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 C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]

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MBS



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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:00

Je m’éveillai dans le moelleux déroutant d’un fauteuil bien rembourré, le corps meurtri mais libéré de mes chaînes, avec sur les lèvres la question la plus banale en pareilles circonstances.
- Où suis-je ?
- Dans le saint des saints, ma chère !…
C’était une voix féminine. Un peu rude et abrupte. Une femme qui commandait et avait l’habitude qu’on lui obéisse. Pas par respect ou reconnaissance.
Par peur.
D’un geste sec, une main sans doute toute proche m’enleva ma cagoule. Le flot de lumière se heurta à l’obscurité coagulée dans mes yeux pendant mon engourdissement. Le choc projeta ma tête en arrière. Je me cognai au dossier. Même capitonnage que sous mes fesses. Fauteuil à l’ancienne, style historique. Les services spéciaux avaient-ils des rudiments de design d’intérieur ?
Je clignai à plusieurs reprises des yeux, mes paupières cherchaient à filtrer ce qui me paraissait être un arc incandescent et qui n’était finalement qu’un jour un peu gris transpirant à travers une fenêtre.
Lorsque tout s’organisa à nouveau dans ma cornée, le corps de la femme se découpa sur fond de verdure. La pièce donnait sur un grand parc. Il y avait de la dorure partout. La femme était blonde et jeune. C’était un bureau. Elle ne devait pas avoir plus de 30 ans mais d’habillait avec sévérité.
Toutes les informations arrivaient en vrac et je me révélais incapable de les organiser un minimum pour leur donner un sens. Elles se mélangeaient de surcroît à tout ce que j’ai entendu pendant le trajet. Le Palais, le Coq, le bruit des roues sur le sol.
- Je suis à l’Elysée ?
- Remarquable déduction, ma chère !… Qui honore, comme souvent avec vous, l’université française… J’ai pensé qu’il serait mieux pour la petite discussion que nous allons avoir ensemble que vous compreniez bien les données de ce que des observateurs extérieurs appelleraient le rapport de force.
- Où est Arthur ?
- Oh, le cri du cœur ! C’est touchant ! Mais chaque chose en son temps, nous parlerons de lui tout à l’heure… Si votre petit cœur s’inquiète, sachez qu’il va bien. Une ou deux côtés froissées mais rien de fondamental. Il pourrait encore faire de l’usage.
- Alors si nous devons parler, serait-il abusif de vous demander à qui j’ai l’honneur de ne pas avoir été présentée ?
Derrière moi, je sentis peser la menace d’un des costauds de l’expédition de tout à l’heure. Jusque là, à part m’ôter la cagoule, il n’avait rien fait. Si le fait de « répondre » à la dame le mettait dans cet état, je n’osai imaginer ce qui se produirait si j’essayais seulement de bouger.
- Votre question est légitime et je me dois d’y répondre car nous aurons, je crois, encore à nous rencontrer souvent. Je suis Amy Levasseur, conseillère spéciale du Président pour les problèmes du grand banditisme international. Vous êtes ici dans mon bureau au premier étage du Palais de l’Elysée. A quatre portes d’ici, pour vous situer au mieux les choses, le bureau du Président… Je vous rassure, il n’est pas là actuellement. Un voyage à la Réunion avec une grande partie de son staff. Nous serons donc parfaitement au calme pour régler nos petites affaires.
- Madame Levasseur, vous m’excuserez de ne pas me lever pour vous serrer la main. J’aurais trop peur que votre bouledogue ne me morde… Et vous me pardonnerez de ne pas me présenter car je crois que vous me connaissez déjà très bien.
- Je vous ai approchée à plusieurs reprises, c’est vrai… Sans que vous soyez prévenue de ma présence mais tel n’était pas le but.
- Tandis qu’aujourd’hui ?…
- Aujourd’hui, ce n’est plus pareil effectivement. Comme on dit en politique, les lignes ont bougé… et ces lignes c’est vous qui vous êtes acharnée à les mettre en mouvement.
- Vous m’en voyez désolée.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:11

La discussion ne démarrait pas vraiment. Je n’avais toujours pas compris quel était le rôle exact de la femme en face de moi, ni dans quel type de sentiment je devais la tenir. Simple détestation ou exécration totale ? Nous échangions essentiellement quelques fausses amabilités qui n’allaient pas pour l’instant au-delà du coup de griffe superficiel.
- Vous avez appris de la bouche de ce cher Arthur Maurel certains secrets qui ne sont pas bons à connaître. C’est de cela dont je veux parler avec vous.
- Echanger nos secrets, faut-il que nous fussions intimes pour en être déjà là ?
- Vous persiflez, vous exhalez votre fierté, je reconnais bien là ce caractère qui vous a déjà coûté si cher par le passé… coupa, tranchante, Amy Levasseur.
- Un caractère qui m’a permis de continuer à vivre la tête haute, fis-je remarquer.
- Louis XVI a vécu la tête haute jusqu’au moment où on la lui a tranchée.
- Je me sens plus d’affinités avec son aïeul Louis XIII.
- Il paraît que c’est un roi qui vous a beaucoup occupé ces derniers mois… Alors, venons en justement à l’essentiel en nous référant à lui. Souhaitez-vous que ce travail n’ait pas été réalisé en vain ?
- Que voulez-vous dire ?
- Il serait fâcheux que votre ouvrage ne puisse sortir parce que vous ne serez plus là pour en corriger les épreuves.
- Nous en sommes déjà à un point critique de nos rapports ? Alors que nous ne nous connaissons qu’à peine ? Voilà que vous envisagez de vous passer de mes services. Je croyais pourtant être le pilier de votre petite entreprise.
A l’adjectif « petite », Amy Levasseur manifesta d’un rictus de lèvres sa mauvaise humeur. Sa fierté valait bien la mienne.
- Nul n’est indispensable, ma chère Fiona… Et sur une certaine liste dont vous avez eu à connaître les grandes lignes, les noms susceptibles de nous apporter les agréments que nous souhaitons se feront dans un avenir plus ou moins proche de plus en plus rares. Par la loi naturelle comme par la lassitude de toujours céder à la menace. Il nous faut pour demain envisager de vous offrir un nouveau rôle ou bien alors vous éliminer définitivement du jeu.
- Aurais-je cessé de plaire ?… Comme une pauvre Montespan ?…
- Pas encore, je vous rassure sur ce point. Votre ego peut se gonfler de quelques bouffées d’orgueil supplémentaires. Au contraire même, je dirais qu’il se trouve parmi nos honorables correspondants bien des pères putatifs qui admirent votre cran et votre personne. Cela ne les empêche nullement de servir nos intérêts quand nous les sollicitons. Ils le font juste avec un regret, celui de ne pas mieux vous connaître.
- Si je vous comprends à demi-mot, ils ne craignent plus trop le déshonneur de leurs folies de jeunesse mais estiment qu’il serait temps que je leur témoigne un peu de reconnaissance.
- Vous êtes remarquable !…
- A force de l’entendre, je finirais peut-être un jour par le croire.
- Si vous ne l’étiez pas, toute cette affaire avec son côté glauque et graveleux aurait fait pschitt depuis longtemps. Nos généreux donateurs, lors de leur performance de début, étaient persuadés de servir leur pays en même temps qu’ils pensaient mettre en avant une virilité incandescente. Aller leur avouer que leur semence n’a servi qu’à donner naissance à Fiona Touzon, intérimaire dans le secrétariat, à Fiona Schwartz, contrôleuse de qualité dans une brasserie alsacienne ou à Flo Cortes, défenseur droit à la Berrichonne de Châteauroux, cela n’a rien de motivant. Voyez comme votre réussite peut les honorer et les amener sur leurs vieux jours à s’en octroyer la part… initiale.
- Le Président fait partie de ?…
- Le Président ? Grands dieux, non !… Mais la personne qui lui a donné mon nom et m’a permis d’accéder à ce bureau cosy et stratégique, lui, était de « l’expérience ». De coups de pouce en amitiés intéressées, j’ai gravi les échelons et voilà comment je supervise la lutte contre moi-même. Admirez le luxe de possibilités que cela m’offre. Je peux commander aux forces spéciales, aux services secrets en même temps qu’à mes fidèles associés. Vous avez pu juger, je crois, de la puissance que cela m’octroie.
En matière de mégalomanie, je n’avais pas vu de cas aussi parfait depuis certains collègues sorbonnards chenus et passés de mode. Le plus effrayant c’est qu’elle, elle n’avait même pas trente ans. Dans dix ans, si on ne l’arrêtait pas, elle aspirerait à plus que la simple petite France. Il lui faudrait contrôler l’Europe !… Et le monde en cadeau pour ses 45 ans !… De quelle école sortait-elle donc ? Quel établissement supérieur pouvait former des êtres aussi imbus d’eux-mêmes ? ENA ? Normale Sup ? Harvard ?…
- Et, voyez-vous comme la vie a des côtés inattendus, tout cela, je le dois surtout à deux personnes, vous et ce très cher Arthur.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:23

