverait forcément notre ADN… D’un autre côté, la police ayant rapidement tranché l’affaire en estimant qu’il y avait eu suicide, il n’y aurait plus de perquisition ici et personne ne viendrait plus sans doute prélever quoi que ce soit.
- Tu prends le salon, je prends la chambre, commandai-je.
- Mais avant…
- Oui, je sais.
Nous tirâmes nos téléphones portables pour prendre en photo les lieux avant de commencer à fouiller. Comme nous le faisions toujours avant de commencer l’étude d’un document que le temps avait fragilisé ou dont nous craignions que l’authenticité soit contestée. Les historiens ne sont-ils pas les détectives du passé ?

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