03/12/09
QUI A ECRIT LA BIBLE ?
Une réponse?
Elaborée entre les VIIme et IIème siècles avt JC, la Bible fonde l’histoire du peuple d’Israël, depuis Abraham jusqu’à la destruction du temple de Jérusalem.
Qui en sont les auteurs, pourquoi l’ont-ils écrite ?
I) AUX ORIGINES Selon la vision traditionnelle juive, Moïse aurait écrit le Pentateuque (les 5 premiers livres de la Bible). Mais cette vision ne repose sur aucune base historique et il est impossible que le Pentateuque soit l’œuvre d’un seul auteur.
Selon le chapitre 4 de la Genèse l’humanité appelle Dieu par son propre nom : Yahvé dés les origines du monde, tandis que dans le livre de l’Exode (chap. 3 et 6) ce nom n’est révélé qu’à l’époque de Moïse.
Le Pentateuque comporte deux récits de la Création dans ses deux chapitres. Plus loin Yahvé fait deux fois alliance avec Abraham. Et il existe différents codes législatifs qui ne concordent pas toujours entre eux.
Dés le milieu du XIXème s. des observations mènent à l’élaboration de l’hypothèse de la « Théorie documentaire ». Cette théorie part de l’idée que le Pentateuque se compose de 4 documents à l’origine indépendants, et successivement mis ensemble par des rédacteurs travaillant par coupure et collage
(le copier/ coller date donc de bien avant les ordis, p’te que Dieu l’a créé en même temps que la terre, lol !).Le plus ancien dit « yahviste » fut probablement élaboré sous le règne de Salomon vers -930.
Aux VIIIe et VIIe s. les royaumes d’Israël et de Juda sont sous occupation assyrienne. Leurs élites subissent une forte influence idéologique : les rois assyriens expriment leur domination à l’aide de traités de vassalité dans lesquels les vassaux sont exhortés à une loyauté sans faille.
« Tu aimeras Assurbanipal le grand prince héritier comme toi-même. »
Ca vous rappelle rien ?Les auteurs du Deutéronome ont certainement voulu représenter Yahvé à l’image d’un souverain assyrien imposant à ses subordonnés un traité une « alliance », dans le but apparent de contester la souveraineté assyrienne.
En plaçant un souverain divin au dessus du souverain terrestre, la royauté orientale étant d’origine divine, les souverains, à l’instar du pharaon étant les enfants adoptifs des dieux.La première histoire de Moïse, rédigée aux alentours du VIIe s.
(Moïse est censé avoir vécu plutôt au XIIIe, si l’on admet qu’il était contemporain de Ramsès II.) reprend le récit largement répandu dans le folklore d’un enfant exposé et miraculeusement sauvé. Dans sa version primitive, ce récit ressemble surtout à la légende de la naissance de Sargon, roi légendaire lui aussi placé dans un berceau et abandonné aux eaux.
La destruction de Jérusalem et de son temple par les babyloniens en -587 provoque dans le royaume de Juda une immense crise idéologique. Les piliers identitaires : roi- temple du dieu national et pays, se sont écroulés. Une première réaction à cette crise est l’élaboration d’une grande histoire d’Israël et de Juda. Elle cherche à démontrer que la destruction et la déportation ne sont pas dues à une faiblesse de Yahvé face aux dieux babyloniens, au contraire, Yahvé se sert des babyloniens pour sanctionner son peuple de ne pas avoir respecté les termes de son « Alliance ».
Noter au passage que les juifs ne contestent pas l’existence des dieux babyloniens, ni des autres peuples, pour eux ces dieux existent bien, on n’est donc pas encore dans un monothéisme pur et dur mais ce qu’ils veulent prouver, c’est que le leur est le plus fort. Yahvé (probablement venu de Chaldée avec Abraham) n’est au début que la divinité locale de Juda, adopté par Israël et passant avec les conquêtes au titre de « Dieu Unique ». La population restée en Judée revendique la possession du pays contre l’élite déportée en s’identifiant aux descendants d’Abraham.
« Abraham était seul et il a possédé le pays. Nous qui sommes nombreux, c’est à nous que le pays a été donné en possession. » (Ezéchiel : 34, 24).
Contrairement aux textes deutéronomiques qui prônent une stricte séparation d’Israël face aux autres peuples, l’histoire d’Abraham composée durant le Ve s.