L’idée qu’Arthur ait pu aider cette pimbêche arrogante à parvenir dans un bureau élyséen raviva ma théorie des pâtisseries. Avais-je été victime jusqu’au bout de son double-jeu ?
- Avoir la liste c’était une chose. Savoir et comprendre à quoi elle correspondait en était une autre. Enfin, en dernier lieu, il fallait être capable de faire jaillir la pépite qui allait mettre le tout en branle.
- Arthur est derrière tout cela ?
- En bonne partie… Mais à son corps défendant… Voilà qui rassurera, j’en suis sûre votre petit cœur qui saigne… Depuis plusieurs années, toutes les communications d’Arthur Maurel sont filtrées par nos soins. Il n’est rien qu’il dise au téléphone ou qu’il envoie par mail que nous n’interceptions. Ce matin, nous avons pu bloquer par ce biais votre communiqué de presse qui pouvait se révéler terriblement déstabilisant pour nos intérêts… Et puis, comme il fallait vous écarter un moment du jeu, nous avons envoyé l’infanterie lourde. C’est le problème de ce pauvre Arthur, il n’a jamais sur s’entourer. Son ami informaticien comme son papy Claude, deux êtres aux besoins financiers sans fin, nous ont permis de suivre l’avancée de toutes ses recherches. Quand vous avez été identifiée comme la pièce rare de la collection, il nous a suffi de vous mettre en avant par le biais d’une émission télévisée.
- Mais comment avez-vous fait pour qu’il ne se rende compte de rien ?
- En lui donnant les deux meilleures raisons de s’obstiner, l’amour d’une fille et le désir de venger un amour trop tôt disparu.
- Et vous avez utilisé son travail pour construire cette cage autour de moi.
- L’image est assez juste. Il nous a communiqué tous les renseignements dont nous avions pour optimiser le projet FIONA et vous mettre sur les bons rails. Nous vous avons lancée avec Sept jours en danger… Richard Lepat nous devait une contrepartie pour une affaire de poudre blanche qui avait mal tournée au Proche-Orient. Ensuite, une fois que vous étiez connue, il suffisait de gérer votre vie comme on manœuvre un bateau en tirant des bords d’un coté ou de l’autre. Nous avons su que vous n’aimiez pas Maximilien Lagault, on vous l’a mis dans les pattes. Lorsque vous avez tenté de renouer avec votre mère d’adoption, nous avons fait en sorte qu’elle parte couler une aimable retraite sous les tropiques… et sa chère et trop bavarde voisine aussi. Je pourrais multiplier les exemples et je suis certaine que vous n’en seriez pas plus étonnée que cela. Vous n’avez jamais cru que vous étiez un esprit supérieur… Vous suspectiez bien que vous n’étiez pas le capitaine de votre propre existence.
- Et cela a continué ainsi jusqu’à ce week-end dément dont le but était de casser ma relation naissante avec Arthur ?
- Ensemble, vous formez peut-être un joli couple pour les magazines mais vous êtes beaucoup trop dangereux… J’ai lu le compte-rendu de vos échanges de la nuit. Vous avez presque tout saisi de notre plan, sauf une chose.
- Laquelle ?
- Elle viendra à son heure… Pour le moment, voici ce que je vous propose. A prendre ou à laisser. Je ne négocie pas, j’impose… Vous entrez pleinement dans notre organisation…
- Votre Mafia personnelle, vous voulez dire ?
- Et nous accélérons encore votre carrière. Dans trois ans, vous êtes professeur dans l’université parisienne que vous choisirez. Vos ouvrages sont soutenus par la critique la plus dure et vous raflez quelques prix retentissants. Et si l’enseignement vous pèse, nous vous en déchargerons avec un poste de rectrice ou de directrice d’un établissement du supérieur…
Comment pouvait-elle être assez cintrée pour penser que ce genre de proposition pouvait m’agréer ?
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:34

- Mettons les choses au point voulez-vous ? repris-je. Vous êtes peut-être une sacrée diablesse mais je ne m’appelle pas Faust. Je ne suis pas prête à vendre mon âme, ni même mon cul pour quelques quinquagénaires qui aimeraient se prouver qu’ils n’ont pas perdu grand chose depuis qu’à vingt ans ils culbutaient ma mère.
- Vous n’avez pas bien compris. Je ne négocie pas…
- Moi non plus, je ne négocie pas… C‘est pour cela que je crains que, palais de l’Elysée ou pas, vous deviez vous trouver quelqu’un de plus impressionnable pour céder à vos pressions débiles. Regardez le Bottin… Je suis sûr que vous trouverez bien une Fiona modèle 78 encore en état de marche. Elle sera sans doute puéricultrice ou gardienne de square. Cela fera rêver vos bons amis qui seront prêts à vous ouvrir leurs bras ou leurs carnets de chèques juste pour les rencontrer et fantasmer sur leur jeunesse.
- Attendez d’avoir vu l’autre côté des choses avant de jouer à Jeanne d’Arc. Sur les rotatives de People Life, est en attente un reportage bien compromettant sur votre nuit d’amour torride avec Maximilien Lagault.
- Compromettant pour lui, je suppose.
- Que je sache, ce n’est pas lui qui portait une tenue fétichiste et qui remuait de la croupe.
- Si vous savez cela, vous savez aussi qu’il ne s’est rien passé…
- Les caméras installées dans la suite du Mercure sont effectivement épatantes et disent l’esprit rusé qui est le vôtre… Mais il suffit de sélectionner les bonnes images. Après, pour le texte, ce brave Maximilien se fera un plaisir de retranscrire ce qu’il raconte en privé depuis un bon mois. Entre un académicien encore vert et une ambitieuse en latex, qui le public préférera-t-il détester ?
- Vous avez déjà essayé plusieurs fois de démolir ma réputation. Cela ne me fait plus peur. Parce que cela ne marche pas… La capacité d’oubli de la population est effrayante !
- Dans la foulée, découvrant ces comportements répugnants qui l’offense et qu’il réprouve, Arthur Maurel, fou de douleur et désespéré d’avoir été évincé de son poste à RML, se suicide.
- Voilà comment on retombe en fin de compte sur mes suppositions nocturnes. L’élément dangereux c’est Arthur… Pas moi…
- A une nuance près et je suis certaine qu’elle va faire frissonner de terreur votre petit cœur sensible et votre moralité bassement convenue. La fille d’Arthur Maurel…
- Ne touchez pas à Corélia !
- Ne craignez rien pour elle… Elle vivra très heureuse…
- Vous allez en faire une putain dans un bordel d’Amérique latine ! m’écriai-je bien certaine que rien d’humain ne pouvait plus sortir de la bouche vipérine qui me saoulait de sa suffisance depuis plus d’un quart d’heure.
- Pour qui me prenez-vous ?! J’ai des ambitions plus élevées pour cette enfant… Pas plus que vous je ne suis immunisée contre la mort. Un jour viendra où il faudra me remplacer. La petite Corélia, que j’aurais formée dès ses trois ans à la dureté, à l’intransigeance et au monde du pouvoir, deviendra à son tour la maîtresse de notre empire… Et le monde entier devra lui faire allégeance… J’espère que vous serez encore de ce monde pour contempler ce triomphe… Jes’ va chercher la gosse !
L’homme de main disparut me laissant seule avec Amy Levasseur.
- Il y a une autre raison pour laquelle je voudrais que la petite Corélia me succède. Vous ne voyez pas laquelle ?
- Vous donnez régulièrement pour l’UNICEF ? Et le développement d’écoles en Afrique noire est au cœur de vos préoccupations quotidiennes ?
- Très amusant… Cherchez mieux…
- C’est votre revanche sur les deux minables qui ont beurré vos épinards depuis cinq ans ? osai-je.
- Vous êtes plus proche de la vérité que vous ne croyez… J’aimerais montrer à Corélia que je pouvais être une meilleure mère que vous ne l’auriez été pour elle.
- Pourquoi seriez-vous une meilleure mère que… Oh non ! C’est pas vrai ! Vous n’avez pas fait ça ?…
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:42

