Forums Liens Utiles


 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 WG Sebald

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
gérard hocquet

avatar

Nombre de messages : 2724
Date d'inscription : 16/03/2009

MessageSujet: WG Sebald   Mer 25 Nov 2009 - 0:53

Austerlitz par WG Sebald
édition Folio

Cela nous ferait quoi d'être embarqué à 4 ans comme un paquet de linge dans un train pour nulle part, sans raison comprise, par une mère qui paraît vous aimer, et de nous retrouver perdu dans un pays inconnu, recueilli par un pasteur protestant ascète et par sa femme dépressive? Allez savoir.
J'ai rencontré une fois et une seule une situation proche chez un jeune adopté venu par avion d'Asie. J'en ai compris que son histoire s'était arrêtée sur le tarmac cambodgien. Une autre histoire et d'autres liens n'avaient pu se nouer avec sa nouvelle famille, et adolescent, ne sachant qui il était ni d'où il venait, il ne pensait qu'à mourir, puisqu'abandonné, puisque n'étant personne.
Même à un élève très proche lui-même émigrant, WG Sebald, l'auteur, on ne confie pas d'emblée son noeud existentiel. Il y faut des détours. Par la gare d'Anvers, puis par une forteresse près de Malines en Belgique, aussi inutile que dispendieuse. Ce fort comme image des défenses du professeur Austerlitz à briser sa gangue pour aller à la recherche des racines et la gare comme le point de noyade de sa vie et de son identité.
Par le récit de confidences peu à peu recueillies d'Austerlitz au cours de rencontres en partie fortuites, Sebald, lui-même émigrant volontaire de l'Allemagne où son père a été officier de la Wehrmacht pendant le dernier conflit mondial, s'attache à consigner presque religieusement les détails de la quête d'identité et des bribes de l'enfance juive volée à Prague, puis à Paris. Mais détruits sont les êtres chers, détruits ou spoliés les biens et les objets familiers, effacées les traces jusqu'aux photos. Un vide sidéral seulement pansé par les retrouvailles avec celle qui l'a gardé petit.
Autant les intuitions que les indices ouvrent la voie des fouilles noyées par l'indifférence sinon l'hostilité de ceux qui pourraient aider. Comme des forces occultes sont à l'oeuvre.
De la part d'un allemand, ce récit a l'allure d'un cheminement expiatoire et la beauté d'un long chant de deuil, digne et bouleversant.
Après « D'après nature » et « Campo santo », je me sens une proximité étrange avec l'auteur, littéraire et de posture dans le regard. Et j'attends avec impatience la livraison de « Les émigrants », son oeuvre principale commandée chez mon libraire.
Revenir en haut Aller en bas
gérard hocquet

avatar

Nombre de messages : 2724
Date d'inscription : 16/03/2009

MessageSujet: WG SEBALD, "les émigrants"   Lun 7 Déc 2009 - 1:26

C'est devenu une obsession, cet auteur, je suis parti à lire toute son oeuvre...elle n'est pas très longue puisqu'il ne s'est mis à écrire qu'à quarante ans et qu'il est mort accidentellement à 57 en 2001.
"Les émigrants", c'est l'histoire de quatre rencontres avec des hommes divers qui ont le point commun d'avoir été contraints de quitter leur pays, enfants, au moment de la répression juive en Allemagne dans les années trente.
Difficile pour ce Sebald, allemand de souche et fils d'un officier de la Wehrmacht, lui-même émigrant parce que ne supportant plus l'attitude de ses compatriotes après la guerre, difficile d'aborder ce sujet sans tomber dans les excès de mea culpa et de sentimentalisme.
Il a fait ce tour de force de parler de ces faits en donnant la parole aux intéressés. En prenant des détours, mais en revenant toujours au sujet de fond: l'horreur de ce qui a été subi et les conséquences sur la mémoire et la vie des ces émigrants malgré eux.
C'est finalement une espèce de témoignage multiple, qui dit tout sans jugement ni exagération: simplement.
Comme l'écriture est magnifique, je ne le dirai jamais assez, parfois poétique, on est emporté d'un bout à l'autre du livre.
J'admire le refus de Sebald de se taire, en tant qu'allemand, sur ces faits. J'admire le tact, la manière dont il le fait. Le fil du propos est la destruction et la dévastation des liens, des biens, des souvenirs et leur conséquence dramatique sur les sujets qui les ont subies, coupés de leur racines, condamnés à la noirceur, à rester des étrangers où qu'ils soient, à vivre une sorte d'errance, mobile ou casanière...
J'admire enfin cette démarche de fraternité discrète entreprise par l'auteur auprès de quelques victimes d'une époque dont il se sent quelque part comptable, pour que la mémoire ne se perde pas, pour que l'on sache. Et cette manière d'aborder l'Histoire par les histoires de gens est très convaincante.
Revenir en haut Aller en bas
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91113
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: WG Sebald   Lun 7 Déc 2009 - 1:34