(donc après le Deutéronome alors qu’elle est censé se situer bien avant aux origines d’Israël) insiste sur une cohabitation pacifique de tous les peuples du Levant.
Abraham étant le père et d’Isaac et d’Ismaël, père des tribus arabes
(dont la mère Agar fut abandonnée dans le désert avec son moufflet dés que Sarah se su enceinte, sympas les mœurs. Mais la morale est sauve, Agar et Ismaël sont sauvés par Gabriel himself, ce qui explique qu’on retrouve Gabriel dans le Coran.)Pendant longtemps, les deux mythes originaires d’Israël : Patriarche et Exode ne sont pas joints en une succession chronologique : ils demeurent concurrents. Mais au début de l’époque perse, les rédacteurs issus du milieu des prêtres tentent d’harmoniser les deux traditions.
Moïse est la figure centrale du Pentateuque, probablement achevé vers -350. Il reprend la fonction du roi puisqu’il promulgue la loi et est le médiateur par excellence. Le pentateuque se termine par sa mort à l’orée de la terre promise dans laquelle il ne peut entrer.
Le fondement de l’identité juive n’est donc pas le pays
(ce qui jette sur les revendications territoriales israéliennes une autre lumière venue des textes eux mêmes) mais la Loi divine transmise par Moïse. « Une patrie portative » selon Heinrich Heine. Là où est la Torah se trouve aussi Israël.
A l’époque de la rédaction des Evangiles vers 70-100
(dates qui font douter de l’authenticité de la rédaction de l’Evangile de Jean par le disciple préféré en personne, on alors il a vécu sacrément vieux l’Aigle de Pathmos) la Bible ne comporte que deux parties : la Loi (Pentateuque) et les prophètes. Jésus ne cite donc que les écrits religieux de son époque.
La canonisation des écrits : Psaumes- Livre de Job- Ecclésiaste et bien d’autres- n’intervient que quelques siècles après la destruction de Jérusalem par les romains en 70.
II) LA SEPTANTE Au commencement fut une traduction, la du IIIe s. avt JC, la communauté hébraïque édite la Loi en grec. C’est la première unité biblique réellement constituée. Le fait qu’elle soit traduite dit bien qu’elle est fixée et même instituée : nous ne sommes plus dans les hypothèses mais dans l’histoire littéraire de la société judaïque antique.
Pour la première fois une « unité biblique » fait l’objet d’une publication véritable. Un bon siècle plus tard on l’appelle « Le Livre » (hé biblos en grec).
Pourquoi le nom de Septante ?
Une légende présente la version d’Alexandrie comme miraculeuse : elle serait l’œuvre collective de 70 savants venus de Jérusalem, ayant chacun traduit le texte d’une façon rigoureusement identique. Homologuée par les maîtres chrétiens, cette bible est suspectée puis rejetée par les juifs au bénéfice de révisions parfois drastiques réalisées chez eux.
En revanche nombre de versions anciennes des livres saints chrétiennes dans leur quasi-totalité (latines, coptes, éthiopienne, gothique, slavonne, arménienne, géorgienne, syriaques et arabes) ont été faites à partir d’elle.
La Septante n’est pas une « traduction » dans le sens moderne. On y demeure proche de l’original dans le traitement des Livres de la Loi, eu égard sans doute à la contrainte légale du document. Ce qui n’empêche pas les aménagements de sens nombreux et marquants. A commencer par la traduction de Torah (sagesse révélée) par « nomos « (loi), d’où le sens juridique que n’avait pas le mot à l’origine.
Le fait est encore plus net dans les livres Prophétiques, de Job et des Proverbes. Actualisation de la pensée éthique, alignement sur les derniers fruits de l’évolution ambiante. On spiritualise un propos que la formule hébraïque cantonne au registre physique.
La traduction de la loi n’est pas seulement un acte fondateur pour la Bible, la chose et même le nom. C’est une première dans l’histoire de la culture : la langue grecque, idiome universel est censée être intraduisible. Il n’y a pas de vocabulaire de la traduction chez les grecs. Pas d’invention de mots mais déplacement du sens de termes usités. Ainsi « hermênéia » : signification ou interprétation signifie aussi désormais « traduction ». la doctrine classique de « l’Inspiration » des Ecritures vient de là. Car on a du garantir la dimension sacrée de la Loi devenue grecque, et démontrer pour ce faire son origine divine.