La vérité de ma destinée était complètement amorale tant elle s’était construite sur le mensonge, mais ce que cette femme avait fait pour son propre profit, cela n’avait pas de nom… Ou justement si, cela portait un nom. Un nom que lui, paradoxalement, on pouvait qualifier sans se tromper de « propre ».
- Amy Levasseur… A et L… Comme Aude Lecerteaux… Officiellement décédée dans un accident de voiture, officieusement après avoir accouché d’une petite Corélia, mais dans la réalité restée vivante et dans l’ombre pour tirer les ficelles.
La porte s’ouvrit dans mon dos. Je me retournai et mes yeux croisèrent ceux de Corélia. La pauvre gamine devait être complètement paumée par ce qui lui arrivaient. Alors, quand elle me reconnut, son visage arbora un large sourire, elle jeta ses petits bras vers l’avant et s’écria « Maman ! » avec la puissance démesurée que peut avoir une voix d’enfant.
- Non ! hurla Amy Levasseur en cognant du poing sur son bureau style Empire… Non, ce n’est pas ta mère… C’est moi ta mère !…
Corélia ne se laissa pas démonter par les cris. Elle courut vers moi, m’agrippa par la main et m’escalada pour venir s’asseoir sur mes genoux. Dans les instants dramatiques à venir, j’avais une alliée. Une alliée minuscule mais dont la tendresse à mon égard n’était pas feinte. Comme elle bisquait la vipère en face de moi !… C’était là une possibilité à saisir d’urgence. La colère est mauvaise conseillère… Surtout sur les esprits dérangés.
- Calmez-vous, dis-je en m’efforçant de me contrôler moi-même. Nous pouvons réussir à nous entendre puisque nous voulons toutes les deux quelque chose… Mais pour cela, il faudrait que nous puissions en parler entre femmes. Il y a certains détails d’ordre intime, sur moi comme sur vous, que tout le monde ne peut pas entendre. Nous aurons fait après tout plus que partager ce bureau…
J’accompagnai ma proposition d’un geste du menton en direction du costaud des Batignolles qui avait repris place derrière nous. Lui, il était clairement de trop pour ce qui mijotait à feu doux dans ma caboche.
- Jes’, tu sors ! ordonna la conseillère présidentielle dont la colère n’était pas retombée.
Sans moufter, Jes’ vida les lieux. Comme quoi, commander à un homme de main et à un étudiant sont deux choses très différentes. Réflexion mal venue, je sais. Il se trouve pourtant qu’elle passa à ce moment précis et m’aéra suffisamment le cerveau pour que je prenne des résolutions décisives.
Amy Levasseur dut le pressentir car elle m’avertit de son ton toujours aussi rogue et impérieux.
- Je vous préviens que si vous aviez des idées… et je sais que votre tête en est pleine… ceci pourrait vous refroidir à jamais de recommencer.
Ceci, qui fit irruption dans la main droite d’Amy/Aude, avait une forme bien connue de pistolet automatique muni d’un embout spécial communément appelé silencieux. La responsable du grand banditisme auprès du Président venait bosser avec son propre matériel.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 21:56

- Vous ne négociez jamais ? dis-je comme si la menace ne me touchait pas. Si je vous ai demandé de faire sortir votre gugusse c’est pour qu’il ne vous voit pas en train de discuter bout de gras et chiffon. Cela nuirait à votre autorité naturelle…
- Ce que je vous ai proposé tout à l’heure tient encore. Vous marchez avec moi et Arthur vivra. Sinon, vous êtes éclaboussée par un nouveau scandale, Arthur se suicide et je récupère la garde de Corélia. Mais ma proposition a une limite dans le temps. Vous avez cinq minutes.
- Cinq minutes ?! Mais nous n’avons pas encore commencé à discuter… Vous êtes beaucoup trop pressée pour ne pas être quelque part en situation de doute… Je crois que vous bluffez… Je ne crois pas que vous ferez ce que vous dites.
- Vous ne m’en croyez pas capable ?…
- Sur le côté mauvais de la proposition, je vous fais pleine et entière confiance… Non, c’est votre parole du côté « positif » si j’ose dire dans laquelle je n’arrive pas à me retrouver. Je suis persuadée que dans les deux cas vous garderez Corélia… Vous n’accepterez pas qu’une autre personne lui donne l’amour que quelque part vous estimez être la seule à lui devoir. Et, connaissant l’amour d’Arthur pour sa fille, qu’elle lui échappe le tuera aussi sûrement que vos manigances pour barbouzes débutants. Sauf vous n’aurez évidemment pas à faire le sale boulot.
Je ne devais pas être loin de la vérité, de cette façon bien à elle d’évaluer le « contrat » qu’elle voulait conclure avec moi. Un accord franc avec plein de petites notes en bas des pages.
- Et donc, chère madame je sais tout, que proposez-vous ?
- Vous nous envoyez Arthur et moi sur une plage paradisiaque à l’autre bout du monde… Seuls… Deux, trois fois par an, je reviens faire vos petites missions sous couvert de présenter un nouvel ouvrage ou de recevoir les prix que votre sympathique entregent m’aura fait obtenir. Je n’ai plus d’étudiants, ça c’est essentiel… Vous pouvez bien avec vos moyens colossaux me dégoter un poste de correspondante auprès d’une quelconque université du Pacifique Sud pour me garder une respectabilité professionnelle ?
- Qu’est-ce qui change avec ce que je vous ai proposé ?
- J’ai Arthur pour moi tout seul !… Je ne suis plus la numéro 2 dans son cœur… Et comme ça, vous pouvez garder Corélia.
Joignant le geste à la parole, je me levai et fourrai l’enfant dans les bras de sa mère naturelle. Comme je l’avais vue faire avec Ludmilla, la fillette se mit à se débattre et à crier de peur que je disparaisse à nouveau de sa vie. Et ces mouvements furent d’autant plus forts et énergiques que la dame à qui je la remettais avait crié très fort dès son entrée et qu’elle en avait peur.
Embarrassée et surprise par mon geste, Amy Levasseur resta inerte quelques secondes. Juste le temps nécessaire pour que je plonge sous son bureau, la saisisse par les jambes dans la bonne tradition rugbystique de mon sud-ouest. Un petit coup d’épaule m’aida à la faire basculer au sol.
Finissant par comprendre ce qui lui arrivait, elle lâcha Corélia pour se défendre et commença à me larder le visage de coups de griffes ongulées.
Ne pas la lâcher ! Surtout ne pas la lâcher. !
Centimètre par centimètre, je remontai ma prise. Il fallait que je lui immobilise les bras. Sans risquer d’être repoussée par ses jambes. Comme pendant les quelques cours de judo que j’avais eu au lycée.
Elle aurait pu crier, appeler à l’aide mais soit que sa fierté s’y opposât, soit qu’un tel chahut au palais eut fait désordre, elle n’en fit rien continuant à lutter pour se dégager.
- Corélia ! Donne-moi le pistolet ! Le pistolet !
Elle ne doutait de rien. L’enfant de trois ans savait-elle seulement ce que c’était qu’un pistolet ?
- Sur le bureau, le pistolet !… C’est un ordre ! Obéis à maman !
L’autoritarisme d’Amy/Aude était si grand, si fou de par l’ampleur prise par sa puissance, si grisant, que Corélia hésita un court instant, voulut s’enfuir et finalement resta figée, ne sachant trop quoi faire.
Dans un nouvel effort, j’agrippai un bras tout en continuant à enserrer les jambes de mon adversaire avec ma jambe droite. Au jugé, parce que j’étais enfin à portée de tir, je lui balançai un coup de poing qui dut la frapper au menton. Elle se relâcha juste le temps de récupérer. Ce fut pour recevoir en prime une série de coups de pieds délivrés par une Corélia qui, ayant fini par comprendre de quoi il retournait exactement, venait au secours de sa « maman ». D’une prise de judo, je passai à une figure digne du catch. Retournée, Amy Levasseur se retrouva sur le ventre et je pus m’asseoir au creux de ses reins, ses deux poignets fermement tenus entre mes mains.
- Voilà une position dans laquelle je crois nous pouvons négocier, dis-je.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:10