Et pour parfaire le portrait de l'auteur :
http://fr.wikipedia.org/wiki/W._G._Sebald

Le sujet n'est pas dépassé. Toujours brûlant, toujours malheureusement...
Ta présentation me donne l'envie furieuse de le découvrir, d'autant que j'ai déjà entendu parler de lui.



Citation :
C'est en regardant des photographies, en les scrutant, que l'écrivain allemand W.G. Sebald entreprit la narration sensible et sous contrôle de quatre existences marquées par l'exil.

Le premier personnage s'appelle Henry Selwyn. Il a sept ans en 1899 quand il quitte son village lituanien. Sa famille se retrouve en Angleterre. Henry anglicise son nom, devient chirurgien, épouse une riche héritière. Puis, comme un son qui s'ébruite, un stuc qui s'effrite, peu à peu il se délite. «En 1960, quand je dus abandonner mon cabinet et mes patients, je rompis les derniers liens avec ce que l'on appelle le monde réel. Depuis, les plantes et les animaux sont presque mes seuls interlocuteurs.» Il se suicide. Sans doute parce qu'au cours des dernières années le mal du pays l'avait de plus en plus «assailli».

Paul Bereyter, lui, se suicide en décembre 1983, à l'âge de soixante-quatorze ans, dans un village allemand. Excellent pédagogue au point de «faire bouillir plusieurs jours d'affilée, dans une vieille cocotte, le cadavre d'un renard trouvé en forêt, à seule fin de pouvoir recomposer en classe un authentique squelette complet», il est perçu comme un excentrique dans sa petite ville. Il la quitte à l'âge de la retraite, fuyant l'insupportable souvenir des dénonciations nazies et de l'interdiction d'enseigner que lui signifia le IIIe Reich en 1936.

Le troisième personnage, Ambros Adelwarth, est le grand-oncle de l'auteur. Immigré aux Etats-Unis, il devint le majordome puis le compagnon d'un fils de famille qui sombra dans la folie. Le grand-oncle, lui, subit volontairement des électrochocs puis finit ses jours dans un sanatorium psychiatrique.

Le quatrième homme dont Sebald piste la trace vit en Angleterre, à Manchester, et peint jour et nuit à l'intérieur d'un entrepôt désaffecté. Max Ferber est lui aussi un expatrié, chez qui le souvenir si longtemps tu creuse des trous acides.

Car c'est de «ces nébuleuses intérieures qu'aucun œil ne distingue» que l'auteur, émigré lui-même, nous parle. A travers ces quatre histoires, il montre à quel point l'exil et ses raisons peuvent être une source de tourments. «Le malheur de ma jeunesse et de ma période de formation s'était si profondément enraciné en moi qu'il a pu resurgir plus tard, produire des fleurs malignes, tisser au-dessus de ma tête cette voûte de feuillage vénéneux qui a tant assombri et obscurci mes dernières années», avoue Max Ferber, qui apprit après coup que ses parents étaient morts et morts déportés.

La façon dont l'écrivain enquête avec nous sur ces hommes silencieusement inconsolables, la manière dont il saisit lentement le climat de ces âmes, leur couleur gris de lune, leur brisure calme, est sidérante. La plupart des écrivains font entrer le lecteur dans leur univers par immersion. Sebald préfère la submersion. C'est au terme d'une route, à l'intérieur d'un paysage méticuleusement décrit et d'une situation sensible qu'il nous fait apparaître d'abord le visage, puis l'histoire rétrospective, puis le hiatus de ses personnages.