C’est donc à la pensée grecque du IIIe s. avt JC qu’on doit le dogme de Livres inspirés par Dieu, donc incontestables.
Donc la Bible a été compilée plutôt tard à partir de textes n’ayant que peu de rapport entre eux. C’est un livre d’histoire plus mythique qu’autre chose. Le besoin pour un peuple de s’affirmer en affirmant son dieu, tout vient de lui.
Une mythification à laquelle de nombreux peuple qui se cherchaient des ancêtres glorieux, forcément soutenus par les dieux ont eu recours. Les romains s’étaient inventé Enée comme ancêtre, les juifs Abraham choisi et désigné par dieu en son « Alliance ».Source : le Monde des Religions Nov/ Dec 2008
« Qui a écrit la Bible ? »
III) LA VULGATE La Vulgate (du latin Vulgata), vulgaire au sens de commune, dénomination qui serait due à Roger Bacon, est la traduction de la Bible en latin, réalisée en grande partie par Jérôme de Stridon au début du Ve s. et reconnue comme « authentique » par l’Eglise catholique lors du Concile de Trente (1545/1563).
Le pape Damase au Ive s. commande à Jérôme une version plus uniforme et plus fidèle des traductions latines devenues à cause de la multiplication des manuscrits fort diverses en qualité et en précision.
« Vous voulez qu’avec les matériaux d’un ancien ouvrage j’en fasse un nouveau…
quel est l’homme de nos jours, savnt ou non savant, qui, se décidant à prendre en main notre ouvrage, et voyant discréditer le texte dont il se sert habituellement et dans lequel il a appris à lire, ne se récrie aussitôt et ne me traite de faussaire et de sacrilège ? »
Lettre de Jérôme à Damase.
Jérôme commence la traduction du Nouveau testament en 382, celle de l’Ancien en 385. il lui faudra 15 ans pour achever son œuvre en 405.
Leslie Hope (Dr en religion à Chicago) rapporte que le travail de Jérôme a produit des remous à son époque. Sa traduction « irritait les oreilles de ses contemporains parce que son idée de la traduction différait de celle en vigueur à l’époque. On attendait des traducteurs qu’ils fassent une traduction aussi littérale que possible. Tout le monde n’apprécia pas ses efforts. Son travail fut présenté comme « teinté de judaïsme », ses adversaires l’accusèrent d’avoir traduit comme un profanateur et un falsificateur et d’avoir « suivi les juifs. »
(Ce qui paraissait pourtant élémentaire pour l’Ancien Testament.) Augustin d’Hippone (St Augustin) entre autres pensait qu’il fallait suivre la Septante à la lettre.
En effet, son désir de retrouver la « vérité hébraïque » par delà l’héritage grec le conduit en Palestine pour consulter les docteurs juifs spécialiste du texte hébreux.
Dés le VIIIe s. les copies commencent à s’écarter du texte de Jérôme.
C’est Alcuin qui, sur demande de Charlemagne effectue un travail de restauration.
Gutenberg réserva à la Vulgate l’honneur d’être le premier livre imprimé avec des caractères mobiles (1456).
Confronté à la réforme qui a favorisé la diffusion du texte biblique, l’Eglise catholique réaffirme sa doctrine. Le concile de trente donne un « statut d’authenticité » incontestable à la version de St Jérôme en 1546.
« Si le concile de trente a voulu que la Vulgate fut la version latine que tous doivent employer comme authentique, cela ne concerne que l’église latine, mais ne diminue en aucune façon ni l’authenticité ni la valeur des textes originaux…
Cet usage en vérité démontre que telle qu’elle a été et est encore comprise par l’Eglise elle est absolument exempte de toute erreur en ce qui concerne les faits et les mœurs… »
Pie XII : Encyclique Dimino Afflante Spiritu.
La Vulgate est aujourd’hui encore la version de référence dans l’Eglise latine, après une révision promulguée en 1979 par Jean Paul II : la Néo Vulgate.
Source : Wikipédia
Moralité : qui a écrit la Bible ?
Plein de gens pendant plein de siècles et sans inspiration divine, mais avec quelques crêpages de parchemins ![u]
Les passages en italique sont de mon crû.