L’ouverture de pourparlers, dont je jugeais qu’ils me seraient favorables, ne put se faire. Trois types, aussi baraqués que ceux des forces spéciales, entrèrent avec fracas dans le bureau. Pendant que deux d’entre eux nous séparaient, le dernier prit Corélia dans ses bras musculeux avec une douceur qui m’apparut surprenante et sortit en refermant tout aussi délicatement la porte.
- Messieurs de la sécurité, rugit Amy Levasseur, il était temps que vous interveniez ! J’ai failli me faire assassiner sans que vous réagissiez… Conduisez cette demoiselle au commissaire Mercier, il saura quoi en faire.
Vaincue par tant de forces réunies, et soupçonnant que le commissaire Mercier n’aurait pas à mon encontre d’intentions particulièrement agréables, je me résignai déjà à me retrouver chargée de chaînes. Un des deux costauds, le blond, s’était approché de moi une paire de menottes à la main.
- Il nous faudrait un ordre écrit s’il vous plait, intervint le balèze brun.
- Le commissaire Mercier sait de quoi il retourne.
- C’est pour le transport jusqu’au siège de la DST… Un ordre de mission… C’est la procédure normale.
Amy Levasseur maugréa, se rapprocha de son bureau, releva le siège renversé pendant la lutte pour pouvoir s’asseoir, tira une feuille à en-tête d’un porte-document, saisit un stylo.
- Vous ne voulez pas aussi que je vous fasse un plan ?…
L’idée de laisser une trace écrite de mon élimination mettait Amy Levasseur au comble de la mauvaise humeur. Ce bureau était sa part lumière et d’ici rien ne devait sortir qui soit rattachable à sa part d’ombre.
- Non… Contentez-vous d’indiquez l’heure de l’ordre, la destination, l’identité du paquet et signez…
Le garde du corps contourna le bureau pour vérifier la bonne exécution de l’ordre de mission. La suite se déroula si vite que les mots sont encore trop longs pour la décrire. Le baraqué brun posa l’index de la main gauche sur le papier officiel comme pour pointer quelque chose qui ne lui convenait pas. Dans le même mouvement, sa main saisit le pistolet sur le bureau, le colla sur la tempe d’Amy Levasseur et tira.
Tout s’était déroulé sous mes yeux. A toutes vitesse et sans le ralenti qui accompagnait la mort sur les écrans. Du fond de moi monta un cri d’horreur primal qui s’étouffa dans le gant que mon garde du corps blond me colla sur la bouche en parfaite synchronisation avec le coup de feu. Il le tint encore appuyé le temps d’une mise en scène macabre, le remplacement du début d’ordre rédigé par Amy Levasseur par une lettre sans doute expliquant son geste.
- Capitaine Jacquiers, se présenta l’exécuteur en esquissant quasiment un salut face à moi… Le lieutenant Patrick qui vous empêche pour le moment de parler s’est porté volontaire pour cette mission après avoir suivi vos cours à Amiens. Est-ce que ça va aller, mademoiselle Toussaint ?
C’était sidérant. La cavalerie était pour une fois arrivée à l’heure. Pour me sauver et pour faire disparaître enfin de la surface du globe cette pourriture d’Aude Lecerteaux. Pourquoi me serais-je sentie mal ?
Bien sûr, il y avait le cadavre, la tête posée sur le bureau, du sang et des morceaux de cervelle suintant de la plaie temporale. C’était à peine supportable. Je sus gré au peloton d’intervention d’avoir éloigné Corélia de ce spectacle dont les effets sur sa vie future auraient été dramatiques.
D’un clignement des yeux, j’indiquai que j’étais ok. Pas certaine de tenir sur mes jambes quand le lieutenant Patrick cesserait de me servir de tuteur mais tous les cris étaient repartis s’étouffer au fond de ma gorge. D’où ils ne ressortiraient peut-être plus.
- Elle est ?… demandai-je.
- Pourquoi est-ce que c’est toujours cette question-là qu’ils posent ?… marmonna le capitaine Jacquiers avec l’air badin du type qui sait qu’il a bien fini son boulot.
- C’est que celle-ci a déjà ressuscité une fois et que je voudrais être certaine que ce n’est pas encore une de ses combines.
- Vous voulez prendre son pouls ?…
J’aurais dû m’approcher et le faire mais je m’en sentais viscéralement incapable. En matière d’émotion et de haut-le-cœur ce que je venais de vivre dépassait l’horreur du combat avec le frangin Rivière dans la gare de Blois. Dans les deux cas, je n’étais pas responsable directement de l’anéantissement physique de mon adversaire mais dans les deux cas, j’avais tout vu… Et je n’étais pas préparée à cela. Même pas la seconde fois.
- Lieutenant Patrick, j’espère vous avoir bien noté, dis-je pour changer de sujet.
- J’étais en auditeur libre, madame. Dans le cadre des formations universitaires qui complètent nos périodes de missions… Je suis heureux de vous avoir rendu sur le terrain ce que vous m’avez apporté en dehors.
- Je ne pense pas que ce soit comparable. Merci lieutenant… Merci capitaine…
Je leur serrai la main avec une effusion que je n’avais sans doute jamais exprimée (même à mon examinateur du permis de conduire). J’étais sauvée, Corélia était protégée… Il restait Arthur.
- Messieurs, je ne sais pas quels étaient vos ordres exacts mais pour ma part j’ai encore un souci à régler.
- Si c’est le sort de monsieur Arthur Maurel qui vous importe, nos collègues des forces spéciales sont passées à l’action il y a vingt minutes. A l’heure qu’il est, monsieur Maurel est hors de danger. Nous le ferons transporter au Val-de-Grâce pour examen ainsi que sa fille.
- Notre fille…
- Pour le moment, il s’agit seulement de sa fille, mademoiselle Toussaint… Car la seconde partie de ma mission consiste à vous maintenir à l’isolement jusqu’à jeudi prochain.
- Mais pourquoi ?…
Cette capacité que j’avais à toujours vouloir comprendre les tenants et les aboutissants devait être assommantes. Le capitaine Jacquiers eut la bonté de ne pas s’en formaliser et apporta juste une précision qui pour moi changeait tout.
- Cela doit être compris comme le retour à une totale liberté dès vendredi.
- Mais mes étudiants ?…
- Ils seront comme mes enfants quand un prof manque… Ils s’en remettront très bien, croyez-moi. Maintenant, si vous voulez me suivre, je vous conduis à vos appartements.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:20

JEUDI 21 JANVIER

Le 21 janvier m’évoquait régulièrement chaque année la mort du roi Louis XVI. Son exécution était un événement que je regardais toujours avec une part de consternation et beaucoup d’interrogations. Quelle qu’eût été la culpabilité du souverain, le choix fait par la Convention n’avait pas été celui de la raison mais bien celui de la Némésis. De la vengeance, on avait dérapé, selon la formule célèbre de François Furet, vers la violence pure, primaire et absurde. Tout cela prenait cette année une résonance toute particulière dans mon esprit. Aude Lecerteaux avait évoqué ma fierté en faisant référence au dernier souverain absolu de la France et à son châtiment. J’avais, Dieu merci, toujours la tête sur les épaules sans avoir rien abdiqué de mes croyances profondes. Mais, ces comportements humains inconséquents m’interrogeaient sans cesse à travers une réflexion philosophique que je pouvais gorger d’exemples vécus. L’amour, la haine, la violence, l’appétit de dominer, celui de détruire et d’humilier, le bonheur, tels avaient été mes compagnons principaux pendant mes journées d’isolement au palais de l’Elysée.
Isolement ne voulait pas dire emprisonnement. On aurait bien pu parler dans mon cas de prison dorée. J’avais à ma disposition une chambre d’une taille telle que ma salle à manger toulousaine y aurait contenu deux fois. Dans cet espace immense, décoré de manière fort contemporaine, se logeaient sans peine un grand lit, un bureau sur lequel on était venu installer mon ordinateur personnel, un écran de télévision géantissime connecté à toutes les chaînes du satellite, une table et quatre chaises. La partie sanitaire était tout aussi vaste et luxueuse, le simple carreau de faïence devant coûter autant que l’ensemble des carrelages des toilettes de la fac. Seule restriction, mais elle était de taille, je ne pouvais pas communiquer avec l’extérieur. L’ordinateur n’était relié à aucun réseau internet et il m’était interdit de faire passer des messages, même simplement rassurants, à quiconque. En revanche, tout ce qui m’était nécessaire était apporté avec une diligence qui aurait fait pâlir les entreprises de vente par correspondance. Des vêtements et des chaussures d’abord pour lesquels on me présenta des modèles avant de me demander mes tailles et pointures. Je pus quitter ma robe de Mata-Hari glamour en me jurant bien qu’elle ne me reverrait jamais et que j’éviterais, par superstition en particulier, de remettre les pieds dans le type d’établissement où je l’avais achetée. Lorsque j’eus rempli mon bloc de notes de lecture, on m’en apporta un autre aux armes du Palais. Lorsque mes deux pavés furent engloutis au terme de lectures assidues, on fit pour moi ce qu’on ne faisait que pour les oraux de certains examens, on courut trouver dans les bibliothèques universitaires de la ville, l’ouvrage « pointu » dont j’avais besoin. Quant à la cuisine, même si le chef de l’Elysée dut en avaler sa toque de rage, on m’apporta des repas simples comme je les aimais : haricots verts cuits à l’eau, steaks servis sans sauce, laitue légèrement assaisonnée.
Dernier élément rassurant dans cette captivité aux airs de délices de Capoue, le bilan médical assuré par un médecin venu spécialement du Val-de-Grâce se révéla positif. Secouée nerveusement et affaiblie moralement, je n’avais au plan physique que les plaies superficielles laissées par les coups reçus pendant mon arrestation et les traces, peu profondes heureusement, des griffes d’Aude Lecerteaux sur mon visage. Mon régime médical se limitait essentiellement à quelques produits calmants dont je limitais par moi-même la posologie. Lorsque je l’interrogeai sur le sort et la santé d’Arthur Maurel, le médecin militaire se contenta de sourire avant de se retrancher derrière la double protection des ordres reçus et du secret médical.
D’Arthur j’eus des nouvelles sur les ondes de RML que je captais sur la télévision via le satellite. Le mardi, dans le journal de la mi-journée, Jean-Philippe Grondeux annonçait que « suite aux nombreux mails et coups de téléphone reçus pour s’inquiéter de la disparition d’Arthur Maurel de l’antenne » la direction de RML était « heureuse de pouvoir donner des nouvelles rassurantes de l’état de santé d’Arthur qui, victime de surmenage, se reposait et reviendrait à l’antenne la semaine prochaine ». C’était une très bonne nouvelle. Arthur sans son boulot, c’était comme moi sans le mien. La porte ouverte à tous les désespoirs, à toutes les déprimes. Le glissement progressif vers un néant gris, puis noir. Nous étions ce qu’on appelle des « dingues de travail ». Angoissés compulsifs lorsque nous n’avions rien à faire, énergiques et perfectionnistes lorsque nous étions en action. J’en venais à me demander par quel miracle nous pourrions parvenir à faire coïncider nos agendas en vivant ensemble. Lui à Paris et moi à Toulouse, ses après-midi bloquées quand les miennes étaient davantage libres. Faudrait-il planifier quinze jours à l’avance les plages de notre temps pour faire l’amour ?
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:22

A 15 heures, on vint m’annoncer que j’avais une demi-heure avant qu’on ne vienne me chercher. Etait-ce déjà la libération ? Non, me répondit-on, mes affaires restaient là pour la nuit.
C’était donc d’un interrogatoire dont il allait être question. Peut-être, enfin, le point final d’une certaine tranche de vie, celle où j’avais vécu en équilibre instable entre l’adolescente et la femme, entre l’universitaire et – désolé pour ce néologisme mais il me convient bien – la mésaventurière. On allait me demander tout ce que je savais sur le système Lecerteaux. Sans doute que, quelque part, dans Paris, Arthur allait être – ou avait déjà été ? – interrogé lui aussi. Je me rendis compte que ce que j’avais à dire venait essentiellement de lui, que je n’avais à apporter comme faits majeurs que les turpitudes auxquelles j’avais pu être soumise depuis plusieurs années. C’était peu et cela ne méritait peut-être pas de m’avoir fait vivre aux crochets de la République pendant 72 heures.
A 15h30, la porte s’ouvrit et le capitaine Jacquiers s’avançant dans la chambre immense me salua cérémonieusement avant de m’annoncer la suite des opérations.
- Je vous conduis au salon Pompadour. L’entretien durera 30 minutes au maximum.
Il était question d’entretien et pas d’interrogatoire. Dans la bouche d’un militaire, les deux mots ne pouvaient avoir la même valeur.
- Pardon mon capitaine de passer une fois de plus pour la nunuche de service, mais un entretien avec qui ?
Le capitaine Jacquiers manqua rater la première marche de l’escalier, me considéra avec un air de supériorité que sa haute stature facilitait puis se fendit d’un sourire franc et protecteur.
- Mais enfin, mademoiselle Toussaint ! Où êtes-vous ici ?… Vous pensez que les services de sécurité de l’Etat utilisent cet endroit comme quartier VIP ?… Nous vous avons gardé ici le temps nécessaire car il souhaitait vous rencontrer personnellement.
- Il ?… Je veux dire… Lui ?
- Parfaitement… Allez, dépêchons-nous, son agenda est complexe et le protocole, comme la plus élémentaire politesse, exige qu’on ne fasse pas attendre monsieur le Président de la République.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:29