Mais s'agit-il vraiment de personnages? Henry, Paul, Ambros ont véritablement existé. Seul Max Ferber résulte de deux modèles. La réalité est ici le principal matériau de travail. A tel point que les photographies qui furent à l'origine de ce livre sont, avec d'autres, reproduites dans le texte. La maison d'Henry, l'amoureuse de Paul, le costume trois-pièces d'Ambros, les parents de Ferber... Elles sont là pour prouver la véracité du récit, explique Sebald. Ni roman ni document, Les émigrants, en associant récit et photographies, choisissent leur camp: la littérature plutôt que la fiction. Susan Sontag disait en 1996 que c'était le livre le plus beau qu'elle avait lu cette année-là. Et qu'un «livre ne vaut la peine d'être lu que s'il vaut celle d'être relu». On ne saurait mieux dire.
Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-emigrants_803023.html

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Romane
Administrateur
avatar

Nombre de messages : 91113
Age : 62
Localisation : Kilomètre zéro
Date d'inscription : 01/09/2004

MessageSujet: Re: WG Sebald   Jeu 22 Mar 2012 - 16:34

En cours de lecture de son livre "Les émigrants", je suis totalement séduite par son écriture et par les histoires de ses "personnages".

Comme pendant un récit que nous ferait un parent, nous découvrons une vie, un chemin de vie, un bien précieux et unique. L'exil ôte une sève, une force, un essentiel. Que la vie d'exilé ouvre une voie riche ou misérable, cette privation de force, de sève, d'essentiel à jamais perdu laissera un vide indélébile, un sentiment de manque que rien ne pourra combler.

Je craignais entrer dans la vie de "disparus", manquer de souffle et de vie dans un récit tourné vers le passé. Et puis non. Impossible. Au contraire, tout relie l'autrefois à la lectrice que je suis, dans une intensité réclamant la lenteur de lecture, posément, presque je dirais : dans le recueillement et le respect qu'imposent tout état et tout acte passés, parce qu'ils sont fruit d'une vie et que la vie... est sacrée.

Merci Gé de m'avoir fait connaître cet auteur. Je t'emprunterai peu à peu les autres ouvrages. Nous aurons le temps de les laisser aller et venir de tes étagères à ma table de chevet.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
"Bonjour, je suis Romane, alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane."
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
http://lessouffleursdereve.jimdo.com/
Revenir en haut Aller en bas
http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
Alizé

avatar

Nombre de messages : 3755
Localisation : BRETAGNE Rennes
Date d'inscription : 26/05/2008

MessageSujet: Re: WG Sebald   Sam 28 Sep 2013 - 3:30

Un lien qui pourrait intéresser certains.

http://www.juanasensio.com/archive/2013/09/06/austerlitz-de-w-g-sebald.html

Juan Asensio rédige de très bonnes critiques et ne mâche pas ses mots.
Revenir en haut Aller en bas
gérard hocquet

avatar

Nombre de messages : 2724
Date d'inscription : 16/03/2009

MessageSujet: Re: WG Sebald   Dim 6 Oct 2013 - 11:57

J'ai lu, Alizé, mais il ne m'est pas resté grand chose de la première lecture. Je trouve son langage compliqué.
Deuxième lecture : le compliqué vient du fait des phrases interminables dont on a oublié le début quand on aborde la fin. Longues phrases à la mode de SEBALD lui-même, mais va savoir pourquoi, les siennes sont bien plus limpides.
Revenir en haut Aller en bas
Alizé

avatar

Nombre de messages : 3755
Localisation : BRETAGNE Rennes
Date d'inscription : 26/05/2008

MessageSujet: Re: WG Sebald   Dim 6 Oct 2013 - 19:20

J'ai parfois du mal à lire certaines critiques de Juan, mais il défend une littérature que j'aime.
J'ai posté comme il y avait ici un fil sur cet auteur.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: WG Sebald   

Revenir en haut Aller en bas
 
WG Sebald
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» TM 2012 - Allemagne : W. G. Sebald
» Poésies de gohelan
» W. G. Sebald
» Le code Sebald

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums Liens Utiles :: Littérature :: Biblio LU :: Salon des auteurs connus-
Sauter vers: