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 Le trou dans le bois.

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thierry

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MessageSujet: Le trou dans le bois.   Mar 15 Déc 2009 - 22:52

Daniel Cowan fait une analogie entre notre perception de notre moi et un trou dans un morceau de bois...Ce trou peut être décrit par rapport à la couleur du bois, sa forme, sa dimension, la texture du bois, la régularité du contour etc...mais il ne s'agit réellement jamais du trou lui-même, c'est à dire du vide qui le constitue, de la qualité de l'air qui s'y trouve, en fait de tout ce qui se trouve dans l'espace même de ce trou et non de ce qui l'entoure. Les qualités du trou sont trop abstraites pour être clairement définies et surtout nous avons l'habitude (le conditionnement) de porter notre attention vers l'environnement plutôt que vers le sujet lui-même. Il en est de même avec notre "moi". Notre sens d'identité personnelle est généré par notre environnement et toutes les expériences vécues dans cet environnement. Nous construisons notre schéma en fonction de nos interractions avec cet environnement, notre capacité à nous y insérer, à y prendre forme, à nous modeler en fonction de toutes les influences que nous subissons. Possessions, rôles, appartenances, croyances, statuts, sont des données rapportées au fil de l'existence et nous les érigeons en identité. Et pourtant, ce "moi" n'est qu'un ectoplasme fabriqué sur mesure, par l'individu lui-même mais en fonction d'intentions projetées vers l'environnement. Il se moule en choisissant l'atelier de poterie qui répond à ses désirs. Cette identité devient son bien le plus précieux et il s'efforcera de la renforcer par des rencontres, des expériences, des situations qui valideront ces "choix".



Qu'en est-il si par malheur pour lui cet environnement vient à être perturbé à un tel point que les repères s'estompent ou disparaissent ? Que reste t-il de l'individu ? A quoi peut-il se raccrocher pour ne pas tomber dans le vide existentiel qu'il avait justement toujours évité d'explorer ? Cette conscience du vide survient avec une telle violence que tous les repères volent en éclat. Il n'y a plus de bois autour du trou. Divorce, chômage, dépression, maladie, accident, décès d'un proche, les éléments capables de ronger le bois comme des animaux xylophages sont nombreux et redoutables. Le plus souvent inattendus.

Jusque là, le "moi" se nourrissait de tout ce qui était "non moi" mais convenait à l'image de cette "identité". Si l'environnement devient une source de peur et de danger, ce vide jamais exploré n'offre aucun ancrage. C'est le néant qui apparaît, un néant aussi terrifiant que l'image que l'on a de la mort, il ne reste rien, l'individu a disparu parce que l'environnement ne le maintient plus en état. La mort nous sépare de la reconnaissance de nos proches, de la possession de nos biens, de nos réalisations matérielles, de tout ce qui nous entoure autant que de tout ce que nous portons, souvenirs, sentiments, attachements. Ces "pensées" ne sont d'ailleurs bien souvent que des excroissances de nos expériences environnementales. Elles sont générées par nos relations, c'est à dire encore une fois par des éléments autour du trou dans le bois...



Ce travail d'identification exige une dépense d'énergie constante et souvent une imagination débordante afin de multiplier les expériences favorables à cette construction. Les psychologues appellent ce fonctionnement "le renforcement psychologique". La vie devient donc une consolidation permanente par "expériences extérieures." Il se peut très bien que la personne soit parfaitement heureuse de ce fonctionnement. Mais elle instaure un fonctionnement très égotique dans le sens où l'environnement se doit d'entretenir ce fonctionnement. La plupart des activités humaines consistent à défendre cette identité et le bas niveau de synergie s'explique ainsi facilement...Il y a "moi", ce vide entouré par des entités vides qui existent de par leur environnement et qui me font vivre. Ca ne créé aucune cohésion, fusion, osmose mais un entrelac de relations de dépendances.



On en revient par conséquent toujours au même problème. Que se passe -t-il si tout s'effondre ?



La possibilité pour le trou d'exister enfin.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mar 15 Déc 2009 - 23:47

En même temps, ce moi en trou est le bois de l'autre, et réciproquement.
Indissociables.
La vie, quoi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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thierry

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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 10:05

Romane a écrit:
En même temps, ce moi en trou est le bois de l'autre, et réciproquement.
Indissociables.
La vie, quoi.

Oui mais cette imbrication n'est pas tournée vers une conscience de la vie, de la source commune mais vers son détachement à travers l'identification personnelle que nous tirons de nos relations avec les autres. C'est là à mon avis que se situe le problème. Nous ne sommes pas impliqués dans une osmose mais dans une scission et nous nous construisons en fonction de nos différences. Evidemment que le développement de la personnalité est une évolution indispensable mais elle ne devrait pas se faire au détriment de cette conscience commune. Ce "vide" en moi est commun à tous. L'environnement n'est qu'un décor, pas une réalité intangible.
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Vic Taurugaux

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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 11:12



Lacan décrit aussi le moi mais comme un oignon. Des pelures sur des pelures. Dans sa métaphore, il n’y a pas de vide au milieu comme celle du trou dans l’arbre qui est d’abord un traumatisme de l’arbre. Cette idée du vide existentiel interne, (au fond je ne serais rien que le tissu de relations que j’entretiens avec les autres) est une image qui rend peut-être compte de l’angoisse existentielle liée à notre conscience d’être mortels. D’ailleurs, les autres aussi sont mortels. Alors, si c’est cette angoisse qui nous réunit, ce vide interne, peut-être sommes-nous obligés de survivre dans la fusion comme des êtres paniqués se blottissant dans les bras les uns des autres tout en se méfiant de l’étranger.

Peut-être que le débat actuel sur l’ « identité nationale » aurait pour ressort cette même angoisse de ne plus savoir qui je suis quand je repousse l’autre comme Eric Besson le fait pour nous avec ses charters d’afghans. Suis-je encore français en étant obligé de foutre ces malheureux à la porte pour défendre mon identité profonde ? Bien des historiens nous parlent pourtant de la France comme d’un oignon. Des vagues d’immigrés se superposant au fil des âges aux immigrés plus anciens. Pour eux, les « français de souche », les immigrés du milieu de l’oignon n’ont pas plus de légitimité que ceux qui font notre peau actuelle, nos derniers immigrés. Un oignon ayant autant besoin de sa superficie que de son centre.

Notre identité est plus forte si nous pouvons nous différencier de l’autre sans l’exclure. Et je crois pour ma part que le fait de me penser comme un être plein plutôt qu’un être vide peut m’aider en celà. En effet, le trou dans l’arbre ne doit son existence qu’à ce que l’arbre existe, c’est un accident qui est arrivé à l’arbre un peu comme la personne déprimée lutte contre sa dépendance forcée aux autres. Si les autres n’étaient pas là pour la soutenir, alors elle s’effondrerait dans l’abîme interne qui la définit. C’est rageant cette dépendance à l’autre tout-puissant quand on imagine n’être que du vide. C’est pourtant l’image que choisisse pour eux-mêmes les déprimés. Celle qui rend compte le mieux de tous leurs malheurs passés et à venir. Par contre, si j’intériorise l’autre, m’en confectionnant année après année des manteaux, des pelures par les qualités dont j’ai pu me nourrir chez eux, en m’identifiant tour à tour à mes parents, mes professeurs, mes amis, mon entourage, même parfois aux qualités paradoxales de mes ennemis alors je crains moins, grâce à cette plénitude interne, de me perdre dans l’anonymat du monde.

Je ne veux pas être un trou dans l’arbre, plutôt un nœud, fait d’un entrelacs de fibres, parfois problématique mais qui ouvre sur l’espoir de branches nouvelles …



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Sbreccia



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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 14:57

Vic Taurugaux a écrit:
[font=Calibri][size=12]



, les immigrés du milieu de l’oignon n’ont pas plus de légitimité que ceux qui font notre peau actuelle, nos derniers immigrés. Un oignon ayant autant besoin de sa superficie que de son centre.


tout à fait d'accord, on a tendance à oublier que à l'époque prehistorique nous étions issus d'un tronc commun en Afrique de l'est, et que donc l'humanité entière n'est qu'une lente immigration. Mais ceci est un autre sujet, mes excuses pour cette digression...
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thierry

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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 17:18

"Et je crois pour ma part que le fait de me penser comme un être plein plutôt qu’un être vide peut m’aider en celà. En effet, le trou dans l’arbre ne doit son existence qu’à ce que l’arbre existe." Vic.

C'est tout à fait ça et c'est pour cette raison que je m'obstine à ne délaisser ni le vide, ni le tronc.Smile
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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 20:09

Vic Taurugaux a écrit:
Pour eux, les « français de souche », les immigrés du milieu de l’oignon n’ont pas plus de légitimité que ceux qui font notre peau actuelle, nos derniers immigrés. Un oignon ayant autant besoin de sa superficie que de son centre.
Je ressens le côté chaud de la chose quand je considère l'identité souche par-delà le concept de nationalité... J'aurai été de tous les mondes, me suis-je dit un jour... Et là me revient l'expression 'cellule souche'...

Parlant d'identité, je dirais que mes racines sont bien d'avant l'ère chrétienne ou d'Abraham, mais qu'elle baigne dans la pensée de la loi naturelle inscrite au fond de la terre. Les mots un peu de trop, mais sorte de paganisme laïc se refermant quand un danger est pressenti...

Je ne suis ni québécois ni canadien ni d'Amérique... Je suis né ici, mais je sens bien que mes racines sont ailleurs...

Terre, sous mes semelles et dans le ciel...

Ah, dans les étoiles peut-être...
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thierry

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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Mer 16 Déc 2009 - 20:34

Le trou dans l'arbre est donc ignoré par notre obstination à nous concentrer sur l'environnement et les relations qu'il génère. Notre nature réelle est détournée, étouffée, ignorée parce qu'elle est beaucoup moins saisissable, elle réclame une vigilance constante. Le philososphe écossais du XVIII ème siècle, david Hume, regardait constamment "à l'intérieur de lui-même" pour essayer d'y découvrir une entité qu'il aurait pu appeler son "vrai moi" mais il tombait toujours sur les perceptions sensorielles et les "habitus." (La notion d'habitus (Aristote et Socrate) a été popularisée en France par le sociologue Pierre Bourdieu. L'habitus est pour lui l'ensemble des expériences incorporées et de la totalité des acquis sociaux appris aux cours d'une vie par le biais de la socialisation).

Cette difficulté provient du fait que le moi qui sous-tend toute expérience ne peut pas lui-même être expérimenté d'une façon objective. Dans une expérience, il y a l'objet expérimenté et le sujet d'expérience, l'expérimentateur. Comment faire de l'expérimentateur l'objet d'expérience lui-même ? Comment se détacher du sujet expérimenté lorsque ce sujet est l'expérimentateur ? Si je cherche à éclairer un suet à travers mon raisonnement, je dirige sur lui la "lumière" de mon raisonnement mais que vais-je éclairer si le sujet est lui-même la source de la lumière ? Ce rayon lumineux ne risque -t-il pas d'être manipulé par l'émetteur lui-même, ne risque -t-il pas d'être influencé, détourné, "enluminé" ?

Cela ne signifie pas pour autant que le vide dans le trou de l'arbre ne peut pas être éprouvé mais qu'il ne peut pas l'être dans le même champ d'expériences que l'environnement, avec les mêmes "outils". Ca ne serait qu'une hallucination à laquelle nous finirions par nous identifier comme nous le faisons pour notre "moi". Ca ne servirait à rien. Notre identité sociale, physique, psychologique, émotionnelle est fluctuante, instable, elle varie au fil des expériences. Ce sont des catalogues de caractéristiques qui ne sont pas intangibles. Mais il existe pourtant également un Moi, une entité immuable qui a le pouvoir de considérer ces changements sans que ces changements n'influent sur lui. C'est l'identité véritable. L'expérimentateur. Mais un expérimentateur qui doit parvenir à se dessaisir de lui-même comme "objet"...Ce serait un état de conscience pure, dépourvu de tout contenu. Il ne s'agit pas là de s'observer dans les évènements extérieurs mais d'entrer dans un espace sans expérience et que cette observation ne devienne pas elle-même une expérience...Au risque de renvoyer l'expérimentateur face à son objet... Etre conscient de n'être conscient de rien...Comme si l'on écoutait mais qu'il n'y ait rien à entendre. Mais ce silence est un bruit inaudible, il est toujours là. Alors quelle est cette conscience qui n'a conscience de rien ? Dans quel "univers" intérieur se trouve-t-telle ?

Beaucoup de mystiques ont écrit qu'elle était de l'ordre de "l'inneffable."

Le Tao Te King

"Le Tao qui peut être décrit n'est pas le Tao."



Le Mandukaya Upanishad.

"Ce n'est pas la connaissance extérieure

ce n'est pas la connaissance intérieure

pas plus que la suspension de la connaissance

ce n'est pas savoir

ce n'est pas ignorer

pas plus que ce n'est l'ignorance elle-même

ça ne peut pas être davantage vu que compris

on ne peut pas y indiquer de frontière

c'est ineffable et au-delà de la pensée

c'est indéfinissable

ce n'est connu qu'en le devenant."



Maître Eckhart, le mystique chrétien du XIII ème siècle.

"Tout ce que l'homme vit ici extérieurement en multiple est intrinsèquement Un. Ici, toutes les brindilles d'herbe, bois et pierres, toutes choses sont Unes. C'est la plus profonde profondeur."



Le vide dans le trou de l'arbre, le Moi, comme le point de fusion de la Vie.
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Romane
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MessageSujet: Re: Le trou dans le bois.   Jeu 17 Déc 2009 - 2:08

J'aime toujours autant ce lâcher-prise de ronron, laissant l'ouverture totale.

Et puis merci Thierry pour ces ajouts, j'en savoure la qualité.

Question m'a été posée cet été : qui est "Moi".

Je n'ai pas su répondre parce que j'avais un milliard de choses qui me tournaient dans la tête, un milliard de choses lourdes et un bilan à tirer. Mais même après délestage de ces poids, comment expliquer ce trou dans le bois ?

Tout ce que je pourrais dire serait issu de tout ce que mon corps et ma tête ont traversé depuis le jour de ma naissance embryonnaire.

L'essence du Moi me semble insaisissable, d'ailleurs ton deuxième paragraphe de ta dernière intervention, Thierry, décrit ce phénomène à merveille.

Joker ; ne peut-on être, tout simplement ?

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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