Du cadre majestueux et gorgé d’Histoire du salon Pompadour ou de l’homme assis sur un fauteuil, les yeux dans le vague, je ne sais ce qui m’impressionna le plus. La timidité, la réserve qui m’étaient naturelles - lorsque je n’étais pas obligée de les dépasser – me paralysèrent quelques instants. Il fallut que le capitaine Jacquiers me prenne par le coude pour que je franchisse les derniers mètres qui me séparaient du fauteuil réservé à l’invité présidentiel.
- Merci Jacquiers, fit le Président… Bonjour, mademoiselle Toussaint. Asseyez-vous, je vous prie.
- Monsieur le Président, bredouillai-je en tendant vers lui la main que son propre mouvement du bras avait réclamé.
Putain ! En règle générale, je ne pouvais pas saquer ce type et là je me sentais capable de faire dans ma culotte juste parce qu’il était à deux mètres de moi. En plus, j’étais un petit plus grande que lui avec mes talons.
- Mademoiselle Toussaint, j’ai tenu à vous recevoir ici pour que vous sentiez un peu dans votre élément… La tapisserie qui est derrière vous date du XVIIème siècle, c’est je crois la période sur laquelle portent vos travaux.
- Tout à fait, monsieur le Président.
Le capitaine Jacquiers poussa son rôle de mentor jusqu’à m’aider à m’asseoir et, lorsque je fus assise, il se recula dans un position lui permettant d’entendre, d’être éventuellement consulté et surtout d’intervenir au cas où…
- Ce salon Pompadour est à l’habitude réservé pour recevoir les invités exceptionnels de la République. Eh bien je vais vous dire, vous méritez d’être reçue ici… et sans doute plus que certaines personnes que mes prédécesseurs et moi-même ont pu y recevoir. Si j’ai tenu à ce que vous attendiez au Palais mon retour de Réunion, c’est que je tenais à vous remercier personnellement en même temps qu’au nom de la France pour les services signalés que vous avez rendus à votre, à notre, pays.
- Monsieur le Président, si vous le permettez, je voudrais mettre une chose au point avant de vous rendre la parole. Je ne suis pas viscéralement hostile aux idées que vous défendez mais je n’ai pas voté pour vous et la politique que vous menez, notamment dans le secteur de l’éducation et de l’enseignement, me consterne souvent. Maintenant, je sais faire la part des choses entre l’homme et sa fonction. Je respecte l’homme qui a ses idées et je regarde la fonction comme essentielle à notre vie commune. Alors, qu’un personnage investi des responsabilités qui sont les vôtres, qu’un homme qui sait que mes convictions ne sont pas les siennes, me tiennent les propos qui furent les vôtres à l’instant me bouleverse au plus profond de moi-même.
Je ne me forçais pas, c’était totalement vrai. Imaginer qu’à travers le Président, 60 et quelques millions de Français me disaient « merci Fiona pour tout ce que tu as fait », ça me filait la chair de poule.
- Je vous remercie de cette franchise et, si je puis me permettre, est-ce que cela ne vous dirait pas d’écrire mes discours parce que je trouve que vous avez des phrases sacrément bien balancées ? Et puis certains commencent à trouver que mes discours se ressemblent un peu trop…
La saillie présidentielle était celle d’un homme de communication. Je ne pris pas la proposition pour argent comptant. C’était un compliment déguisé, rien de plus.
- Votre mérite aura été de nous éclairer sur ce cancer qui s’était infiltré jusqu’au cœur de l’Etat, jusque dans mon entourage proche. L’affaire qui nous occupe avait bien des ramifications, certaines que nous connaissions, d’autres que nous supposions mais à aucun moment nos services – du moins la plus grande partie, celle qui restait aux ordres – n’avaient imaginé une telle proximité de la cheville ouvrière de ce maelström criminel. Pour ce qui vous concerne personnellement, les éléments que vous avez pu découvrir ces derniers jours seront je m’en doute difficiles à accepter. Cette histoire nauséabonde qui présida à votre naissance, nos services en connaissaient évidemment l’existence, certaines archives en gardaient la trace mais tout était fait par nos adversaires de manière si habile qu’il était impossible d’imaginer qu’il y eut encore une suite à cela. C’est là que votre action, et celle de monsieur Arthur Maurel que je n’oublie pas, aura été décisive. Vous avez réussi à atteindre le cerveau de cette entreprise criminelle et vous nous avez permis de l’éradiquer une bonne fois pour toute.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:38

- Si je puis me permettre, monsieur le Président, comment les choses se sont-elles organisées autour de moi et d’Arthur Maurel ? Je ne parviens toujours pas à saisir par quel miracle le capitaine Jacquiers et ses hommes ont pu intervenir dans le bureau de…
- … cette personne… Nous essayons d’oublier ce nom et de faire en sorte qu’il soit rayé de la mémoire des services. S’il vous plait, ne le rappelons pas ici…
- Comme vous le souhaitez, monsieur le Président… Donc comment ont-ils su que j’’étais là et qu’il fallait intervenir.
- Capitaine Jacquiers, fit le président, je pense que vous êtes le plus à même de répondre à cette légitime interrogation.
- Au départ, comme l’a dit monsieur le Président, nous soupçonnions certains faits mais sans avoir de véritables débuts de pistes. Notre attention a été mise en éveil par un inspecteur du commissariat du 8ème arrondissement qui, dans l’après-midi de samedi dernier, a contacté sa plus haute hiérarchie à propos de l’affaire qu’il avait eu à traiter la veille et dont l’issue lui laissait de profonds doutes. Cette affaire était, comme vous vous en doutez, celle qui vous attribuait la maternité de la petite Corélia. La cellule de veille de l’Elysée, dont j’avais alors la charge, a été activée.
- Pardon capitaine, juste pour cette histoire de naissance fantôme ?
- Parce qu’il était question de vous, mademoiselle Toussaint ! Nous savions, grâce à un de nos informateurs agent double au sein de la « pieuvre », que vous n’étiez jamais sous les feux de l’actualité sans raisons. Quelle ne fut donc pas notre surprise d’apprendre que, dans la foulée de votre passage par le commissariat du 8ème arrondissement, une alerte-enlèvement vous visant directement – quoique pas nommément – était déclenchée ! En vous reprochant donc l’inverse de ce pour quoi vous aviez été inquiétée la veille. Il y avait donc de sérieuses raisons d’imaginer que des choses allaient bouger. En vous traquant, en vous projetant dans la lumière crapuleuse d’un acte abject, l’ennemi pensait vous faire tomber et vous couper de monsieur Maurel. En le faisant, il découvrait aussi les minimes défauts de sa cuirasse. Nous avons ainsi identifié quelques complices de l’organisation criminelle de… qui vous savez… En remontant l’écheveau des nominations, des cooptations, des coups de pouce, nous avons dressé une liste d’une vingtaine de personnes à surveiller.
Le président écoutait les mains jointes devant la bouche, dans un geste que toute la France lui connaît, et qui précède généralement les envolées les plus téméraires.
- Ce que le capitaine omet de dire, c’est que parmi cette vingtaine de personnes il n’y avait pas la clé de voûte du système. C’était bien là tout notre problème… J’étais tenu au courant minute par minute par le poste de commandement du capitaine Jacquiers et il n’y avait pas grand chose à faire sinon essayer de vous intercepter par nous-mêmes. Or, une aide salutaire a permis de, si je puis dire, dégager l’angle de tir.
- Deux coups de pouce décisifs plus exactement, monsieur le Président, qui ont en commun de venir de personnes proches de vous, mademoiselle. Vous êtes identifiée un peu avant 23 heures dans une rue de Paris par le système de reconnaissance visuelle de l’inspecteur Nolhan ; celui-ci, intrigué par l’alerte-enlèvement qu’il rapproche de conversations tenues avec vous, porte cette information à notre connaissance ainsi que différentes remarques concernant d’intrigants problèmes d’Etat-civil. Historiquement pourtant, c’est une autre personne qui va tout déclencher. Vers 19 heures, monsieur Arthur Maurel s’est présenté à la grille du Palais de l’Elysée en demandant à rencontrer une certaine personne que je ne citerai pas car elle se trouve être sur une certaine liste. Il se prévalait d’une recommandation d’un académicien dont je ne citerai pas davantage le nom…
- Max…
- Pas de nom, s’il vous plait, mademoiselle Toussaint, intervint le Président. Le rôle joué dans cette affaire par cette personne, qui vous le savez est un ami, doit demeurer aussi invisible que le reste.
- Monsieur Maurel nous a apporté tous les éléments connus de lui. Nous avons travaillé longuement sur la situation opérationnelle. Nous avons d’abord constaté que vous n’étiez plus à Baubigny ; monsieur Maurel nous a alors indiqué les points de chute possibles pour vous et l’enfant… dont la plus probable, votre château en Touraine. Une équipe d’intervention a été envoyée sur zone. Lorsque monsieur Maurel a su que vous étiez revenue sur Paris, il nous a demandé si nous ne pouvions pas faire surveiller son domicile car il était persuadé que c’est là que vous iriez après vos fantaisies rue…
- Oui, passons, capitaine, fit le Président. Le point capital que vous m’avez annoncé par téléphone vers 23 heures environ est beaucoup plus important. Avant de quitter le Palais, monsieur Arthur Maurel a été comme foudroyé en entendant une voix.
- Il m’a dit que c’était comme une voix d’outre-tombe. Il était terriblement ébranlé… La suite vous la devinez… Il a identifié la personne que vous savez, non pas en reconnaissant sur une photo son visage en partie refait par la chirurgie esthétique, mais par les fameuses initiales et le choix d’un nom de code personnel au Palais qui ne lui laissait aucun doute. F.I.L.I.P.S.T.A.D.T.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:45

Arthur m’avait donc menti. Dans notre affrontement de la soirée, dans nos discussions sur l’oreiller de la nuit. Il savait à ce moment-là qu’Aude, son Aude, n’était pas morte… Et je m’étais couverte de ridicule avec ma théorie des pâtisseries. Quelle honte rétrospective ! Qu’est-ce qu’il avait dû penser de moi ? Et ce matin, même angoisse factice lorsqu’il avait appris que Corélia avait été récupérée. Je pouvais avoir des dispositions pour les beaux mecs, virils mais pas trop, intelligents, courageux, mais les menteurs… Bon sang, les menteurs ! Comment peut-on vivre avec un homme qui peut vous mentir avec tant d’aisance ? Comment construire avec lui quelque chose de solide ?
Stop ! Ce n’était pas le moment…
- Permettez, messieurs, que je m’interroge sur un point, fis-je pour me sortir ces problèmes intimes de la tête. En définitive, la résolution de toute cette histoire ne m’est due en rien. L’inspecteur Le Dréau à l’origine, l’inspecteur Nolhan et Arthur Maurel vous ont permis d’y voir clair. Je n’ai servi à rien…
- Détrompez-vous, mademoiselle Toussaint. Sans votre esprit d’entreprise formidable, vos prises de risques, votre sensibilité si personnelle, vous n’auriez pas amené, comme je l’ai dit tout à l’heure, l’ennemi à commettre une erreur fatale. Lundi en début de matinée, j’ai autorisé le capitaine Jacquiers à faire intervenir ses hommes pour récupérer l’enfant dans votre château. Nous avons ensuite fait en sorte que l’enfant soit remise à sa mère biologique par l’intermédiaire des différents éléments corrompus dans nos services. S’il n’y avait eu de votre part pour la petite…
- Corélia, souffla le capitaine Jacquiers…
- Merci capitaine… C’est vrai que ce n’est pas courant comme prénom… S’il n’y avait pas eu, disais-je, de votre part quelque chose de fort pour cette enfant, sa mère biologique n’aurait pas été jalouse au point de commettre une ou deux erreurs majeures… Comme celle de vous faire enlever et conduire ici. En faisant agir les éléments véreux que nous avions identifiés, elle s’est définitivement grillée.
- Voilà, poursuivit le capitaine Jacquiers, comment nous avons décidé d’agir et de frapper à la tête… Sans jeu de mot de mauvais goût.
- Et la suite ? demandai-je puisque Aude Lecerteaux étant suicidée, le récit des événements prenait fin.
- La suite vous appartient, mademoiselle Toussaint… Dès demain matin, vous serez libre de reprendre votre vie normale… du moins la vie à laquelle vous pouvez légitimement aspirer vu vos mérites.
- Je n’ai plus d’emploi à court terme…
- Oui, intervint le capitaine Jacquiers, nous avons appris cela.
- La République n’est pas ingrate, mademoiselle Toussaint, avec ceux et celles qui l’ont admirablement servie. Vous serez rétablie dans vos fonctions et même promue pour services exceptionnels.
- Monsieur le Président, je vais ici faire preuve d’une goujaterie sans nom, j’en conviens par avance… Mais pouvez-vous m’expliquer quelle est la différence entre ce que vous me proposez et ce que m’offrait qui vous savez dans son bureau lundi dernier ?… Mon avenir personnel n’est pas un problème pour moi. Une fortune tombée du ciel m’a rendue indépendante et libre de vivre ma vie comme je l’entends. Je ne veux prendre la place ou le poste de quiconque, je refuse les mesures de faveur qui priveraient quelqu’un à mérites équivalents d’un poste auquel il postule. En parlant de la suite, je n’évoquais pas mon cas personnel mais celui de l’affaire dont j’étais le cœur. Il existe une liste d’une centaine de noms. Cette liste, Arthur Maurel la connaît, la tête de l’organisation la connaissait, d’autres peut-être la connaissent ou pourraient la connaître. Tout pourrait recommencer dans six mois, un an, deux ans… Comment l’éviter ?
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 22:55

Visiblement, le Président n’avait pas été briefé sur ce point. Il écarta les bras et fronça les sourcils.
- Dois-je supposer que vous avez une solution à la question que vous avez vous-même posée ?
- Je le pense… En tous cas, j’y ai songé à plusieurs reprises au cours des journées d’hospitalité que vous m’avez offertes. Tous ces hommes, sans doute honorables mais un peu excessifs dans leurs jeunes années, sont pressurés depuis des années par l’organisation que vous espérez avoir démantelée et que je crains de ne voir qu’en sommeil. Il faut couper la relation entre ces hommes et les repousses éventuelles de l’hydre. Et nous n’y parviendrons qu’en faisant en sorte que la pression pesant sur eux devienne sans fondement.
- On ne peut divulguer cette affaire, coupa le Président… L’onde de choc serait terrible… Le pays se trouverait en partie décapité dans ses forces vives.
- Tel n’est pas mon projet, monsieur… Nous avons un moyen technologique efficace pour régler la question. L’identification par l’ADN. A partir de la liste que vous connaissez, et dont je ne veux personnellement rien connaître, vous convoquez chacun des survivants…
- Il y en a 82, intervint le capitaine Jacquiers.
Cela signifiait que mon père biologique était parmi ceux-là… ou parmi ceux qui étaient déjà morts.
En réalité, pour dire le fond de ma pensée, je m’en fichais complètement.
- Vous leur expliquez que vous avez tout appris, vous leur promettez une certaine forme d’impunité, vous leur montrez votre volonté de les débarrasser à jamais de cette menace et vous leur demandez de se soumettre à un prélèvement d’ADN afin d’écarter totalement le risque pour eux de se retrouver père potentiel de Fiona Toussaint.
- Il y aura forcément un « heureux élu ».
- Non, monsieur le Président. Tous les tests ADN seront négatifs. Obligatoirement et par avance. Chacun de nos 82 pourra désormais dormir sur ses deux oreilles ayant en quelque sorte obtenu son brevet de respectabilité génétique. En contrepartie, ils s’engageront à prévenir la cellule du capitaine Jacquiers… ou de son successeur… si on essayait à nouveau d’exercer une pression quelconque en prenant appui sur cette fameuse liste.
- Cela me semble un plan judicieux, fit le Président.
Le capitaine Jacquiers approuva d’un hochement de tête.
- Cela signifie que vous ne saurez jamais…
- Qui est mon père ?… Je m’en moque… Mais, ma mère biologique, oui, elle me manquera désormais à chacune de mes journées. Je me retrouve en fait quadruplement orpheline. Mais surtout d’une mère… Non que celle de substitution eut été mauvaise ou peu aimante avec moi… Elle a eu le tort de me cacher ce que j’étais. Ce que vous êtes, seule celle qui vous a mis au monde le sait vraiment. Elle me manquera pour cela… Comme elle manquera sans doute un jour à la petite Corélia car, fatalement, elle saura une partie des mystères de sa naissance.
- Nous pourrons peut-être vous aider…
- Merci monsieur le Président, mais c’est un chemin pénible qu’il me faudra gravir seule. J’aimerais montrer à cette femme que les deux journées de sévices subis auront donné un être dont elle pourra se montrer fière. Mais peut-être, si je la retrouve, ne pourra-t-elle même pas supporter l’idée de mon existence ?
Le silence pesant suivant ma déclaration d’intention me montra que cet aspect précis n’était pas véritablement de leur compétence et de leur intérêt.
- Quant à la manière d’extirper les mauvais éléments semés dans les différents ministères par l’organisation criminelle, je vous conseille de ne pas le faire dans la précipitation. Ce serait encourager ces gens-là à rebondir ailleurs dans le même type d’exactions. Attendez un peu, profitez des difficultés du contexte économique actuel pour décréter un grand coup de balai parmi les conseillers des ministères et certaines administrations. Cela peut se trouver être une mesure populaire et dites-vous que la véritable économie ne se fera pas dans leur salaire mais dans ce que leurs activités souterraines coûtaient à l’Etat.
- J’essaierai de m’en souvenir, fit le Président en me tendant la main. Tout comme je me songerai à me plonger dans la lecture de votre Louis XIII lorsqu’il sortira en librairie. Au revoir, mademoiselle Toussaint. Et, surtout, ne soyez pas trop modeste… Vos qualités intellectuelles et humaines sont exceptionnelles. Ce n’est pas le Président qui s’exprime ici mais l’homme qui vous admire sincèrement. Je vous souhaite le meilleur car vous le méritez.
Je serrai la main du Président comme si je l’eus connu depuis plus longtemps qu’une courte demi-heure. Le capitaine Jacquiers, avec l’empressement d’un majordome zélé, m’indiqua la sortie et me raccompagna à ma chambre.
Voilà c’était fini…
Et peut-être bien que cela ne faisait que commencer.
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MessageSujet: Re: C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]   Dim 8 Aoû 2010 - 0:19

VENDREDI 22 JANVIER

J’ai pris ma décision dans la nuit.
Avec une tranquille sérénité qui m’a surprise et a fini par me mettre au bord des larmes.
Je ne vais pas retourner à Toulouse, je ne finirai pas l’année universitaire à la fac, je ne reverrai même pas les épreuves de mon Louis XIII.
La page est tournée.
Ma vie d’enseignante et d’historienne se termine comme elle a commencé. Sur une ambiguïté. On ne voulait pas de moi et je suis quand même entrée dans la corporation universitaire. On aurait voulu me conserver (Robert Loupiac s’est même mis volontairement en retraite pour me conserver une place d’enseignante à la fac) et c’est moi qui pars.
Tous les événements de ma vie récente m’ont trop appris sur le manque de fiabilité de l’être humain pour que j’espère encore de lui. Je prends du champ avec l’homme pour mieux l’observer encore et essayer de le comprendre, pour dresser la liste des excuses à son arrogance, sa violence, son goût du pouvoir. Je ne veux pas, je ne peux pas me reconnaître dans ce modèle. Ce serait renier les valeurs que je me suis donnée dès l’enfance et que je n’ai cessé de voir d’autres, même les plus nobles cœurs, parjurer sans remords.
Toutes ces années, je n’ai été qu’une marionnette bringuebalée entre les calculs des uns et la volonté des autres. J’ai cru prendre des décisions, je n’ai fait que suivre les directions que d’autres avaient tracé pour moi. Partir est la première véritable manifestation de mon indépendance. Je romps les amarres, je coupe les ficelles qui me retenaient prisonnière. Si je sais marcher par moi-même, je pourrais avancer sur la voie d’une rédemption. J’ai fait virer sur un compte en Extrême-Orient une bonne partie de ce que je possède. Cela me permettra de vivre un temps, d’épuiser ma fortune en actions de bien et de me réconcilier avec moi-même.
Partir c’est vous abandonner tous, vous mes amis. Vous qui en aucun cas ne méritez cela. Ce n’est pas vous que je fuis. C’est moi que j’essaye d’emporter le plus loin possible pour que vous n’ayez jamais le regret de m’avoir connue. Ma tête est un magma de problèmes et de questions. Vous avez tous essayé à votre manière, douce ou persuasive, énergique ou argumentée, de me donner des clés, des réponses, des fragments d’une vérité. C’était souvent les vôtres et presque jamais les miennes. Dans vos regards, il y avait celle que vous imaginiez et que je n’étais jamais pleinement. Souvent vous ne me compreniez pas parce que ma cohérence n’avait rien à voir avec la vôtre. Plus vous m’applaudissiez et plus je vous suspectais d’être comme les autres, hypocrites et menteurs. Ce n’était plus tenable.
Mon cher Robert, vous mon « vieux » maître dont j’ai tant appris et qui aviez tant encore à me donner, soyez fier de votre fille. Je ne doute pas qu’un jour vous vous seriez décidé à m’avouer que nous étions plus dans ce rapport-là depuis des années que dans celui du mentor et de l’étudiante. Vous avez souvent remplacé celui qui n’était plus là, parfois trop même, au point que je n’avais plus que vous comme boussole quand mon esprit s‘entêtait à prendre le sud pour le nord.
Ludmilla, Marc, soyez heureux ! Je bénis d’une distance qui n’est encore qu’infime votre future union. Je témoigne par avance de votre droit essentiel au bonheur et je l’espère pour toi, chère petite/grande sœur, à une maternité prochaine qui viendrait combler de sourires le charme magique de votre entente. J’aurais tant voulu te serrer une fois encore dans mes bras, te dire que ce qui est à moi t’appartient parce que tu es Rinchard plus que je ne le serai jamais. Le château et ses dépendances, une partie des biens immobiliers et des actions de bourse ont été mis à ton nom. Parfum Violette devient ton domaine exclusif. Ce n’est pas un abandon mais une confirmation. Ce qu’a été ma vie dans ses phases glorieuses aurait dû être ta vie. Je te la restitue.
Arthur, mon amour. Il n’y a peut-être que toi que je fuis. Pas pour t’oublier mais, au contraire, pour te sublimer, pour te porter chaque jour plus fort dans mon âme jusqu’à ce que tu ne sois plus que l’incarnation la plus pure du bonheur. Tu es et tu resteras mon amant idéal, la solution à tous mes problèmes, la main qui rassure et le sourire qui éclaire. Il n’est pas nécessaire que je te recommande de prendre soin de la petite Corélia, cet éclat de soleil tombé sur Terre pour éclairer ta vie. Je la verrai grandir moi aussi, elle ne m’abandonnera jamais sur ma route. Etre sa maman est une responsabilité si lourde qu’elle m’effraye en même temps qu’elle me comble. Tu me détesteras sans doute en lisant ce message ou tu me comprendras sans rien dire : quand tu me serrais fort contre toi, c’était déjà parce que tu sentais que je n’étais que de passage.
A tous les autres qui apprendront mon départ d’une manière ou d’une autre, qui s’étonneront de ne plus me voir, m’entendre, me lire, sachez que rien n’aura été plus essentiel que ces petits morceaux de vie que nous aurons partagé ensemble. Vous m’avez faite moins égoïste, vous m‘avez rendue plus ouverte au monde, vous m’avez convaincue que ma destinée était dans l’amour universel plus que dans le repli sur soi.
Jamais est un mot que je n’ai pas accepté quand on me l’imposait. Je ne vous l’imposerai pas davantage. Dans un an, dans cinq ans, dans huit mois, je reviendrai peut-être après m’être prouvée à moi-même que rien ne valait ma terre occitane, les courbes lentes de Garonne, l’odeur d’un cassoulet et les voix des amis autour. J’aurais forcément changé, appris à me connaître, à me reconnaître, à ne plus accepter le masque qu’on m’a fait porter. Certains se détourneront peut-être, d’autres ne me comprendront pas. Par avance, qu’ils sachent que je ne leur en veux pas et que leur place dans mon cœur est acquise pour toujours.
Ce qu’auraient été nos vies si elles avaient suivi leurs courbes bien tracées et parallèles, je ne saurais l’imaginer à votre place. Selon le point d’observation, les perspectives changent. Ce qu’elles pourraient être si tout reprenait sa place, c’est à vous de le dire.

FIN
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C'est à vous de le dire [Fiona 5 - terminé]
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